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~ Parce qu'il n'y a rien de mieux qu'un livre pour s'évader…

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Archives de Catégorie: Romans étrangers

Nowhere burning – Catriona Ward

03 lundi Août 2026

Posted by Aurélie in En VO, Policiers / Thrillers, Romans étrangers

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Catriona Ward, conseils de lecture, Critique de livre, idées de lecture, lecture, Livre, Nowhere burning, quoi lire, roman, Thriller

Les premières phrases

«  Some people attract death. It loves them, twines around them like ivy, follows them all their lives. Riley has suspected for some time that death is just a step or two behind her. So when the boy in green follows her down the street that summer day she wonders – if only for a moment – whether he might be death, catching up with her at last.

Riley is on her way home – or back to Cousin’s house anyway – when she feels him in her wake. »

Impressions

Quatrième livre lu de cette autrice et quatrième coup de cœur ! Catriona Ward est définitivement ma Queen du thriller ! Après La dernière maison avant les bois, Mirror Bay, et Un cri dans le désert, la revoilà avec Nowhere burning, un thriller qui m’a tenue en haleine du début à la fin. On suit Riley et son petit frère Oliver, qui vivent chez leur cousin depuis la mort de leurs parents, un homme malveillant qui oblige notamment Oliver à rester à la maison et qui rationne leur nourriture… L’ambiance est glauque et oppressante. Du haut de ses 14 ans, Riley fait tout son possible pour protéger son petit frère. Alors, quand on lui fait miroiter un possible lieu d’asile, Riley n’hésite pas : elle s’enfuit dans la montagne avec Oliver. Sa destination : Nowhere, ancienne propriété d’une star du cinéma, aujourd’hui refuge d’une bande d’enfants souhaitant vivre à l’écart des adultes. Les rumeurs courent autour de ce lieu perdu dans les hauteurs.

Nowhere burning est un thriller émouvant, dérangeant et extrêmement bien construit. Quand tout fait sens, que le puzzle prend forme, on en sort le souffle coupé, avec une boule d’émotions coincée au fond de la gorge. J’ai vraiment hâte qu’il soit traduit en français (chez Sonatine comme ses précédents romans ?) pour pouvoir le conseiller à tout le monde !

Nowhere burning – Catriona Ward – Février 2026 – Viper

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La colonie – Annika Norlin

27 lundi Juil 2026

Posted by Aurélie in Romans étrangers

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Annika Norlin, burn-out, conseils de lecture, Critique de livre, idées de lecture, La colonie, La Peuplade, lecture, Livre, quoi lire, roman, Utopie, vivre autrement

Les premières phrases

«  Dans le groupe, ils étaient sept. Ils sont arrivés par en haut, probablement depuis la route principale. Puis ils ont tranquillement descendu tout le long du chemin, sans regarder le sol, comme si leurs plantes de pied connaissaient déjà l’emplacement des racines. Il y avait des femmes et des hommes, un jeune, le reste avait la quarantaine, ou plus. Cinquante ans ? Soixante ? Ils marchaient les uns derrière les autres, en ligne. Ils ont bifurqué sur le petit sentier, celui qui mène au lac.

C’était le matin. »

Impressions

Je ne sais pas pourquoi je m’attendais à lire une utopie, un texte optimiste et joyeux sur le vivre autrement. Après lecture, je peux dire que ça l’est sans l’être vraiment finalement. Mais si avec La colonie, l’autrice suédoise Annika Norlin m’a proposé un roman différent de mes attentes, je n’ai pas été déçue, loin s’en faut. J’ai dévoré les quelque 500 pages de La colonie en deux jours tant j’ai été captivée par l’histoire et émue par ses personnages.

Tout commence avec Emelie, jeune citadine menant une vie normale, jusqu’à ce que son corps la lâche. Incapable de sortir de son lit un matin, elle comprend qu’elle fait un burn-out. Elle fuit alors la ville pour se réfugier loin de la cacophonie de la société dans l’arrière-pays suédois, en pleine nature. Là, elle plante sa tente et laisse ses pensées s’apaiser, s’octroie le droit de ne rien faire, juste observer les arbres, les montagnes, le lac. Elle croit que la solitude constitue la réponse à son mal-être jusqu’à ce qu’elle croise les membres d’un groupe étrange, aux habitudes bizarres, vivant en quasi autarcie dans une ferme à l’écart de tout. Auraient-ils réussi à créer une autre forme de vie en communauté plus apaisée et heureuse ? Petit à petit, Emelie en apprend plus sur ces sept individus, leur mode de vie, leur passé et ce qui les a poussés à vivre ainsi.

Tout n’est pas tout rose dans cette communauté… On ressent les failles, les doutes de chacun. La colonie n’est pas un roman joyeux, Annika Norlin ne nous propose pas un modèle parfait de société utopique. Reste que je suis ressortie de cette lecture avec de l’espoir, avec cette idée notamment que l’on n’est pas forcés de se contraindre (se limiter) à vivre comme les autres, à paraître « normale » : « En tant qu’être humain, on fait tellement de petits choix au quotidien, on en oublie qu’on a également la possibilité de faire de grands choix. On n’est pas obligés de vivre là où tous les autres vivent. On n’est pas obligés de vivre comme tous les autres vivent. On peut faire une pause et se demander : en quoi est-ce que je crois, au fond ? Et alors on essaye de vivre de cette manière-là, entouré de personnes avec qui on a réellement envie de vivre.« 

La colonie – Annika Norlin – Septembre 2025 – La Peuplade – Traduit du suédois par Isabelle Chéreau – Illustration de couverture réalisée par Ginevra Rapisardi

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Dieu.O – Sigridur Hagalin Björnsdottir

19 dimanche Juil 2026

Posted by Aurélie in Romans étrangers, SF

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conseils de lecture, Critique de livre, Dieu.0, IA, idées de lecture, lecture, Livre, quoi lire, roman, SF, Sigridur Hagalin Björnsdottir

Les premières phrases

«  Sigfus Helgason rencontre Dieu à la station de bus de Mjodd pendant qu’il attend que la pendule affiche 8h03 pour démarrer au volant du numéro 24 vers le quartier de Grafarvogur. Assis sur le siège du conducteur, il regarde droit devant lui et se rappelle un vieux poème,

Splendeur et silence règne sur

les sommets,

lorsque soudain, le ciel se déchire et la lumière le submerge. Il croit d’abord que c’est la fin du monde, que la bombe nucléaire a fini par tomber, il se prend le visage dans les mains et hurle de terreur, puis comprend que cette clarté vient de son for intérieur, le monde est le même qu’avant. Les abribus parsemés de tags sont semblables, les immeubles en béton identiques, la circulation matinale se déverse, aussi bruyante que de coutume, sur le boulevard de Reykjanes.

Sigfus est le seul qui ait changé, il déborde de lumière, d’espoir et d’une étrange gaieté, il a comme retrouvé son âme d’enfant. »

Impressions

J’avais acheté ce roman après l’avoir feuilleté et avoir gloussé trois fois en lisant quelques phrases par-ci par-là. Je n’avais aucune attente, ne l’ayant vu passer nulle part. Et j’adore ça : ne pas savoir à quoi m’attendre quand je commence à lire un roman (je ne lis quasiment jamais les quatrièmes de couverture qui en disent souvent beaucoup trop) ! J’avais juste lu un précédent roman de Sigridur Hagalin Björnsdottir, L’île, que j’avais bien aimé, sans être un coup de cœur. Conclusion : Dieu.0 fut un régal de lecture, et gagne à être plus connu et lu.

Tout commence avec un chauffeur de bus et ancien poète : il connaît subitement une illumination divine, qui ne lui apporte que des ennuis. En parallèle, une jeune fille décide de quitter le lycée où elle est harcelée. Et un journaliste au chômage se voit embaucher par une start-up ayant créé une IA de confession en ligne, une sorte de ChatGPT spirituelle. Le tout est entrecoupé de fausses coupures de journaux relatant des faits scientifiques observés, telles l’attaque d’orques contre des voiliers ou encore la mort inexpliquée de centaines d’oiseaux.

Dans Dieu.0, l’autrice arrive à aborder des thèmes d’actualité sur un ton à la fois sérieux et décalé : harcèlement scolaire, dérives liées à l’IA, destruction de notre écosystème… Rien de réjouissant… D’ailleurs, la société qu’elle décrit pourrait être la nôtre d’ici quelques années (mois ?). Les articles de presse sont ici majoritairement écrits par des IA, les sujets traités dans les médias véhiculent une fausse réalité, les emplois créatifs n’existent quasiment plus. Et avec l’application Dieu.0, une entreprise tente de prendre le contrôle des âmes des personnes déprimées, dépressives et des laissés pour compte. Reste que si l’autrice dénonce, elle propose également des pistes d’espoir, basée sur l’empathie, la solidarité, et… la poésie. Si la société actuelle vous révolte, si l’utilisation de l’IA vous met hors de vous, lisez ce roman !

Dieu.0 – Sigridur Hagalin Björnsdottir – Avril 2026 – Gaïa / Actes Sud – Traduit de l’islandais par Eric Boury

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Gogmagog – Jeff Noon & Steve Beard

11 samedi Juil 2026

Posted by Aurélie in Fantasy, Romans étrangers, SF

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conseils de lecture, Critique de livre, Fantasy, Gogmagog, idées de lecture, Jeff Noon, La Volte, lecture, Livre, quoi lire, roman, SF, Steve Beard

Les premières phrases

«  Cady s’éveilla à six heures, par une vieille habitude, et s’assit en poussant un grognement. Ses yeux étaient tout collés et sa gorge tapissée de sable. Mais elle n’avait qu’à tâtonner pour trouver son petit-déjeuner, posé sur la table de chevet : un verre de vinaigre de malt dans lequel avait été cassé un oeuf cru. Elle le vida avec plaisir. Puis elle se leva, rota et réussit à atteindre les toilettes juste à temps pour faire pipi et caca. La journée promettait d’être belle : les rivages lointains l’appelaient.

Elle n’allait nulle part. »

Impressions

Mais que ça fait du bien de lire un roman où l’héroïne a plus de vingt ans ! Arcadia Meade, plus communément appelée Cady, traîne ses 78 ans (Hum hum…) dans un repaire pour marins sans le sous. Finie pour elle, l’époque où elle était capitaine de navire. Aujourd’hui, elle passe le temps en buvant du rhum, en entonnant des chansons grivoises, en se bagarrant et en fumant. Jusqu’au jour où une petite fille et un être artificiel viennent lui demander son aide pour traverser le fleuve, réputé dangereux, et rejoindre la ville de Ludwich.

Mélange de SF et de Fantasy, Gogmagog est une lecture originale que j’ai pris beaucoup de plaisir à lire. Le personnage de Cady y est évidemment pour beaucoup ! Mais c’est aussi grâce au style des deux auteurs, fluide et pleine d’humour, qui nous entraînent page après page dans les aventures d’une petite troupe hétéroclite, dont les membres sont issus de différents peuples. A l’instar de Cady, pas tout à fait humaine… Mais je ne vous en dirai pas plus. Le mieux est de découvrir petit à petit les mystères de cet univers. Ici, légendes, mythes et magie, côtoient des carcasses rouillées de véhicules d’un autre temps le long d’un fleuve regorgeant de dangers. Vivement le tome 2 pour découvrir la suite des aventures de Cady et son équipe !

Gogmagog – Jeff Noon & Steve Beard – Mars 2026 – La Volte – Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Marie Surgers – Illustration de couverture réalisée par Anna Parraguette

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Lay your armour down – Michael Farris Smith

29 lundi Juin 2026

Posted by Aurélie in En VO, Policiers / Thrillers, Romans étrangers

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conseils de lecture, Critique de livre, Gallmeister, idées de lecture, lecture, Livre, Michael Farris Smith, No Exit Press, quoi lire, roman, Thriller

Les premières phrases

«  She moved in the solemn lamplight of the cluttered house like the vague figure of a troubled dream. She shuffled from room to room, opening drawers and closet doors and picking up things and putting them into the grocery sack. No sense or order in the gathering. A random ring and a broken bracelet from a spilled jewelry box. One shoe. A ragged notebook from the bottom of a stack of other ragged notebooks. Two postcards from a longdead sister. A handfull of hairclips. A small wooden picture frame that held the rudimentary drawing of an angel that had been created by her child decades before.

She wore a thin housecoat that hung on her aged and slender figure. Her gray hair in a matted mess. She talked to herself as she moved throughout the house. »

Impressions

Je suis totalement subjuguée par cet auteur. C’est bien simple : j’ai aimé tous les romans que j’ai lus de Michael Farris Smith ! Sa plume m’emporte dès les premières lignes et je suis comme hypnotisée par les histoires qu’il raconte. Il parvient à chaque fois à créer des personnages imparfaits (toujours en quête de rédemption) auxquels on s’attache malgré leurs défauts et (grâce à) leurs failles. En quelques lignes seulement, le décor est planté et je me suis laissée embarquer avec bonheur dans ce thriller. Ici, deux malfrats se voient confier une mission : récupérer quelque chose dans la cave d’une église. Aucun indice sur ce qu’ils doivent y trouver à part cette phrase : « Vous le saurez quand vous le verrez ». À leur arrivée, ils découvrent des cadavres et, derrière une porte au bout de la cave, ce qu’ils sont venus chercher…

Foncez lire ce livre, d’autant qu’il vient d’être traduit en VF par Juliane Nivelt aux éditions Gallmeister ! Laissez-vous porter par la plume superbe de Michael Farris Smith. L’ambiance est sombre, oppressante par moment, mais toujours pleine d’humanité. Tout est dit en peu de mots, les chapitres sont courts, le rythme haletant tout en prenant son temps. Un éclair tonne, une porte s’ouvre, une ombre rôde, la peur s’insinue au fil des pages, et on espère que tout s’arrangera malgré tout. Gros coup de cœur encore une fois pour ce thriller de Michael Farris Smith !

Lay your armour down – Michael Farris Smith – Mai 2025 – No Exit Press – Publié en VF en mai 2026 par Gallmeister – Traduit de l’anglais (USA) par Juliane Nivelt

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Les Dieux lents – Claire North

30 samedi Mai 2026

Posted by Aurélie in Romans étrangers, SF

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Claire North, conseils de lecture, Critique de livre, idées de lecture, Le bélial, lecture, Livre, quoi lire, roman, SF, Space opera

Les premières phrases

«  Je m’appelle Mawukana na-Vdnaze et je suis une très mauvaise copie de moi-même.

D’après la commandante, il est important que je canalise ma curiosité dans de grandes choses. Elle se donne beaucoup de mal pour m’occuper en permanence. Me réguler. C’est pourquoi j’ai rédigé plusieurs essais sur des sujets tels que la botanique extra-planétaire, la linguistique xéno-archéologique, la sociologie inter-espèces ou l’histoire de l’art, plus un article assez fantaisiste sur la jonglerie qui a suscité un intérêt surprenant. »

Impressions

Avec Les Dieux lents, l’autrice britannique Claire North signe un space opera ambitieux et réussi. Elle nous conte l’histoire de Mawukana na-Vdnaze, cet homme revenu d’entre les morts, être étrange instillant la peur, seul pilote capable de s’interfacer avec un vaisseau voguant en espace courbe plus d’une fois sans devenir fou. Alors qu’il aurait dû mourir lors d’une traversée, il est retrouvé vivant, sans pour autant être totalement lui-même. Depuis, il vit reclus sur une île, jusqu’au jour où il est envoyé en mission sur Adjumir, première planète devant être touchée par une supernova, selon les dires d’une étrange entité, laq Lent.

Vous l’aurez compris, ce roman est exigeant. Pour l’apprécier, lisez-le à tête reposée. Ici, Claire North nous parle de multiculturalité, de la richesse de l’univers, de la peur du vide, de la folie, de la guerre, de l’art, de l’effondrement, des langues, de la petitesse de chaque être vivant au sein de cet univers immense, et du sens de la vie. Les réflexions abordées sont passionnantes, et le tout forme un grand texte de SF.

Son héros, à l’identité trouble, plus vraiment humain depuis qu’il a côtoyé le vide de la nuit, dispose d’un côté attentiste et passif, et d’une absence quasi-totale d’émotions, caractéristiques pouvant créer une certaine distance avec les lecteurices, ce qui a été mon cas. C’est là le seul bémol à cette lecture remarquable. À noter : Claire North a réalisé un travail sur la langue et l’écriture inclusive particulièrement intéressant, en fonction par exemple des habitudes culturelles des peuples rencontrés sur différentes planètes, ou encore du genre des êtres, qu’ils soient organiques ou numériques. Un travail d’écriture, comme de traduction (bravo à Michelle Charrier !), qui participe grandement au plaisir de lecture et à l’immersion.

Les Dieux lents – Claire North – Avril 2026 – Le Bélial – Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Michelle Charrier – Illustration de couverture réalisée par Nico Taylor

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Pirate de lumière – Lily Brooks-Dalton

18 lundi Mai 2026

Posted by Aurélie in Romans étrangers, SF

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conseils de lecture, Critique de livre, Gallmeister, idées de lecture, lecture, Lily Brooks-Dalton, Livre, nature, Pirate de lumière, quoi lire, roman, survie, Totem

Les premières phrases

 » Quelque part à l’ouest de l’Afrique, si loin de la terre que le ciel est vide dans toutes les directions, un orage éclate. L’eau est tiède, les vagues sont hautes. L’air est empreint d’humidité. Une bourrasque se lève, tourbillonne et devient autre chose : un circuit fermé qui accumule de la force, de plus en plus chargé. Ainsi croît l’orage. Il enfle. Il apprend à conserver sa forme. L’eau tiède le nourrit et l’engraisse, puis le propulse vers l’ouest. Des yeux électroniques le regardent glisser à travers l’Atlantique. Bientôt, on lui donne un nom. On rédige des rapports sur sa vitesse et sa magnitude. On prend des mesures. Il y a d’autres orages dans cet océan, d’autres poches de vent chaud et moite, d’autres nuages lestés de pluie. Mais celui-là – celui-là les surpassera tous. »

Impressions

Tout commence avec Frida. La jeune femme a peur, un ouragan approche et elle craint le pire. Elle aurait aimé évacuer mais son mari Kirby s’y refuse, il a l’habitude, il la protègera, elle et son bébé bien au chaud dans son ventre, elle et ses deux enfants à lui, nés d’un premier mariage, Lucas et Flip. Tout ira bien. Forcément, on se doute que tout n’ira pas bien. Les premiers chapitres sont courts, véhiculant à la perfection l’urgence de la situation et la tension qui monte. De cet ouragan, l’un des pires qu’a connu la Floride, naîtra Wanda, petite fille baptisée du nom-même de cet ouragan… Un héritage pas facile à porter.

L’histoire se déroule dans un futur proche. Ici, les événements climatiques sont de plus en plus extrêmes. Beaucoup fuient les zones sinistrées, quand quelques-uns décident de rester et d’essayer de s’adapter à une nature sauvage et changeante.

Pirate de lumière est un texte de toute beauté, profondément humain. Et c’est cette humanité qui touche en plein cœur à la lecture de la vie de Wanda, un être merveilleux que je n’avais nul envie de quitter. J’ai refermé ce roman la gorge nouée, les larmes aux yeux, avec l’impression de m’être fait une amie pour la vie.

Pirate de lumière – Lily Brooks-Dalton – Mars 2026 – Totem – Traduit de l’américain par Juliane Nivelt – Illustration de couverture réalisée par Sam Ward

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La pratique, l’horizon et la chaîne – Sofia Samatar

12 mardi Mai 2026

Posted by Aurélie in Romans étrangers, SF

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Argyll, conseils de lecture, Critique de livre, idées de lecture, lecture, Livre, nature, quoi lire, RéciFs, roman, SF, Sofia Samatar

Les premières phrases

 » Le garçon fut emmené à l’étage sans avertissement, sans qu’il ne proteste, comme c’était systématiquement le cas à chacun des changements qui avaient rythmé ses dix-sept années d’existence, au cours desquelles il avait été déplacé d’une cellule à une autre chaque fois que l’entrave à sa cheville devenait trop petite pour lui et que le docteur venait l’échanger contre une plus grande, opération qu’il menait à bien à l’aide d’un outil appelé le Maillet par les gens de la Cale et qui lui disloquait à chaque fois le tibia, faisant parfois gicler le sang de la cheville et provoquant chez le garçon un sentiment de malaise et de crainte superstitieuse lorsqu’il entrevoyait, pendant l’instant où l’entrave et la chaîne étaient enlevées, la tache brillante et singulière de peau pâle sur sa jambe qui, selon le prophète, hébergeait le siège de l’âme. »

Impressions

Après avoir eu un coup de cœur pour son roman Un étranger en Olondre, Sofia Samatar, autrice américano-somalienne, continue de me convaincre avec sa dernière novella La Pratique, l’Horizon et la Chaîne. Au programme : de la SF militante qui traite avec justesse d’esclavagisme, d’oppression, de classes sociales, d’art, et des liens qui nous unissent.

Au sein de la Flotte, il y a la Cale où se trouvent les enchaînés, main d’œuvre extrayant le minerai permettant à l’humanité de survivre dans l’Espace. Tous sont reliés par une chaîne. Le garçon n’a jamais rien connu d’autres. Il vit depuis toujours avec cette chaîne au pied, marque de son asservissement comme du lien qui le relie à tous les autres enchaînés. À commencer par le prophète, son compagnon de cellule, un vieillard sachant manier le langage, qui l’a poussé à parfaire sa passion : le dessin. C’est justement ce don qui va lui permettre de sortir de la Cale pour monter à l’étage, là où l’on ne porte plus de chaîne… mais un bracelet de cheville.

L’autrice ne nous donne pas d’emblée les clés pour comprendre où l’on met les pieds. Tout se révèle par bribes, petit à petit, à l’image du garçon projeté du jour au lendemain de la soute au monde d’en haut où les règles ne lui sont pas transmises. Qu’attend-on de lui ? Pourquoi a-t-il été tiré hors de la Cale ? Autant de questions qui nous poussent à lire cette novella d’une traite ! Ici, l’art et le lien deviennent des armes de résistance. Voici un très beau texte que l’on devrait mettre entre toutes les mains.

La Pratique, l’Horizon et la Chaîne – Sofia Samatar – Avril 2026 – Argyll (collection RéciFs) – Traduit de l’anglais par Patrick Dechesne – Illustration de couverture réalisée par Anouck Faure

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The Book of Love – Kelly Link

23 lundi Mar 2026

Posted by Aurélie in Fantastique, Fantasy, Romans étrangers

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Albin Michel Imaginaire, Anouck Faure, conseils de lecture, Critique de livre, Fantastique, Fantasy urbaine, idées de lecture, Kelly Link, lecture, Livre, quoi lire, roman, The book of love

Les premières phrases

« Une fille se réveille dans le lit de sa sœur.

« Laura ? » dit-elle.

Pas de réponse.

Ah, elle ne devrait pas être là. Celle qui devrait y être n’y est pas.

La fille s’appelle Susannah. Elle est trop grande, lamentablement grande, et elle fait de mauvais rêves. Ses rêves ne devraient-ils pas être réconfortants ? Réparateurs ? Ne devrait-elle pas voir ceux qu’elle aspire de tout son cœur à voir ? Mais de ses rêves aussi, ils ont inexplicablement disparu. »

Impressions

Laura, Daniel et Mo étaient morts pendant un an. Les voilà de nouveau en vie, dans la salle de classe de leur professeur de musique, M. Anabin. Reste qu’au lieu de trois, ils sont revenus quatre. De cette année passée sous le signe du deuil, leurs proches, grâce à la magie de M. Anabin, ne s’en souviendront plus. Pour eux, dorénavant, les trois jeunes gens étaient partis faire leurs études en Irlande. Reste que s’ils veulent rester en vie, ils devront participer à un petit jeu concocté par celui qui les retenait au royaume des morts, Bogomil. Deux resteront. Deux retourneront au néant.

Pour adhérer à ce roman, il faut lâcher prise, se laisser porter par la plume de Kelly Link et ses idées originales et souvent déroutantes. Pour ma part, je me suis laissée porter et, si le roman aurait gagné à être plus court (il fait plus de 700 pages), c’est une lecture que j’ai beaucoup aimé, surtout quand on sait qu’il s’agit d’un premier roman. Sa principale force : ses personnages fouillés et merveilleusement imparfaits.

Lire The Book of Love, c’est redécouvrir le sentiment d’être en vie à travers le regard de ces ados revenus d’entre les morts. C’est aussi se confronter à l’inexplicable, faire des choix, accepter les règles du jeu ou les combattre, accepter de grandir, de devenir responsable et d’affronter la perte, la solitude et la mort. The Book of Love est, comme son titre l’indique, un livre sur l’amour, sous toutes ses formes (relations familiales, relations amoureuses). Seul bémol : les scènes de sexe bien trop nombreuses à mon goût. Reste que j’ai été transportée par cette histoire faisant la part belle au réalisme magique et à la musique. Certains passages m’ont bouleversée, et j’en garderai longtemps un souvenir ému.

The Book of Love – Kelly Link – Février 2026 – Albin Michel Imaginaire – Illustration de couverture réalisée par Anouck Faure

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Submergée – Arula Ratnakar

02 lundi Mar 2026

Posted by Aurélie in Romans étrangers, SF

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Argyll, Arula Ratnakar, conseils de lecture, Critique de livre, idées de lecture, lecture, Livre, mémoire, quoi lire, RéciFs, roman, science fiction, SF, Submergée

Les premières phrases

« À mesure que les gens commençaient à mourir, le désespoir nous a entraînés dans les profondeurs en quête de remèdes. Nous avons exploité les monts hydrothermaux jusqu’à causer l’extinction des vers tubicoles, mis à nu les champs de nodules polymétalliques, essoré les éponges pour les vider de leurs déchets, et ce afin de traiter les nouvelles maladies, ces monstrueuses pestes incurables nées de notre nouveau climat, qui se répondaient dans notre atmosphère. Mais les gens continuaient de mourir. Alors, nous avons creusé encore plus profond… »

Impressions

J’avais peur que l’aspect scientifique de cette novella me perde, l’autrice, neuroscientifique, se basant fortement sur ses recherches en matière de développement neurologique pour alimenter son histoire. Mais j’ai très vite compris que cet aspect n’allait pas gêner ma lecture. Ce texte m’a bouleversée, Arula Ratnakar mêlant parfaitement les neurosciences et la biologie marine à une émotion à fleur de peau. Imaginez qu’une innovation mémorielle permette de revivre les souvenirs d’une personne décédée. Comment démêler la mémoire d’une autre de ses souvenirs personnels ? À partir de quel moment les souvenirs peuvent-ils s’enchevêtrer ? Ne risque-t-on pas de se perdre soi-même et de se laisser submerger ?

Ce n’est qu’une novella, et pourtant Arula Ratnakar parvient à aborder avec justesse de nombreux thèmes, tels le changement climatique et ses conséquences sur la santé des êtres vivants, l’éthique scientifique, ou encore la destruction des fonds marins. Autre point que j’ai trouvé particulièrement intéressant : le moyen d’action trouvé par les enfants pour dénoncer l’inaction des adultes en matière de préservation de l’environnement. J’attendrai avec impatience un autre texte de l’autrice, tant celui-ci m’a séduite, combinant parfaitement réflexions scientifiques, enquête mémorielle, et histoires d’amour.

Submergée – Arula Ratnakar – Février 2026 – Argyll (collection RéciFs) – Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean-Daniel Brèque – Illustration de couverture réalisée par Anouck Faure

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