L’Hôtel du Cygne – Zhang Yueran

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Les premières phrases

«  La matinée s’annonçait belle. Les dernières fleurs du magnolia étaient tombées dans la cour, remplacées sur les branches par un épais feuillage ovale. Lorsque l’enfant ouvrit les yeux, il vit sa nounou, Yu Ling, assise au bord du lit. Elle souleva sa couette et lui lança : « Allez, lève-toi, on va être en retard pour la balade ! » Il sauta de son lit et fila se brosser les dents dans la salle de bains. Dans le salon résonnait l’Étude révolutionnaire de Chopin, un morceau que son père aimait écouter. Yu Ling apparut dans l’encadrement de la porte, un pull gris à la main. « Je veux mettre le jaune avec une voiture dessus ! » fit le petit garçon en secouant la tête. « On va passer la journée dehors, tu vas te salir », répondit Yu Ling. L’enfant se mit à bouder mais la nounou n’en tint pas compte. Il finit par enfiler son pantalon gris et ses vieilles chaussures de sport noires et usées puis la rejoignit, l’air déjà tout crotté alors même qu’il n’avait pas encore mis un pied à l’extérieur. « 

Circonstances de lecture

Parce que j’avais beaucoup aimé le précédent roman de Zhang Yueran, Le Clou

Impressions

Voici un texte sensible et émouvant sur la force de ces femmes qui se démènent au quotidien pour donner un sens à leur vie et en éloigner la souffrance, loin du regard des autres. Un beau texte aussi sur les joies simples de l’enfance, sur la solitude et l’amitié. Zhang Yueran livre un roman qui respire les petits bonheurs de la vie. A savourer !

Zhang Yueran – L’Hôtel du Cygne – Septembre 2021 – Zulma

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Lorsque le dernier arbre – Michael Christie

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Les premières phrases

«  Ils viennent pour les arbres.

Pour respirer leurs aiguilles. Caresser leur écorce. Se régénérer à l’ombre vertigineuse de leur majesté. Se recueillir dans le sanctuaire de leur feuillage et prier leurs âmes millénaires.

Depuis les villes asphyxiées de poussière aux quatre coins du globe, ils s’aventurent jusqu’à ce complexe arboricole de luxe – une île boisée du Pacifique, au large de la Colombie-Britannique – pour être transformés, réparés, reconnectés. Pour se rappeler que le cœur vert jadis tonitruant de la Terre n’a pas cessé de battre, que l’âme du vivant n’a pas encore été réduite en poussière, qu’il n’est pas trop tard, que tout n’est pas perdu. Ils viennent ici, à la Cathédrale arboricole de Greenwood, pour gober ce scandaleux mensonge, et le travail de Jake Greenwood, en tant que guide forestière, consiste à le leur servir prémâché. « 

Circonstances de lecture

Parce que ce titre m’interpellait.

Impressions

Michael Christie dresse une superbe fresque familiale s’étirant de 1908 à 2038, un futur proche où la forêt primaire a quasiment disparu, victime du Grand Dépérissement. Jacinda Greenwood fait partie des derniers guides forestiers. L’auteur nous propose un voyage à rebours, comme si l’on suivait l’histoire de Jacinda et de ses ancêtres à travers les sillons tracés par le temps sur le tronc d’un arbre. Car la forêt est tout autant au centre de ce roman que les membres de la famille Greenwood. Une lecture passionnante, entre roman social à la Steinbeck et roman militant.

Michael Christie – Lorsque le dernier arbre – Août 2021 – Albin Michel

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L’intrusive – Claudine Dumont

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Claudine Dumont - L'intrusiveLes premières phrases

«  Je ne dors plus. Une si petite phrase. Je ne dors plus. Cela ne peut pas être si important. Quatre simples mots, mais ils avalent toute ma vie. Il ne me reste rien. Parce que je ne dors plus. Je ne devrais pas être surprise. Les phrases de peu de mots sont celles qui font le plus de dégâts : « Ta mère est morte » ; « Je ne t’aime plus. » Quelques lettres qui assassinent tout. La force des mots. Le pouvoir de quelque chose qui n’a aucune existence physique et qui pourtant détruit le corps. « 

Circonstances de lecture

Parce que ce titre singulier, écrit par une Québécoise, m’attirait beaucoup.

Impressions

On lit « L’intrusive » comme un thriller psychologique, le cœur battant, les mains un peu moites, on tourne les pages pour savoir, pour comprendre. Pourquoi Camille ne dort-elle plus ? Qu’a-t-elle donc fait pour que son frère adoré et sa belle-sœur refusent qu’elle revoie sa nièce de neuf ans ? Et en quoi Gabriel, cet homme étrange et taciturne, pourrait bien l’aider, lui qui était spécialiste des rêves ?

C’est un livre hallucinant qui remue les tripes et nous fait ressentir les « émotions couvertes d’hématomes » de Camille. Glaçant, angoissant, bouleversant… Il ne vous laissera pas indemne. 

Claudine Dumont – L’intrusive – Août 2021 – Le mot et le reste

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Atmosphère – Jenny Offill

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Jenny Offill - AtmosphèreLes premières phrases

«  Dans la matinée, la femme qui a presque atteint l’illumination arrive. Il y a des étapes, et elle pense en être à l’avant-dernière. Celle-ci ne peut se décrire que par un terme japonais. Qui signifie « Seau de peinture noire. »

Je passe un petit moment à chercher des ouvrages pour le vacataire maudit. Il rédige sa thèse depuis onze ans. Je lui offre des rames de papier. Des trombones et des stylos. Il travaille sur un philosophe dont je n’ai jamais entendu parler. Il me dit qu’il est mineur mais essentiel. Mineur mais essentiel !

Hier soir, son épouse a mis un mot sur le frigo. « Ce que tu fais actuellement rapporte-t-il de l’argent ? »

L’homme en costume minable refuse qu’on diminue ses amendes. Il est heureux de contribuer à notre institution. La blonde aux ongles rongés jusqu’au sang fait un saut après le déjeuner et repart avec un sac à main plein de papier hygiénique. « 

Circonstances de lecture

Parce que je suis libraire et que l’héroïne de ce roman est bibliothécaire.

Impressions

A la lecture de ce livre, vous vous esclafferez souvent, vous rigolerez, vous réfléchirez aussi. Le tout en compagnie de Lizzie, cette quadragénaire bibliothécaire de Brooklyn, mariée et mère d’un petit garçon, qui se pose des questions sur le sens de la vie, le réchauffement climatique, le survivalisme, ou encore le stress de nos modes de vie, tout en portant un regard plein d’humour et d’ironie sur les personnes qu’elle croise à son travail, dans son immeuble et dans sa sphère familiale. C’est drôle, caustique et terriblement lucide. A mettre entre toutes les mains, pour rire et grincer des dents. Tout en réfléchissant au monde qu’on est en train de laisser aux générations à venir…

Jenny Offill – Atmosphère – Août 2021 – Dalva

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Les ombres filantes – Christian Guay-Poliquin

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Christian Guay-Poliquin - Les ombres filantesLes premières phrases

«  Elle est le commencement et la fin. Elle précède les regards, elle leur succédera. Elle est l’épicentre, le nœud, le refuge et la geôle. Elle fascine autant qu’elle effraie. Sous sa chape, les rencontres sont rares et décisives. Le temps est sa force vive. Son désordre ensorcelle, ses ombres se confondent, ses murmures fusent de toutes parts. Elle est l’envers de ce qui pense. Elle est l’instinct, le geste, le frisson. Toutes les âmes rêvent de s’y perdre. Mais aucun être ne sort indemne de son étreinte. Elle est la solution la plus simple, la plus totale, la plus opaque aux calculs des cœurs inquiets. « 

Circonstances de lecture

Parce que j’aime beaucoup cette maison d’édition québécoise.

Impressions

Que d’émotions dans ce roman ! On suit les pas claudicants de cet homme qui fuit un monde en perdition, et qui cherche coûte que coûte à rejoindre ses oncles, ses tantes et ses cousins dans le camp de chasse familial. Il en est sûr, ils ont dû se réfugier là-bas, en pleine nature, suite à la gigantesque panne électrique qui a mis fin au monde connu. Il marche seul, jusqu’à ce qu’il croise Olio, un gamin de douze ans. A eux deux, ils vont traverser la forêt, traverser des épreuves, s’affronter, s’apprécier, finir peut-être par compter l’un pour l’autre.

Un texte qui prend aux tripes, autour des thèmes du survivalisme, de la famille et de la nature, belles et terribles tout à la fois, et des liens qu’on tisse, malgré tout. « Les ombres filantes » est un très beau livre, tout simplement, jusqu’à un final qui nous laisse pantois.

Christian Guay-Poliquin – Les ombres filantes – août 2021 – La Peuplade

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24 fois la vérité – Raphaël Meltz

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Les premières phrases

«  – Mais n’oubliez pas que ça fait longtemps maintenant que nous sommes au XXIe siècle.

J’écris « n’oubliez pas » mais il me parlait en anglais, et je ne sais pas en réalité s’il me disait « tu » par familiarité ou s’il me disait « vous » en gardant cette froideur professionnelle des rencontres de congrès. Je ne sais pas, mais lui non plus : un anglophone ne se demande pas s’il tutoie ou s’il vouvoie, il s’adresse à tout le monde avec le même « you », un peu comme nous les francophones on ne pense pas qu’en langue maya il y a  des verbes différents pour dire toucher avec un doigt, toucher avec deux doigts, toucher avec trois doigts, toucher avec toute la main. Nous, on dit simplement toucher et on s’en contente. On se contente de tant de choses, en réalité. « 

Circonstances de lecture

Parce que cette couverture m’a tout de suite séduite…

Impressions

Lire 24 fois la vérité, c’est  revivre un siècle d’existence, un siècle d’événements, petits et grands, à travers le regard de deux hommes. Celui d’Adrien, journaliste et aspirant écrivain, et celui de Gabriel, son grand-père, opérateur de cinéma au début du XXe siècle. L’occasion de retracer l’évolution du cinéma et de l’enregistrement vidéo. L’occasion aussi de réfléchir sur ce que la vidéo  – et les médias – montrent du monde qui nous entoure. Est-ce la vérité qui ressort de ce que l’on cadre ? Peut-on vraiment vivre en regardant le monde à travers l’œil d’une caméra ? Que reste-t-il des personnes et des instants capturés fugacement sur une vidéo ? Comment finalement vivre pleinement sa vie ?

Un très beau texte, qui m’a émue par sa simplicité et son regard si juste sur le sens de la vie.

Raphaël Meltz – 24 fois la vérité – août 2021 – Le Tripode

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Les dents de lait – Helene Bukowski

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Les premières phrases

«  Le brouillard a englouti la mer. Comme un mur, il se dresse à la lisière de la plage. Impossible de m’habituer à la vue de toute cette eau. Je ne cesse de chercher une rive opposée qui puisse me servir de repère, mais à part la mer et le ciel, il n’y a rien. Les jours de brume, même cette limite-là finit par s’estomper.

C’est à peine si on aperçoit le soleil. Mais ça, ça va bientôt changer. Le premier signe avant-coureur est déjà apparu : les animaux se mettent à perdre leurs couleurs ici aussi. « 

Circonstances de lecture

Parce que ce titre m’intriguait…

Impressions

Quoi de mieux pour grandir qu’une maison pleine de livres, un garde-manger plein de provisions et un jardin où l’on peut se cacher dans les buissons et y construire des cabanes ? Reste qu’il y a les autres, avec leurs préjugés et leur peur de l’inconnu, symbolisé par ce pont détruit et cette rivière furieuse qui les coupent du monde.

Ce livre est dur comme la sécheresse sans fin qui rend le sol de plus en plus aride, qui décolore la peau et la chevelure des hommes, la fourrure des animaux. Ce livre est aussi doux et sucré que les mirabelles et les fruits au sirop. Une très belle histoire sur la différence et la tolérance, dans un cadre de fin du monde et de chasse aux sorcières. Bravo pour ce premier roman !

Helene Bukowski – Les dents de lait – août 2021 – Gallmeister

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Seule en sa demeure – Cécile Coulon

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Cécile Coulon - Seule en sa demeureLes premières phrases

«  Par un beau dimanche de mars, où le soleil poussait doucement l’hiver hors des forêts obscures, Jeanne Marchère mourut dans la travée principale de la petite église des Saints-Frères.

Elle avançait, devant son fils et son époux, le dos bien droit, trois nattes de cheveux blonds enroulées à la nuque. Au-dessus des statues aux yeux blancs, les vitraux surplombaient la nef. « 

Circonstances de lecture

Parce que Cécile Coulon est mon autrice chouchou 🙂 …

Impressions

Cette fois-ci, Cécile Coulon nous emporte dans le Jura, avec une intrigue dans la lignée de Rebecca de Daphné du Maurier. Un mariage arrangé au 19ème siècle, une demeure lovée au cœur des bois, une première épouse morte quelques mois après les noces, un mari pieux et droit, une nouvelle épouse de plus en plus oppressée par ces lieux, et une servante aux petits soins… Il n’en fallait pas plus pour créer une histoire pleine de mystères, dont la tension va crescendo jusqu’à la toute dernière page. Merci Cécile Coulon de nous livrer de si beaux romans !

Cécile Coulon – Seule en sa demeure – Août 2021 – L’Iconoclaste

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Shuggie Bain – Douglas Stuart

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Douglas Stuart - Shuggie BainLes premières phrases

«  C’était une journée morne. Son esprit l’avait abandonné ce matin-là, laissant errer son corps vide. Il suivait sa routine, apathique, pâle, le regard éteint sous les néons fluorescents, tandis que son âme flottait au-dessus des rayons en ne pensant qu’au lendemain. Le lendemain, ça faisait quelque chose à espérer. « 

Circonstances de lecture

Parce que j’avais envie d’en savoir plus sur ce petit garçon perché…

Impressions

Shuggie aime sa maman plus que tout au monde et il ferait n’importe quoi pour elle. Sa maman, c’est Agnes Bain, la plus jolie femme du quartier, l’une des plus tristes aussi. Et sa tristesse, elle la noie dans la bière brune et la vodka. C’est contre ce démon que Shuggie se bat au quotidien, avec sa grande sœur Catherine et son grand frère Leek. Car il s’est donné comme mission de sauver sa maman.

Un livre dur et noir comme les corons de Glasgow dans les années Thatcher. Une noirceur éclaircie de temps à autre par quelques rares moments de grâce et de bonheur. Un premier roman qui fait comme un coup au cœur.

Douglas Stuart – Shuggie Bain – Août 2021 – Globe

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Curiosity – Sophie Divry

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Les premières phrases

«  Dieu me parle tous les matins entre 8h et 10h. Au lever du soleil, quand les températures sont tellement basses au-dessous de zéro que le plus petit mouvement me briserait, je reçois Son message. Au plus tôt à 7h, rarement plus tard que midi. Dieu me donne mon emploi du temps pour toute la journée. Il s’agit de rouler, de photographier, de faire un bulletin météo ou plus rarement de lancer une analyse chimique. Je finis le travail exigé en milieu d’après-midi. C’est un travail précis, souvent fastidieux, mais je le réalise avec sérieux, car je veux que Dieu soit content de moi.

Quand j’ai terminé, le soleil commence à blanchir, le jaune du ciel à foncer ; je débranche mes outils et prépare ma mise en sommeil. Je ressens alors une sorte de contraction mélancolique, un mélange de fatigue, de satisfaction et de tristesse. Encore un jour tout seul… « 

Circonstances de lecture

Parce que j’avais beaucoup aimé le précédent roman de Sophie Divry, Trois fois la fin du monde.

Impressions

Sophie Divry propose ici un court roman, suivi d’une nouvelle.

Voici l’histoire d’un robot envoyé sur Mars pour analyser tout signe potentiel de vie. « Dieu » le contacte chaque jour pour lui donner une mission. Mais Curiosity se sent seul… Car il a été doté de facultés sociales et d’imagination. 

Voici l’histoire de Josiane, 71 ans, qui passe le confinement enfermé avec son chat et son lapin vibromasseur dans son petit appartement, jusqu’au jour où un centre d’appel la contacte pour lui vendre un produit innovant, capable d’agrandir les superficies…

Ces deux histoires offrent une belle réflexion sur les grands espaces, la solitude et le sens de la vie.

Sophie Divry – Curiosity – mars 2021 – Notabilia

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