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Les premières phrases

«  Soudain, je n’ai vu qu’elle. Des yeux clairs, une bouche immense, les cheveux très courts, bruns. J’ai su que ma vie, maintenant, c’était elle.

Elle se frayait un chemin parmi la foule, à l’autre bout du magasin, l’air soucieux. Elle était grande, sûrement pas loin du mètre quatre-vingts. J’ai avancé vers elle.

Je flottais dans un état étrange, sous le choc, comme ceux qui revoient leur vie en un éclair avant de basculer dans le trou noir. Sauf que je n’étais pas en train de mourir, au contraire je naissais. Ce n’était pas ma vie passée qui défilait en accéléré, mais ma vie future. Ma future vie avec elle.  »

Circonstances de lecture

Lu dans le RER B, en 2001, en plein été. La dernière page terminée, j’ai repris le livre à la première page, pour le relire une seconde fois d’affilée. Rare.

Impressions

Ancien rédacteur en chef de Première puis cofondateur de Studio Magazine, Marc Esposito n’a rien publié avant Toute la beauté du monde. Et pourtant… Il réussit à trouver les mots justes pour raconter une histoire d’amour superbe, sans tomber dans la niaiserie ou le ridicule. Parce que Tina a perdu son mari, elle ne peut plus aimer. Franck le sait. Pour autant, il ne perd pas espoir. Il la pousse à quitter son quotidien pour s’aérer la tête et le cœur à Bali. Et devient son compagnon de voyage. A défaut d’autre chose. Une histoire d’amour toute simple, mais très belle.

Un passage parmi d’autres

 Ils avaient taillé la route au soleil couchant – Bali est juste sous l’équateur, il fait nuit à six heures, toute l’année. Wayan n’avait pas cherché à bavarder, Tina était trop absorbée par le spectacle qui se déroulait derrière les vitres : la circulation délirante dans Denpasar, la jungle, les villages, l’océan. Il lui avait seulement proposé d’écouter de la musique, elle avait été épatée par les rangements de CD, bien planqués, dans les portes et les accoudoirs. Elle avait choisi un disque de Scorpions – j’avais bien fait d’insister pour que Michel en achète quelques-uns. J’imaginais son étonnement de retrouver sa musique fétiche à quinze mille kilomètres de chez elle. Elle se rendrait compte bientôt que ce n’était pas si surprenant : Scorpions était un groupe adulé dans toute l’Asie, elle allait les entendre partout.

Wayan était certain qu’elle avait apprécié cette balade, à quarante à l’heure dans l’auto-palace, comme un tapis roulant au milieu de la jungle. A un moment, elle avait ouvert la vitre, malgré la clime, et elle avait laissé son bras tendu hors de la fenêtre pour offrir sa peau nue à la tiédeur du vent. Au sommet d’une colline, elle avait souri en découvrant la mer qui s’étalait devant eux, tout ce bleu à perte de vue, qui commençait à rosir sous le soleil couchant. J’avais calculé qu’elle avait dû arriver à temps sur sa terrasse pour le voir disparaître au bout de l’océan. Là, elle s’était sûrement sentie plus seule que jamais. Sans son amour, toute cette beauté, cette harmonie seraient d’abord une douleur.

Toute la beauté du monde – Marc Esposito – 1999 (Editions Anne Carrière)

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