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Anna Gavalda - La vie en mieuxLes premières phrases

«  C’est un café près de l’Arc de triomphe. Je suis presque toujours assise à la même place. Dans le fond, à gauche derrière le bar. Je ne lis pas, je ne bouge pas, je n’interroge pas mon portable, j’attends quelqu’un.

J’attends quelqu’un qui ne viendra pas et comme je m’ennuie, je regarde la nuit tomber sur L’Escale de l’Étoile.

Derniers collègues, derniers verres, dernières blagues usées, mer étale pendant près d’une heure et Paris s’étire enfin : les taxis rôdent, de grandes filles sortent du bois, le patron tamise et les garçons rajeunissent. Ils déposent une petite bougie sur chaque table – une fausse, qui vacille mais ne coule pas -, et me pressent discrètement : il faut boire encore ou laisser sa place.

Je bois encore.

C’est la septième fois en plus des deux premières que je viens dans ce marigot m’abreuver entre chiens et loups. Je suis précise car j’ai conservé toutes les additions. Au début, j’ai dû imaginer que c’était en souvenir, par habitude ou par fétichisme, mais aujourd’hui ?

Aujourd’hui, je reconnais que c’est pour me retenir à quelque chose quand je plonge la main dans la poche de mon manteau.

Si ces bouts de papier existent, c’est bien la preuve que… que quoi, d’ailleurs ?

Que rien.

Que la vie est chère, près du Soldat inconnu. »

Circonstances de lecture

Parce que c’est Anna Gavalda.

Impressions

Après « Billie« , voici encore deux nouvelles qu’Anna Gavalda nous propose dans son dernier livre « La vie en mieux ». Deux jolies histoires sur deux êtres malheureux, mal dans leur vie sans se l’avouer véritablement… jusqu’à ce qu’une rencontre les fasse affronter la réalité.

« La vie en mieux » se lit doucement, pour le plaisir de rentrer dans l’univers d’Anna Gavalda, de rencontrer ses héros à la lisière de la société et de leur vie. Pour le plaisir de les voir, enfin, prendre leur destin en main et peut-être changer de vie. Surtout, il ne faut pas grand chose, parfois, pour tout changer.

Un passage parmi d’autres

 Un jour que je l’accompagnais sur la tombe de son fils (le frère aîné de ma mère, le dernier marin pêcheur de la famille), ma mémé Saint-Quay m’a expliqué que l’on reconnaissait le bonheur au bruit qu’il faisait en partant. Je devais avoir dans les dix-onze ans et je venais de me faire chourer un démanilleur et mon couteau, je l’ai reçue cinq sur cinq.

Eh bien, l’amour, c’est le contraire. L’amour, on le reconnaît au souk qu’il fout en débarquant. Moi, par exemple, il avait suffi qu’un homme gentil, drôle et cultivé, un voisin de palier que je connaissais à peine, posât devant moi un verre, une assiette, une fourchette et un couteau pour que je me fissure de la tête aux pieds.

C’était comme si ce type avait enfoncé un coin dans la plus secrète de mes brèches et me tournait tranquillement autour, une énorme masse à la main.

L’amour.

La vie en mieux – Anna Gavalda – mars 2014 (le dilettante)

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