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Les premières phrases

« Sans un bruit, de vieux mécanismes se réactivent après un long sommeil. Des voyants clignotent, des bras métalliques se mettent en mouvement, fluides et inquiétants. À l’extérieur de la structure, des sas s’ouvrent sur le vide sidéral.
Dans les ténèbres, plusieurs lueurs s’allument tels de petits soleils. Des formes oblongues dotées d’ailes se libèrent de leurs attaches après des éternités de veille. Silencieuses, elles foncent vers le sol. Cinq d’entre elles explosent à peine quittées leur berceau ou avant même de pénétrer l’atomosphère. Mais les autres tracent vers le bleu du globe.
À son bureau, un homme repousse son siège. Il soupire. Les dés sont jetés, pour le meilleur – du moins l’espère-t-il car à compter de cet instant, il n’a plus prise sur rien. »
Impressions
Étienne Cunge a l’art d’écrire des romans ultra-addictifs. Après l’excellent Symphonie Atomique que j’avais adoré, c’est encore le cas de La REP qui vient de sortir aux éditions Critic. Ici, l’auteur oppose deux civilisations aux modes de vie radicalement différents, coexistant à distance depuis le grand effondrement. Si les Suyus, un peuple de nomades, vivent au plus près de ce qui reste de nature sauvage (un quasi-désert) éloignés de toutes technologies, ceux habitant les territoires de la REP vivent au sein de villes combinant préservation de l’environnement et technologies s’appuyant sur des IA intégrées en chaque être humain, jouant le rôle de conseiller personnel. Seuls les enfants sont élevés loin de la vie citadine, dans des zones bucoliques, sans recours aux IA. Chaque camp propose ainsi deux utopies a priori incompatibles. Les seuls échanges entre les deux peuples se font une fois par an, lors d’un troc. Ce statu quo perdure jusqu’à ce qu’un événement remette en cause la paix.
Étienne Cunge parvient à nous faire comprendre l’état d’esprit et les croyances de chaque camp en alternant les points de vue chapitre après chapitre. Ainsi, on suit aussi bien Selma, membre d’un clan Suyu, que Jasmine, régénératrice de la REP, et Ragnar, responsable de production d’une fonderie de la REP. La tension monte crescendo au fil des pages et l’on ne peut que s’attacher aux personnages tentant de maintenir la paix dans un monde fragile. Les thèmes abordés sont passionnants, autour de la coexistence de deux civilisations, de la préservation de la nature et du maintien de la paix. Nos politiques feraient bien de s’en inspirer… Oui, ça ne coûte rien d’espérer.
La REP – Etienne Cunge – Octobre 2026 – Critic – Illustration de couverture réalisée par Frédéric Le Martelot