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Cécile Coulon - Le coeur du pélicanLes premières phrases

« Une chose est sûre, il ne suffit pas de savoir que quelqu’un ne reviendra pas pour cesser de l’attendre. Le reste n’a pas d’importance. Tout ce qui avait de l’importance n’a plus d’importance. C’est l’histoire d’un père, d’un mari, d’un frère. Ce père abandonne ses enfants, ce mari perd sa femme, sa soeur, son foyer, cet ami éloigne un par un ses amis. Il fait tout pour qu’on ne puisse pas le retenir. On ne peut pas convaincre quelqu’un qu’on ne voit plus. On ne peut pas convaincre quelqu’un qui ne vous écoute plus, qui ne vous a sans doute jamais écoutée.

Les tragédies familiales semblent toujours insignifiantes quand elles se jouent sur une autre scène que la vôtre. D’ailleurs, qu’est-ce que ça peut vous faire, ce chagrin ? Avec vos enfants, vos parents, vos cousins, vos oncles et vos tantes, persuadés que ça n’arrivera pas, puisque votre petit clan, votre minuscule tribu, avec ses membres du même sang, du même nom, se porte à merveille. Pourquoi ça vous arriverait ? Pourquoi ça m’est arrivé ? Ma bande était aussi parfaite, aussi tenace que la vôtre, sauf que personne n’a eu la gentillesse de me prévenir. Personne n’est venu me dire : fais attention, vingt ans à construire une famille, dix secondes pour qu’elle explose. »

Impressions

J’avais dévoré « Le Rire du grand blessé ». J’ai tout autant dévoré « Le cœur du Pélican », dernier roman de Cécile Coulon. L’auteur sait attraper son lecteur et le laisser, haletant, au bout de quelque 200 pages, comme s’il avait lui aussi couru derrière Anthime.

Anthime, ce héros qu’on déteste durant les premières pages. Il a abandonné sa femme, ses enfants. On l’apprend au tout début du roman. Joanna, sa femme, nous le fait détester d’emblée. Et puis arrive le témoignage d’Hélèna, la sœur d’Anthime qui nous glisse, comme en pleine confidence, « J’imagine qu’avant de venir me voir Joanna vous a parlé ; d’avance, sans un œil sur ses propos, je peux vous assurer qu’ils sont faux ». Anthime, on apprend petit à petit à le comprendre, à aimer l’enfant qu’il était, à sentir sa colère rentrée, à souffrir avec lui quand son rêve de devenir un athlète de haut niveau se brise soudain. 20 ans plus tard, après s’être contenté d’une vie de Français moyen, saura-t-il rattraper ses rêves ?

Si vous aimez courir, repousser vos limites, si vous aimez ces histoires d’hommes brisés comme sait si bien les décrire Olivier Adam, plongez-vous dans « Le cœur du pélican ».

Un passage parmi d’autres

 Lorsque j’ai lu les premiers articles sur son périple, j’ai pensé je ne suis pas la seule à m’être trompée. Même la présence d’Héléna, des fans, des journalistes ne pouvait l’empêcher d’aller au-delà des limites qu’un demi-dieu n’aurait su franchir. En partant labourer de ses pieds fragiles des kilomètres de terre battue, Anthime replongeait dans le passé, tel un enfant qui se tient, le corps humide, au bord d’une piscine et qu’une main vengeresse  vient pousser brusquement dans l’eau glacée. Anthime s’est arraché le cœur, le Pélican s’est arraché le cœur. Et pas seulement pour moi. Je vous l’ai dit, mais vous n’écoutez pas : le monde ne sera jamais assez vaste pour accueillir des hommes comme lui. Le monde ne comprendra jamais que les grands hommes ne sont pas ceux qui gagnent, mais ceux qui n’abandonnent pas quand ils ont perdu.

Cécile Coulon – Le cœur du pélican – 2015 (Éditions Viviane Hamy)

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