Les cieux pétrifiés – N.K. Jemisin

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Les premières phrases

«  Le temps ne va pas tarder à manquer, mon amour. Je te propose d’en finir avec le commencement du monde. Tu es d’accord ? Tu es d’accord. Bon. Allons-y.

C’est tout de même étrange. Mes souvenirs évoquent des insectes fossilisés dans l’ambre, vies figées depuis longtemps éteintes, rarement intactes. Il n’en subsiste souvent qu’une patte, quelques écailles tombées des ailes, un morceau du métathorax – fragments qui seuls permettent de reconstituer le tout, restes brouillés, fondus par des fêlures sales, erratiques. En affutant mon regard pour scruter ma mémoire, les yeux plissés, je distingue des visages et des événements qui devraient avoir un sens à mes yeux et qui en ont un… sans le savoir. C’est bien moi qui ai été témoin de tout cela, et pourtant, ce n’est pas moi.

Dans mes souvenirs, j’étais un autre être, comme le Fixe était un autre monde.  »

Circonstances de lecture

Parce que c’est le dernier tome des Livres de la Terre fracturée.

Impressions

N.K. Jemisin conclut ici avec brio sa trilogie des Livres de la Terre fracturée, un cycle oscillant entre SF et Fantasy. Elle y traite d’un monde post-apocalyptique où les hommes tentent de survivre malgré des tremblements de terre à répétition et une nature pour le moins dangereuse. Parmi eux, les Orogènes se cachent, mal vus par les hommes à cause de leur don qui leur permet pourtant de dompter notamment les secousses sismiques. Mangeurs de pierre, obélisques planant dans le ciel, retour de la Lune… Autant de mystères planant dans cet univers hostile. Avec en toile de fond une question essentielle : peut-on croire en la rédemption de l’espèce humaine ou ne faudrait-il pas au contraire la détruire ?

Avec cette trilogie, N.K. Jemisin parle tout simplement de nos problèmes actuels, que sont l’intolérance, le racisme et la destruction de notre planète. Chaque tome a remporté le Prix Hugo du meilleur roman, trois années d’affilée ! Signe d’une saga qui devrait marquer les esprits pour longtemps.

Un passage parmi d’autres

 J’ai bel et bien vu le monde en feu. Ne me parle pas de spectateurs innocents, de souffrance imméritée, de vengeance cruelle. Si une comm se construit sur une ligne de faille, blâmes-tu ses murailles quand elles finissent – forcément – par écraser sa population ? Non ; tu blâmes quiconque a été assez stupide pour se croire capable de défier à jamais les lois de la nature. Eh bien, il est des mondes construits sur des lignes de faille faites de douleur, maîtrisées par des cauchemars. Ne pleure pas leur chute. Non ; indigne-toi qu’ils aient été condamnés dès leur construction.

Je vais maintenant te raconter quelle fin a connue ce monde-là, Syl Anagist. Quelle fin je lui ai donnée. Ou, du moins, quelle fin j’ai donnée à une fraction assez importante de ce monde pour l’obliger à tout reprendre depuis le début en se reconstruisant à partir de rien.

N.K. Jemisin – Les cieux pétrifiés – septembre 2018 (Nouveaux Millénaires)

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Trois fois la fin du monde – Sophie Divry

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Les premières phrases

«  Ils ont tué mon frère. Ils l’ont tué devant la bijouterie parce qu’il portait une arme et qu’il leur tirait dessus. Ils n’ont pas fait les sommations réglementaires, j’ai répété ça pendant toute la garde à vue. Vous n’avez pas fait les trois sommations, salopards, crevards, assassins. Les flics ne me touchent pas, à quoi bon, ils savent que je vais en prendre pour vingt ans pour complicité. Moi j’attendais dans la voiture volée. Quand j’ai vu la bleusaille, il était trop tard pour démarrer, ils se sont jetés sur moi, m’ont plaqué à terre. C’est de là que j’ai vu la scène, rien de pire ne pouvait m’arriver : Tonio tué sous mes yeux. Mais pourquoi ce con a-t-il fait feu ?

Il était mon dernier lien, ma dernière famille.  »

Circonstances de lecture

Parce que ce titre m’a attiré.

Impressions

Tout commence dans la douleur, la violence et les larmes. Joseph, qui n’a rien d’un criminel, est envoyé en prison pour avoir suivi son frère dans un braquage. C’est sa première fois en prison. Il y apprend la souffrance de l’enfermement, la promiscuité, la violence. Et puis survient un incident nucléaire. Une centrale explose et le voilà libre. Immunisé contre les radiations, Joseph s’enfuit, et débute alors pour lui une vie de solitaire dans un monde déserté par les hommes.

Le roman de Sophie Divry est une vraie réussite. Elle décrit avec justesse la grisaille de la prison, l’enfer de la promiscuité puis de la solitude, mais aussi la beauté de la nature et la paix qu’elle procure à qui sait l’admirer. Une belle réflexion sur la solitude. A lire au soleil, en écoutant le chant des oiseaux.

Un passage parmi d’autres

 Il faudrait parvenir à détruire ce monde.

Si les étoiles l’embrassaient, si, sur une fraction de seconde de leur révolution, elles pouvaient le prendre dans leurs lumières, et plus tard, plus loin, le laisser tomber dans un autre pays. Pas un pays étranger, mais un pays parallèle. Où on se réveillerait animal ou plante, où s’échangeraient les peaux comme les saisons passent, où il pourrait se laver d’une pensée comme on nettoie une table ; il suffirait de tendre une main et d’enlever les souvenirs qui font souffrir et qui travaillent.

Sophie Divry – Trois fois la fin du monde – août 2018 (Notabilia – Éditions Noir sur Blanc)

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Trouble vérité – E. Lockhart

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Les premières phrases

«  L’hôtel était génial.

La chambre de Jule comportait un minibar garni de paquets de chips et de quatre sortes de barres chocolatées différentes. Une baignoire équipée de jets à bulles. Des serviettes de bain moelleuses et du savon liquide au gardénia à volonté. Chaque après-midi à seize heures, un vieux monsieur jouait du Gershwin sur le piano à queue dans le hall. Le spa proposait des soins du visage à l’argile chaude, si vous supportiez d’être tripotée par des mains inconnues. La peau de Jule sentait le chlore toute la journée.

Tout était blanc, au Playa Grande Resort de Baja : les rideaux, la faïence, les tapis et les bouquets de fleurs luxuriants. Les membres du personnel ressemblaient à des infirmiers dans leurs uniformes de coton blanc. Cela faisait près de quatre semaines que Jule séjournait seule ici. Elle avait dix-huit ans.  »

Circonstances de lecture

Parce que que j’avais adoré Nous les menteurs.

Impressions

J’avais adoré Nous les menteurs. Sans arriver au niveau de ce précédent roman, « Trouble vérité » se dévore. Si le début m’a laissée perplexe (est-ce que je vais pouvoir m’intéresser à cette histoire de petite fille riche ?!), E. Lockhart m’a ensuite transportée dans ce thriller mené tambour battant. Je l’ai lu en une journée. On y suit Jule et Imogen, deux jeunes filles qui ont quelque chose à cacher… Ce qui fait la force de ce roman, c’est son schéma narratif, construit à rebours… jusqu’à la révélation finale. Pas de doute, Emily Lockhart sait construire ses romans et surprendre ses lecteurs !

Un passage parmi d’autres

 Si seulement elle pouvait revenir en arrière, elle agirait mieux. Ou différemment. Elle serait davantage elle-même. Ou peut-être moins. C’était difficile à dire parce qu’elle ne savait même plus qui elle était réellement, si Jule existait encore ou si elle n’était plus qu’une série de personnages changeants selon le contexte.

Les autres gens étaient-ils tous comme elle ? Sans consistance réelle ?

Ou était-elle la seule ?

Elle ne savait plus si elle était capable d’aimer son petit cœur tordu et écorché. Elle aurait voulu que quelqu’un d’autre le fasse pour elle, le regarde battre derrière sa cage thoracique et lui dise, Je vois au fond de toi. Je te vois telle que tu es, rare et précieuse. Et je t’aime.

C’était si monstrueux, si stupide d’être une âme tordue et écorchée, de n’avoir aucune personnalité, aucune identité réelle alors qu’on avait toute la vie devant soi. Jule possédait des talents uniques. Elle travaillait dur, elle avait beaucoup de choses à offrir. Elle savait tout cela.

Alors pourquoi se sentait-elle aussi nulle, en même temps ?

E. Lockhart – Trouble vérité – avril 2018 (Gallimard Jeunesse)

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La tête sous l’eau – Olivier Adam

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Les premières phrases

«  Voilà. Je suis dans ma nouvelle chambre. Ma nouvelle maison. Loin de toi. Dehors il fait beau. La plage est bondée. Tout le monde a l’air heureux. La mer est belle. Qu’est-ce que j’en ai à foutre ? 

Je suis désolée. Je sais que j’ai foiré nos adieux (« nos au revoir », me corrigeras-tu). Que je me suis comportée comme une merde. Que ce n’est pas à toi que je devais m’en prendre. Mais à mes parents et à eux seuls. Je leur en veux tu sais. A mort. J’ai décidé de leur tirer la gueule jusqu’à la fin de mes jours. Ils vont s’en bouffer les doigts. Mais qu’est-ce que ça change ? Ça ne fait pas une semaine que je suis ici et tu me manques.  »

Circonstances de lecture

Parce que c’est Olivier Adam.

Impressions

Avec « La tête sous l’eau », Olivier Adam nous replonge dans les affres de la disparition d’un être cher, thème déjà abordé dans « Je vais bien, ne t’en fais pas », que j’avais adoré. Classé en littérature jeunesse (mais pourquoi ?!), ce roman est à mettre aussi bien entre les mains des ados avertis, que des adultes. Si vous avez aimé les précédents romans de l’auteur, les livres de Nina LaCour, « Nous, les menteurs » d’E. Lockhart ou encore « Thirteen reasons why », vous devriez aimer ce nouveau roman d’Olivier Adam, arrivé en librairie le 23 août. Je l’ai lu en une après-midi. Difficile de le lâcher avant la fin ! Ce livre se dévore.

Antoine nous parle de sa famille, complètement perdue depuis la disparition il y a plusieurs mois de sa grande sœur, Léa. Cet ado asthmatique introverti noie son chagrin dans la Manche, où il s’adonne quotidiennement au surf. Et puis voilà que la police retrouve Léa, en vie mais mutique. Que lui est-il arrivé ? Comme toujours, Olivier Adam parvient avec justesse à décrire une crise familiale, et les sentiments de chacun, tout en entraînant ici son lecteur dans une enquête menée tambour battant. Addictif, stressant, bouleversant, un très bon Olivier Adam !

Un passage parmi d’autres

 Ils s’étonnent de ma nouvelle passion pour le surf, de ma résistance à l’eau gelée, moi qui l’été, lorsque nous venions ici pour les vacances, grelottais de froid à la moindre baignade, rechignais toujours à plonger dans les vagues, me plaignais du vent permanent et des nuages qui même au 15 août venaient par instants masquer le soleil. Ils s’en inquiètent aussi. Trouvent que je me renferme sur moi-même, plus qu’avant encore si c’est seulement possible, que je suis trop solitaire, mutique. Selon eux ces longues heures que je passe au milieu de l’eau ne sont pas pour arranger les choses. Plus qu’un traitement, ils y voient un symptôme. Une fuite. Une façon très littérale de noyer mon chagrin. De me laver le cerveau à l’eau de mer. Ils n’ont peut-être pas tort. Mais pour ma part, je ne me livre pas à ce genre d’analyse. Les choses se sont produites malgré moi, sans que j’y réfléchisse vraiment.  L’été dernier, après la disparition de Léa, ils m’ont inscrit à un stage. Ils pensaient que ça me ferait du bien, que ça m’offrirait quelques heures de répit et d’apaisement au milieu de ces journées hallucinées, traversées de douleur et d’effroi. Dans la foulée, je me suis acheté une planche et c’est devenu une drogue. Chaque matin je me lève en pensant au moment où, sorti du lycée, je pourrai enfiler ma combinaison et me faire malmener par la Manche.

Olivier Adam – La tête sous l’eau – août 2018 (Robert Laffont)

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Le nuage pourpre – M.P. Shiel

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Les premières phrases

«  Décidément, ma mémoire est bien affaiblie. Quel est, par exemple, le nom de ce pasteur qui, juste avant le départ du Boreal, prêcha que c’était une folie de vouloir tenter, une nouvelle fois, d’atteindre le pôle Nord ? Oublié ! Et pourtant, il y a quatre ans, son nom m’était aussi familier que le mien.

Les événements qui précédèrent ce voyage ne sont plus qu’un souvenir assez brumeux. Me voici installé dans la loggia de cette villa de Cornouaille où j’essaie de relater ce qui est arrivé – Dieu sait pourquoi puisque personne ne lira ce récit – et voilà que, dès le début, je ne peux pas me rappeler le nom du pasteur.  »

Circonstances de lecture

Parce que j’avais très envie de découvrir cette maison d’édition, L’Arbre Vengeur.

Impressions

Les éditions de L’Arbre Vengeur ont eu la bonne idée de rééditer des classiques oubliés. Ici, ils publient un roman de SF de M.P. Shiel datant de 1901 ! Tout commence à la manière d’un récit d’aventures. Une expédition s’organise pour atteindre le Pôle Nord. Notre héros, Adam, se voit presque malgré lui contraint d’y participer. L’ambiance fait clairement penser aux livres de Jules Verne et on y prend goût, avec en prime un soupçon de noirceur fantastique, dans la personne de sa fiancée, Clodagh, prête à tout pour voir son futur mari participer à cette expédition, pouvant rapporter quelque 175 millions de dollars à celui qui foulera le premier le Pôle Nord ! On suit alors les aventuriers en route pour le Pôle jusqu’au moment où tout dérape : Adam atteint le Pôle Nord… déréglant au passage l’ordre du monde. Sur la route du retour, il ne croise que des cadavres embaumant l’air d’un parfum de fleur de pêcher et d’amande. Le roman prend ainsi la tournure d’un récit post-apocalyptique, où Adam (dernier homme sur Terre ?) essaiera de survivre et de donner un sens à sa vie, malgré la folie qui le hante. Une histoire percutante et envoûtante, à l’écriture étonnamment moderne et actuelle.

Un passage parmi d’autres

 Il est écrit : « Il n’est pas bon pour l’homme d’être seul. » Que cela soit bon ou non, il se trouve qu’il n’y a plus sur cette planète qu’un seul habitant et cela me semble déjà non simplement naturel mais la seule réalité concevable. Toute autre façon de voir les choses me paraît aussi inconsistante que les utopies des rêveurs et des illuminés.

M.P. Shiel – Le nuage pourpre – avril 2018 (L’Arbre Vengeur)

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Les Cent Mille Royaumes – N.K. Jemisin

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Les premières phrases

«  Je ne suis plus celle que j’étais autrefois. Ce sont eux qui m’ont fait ça, ils m’ont ouvert la poitrine et arraché le cœur. Depuis je ne sais plus qui je suis.

Je dois faire l’effort de me souvenir.

Certaines histoires circulent à propos de la nuit de ma naissance. Elles racontent que ma mère aurait croisé les jambes en plein travail et lutté de toutes ses forces pour m’empêcher de venir au monde. Bien sûr je suis née quand même ; on ne s’oppose pas à la nature. Mais je ne suis pas surprise que ma mère ait essayé.

Ma mère était l’héritière des Arameris. Un jour, au cours d’un bal organisé pour la petite noblesse – le genre d’événement censé flatter l’amour-propre des invités -,mon père osa l’inviter à danser ; elle daigna accepter. Je me suis souvent demandé ce qu’il avait pu dire ou faire ce soir-là pour qu’elle tombe amoureuse de lui à ce point, au point de renoncer à sa condition pour vivre avec lui. Mais c’est le thème de toutes les histoires célèbres, n’est-ce pas ?  »

Circonstances de lecture

Parce qu’après avoir lu « La Cinquième Saison » et « La Porte de Cristal », j’avais très envie de continuer à découvrir les précédents romans de N.K. Jemisin.

Impressions

Auteur multi-récompensée depuis, N.K. Jemisin signe ici son premier roman de Fantasy. Une histoire d’héritage, de magie, de trahisons familiales, mais aussi une réflexion sur la religion, les Dieux, et ce qu’en font les hommes… Ce premier tome est passionnant. J’ai hâte de lire la suite. A découvrir pour tous ceux qui aiment la Fantasy !

Un passage parmi d’autres

 Est-ce que je ne devrais pas faire une pause pour expliquer ? Je raconte mal cette histoire. Mais je dois me rappeler tout, me souvenir, encore et encore, pour garder le contrôle de ma mémoire. Tant de morceaux de moi m’ont déjà échappé.

Donc…

Il y avait trois dieux autrefois. Celui qui compte a tué l’un de ceux qui  n’avaient pas d’importance et a jeté l’autre dans une prison infernale. Les murs de sa geôle étaient de sang et d’os ; les fenêtres à barreaux ses yeux ; ses châtiments le sommeil, la douleur, la faim et tous les besoins que la chair mortelle éprouve constamment. Ensuite, la créature, piégée dans ce vaisseau corporel, fut confiée aux Arameris, avec trois de ses divins enfants. Après l’horreur de l’incarnation, qu’est-ce que l’esclavage pourrait bien leur faire ?

Lorsque j’étais petite, les prêtres d’Itempas le lumineux m’avaient expliqué que ce dieu déchu était le mal absolu. Du temps des Trois, ses adeptes s’adonnaient à un culte brutal et mystérieux qui donnait lieu à des célébrations extrêmement violentes au milieu de la nuit, au cours desquelles ils louaient la folie comme un sacrement. Si celui-là avait gagné la guerre, disaient les affreuses psalmodies des prêtres, le genre humain aurait probablement été décimé.

« Alors sois bonne, ajoutaient-ils chaque fois, ou le Seigneur de la nuit viendra te prendre. » .

 

N.K. Jemisin – Les Cent Mille Royaumes – septembre 2012 (Le Livre de Poche)

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Celle qui a tous les dons – M.R. Carey

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Les premières phrases

«  Elle s’appelle Melanie. Un mot qui veut dire « la Noire », qui vient du grec ancien, sauf que ça ne doit pas lui aller trop bien, puisqu’elle a le teint pâle. Melanie aime beaucoup « Pandore », mais on n’a pas le droit de choisir. Mlle Justineau baptise les enfants à partir d’une longue liste : chaque nouveau a droit au prochain nom de garçon, chaque nouvelle au prochain nom de fille, c’est comme ça et pas autrement, voilà ce que dit Mlle J. 

Il n’y a eu aucun nouveau ni aucune nouvelle depuis un moment, Melanie ne sait pas pourquoi. Avant, il en arrivait plein, toutes les une ou deux semaines. On entendait des voix dans la nuit, des ordres à voix basse, des plaintes, des fois un juron et un claquement de porte de cellule. Et ensuite, au bout d’un moment, un mois ou deux en général, une nouvelle tête était là dans la classe, un enfant qui n’avait même pas encore appris à parler. Enfin, bon, ça rentrait vite.

Melanie aussi a été nouvelle un jour, mais elle a du mal à s’en souvenir, parce que ça remonte à longtemps. A une époque d’avant les mots, où il n’y avait que des choses sans nom, et les choses sans nom ne vous restent pas dans la tête. Elles en tombent, et après, plus rien.

Maintenant, Melanie a dix ans, et un teint de princesse de conte de fées : une blancheur de neige. Donc elle sait que quand elle sera grande, une beauté, les princes se bousculeront pour escalader son donjon et pour la sauver.

En supposant qu’elle ait un donjon, bien sûr.

D’ici là, elle a cette cellule, le long couloir, la salle de classe et celle des douches.  »

Circonstances de lecture

Parce que j’aime les histoires de fin du monde !

Impressions

Melanie croit être une petite fille comme les autres. Elle va en cours tous les jours, avec d’autres enfants, attachés, comme elle, dans un fauteuil. Elle aime particulièrement les cours de Mlle Justineau, son professeur préféré. Elle adore écouter Mlle Justineau leur raconter des histoires, des contes et des légendes. Mais voilà, Melanie n’est pas vraiment comme les autres. Et un jour, elle prend brusquement conscience qu’elle est une enfant… zombie… Une enfant zombie surdouée. Comment vivre avec cette révélation ?

Voici une histoire de zombie captivante et plus subtile qu’il n’y paraît. Un livre à dévorer !

Un passage parmi d’autres

 Quand la clé tourne dans la serrure, elle arrête de compter et elle ouvre les yeux. Sergent entre, son arme braquée sur elle. Ensuite, deux membres de son équipe arrivent pour boucler les sangles du fauteuil bien serré autour des poignets et des chevilles de Melanie. Il y en a aussi une pour son cou. C’est celle qu’ils serrent en dernier, quand elle a les mains et les pieds attachés de partout, et il le font toujours par-derrière. La sangle est conçue pour qu’ils n’aient jamais à passer les mains devant le visage de Melanie.

–  Je ne vais pas vous mordre, dit-elle certaines fois.

C’est une plaisanterie, sauf que l’équipe de Sergent ne rit jamais. Sergent, si, il l’a fait une fois, la première, mais c’était un rire méchant. Et il a ajouté :

– Comme si on allait t’en laisser l’occasion, mon petit chou.

Quand Melanie est toute sanglée sur le fauteuil, qu’elle ne peut plus bouger les mains ni les pieds ni la tête, ils la poussent jusqu’à la salle de cours et l’installent à son bureau.

 

 

M.R. Carey – Celle qui a tous les dons – avril 2018 (Le Livre de Poche)

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L’enfant de poussière – Patrick K. Dewdney

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Les premières phrases

«  Nous étions couchés dans les herbes folles qui poussent sur la colline du verger et, de là, nous voyions tout. L’air était pesant, presque immobile, rempli du bourdon estival des insectes. Autour, il y avait le parfum mêlé des graminées et l’odeur douceâtre des pommes qui mûrissent. Suspendus aux branches chargées de fruits, des charmes d’osselets gravés tintaient mélodieusement pour éloigner les oiseaux et la grêle. Face à nous se dressaient Corne-Colline et les murailles sombres de la cité de Corne-Brune, grassement engoncées dans la poussière que soulevaient les charrettes de la route des quais. Enfin, au bout du chemin sale que nous surplombions, derrière le petit port fluvial, la Brune coulait paresseusement. A mes côtés, Cardou croquait à pleines dents dans une pomme encore trop verte, tandis que Merle jouait un air badin sur son pipeau. Et Brindille, dont nous étions tous les trois amoureux, Brindille souriait. Nous avions le ventre plein.

Je devais avoir un peu moins de huit ans. C’est mon premier véritable souvenir.  »

Circonstances de lecture

Attirée par cette superbe couverture.

Impressions

Voici un nouveau cycle de fantasy à suivre ! Avec « L’enfant de poussière », Patrick K. Dewdney signe son premier roman de fantasy. Et ce premier tome (il y en aurait 7 au total) est une véritable réussite. On y suit Syffe, petit garçon de huit ans, orphelin aux origines mystérieuses, obligé de quitter un peu trop vite l’innocence de son enfance passée à la ferme. Amateurs de récits moyenâgeux, vous serez comblés. Ici, l’auteur nous plonge dans un monde médiéval riche, empli de clans, coutumes, luttes de classes et guerres cruelles. Racisme, intolérance, injustices sociales, croyances sont au cœur du récit. De Corne-Brune, ville plutôt paisible où Syffe a vécu ses premières années, au champs de bataille d’Aigue-Passe, en passant par la forêt où il vit son apprentissage martial avec le guerrier Uldrick, tous les lieux par lesquels passe notre petit héros sont magnifiquement décrits par Patrick K. Dewdney, tant et si bien que ce monde imaginé semble tout à fait plausible et réel. Ici, l’univers de la magie n’est que peu évoqué (peut-être le sera-il davantage dans le prochain tome ?). L’auteur préfère aux magiciens et aux dragons, les chevaux de guerre, le mystère de la nature, et le monde des songes, où Syffe côtoie malgré lui des forces surnaturelles. Les pages défilent à toute allure, et on a de la peine à quitter « L’enfant de poussière ». Preuve que l’on tient là une nouvelle pépite.

Un passage parmi d’autres

 Durant cette période de fin d’année, les rêves allaient et venaient, leur intensité croissant à tel point qu’il me fallait parfois un temps d’ajustement au réveil pour faire sens de la réalité. J’avais l’impression de plus en plus tenace de mener deux vies distinctes. Je passais le jour dans un corps, à déneiger les allées du domaine Misolle où à assister Nahir à l’infirmerie, et mes mains se couvraient de gerçures, des tâches du fumier et des teintures médicinales. Lorsque arrivait la nuit, je quittais mon enveloppe, cals et usure se dissolvaient dans un tourbillon d’étrangeté au sein duquel le monde concret n’avait pas de prise, et guère davantage de sens. Une présence extérieure à tout ce que je pouvais envisager m’enserrait de sa démesure et érigeait dans mon esprit son univers fragmenté. Cela m’emportait, cela me possédait parfois pour me laisser ensuite, pantelant, secoué par les chuintements étrangers et l’ondulation d’une chose mouvante qui ressemblait autant à l’ombre qu’à la lumière.

J’avais fini par me faire à l’idée que j’étais seul face à ce phénomène, seul et incompris, et pour cette raison j’avais cessé d’essayer d’en faire sens.

Patrick K. Dewdney – L’enfant de poussière – mai 2018 (Au Diable Vauvert)

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Espérer le soleil – Nelly Chadour

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Les premières phrases

«  Comme bon nombre de récits, celui-ci prend racine au plus profond des ténèbres d’une époque incertaine. A cette vertigineuse évocation de temps révolus s’ajoutent les frissons d’effroi, car il s’agit d’un conte horrible et gorgé de sang.

Comme toutes les bonnes histoires, celle-ci comporte une héroïne : Vassilissa, du village de Bilibine. Par dérision, elle avait hérité du surnom de la Très Belle. L’ironie de ce sobriquet ne venait pas de ses yeux aussi étincelants que les saphirs ornant la couronne des tsars, ni de sa chevelure châtaine, scintillante de fils dorés et si abondante que ses neveux aimaient y enfouir leurs petites mains.

C’était là ses seuls attraits.

Car la Très Belle n’était pas gracieuse, ne savait tenir ni un foyer ni sa langue prompte aux jurons et à la franchise. Aucun homme ne souhaitait épouser une femme capable de le flanquer par terre d’un coup de poing. Ses dons s’exerçaient dans des arts masculins : la chasse où elle avait hérité sur la pommette droite d’une balafre creusée par les crocs d’une louve, et la peinture d’icônes saintes.

Voilà pourquoi, à presque trente ans, elle vivait seule dans sa cabane. Mais elle ne regrettait rien et se contentait de jouer avec les marmots de ses sœurs plutôt que de rêver à ses propres enfants.

Jusqu’à la dernière fête de la Nativité, elle se moquait du mariage, des commérages qu’elle faisait taire d’un seul regard de son œil trop bleu.

Puis Vladimir arriva avec son escorte.  »

Circonstances de lecture

Parce que j’étais très attirée par cette belle couverture.

Impressions

Entre uchronie, fantastique, et SF, « Espérer le soleil » de Nelly Chadour ravira tous les fans d’histoires vampiriques et de mondes post-apocalyptiques. A la suite d’une guerre nucléaire, le soleil a disparu sous d’épais nuages de cendre, l’occasion pour les créatures de l’ombre de refaire leur apparition ! A moins que le soleil daigne refaire surface…

J’ai beaucoup aimé ce roman de Nelly Chadour mêlant légendes anciennes, enquêtes autour de la disparition d’enfants, et créatures horrifiques, le tout dans un Londres post-apocalyptique. Je vous le recommande chaudement ! D’autant que la couverture, signée Melchior Ascaride, est superbe.

Un passage parmi d’autres

 Vassilissa se laissait séquestrer dans son sarcophage gelé comme elle se glissait entre ses draps à l’époque où le sang circulant dans ses veines ne provenait pas de celles de ses proies. Contrairement à la léthargie de son ancienne vie, elle pouvait désormais choisir ses rêves. Elle savait rejouer le film d’une journée lointaine, film mental dont elle était l’unique spectatrice. Le moindre détail réapparaissait dans son esprit avec la précision d’une plaque photographique. A l’insu des sacs de sang, les souvenirs des Rôdeurs ne s’estompaient jamais : chaque événement se gravait dans les circonvolutions de leur cervelle, sans doute parce que le siège des émotions s’était sclérosé laissant davantage de place à la mémoire. Et Vassilissa elle-même admettait que l’expérience découlant de sa prodigieuse hypermnésie lui tenait lieu d’intelligence. Pourtant, les savants russes qui l’avaient étudiée, découpée, examinée, testée sous les ordres du camarade atomiseur Staline, avaient décelé des facultés cognitives peu éloignées de celles des mortels. Selon toute vraisemblance, son goût intact pour la peinture avait préservé cette infime part d’humanité. .

 

 

Nelly Chadour – Espérer le soleil – septembre 2017 (Les moutons électriques)

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Dans la toile du temps – Adrian Tchaikovsky

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Les premières phrases

«  There were no windows in the Brin 2 facility – rotation meant that « outside » was always « down », underfoot, out of mind. The wall screens told a pleasant fiction, a composite view of the world below that ignored their constant spin, showing the planet as hanging stationary-still off in space: the green marble to match the blue marble of home, twenty light years away. Earth had been green, in her day, though her colours had faded since. Perhaps never as green as this beautifully crafted world though, where even the oceans glittererd emerald with the phytoplankton maintaining the oxygen balance within its atmosphere. How delicate and many-sided was the task of building a living monument that would remain stable for geological ages to come.

It had no officially confirmed name beyond its astronomical designation, although there was a strong vote for « Simiana » amongst some of the less imaginative crewmembers. Doctor Avrana Kern now looked out upon it and thought only of Kern’s World. Her project, her dream, her planet. The first of many, she decided.

This is the future. This is where mankind takes its next great step. This is where we become gods.  »

Circonstances de lecture

Parce qu’on me l’a prêté. Lu en VO (Children of Time).

Impressions

Voilà un gros coup de cœur SF ! La Terre est au plus mal. Pour survivre, des scientifiques sont partis coloniser d’autres planètes pour les modeler à l’image de la Terre. Ils y parviennent presque, envoyant un groupe de singes ainsi qu’un nanovirus censé les faire évoluer rapidement pour qu’ils préparent la planète Kern à l’arrivée des hommes. Mais voilà, l’expérience tourne mal, le  vaisseau conduisant les singes est victime d’un acte de terrorisme et le nanovirus trouve refuge auprès d’une autre espèce : les araignées !

Deux mille ans plus tard, grâce à la cryogénisation, la scientifique à l’origine de la terraformation veille du haut de sa capsule spatiale sur sa création, le monde de Kern, quand un vaisseau spatial abritant les derniers humains approche et demande à atterrir sur Kern… La narration alterne alors entre les humains et les araignées et le lecteur a bien du mal à prendre partie, tant les deux points de vue sont compréhensibles. On ne sait plus qui soutenir, des humains survivants désireux de trouver un abri, ou des araignées évoluées, conscientes et intelligentes souhaitant sauvegarder leur monde. On parvient à s’attacher aussi bien aux humains (notamment l’ingénieure Isa Lain et l’historien-linguiste Holsten Mason, que l’on retrouve chapitre après chapitre, à plusieurs centaines d’années d’intervalle, lors de leurs différents réveils cryogéniques), qu’aux araignées auxquelles Adrian Tchaikovsky donne le même nom, génération après génération, en fonction de leur personnalité (Portia, Bianca et Fabian).

Ce livre d’Adrian Tchaikovsky offre à voir l’évolution d’une espèce sur des milliers d’années. Véritablement passionnant ! Il offre aussi une belle réflexion sur l’humanisme, les croyances, la tolérance, l’incompréhension, l’empathie, le langage, l’égalité des sexes (les araignées sont basées sur une société matriarcale au détriment des mâles) et l’intelligence artificielle. Un GROS coup de cœur, d’autant que la fin est tout simplement géniale !

Un passage parmi d’autres

 But of course, there is only one vital question. Portia wonders if Bianca will actually canvass anyone else’s opinion in the end, or whether she will simply send off her own demand to God to prevent anyone else doing likewise. It must be a great temptation to every other spider with access to a transmitter.

What Bianca asks is this :

« What does it mean that you are there and we are here? Is there meaning or is it random chance? » Because what else does one ask even a broken cybernetic deity but, « Why are we here? ».

Adrian Tchaikosvky – avril 2018 (Éditions Denoël)

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