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Archives de Tag: Gallmeister

Sauvage – Jamey Bradbury

05 mardi Mar 2019

Posted by Aurélie in Fantastique, Policiers / Thrillers, Romans étrangers

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Americana, Critique de livre, Fantastique, Gallmeister, idées de lecture, Jamey Bradbury, lecture, Livre, quoi lire, roman, Sauvage

Les premières phrases

«  J’ai toujours su lire dans les pensées des chiens. Mon père dit que c’est dû à la manière dont je suis venue au monde, née sur le seuil de la porte du chenil, avec vingt-deux paires d’yeux canins qui me regardaient et les aboiements et hurlements de nos chiens qui furent les premiers sons que j’ai entendus.  »

Circonstances de lecture

Parce qu’avec une si belle couverture…

Impressions

Jamey Bradbury signe ici un magnifique premier roman. Son héroïne, Tracy, va bientôt fêter ses 18 ans. Elle ne rêve qu’à une seule chose : participer à une course de chiens de traîneaux, comme son père le faisait avant le décès de sa mère. Tracy est une jeune fille étrange, férue de chasse et de courses en forêt, une jeune fille en quête de réponses.

Mystérieux, sublime et angoissant, ce roman oscille entre ode à la nature sauvage, thriller glaçant et surnaturel. Suivez les traces de Tracy en Alaska. Elle vous hantera longtemps, un goût de sang sur la langue.

Un passage parmi d’autres

 Il y a des livres dans le monde qui vous font vous demander, quand vous les lisez, comment un parfait inconnu peut faire pour savoir aussi précisément ce que vous avez en tête. Il y a un passage où Kleinhaus vit déjà au grand air depuis environ trois mois, et où ça fait presque quatre jours qu’il est pris sous un blizzard ininterrompu. Il est coincé sur une corniche à flanc de montagne, sans rien pour faire du feu. Alors il se réveille au milieu de la quatrième nuit et constate que la neige a enfin cessé de tomber. Le ciel est clair, avec toutes les étoiles comme une limaille projetée sur un drap noir, et le drap est si vaste qu’il ne se termine nulle part, s’étire encore et encore, toujours plus loin, et vous sentez qu’il pourrait vous aspirer, et vous voudriez presque qu’il vous aspire, juste pour pouvoir faire partie d’un truc aussi grand que ça. Et bien qu’il ait froid et qu’il n’ait pas de feu, il se contente de rester là assis à regarder le ciel. Il écrit : « Sous cette vastitude, je m’oublie. Mon humanité me quitte doucement et je cesse d’être mon moi reconnaissable. Je ne suis plus qu’un animal comme les autres sous un ciel antique et sans égards. » La première fois que j’ai lu ça, j’ai dû fermer le livre et sortir. Ça m’avait fait tourner la tête.

Jamey Bradbury – Sauvage – mars 2019 (Gallmeister)

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Dans la forêt – Jean Hegland

15 jeudi Juin 2017

Posted by Aurélie in Romans étrangers

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conseils de lecture, Critique de livre, Dans la forêt, Gallmeister, idées de lecture, Jean Hegland, Livres, quoi lire

Les premières phrases

«  C’est étrange, d’écrire ces premiers mots, comme si je me penchais par-dessus le silence moisi d’un puits, et que je voyais mon visage apparaître à la surface de l’eau – tout petit et se présentant sous un angle si inhabituel que je suis surprise de constater qu’il s’agit de mon reflet. Après tout ce temps, un stylo a quelque chose de raide et d’encombrant dans ma main. Et je dois avouer que ce cahier, avec ces pages blanches pareilles à une immense étendue vierge, m’apparaît presque plus comme une menace que comme un cadeau – car que pourrais-je y relater dont le souvenir ne sera pas douloureux ?

Tu pourras écrire sur maintenant, a dit Eva, sur l’époque actuelle. J’étais tellement persuadée ce matin que le cahier me servirait à étudier que j’ai dû faire un effort pour ne pas me moquer de sa suggestion. Mais je me rends compte à présent qu’elle a peut-être raison. Tous les sujets auxquels je pense – de l’économie à la météorologie, de l’anatomie à la géographie et à l’histoire – semblent tourner en rond et me ramener inévitablement à maintenant, à ici et aujourd’hui.

Aujourd’hui, c’est Noël. Je ne peux pas l’éviter. Nous avons barré les jours sur le calendrier bien trop consciencieusement pour confondre les dates, même si nous aurions aimé nous tromper. Aujourd’hui, c’est le jour de Noël, et le jour de Noël est une nouvelle journée à passer, une nouvelle journée à endurer afin qu’un jour, bientôt, cette époque soit derrière nous. »

Circonstances de lecture

Parce que j’en avais entendu beaucoup de bien et que la couverture et le titre m’attiraient .

Impressions

C’est un roman sur la fin de notre civilisation et de nos modes de vie. C’est aussi un roman sur deux sœurs, sur ce qui les unit… et les sépare. C’est enfin un roman sur la forêt et ce qu’elle peut offrir aux hommes. C’est en tout cas une très belle lecture que je vous conseille pour cet été – ou après !

Nell et sa sœur Eva ont toujours vécu dans la forêt avec leurs parents. Jusqu’au jour où elles se retrouvent seules, toutes les deux, dans cette cabane où elles ont grandi, alors que notre civilisation moderne s’effondre. Plus d’électricité, plus d’essence, plus de supermarchés… Peut-on survivre à l’écart de tout ? L’électricité va-t-elle revenir et quand ? Peut-on continuer à poursuivre ses rêves (passer le concours d’entrée à Harvard pour Nell, devenir une danseuse émérite pour Eva) alors que l’on vit coupé de tout ? Comment savoir ce qui se passe ailleurs ? Les animaux sauvages représentent-ils un plus grand danger que l’espèce humaine ? Comment survivre dans la forêt ? Comment continuer à espérer ? J’ai adoré, d’autant que Jean Hegland écrit remarquablement bien.

Un passage parmi d’autres

 Je n’ai jamais vraiment su combien nous consommions. C’est comme si nous ne sommes tous qu’un ventre affamé, comme si l’être humain n’est qu’un paquet de besoins qui épuisent le monde. Pas étonnant qu’il y ait des guerres, que la terre et l’eau et l’air soient polluées. Pas étonnant que l’économie se soit effondrée, s’il nous en faut autant à Eva et à moi pour rester tout bonnement en vie.

Je me dis parfois que ce serait tellement mieux si l’on devait taire nos désirs, nous débarrasser de notre besoin d’eau et d’abri et de nourriture. Pourquoi s’embête-t-on avec tout ça ? A quoi cela sert-il ? Hormis tenir un peu plus longtemps.

Jean Hegland – Dans la forêt – janvier 2017 (Gallmeister)

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