La Disparition de Stephanie Mailer – Joël Dicker

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Les premières phrases

«  Seuls les gens familiers avec la région des Hamptons, dans l’État de New York, ont eu vent de ce qui se passa le 30 juillet 1994 à Orphea, petite ville balnéaire huppée du bord de l’océan. 

Ce soir-là, Orphea inaugurait son tout premier festival de théâtre, et la manifestation, de portée nationale, avait drainé un public important. Dès la fin de l’après-midi, les touristes et la population locale avaient  commencé à se masser sur la rue principale pour assister aux nombreuses festivités organisées par la mairie. Les quartiers résidentiels s’étaient vidés de leurs habitants, au point de prendre des allures de ville fantôme : plus de promeneurs sur les trottoirs, plus de couples sous les porches, plus d’enfants en patins à roulettes dans la rue, personne dans les jardins. Tout le monde était dans la rue principale. 

Vers 20 heures, dans le quartier totalement déserté de Penfield, la seule trace de vie était une voiture qui sillonnait lentement les rues abandonnées. Au volant, un homme scrutait les trottoirs, avec des lueurs de panique dans le regard. Il ne s’était jamais senti aussi seul au monde. Personne pour l’aider. Il ne savait plus quoi faire. Il cherchait désespérément sa femme : elle était partie courir et n’était jamais revenue.  »

Circonstances de lecture

Parce que c’est Joël Dicker.

Impressions

J’avais adoré « La Vérité sur l’Affaire Harry Québert », et également beaucoup aimé « Le Livre des Baltimore ». C’est dire que j’attendais avec une certaine impatience ce nouveau roman de Joël Dicker. Je l’ai dévoré en une semaine, pendant mes vacances. Ce thriller est efficace, les pages se tournent à toute vitesse, et la lecture est plaisante. Donc, oui, c’est un bon roman policier… Reste que je ne retrouve pas ce qui m’avait emporté dans les précédents romans de Joël Dicker. L’histoire est prenante, mais les indices trop évidents parfois et une clé du thriller m’a sauté très rapidement aux yeux… bien avant que le policier émérite du livre ne la découvre à son tour… C’est vraiment dommage. J’espère que le prochain livre de l’auteur aura un peu plus de profondeur.

Un passage parmi d’autres

 – La réponse était juste sous vos yeux, capitaine Rosenberg. Vous ne l’avez simplement pas vue.

J’étais à la fois intrigué et agacé.

– Je ne suis pas sûr de vous suivre Stephanie.

Elle leva alors sa main et la plaça à hauteur de mes yeux.

– Que voyez-vous, capitaine ?

– Votre main.

– Je vous montrais mes doigts, corrigea-t-elle.

– Mais moi je vois votre main, rétorquai-je sans comprendre.

– C’est bien le problème, me dit-elle. Vous avez vu ce que vous vouliez voir, et non pas ce que l’on vous montrait. C’est ce que vous avez raté il y a vingt ans.

Ce furent ses dernières paroles. Elle s’en alla, me laissant avec son énigme, sa carte de visite et la photocopie de l’article.

Avisant au buffet Derek Scott, mon ancien coéquipier qui végétait aujourd’hui au sein de la brigade administrative, je m’empressai de le rejoindre et lui montrai la coupure de presse.

– T’as toujours la même tête, Jesse, me dit-il en souriant, s’amusant de retrouver cette vieille archive. Que te voulait cette fille ?

– C’est une journaliste. Selon elle, on s’est planté en 1994. Elle affirme qu’on est passé à côté de l’enquête et qu’on s’est trompé de coupable.

– Quoi ? s’étrangla Derek, mais c’est insensé.

– Je sais.

– Qu’a-t-elle dit exactement ?

– Que la réponse se trouvait sous nos yeux et qu’on ne l’a pas vue.

Derek resta perplexe. Il semblait troublé lui aussi, mais il décida de chasser cette idée de son esprit.

– J’y crois pas un instant, finit-il par maugréer. C’est juste une journaliste de seconde zone qui veut se faire de la pub à bon compte.

– Peut-être, répondis-je, songeur. Peut-être pas.

Balayant le parking du regard, j’aperçus Stephanie qui montait dans sa voiture. Elle me fit signe et me cria : « A bientôt, capitaine Rosenberg. »

Mais il n’y eut pas de « bientôt ».

Parce que ce jour-là fut le jour de sa disparition.

 

 

Joël Dicker – La Disparition de Stephanie Mailer – mars 2018 (Éditions de Fallois)

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Neverwhere – Neil Gaiman

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Les premières phrases

«  She had been running for four days now, a harum-scarum tumbling flight through passages and tunnels. She was hungry, and exhausted, and more tired than a body could stand, and each successive door was proving harder to open. After four days of flight, she had found a hiding place, a tiny stone burrow, under the world, where she would be safe, or so she prayed, and at last she slept.  »

Circonstances de lecture

Parce que j’avais très envie de relire ce livre, en anglais cette fois.

Impressions

J’ai beaucoup apprécié cette relecture (en anglais) de ce classique de la fantasy urbaine. Neil Gaiman invente un Londres sous-terrain peuplé de rats respectés, de marginaux, d’assassins et autres personnages hauts en couleur. A commencer par Croup et Vandemar, deux assassins particulièrement malsains et drôles à la fois, à la poursuite de Door (Porte), une jeune fille dont la famille vient d’être massacrée. Lorsqu’un Londonien ordinaire, Richard Mayhew, vient à la rescousse de la jeune femme, il ne se doute pas que sa vie va être totalement bouleversée. Devenu transparent aux yeux du monde du dessus, il va devoir apprendre à vivre sous terre, dans le Londres d’en bas. A lire et relire !

Un passage parmi d’autres

 « Well, » said Richard. « How do I get back to normal again? It’s like I’ve walked into a nightmare. Last week everything made sense, and now nothing makes sense… » He trailed off. Swallowed. « I want to know how to get my life back, » he explained.

« You won’t get it back travelling with us, Richard, » said Door. « It’s going to be hard enough for you anyway. I… I really am sorry. »

Hunter, in the lead, knelt down on the pavement. She took a small metal object from her belt, and used it to unlock the cover to a sewer. She pulled up the sewer cover, looked into it, warily, climbed down, then ushered Door into the sewer. Door did not look at Richard as she went down. The Marquis scratched the side of his nose. « Young man, » he said, « understand this : there are two Londons. There’s London Above – that’s where you lived – and then there’s London Below – the Underside – inhabited by the people who fell through the cracks in the world. Now you’re one of them. Good night. « .

 

Neil Gaiman – Neverwhere – 1996 (headline)

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Juste après la vague – Sandrine Collette

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Les premières phrases

«  Louie se pencha pour ramasser la petite chose mouillée que la mer avait poussée jusqu’à la rive et qui se tenait là, inerte, à peine agitée par l’eau, se heurtant à la terre. C’était une mésange, une bleue, de celles qu’ils essayaient de préserver, avant, parce qu’elles se faisaient rares. Il la prit entre ses mains et la tendit à son père. 

– Tiens, Pata. Encore une.

Le père hocha la tête et la garda contre lui. Les autres regardaient en silence. Ils iraient l’enterrer plus tard, là où ils avaient mis les oiseaux morts. Ce serait le cent trente-quatrième – Louie connaissait le chiffre par cœur.

Et comme les autres, il se remit à contempler l’océan en rage. »

Circonstances de lecture

Parce que j’avais depuis longtemps envie de découvrir l’univers de Sandrine Collette.

Impressions

Un roman qui prend aux tripes… Sandrine Collette nous tient en haleine tout au long de ce livre aux allures de fin du monde. Un raz-de-marée a eu lieu, recouvrant toutes les terres à perte de vue. Seule une maison résiste, en haut d’une colline. En son sein, une famille : le père, la mère, leurs neuf enfants. Mais voilà, l’océan continue de monter, le niveau de l’eau va bientôt atteindre la maison… Il faut fuir, sur une barque… qui ne peut contenir que huit personnes. Le père le sait : il va falloir faire un choix. Quels enfants les parents doivent-ils emporter avec eux sur la barque, quels enfants doivent-ils laisser derrière eux ? Bouleversant et terriblement stressant, ce roman se dévore, le souffle coupé.

Un passage parmi d’autres

 Et puis il sait.

La réponse à la question résignée de la mère la veille : Pourquoi on ne voit pas encore de terres ?

Oui, il sait. L’a pas dit, bien sûr. Lui aussi pensait qu’avec un peu de chance, dès le dixième jour, ils commenceraient à trouver des îles. Rien vu – ou presque. Parce que les eaux ont continué à monter. La voilà, la réponse : la mer a recouvert de nouvelles terres et les niveaux sont toujours plus hauts. Alors, revenir ? Le père a la gorge nouée. Il ignore ce qu’il reste de leur monticule. Presse ses mains sur son visage pour ne pas penser aux trois petiots abandonnés là-bas et qui sont peut-être déjà noyés. Depuis des jours, le mot flotte dans sa tête, revient quand il ne l’attend pas. Assassin. Mais ce n’est pas lui qui y a pensé tout seul : c’est le mot qu’il a vu dans les yeux de Madie lorsqu’ils ont embarqué leurs six gamins en laissant les autres sur l’île, il y a onze jours – et cela pourrait être mille que ça serait pareil, depuis cette aube-là, il est devenu un assassin. La question est – de combien d’entre eux ? Un, deux. Quatre. Tous. Il le saura en arrivant.

 

Sandrine Collette – Juste après la vague – janvier 2018 (Denoël)

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milk and honey – Rupi Kaur

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Les premières phrases

«  how is it so easy for you

to be kind to people, he asked

milk and honey dripped

from my lips as I answered

cause people have not

been kind to me. »

Circonstances de lecture

Un livre que j’avais envie d’acheter depuis des mois et que j’ai reçu à Noël.

Impressions

Voici un recueil de poésie qui touche au cœur. Simples, durs et émouvants, les poèmes de Rupi Kaur devraient parler à toutes les femmes. Elle y traite du statut de la femme, de l’amour et de ses désenchantements, de souffrances infligées par les autres, de ruptures et de guérison. A mettre entre toutes les mains ! A lire et à relire…

Un passage parmi d’autres

 i don’t know what living a balanced life feels like

when i am sad

i don’t cry i pour

when i am happy

i don’t smile i glow

when i am angry

i don’t yell i burn

 

the good thing about feeling in extremes is

when i love i give them wings

but perhaps that isn’t

such a good thing cause

they always tend to leave

and you should see me

when my heart is broken

i don’t grieve

i shatter

 

Rupi Kaur – milk and honey – novembre 2015 (Andrews McMeel)

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Songe à la douceur – Clémentine Beauvais

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Les premières phrases

«  Parce que leur histoire ne s’était pas achevée au bon endroit, au bon moment,

parce qu’ils avaient contrarié leurs sentiments

il était écrit, me semble-t-il, qu’Eugène et Tatiana se retrouvent dix ans plus tard,

sous terre,

dans le Meteor, ligne 14 (violet clair), un matin d’hiver.  »

Circonstances de lecture

Parce que ce livre m’a été offert en cadeau d’anniversaire.

Impressions

Que dire sur « Songe à la douceur » ? Comment le résumer ? Commencé un soir, terminé le jour suivant… c’est un véritable coup de cœur… Écrite en vers libres, cette libre adaptation du roman « Eugène Onéguine » d’Alexandre Pouchkine m’a littéralement transportée aux côtés d’Eugène et Tatiana. Clémentine Beauvais sait trouver les mots pour faire sourire, rire et frissonner tout au long de cette histoire d’amour, à la fois si ordinaire et si belle. J’ai du mal à trouver les mots pour décrire ce roman et ce que j’ai éprouvé en le lisant… On a tous envie après ça de s’ennuyer ensemble, avec la personne qu’on aime… Et aussi de lire la version originale d’Alexandre Pouchkine.

Un passage parmi d’autres

 La porte du jardin pirouette,

et te voilà avec Lensky.

En attendant que ça arrive, je suis distraite.

J’ai du mal à me concentrer.

Je patiente,

mais quand on patiente, on ne fait que frôler la réalité.

Ça fait plusieurs semaines que je la frôle sans la toucher,

attendant que la porte du jardin m’y projette.

C’est bête

mais c’est seulement quand tu es là que j’ai l’impression

d’être là où je dois être.

Le reste du temps, je suis comme quelqu’un à la fenêtre

qui se regarderait vivre dehors

et qui aurait l’impression que ça arrive

à quelqu’un d’autre.

 

Clémentine Beauvais – Songe à la douceur – août 2016 (Sarbacane)

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La cinquième saison – N.K. Jemisin

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Les premières phrases

«  Commençons par la fin du monde – pourquoi pas ? On en termine avec ça, et on passe à quelque chose de plus intéressant.

D’abord, une fin personnelle. Une pensée lui tournera dans la tête encore et encore, les jours suivants, quand elle s’imaginera la mort de son fils en essayant de trouver un sens à ce qui en est aussi foncièrement dépourvu. Elle posera une couverture sur le petit corps brisé d’Uche – sans lui cacher le visage, parce qu’il a peur du noir – et elle s’assiéra à côté de lui, engourdie, indifférente au monde qui, dehors, touche à sa fin. Il l’a déjà atteinte en elle, et ce n’est pas la première fois qu’il en arrive là, ni dehors ni en elle. Elle a l’expérience de ce genre de choses.

Voici ce qu’elle pense, à ce moment-là et plus tard : Au moins, il était libre.

Quasi-question que sa facette perdue et sidérée arrive parfois à produire, obtenant toujours la même réponse de sa facette amère et lasse :

Non. Pas vraiment. Pas avant. Maintenant, oui.  »

Circonstances de lecture

Parce que ce livre me faisait de l’œil depuis un moment…

Impressions

Avec ce roman de SF, N.K. Jemisin a remporté le Prix Hugo en 2016 et elle le mérite amplement. Si le postulat de départ n’est a priori pas original – un monde post-apocalyptique, des hommes qui tentent de survivre face à des éléments déchaînés – l’auteur parvient à créer son propre univers et à nous emporter sur les pas de trois personnages auxquels on s’attache très vite. Accrochez-vous car les premières pages sont assez énigmatiques, mais une fois le début passé, vous aurez bien du mal à lâcher ce livre !

Sur cette terre soumise aux caprices quotidiens de la nature, les humains tentent de survivre aux saisons, haïssant paradoxalement les Orogènes, ces êtres capables de dompter les secousses sismiques. Suivez Essun, une femme orogène qui part à la poursuite de son mari, un homme venant de tuer leur fils et de kidnapper leur fille… Mais aussi Damaya, une petite fille que ses parents rejettent à cause de ses pouvoirs… Et enfin Syénite, une orogène de l’Ordre du Fulcrum, que l’on envoie en mission.

Grâce à un habile schéma de narration, N.K. Jemisin parvient à captiver son lecteur et à garder le mystère reliant tous ses personnages jusqu’aux toutes dernières pages. Un gros coup de cœur ! Vivement la suite en avril…

Un passage parmi d’autres

 A en croire la légende, le Père Terre ne détestait pas la vie, à l’origine.

Les mnésistes racontent même qu’Il a fait tout Son possible pour en faciliter l’émergence déconcertante à Sa surface, il y a de cela très, très longtemps. Il a conçu des saisons prévisibles et régulières ; Il a veillé à ce que les vents, l’océan, les températures changent assez lentement pour que le moindre être vivant puissent s’adapter, évoluer ; Il a invoqué des eaux capables de se purifier et des cieux de s’éclaircir après l’orage. Il n’a pas créé la vie – le hasard s’en est chargé -, mais Il l’a trouvée fascinante, Il s’est réjoui de son existence, Il a été fier de S’offrir à une beauté aussi étrange et indépendante.

Et puis les hommes se sont mis à Lui infliger des horreurs. Ils ont empoisonné Ses eaux au point qu’Il ne pouvait plus Lui-même les purifier, et ils ont tué une bonne partie des autres vies qui s’épanouissaient à Sa surface. Ils ont percé la croûte de Sa peau et se sont enfoncés dans le sang de Son manteau pour accéder à la moelle suave de Ses os. Enfin, au somment de l’hybris et de la puissance humaines, les orogènes ont fait quelque chose que le Père Terre ne pouvait pardonner : ils ont détruit Son seul enfant.

Aucun des mnésistes avec qui Syénite a eu l’occasion de discuter ne sait ce que signifie cette mystérieuse affirmation.

 

N.K. Jemisin – La cinquième saison – août 2017 (Nouveaux Millénaires)

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The Burning Girl – Claire Messud

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Les premières phrases

«  You’d think it wouldn’t bother me now. The Burneses moved away long ago. Two years have passed. But still, I can’t lie in the sun on the boulders at the quarry’s edge, or dangle my toes in the cold, clear water, or hear the other girls singing, without being aware the whole time that Cassie is gone. And then I want to say something – but you can’t, you know. It’s like she never existed.  »

Circonstances de lecture

Parce que j’ai été attirée par la couverture et les premières lignes de ce roman.

Impressions

Si vous aimez l’univers de Nina LaCour, ce livre de Claire Messud devrait vous plaire. « The Burning Girl » traite de l’amitié entre deux adolescentes, une amitié a priori inébranlable et qui va pourtant s’étioler petit à petit. Parce que si Julia a les pieds sur terre, Cassie a du mal à trouver sa place dans cette société, et lorsque sa mère tombe amoureuse, sa vie est chamboulée… Voici un livre plein d’émotions sur les affres de l’adolescence, les raisons qui font qu’une amitié peut s’évaporer, et le ressenti de deux jeunes filles face à des événements sur lesquels elles n’ont pas de prise. Une très belle plume et une histoire pleine de mystères.

Un passage parmi d’autres

 To be in that ruin with Cassie – it was such a particular feeling that I have had nowhere else. If ever I have it again, I will recognize it, like a long-lost scent, and that afternoon and the one that followed will return to me, in all their visceral intensity. The Bonnybrook was at once the most unlikely, vivid experience of our lives up till then, and like a dream – a dream, miraculously, that Cassie and I dreamed in tandem, touching, hearing, and feeling together. The asylym was darkened by the traces of its pasts; made titillating, even scary, by its silences – but made safer too by our sharing it. Being in the Bonnybrook was like being inside both Cassie’s head and my own, as if we had one mind and could roam its limits together, inventing stories and making ourselves as we wanted them to be.

 

Claire Messud – The Burning Girl – septembre 2017 (W.W. Norton & Company)

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Les Griffes et les Crocs – Jo Walton

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Les premières phrases

«  Bon Agornin se tortilla sur son lit de mort en battant des ailes comme pour s’envoler vers sa nouvelle vie. Les médecins étaient partis, résignés, et même ses filles avaient cessé de lui répéter qu’il irait bientôt mieux. Dans sa grande caverne pleine de courants d’air, il posa la tête sur son maigre tas d’or, tenta de rester immobile, inspira avec difficulté. Il lui restait peu de temps à vivre; peu de temps pour laisser sa marque sur ce qui allait se passer ensuite. Une heure, peut-être moins. Bientôt, la souffrance physique prendrait fin ; mais tant de regrets le taraudaient encore…

Il gémit et remua un peu. Pour connaître une renaissance heureuse, il devait quitter le monde l’esprit tranquille et le cœur pur, lui avait enseigné l’Église. Considérer avec bienveillance tous les événements de sa vie lui permettrait d’atteindre une certaine forme de sérénité. Une tâche ardue, pour laquelle les ailes et le feu ne lui seraient plus d’aucun secours.  »

Circonstances de lecture

Parce que j’aime beaucoup Jo Walton !

Impressions

Jo Walton fait désormais partie de mes auteurs préférés. Après « Morwenna » et « Mes Vrais Enfants« , j’ai dévoré « Les Griffes et les Crocs » (publié en anglais en 2003, et lauréat du World Fantasy Award en 2004). Ici, elle nous plonge au sein d’une histoire de dragons de la bonne société. C’est un peu comme si on retrouvait l’univers d’Orgueil et Préjugés au pays des dragons ! Étonnant, mais ça marche !

Le doyen de la famille Agornin se meurt, et suite à sa mort c’est tout l’avenir de ses enfants qui est remis en cause. A commencer par l’avenir de ses deux filles cadettes, pas encore mariées. Or, comme l’indique Jo Walton, « la dignité n’a aucune valeur sur le marché du mariage ». On se prend d’affection pour cette famille de dragons aux drôles de mœurs : ils dévorent tout de même le cadavre de leurs morts… tout en se coiffant de beaux chapeaux pour se montrer en société. Le nombre de demandes en mariage et de coups bas est incalculable. D’ailleurs un des chapitres se nomme « La narratrice reconnaît qu’elle a perdu le compte des confessions et des demandes en mariage ». Jo Walton a de l’humour, vous l’aurez compris. « Les Griffes et les Crocs » se lit le sourire aux lèvres comme un bon livre de fantasy à l’époque victorienne, mais aussi comme une très bonne satire de cette époque. Car Jo Walton n’en oublie pas pour autant de transmettre des messages sur la condition des femmes, la religion, la position sociale, la servitude et l’ambition. Car comme chez les humains, la société des dragons a bien des travers…

Un passage parmi d’autres

 – Je n’ai pas honte de mon père !

Tout le monde se tourna vers Selendra, qui s’était exprimée avec force. Penn, qui discutait avec la Bienheure à l’autre bout de la pièce, fit un pas dans leur direction.

« Je n’ai pas dit que deviez en avoir honte, reprit l’Exalte d’un ton apaisant.

– Non, vous m’avez dit que je ne devais jamais parler de lui en société ! » Les yeux violets de Selendra tourbillonnaient, à présent. Elle était furieuse. « J’aime mon père, et je suis fière de lui! »

Penn s’approcha. « Selendra », dit-il d’un ton sévère. La Bienheure semblait hébétée. Felin était si embarrassée qu’elle montrait les dents. Dans l’autre pièce, les serviteurs s’étaient figés et observaient sans s’en cacher cette tragédie inattendue.

Gelener tenta d’échanger un regard consterné avec Sher, mais lui aussi semblait furieux. « Elle a raison, mère », affirma-t-il.

Selendra se tourna vers lui, heureuse de trouver auprès de son nouvel ami un soutien qu’elle n’espérait pas.

« Bon était un dragon formidable, insista-t-il.

– Personne ne dit le contraire, répliqua l’Exalte, glaciale. Selendra n’a pas compris le sens de ma remarque. »

La dragonnelle savait que tout le monde la regardait. Elle savait qu’elle allait devoir présenter des excuses à l’Exalte si elle voulait sauver la soirée, mais elle refusait de le faire d’une voix tremblante. On l’avait mise dans une situation détestable. Elle avait parfaitement compris les sous-entendus de l’Exalte. Elle n’avait qu’une envie : qu’on la laisse aller pleurer dans son coin. « Si j’ai mal compris vos propos, j’en suis désolée, chuchota-t-elle, très raide, après un silence bien trop long.

– Ce n’est pas grave, ma chère », murmura l’Exalte. Elle lui pressa le bras, puis traversa la pièce pour échanger quelques mots avec la Bienheure.

 

Jo Walton – Les Griffes et les Crocs – août 2017 (Denoël)

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Nulle part sur la terre – Michael Farris Smith

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Les premières phrases

«  Le vieil homme avait presque atteint la frontière de la Louisiane quand il les aperçut qui marchaient de l’autre côté de la route, la femme avec un sac-poubelle jeté sur l’épaule et la fillette derrière elle traînant les pieds. Il les regarda quand il les dépassa puis il les regarda dans le rétroviseur et il regarda les autres voitures les ignorer comme de simples panneaux de signalisation. Le soleil était au zénith et le ciel limpide, et s’il ne savait rien d’elles il devinait au moins qu’elles devaient avoir chaud, alors il prit la première sortie, traversa le pont de l’échangeur et reprit l’autoroute I-55 dans l’autre direction, vers le nord. Il les avait vues quelques kilomètres plus tôt et il continua de rouler en se demandant ce qu’elles pouvaient bien fabriquer là. Il espérait qu’elles avaient une foutue bonne raison.

Il ralentit en arrivant à leur hauteur. Elles marchaient dans l’herbe, la fillette donnant des petites claques sur ses jambes nues, la femme voûtée sous le poids du sac-poubelle. Il se déporta sur le bas-côté puis s’arrêta derrière elles, mais ni l’une ni l’autre ne se retournèrent. Alors il coupa le moteur et sortit de la voiture.  »

Circonstances de lecture

Parce que j’ai été attirée par cette couverture toute simple et ce titre aux allures de fin du monde.

Impressions

J’ai commencé à lire ce livre en pensant « qu’est-ce que c’est glauque et triste et déprimant »… Michael Farris Smith nous immerge en effet dans une Amérique blafarde, sur les pas d’une mère et de sa petite fille, traînant leurs malheurs sur les routes surchauffées de Louisiane. La mère, Maben, espère retrouver un semblant de paix en retournant là où elle a grandi. En vain… En parallèle, on suit Russel, rentrant également chez lui après onze années passées en prison. Pour quel crime ? On ne l’apprendra que bien plus tard… Reste qu’à sa sortie du car, il se fait tabasser par deux gars… Plutôt glauque, non ? Et encore, je ne rentre pas dans les détails ! Alors, oui, le début de ce roman est déprimant, lourd, angoissant, lent. Oui. Mais voilà que l’histoire s’accélère soudain, que les mystères entourant les protagonistes se dévoilent au moment où un crime est commis, et l’on n’arrive plus alors à lâcher ce livre ! J’ai dévoré ce livre entre road trip, roman social et polar, qui questionne sur la frontière entre le bien et le mal. A découvrir.

Un passage parmi d’autres

 Il pensa de nouveau à ses fils. La vitesse à laquelle ils étaient en train de devenir des hommes, et des hommes bien, espérait-il, et il aurait voulu mieux comprendre ce que ça voulait dire au juste, être un homme bien. Il croyait le savoir, jusqu’à ce soir. Croyait pouvoir s’asseoir avec eux dans le salon et leur expliquer ce qu’était un homme bien et comment s’y prendre pour en devenir un soi-même et peut-être en était-il toujours capable mais il savait que la décision qu’il prendrait à propos de cette arme et de ce meurtre, quelle qu’elle soit, infléchirait d’une manière ou d’une autre sa conception de ce qu’était un homme bien. Il savait que quoi qu’il décide, une incertitude demeurerait à jamais en lui qui l’accompagnerait partout, jusque dans son sommeil et au stade et pendant les barbecues dans le jardin derrière la maison, et jusque dans ses vieux jours.

 

Michael Farris Smith – Nulle part sur la terre – août 2017 (Sonatine)

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Daughter of the Burning City – Amanda Foody

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Les premières phrases

«  I peek from behind the tattered velvet curtains at the chattering audience, their mouths full of candied pineapple and kettle corn. With their pale faces flushed from excitement and the heat, they look as gullible as dandelions, much like the patrons in the past five cities. The Gomorrah Festival hasn’t been permitted to travel this far north in the Up-Mountains in over three years, and these people look like they’re attending the opera or the theater rather than our traveling carnival of debauchery.

The women wear frilly dresses in burnt golds and oranges, buckled to the point of suffocation, some with rosy-cheeked children bouncing on their laps, others with cleavage as high as their chins. The men have shoulder pads to seem broader, stilted loafers to seem taller and painted silver pocket watches to seem richer.

If buckles, stilts and paint are enough to hoodwink them, then they won’t notice that the eight « freaks » of my freak show are, in fact, only one.  »

Circonstances de lecture

Livre reçu avec ma première FairyLoot Box !

Impressions

Rien que la couverture donne envie de se plonger dans ce roman Young Adult ! Une belle édition reçue dans ma box FairyLoot. Un véritable plaisir de lecture aussi. Amanda Foody plonge le lecteur dans l’univers déjanté d’un festival itinérant aux allures de ville maléfique. Son héroïne, Sorina, est la fille adoptive du propriétaire du Festival de Gomorrah. Elle est née sans yeux, ce qui ne l’empêche pas de voir le monde aussi bien que tout autre être humain. Et elle possède un don : celui de pouvoir créer des illusions plus vraies que nature. Elle s’est ainsi créée une famille, chaque membre étant doté de particularités dignes d’un « Freak Show ». Tout se passe pour le mieux, jusqu’au jour où l’une de ses illusions est retrouvée assassinée. Mais comment est-il possible de tuer une illusion ? Et qui a commis ce crime ? Commence alors une course poursuite pour déterminer qui en veut à sa famille et pourquoi.

J’ai aimé l’univers immersif empreint de magie qu’a imaginé Amanda Foody. Vivement son deuxième roman !

Un passage parmi d’autres

 Nicoleta jabbers a spiel about the wonders of my sight, as if my lack of eyes allows me to see more than everyone else. Between my forehead and cheekbones is flat skin, but I can see just the same as the rest of the world. I’m an illusion-worker, the rarest form of jynx-worker, gifted in mirages real enough to touch, smell, hear and taste. My most intricate illusions are my family and the other members of the freak show: living figments of my imagination.

I’ve never met another illusion-worker – only read about them – but as far as I know, I am the only one born without eyes who relies on my jynx-work to see. No doctor or medicine man can explain how this works. Maybe I don’t see like everyone else does – it’s not as if I could test that out – but I see, color and all, and I’m not the one to question things I don’t really need answers to.

 

Amanda Foody – Daughter of the Burning City – juin 2017 (Harlequin Teen)

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