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Anthony Doerr - Toute la lumière que nous ne pouvons voirLes premières phrases

«  A l’aube, ils tombent en masse du ciel, passent par-dessus les remparts, caracolent au-dessus des toits, descendent lentement entre les hautes maisons. Des rues entières en bouillonnent, taches blanches sur les pavés. Message urgent aux habitants de cette ville. Dispersez-vous dans la campagne.

La marée monte. La lune, petite, jaune, est presque toute ronde. Sur les toits des hôtels du front de mer, à l’est, et dans les jardins par-derrière, une demi-douzaine d’unités d’artillerie américaines flanquent des obus incendiaires dans la bouche de mortiers. »

Circonstances de lecture

Attirée par le titre de ce roman.

Impressions

Anthony Doerr raconte la Seconde Guerre mondiale à travers le regard de deux enfants : Marie-Laure, une jeune aveugle française qui se réfugie avec son père à Saint-Malo, et Werner, un orphelin allemand, véritable petit génie, que l’on voit enrôler dans les jeunesses hitlériennes. On se retrouve alors avec deux points de vue sur cette guerre qui a déchiré le monde entier.

Intéressant, poignant, ce roman se lit avec avidité. On attend avec impatience ce moment où ces deux êtres se trouveront réunis. L’histoire est belle. Grâce à Marie-Laure, on ressent la force de la mer, les plis des coquillages, l’odeur des pêches en sirop et des petits pois sucrés. Anthony Doerr a su tisser une bien jolie histoire sur fond d’un passé des plus sombres. Ou comment réunir une trame historique, les transmissions électromagnétiques, « Vingt mille lieues sous les mers », et la recherche d’un diamant précieux.

Un passage parmi d’autres

 Que de labyrinthes dans ce monde… Les branches des arbres, les filigranes des racines, les matrices des cristaux, les rues recréées par son père dans ses maquettes. Labyrinthes dans les nodules des murex, dans les textures des écorces de sycomore et à l’intérieur des os creux des aigles. Ce n’est pas plus compliqué que le cerveau humain, dirait Étienne, cerveau qui est sans doute ce qu’il y a de plus complexe au monde : un kilo humide où tournoient des univers.

Elle place le micro dans le pavillon du phonographe, allume, et le disque se met à tourner. Le grenier en grésille. Par la pensée, elle se promène dans une allée du Jardin des plantes. L’air est doré, le vent est vert, les longs doigts des saules glissent sur ses épaules. Son père la précède ; il lui tend la main, l’attend.

Le pianiste se met à jouer.

Marie-Laure récupère son couteau sous le tabouret. Puis elle rampe jusqu’à la petite échelle et s’assoit, les pieds dans le vide, le diamant dans sa poche, caché dans la petite maison. Le couteau dans son poing.

– Viens me chercher…, dit-elle.

Anthony Doerr –  Toute la lumière que nous ne pouvons voir – 2015 (Albin Michel)

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