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Les premières phrases

«  Bienvenue dans la splendide famille Sinclair.

Chez nous, il n’y a pas de criminels.

Pas de drogués.

Pas de ratés.

Les Sinclair sont sportifs, beaux, sveltes. Nous sommes une vieille fortune. Nos sourires sont étincelants, nos mentons carrés, nos services de fond de court agressifs.

Qu’importe si les divorces nous lacèrent le cœur au point que notre pouls se débat. Qu’importe si les comptes fiduciaires se réduisent comme peau de chagrin ; si les relevés de cartes de crédit impayés traînent sur la table de la cuisine. Qu’importe si les flacons de cachets s’amassent sur la table de nuit.

Qu’importe si l’un d’entre nous est terriblement, désespérément amoureux. Amoureux au point que des mesures tout aussi désespérées s’imposent.

Nous sommes les Sinclair.

Chez nous, personne n’est dépendant.

Personne n’a tort.

Nous vivons, du moins l’été, sur une île privée au large du Massachusetts.

C’est peut-être tout ce que vous avez besoin de savoir.  »

Circonstances de lecture

Parce qu’il m’a été chaudement recommandé.

Impressions

J’ai dévoré ce roman d’E. Lockhart ! Une fois terminé, vous n’aurez qu’une envie: le relire de nouveau tant la fin est pleine de surprises !

Une adolescente, Cadence, revient passer l’été sur l’île familiale où un drame qu’elle a oublié l’a plongée dans une profonde dépression. Les migraines sont devenues son quotidien… De retour sur les lieux de l’accident, elle tente petit à petit de rassembler les morceaux, aidée par ses cousins et le garçon dont elle est amoureuse. Une histoire obsédante, poignante, et surtout une fin des plus inattendues. Un roman magnifique.

Un passage parmi d’autres

 Je me souviens maintenant de Johnny, Mirren, Gat et moi, à l’été quinze, nous entassant tous les quatre à l’intérieur du pneu-balançoire de Clairmont. On avait du mal à tenir tous ensemble. On se donnait des coups de coude, on changeait de place. On pouffait de rire, on grommelait. On s’accusait les uns les autres d’avoir de trop grosses fesses. De sentir mauvais. Et on changeait à nouveau de configuration.

On a fini par y arriver. Mais on ne pouvait plus bouger. On s’était tellement enfoncés dans le pneu qu’il n’y avait plus moyen de le faire tourner. On a crié comme des fous pour que quelqu’un vienne nous pousser. Les jumelles, qui passaient par là, ont refusé de nous aider. Enfin, Taft et Will sont sortis de Clairmont et ont volé à notre secours. Grognant sous l’effort, ils nous ont propulsés en un bel arc de cercle. Notre poids était tel que, une fois qu’ils nous ont lâchés, on s’est mis à tourner de plus en plus vite, et on riait tellement fort qu’on en avait mal au ventre et mal au cœur.

Nous les Menteurs, tous les quatre. Je m’en souviens à présent.

 

E. Lockhart – Nous les menteurs – mai 2015 (Gallimard Jeunesse)

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