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Les premières phrases

« La galère coulait lentement, comme à regret. Les membres d’équipage avaient été tués dès les premières minutes ; la bataille s’était ensuite éloignée vers la rive sud du lac, abandonnant le vaisseau et les prisonniers à leur sort.

L’eau avait envahi l’embarcation par petites vagues, l’une après l’autre, déséquilibrant la coque, jusqu’à ce que la galère décide de s’enfoncer par l’arrière. Le plus surprenant, avait pensé Arekh en contemplant le lac, c’était le calme. Les cris des officiers des autres vaisseaux, les hurlements des marins agonisants, le bruit des voiles ravagées par les flammes étaient maintenant très loin. Les vaisseaux de l’émir et de ses ennemis avaient disparu derrière une avancée rocheuse.

Là-bas, le massacre continuait, mais autour de la galère, l’eau était redevenue paisible. Le cadavre du grand Mérinide qui marquait le rythme de son tambour flottait à quelques mètres des quarante galériens entravés à leurs bancs. Le niveau de l’eau montait, atteignant maintenant la poitrine des prisonniers des derniers rangs.

Les rayons chauffaient les visages, murmurant des promesses de printemps.

Puis la galère se renversa et Arekh se retrouva sous l’eau. »

Circonstances de lecture

Une véritable découverte. Pioché un peu au hasard dans les rayons de Gibert, cette trilogie d’Ange (pseudonyme des deux auteurs : Anne et Gérard) est un petit bijou de la Fantasy française.

Impressions

Une pépite de la Fantasy française. Loin des livres plaqués sur Tolkien, ici Ange nous transporte dans une histoire originale, sur le thème des méfaits des religions, de l’esclavage et de la libération de tout un peuple : le peuple Turquoise. J’ai été transportée par les personnages : l’histoire de Marikani, héritière des rois sorciers d’Harabec, et du galérien Arekh est bouleversante. A lire et relire sans hésitation !

Un passage parmi d’autres

 Sans un mot, sans un geste d’adieu, Arehk s’engagea sur le sentier et commença son ascension. Il ne se retourna pas, ne vit pas si les deux femmes s’étaient arrêtées pour le regarder s’éloigner, ou si Mîn avait fait un geste pour le retenir. Il se contenta de faire un pas après l’autre, sentant la pente l’éloigner à chaque seconde un peu plus du coeur du péril.

Il n’était que temps.

Un étrange froid descendit le long de sa colonne vertébrale. Une impression qu’il connaissait bien, un signal personnel qui lui annonçait que quelque chose n’allait pas… Ses sens avaient repéré un imperceptible changement dans son environnement et son corps le lui faisait savoir.

Avance, se dit-il, avance, et il marcha encore une bonne minute sur le sentier qui montait en pente de plus en plus raide.

Puis la sensation d’alerte devenue irrésistible, il s’arrêta et tourna son regard vers la route en contrebas.

Le groupe composé maintenant des deux femmes et de Mîn était à une vingtaine de mètres sous lui, séparé d’Arekh par une pente rocheuse assez raide.

Les chiens étaient six. Ils descendaient vers Marikani du côté opposé de la montagne, venant du sud, laissant une longue trace dans la neige en marchant dans un silence parfait, irréel. Ce n’était pas des loups, la différence était subtile mais évidente ; elle se voyait dans le pelage légèrement plus clair, la tête massive et leur manière d’avancer.

Marikani et Liénor s’étaient figées sur place. Mîn fit quelques pas avant de s’apercevoir du danger et de s’arrêter à son tour et de regarder les bêtes en silence.

La scène ne manquait pas d’une certaine beauté, réalisa Arekh qui avait l’impression que le temps était suspendu. La lumière des trois lunes éclairait la neige et la route d’une lueur laiteuse. L’air glacé sentait la montagne, parlait de pins, de vent, d’eau glacée et joyeuse courant sur les rochers. Et les chiens approchaient, comme une métaphore silencieuse.

Ayesha ou La Légende du Peuple turquoise – Ange – 2001 (Bragelonne)

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