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Les premières phrases

 » Avant la Calude, j’étais romancier. Auteur de polars. Mes histoires racontaient comment d’honnêtes enquêteurs, lâchés par leur hiérarchie, se débattaient dans un système corrompu pour tenter de confondre les puissants criminels qui en tiraient les ficelles. Mes sept premiers livres ne m’ont pas rapporté grand-chose.

Si j’ai pu survivre, dormir au chaud et manger à ma faim, si j’ai pu tenir jusqu’au huitième roman qui aurait dû changer ma vie, je le dois à Laura, à sa confiance, à son amour et, disons-le sans détour, à son dévouement. On s’est connu à l’école primaire et depuis notre premier baiser dans la cour du lycée d’Alès, on ne s’est plus quitté. Jusqu’à la fin… »

Impressions

Dans mes lectures, j’apprécie de plus en plus d’être surprise et ce fut le cas avec le dernier livre de Christophe Nicolas, dont j’avais beaucoup aimé le polar Et les gens qui ne sont rien. Après la Calude est un roman original, mélangeant les genres du polar et de la SF. Cela peut surprendre. De mon côté, j’aime quand les auteurs ne rentrent pas dans des cases et laissent libre cours à leur imagination.

Ici, tout commence avec une pandémie : un étrange virus, la Calude, contamine une bonne partie de la population, entraînant des crises de violence extrême conduisant au meurtre puis au suicide. Vingt ans plus tard, le héros, Thierry, ancien écrivain, vit dans les Cévennes, au sein d’une petite communauté paisible. Depuis vingt ans, plus aucun meurtre n’a été recensé. Cela n’existe tout simplement plus. La solidarité a pris le pas sur tout le reste. Le capitalisme n’est plus, les êtres humains partagent le fruit de leur travail, chacun participe à la vie de la communauté en fonction de ses compétences, la méfiance envers les étrangers a disparu : « Quelque chose a changé dans le cerveau des gens, quelque chose qui les empêche désormais de supporter ou de faire supporter aux autres des situations intenables (…) Les exploiteurs sont tous morts, les rapports de domination ont totalement disparu, emportant avec eux jusqu’à la notion de classe sociale. » Et puis, soudain, un meurtre a lieu… Et l’équilibre trouvé après la Calude s’en voit ébranlé. Thierry se voit alors confié la lourde tâche de trouver le coupable.

Christophe Nicolas propose une réflexion passionnante sur la violence humaine, la vie en communauté, notre rapport aux autres, l’éducation des plus jeunes et la transmission, la solidarité, la responsabilité de chacun dans l’évolution de la société, la justice, mais aussi sur la place de l’art (et notamment de l’écriture) dans nos vies. Le mélange entre enquête et utopie peut surprendre. Il y a quelques longueurs, notamment dans la manière dont l’enquête est traitée. Reste que ces explications participent à la résolution finale (avec un twist auquel je ne m’attendais pas !), et permettent de véritablement comprendre les tenants et aboutissants de ce meurtre a priori impossible. De cette lecture, je retiendrai principalement les réflexions sociétales abordées que je trouve d’une grande justesse. Rien que pour cela, ce roman mérite d’être lu.

Après la Calude – Christophe Nicolas – Juin 2026 – Argyll – Illustration de couverture réalisée par Xavier Collette