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« Vous avez peut-être entendu dire que les rorquals ne comprennent pas le concept de temps. Il s’agit d’une erreur très répandue, et qui reflète en partie le type de scepticisme que le chapitre III (« Intelligence alien et dangers de l’anthropomorphisme ») vous encourage à développer. Il est toujours souhaitable de mettre en cause ses préjugés humains quant au fonctionnement « évident » d’un esprit conscient.
Cependant, dans ce cas précis, cette affirmation est inexacte. Les rorquals perçoivent de façon innée à la fois le temps linéaire et le passé. Ils comprennent que, comme pour toute forme de vie, ils ont commencé leur existence à un point précis du temps, avant lequel ils ne ressentaient rien. Ils comprennent également qu’après leur mort ils ne ressentiront rien. Sur ce point, et ce point seulement, notre perception de l’univers n’est pas très différente de la leur. »
Impressions
La Queen de la SF m’a de nouveau frappée en plein cœur avec son dernier roman À ton éveil, fends la cosse. Il y est question d’amours, beaucoup, d’un grand amour naissant, du lien qui se tisse entre voisins, aussi, de l’amitié intergénérationnelle qui en découle parfois, du respect de la vie animale et végétale, du sens de la vie, de la recherche de ce « pourquoi » alors que finalement il faudrait peut-être plutôt vivre pleinement le ici et maintenant, profiter de l’instant, de ce présent que l’on touche et ressent en un prisme de couleurs qui, toujours pour Cora, revient au violet.
Cora et Signy se rencontrent dans la petite jardinerie tenue par Signy. Signy vend des plantes d’intérieur sur une planète volcanique, mais elle fabrique et vend aussi des médicaments, de manière illégale. Cora, quant à elle, est pilote de rorqual, et entretient avec sa rorqual, Colibri, un lien d’amitié inédit.
Chapitre après chapitre, Becky Chambers nous montre l’amour naissant entre ces deux femmes passionnées l’une de botanique, l’autre de pilotage interstellaire. Elle nous propulse également du présent au futur, passant ainsi du chapitre 1 au chapitre 764 sans pour autant nous perdre dans ces changements de temporalité. Car Becky Chambers est une fabuleuse conteuse. Si elle prend son temps pour poser son univers et ses personnages, vous deviendrez vite addict à cette lecture dès que vous rencontrerez Colibri, la rorqual liée à Cora. Vous vous prendrez alors des vagues de questionnements, de réflexions et d’émotions en pleine figure. J’ai lu la seconde moitié du roman d’une traite, jusqu’à ce final qui ne demande qu’une suite… vite, s’il vous plaît, Becky ! J’ai tellement hâte de retrouver Cora, Signy et Colibri ! Mes yeux sont un brin humides en refermant ce roman. J’ai envie d’une part de tarte fraise-rhubarbe, de goûter à la chicorée, de plonger mes mains dans la terre, et de serrer très fort mon amoureux et ma sœur dans mes bras. Ne me demandez pas pourquoi : lisez ce livre !
À ton éveil, fends la cosse – Becky Chambers – Octobre 2026 – L’Atalante – Traduit de l’anglais par Marie Surgers – Illustration de couverture réalisée par Sam Chivers
