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« Dans le groupe, ils étaient sept. Ils sont arrivés par en haut, probablement depuis la route principale. Puis ils ont tranquillement descendu tout le long du chemin, sans regarder le sol, comme si leurs plantes de pied connaissaient déjà l’emplacement des racines. Il y avait des femmes et des hommes, un jeune, le reste avait la quarantaine, ou plus. Cinquante ans ? Soixante ? Ils marchaient les uns derrière les autres, en ligne. Ils ont bifurqué sur le petit sentier, celui qui mène au lac.
C’était le matin. »
Impressions
Je ne sais pas pourquoi je m’attendais à lire une utopie, un texte optimiste et joyeux sur le vivre autrement. Après lecture, je peux dire que ça l’est sans l’être vraiment finalement. Mais si avec La colonie, l’autrice suédoise Annika Norlin m’a proposé un roman différent de mes attentes, je n’ai pas été déçue, loin s’en faut. J’ai dévoré les quelque 500 pages de La colonie en deux jours tant j’ai été captivée par l’histoire et émue par ses personnages.
Tout commence avec Emelie, jeune citadine menant une vie normale, jusqu’à ce que son corps la lâche. Incapable de sortir de son lit un matin, elle comprend qu’elle fait un burn-out. Elle fuit alors la ville pour se réfugier loin de la cacophonie de la société dans l’arrière-pays suédois, en pleine nature. Là, elle plante sa tente et laisse ses pensées s’apaiser, s’octroie le droit de ne rien faire, juste observer les arbres, les montagnes, le lac. Elle croit que la solitude constitue la réponse à son mal-être jusqu’à ce qu’elle croise les membres d’un groupe étrange, aux habitudes bizarres, vivant en quasi autarcie dans une ferme à l’écart de tout. Auraient-ils réussi à créer une autre forme de vie en communauté plus apaisée et heureuse ? Petit à petit, Emelie en apprend plus sur ces sept individus, leur mode de vie, leur passé et ce qui les a poussés à vivre ainsi.
Tout n’est pas tout rose dans cette communauté… On ressent les failles, les doutes de chacun. La colonie n’est pas un roman joyeux, Annika Norlin ne nous propose pas un modèle parfait de société utopique. Reste que je suis ressortie de cette lecture avec de l’espoir, avec cette idée notamment que l’on n’est pas forcés de se contraindre (se limiter) à vivre comme les autres, à paraître « normale » : « En tant qu’être humain, on fait tellement de petits choix au quotidien, on en oublie qu’on a également la possibilité de faire de grands choix. On n’est pas obligés de vivre là où tous les autres vivent. On n’est pas obligés de vivre comme tous les autres vivent. On peut faire une pause et se demander : en quoi est-ce que je crois, au fond ? Et alors on essaye de vivre de cette manière-là, entouré de personnes avec qui on a réellement envie de vivre.«
La colonie – Annika Norlin – Septembre 2025 – La Peuplade – Traduit du suédois par Isabelle Chéreau – Illustration de couverture réalisée par Ginevra Rapisardi










