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Stephen Chbosky - Le monde de CharlieLes premières phrases

«  Si c’est à toi que j’écris, c’est à cause de cette fille, qui a dit que tu savais écouter et comprendre, et aussi que t’avais pas essayé de coucher avec quelqu’un pendant la fête (alors que t’aurais très bien pu). Cherche pas à savoir qui c’est, la fille, sinon tu pourrais deviner qui je suis et j’en ai franchement pas envie. Je ne veux pas que tu me retrouves, c’est pour ça que j’ai décidé de pas donner leur vrai nom aux gens. C’est aussi pour ça que j’écrirai pas mon adresse au dos de l’enveloppe. Surtout, n’y vois rien de mal.

J’ai juste besoin de savoir que quelqu’un m’écoute et me comprend, une personne qu’essaye pas de coucher (alors que t’aurais très bien pu). J’ai besoin de savoir que ça existe, les gens comme toi.

Je me dis que toi, au moins, tu comprendras ; que toi, tu sais ce que vivre veut dire. En tout cas, j’espère que c’est vrai, vu que les autres comptent sur toi, question courage et amitié (c’est ce que j’ai entendu dire). C’est pas plus compliqué que ça.

Bref, voilà ma vie. Il faut d’abord que tu saches que je suis à la fois triste et heureux, et que j’ai toujours pas compris comment ça se fait. « 

Circonstances de lecture

J’ai acheté ce livre après avoir vu son adaptation au cinéma. Un très beau film réalisé par l’auteur lui-même.

Impressions

L’adolescence, c’est un passage obligé qui n’a rien de facile. Encore moins pour Charlie, ado à part qui vient de perdre son meilleur ami et qui se retrouve seul à affronter sa rentrée au lycée. Pas vraiment sociable, Charlie vit dans son monde. Son professeur de littérature le remarque et le prend sous son aile. Tout comme Sam et Patrick, deux étudiants de dernière année qui lui font découvrir la joie de faire enfin partie d’un groupe et d’être accepté pour ce qu’il est.

Un très joli roman plein de sensibilité. Stephen Chbosky y parle à merveille de l’adolescence, mais aussi de la différence. A lire et à voir !

Un passage parmi d’autres

 Ce soir-là, Sam et Patrick m’ont emmené à la fête en voiture, et j’étais assis entre eux dans le pick-up de Sam. (Elle adore son pick-up, je crois que ça lui rappelle son père.) Quand Sam a dit à Patrick de chercher une station de radio, c’est là que je l’ai eue, cette sensation. Patrick arrêtait pas de tomber sur des pubs. Et encore des pubs. Et une chanson super nulle qui disait sans arrêt « baby ». Et encore des pubs. Et puis, il a fini par tomber sur une chanson fantastique qui parlait d’un garçon, et on n’a plus rien dit.

Sam battait la mesure sur le volant. Patrick avait sorti sa main par la fenêtre et la faisait onduler. Et moi, j’étais juste assis entre eux. A la fin de la chanson, j’ai dit quelque chose :

– Je me sens éternel.

Et Sam et Patrick m’ont regardé comme si j’avais dit le truc le plus génial qu’ils avaient jamais entendu. Parce que la chanson était trop super et qu’on l’avait vraiment bien écoutée. On venait de vivre à fond ces cinq minutes, et on se sentait jeunes, dans le bon sens du terme. J’ai acheté le disque depuis, et je pourrais te donner son titre, mais très franchement, c’est pas pareil de l’écouter comme ça, sauf si on est en route pour sa première vraie fête, assis dans un pick-up entre deux personnes sympas et qu’il se met à pleuvoir.

On est arrivés chez le copain, et Patrick a frappé son fameux « coup secret » sur la porte. (Sans le son, c’est difficile à décrire.) La porte s’est entrouverte, un type aux cheveux crépus a passé la tête.

– Patrick alias Patty alias rien du tout ?

– Bob.

La porte s’est ouverte en grand et Bob a serré son vieux copain Patrick dans ses bras. Ensuite, Bob et Sam ont fait pareil. Et puis, Sam a parlé :

– Voici notre ami Charlie.

Le monde de Charlie – Stephen Chbosky – 2008 (Éditions Sarbacane)

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