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Archives Mensuelles: octobre 2012

Joyeux Noël – Alexandre Jardin

31 mercredi Oct 2012

Posted by Aurélie in Romans français

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Alexandre Jardin, Critique de livre, Grasset, Joyeux Noël, roman

Les premières phrases

«  Avant de m’élancer dans le toboggan de ce roman qui va couvrir sept années de rebonds, laissez-moi vous présenter ses protagonistes. Sans rien dissimuler de l’étrange liberté de leurs mœurs. Par souci d’honnêteté, j’écaillerai peu à peu leur vernis de cohérence au fil des chapitres. Les personnages ne sont plausibles qu’au cinéma, pour être acceptables aux yeux du public – rarement dans leur vie de famille, cette forme théâtrale du délire.

Libre à vous de sauter cet apéritif et de commencer au chapitre suivant (ou page 45 si vous êtes de ces amants gloutons qui ont horreur des préliminaires) ; mais il me semble préférable de savoir avec qui l’on dîne avant de passer à table. Surtout lorsqu’on s’apprête à trinquer avec les équipes de l’improbable, du culot et du dérèglement. »

Circonstances de lecture

Acheté dès sa parution, parce que c’est un livre d’Alexandre Jardin ! Tout simplement !

Impressions

J’adore le style d’Alexandre Jardin. Son écriture et son humour donnent immédiatement la pêche. Ici, la fiction et la réalité se mélange pour le plus grand bonheur du lecteur. Alexandre Jardin rencontre un jour de dédicaces une jeune femme pour le moins surprenante : elle dit la vérité sans se préoccuper des convenances. Commence alors la découverte de sa famille, un clan improbable de bretons aux mœurs douteuses et aux secrets de famille plus ou moins bien cachés… jusqu’au jour où Norma les a poussés à adhérer à sa philosophie : vivre « sans angle mort ». Dire toute la vérité sur les « angles morts » de chacun, est-ce le chemin vers le bonheur ? Une idée qui se médite. Et qu’Alexandre Jardin semble avoir, pour sa part, adopté.

Un passage parmi d’autres

 Sur les tombes de granit noir et de marbre, nombre d’épitaphes avaient été rectifiées ou plutôt complétées au feutre, à la craie ou avec de la peinture. Une affolante pulsion de vérité semblait avoir saisi les familles de l’île. L’indicible partout écrit, affiché. Le marbre hurlait. Dalle après dalle, on pouvait lire à ciel ouvert l’envers des vérités officielles : catalogue des secrets de famille. C’était à qui avait violé, menti à ses enfants, escroqué un frère, dissimulé une adoption, trahi les intérêts de l’île ou sa moitié. Que portait dans ses flancs une telle profanation de la mémoire ? De quelles dislocations était-elle grosse ? J’étais assailli de questionnements. Le chevillage des clans n’a-t-il pas besoin d’un minimum de mensonges fédérateurs ? Peut-on vivre durablement sans légendes agglutinantes ? Sur ce confetti de France, il semblait que oui. J’étais d’autant plus troublé que, gamin, cerné de légendes jardinesques, j’avais renoncé à croire que la vérité officielle des êtres et la réalité puissent coïncider. Soudain, la vérité et la réalité semblaient se superposer. Ce spectacle d’une communauté s’efforçant de vivre les yeux ouverts était à la fois angoissant et jubilatoire ! Ma tête bouillait. Norma me sourit dans la pluie. Je commençai à saisir pourquoi elle m’avait entraîné dans ces parages. Mon rêve d’une existence sans déni avait peut-être trouvé son lopin.

Joyeux Noël – Alexandre Jardin – octobre 2012 (Grasset)

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Major Pettigrew’s Last Stand – Helen Simonson

27 samedi Oct 2012

Posted by Aurélie in En VO, Romans étrangers

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Étiquettes

Bloomsbury, Critique de livre, Helen Simonson, Major Pettigrew, Major Pettigrew's Last Stand, roman

Les premières phrases

«  Major Pettigrew was still upset about the phone call from his brother’s wife and so he answered the doorbell without thinking. On the damp bricks of the path stood Mrs Ali from the village shop. She gave only the faintest of starts, the merest arch of an eyebrow. A quick rush of embarrassment flooded to the Major’s cheeks and he smoothed helplessly at the lap of his crimson, clematis-covered housecoat with hands that felt like spades.

« Ah, » he said.

« Major? »

« Mrs Ali? » There was a pause that seemed to expand slowly, like the universe, which, he had just read, was pushing itself apart as it aged. « Semescence », they had called it in the Sunday paper.

« I came for the newspaper money. The paper boy is sick, » said Mrs Ali, drawing up her short frame to its greatest height and assuming a brisk tone, so different from the low, accented roundness of her voice when they discussed the texture and perfume of the teas she blended specially for him.

« Of course, I’m awfully sorry. » He had forgotten to put the week’s money in an envelope under the outside doormat. He started fumbling for the pockets of his trousers, which were somewhere under the clematis. He felt his eyes watering. His pockets were inaccessible unless he hoisted the hem of the housecoat. « I’m sorry, » he repeated.

« Oh, not to worry, » she said, backing away. « You can drop it in a the shop later – sometime more convenient. » She was already turning away when he was seized with an urgent need to explain. 

« My brother died, » he said. She turned back. « My brother died, », he repeated. « I got the call this morning. I didn’t have time. »

Circonstances de lecture

Lu juste après le dernier J.K. Rowling, pour rester dans l’atmosphère des petits villages anglais.

Impressions

Un livre résolument optimiste et qui fait du bien au moral. Veuf depuis six ans, le Major Ernest Pettigrew vient d’apprendre la mort de son frère. Ce décès va bouleverser sa vie tranquille de quasi-septuagénaire à Edgecombe St Mary, puisqu’il va apprendre à véritablement connaître Mrs Ali, une Pakistanaise tenant le magasin du village. Mais les préjugés raciaux et sociaux font rage dans ce petit village anglais, et son fils Roger voit d’un mauvais œil la relation se nouant entre son père et cette Mrs Ali. Le Major Pettigrew va devoir choisir entre une nouvelle vie amoureuse et le respect des convenances. Avec ses petites remarques acides et son sens de l’humour très british, on se prend vite d’affectation pour ce vieil homme qui n’hésite pas à dire ce qu’il pense et à se remettre en cause.

Un passage parmi d’autres

 He acknowledged a notion that he might wish to see Mrs Ali again outside of the shop, and wondered whether this might be proof that he was not as ossified as his sixty-eight years, and the limited opportunities of village life, might suggest.

Bolstered by the tought, he felt he was up to the task of phoning his son, Roger, in London. He wiped his fingertips on a soft yellow rag and peered with concentration at the innumerable chrome buttons and LED displays of the cordless phone, a present from Roger. Its speed dial and voice activation capabilities were, Roger said, useful for the elderly. Major Pettigrew disagreed on both its ease of use and the designation of himself as old. It was frustratingly common that children were no sooner gone from the nest and established in their own homes, in Roger’s case a gleaming black-and-brass-decorated penthouse in a high-rise that blighted the Thames near Putney, than they began to infantilise their own parents and wish them dead, or at least in assisted living.

Major Pettigrew’s Last Stand – Helen Simonson – 2010 (Bloomsbury)

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The Casual Vacancy – J.K.Rowling

16 mardi Oct 2012

Posted by Aurélie in En VO, Romans étrangers

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Critique de livre, Harry Potter, J.K.Rowling, roman, The Casual Vacancy, Une place à prendre

Les premières phrases

«  Barry Fairbrother did not want to go out to dinner. He had endured a thumping headache for most of the weekend and was struggling to make a deadline for the local newspaper.

However, his wife had been a little stiff and uncommunicative over lunch, and Barry deduced that his anniversary card had not mitigated the crime of shutting himself away in the study all morning. It did not help that he had been writing about Krystal, whom Mary disliked, although she pretended otherwise.

« Mary, I want to take you out to dinner », he had lied, to break the frost. « Nineteen years, kids! Nineteen years, and your mother’s never looked lovelier. »

Mary had softened and smiled, so Barry had telephoned the golf club, because it was nearby and they were sure of getting a table. He tried to give his wife pleasure in little ways, because he had come to realize, after nearly two decades together, how often he disappointed her in the big things. It was never intentional. They simply had very different notions of what ought to take up most space in life.

Barry and Mary’s four children were past the age of needing a babysitter. They were watching television when he said goodbye to them for the last time, and only Declan, the youngest, turned to look at him, and raised his hand in farewell. »

Circonstances de lecture

Lu dès sa parution. In English of course !

Impressions

Acheté les yeux fermés, parce que je suis accro à l’écriture de J.K.Rowling. Avec ce roman (gros de quelque 500 pages), J.K.Rowling tourne radicalement la page Harry Potter avec une histoire ancrée de plain-pied dans la réalité. L’histoire a lieu dans un petit village anglais à l’apparence harmonieuse… jusqu’à ce que Barry Fairbrother meure subitement et laisse un siège vacant au conseil municipal. Débute alors une lutte pour savoir qui prendra sa place. Car l’enjeu est de taille, notamment entre ceux souhaitant continuer son combat pour aider le quartier où se trouvent les logements sociaux, et ceux désirant au contraire s’en débarrasser.

Lutte des classes, problèmes de couples, tourments de l’adolescence, drogue, violence, fossé social, préjugés, égoïsme et indifférence… J.K.Rowling délaisse ici la magie pour traiter de sujets durs et forts. Jusqu’à un final dont on ressort secoué. Un bon gros roman sur la nature humaine.

Un passage parmi d’autres

 Fats was curiously joyless these days, even though he made everybody else laugh as much as ever. His quest to rid himself of restrictive morality was an attempt to regain something he was sure had been stifled in him, something that he had lost as he had left childhood. What Fats wanted to recover was a kind of innocence, and the route he had chosen back to it was through all the things that were supposed to be bad for you, but which, paradoxically, seemed to Fats to be the one true way to authenticity; to a kind of purity. It was curious how often everything was back to front, the inverse of what they told you; Fats was starting to think that if you flipped every bit of received wisdom on its head you would have the truth. He wanted to journey through dark labyrinths and wrestle with the strangeness that lurked within; he wanted to break taboos and squeeze wisdom from their bloody hearts; he wanted to achieve a state of amoral grace, and be baptized backwards into ignorance and simplicity.

And so he decided to break one of the few school rules he had not yet contravened, and walked away, into the Fields.

The Casual Vacancy – J.K.Rowling – 2012 (Little Brown)

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