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» Il y en a dix.
Dix monolithes d’acier miniatures, dix récipients métalliques identiques aux cartouches d’un fusil de chasse, maintenus à la verticale par un portoir perforé en métal. Vide, chaque récipient pèse 18,1 grammes. À bloc, leur poids variera d’une dizaine de grammes seulement par unité. Autant dire, rien, si l’on considère la masse d’informations contenue dans ces dix grammes supplémentaires.
Une capsule tient parfaitement dans la paume. Kae Scarpa en a placé une dans sa main, elle la fait rouler du poignet au bout des doigts d’un mouvement de balancier, la ramène vivement au centre quand elle atteint sa dernière phalange. Son crâne rasé à blanc reflète les néons du module technique. »
Impressions
Vous aimez les ambiances de fin du monde ? Alors foncez découvrir ce roman de SF hypnotisant (faussement classé au rayon littérature des librairies). L’autrice française Léa Cuenin signe ici un premier roman planant et captivant faisant la part belle aux femmes.
Prenez un centre spatial abandonné en pleine nature sauvage, au bord d’une falaise. Sur place, se trouve encore une fusée un peu délabrée et une IA archiviste, Memory Palace. C’est ici que quatre femmes se réunissent autour d’un projet un peu fou : envoyer dans l’espace la mémoire de la Terre dans dix petites fioles, avant que tout s’effondre et que toute trace de l’Humanité disparaisse. Dix petites bouteilles à la mer, en somme. Ces quatre femmes œuvrent ensemble pour mener à bien ce projet, sous l’œil curieux et vigilant d’une bande de goélands.
En peu de pages (le roman en compte moins de 250), Léa Cuenin parvient à dessiner avec justesse le portrait de ses quatre femmes loin du schéma lassant de l’héroïne classique et stéréotypée. Elles ont toutes leurs failles, leurs doutes, un passé plus ou moins trouble. Surtout, elles n’ont rien à perdre. Ici, vous ne trouverez pas de grandes scènes d’action. Tout se ressent, se goûte, se contemple, les regards se croisent et des silences suffisent. Il n’en demeure pas moins qu’on ressent de la tension, chapitre après chapitre, dans le décompte des jours menant jusqu’à la date prévue du lancement de la fusée. Et puis, vient cette question latente : qu’est-ce qui mérite d’être mémorisé ? Peut-on faire un choix objectif alors que les archives des dominants sont souvent surreprésentées ? Il y a de la mélancolie dans cette histoire de fin du monde et de projection de la mémoire des êtres humains dans le vide spatial. Tout est écrit dans une économie de mots parfaite. C’est juste, beau et doux, malgré tout, et ce jusqu’à un dénouement superbe.
Memory Palace – Léa Cuenin – Février 2026 – Rivages
