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« – Ils sont très nerveux, ce matin, constate Paula à la lecture des données défilant sur sa manche gauche à l’intérieur de l’avant-bras. Tu as vu ces pics de cortisol ?
Javier pointe la chape sombre des fumées d’incendie au-dessus des collines et des mesas, à l’est de la ville.
– Les feux se rapprochent, dit-il dans son globish encore hésitant. Alors ils sentent le danger.
– Ils ont l’habitude des incendies, depuis le temps. Non, c’est autre chose, cette fois. »
Impressions
Tout commence par un cataclysme : en 2049, le monde s’embrase pour de bon à base d’attaques nucléaires et de tsunamis radioactifs. La Terre devient ainsi quasiment invivable, à part au niveau des Pôles et sur quelques îlots dotés des dernières technologies. Vous me direz, rien de bien surprenant… Mais Johan Heliot nous propulse ensuite en 2094 aux côtés de l’ambassadeur du Pôle Sud, le phoque Spiridon, un animal augmenté, comme quasiment tous les derniers animaux encore en vie, qui va devoir faire preuve de ses talents de diplomate pour peut-être empêcher une nouvelle guerre menée par le Pôle Nord.
Humains, animaux augmentés et IA se côtoient pour essayer de trouver un terrain d’entente et éviter le pire. Car les humains font toujours la course aux dernières richesses de la planète, et en particulier à l’eau. Et c’est cette confrontation avec toutes ces formes de vie dotées de conscience et du langage qui fait tout l’intérêt et l’originalité de ce roman d’anticipation. Les personnages sont attachants et on prend un plaisir fou à voir les animaux augmentés prendre en mains le destin de la planète. Entre ces pages, vous côtoierez un ours guerrier et poète en herbe, une jeune humaine embrigadée dès son plus jeune âge dans les milices du Nord portant la puce mémorielle de son grand-père, des IA malicieuses, un phoque optimiste, ou encore le dernier rhinocéros blanc. Le vivre ensemble et l’empathie sont au cœur de ce roman qui se plaît à nous balader entre les époques. Si l’auteur se veut lucide sur l’état du monde, il apporte des pistes de réflexion et d’espoir pour le futur, en misant sur l’empathie, sur notre rapport au vivant sous toutes ses formes, et sur l’utilisation, à bon escient, des nouvelles technologies. La phrase mise en exergue à la fin du roman représente parfaitement l’esprit de Symbioses : »À quoi sert la conscience de soi si on ne l’utilise qu’au bénéfice de sa propre espèce ? ».
Symbioses – Johan Heliot – Mars 2026 – L’Atalante – Illustration de couverture réalisée par Thomas Dambreville









