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Le Journal intime d’un arbre – Didier van Cauwelaert

27 lundi Fév 2012

Posted by Aurélie in Romans français

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Critique de livre, Didier van Cauwelaert, Le Journal intime d'un arbre, Michel Lafon, poirier

Les premières phrases

«  Je suis tombé au lever du jour. Transmise par la lumière sur mes racines et le contact de mes branches avec la terre, l’information m’a été confirmée par le facteur. Je me suis vu gisant dans ses yeux, en travers de l’allée. Sa première pensée a été pour le docteur Lannes. « Le pauvre, quand il rentrera… »

La tristesse que j’allais causer à mon propriétaire s’est mêlée à tous les signaux de détresse que je percevais autour de moi. Insectes, oiseaux, champignons, tous avaient perdu mon repère. Je m’accrochais à l’espoir qu’on allait peut-être me sauver, comme le catalpa derrière le garage qui s’était couché lors de la tempête de 1999. On l’avait redressé avec un treuil, et depuis il survivait de son mieux, maintenu par trois câbles ornés de chiffons.

Mais, à travers les yeux du facteur, j’ai bien vu que mes branches charpentières s’étaient brisées dans la chute. Déraciné, décapité, j’avais en tout cas épargné mes congénères, les voisins, les toitures et la tonnelle où courait la glycine. Je ne laisserais pas de mauvais souvenirs.

On m’appelait Tristan, j’avais un peu moins de trois cents ans, j’étais l’un des deux poiriers du docteur Lannes. Il m’avait fait inscrire sur la liste d’attente des Arbres remarquables de France, et avait obtenu ma grâce au tribunal quand les voisins m’avaient poursuivi pour vieillesse dangereuse. J’étais son bien le plus cher, son devoir de mémoire, sa victoire sur le temps. A son âge, ma mort allait probablement le tuer…

J’ignore si nos liens se renoueront. Y a-t-il un au-delà commun pour les hommes et les arbres? « 

Circonstances de lecture

Lu en quelques jours. Un très bon livre.

Impressions

Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu un livre de Didier van Cauwelaert. Le Journal intime d’un arbre m’a redonné envie de redécouvrir cet auteur. Mêlant humour et émotions, ce livre parvient à nous faire croire que les arbres pensent. Et qui sait ? Peut-être est-ce vrai ? Tristan, ce poirier qui a traversé plus de 300 ans d’histoire, nous montre l’espèce humaine à travers son regard ancestral. Sa chute n’est que le commencement d’une très belle aventure. Surtout, il nous fait réfléchir à la responsabilité des hommes envers la nature. A lire de toute urgence !

Un passage parmi d’autres

 Le docteur Lannes s’affaiblissait depuis quelques années, lui aussi, je le sentais bien. Mais lequel de nous deux déteignait sur l’autre ? Quand il s’accrochait à moi pour se recharger, je lui prenais autant d’énergie qu’il m’en demandait : c’est le principe des échanges entre nos espèces, mais vient toujours un moment où l’être humain ne tient plus la charge. J’en ai fait si souvent l’expérience. Cette fois, c’est moi qui me suis épuisé à vouloir le sauver, peut-être. Quand il s’appuyait contre moi, je sentais la flambée de ses cellules. La même exubérance désordonnée qui nous amène à fleurir dix fois plus à l’approche de notre mort, pour augmenter les chances de nous reproduire. Le cancer des fleurs. Mais son organisme à lui se battait sans le savoir ; on ne lui avait décelé qu’une faiblesse cardiaque, et j’étais le seul à percevoir le dérèglement que j’essayais de ralentir, à son contact, en stimulant ce qu’il appelle ses anticorps. Depuis qu’un botaniste anglais m’a révélé mon pouvoir, je m’en sers en connaissance de cause. Tout en sachant bien qu’il ne s’agit, comme dirait le docteur Lannes, que de soins palliatifs.

J’ai aimé sa manière de vieillir. Quand il s’approchait de moi, toujours vêtu dans les tons gris, vert sombre ou feuille morte, sa haute stature inclinée de côté, ridé en craquelures comme mon écorce, j’avais l’impression de me regarder marcher. Jamais quelqu’un ne s’était senti aussi lié à moi. Sans doute parce que je conservais dans mon tronc la balle allemande qui avait tué son fils. Le plus jeune résistant de France, pendant la dernière guerre locale. J’étais à la fois son poteau d’exécution et son souvenir vivant. Pour Georges Lannes, persuadé que la mort est une seconde naissance, je portais son enfant comme l’avait fait sa femme. J’étais le gardien d’une âme. Une de plus.

Que vont devenir toutes ces mémoires humaines, quand j’aurai cessé de vivre ?

Le Journal intime d’un arbre – Didier van Cauwelaert – 2011 (Editions Michel Lafon)

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Ensemble, c’est tout – Anna Gavalda

11 samedi Fév 2012

Posted by Aurélie in Romans français

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Anna Gavalda, Ensemble c'est tout, le dilettante, roman français

Les premières phrases

«  Paulette Lestafier n’était pas si folle qu’on le disait. Bien sûr qu’elle reconnaissait les jours puisqu’elle n’avait plus que ça à faire désormais. Les compter, les attendre et les oublier. Elle savait très bien que c’était mercredi aujourd’hui. D’ailleurs elle était prête ! Elle avait mis son manteau, pris son panier et réuni ses coupons de réductions. Elle avait même entendu la voiture de la Yvonne au loin… Mais voilà, son chat était devant la porte, il avait faim et c’est en se penchant pour reposer son bol qu’elle était tombée en se cognant la tête contre la première marche de l’escalier. 

Paulette Lestafier tombait souvent, mais c’était son secret. Il ne fallait pas en parler, à personne.

« A personne, tu m’entends? » se menaçait-elle en silence. « Ni à Yvonne, ni au médecin et encore moins à ton garçon… »

Il fallait se relever lentement, attendre que les objets redeviennent normaux, se frictionner avec du Synthol et cacher ces maudits bleus.

Les bleus de Paulette n’étaient jamais bleus. Ils étaient jaunes, verts ou violacés et restaient longtemps sur son corps. Bien trop longtemps. Plusieurs mois quelquefois… C’était difficile de les cacher. Les bonnes gens lui demandaient pourquoi elle s’habillait toujours comme en plein hiver, pourquoi elle portait des bas et ne quittait jamais son gilet.

Le petit, surtout, la tourmentait avec ça :

– Alors, Mémé ? C’est quoi ce travail ? Enlève-moi tout ce bazar, tu vas crever de chaud ! »

Non, Paulette Lestafier n’était pas folle du tout. Elle savait que ses bleus énormes qui ne partaient jamais allaient lui causer bien des ennuis un jour… »

Circonstances de lecture

Dévoré dès sa sortie en 2004. Un bonheur de lecture.

Impressions

Anna Gavalda sait transporter ses lecteurs avec des histoires toutes simples qui rendent heureux, et qui émeuvent en même temps. Je ne m’en lasse pas. Ici, des êtres égarés se rencontrent, et, ensemble, arrivent à braver la vie. Les Anna Gavalda sont des romans bien épais, dont on aimerait qu’ils ne se terminent jamais.

Un passage parmi d’autres

 Le pilon de la vie lui avait appris à se méfier des certitudes et des projets d’avenir, mais il y avait une chose dont Camille était sûre : un jour, dans très très longtemps, quand elle serait bien vieille, encore plus vieille que maintenant, avec des cheveux blancs, des milliers de rides et des taches brunes sur les mains, elle aurait sa maison à elle. Une vraie maison avec une bassine en cuivre pour faire des confitures et des sablés dans une boîte en fer blanc cachée au fond d’un buffet. Une longue table de ferme, bien épaisse, et des rideaux de cretonne. Elle souriait. Elle n’avait aucune idée de ce qu’était la cretonne, ni même si cela lui plairait, mais elle aimait ces mots : rideaux de cretonne… Elle aurait des chambres d’amis et, qui sait ? peut-être des amis ? Un jardin coquet, des poules qui lui donneraient de bons œufs à la coque, des chats pour courir après les mulots et des chiens pour courir après les chats. Un petit carré de plantes aromatiques, une cheminée, des fauteuils défoncés et des livres tout autour. Des nappes blanches, des ronds et des serviettes chinés dans des brocantes, un appareil à musique pour écouter les mêmes opéras que son papa et une cuisinière à charbon où elle laisserait mijoter de bons œufs carottes toute la matinée…

De bons œufs carottes… n’importe quoi…

Une petite maison comme celles que dessinent les enfants, avec une porte et deux fenêtres de chaque côté. Vieillotte, discrète, silencieuse, envahie par la vigne vierge et les rosiers grimpants. Une maison avec des gendarmes sur le perron, ces petites bêtes noires et rouges qui vont toujours collées deux par deux. Un perron bien chaud qui aurait emmagasiné toute la chaleur du jour et sur lequel elle s’assiérait le soir, pour guetter le retour du héron…

Et puis une vieille serre qui lui tiendrait lieu d’atelier… Enfin ça, ce n’était pas sûr… Jusqu’à présent, ses mains l’avaient toujours trahie et peut-être valait-il mieux ne plus compter sur elles…

Peut-être que l’apaisement ne pouvait pas passer par là finalement ?

Par où alors ? Par où, s’angoissait-elle soudain.

Par où ?

Ensemble, c’est tout – Anna Gavalda – 2004 (Editions le dilettante)

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Toute la beauté du monde – Marc Esposito

22 dimanche Jan 2012

Posted by Aurélie in Romans français

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bali, histoire d'amour, Marc Esposito, roman, Toute la beauté du monde

Les premières phrases

«  Soudain, je n’ai vu qu’elle. Des yeux clairs, une bouche immense, les cheveux très courts, bruns. J’ai su que ma vie, maintenant, c’était elle.

Elle se frayait un chemin parmi la foule, à l’autre bout du magasin, l’air soucieux. Elle était grande, sûrement pas loin du mètre quatre-vingts. J’ai avancé vers elle.

Je flottais dans un état étrange, sous le choc, comme ceux qui revoient leur vie en un éclair avant de basculer dans le trou noir. Sauf que je n’étais pas en train de mourir, au contraire je naissais. Ce n’était pas ma vie passée qui défilait en accéléré, mais ma vie future. Ma future vie avec elle.  »

Circonstances de lecture

Lu dans le RER B, en 2001, en plein été. La dernière page terminée, j’ai repris le livre à la première page, pour le relire une seconde fois d’affilée. Rare.

Impressions

Ancien rédacteur en chef de Première puis cofondateur de Studio Magazine, Marc Esposito n’a rien publié avant Toute la beauté du monde. Et pourtant… Il réussit à trouver les mots justes pour raconter une histoire d’amour superbe, sans tomber dans la niaiserie ou le ridicule. Parce que Tina a perdu son mari, elle ne peut plus aimer. Franck le sait. Pour autant, il ne perd pas espoir. Il la pousse à quitter son quotidien pour s’aérer la tête et le cœur à Bali. Et devient son compagnon de voyage. A défaut d’autre chose. Une histoire d’amour toute simple, mais très belle.

Un passage parmi d’autres

 Ils avaient taillé la route au soleil couchant – Bali est juste sous l’équateur, il fait nuit à six heures, toute l’année. Wayan n’avait pas cherché à bavarder, Tina était trop absorbée par le spectacle qui se déroulait derrière les vitres : la circulation délirante dans Denpasar, la jungle, les villages, l’océan. Il lui avait seulement proposé d’écouter de la musique, elle avait été épatée par les rangements de CD, bien planqués, dans les portes et les accoudoirs. Elle avait choisi un disque de Scorpions – j’avais bien fait d’insister pour que Michel en achète quelques-uns. J’imaginais son étonnement de retrouver sa musique fétiche à quinze mille kilomètres de chez elle. Elle se rendrait compte bientôt que ce n’était pas si surprenant : Scorpions était un groupe adulé dans toute l’Asie, elle allait les entendre partout.

Wayan était certain qu’elle avait apprécié cette balade, à quarante à l’heure dans l’auto-palace, comme un tapis roulant au milieu de la jungle. A un moment, elle avait ouvert la vitre, malgré la clime, et elle avait laissé son bras tendu hors de la fenêtre pour offrir sa peau nue à la tiédeur du vent. Au sommet d’une colline, elle avait souri en découvrant la mer qui s’étalait devant eux, tout ce bleu à perte de vue, qui commençait à rosir sous le soleil couchant. J’avais calculé qu’elle avait dû arriver à temps sur sa terrasse pour le voir disparaître au bout de l’océan. Là, elle s’était sûrement sentie plus seule que jamais. Sans son amour, toute cette beauté, cette harmonie seraient d’abord une douleur.

Toute la beauté du monde – Marc Esposito – 1999 (Editions Anne Carrière)

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No et moi – Delphine de Vigan

20 vendredi Jan 2012

Posted by Aurélie in Romans français

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Delphine de Vigan, Livre, No et moi

Les premières phrases

«  – Mademoiselle Bertignac, je ne vois pas votre nom sur la liste des exposés.

De loin Monsieur Marin m’observe, le sourcil levé, les mains posées sur son bureau. C’était compter sans son radar longue portée. J’espérais le sursis, c’est le flagrant délit. Vingt-cinq paires d’yeux tournées vers moi attendent ma réponse. « Le cerveau » pris en faute. Axelle Vernoux et Léa Germain pouffent en silence derrière leurs mains, une dizaine de bracelets tintent de plaisir à leurs poignets. Si je pouvais m’enfoncer cent kilomètres sous terre, du côté de la lithosphère, ça m’arrangerait un peu. J’ai horreur des exposés, j’ai horreur de prendre la parole devant la classe, une faille sismique s’est ouverte sous mes pieds, mais rien ne bouge, rien ne s’effondre, je préférerais m’évanouir là, tout de suite, foudroyée, je tomberais raide de ma petite hauteur, les Converse en éventail, les bras en croix, Monsieur Martin écrirait à la craie sur le tableau noir : ci-gît Lou Bertignac, meilleure élève de sa classe, asociale et muette.  »

Circonstances de lecture

Dévoré dès sa parution en 2007, ce livre, le 4ème de Delphine de Vigan, est l’un de mes plus gros coups de cœur.

Impressions

No et moi  raconte – mais qui n’a pas encore lu ce roman aujourd’hui ? – la rencontre entre une adolescente surdouée asociale et une jeune femme sans-abri, prénommée No. Une histoire d’amitié qui laisse forcément des traces. Et cette question qui court tout au long du livre : la petite Lou parviendra-t-elle à aider No ? Un roman comme il en sort peu.

Un passage parmi d’autres

 Je vois souvent ce qui se passe dans la tête des gens, c’est comme un jeu de pistes, un fil noir qu’il suffit de faire glisser entre ses doigts, fragile, un fil qui conduit à la vérité du Monde, celle qui ne sera jamais révélée. Mon père un jour il m’a dit que ça lui faisait peur, qu’il ne fallait pas jouer avec ça, qu’il fallait savoir baisser les yeux pour préserver son regard d’enfant. Mais moi les yeux je n’arrive pas à les fermer, ils sont grands ouverts et parfois je mets mes mains devant pour ne pas voir.

Le serveur revient, il pose les verres devant nous, No attrape le sien d’un geste impatient. Alors je découvre ses mains noires, ses ongles rongés jusqu’au sang, et les traces de griffures sur ses poignets. Ca me fait mail au ventre.

On boit comme ça, en silence, je cherche quelque chose à dire mais rien ne vient, je la regarde, elle a l’air si fatiguée, pas seulement à cause des cernes sous ses yeux, ni de ses cheveux emmêlés, retenus par un vieux chouchou, ni de ses vêtements défraîchis, il y a ce mot qui me vient à l’esprit, « abîmée », ce mot qui fait mal, je ne sais plus si elle était déjà comme ça, la première fois, peut-être n’avais-je pas remarqué, il me semble plutôt qu’en l’espace de quelques jours elle a changé, elle est plus pâle ou plus sale, et son regard plus difficile à attraper.

C’est elle qui parle en premier.

– T’habites dans le quartier?

– Non. A Filles du Calvaire. Près du Cirque d’Hiver. Et toi ?

Elle sourit. Elle ouvre ses mains devant elle, ses mains noires et vides, dans un geste d’impuissance qui veut dire : rien, nulle part, ici… ou je ne sais pas.

No et moi – Delphine de Vigan – 2007 (Editions Jean-Claude Lattès)

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Le coeur régulier – Olivier Adam

16 lundi Jan 2012

Posted by Aurélie in Romans français

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Je vais bien ne t'en fais pas, Le coeur régulier, Olivier Adam

Les premières phrases

« C’est une nuit sans lune et c’est à peine si l’on distingue l’eau du ciel, les arbres des falaises, le sable des roches. Seules scintillent quelques lumières, de rares fenêtres allumées, une dizaine de lampadaires le long de la plage, deux autres aux abords du sanctuaire, le néon d’un bar, un distributeur de boissons, myriade de canettes multicolores sous l’éclairage cru. Plus grand monde ne s’attarde à cette heure. La fin de l’été a ravalé les touristes, les dernières cigales crissent dans les jardins de la pension, nous sommes fin septembre mais il fait encore tiède. Par la baie entrouverte monte la rumeur du ressac. S’y mêlent le froissement des feuilles, le balancement des bambous, les craquements des cèdres. Les singes se sont tus peu après la tombée du jour, tout à l’heure ils hurlaient de panique, puis l’obscurité a tout recouvert et ils ont renoncé. Je rentrais des falaises par ce chemin sinueux que j’emprunte depuis déjà six jours. »

Circonstances de lecture

Inconditionnelle d’Olivier Adam depuis l’adaptation au cinéma de son premier roman par Philippe Lioret, Je vais bien, ne t’en fais pas, j’ai depuis lu Falaises (2005), A l’abri de rien (2007) et Des vents contraires (2008). A chaque fois, Olivier Adam trouve les mots justes pour raconter ses histoires, toujours déchirantes.

Impressions

Une valeur sûre, à condition d’avoir le moral ! Olivier Adam parle des sentiments intérieurs comme personne d’autres. Ici, il dépeint une femme qui suit les traces de son frère décédé au Japon. Et sa rencontre avec Natsume Dombori, un « sauveur » de suicidaires.

Un passage parmi d’autres

 Vu de loin on ne voit rien, disait souvent Nathan à tout propos, et cette phrase semblait recouvrir à ses yeux une vérité essentielle. Je n’ai jamais compris ce que mon frère entendait par là mais aujourd’hui je sais qu’il avait tort, que c’est exactement le contraire : vu de près, pris dans le cours ordinaire, on ne voit rien de sa propre vie. Pour la saisir il faut s’en extraire, exécuter un léger pas de côté. La plupart des gens ne le font jamais et ils n’ont pas tort. Personne n’a envie d’entrevoir l’avancée des glaces. Personne n’a envie de se retrouver suspendu dans le vide. « Nos vies tiennent dans un dé à coudre ». Je ne sais plus qui disait ça l’autre jour, c’était à la radio je crois. Ou bien l’ai-je lu dans un livre ? Je ne sais plus. Mais cette phrase m’a saisie, Nathan aurait pu la prononcer, ai-je pensé, l’ajouter aux dizaines d’autres, tout aussi définitives et désenchantées, qui lui servaient de viatique, dessinaient une ligne de conduite qui ne l’a jamais mené nulle part. J’avais pris le premier avion pour Tokyo, le coeur en cavale, dans un état de confusion totale, fuyant une menace indéfinissable dont je sentais qu’elle n’allait pas tarder à m’engloutir.

Le coeur régulier – Olivier Adam – 2010 (Editions de l’Olivier)

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Comment j’ai liquidé le siècle – Flore Vasseur

14 samedi Jan 2012

Posted by Aurélie in Romans français

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Comment j'ai liquidé le siècle, Flore Vasseur

Les premières phrases

« Les relents d’égout se mêlent au gasoil et à la graisse alimentaire. Le soleil de mai terrasse le bitume de Madison Avenue. McDo et Texaco : l’odeur mondiale. J’ai une heure à tuer, un abîme dans mon agenda calé au chronomètre. J’essaie de m’intéresser aux vitrines des boutiques de luxe. Je ne vois que ma silhouette anguleuse de bon petit de la méritocratie mondiale. Les lunettes fines ont remplacé les carreaux Afflelou premier prix, les soins Clinique effacé l’acné. J’ai gagné des millions, pris de l’assurance ; rien à faire, j’ai toujours une tête de matheux posée sur un corps affûté au Slow Burn, la méthode de musculation qui sculpte le Tout-Manhattan. »

Circonstances de lecture

Lu en 2010, après avoir vu l’auteur parler de son roman à l’émission La Grande Librairie, sur France 5. En pleine crise financière, ce livre est de circonstance…

Impressions

Flore Vasseur utilise les mots justes pour nous faire découvrir le milieu boursier sous toutes les coutures. Le héros, un trader richissime, a une vie affective désastreuse. Alors que l’Amérique est en train de sombrer au profit de la Chine, une milliardaire lui offre la possibilité de faire exploser le capitalisme… via un programme présent sur une clé USB Hello Kitty. Que va-t-il en faire ? Va-t-il l’utiliser pour faire sauter les bourses du monde entier ? C’est là toute la question du roman. Et Flore Vasseur maintient le suspens jusqu’aux dernières pages.

Un passage parmi d’autres

 Mes attaches sont placées sur un compte bancaire. Son montant indique la valeur de ma vie. Sa qualité se définit par l’évolution du Dow Jones, le nombre de chaussures dans mon placard, le cours du cuivre. J’appartiens à une oligarchie motivée par l’ambition, avec le conservatisme comme idéal et la technologie pour rêve. J’ai la plus belle performance du floor. C’est tout ce qui compte, le montant de cash à l’instant t, la maximisation de mon gain individuel. Mon hédonisme est relatif : je n’ai aucune spiritualité ni conviction. Je vis dans une bulle inviolable, dans l’ultra-présent. N’importe où et toujours seul.

Je flotte autour de la planète, me pose un jour à Hong-Kong pour une négociation avec des fonds de pension chinois. Pendant quelques semaines, j’emménage dans une maison sur le Peak, lance mes programmes magiques, crée, à partir de rien, quelques millions.

Comment j’ai liquidé le siècle – Flore Vasseur – 2010 (Editions des Equateurs)

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