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~ Parce qu'il n'y a rien de mieux qu'un livre pour s'évader…

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Appleseed – Matt Bell

12 lundi Fév 2024

Posted by Aurélie in Romans étrangers, SF

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Appleseed, conseils de lecture, Critique de livre, idées de lecture, L'Atalante, lecture, Livres, Matt Bell, quoi lire, science fiction

appleseed_carton_dos38.5.inddLes premières phrases

«  Dans les mains du faune, griffues, calleuses, le marc de pomme est riche et sucré, un trésor de trognons écrasés, de peaux cireuses et de pulpe, dix couleurs différentes dans l’espace qui sépare la meule du pressoir et sa roue. Il enfonce les doigts dans la rigole – si la roue dérape, il perdra sa main velue – et arrache une poignée de bouillie, la jette sur une étamine posée au sol. Il saute de gauche à droite, ses sabots glissent sur le plancher mouillé, ses griffées acérées aident le marc à sortir rapidement du sillon circulaire. Par moments il lève sa tête cornue pour surveiller, nerveux, la porte du pressoir : s’il tend l’oreille, il arrive à entendre la voix de son demi-frère, dehors, toujours en train de négocier les pépins déjà donnés.  » 

Circonstances de lecture

Parce que c’est édité chez L’Atalante.

Impressions

Comment résumer un tel livre ? Appleseed est l’histoire de notre monde, de ce que nous en avons tiré, de ce que nous en avons fait, de ce qu’il risque de devenir dans les années à venir, de ce qu’il en restera… C’est un tout. Un roman monde, donc, qui fait se succéder, chapitre après chapitre, trois époques.

Tout d’abord, un passé (le 18ème siècle) que nous traversons au côté de deux demi-frères, Nathaniel l’ambitieux, et Chapman, le faune devant cacher sa part bestiale aux yeux des autres. Deux frères qui se sont donnés pour mission de planter des pépins de pommes pour en tirer de l’argent pour l’un, pour pouvoir croquer dans « LA » pomme qui lui permettrait de devenir véritablement humain pour l’autre.

Puis nous passons dans un futur pas si lointain, celui de John, un scientifique qui a fui ce qui reste de la « civilisation », qui a fui la corporation Earthtrust créée par son amie d’enfance, Eury. Il erre dans une Amérique suant sous une chaleur accablante, celle qui empêche les plantes de pousser, les animaux de s’abreuver, un monde où les abeilles n’existent plus.

Enfin, l’auteur nous transporte des décennies plus tard. Une ère glaciaire semble avoir recouvert la Terre. Et une étrange créature, C-433, explore la glace, au sein de sa bulle photovoltaïque, à la recherche de souvenirs du passé.

Matt Bell nous fait passer d’une époque à une autre, réinventant les mythes (Orphée et Eurydice) et les légendes (celle de Johnny Appleseed), montrant avec justesse des hommes et des femmes tiraillés par leurs désirs, par ce qu’ils veulent pour eux, pour les autres et pour la planète. Des souhaits à la fois simples et complexes : rester soi-même tout en étant accepté par les autres, voir des abeilles butiner, laisser la nature être, arrêter de la modeler, de la détruire, ou au contraire la dominer et la transformer…

Lisez Appleseed ! C’est une lecture inclassable, riche, sucrée, acide, à la fois douce (les descriptions de la nature à travers les yeux de Chapman sont superbes), et horrible (le travail du Tisseur, la « collection » d’Eury…). Que vous soyez en phase ou en désaccord avec les décisions des personnages, vous ne pourrez en tout cas pas rester indifférents.  Et puis il y a cette question de John, « Si le monde se résume à l’humanité, vaut-il vraiment la peine d’être sauvé ? ». Je vous laisse tenter d’y répondre… Pour ma part, j’ai bien une petite idée… 

Matt Bell – Appleseed – Février 2024 – L’Atalante

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Le Programme Harlow – Louise Carey

05 lundi Fév 2024

Posted by Aurélie in Romans étrangers, SF

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conseils de lecture, Critique de livre, idées de lecture, Le programme harlow, lecture, Livres, Louise Carey, quoi lire, SF

Louise Carey - Le Programme HarlowLes premières phrases

«  Tanta dort encore quand elle reçoit sa convocation. L’alarme de son scaphe la réveille avec une poussée d’adrénaline artificielle, et elle ouvre son interface pour découvrir la notification qui l’attend au beau milieu. Reet ronfle encore près d’elle, le bras drapé sur le flanc de Tanta. Celle-ci se dégage doucement et regarde alentour en quête d’indications. Une flèche lumineuse de réalité augmentée pointe vers la porte du dortoir du cinquième étage et le couloir. Une flèche rouge – il ne s’agit donc pas d’un exercice.  » 

Circonstances de lecture

Parce que j’aime beaucoup les dystopies.

Impressions

J’ai découvert Louise Carey, avec La Cité de soie et d’acier, co-écrit avec ses parents Linda et Mike Carey. Voici ici son premier roman solo, une dystopie cyberpunk (en trois tomes) menée tambour battant. Dans un monde dominé par des corporations concurrentes, Tanta est une jeune pupille de la corpo InTech, à laquelle elle est totalement dévouée. Jamais elle ne remettrait en question les ordres qu’on lui donne. Jusqu’à ce qu’une mission l’amène à voir le monde dans lequel elle vit sous un autre jour… et à découvrir un mystérieux programme, le programme Harlow.

Ce premier tome regorge d’actions et de rebondissements. La société décrite par Louise Carey fait froid dans le dos, d’autant qu’elle est tout à fait crédible : la ville est découpée en zones dirigées par des grandes entreprises, les ouvriers des usines sont déshumanisés, le « Scaphe » que tout le monde doit porter rappelle notre cher téléphone portable… Cette lecture se dévore. Si j’ai assez vite deviné certains points clés de l’histoire, j’ai passé un très bon moment aux côtés de Tanta et de Cole, son coéquipier scientifique, et j’ai hâte de lire la suite.

Louise Carey – Le Programme Harlow T.1 Aux ordres – Janvier 2024 – L’Atalante

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Migrant – Marina & Sergueï Diatchenko

30 mardi Jan 2024

Posted by Aurélie in Romans étrangers, SF

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conseils de lecture, Critique de livre, idées de lecture, L'Atalante, lecture, Livres, Marina et Sergueï Diatchenko, Migrant, quoi lire, SF

Marina & Sergueï Diatchenko - MigrantLes premières phrases

«  Il n’y eut ni éclair ni coup de tonnerre. Un instant plus tôt, la rue s’étirait, humide et brumeuse. Les nuages s’étaient écartés et deux ou trois étoiles brillaient dans le long interstice. Les lampadaires se reflétaient dans les fenêtres éteintes, sur les parebrises des voitures garées, sur l’asphalte mouillé. Krokodile marchait sans regarder son chemin ; des éclaboussures jaillissaient de sous ses semelles ; non pas des gouttes dodues chargées d’une riche terre printanière, mais des gouttelettes frivoles de flaques urbaines rehaussées d’une pellicule arc-en-ciel d’essence.

Puis tout disparut soudain, la rue et les étoiles, les lampadaires et l’asphalte.  » 

Circonstances de lecture

Parce que c’est le dernier tome du triptyque initié avec le formidable Vita Nostra par les auteurs ukrainiens Marina et Sergueï Diatchenko.

Impressions

Migrant est un ovni littéraire. Il m’est d’ailleurs très difficile de le décrire ! Prenez un homme, Krokodile, qui marche tranquillement dans la rue. Faites-le arriver subitement au bureau universel de migration. Sans savoir pourquoi ni comment il est arrivé là, le voilà avec un choix à faire : migrer sur la planète Limbe ou sur Raa. Et tout frais débarqué sur la planète choisie, il doit encore opter entre deux options : devenir un migrant « dépendant » (choix de la majorité des migrants) ou revendiquer le statut de citoyen à part entière. Mais pour ce faire, il devra passer des épreuves, essayer de comprendre le monde qui l’entoure, se faire comprendre dans une nouvelle langue dont il ne maîtrise pas toutes les nuances, s’adapter sans pour autant perdre son identité, réussir à s’affirmer, aussi. C’est clairement une lecture déstabilisante, qui amène à réfléchir notamment sur le statut des migrants et sur l’accès à la citoyenneté.

Avec ce troisième tome, Marina et Sergueï Diatchenko terminent leur cycle inspiré des Métamorphoses d’Ovide, initié avec Vita Nostra que j’avais adoré. Trois tomes qui se lisent indépendamment les uns des autres et que je ne peux que vous inviter à découvrir pour leur originalité, avec une préférence pour Vita Nostra et Migrant. Si vous aimez les lectures originales, déstabilisantes et intelligentes, foncez !

Marina & Sergueï Diatchenko – Migrant – Janvier 2024 – L’Atalante

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Symphonie atomique – Étienne Cunge

23 mardi Jan 2024

Posted by Aurélie in Romans français, SF

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conseils de lecture, Critic, Critique de livre, Etienne Cunge, idées de lecture, lecture, Livres, quoi lire, SF, Symphonie atomique

Etienne Cunge - Symphonie AtomiqueLes premières phrases

«  Chers auditrices et auditeurs, nous sommes le 5 juin et nous vous souhaitons la bienvenue sur Radio Collapse, la fréquence de la fin du monde.

Sans transition, un nouvel épisode de notre série culte, « L’Effondrement près de chez vous ».

Je vous rappelle le principe de l’émission : vous nous faites part de votre expérience, que vous soyez #désespéré, #écoeuré, #révolté ou #autresémotionsfortes. Si votre récit nous plaît, nous le diffusons en quatre-vingt-trois langues sur nos ondes, anonymat garanti.

Racontez-nous vos petites histoires et entrez dans la grande avec notre chaîne cent pour cent libre et non censurée.

N’oubliez pas notre baseline : soyez écoresponsable, suicidez-vous.

Mais tout de suite, votre programme.  » 

Circonstances de lecture

Parce que c’est un roman sur la fin du monde !

Impressions

Dès les premières lignes, le ton est donné ! Étienne Cunge nous plonge dans un monde dévasté par le changement climatique, la menace d’une guerre nucléaire, et les joutes entre les grandes puissances mondiales. On sent d’emblée que l’auteur connaît son sujet. Et pour cause, ce biologiste de formation est un expert en développement durable. Les conséquences du bouleversement climatique à l’œuvre sont donc tout à fait plausibles et documentées, ce qui participe à rendre ce roman de SF réaliste et crédible.

Soyez avertis : si vous commencez à lire ce roman, vous n’arriverez pas à le lâcher ! Étienne Cunge vous fera vivre des heures de lecture haletantes. Symphonie atomique est un vrai page-turner, à mi-chemin entre un roman de SF, un roman d’espionnage et un thriller géopolitique. Je l’ai dévoré en un jour et demi… Chaque chapitre commence par un témoignage d’un terrien lambda relayé sur les ondes de Radio Collapse, la radio de la fin du monde. Il se focalise ensuite sur un des personnages principaux du récit. Vous suivrez ainsi alternativement le destin de Juan, astronaute au sein de la station orbitale européenne (station munie d’ogives nucléaires, comme ses consœurs américaine, russe et chinoise), Agathe, une espionne française experte en hacking, ou encore Ashkat, un chef de guerre Kazakh. En alternant les points de vue, en passant du plancher des vaches à des scènes dans l’espace, Étienne Cunge parvient à ce qu’il n’y ait aucun temps mort et à créer une tension maximale tout au long de l’histoire qui se déroule majoritairement sur deux jours. 

Vous l’aurez compris, j’ai adoré cette lecture. Cynique, réaliste, parfois optimiste, Symphonie atomique nous entraîne dans un futur où l’apocalypse nucléaire plane sur une Terre déjà mise à mal par les changements climatiques. C’est glaçant, passionnant, perturbant, captivant. Gros coup de cœur !

 

Étienne Cunge – Symphonie atomique – Février 2023 – Pocket (Octobre 2021 en grand format chez Critic)

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Les Hygialogues de Ty Petersen – Saul Pandelakis

27 lundi Nov 2023

Posted by Aurélie in Romans français, SF

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conseils de lecture, Critique de livre, extra-terrestre, Goater, idées de lecture, La séquence Aardtman, lecture, Les Hygialogues de Ty Petersen, Livres, quoi lire, Saul Pandelakis, SF

Saul Pandelakis - Les Hygialogues de Ty PetersenLes premières phrases

«  J’étais un corps céleste parmi les autres et ma trajectoire n’était pas claire.

Je parle de trajectoire globale, car celle que mon corps suivait ce matin-là avait le mérite d’être déterminée. C’était celle du bus X27. Il traversait la ville pour m’emmener au travail, moi, et beaucoup d’autres encore tout pleins de sommeil, la tête dans les écrans en attendant la caféine.  » 

Circonstances de lecture

Parce que La Séquence Aardtman de Saul Pandelakis avait été un gros coup de cœur !

Impressions

Après mon énorme coup de cœur pour le précédent roman de l’auteur, La Séquence Aardtman, je ne pouvais que me ruer sur le deuxième roman de Saul Pandelakis, acheté en avant-première (et dédicacé avec mon prénom en sunduz) aux Utopiales. Ici, Saul Pandelakis nous plonge dans le quotidien de Ty, jeune Française vivant à New York, jonglant avec sa langue natale, l’anglais, et le sunduz, langue des extra-terrestres ayant atterri en plein Central Park à bord de leur vaisseau aujourd’hui cerné par un énorme bâtiment administratif, le Centre. C’est là que Ty travaille, en tant que Médiautrice. Sa tâche : dialoguer avec un Médiauteur sunduz, Akarnasasari, le tout sous l’écoute attentive du Documentaliste Mohr Corbyn. Chaque jour, ils doivent échanger sur un thème précis. Chaque jour, ils se voient, se parlent, essaient plus ou moins de se comprendre, l’un et l’autre séparé par la barrière de la langue, les travers de la traduction… et une vitre épaisse. Il y a de la frustration dans ces dialogues, de l’incompréhension, de la gêne, de la curiosité, de l’énervement, de la méfiance aussi, de la lassitude… Il y a enfin la rencontre de deux êtres brisés, et de deux cultures. 

Ce roman est court, trop peut-être, tellement j’aurais aimé rester encore un petit moment aux côtés de Ty et d’Akarnasasari, à les écouter échanger moitié en sunduz, moitié en français, tout en grignotant les cookies de Corbyn, et peut-être même franchir la porte du vaisseau pour apercevoir ce qu’il y a derrière. J’ai beaucoup aimé cette lecture. Encore une fois, j’ai adoré le style de Saul Pandelakis, et toutes les réflexions qu’il émet à travers son histoire et ses personnages. Le choix qu’il a fait de créer le langage sunduz et d’écrire les dialogues en sunduz, en sunduz latinisé (pour avoir la phonétique) et en français est juste génial. Tout comme son choix d’écrire les dialogues en anglais (avec leur traduction en français). Cela crée un véritable sentiment d’immersion dans le cadre multiculturel dans lequel évolue Ty. La difficulté qu’ont Ty et Akarnasasari à se faire comprendre l’un de l’autre montre bien à quel point la traduction peut être inexacte, incomplète, et belle tout à la fois. L’émotion déborde de ce court roman, car si Ty et Akarnasasari ne peuvent se toucher physiquement à cause de la vitre qui les sépare, leurs échanges touchent au plus profond d’eux-mêmes. Leurs émotions percent dans les termes qu’ils choisissent d’employer, dans les non-dits aussi, dans leurs sautes d’humeurs.

Saul Pandelakis parvient à renouveler le genre du premier contact extra-terrestre. Ici, ce n’est pas une énième histoire d’invasion, non, il s’agit plutôt d’une histoire sur la découverte et la compréhension de l’autre, sur le choc culturel, sur l’altérité, sur les barrières (de la langue, des frontières, des identités…) et la manière de traiter l’étranger. Des thèmes hautement d’actualité…

Ce roman est suivi d’une nouvelle Suntown qui se déroule quelque temps après l’histoire du roman, et qui est également vibrante d’émotions. Suivent un essai sur le thème de la vitre en SF, une interview de l’auteur par Antoine Mottier (passionnante), ainsi qu’une annexe sur le travail de création de la langue sunduz. J’ai particulièrement apprécié d’en apprendre plus sur le procédé créatif de Saul et sur ses inspirations, sa façon de travailler. Vous l’aurez compris, j’ai adoré ma lecture. J’attends maintenant avec impatience le troisième roman de l’auteur.

Saul Pandelakis – Les Hygialogues de Ty Petersen – Novembre 2023 – Goater

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Cimqa – Auriane Velten

23 lundi Oct 2023

Posted by Aurélie in Romans français, SF

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Auriane Velten, Cimqa, conseils de lecture, Critique de livre, idées de lecture, Imagination, lecture, Livres, Mnémos, quoi lire, SF

Auriane Velten - CimqaLes premières phrases

«  Quelqu’un crie dans le rêve de Sarah.

Ensuite, elle est dans sa chambre.

Les aiguilles du réveil pointent « en bas, en bas », et Sarah sait que cela veut dire qu’elle doit rester encore un peu au lit. Cela signifie aussi que maman vient de se lever et d’allumer la bouilloire. L’eau est toujours chaude pile au moment où elle finit de se maquiller. Quand elle vient réveiller Sarah, elle sent bon le parfum et est déjà toute prête pour le travail, sauf qu’elle a encore ses chaussons-lapins roses, parce que les chaussures à talons, celles qui « font un peu mal aux pieds, ma chérie », attendent le dernier moment, sur le paillasson de l’entrée.

L’enfant tend l’oreille, à l’affût des bruits qui doivent maintenant s’élever de la salle de bain et de la cuisine. Elle n’entend rien. Mais, dans la chambre d’à côté, il y a un, oui, un grognement.

« Maman ? »

Elle n’a pas peur. Elle ne craint plus les monstres du noir, plus depuis le dernier Noël et la veilleuse aux dinosaures emballée dans le papier bleu et or. Et, à six ans, elle croit encore que les adultes ont toujours une solution.  » 

Circonstances de lecture

Parce que j’avais adoré le premier roman d’Auriane Velten, After®.

Impressions

Imaginez qu’un matin le monde ne soit plus tout à fait le même au réveil, qu’une autre dimension, la cinquième, se soit immiscée subitement dans votre vie. Et qu’elle vous permette de faire apparaître, pendant quelques secondes, des choses sorties de votre imagination. Comment réagiriez-vous ?

C’est de ce postulat que part Auriane Velten dans son deuxième roman, publié encore une fois aux éditions Mnémos. J’avais adoré After®, je me suis régalée dès les premières lignes de Cimqa. Les personnages sont attachants et on prend un intérêt croissant à les suivre tout au long de l’histoire. D’autant que les chapitres alternent entre deux époques et points de vue différents : pendant l’apparition de cette nouvelle dimension, et quelques années après.

Avec Cimqa, Auriane Velten nous interroge sur le pouvoir de l’art et de l’imagination, leur beauté, et leur monétisation. Car tout se chiffre dans une société basée sur le profit. Que deviennent nos rêves d’enfant une fois l’âge adulte atteint ? Quelles concessions acceptons-nous de faire pour travailler de notre passion ? Pourquoi acceptons-nous de nous couler dans un moule, au risque d’en subir des conséquences physiques et mentales (stress, fatigue, angoisse, psoriasis, burn-out) ? L’imagination doit-elle être réglementée, limitée, bridée, et monétisée ? Voici un roman passionnant invitant à la réflexion sur notre propre créativité.

Auriane Velten – Cimqa – Octobre 2023 – Mnémos

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Tonnerre après les ruines – Floriane Soulas

02 lundi Oct 2023

Posted by Aurélie in Romans français, SF

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Argyll, conseils de lecture, Critique de livre, Floriane Soulas, idées de lecture, lecture, Livres, Monstres, Mutants, post-apo, quoi lire, SF, SF post-apocalyptique

Floriane Soulas - Tonnerre après les ruinesLes premières phrases

«  Il n’y a pas de nuit dans Tonnerre. Lottie attend pourtant les heures les plus sombres pour franchir le sas qui mène à l’extérieur. Une alarme lointaine résonne dans les entrailles de la cité, une diversion. Son cœur tambourine contre ses côtes frêles. Son ventre distendu lui fait mal. Les contractions la déchirent de l’intérieur. Ses bras, ses cuisses, son cou, chaque parcelle de sa peau tire, gratte, suinte. Elle a arraché les électrodes et les aiguilles avec toute la violence dont son corps épuisé était encore capable. Du sang perle au creux de ses coudes. Chaque mouvement est un supplice. Quand ses mains, marbrées de bleus à cause des perfusions, empoignent les barreaux de l’échelle, elle pense abandonner.  » 

Circonstances de lecture

Parce que j’adore cette autrice et cette maison d’édition.

Impressions

C’était un des livres de SF que j’attendais avec le plus d’impatience pour cette fin d’année et je vous avoue d’emblée que j’ai été comblée. Floriane Soulas a créé un univers post-apo ultra-réaliste et détaillé. Surtout, elle prend le contre-pied du post-apo classique en nous montrant également le point de vue des monstres, ces mutants mi-hommes mi-bêtes, transformés par les virus et les radiations. Si l’on suit les tentatives des scientifiques luttant pour trouver un remède aux maladies et mutations génétiques, Floriane Soulas nous place aussi du côté des mutants. Et c’est cette confrontation de points de vue qui fait tout le sel de l’histoire, le lecteur se demandant à de multiples reprises de quel côté il se situe. Qui a raison ? Qui a tort ? Qu’est-ce que la normalité ? Et à partir de quel moment est-on un monstre ? 

Et que dire des personnages ? Férale, en premier lieu, un monstre aux yeux jaunes et à l’appétit insatiable que Lottie a sauvé de son statut de bête de foire pour en faire son binôme et son amie. Ce duo est inoubliable. Tout comme les enfants-foudres, et les réfugiés survivant aux portes de Tonnerre – cette cité renfermée sur elle-même où se cloîtrent les chercheurs – dans des bidonvilles immondes où la crasse, les maladies, la faim et la mort règnent en maître. Le tout, sous un ciel de cendre et de pluie acide. 

Vous l’aurez compris, le monde de Tonnerre pue la mort, le sang, et la crasse. Si vous êtes très sensibles, sachez que les scènes de violence sont explicites et peuvent heurter. Elles participent cependant pleinement à la construction du récit et à la création de l’ambiance du lieu. Pour survivre à Tonnerre, il faut frapper (la première), égorger, taillader. Il faut aimer, aussi, malgré tout, s’attacher à des êtres, qu’ils soient en bonne santé, difformes, malades ou monstrueux. Ces êtres là, il faut les nommer et les chérir, et leur montrer ce qu’il reste de beau et de bon en ce monde.

PS : Floriane Soulas, on en parle de la scène à la morgue ?! Comment je me suis fait avoir…

PS 2 : Floriane Soulas, y a-t-il un SAV post-trauma, petit cœur de lectrice brisé ?

PS 3 : C’est un gros coup de cœur (en morceaux).

Floriane Soulas – Tonnerre après les ruines – Octobre 2023 – Argyll

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La mer de la tranquillité – Emily St. John Mandel

10 dimanche Sep 2023

Posted by Aurélie in Romans étrangers, SF

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conseils de lecture, Critique de livre, Emily St. John Mandel, genre, idées de lecture, La mer de la tranquillité, lecture, Livres, quoi lire, Rivages, roman, SF, voyage dans le temps

Emily St. John Mandel - La mer de la tranquilité

Les premières phrases

«  Edwin St. John St. Andrew, eighteen years old, hauling the weight of his double-sainted name across the Atlantic by steamship, eyes narrowed against the wind on the upper deck : he holds the railing with gloved hands, impatient for a glimpse of the unknown, trying to discern something – anything! – beyond sea and sky, but all he sees are shades of endless gray. He’s on his way to a different world. He’s more or less at the halfway point between England and Canada. « I have been sent into exile », he tells himself, and he knows he’s being melodramatic, but nonetheless there’s a ring of truth to it .  » 

Circonstances de lecture

Parce que ce titre m’intriguait et que j’avais adoré Station Eleven.

Impressions

Paru en 2022 en VO, La mer de la tranquillité est sorti fin août en France, aux éditions Rivages. Impossible de résumer ce livre sans trop en dévoiler… Sachez juste qu’Emily St. John Mandel revisite ici les thèmes du voyage dans le temps et des mondes parallèles. Chapitre après chapitre, elle nous fait voyager au fil des siècles, allant de 1912 à 2401, de la Terre aux colonies lunaires, à travers le destin de personnes sans lien apparent les unes avec les autres : un fils de la bonne société anglaise exilé au Canada, une écrivaine en pleine tournée promotionnelle alors qu’une pandémie approche, un jeune homme désireux de travailler pour l’institut du temps…

À travers sa plume onirique, l’autrice délivre un texte mélancolique de toute beauté, maîtrisé de bout en bout.

On retrouve ici des personnages de son précédent roman, L’Hôtel de verre (Rivages Noirs). Vous pouvez d’ailleurs lire les deux indépendamment. J’ai lu L’Hôtel de verre juste après, et cela n’a pas du tout gêné ma lecture de La mer de la tranquillité. L’Hôtel de verre nous fait suivre le destin de plusieurs personnes, notamment Vincent et son frère Paul, deux êtres paumés dont la vie va être chamboulée notamment par un mystérieux graffiti, « Et si vous avaliez du verre brisé« , apparu sur la paroi vitrée du hall de l’hôtel Caiette dans lequel ils travaillent. Et l’arrivée de Jonathan Alkaitis, un milliardaire, double romanesque de Bernard Madoff. Un vrai puzzle que ce livre inclassable, un texte mélancolique, un roman social, saupoudré d’un soupçon de fantastique. Emily St John Mandel dresse une critique du milieu financier et de la société contemporaine, tout en parlant de réalités alternatives (la contre-vie), de fantômes, et de culpabilité. Une grande autrice.

Emily St. John Mandel – Sea of tranquility (La mer de la tranquillité) – Août 2023 – Rivages

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Visite – Li-Cam

28 lundi Août 2023

Posted by Aurélie in Romans français, SF

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Li-Cam - VisiteLes premières phrases

«  Pour être honnête, Anna n’y croyait plus. Depuis quelques ans, elle se contentait de donner lae change, comme an habitude tenace dont elle n’était pas parvenue à se défaire. An sorte de second peau trop serré, an manière de corset qui l’étouffait chaque jour davantage. Elle avait intégré lae programme spatialen européenn ou disons ce qu’yel en restait, quelques ans plus tôt. Lae gros de lae travail consistait en lae mise en orbite de petits satellites censés agir sur lae dérèglement climatique en larguant des micro-organismes dans l’haut atmosphère. L’objectif était de faire redescendre lae température terrestre moyenn. Lae projet n’en était qu’à ses prémices.  » 

Circonstances de lecture

Parce que ce roman de SF est édité par La Volte !

Impressions

Li-Cam propose une expérience de lecture exigeante mais véritablement immersive. Une fois la barrière de la langue (réinventée pour coller à une société plus juste) passée, vous vous sentirez happé par l’atmosphère de « Visite », à mi-chemin entre « Eutopia » de Camille Leboulanger, « Annihilation » de James Vandermeer, et le film « Melancholia » de Lars von Trier. Et je vous assure que la difficulté de lecture s’estompe très vite, au bout de quelques pages, et surtout que l’effort vaut le coup ! Vous découvrirez alors comment la société humaine a dû/su se réinventer pour préserver l’environnement (et par la même occasion survivre). Et comment cette fragile reconstruction risque d’être ébranlée par l’apparition soudaine d’une nouvelle planète dans le système solaire. Comment réagir face à l’incompréhensible ? 

J’ai particulièrement aimé la richesse des voix qui s’élèvent pour nous raconter cette histoire. À commencer par Néea, jeune femme handicapée aidée par sa neuro-prothèse, mais aussi Ugo et Paloma, ses colocataires, Basile, le gouverneur, les scientifiques envoyés en exploration sur la planète, ou encore la mystérieuse « ancienne » parlant dans l’ancienne langue. On s’attache à eux, on ressent leurs joies, leurs troubles, leurs angoisses. On accepte, comme eux, de ne pas tout comprendre, on se laisse porter, tout simplement, jusqu’aux dernières pages qui donnent envie de poursuivre le voyage.

Ce texte nous questionne sur notre acceptation de nouveaux modes de vies et sur la nécessité de changer radicalement notre société et nos priorités. Il nous questionne aussi sur notre rapport à la différence, au handicap, et à l’inconnu. C’est beau, angoissant et troublant tout à la fois. Une expérience de lecture que je ne suis pas prête d’oublier !

Maintenant, j’ai très envie de discuter de cette lecture, de partager mes impressions et ma compréhension du texte avec d’autres (Quid des « petites choses » qui frémissent dans le champ de vision de Néea ? Quid des « quants » et de Sitive ?). Alors, lisez-le et venez en parler avec moi après si cela vous tente ! Je vous attends !

Li-Cam – Visite – 31 Août 2023 – La Volte

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Le premier jour de paix – Elisa Beiram

24 jeudi Août 2023

Posted by Aurélie in Romans français, SF

≈ 2 Commentaires

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Elisa Beiram - Le premier jour de paixLes premières phrases

«  Aux frontières du village, un singe venait une nouvelle fois de faire des siennes en subtilisant un plat laissé à tiédir sans surveillance sur un rebord de fenêtre. On entendait hurler et s’entrechoquer des casseroles, ce qui terrorisait les oiseaux dispersés en nuées désordonnées. Pas les macaques, cependant, qui étaient trop occupés à ricaner et se repaître de leur méfait. On ne voyait pas les coupables, mais on les devinait aux agitations vertes qui se répercutaient de branche en branche. Il y avait davantage d’excitation que la normale sous le couvert des arbres, une chaleur plus humide que les autres jours.  » 

Circonstances de lecture

Parce que ce roman est édité par L’Atalante…

Impressions

À l’instar de Becky Chambers, il y a de l’espoir dans la SF d’Elisa Beiram. Si la Terre a été dévastée par les hommes, des émissaires sont envoyés dans les derniers villages pour régler les conflits et espérer voir naître un monde en paix. En évoquant l’exode, la sécheresse et le dérèglement climatique, Elisa Beiram nous parle tout simplement du monde de demain. Et de la nécessité de vivre ensemble, en paix. Une vision du futur réaliste, crédible et pleine d’espoir, avec quelques surprises venant des étoiles… 

Elisa Beiram – Le premier jour de paix – Août 2023 – L’Atalante

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