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~ Parce qu'il n'y a rien de mieux qu'un livre pour s'évader…

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Archives de Catégorie: SF

La pratique, l’horizon et la chaîne – Sofia Samatar

12 mardi Mai 2026

Posted by Aurélie in Romans étrangers, SF

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Argyll, conseils de lecture, Critique de livre, idées de lecture, lecture, Livre, nature, quoi lire, RéciFs, roman, SF, Sofia Samatar

Les premières phrases

 » Le garçon fut emmené à l’étage sans avertissement, sans qu’il ne proteste, comme c’était systématiquement le cas à chacun des changements qui avaient rythmé ses dix-sept années d’existence, au cours desquelles il avait été déplacé d’une cellule à une autre chaque fois que l’entrave à sa cheville devenait trop petite pour lui et que le docteur venait l’échanger contre une plus grande, opération qu’il menait à bien à l’aide d’un outil appelé le Maillet par les gens de la Cale et qui lui disloquait à chaque fois le tibia, faisant parfois gicler le sang de la cheville et provoquant chez le garçon un sentiment de malaise et de crainte superstitieuse lorsqu’il entrevoyait, pendant l’instant où l’entrave et la chaîne étaient enlevées, la tache brillante et singulière de peau pâle sur sa jambe qui, selon le prophète, hébergeait le siège de l’âme. »

Impressions

Après avoir eu un coup de cœur pour son roman Un étranger en Olondre, Sofia Samatar, autrice américano-somalienne, continue de me convaincre avec sa dernière novella La Pratique, l’Horizon et la Chaîne. Au programme : de la SF militante qui traite avec justesse d’esclavagisme, d’oppression, de classes sociales, d’art, et des liens qui nous unissent.

Au sein de la Flotte, il y a la Cale où se trouvent les enchaînés, main d’œuvre extrayant le minerai permettant à l’humanité de survivre dans l’Espace. Tous sont reliés par une chaîne. Le garçon n’a jamais rien connu d’autres. Il vit depuis toujours avec cette chaîne au pied, marque de son asservissement comme du lien qui le relie à tous les autres enchaînés. À commencer par le prophète, son compagnon de cellule, un vieillard sachant manier le langage, qui l’a poussé à parfaire sa passion : le dessin. C’est justement ce don qui va lui permettre de sortir de la Cale pour monter à l’étage, là où l’on ne porte plus de chaîne… mais un bracelet de cheville.

L’autrice ne nous donne pas d’emblée les clés pour comprendre où l’on met les pieds. Tout se révèle par bribes, petit à petit, à l’image du garçon projeté du jour au lendemain de la soute au monde d’en haut où les règles ne lui sont pas transmises. Qu’attend-on de lui ? Pourquoi a-t-il été tiré hors de la Cale ? Autant de questions qui nous poussent à lire cette novella d’une traite ! Ici, l’art et le lien deviennent des armes de résistance. Voici un très beau texte que l’on devrait mettre entre toutes les mains.

La Pratique, l’Horizon et la Chaîne – Sofia Samatar – Avril 2026 – Argyll (collection RéciFs) – Traduit de l’anglais par Patrick Dechesne – Illustration de couverture réalisée par Anouck Faure

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Memory Palace – Léa Cuenin

11 lundi Mai 2026

Posted by Aurélie in Romans français, SF

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conseils de lecture, Critique de livre, idées de lecture, Léa Cuenin, lecture, Livre, Memory Palace, quoi lire, Rivages, roman, SF

Les premières phrases

 » Il y en a dix.

Dix monolithes d’acier miniatures, dix récipients métalliques identiques aux cartouches d’un fusil de chasse, maintenus à la verticale par un portoir perforé en métal. Vide, chaque récipient pèse 18,1 grammes. À bloc, leur poids variera d’une dizaine de grammes seulement par unité. Autant dire, rien, si l’on considère la masse d’informations contenue dans ces dix grammes supplémentaires.

Une capsule tient parfaitement dans la paume. Kae Scarpa en a placé une dans sa main, elle la fait rouler du poignet au bout des doigts d’un mouvement de balancier, la ramène vivement au centre quand elle atteint sa dernière phalange. Son crâne rasé à blanc reflète les néons du module technique. »

Impressions

Vous aimez les ambiances de fin du monde ? Alors foncez découvrir ce roman de SF hypnotisant (faussement classé au rayon littérature des librairies). L’autrice française Léa Cuenin signe ici un premier roman planant et captivant faisant la part belle aux femmes.

Prenez un centre spatial abandonné en pleine nature sauvage, au bord d’une falaise. Sur place, se trouve encore une fusée un peu délabrée et une IA archiviste, Memory Palace. C’est ici que quatre femmes se réunissent autour d’un projet un peu fou : envoyer dans l’espace la mémoire de la Terre dans dix petites fioles, avant que tout s’effondre et que toute trace de l’Humanité disparaisse. Dix petites bouteilles à la mer, en somme. Ces quatre femmes œuvrent ensemble pour mener à bien ce projet, sous l’œil curieux et vigilant d’une bande de goélands.

En peu de pages (le roman en compte moins de 250), Léa Cuenin parvient à dessiner avec justesse le portrait de ses quatre femmes loin du schéma lassant de l’héroïne classique et stéréotypée. Elles ont toutes leurs failles, leurs doutes, un passé plus ou moins trouble. Surtout, elles n’ont rien à perdre. Ici, vous ne trouverez pas de grandes scènes d’action. Tout se ressent, se goûte, se contemple, les regards se croisent et des silences suffisent. Il n’en demeure pas moins qu’on ressent de la tension, chapitre après chapitre, dans le décompte des jours menant jusqu’à la date prévue du lancement de la fusée. Et puis, vient cette question latente : qu’est-ce qui mérite d’être mémorisé ? Peut-on faire un choix objectif alors que les archives des dominants sont souvent surreprésentées ? Il y a de la mélancolie dans cette histoire de fin du monde et de projection de la mémoire des êtres humains dans le vide spatial. Tout est écrit dans une économie de mots parfaite. C’est juste, beau et doux, malgré tout, et ce jusqu’à un dénouement superbe.

Memory Palace – Léa Cuenin – Février 2026 – Rivages

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Bordure – Lucie Mosca

04 lundi Mai 2026

Posted by Aurélie in Romans français, SF

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Bordure, conseils de lecture, Critique de livre, idées de lecture, L'Atalante, lecture, Livre, Lucie Mosca, quoi lire, roman, SF, Space opera

Les premières phrases

 » Les trois globes reposaient dans la mousse synthé comme des visages assoupis. À l’intérieur de chacun d’eux se déchaînait une tempête, explosion de limaille dans une prison de cristal.

Shylot s’accroupit devant la caisse et sentit le long des tibias la fraîcheur de l’humus remontant du sol. Du fond de leur boîte, les globes scintillaient comme pour l’appeler. Ils tremblaient avec une myriade de petits chuintements et viraient de couleur sous les coups des orages qui se jetaient, furieux, contre leur arrondi. Bleu, vert, orangé, violacé, rouge – frémissement -, un éclair jaune, puis vert à nouveau. Elle les effleura du bout des doigts. Ils étaient tièdes. Non, froids. Elle retira la main quand l’un crépita en dégageant de la chaleur. On les aurait crus vivants. De véritables merveilles. »

Impressions

Place à une grosse bombe de SF ! Avec Bordure – son premier roman -, Lucie Mosca a écrit un space opera allant à cent à l’heure, le tout avec des vibes à la Becky Chambers (mais en plus violent et amer), et des personnages aux petits oignons, à commencer par Shylot, une héroïne à qui vous aurez envie de faire un gros câlin.

Pilote hors pair, Shylot est passée de militaire à vendeuse d’art avec sa meilleure amie. De la guerre, elle est revenue avec un trouble post-traumatique, mais aussi des amis pour la vie. Reste que la recherche de marchandises pour la galerie d’art n’est en fait qu’une couverture pour exposer les méfaits des élites gouvernementales. C’est donc une histoire de revanche et de révolte que nous propose Lucie Mosca, tout en abordant avec brio les traumatismes dont peuvent souffrir les anciens soldats. Seuls bémols de ma lecture : une scène de sexe tombant comme un cheveu sur la soupe et dont je n’ai pas compris l’intérêt dans l’histoire, et un manque de cohérence dans les motivations d’un des protagonistes. À part ces deux points, j’ai adoré ce roman.

Si Bordure m’a fait penser à L’Espace d’un an de Becky Chambers, c’est notamment grâce à l’équipage du vaisseau que pilote Shylot, composé d’une humaine et de deux extraterrestres, et à ce sentiment d’entraide et de camaraderie qui prédomine au sein de ce petit groupe hétéroclite. Je ne serais d’ailleurs pas contre une suite pour retrouver Shylot, mais dans une société plus douce et en de meilleures circonstances, car Shylot le mérite (je ne veux plus la voir souffrir !).

Bordure – Lucie Mosca – Avril 2026 – L’Atalante – Illustration de couverture réalisée par Jessica Rossier

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On ne verra pas les fleurs le long de la route – Éric Pessan

06 lundi Avr 2026

Posted by Aurélie in Romans français, SF

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Les premières phrases

« Du monde

les braises

nous parcourons

à un telle vitesse

que nous ne savons plus

comment freiner

comment revenir en arrière

et s’il serait souhaitable de faire demi-tour

c’est le piège de la nostalgie

le mal du retour »

Impressions

Ce titre est un ovni littéraire, un road-trip post-apo criant de vérité. Il nous projette dans un futur qui ressemble terriblement à notre présent, à deux différences près : le réchauffement climatique a atteint un niveau (encore plus) critique, et l’écrit a disparu. Comprenez par là que, dans un souci purement écologique bien entendu, la fabrication de livres a été mise à l’arrêt. La pâte à papier est réservée aux emballages, aux cartons, pas à une chose aussi futile que la culture. La consommation de masse avant la magie des mots. Dans ce contexte, pas étonnant que les nouvelles générations ne sachent même plus lire ni écrire. Quant aux anciens, ils ont oublié, pour la plupart, comment lire ou font semblant de ne plus s’en souvenir.

Un homme et une femme, pas vraiment un couple, plutôt deux âmes soeurs se sentant en inadéquation avec la société, parcourent les routes sans destination particulière en tête. Ils longent des forêts incendiées, pénètrent par effraction dans des villas de riches absents. Il détruit des piscines, explose le pare-brise de SUV, tague les murs de graffitis improbables. Tous deux luttent à leur manière : elle écrit des poèmes, lui un journal de route – journal que nous, lecteurices, lisons – parsemé de citations provenant de livres publiés par le passé (1 036 au total !). Albert Camus, Ray Bradbury, Céline Minard, Wajdi Mouawad, Arthur Rimbaud, Ursula K. LeGuin, Jeanne Benameur, Philip Pullman et tant d’autres participent ainsi à l’originalité et à la force de cette histoire où les livres sont interdits. Je me demande juste comment Éric Pessan a choisi ces citations ?

Si la deuxième partie du livre m’a moins transportée que la première, je ne peux que vous recommander la lecture de ce roman. Parce qu’il dénonce, à la manière de Ray Bradbury, la dérive vers une société autoritaire et liberticide. Cette dérive « douce », presque invisible à qui se complaît dans son quotidien tranquille et dans le modèle que les écrans nous vendent à longueur de temps. Alors, de ces deux « intellectuels radicaux », performeurs d’actions artistiques passant quasi-inaperçues, je me dis qu’on pourrait toutes et tous s’en inspirer pour éviter, justement, d’en arriver à oublier comment lire, écrire, réfléchir, penser. « Je rêve encore d’une contamination, d’un soulèvement, d’une révolution, je rêve qu’en apercevant le pare-brise brisé, quelqu’un aura alors envie d’imiter mon geste, il inventera sa façon de faire de l’art, il ira crever des pneus de 4×4 ou dégommer les écrans publicitaires lumineux. Et que peu à peu une insurrection débute, par contamination, à partir d’un acte infime qui transformera le monde en exposition générale joyeuse et bordélique. Je voudrai tant croire à la possibilité d’une action collective. » Peut-être que conserver des livres dans une bibliothèque, les lire, les partager, constitue aussi en soi le début d’un acte de résistance…

On ne verra pas les fleurs le long de la route – Éric Pessan – Janvier 2026 – Aux forges de Vulcain – Illustration de couverture réalisée par Elena Vieillard

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Passer la brume – Julia Colin

02 jeudi Avr 2026

Posted by Aurélie in Romans français, SF

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Les premières phrases

 » Accroupie, penchée en avant sur un gros rocher, appuyée sur un bâton fiché au sol, Vair sentit sa nuque tomber.

Elle se fit violence, releva la tête, déplaça légèrement le poids de son corps en arrière, cherchant le déséquilibre qui la maintiendrait éveillée.

Elle détourna son regard de la nappe de Brume immobile quelques centaines de mètres plus bas, ferma les yeux quelques secondes avant de les rouvrir pour scruter avec attention la vallée devant elle. La journée avançait, et le soleil, en disparaissant derrière la crête, allait laisser les nappes proliférer. »

Impressions

Il va m’être difficile de parler de ce roman tant je l’ai aimé. Cela faisait un moment que je n’avais pas ressenti autant d’émotions en lisant, et cette urgence à poursuivre ma lecture. Difficile alors de rendre justice à ce texte que j’ai trouvé si beau.

Vair est une Passe-Brume : elle fait passer les voyageureuses à travers la montagne qu’elle connaît comme sa poche, jusqu’à l’Esp, cette région que l’on dit épargnée par la Brume. Elle a tout appris de sa mère : les différentes formes de brumes, les plantes qui soignent, celles qui tiennent éveillées, celles qui sont nutritives, celles qui repoussent la Brume. Surtout, elle sait écouter et sentir le danger arriver. Car se retrouver happé par la Brume, c’est la mort assurée. On disparaît, tout simplement. Alors, ceux qui rêvent d’une vie meilleure tentent leur chance avec elle. Ils la paient pour cette traversée. Aujourd’hui, elle doit s’occuper d’un groupe composé de six adultes et trois enfants. Vair parle peu. Elle préfère la solitude de son refuge à la compagnie des autres. Mais c’est son gagne-pain de les faire arriver dans le Sud. Elle reprend donc la route. Et l’on suit leur périple à travers les Pyrènes, fait de journées de marche, de soirées à la dure abrités contre des rochers, de repas frugaux. Elle est la seule à faire la traversée, jusqu’à ce jour où elle aperçoit un feu non loin de leur campement.

Je peux difficilement vous en dire plus sans trop en dévoiler. Cette histoire se ressent, elle se goûte page après page. Petit à petit, on en apprend plus sur le monde dans lequel évolue Vair. Pour ma part, j’aurais aimé continuer à arpenter la montagne avec elle, y déposer mes angoisses en marchant dans ses pas, des mûres et de la sauge au fond de mes poches, une cape sur le dos, un bâton à la main. Julia Colin nous propose un livre de science-fiction pas comme les autres (qui m’a rappelé, par certains aspects et sensations, La Horde du Contrevent d’Alain Damasio). Lisez Passer la brume, un livre empli d’émotions, dédié à celles et ceux qui meurent encore en passant les frontières. Un bijou.

Passer la brume – Julia Colin – Avril 2026 – Aux forges de Vulcain – Illustration de couverture réalisée par Elena Vieillard – Illustrations intérieures par Dari Gatti

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Symbioses – Johan Heliot

30 lundi Mar 2026

Posted by Aurélie in Romans français, SF

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Les premières phrases

« – Ils sont très nerveux, ce matin, constate Paula à la lecture des données défilant sur sa manche gauche à l’intérieur de l’avant-bras. Tu as vu ces pics de cortisol ?

Javier pointe la chape sombre des fumées d’incendie au-dessus des collines et des mesas, à l’est de la ville.

– Les feux se rapprochent, dit-il dans son globish encore hésitant. Alors ils sentent le danger.

– Ils ont l’habitude des incendies, depuis le temps. Non, c’est autre chose, cette fois. »

Impressions

Tout commence par un cataclysme : en 2049, le monde s’embrase pour de bon à base d’attaques nucléaires et de tsunamis radioactifs. La Terre devient ainsi quasiment invivable, à part au niveau des Pôles et sur quelques îlots dotés des dernières technologies. Vous me direz, rien de bien surprenant… Mais Johan Heliot nous propulse ensuite en 2094 aux côtés de l’ambassadeur du Pôle Sud, le phoque Spiridon, un animal augmenté, comme quasiment tous les derniers animaux encore en vie, qui va devoir faire preuve de ses talents de diplomate pour peut-être empêcher une nouvelle guerre menée par le Pôle Nord.

Humains, animaux augmentés et IA se côtoient pour essayer de trouver un terrain d’entente et éviter le pire. Car les humains font toujours la course aux dernières richesses de la planète, et en particulier à l’eau. Et c’est cette confrontation avec toutes ces formes de vie dotées de conscience et du langage qui fait tout l’intérêt et l’originalité de ce roman d’anticipation. Les personnages sont attachants et on prend un plaisir fou à voir les animaux augmentés prendre en mains le destin de la planète. Entre ces pages, vous côtoierez un ours guerrier et poète en herbe, une jeune humaine embrigadée dès son plus jeune âge dans les milices du Nord portant la puce mémorielle de son grand-père, des IA malicieuses, un phoque optimiste, ou encore le dernier rhinocéros blanc. Le vivre ensemble et l’empathie sont au cœur de ce roman qui se plaît à nous balader entre les époques. Si l’auteur se veut lucide sur l’état du monde, il apporte des pistes de réflexion et d’espoir pour le futur, en misant sur l’empathie, sur notre rapport au vivant sous toutes ses formes, et sur l’utilisation, à bon escient, des nouvelles technologies. La phrase mise en exergue à la fin du roman représente parfaitement l’esprit de Symbioses : »À quoi sert la conscience de soi si on ne l’utilise qu’au bénéfice de sa propre espèce ? ».

Symbioses – Johan Heliot – Mars 2026 – L’Atalante – Illustration de couverture réalisée par Thomas Dambreville

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Heureux comme jamais – Guillaume Chamanadjian

18 mercredi Mar 2026

Posted by Aurélie in Romans français, SF

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Aux Forges de Vulcain, capitalisme, conseils de lecture, Critique de livre, Guillaume Chamanadjian, Heureux comme jamais, IA, idées de lecture, lecture, Livre, quoi lire, roman, SF, Space opera

Les premières phrases

« Lorsque Noah entre dans le monte-charge, le bourdonnement des moteurs s’estompe en laissant la place à l’habituel bruit blanc qui la désoriente toujours pendant quelques secondes.

« Tu as pris le jeu de grosses clefs Allen ? »

Il paraît que tous les pères s’inquiètent lors du premier jour de travail de leur fille. Noah ne saurait dire si c’est vrai, Papa est le seul père qu’elle a jamais fréquenté. Elle tapote ses écouteurs. Deux fois pour oui. »

Impressions

Décidément, j’aime beaucoup ce qu’écrit Guillaume Chamanadjian. Après Une valse pour les grotesques, ou encore sa novella NoirPunk dans Derrière le grillage, je suis à nouveau conquise par son dernier livre en date, Heureux comme jamais.

Ici, l’auteur nous propulse dans un univers SF particulièrement jouissif. Imaginez : la crème de la crème des ultra-riches (dont un ancien président américain dénommé Mickey Clarke Jr.) a quitté la Terre qu’ils ont en partie eux-mêmes détruite à bord d’un vaisseau spatial dirigé par un milliardaire à l’égo surdimensionné (et à l’intelligence diamétralement opposée). Tout parallèle avec la vie réelle serait tout à fait fortuite, bien sûr !

Noah, fille du seul prolétaire du vaisseau et seul ingénieur de maintenance à bord, se voit confier la lourde tâche de remplacer son père malade, alors qu’un message provenant de la Terre vient d’être capté par le vaisseau, pouvant remettre en cause leur projet de terraformer une nouvelle planète. Dans ce huis-clos où les riches continuent de se regarder allègrement le nombril, Noah n’a qu’une échappatoire : la musique d’un monde passé, et ses conversations avec son IA de compagnie Bins-42, à la langue bien pendue et à l’ironie mordante. On ne s’ennuie pas une seconde dans ce court space opera (moins de 200 pages) mené tambour battant. Vous l’aurez compris : j’ai adoré cette lecture portant un regard terriblement réaliste (mais toujours plein d’humour) sur notre société actuelle dominée par le capitalisme et les ultra-riches. Si vous avez le moral en compote, lisez ce roman ! Il devrait même être remboursé par la Sécu tellement il fait du bien !

Heureux comme jamais – Guillaume Chamanadjian – Mars 2026 – Aux Forges de Vulcain – Illustration de couverture réalisée par Elena Vieillard

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Submergée – Arula Ratnakar

02 lundi Mar 2026

Posted by Aurélie in Romans étrangers, SF

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Argyll, Arula Ratnakar, conseils de lecture, Critique de livre, idées de lecture, lecture, Livre, mémoire, quoi lire, RéciFs, roman, science fiction, SF, Submergée

Les premières phrases

« À mesure que les gens commençaient à mourir, le désespoir nous a entraînés dans les profondeurs en quête de remèdes. Nous avons exploité les monts hydrothermaux jusqu’à causer l’extinction des vers tubicoles, mis à nu les champs de nodules polymétalliques, essoré les éponges pour les vider de leurs déchets, et ce afin de traiter les nouvelles maladies, ces monstrueuses pestes incurables nées de notre nouveau climat, qui se répondaient dans notre atmosphère. Mais les gens continuaient de mourir. Alors, nous avons creusé encore plus profond… »

Impressions

J’avais peur que l’aspect scientifique de cette novella me perde, l’autrice, neuroscientifique, se basant fortement sur ses recherches en matière de développement neurologique pour alimenter son histoire. Mais j’ai très vite compris que cet aspect n’allait pas gêner ma lecture. Ce texte m’a bouleversée, Arula Ratnakar mêlant parfaitement les neurosciences et la biologie marine à une émotion à fleur de peau. Imaginez qu’une innovation mémorielle permette de revivre les souvenirs d’une personne décédée. Comment démêler la mémoire d’une autre de ses souvenirs personnels ? À partir de quel moment les souvenirs peuvent-ils s’enchevêtrer ? Ne risque-t-on pas de se perdre soi-même et de se laisser submerger ?

Ce n’est qu’une novella, et pourtant Arula Ratnakar parvient à aborder avec justesse de nombreux thèmes, tels le changement climatique et ses conséquences sur la santé des êtres vivants, l’éthique scientifique, ou encore la destruction des fonds marins. Autre point que j’ai trouvé particulièrement intéressant : le moyen d’action trouvé par les enfants pour dénoncer l’inaction des adultes en matière de préservation de l’environnement. J’attendrai avec impatience un autre texte de l’autrice, tant celui-ci m’a séduite, combinant parfaitement réflexions scientifiques, enquête mémorielle, et histoires d’amour.

Submergée – Arula Ratnakar – Février 2026 – Argyll (collection RéciFs) – Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean-Daniel Brèque – Illustration de couverture réalisée par Anouck Faure

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Les sœurs démentes d’Esi – Tashan Mehta

02 lundi Fév 2026

Posted by Aurélie in Fantasy, Romans étrangers, SF

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Les premières phrases

« Le problème avec les histoires circulaires, c’est qu’il est difficile de savoir où commencer. Celle-ci en est une, même si personne ne me l’a dit la première fois où j’y ai pénétré. En un sens, j’aurais aimé le savoir ; peut-être, alors, ne m’y serais-je jamais aventurée. »

Impressions

Voici une lecture inclassable que je vais bien avoir du mal à vous chroniquer ! Allons droit au but : j’ai adoré ce roman totalement indescriptible. Disons qu’avec Les soeurs démentes d’Esi l’autrice Tashan Mehta nous livre une sorte de fantasy cosmique, une histoire qui ne ressemble à rien de ce que j’ai pu lire. Et ça fait un bien fou d’en prendre plein les yeux et le cœur sans avoir le moindre repère ni la moindre référence. Moi qui adore me plonger dans un roman sans en avoir lu le moindre résumé (je déteste les quatrièmes de couverture qui bien souvent en disent trop), j’ai été ravie de me laisser porter au sein de ce voyage onirique.

Je vous en dirai donc assez peu. Imaginez seulement deux sœurs, Myung et Laleh, toutes deux gardiennes d’une baleine gigantesque – la baleine de babel – planant dans le cosmos, à l’intérieur de laquelle se trouve un nombre inimaginable de chambres à explorer. De quoi remplir bien des vies et satisfaire les deux sœurs, jusqu’au jour où la curiosité de Myung lui fait poser cette question : « Tu crois qu’il y en a d’autres comme nous ? ». Et puis d’où viennent-elles ? Et où se trouve donc leur créatrice, celle que l’on appelle la Grande Wisa ?

Laissez-vous hypnotiser par cette histoire pleine de poésie, faisant la part belle à la sororité, aux contes, à l’imagination, à l’émerveillement, et à la folie. Une lecture hors des sentiers battus, pour toutes celles et ceux aimant les ovnis littéraires. Gros coup de cœur !

Les sœurs démentes d’Esi – Tashan Mehta – Février 2026 – L’Atalante – Traduit de l’anglais par Mathilde Montier – Illustration de couverture réalisée par Upamanyu Bhattacharyya

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L’orage qui vient – Louise Mey

19 lundi Jan 2026

Posted by Aurélie in Fantastique, Romans français, SF

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Les premières phrases

« J’ai couru pendant des heures. J’ai couru, et maintenant, je veux manger. Je cherche quelque chose, un lièvre, un faisan, mais autour de moi tout se dissimule, à l’abri, bien caché. La forêt tout entière sait que je suis là cette nuit. Elle est belle sous la lune sans nuages, mais sa beauté m’indiffère, je n’ai pas faim de beau. J’ai faim de chair, de sang, je veux plonger les dents dans quelque chose de vivant. »

Impressions

J’ai dévoré ce roman ! Il faut dire que la plume de Louise Mey, précise et tranchante, va droit au but tout en parvenant à créer une ambiance et un décor que l’on visualise dans ses moindres détails, et des personnages (y compris secondaires) ayant une réelle substance. En moins de 200 pages, je trouve que c’est un tour de force. On s’attache aux protagonistes et, plus les pages défilent, plus la tension monte, à tel point que je n’arrivais pas à lâcher ma lecture !

Imaginez une petite communauté composée de femmes et d’enfants (le dernier homme du village part se former en ville), vivant à l’abri de la forêt dans un lieu paisible et reculé, caché aux yeux de tous, dans un monde où la société telle que nous la connaissons s’est effondrée. Ici, on vit de peu mais bien. Chacune mange à sa faim, chacune participe au bon fonctionnement du Hameau. C’est ici que vit Mila, une adolescente de 15 ans, avec sa mère. Et puis, un jour, un homme de l’extérieur arrive…

S’il n’y a pas de réelle surprise dans l’histoire, le roman est tellement bien écrit et construit que vous voudrez le lire d’une traite, afin d’évacuer la tension qui monte inexorablement jusqu’à la fin. Comme Mila, vous serrerez les poings. Louise Mey a su créer une histoire – courte et diablement efficace – avec une héroïne attachante, ode à la force des femmes, à la sororité, et au retour à un mode de vie respectueux du vivant, tout en explorant avec justesse la figure du monstre.

L’orage qui vient – Louise Mey – Mars 2025 – Pocket – Illustration de couverture réalisée par Germain Barthélémy

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