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La meilleure version de toi et autres impostures – Ketty Steward

01 lundi Juin 2026

Posted by Aurélie in SF

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conseils de lecture, Critique de livre, Goater, idées de lecture, Ketty Steward, La meilleure version de toi et autres impostures, lecture, Livre, nature, quoi lire, roman, SF

Les premières phrases

 » Véra, ma chérie, je sais que tu souffres, mais je vais te demander quelque chose.

Tu m’écoutes ?

Ah ! Tu sais déjà ce que je vais te demander ? Bien sûr, tu le sais.

Essaie de prendre sur toi.

On ne peut pas se permettre un deuxième signalement par l’école.

Personne n’est capable de dire ce que tu as et ce n’est peut-être rien. »

Impressions

J’ai lu ce roman en une journée. Autant dire qu’il m’a passionnée ! Tout commence avec la mère de Véra qui lui demande de ne surtout pas montrer sa souffrance à l’extérieur de la maison. Car dans une société où être en bonne santé est un devoir, elle doit absolument cacher aux autres son hypersensibilité. Puis au chapitre suivant, nous apprenons la mort de la mère de Véra, des années plus tard, mort qui l’empêchera de connaître son père, sa mère ayant toujours refusé de lui révéler son identité, le traitant simplement d’imposteur.

Voilà donc que devenue adulte, Véra se passionne pour les imposteurs, interviewant, dans le cadre de son travail de journaliste, différentes personnes désignées comme tels.

Vous l’aurez compris : Ketty Steward aborde de nombreux thèmes dans ce roman, de l’imposture à la construction de soi et de son identité, en passant par la façon dont on s’intègre dans la société, le handicap, l’hypersensibilité et l’empathie. Ce qui contribue à la richesse de ce texte. J’aurais cependant préféré que l’autrice se focalise davantage sur un sujet pour aller au bout de sa réflexion, notamment sur le handicap et l’empathie. Il n’en demeure pas moins que j’ai dévoré ce roman qui aborde des sujets sociétaux passionnants.

La meilleure version de toi et autres impostures – Ketty Steward – Mai 2026 – Goater – Illustration de couverture réalisée par Saul Pandelakis

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La dernière transhumance – Stéphane Arnier

26 mardi Mai 2026

Posted by Aurélie in Fantasy, Romans français

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conseils de lecture, Critique de livre, Fantasy, idées de lecture, La dernière transhumance, lecture, Livre, Mnémos, nature, quoi lire, roman, Stéphane Arnier

Les premières phrases

«  « Invasion ! » criailla une voix de crécelle au-dessus de sa tête.

Kaisu se précipita entre les bouleaux aux feuilles jaunies et les pins aux ramures sombres. Elle arriverait trop tard pour sauver son mari – tout cela s’était déjà joué -, mais elle s’entêta. L’estomac noué d’un désespoir prémonitoire, elle courut jusqu’à repérer le rocher derrière lequel elle trouverait le corps. Elle contourna la masse de granit : Anta reposait là, le dos de sa tunique gorgé de sang. Debout au-dessus du cadavre, un guerrier vark la fixa d’un air éberlué. Une vilaine entaille au front lui empoissait la moitié du visage d’écarlate, imbibait sa barbe et ruisselait jusqu’au col de sa cape bordée d’hermine. »

Impressions

Stéphane Arnier est devenu une valeur sûre pour moi. Après avoir eu un coup de cœur pour son roman La Brume l’emportera, me voici de nouveau happée par son dernier roman, La dernière transhumance, qui m’a fait penser par certains aspects au film Princesse Mononoké de Hayao Miyazaki. À peine le livre refermé, je n’ai qu’une hâte : que le tome 2 sorte (en septembre a priori) pour pouvoir connaître la fin de l’histoire !

L’auteur y dépeint merveilleusement bien les paysages du grand nord. On ressent parfaitement la beauté des lacs gelés, le souffle des rennes, le son du vent dans les branches. Ici, il nous fait suivre la dernière transhumance de Kaisu, doyenne de sa famille qui confiera bientôt sa place à son fils. Nomades par tradition, les membres de cette famille quittent leur campement d’hiver pour gagner le campement d’été, à la tête d’un vaste troupeau de rennes. Mais voilà que l’arrivée d’un étranger d’un peuple ennemi vient petit à petit fragiliser leur équilibre et faire remonter des souvenirs du passé. Au même moment, des corbeaux rôdent, et les vitaux, sortes d’esprits de la nature que seuls les enfants et certains nomades adultes peuvent voir, semblent s’agiter.

J’ai adoré découvrir les traditions de cette famille de nomades, fortement inspirés par le peuple Sami. Stéphane Arnier montre à quel point le mode de vie des nomades et l’équilibre de la nature se voient mis en danger par l’accaparement des terres à des fins d’exploitations minières notamment. Je me suis attachée à cette famille, aussi bien Kaisu, la doyenne, que son petit-fils Aslak, ou encore son fils Onnari (mon personnage préféré). Vivement la suite cet automne pour pouvoir reprendre le voyage avec eux !

La dernière transhumance – Stéphane Arnier – Avril 2026 – Mnémos – Illustration de couverture réalisée par Josef Barton

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Pirate de lumière – Lily Brooks-Dalton

18 lundi Mai 2026

Posted by Aurélie in Romans étrangers, SF

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conseils de lecture, Critique de livre, Gallmeister, idées de lecture, lecture, Lily Brooks-Dalton, Livre, nature, Pirate de lumière, quoi lire, roman, survie, Totem

Les premières phrases

 » Quelque part à l’ouest de l’Afrique, si loin de la terre que le ciel est vide dans toutes les directions, un orage éclate. L’eau est tiède, les vagues sont hautes. L’air est empreint d’humidité. Une bourrasque se lève, tourbillonne et devient autre chose : un circuit fermé qui accumule de la force, de plus en plus chargé. Ainsi croît l’orage. Il enfle. Il apprend à conserver sa forme. L’eau tiède le nourrit et l’engraisse, puis le propulse vers l’ouest. Des yeux électroniques le regardent glisser à travers l’Atlantique. Bientôt, on lui donne un nom. On rédige des rapports sur sa vitesse et sa magnitude. On prend des mesures. Il y a d’autres orages dans cet océan, d’autres poches de vent chaud et moite, d’autres nuages lestés de pluie. Mais celui-là – celui-là les surpassera tous. »

Impressions

Tout commence avec Frida. La jeune femme a peur, un ouragan approche et elle craint le pire. Elle aurait aimé évacuer mais son mari Kirby s’y refuse, il a l’habitude, il la protègera, elle et son bébé bien au chaud dans son ventre, elle et ses deux enfants à lui, nés d’un premier mariage, Lucas et Flip. Tout ira bien. Forcément, on se doute que tout n’ira pas bien. Les premiers chapitres sont courts, véhiculant à la perfection l’urgence de la situation et la tension qui monte. De cet ouragan, l’un des pires qu’a connu la Floride, naîtra Wanda, petite fille baptisée du nom-même de cet ouragan… Un héritage pas facile à porter.

L’histoire se déroule dans un futur proche. Ici, les événements climatiques sont de plus en plus extrêmes. Beaucoup fuient les zones sinistrées, quand quelques-uns décident de rester et d’essayer de s’adapter à une nature sauvage et changeante.

Pirate de lumière est un texte de toute beauté, profondément humain. Et c’est cette humanité qui touche en plein cœur à la lecture de la vie de Wanda, un être merveilleux que je n’avais nul envie de quitter. J’ai refermé ce roman la gorge nouée, les larmes aux yeux, avec l’impression de m’être fait une amie pour la vie.

Pirate de lumière – Lily Brooks-Dalton – Mars 2026 – Totem – Traduit de l’américain par Juliane Nivelt – Illustration de couverture réalisée par Sam Ward

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La pratique, l’horizon et la chaîne – Sofia Samatar

12 mardi Mai 2026

Posted by Aurélie in Romans étrangers, SF

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Argyll, conseils de lecture, Critique de livre, idées de lecture, lecture, Livre, nature, quoi lire, RéciFs, roman, SF, Sofia Samatar

Les premières phrases

 » Le garçon fut emmené à l’étage sans avertissement, sans qu’il ne proteste, comme c’était systématiquement le cas à chacun des changements qui avaient rythmé ses dix-sept années d’existence, au cours desquelles il avait été déplacé d’une cellule à une autre chaque fois que l’entrave à sa cheville devenait trop petite pour lui et que le docteur venait l’échanger contre une plus grande, opération qu’il menait à bien à l’aide d’un outil appelé le Maillet par les gens de la Cale et qui lui disloquait à chaque fois le tibia, faisant parfois gicler le sang de la cheville et provoquant chez le garçon un sentiment de malaise et de crainte superstitieuse lorsqu’il entrevoyait, pendant l’instant où l’entrave et la chaîne étaient enlevées, la tache brillante et singulière de peau pâle sur sa jambe qui, selon le prophète, hébergeait le siège de l’âme. »

Impressions

Après avoir eu un coup de cœur pour son roman Un étranger en Olondre, Sofia Samatar, autrice américano-somalienne, continue de me convaincre avec sa dernière novella La Pratique, l’Horizon et la Chaîne. Au programme : de la SF militante qui traite avec justesse d’esclavagisme, d’oppression, de classes sociales, d’art, et des liens qui nous unissent.

Au sein de la Flotte, il y a la Cale où se trouvent les enchaînés, main d’œuvre extrayant le minerai permettant à l’humanité de survivre dans l’Espace. Tous sont reliés par une chaîne. Le garçon n’a jamais rien connu d’autres. Il vit depuis toujours avec cette chaîne au pied, marque de son asservissement comme du lien qui le relie à tous les autres enchaînés. À commencer par le prophète, son compagnon de cellule, un vieillard sachant manier le langage, qui l’a poussé à parfaire sa passion : le dessin. C’est justement ce don qui va lui permettre de sortir de la Cale pour monter à l’étage, là où l’on ne porte plus de chaîne… mais un bracelet de cheville.

L’autrice ne nous donne pas d’emblée les clés pour comprendre où l’on met les pieds. Tout se révèle par bribes, petit à petit, à l’image du garçon projeté du jour au lendemain de la soute au monde d’en haut où les règles ne lui sont pas transmises. Qu’attend-on de lui ? Pourquoi a-t-il été tiré hors de la Cale ? Autant de questions qui nous poussent à lire cette novella d’une traite ! Ici, l’art et le lien deviennent des armes de résistance. Voici un très beau texte que l’on devrait mettre entre toutes les mains.

La Pratique, l’Horizon et la Chaîne – Sofia Samatar – Avril 2026 – Argyll (collection RéciFs) – Traduit de l’anglais par Patrick Dechesne – Illustration de couverture réalisée par Anouck Faure

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