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Olivier Demussat - L'Oracle de ThanatosLes premières phrases

«  Ils étaient des milliers à faire la queue, un ticket dans la main comme à la boucherie. Seulement, au temple de Delphes, ce n’était pas de la viande qu’on découpait, c’était de l’avenir. Des petites tranches qui transpiraient le sang et les mauvais présages.

Les clients ne pouvaient pas choisir : ils repartaient avec le morceau qui leur était prédestiné. Il était gras et sans saveur, et il faudrait pourtant le manger jusqu’au bout cet avenir dont on ne voulait plus, qui écœurait déjà rien qu’à l’odeur.

Ce fut au tour du Roi de Sparte. Il venait pour son fils. On les fit entrer.

De titanesques colonnes se surveillaient en silence de part et d’autre de la salle. Le plafond s’éloignait vers le ciel, poussé par les prophéties qui tourbillonnaient dans l’air vicié. Au fond de ce vide, une vieille dame était assise sur un tabouret.

Le roi et son fils s’arrêtèrent quelques mètres devant elle. Son tabouret était posé juste au-dessus d’une faille qui courait sur le marbre. Elle fumait une cigarette d’un air fatigué. « 

Circonstances de lecture

Parce que c’est le premier roman d’un ami.

Impressions

Voici un premier roman original, qui nous plonge dans un univers futuriste aux allures de Grèce Antique. Les combats à l’épée côtoient les téléphones mobiles, les hélicoptères et la téléréalité. De quoi perturber au début de la lecture, mais très vite on se prend au jeu. Olivier Demussat imagine à quoi ressemblerait la guerre de Troie si elle avait lieu dans quelques années… au milieu de la course au pétrole, des usines vidant les hommes de toute humanité, du capitalisme et de la quête de la célébrité. A-t-on encore le droit d’aimer ? La justice et la vertu ont-elles encore leur chance ?

Au final, Olivier Demussat nous plonge dans une tragédie grecque parfaitement orchestrée. Avec certaines scènes sanglantes dignes de Game of Thrones ! L’Oracle de Thanatos est donc un très bon premier roman. Une réflexion intéressante sur l’avenir de notre société. A méditer…

Mention spéciale aux belles illustrations présentes dans le livre (réalisées par Reza Bassiri) qui donnent encore plus de profondeur à l’histoire. A découvrir au format numérique, et bientôt au format papier.

Un passage parmi d’autres

 Des enfants s’agitaient de tous les côtés. Ils poussaient déjà un gros chahut vers le ciel avec leurs petites voix criardes, ils auraient poussé les murs s’ils avaient pu. La cour de récré était trop étroite pour leur imagination. Elle était surpeuplée de pirates, de princesses, de cyclopes, de gangsters rappeurs, de guerriers de l’espace et de tout un bestiaire qui s’y entassait comme dans une cage. Et on continuait d’y faire entrer du monde. L’arche de Noé de toutes les rêveries enfantines.

Dehors, c’était le déluge des réalités quotidiennes qui rendaient stérile et bête. On n’avait pas encore dix ans qu’on n’avait déjà plus d’idée. Ici on résistait. On s’inventait des histoires, on se récitait des contes de fées, on se berçait d’illusions tant qu’on pouvait, car on savait qu’on nous les volerait bientôt pour nous vendre autre chose à la place.

Olivier Demussat – L’Oracle de Thanatos –  novembre 2015

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