• A propos

Love In Books

~ Parce qu'il n'y a rien de mieux qu'un livre pour s'évader…

Love In Books

Archives de Catégorie: Romans français

Au revoir là-haut – Pierre Lemaitre

10 dimanche Nov 2013

Posted by Aurélie in Romans français

≈ 1 Commentaire

Étiquettes

Albin Michel, Au revoir là-haut, Critique de livre, Pierre Lemaitre, Prix Goncourt, roman

Pierre Lemaitre - Au revoir là-haut Les premières phrases

«  Ceux qui pensaient que cette guerre finirait bientôt étaient tous morts depuis longtemps. De la guerre, justement. Aussi, en octobre, Albert reçut-il avec pas mal de scepticisme les rumeurs annonçant un armistice. Il ne leur prêta pas plus de crédit qu’à la propagande du début qui soutenait, par exemple, que les balles boches étaient tellement molles qu’elles s’écrasaient comme des poires blettes sur les uniformes, faisant hurler de rire les régiments français. En quatre ans, Albert en avait vu un paquet, des types morts de rire en recevant une balle allemande.

Il s’en rendait bien compte, son refus de croire à l’approche d’un armistice tenait surtout de la magie : plus on espère la paix, moins on donne de crédit aux nouvelles qui l’annoncent, manière de conjurer le mauvais sort. Sauf que, jour après jour, ces informations arrivèrent par vagues de plus en plus serrées et que, de partout, on se mit à répéter que la guerre allait vraiment prendre fin. »

Circonstances de lecture

Lu car c’était le coup de cœur de mon libraire, bien avant qu’il reçoive le Prix Goncourt.

Impressions

Le premier chapitre prend directement le lecteur dans ses filets. Pas de doute, on sait déjà dès les premières pages que ce livre sera un grand souvenir de lecture. L’histoire débute quelques jours avant l’armistice, en pleine guerre des tranchées. Mais quand la guerre prend fin, on se rend bien vite  compte que, pour les démobilisés, elle continue toujours… Soldats handicapés, soldats défigurés, soldats sans le sous au chômage… Ceux-ci sont délaissés. Vite, l’urgence, après guerre, c’est de prendre soin des morts… et non des vivants.

Si « Au revoir là-haut » est un roman historique, c’est aussi un superbe roman de vengeance de deux ex-soldats malmenés par l’existence. A la manière d’un thriller, ce livre happe le lecteur. On n’a qu’une envie : tourner les pages pour en connaître la fin.

Un passage parmi d’autres

 Mourir le dernier, se disait Albert, c’est comme mourir le premier, rien de plus con.

Or c’est exactement ce qui allait se passer.

Alors que jusqu’ici, dans l’attente de l’armistice, on vivait des jours assez tranquilles, brusquement tout s’était emballé. Un ordre était tombé d’en haut, exigeant qu’on ailler surveiller de plus près les Boches. Il n’était pourtant pas nécessaire d’être général pour se rendre compte qu’ils faisaient comme les Français, qu’ils attendaient la fin. Ça n’empêche, il fallait y aller voir. A partir de là, plus personne ne parvint à reconstituer exactement l’enchaînement des événements.

Pour remplir cette mission de reconnaissance, le lieutenant Pradelle choisit Louis Thérieux et Gaston Grisonnier, difficile de dire pourquoi, un jeune et un vieux, peut-être l’alliance de la vigueur et de l’expérience. En tout cas, des qualités inutiles  parce que tous deux survécurent moins d’une demi-heure à leur désignation. Normalement, ils n’avaient pas à s’avancer très loin. Ils devaient longer une ligne nord-est, sur quoi, deux cent mètres, donner quelques coups de cisaille, ramper ensuite jusqu’à la seconde rangée de barbelés, jeter un œil et s’en revenir en disant que tout allait bien, vu qu’on était certain qu’il n’y avait rien à voir. Les deux soldats n’étaient d’ailleurs pas inquiets d’approcher ainsi de l’ennemi. Vu le statu quo des derniers jours, même s’ils les apercevaient, les Boches les laisseraient regarder et s’en retourner, ça serait comme une sorte de distraction. Sauf qu’au moment où ils avançaient, courbés le plus bas possible, les deux observateurs se firent tirer comme des lapins. Il y eut le bruit des balles, trois, puis un grand silence ; pour l’ennemi, l’affaire était réglée. On essaya aussitôt de les voir, mais comme ils étaient partis côté nord, on ne repérait pas l’endroit où ils étaient tombés.

Autour d’Albert, tout le monde en eut le souffle coupé. Puis il y eut des cris. Salauds. Les Boches sont bien toujours pareils, quelle sale engeance !  Des barbares, etc. En plus, un jeune et un vieux ! Ca ne changeait rien, mais dans l’esprit de tous, les Boches ne s’étaient pas contentés de tuer deux soldats français, avec eux, ils avaient abattu deux emblèmes. Bref, une vraie fureur.

Dans les minutes qui suivirent, avec une promptitude dont on les savait à peine capables, depuis l’arrière, les artilleurs balancèrent des giclées de 75 sur les lignes allemandes, à se demander comment ils avaient été informés.

Après, l’engrenage.

Les Allemands répliquèrent. Côté français, il ne fallut pas longtemps pour rassembler tout le monde. On allait leur régler leur compte, à ces cons-là. C’était le 2 novembre 1918. On ne le savait pas encore, on était à moins de dix jours de la fin de la guerre.

Au revoir là-haut – Pierre Lemaitre – 2013 (Albin Michel)

Partager :

  • Partager sur X(ouvre dans une nouvelle fenêtre) X
  • Partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook
  • Partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn
  • Partager sur Pinterest(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Pinterest
J’aime chargement…

Le Rire du grand blessé – Cécile Coulon

07 lundi Oct 2013

Posted by Aurélie in Romans français

≈ Poster un commentaire

Étiquettes

Cécile Coulon, Critique de livre, Le rire du grand blessé, roman, Viviane Hamy

Cécile Coulon - Le rire du grand blesséLes premières phrases

«  Cinq uniformes, un chauffeur, une femme de ménage, un cuisinier, sept caméras fixées au plafond, cinquante heures de présence au Bureau, une Manifestation A Haut Risque par semaine, mille quatre-vingt-quinze jours de formation, un coude fracturé, trois côtes cassées, une mâchoire refaite à neuf, un certain nombre de zéros sur les feuilles de salaire, soixante-dix millions d’habitants à surveiller, deux oreillettes, trois hectares de parc arboré, soixante kilomètres de course à pied hebdomadaires, cinquante pouces d’écran plat, dix-huit minutes d’informations nationales. Et personne avec qui le partager. 

Nous étions des chiffres, des performances. Nos capacités étaient mesurées lors de tests trimestriels imposés par le Service National : prises de sang, examens psychologiques, mises en situations, contrôles d’aptitudes physiques. Le rêve devenait réalité : la ville nous attendait, elle offrait La vie, à nous qui n’avions connu que la survie. Nos proches s’éloignaient : c’était le prix à payer, nous réglions la note sans broncher. « 

Circonstances de lecture

Parce que ce livre traite de la littérature et du pouvoir des livres.

Impressions

Et si la littérature – la belle et noble littérature, celle qui fait réfléchir, celle qui est bien écrite, bien pensée, celle qui distille des messages sans arrières-pensées purement mercantiles – disparaissait au profit de livres poubelles, écrits sur commande pour anesthésier les gentils consommateurs et leur faire accepter l’inacceptable ? A l’image de nombreuses émissions télévisées d’aujourd’hui qui font ressortir les émotions les plus primaires et la curiosité malsaine… A l’image aussi de nombreux livres d’écrivains malheureusement célèbres, enchaînant annuellement les parutions autour des mêmes thèmes et des mêmes histoires sans intérêts… mais qui se vendent. L’ignorance et le divertissement de mauvais goût portés aux nues… Voici le message qui ressort du dernier roman de Cécile Coulon. Ou du moins mon interprétation ! Un livre que l’on lit d’une traite, en quelques heures, sans reprendre son souffle.

A sa lecture, on pense forcément à « Fahrenheit 451 » de Ray Bradbury et à « 1984 » de George Orwell. Et on se prend à espérer que jamais, jamais notre société n’arrivera à ce stade, que les livres que l’on aime demeureront bien en vue dans les librairies… et dans le cœur des lecteurs.

Un passage parmi d’autres

 Le Programme détruisit un autre pan de l’Histoire : dès la mise en place des Maisons de Mots, les vieux livres furent interdits. Les librairies ne pouvaient plus présenter un seul ouvrage portant la mention littérature : les textes complexes constituaient une entrave au bon déroulement du Programme. Les bibliothèques furent vidées, les rayons réagencés. Des bennes remplies de romans, de recueils de nouvelles, d’essais politiques partaient vers les Déposoirs en banlieue où le papier des vieux livres était réutilisé pour les nouveaux. Le succès des Maisons de Mots avait anéanti les théories de genre, de registre, ou même de forme littéraire. Emportée dans sa course au succès thérapeutique, Nox avait sacrifié des milliers d’années d’histoires, de témoignages et de tragédies en alexandrins. Les somnifères ne pouvaient pas le lui faire oublier.

Le Rire du grand blessé – Cécile Coulon – août 2013 (Viviane Hamy)

Partager :

  • Partager sur X(ouvre dans une nouvelle fenêtre) X
  • Partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook
  • Partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn
  • Partager sur Pinterest(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Pinterest
J’aime chargement…

Une part de ciel – Claudie Gallay

04 vendredi Oct 2013

Posted by Aurélie in Romans français

≈ 1 Commentaire

Étiquettes

Actes Sud, Claudie Gallay, Critique de livre, roman, Une part de ciel

Claudie Gallay - Une part de cielLes premières phrases

«  On était trois semaines avant Noël. J’étais arrivée au Val par le seul train possible, celui de onze heures. Tous les autres arrêts avaient été supprimés. Pour gagner quelques minutes au bout, m’avait-on dit.

C’était où, le bout ? C’était quoi ?

Le train a passé le pont, a ralenti dans la courbe. Il a longé le chenil. Je me suis plaqué le front à la vitre, j’ai aperçu les grillages, les niches, les chiens. Plus loin, la scierie sombre et la route droite. Le bungalow de Gaby, la boutique à Sam, les boîtes aux lettres sur des piquets, le garage avec les deux pompes et le bar à Francky.

On avait bâti des maisons tristes cent mètres après la petite école. Les stations de ski étaient plus haut, sur d’autres versants.

J’ai pris ma valise. Je l’ai tirée jusqu’à la porte.

Le Val-des-Seuls n’est pas l’endroit le plus beau ni le plus perdu, juste un bourg tranquille sur la route des pistes avec des chalets d’été qui ferment dès septembre.

Le train est entré en gare.

J’ai regardé le quai.

J’avais froid.

J’ai toujours froid quand je reviens au Val. Un instant, j’ai ressenti l’envie terrible de rester dans le train.

Je suis née ici, d’un ventre et de ce lieu. Une naissance par le siège et sans pousser un cri. Ma mère a enterré mon cordon de vie dans la forêt. Elle m’a condamnée à ça, imiter ce que je sais faire, revenir toujours au même lieu et le fuir dès que je le retrouve. « 

Circonstances de lecture

J’aime beaucoup cet auteur, découvert lors de la sortie des Déferlantes.

Impressions

Un beau roman d’ambiance en plein cœur de l’hiver. A lire de préférence par temps froid, blottie sous la couette. Claudie Gallay nous plonge dans un petit village de montagne rattrapé par le progrès (le projet d’une piste de ski) où se côtoient des personnages sympathiques, en particulier le vieux Sam, philosophe malgré lui.

« Une part de ciel » est avant tout un livre sur l’attente. Ici, n’attendez pas de l’action : il n’y en a pas. Et c’est voulu. Carole revient dans son village natal, convoquée, comme son frère et sa sœur, par leur père, Curtil. Pour annoncer sa visite au Val-des-Seuls, celui-ci leur a envoyé à chacun une boule de verre pour touristes. Une façon de leur dire qu’il revient bientôt. Mais quand… nul ne le sait. Claudie Gallay nous place dans la tête de Carole. Les détails de la vie quotidienne foisonnent, par le biais de phrases courtes, hachées. De petites pépites parsèment le roman. A l’instar de cette phrase : « En tout être humain, il y a un lac, a dit ma mère, une tristesse liquide que les oignons aident à vider« .

Un passage parmi d’autres

 – Quand les monarques volent, on dirait un froissement d’étoffe. On raconte que le bruit de leurs ailes apporte aux vivants les paroles des morts.

Il a ouvert un paquet de biscuits, des Petit Lu de Nantes.

– Ma femme est morte il y a quelques années et je ne m’habitue pas à son absence.

J’ai bu une gorgée de thé. L’odeur m’a donné des frissons de dégoût. Je me suis forcée à le boire. Il me semblait que l’avaler froid serait pire.

Le vieux Sam trempait les Petit Lu qui s’émiettaient dans sa tasse.

– Je veux aller au Mexique pour entendre le vol des monarques quand ils se regroupent dans les forêts d’asclépiades.

– C’est pour ça que vous vendez votre boutique?

– Pour ça, oui.

– Vous croyez vraiment que les ailes des papillons vous apporteront les paroles de votre femme ?

– Pourquoi pas ?

– Parce que les morts sont morts, ils ne nous parlent plus.

Il a repris un peu de thé, en a bu lentement deux longues gorgées.

– Vous êtes brutale parfois.

Il a reposé sa tasse. Il restait au fond de la mienne un déchet rougeâtre qui faisait penser à du poivre écrasé.

– Il y a les choses visibles et il y a toutes les autres. Et s’il y a une seule chance pour que cette chose soit possible, alors je dois la tenter.

Il a glissé sa main dans le fond du tiroir, en a retiré un disque. Il a poussé le disque devant moi jusqu’à ce qu’il touche ma main.

– C’est l’enregistrement de leur vol. Vous écouterez… Et vous me direz.

Une part de ciel – Claudie Gallay – août 2013 (Actes Sud)

Partager :

  • Partager sur X(ouvre dans une nouvelle fenêtre) X
  • Partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook
  • Partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn
  • Partager sur Pinterest(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Pinterest
J’aime chargement…

Profanes – Jeanne Benameur

29 lundi Juil 2013

Posted by Aurélie in Romans français

≈ Poster un commentaire

Étiquettes

Actes Sud, Critique de livre, Jeanne Benameur, Profanes, roman

Jeanne Benameur - ProfanesLes premières phrases

«  Ils sont là, derrière la porte. Il ne faut pas que je rate mon entrée.

Maintenant que je les ai trouvés, tous les quatre, que je les ai rassemblés, il va falloir que je les réunisse. Réunir, ce n’est pas juste faire asseoir des gens dans la même pièce, un jour. C’est plus subtil. Il faut qu’entre eux se tisse quelque chose de fort.

Autour de moi, mais en dehors de moi.

Moi qui n’ai jamais eu le don de réunir qui que ce soit, ni famille ni amis. A peine mon équipe à la clinique, parce qu’ils y mettaient du leur. Je leur en savais gré. Ce n’est pas la même affaire dans une clinique, les choses se font parce que sinon c’est la vie qui part. Ce n’est pas autour de moi qu’ils étaient réunis, c’était contre la mort. Et ça, c’est fort.

Là, j’ai su tenir ma place.

J’ai quatre-vingt-dix ans. J’ai à nouveau besoin d’une équipe.

Il faut que ces quatre-là, si différents soient-ils, se tiennent. Pour mon temps à venir. Je m’embarque pour la partie  de ma vie la plus précieuse, celle où chaque instant compte, vraiment. Et j’ai décidé de ne rien lâcher, rien. « 

Circonstances de lecture

Un livre que j’ai reçu en cadeau.

Impressions

Profanes de Jeanne Benameur est un livre que l’on lit tout doucement, pour s’imprégner de chaque phrase, de chaque mot. Octave Lassale a 90 ans. Sur lui, pèse la mort de sa fille, à dix-neuf ans. Chirurgien, il a refusé de l’opérer, préférant la laisser entre les mains d’un autre chirurgien. Une décision qui pèse sur lui alors qu’il s’apprête à vivre les dernières années de sa vie. Pour faire face, il décide de s’entourer de quatre personnes. Et ainsi de se recomposer une équipe, comme du temps où il travaillait à la clinique. Chacun, avec ses forces et ses faiblesses, saura, il en est sûr, lui apporter la paix qu’il recherche depuis des années.

Jeanne Benameur trouve les mots pour parler de la douleur, de la perte, de la mort et de la vie. On en ressort rasséréné, comme apaisé par ce qui nous attend tous.

Un passage parmi d’autres

 Elle murmure J’avais vu les livres de poèmes dans votre cabinet, en bas, le jour du premier entretien.

Il sourit. Ainsi chacun observe l’autre et on ne sait jamais ce qui de nous sera retenu, à notre insu.

Elle ajoute Ça m’avait rassurée.

Le vieil homme poursuit Moi aussi, ça me rassure. Quand je n’ai plus de refuge, je vais dans les mots. J’ai toujours trouvé un abri, là. Un abri creusé par d’autres, que je ne connaîtrai jamais et qui ont œuvré pour d’autres qu’ils ne connaîtront jamais. C’est rassurant, de penser ça. C’est peut-être la seule chose qui me rassure vraiment.

Et Béatrice ose livrer encore. Moi je danse, quand je ne trouve plus de refuge. La nuit, surtout. Depuis toute petite, je danse. Quand je lance tout mon corps dans l’espace, je ferme les yeux, je ne sais plus ce que font mes bras mes jambes, ça n’a plus d’importance. Il y a des chiffres dans ma tête. Rien que des chiffres qui rythment. Et les mouvements qui m’emportent. Plus rien que mon corps et l’espace. Plus rien d’autre.

Octave écoute. Ainsi, à chaque fois, qu’il a entendu ses pas marteler le parquet, elle tentait de chasser la peur. Il ferme les yeux. Qu’est-ce qu’on sait des gens, même sous son propre toit?

Profanes – Jeanne Benameur – 2013 (Actes Sud)

Partager :

  • Partager sur X(ouvre dans une nouvelle fenêtre) X
  • Partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook
  • Partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn
  • Partager sur Pinterest(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Pinterest
J’aime chargement…

Anima – Wajdi Mouawad

06 jeudi Juin 2013

Posted by Aurélie in Policiers / Thrillers, Romans français

≈ Poster un commentaire

Étiquettes

Actes Sud, Anima, Critique de livre, Leméac, roman, Wajdi Mouawad

Les premières phrases

Wajdi Mouawad - Anima«  Ils avaient tant joué à mourir dans les bras l’un de l’autre, qu’en la trouvant ensanglantée au milieu du salon, il a éclaté de rire, convaincu d’être devant une mise en scène, quelque chose de grandiose, pour le surprendre cette fois-ci, le terrasser, l’estomaquer, lui faire perdre la tête, l’avoir.

Lâchant le sac plastique jaune, le matin même elle lui avait dit de sa voix enjouée Tu achèteras du thon car le-thon-c’est-bon, il comprenait qu’elle était morte puisqu’elle avait les yeux ouverts, le regard fixe et tenait, entre ses mains, sa blessure, le couteau planté là dans son sexe.

Otez la terre dessus ma tête, voulut-il hurler, comme au jour ancien où des hommes l’avaient enterré vivant. Il ne faut pas que je pleure, s’était-il répété, si je pleure, si je crie, ils recommenceront, me sortiront, me tueront et me remettront dedans. Et là encore, debout au milieu du corridor de l’entrée, perdant la mesure du temps, il n’a pas bougé, n’a pas respiré, de peur que cela ne recommence, qu’elle ne meure de nouveau, ce qui était absurde enfin puisqu’elle était morte de toute évidence, les mains agrippées à la lame, bouquet de fleurs sur son ventre cassé. Sans doute avait-elle tenté de retirer le couteau durant son agonie, je l’ignore, mais si tel était le cas, elle a dû mourir avant, l’effort exigeant trop de sang. Il a imaginé, j’en suis sûr, les derniers battements de son coeur, poisson-chat au milieu de la poitrine, abandonné à lui-même, entraîné vers les profondeurs. Il a imaginé, j’en suis sûr, son sang courir une dernière fois, fuite effrénée, aveugle, à travers le dédale de ses veines pour jaillir comme un éclat de rire par la blessure ouverte, son sexe, où le couteau avait été planté puis replanté puis replanté et replanté encore. « 

Circonstances de lecture

Coup de cœur de mon libraire, je l’ai acheté sans trop savoir à quoi m’attendre.

Impressions

Anima est un livre choc, un livre coup de poing, mélange de poésie et d’une extrême violence. Le héros, Wahhch Debch, découvre sa femme atrocement assassinée dans son salon. Il n’a plus alors qu’une obsession : retrouver son meurtrier, pour être sûr que ce n’est pas lui-même qui l’a tuée ! Commence alors un road movie à la poursuite du meurtrier mais aussi de son passé, du Canada au Nouveau Mexique en passant par les Etats-Unis et le Liban.

Et, parce que Wahhch ne trouve sans doute plus les mots pour exprimer sa souffrance, ce sont des animaux croisés le long de son périple qui vont raconter son histoire. Du chat domestique découvrant son maître agenouillé près de sa maîtresse morte, aux papillons, araignées, serpents, oiseaux, chevaux jusqu’à un chien terrifiant et magnifique. En choisissant de montrer la bestialité de l’être humain à travers les yeux des bêtes, Wajdi Mouawad réussit un superbe roman, dont on ressort remué par l’écriture emplie de poésie et la violence des mots et de l’histoire.

Un passage parmi d’autres

 Il m’a parlé du malheur qui fond parfois sur les humains et de la douleur engendrée par la permanence de la mémoire que rien n’efface, sauf la mort. Il a levé la tête et m’a indiqué l’étoile qui se tient fixe à la verticale du pôle et autour de laquelle tournent sans fin les constellations du ciel. « Aigle, Cygne, Ours, Dragon et Cheval. Tu la vois ? C’est l’étoile du Nord. Ainsi, malheurs, bonheurs, pertes et joies tournent pareillement autour de nos vies, et si aujourd’hui tu es malheureux, demain tu seras de nouveau heureux. Cette vérité si simple, si pure, je la connais depuis toujours et pourtant je ne sais plus ce qu’elle signifie, elle n’est plus que mots, que lettres accolées sans plus de sens, cendre, farine dans ma bouche. La parole s’effrite, elle s’effrite comme ces villes qui passent et défilent sous nos yeux : où sont-elles à présent ? Et moi, je suis ce wagon sans murs, ni plafond, ni marchandises, à la merci du vent, poussé, tracté par une locomotive dont je ne connais ni la destination ni le chauffeur. Mais tant pis. Je n’ai plus rien à craindre. J’irai jusqu’au bout des rails même si le brouillard me semble d’une épaisseur infinie. » Il a refermé les yeux, il s’est blotti contre moi et, malgré le vacarme de cet attelage qui nous entraînait, malgré l’agitation qui ravageait mon esprit, il a essayé de s’endormir.

Anima – Wajdi Mouawad – 2012 (Actes Sud – Leméac)

Partager :

  • Partager sur X(ouvre dans une nouvelle fenêtre) X
  • Partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook
  • Partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn
  • Partager sur Pinterest(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Pinterest
J’aime chargement…

La femme de nos vies – Didier van Cauwelaert

25 samedi Mai 2013

Posted by Aurélie in Romans français

≈ Poster un commentaire

Étiquettes

Albin Michel, Critique de livre, Didier van Cauwelaert, La femme de nos vies, roman

Les premières phrases

Didier van Cauwelaert - La femme de nos vies«  On n’attend plus rien de la vie, et soudain tout recommence. Le temps s’arrête, le cœur s’emballe, la passion refait surface et l’urgence efface tout le reste. Il a suffi d’une alerte sur mon ordinateur pour que, dès le lendemain, je me retrouve à six mille kilomètres de chez moi, l’année de mes quatorze ans. L’année où je suis mort. L’année où je suis né. 

*

Peu de choses ont changé à Hadamar. C’est resté une charmante bourgade du bassin de Limburg, entourée de forêts, avec un centre-ville à colombages et un jardin public réputé pour ses roses. L’hôpital psychiatrique est toujours en activité. Simplement repeint dans des tons plus pastel, avec un mémorial et des panneaux pour touristes. La « nouvelle salle de douche », comme on nous disait à l’époque, est devenue un musée.

C’est la première fois que je remets les pieds en Allemagne. Retrouver ici, à l’endroit même de notre rencontre, la femme que j’ai cherchée en vain toute ma vie, comment serait-ce le fruit d’une coïncidence ? Ironie subsidiaire, la chambre 313 est à l’étage où se trouvait jadis mon dortoir. »

Circonstances de lecture

Parce que c’est Didier van Cauwelaert… Un livre dévoré en quelques jours.

Impressions

Didier van Cauwelaert nous raconte ici une histoire bouleversante nous ramenant pendant la 2nde guerre mondiale en Allemagne sur les pas d’un jeune garçon de 14 ans, que ses parents prennent pour un simple d’esprit. Il aurait dû mourir mais il survit grâce au choix de son unique ami, un petit génie,  de le laisser vivre à sa place. Grâce au choix de son ami et à Ilsa Schaffner, le petit gardien de vaches deviendra plus tard le bras droit de plusieurs prix Nobel. Un grand roman autour du nazisme et de la solution finale décrétée pour les handicapés, mais aussi de l’amour adolescent et du sens de la vie. A lire sans hésiter ! Un des meilleurs livres de Didier van Cauwelaert.

Un passage parmi d’autres

 Je m’étais fait un ami, dans le dortoir des moins de quinze ans. B 48. Le premier ami de ma vie qui ne fût pas un veau. Moi, j’étais B 46 – notre numéro de lit nous servait de matricule. Je l’avais repéré parce qu’il était aussi solitaire et silencieux que moi, avec une chose en plus : un livre. Il ne le quittait pas. il le relisait tout le temps. Il y prenait des notes. Le titre me faisait rêver : Le Secret des Atomes. J’imaginais une civilisation disparue, comme les Atlantes, les Amazones, les Nibelungen ou les Walkyries dont ma sœur me racontait naguère les exploits fabuleux.

B 48 ne desserrait pas les dents, en dehors de ses crises d’épilepsie, mais c’est le premier humain avec qui j’avais envie de lier connaissance, pour lui demander de me prêter son livre. La nuit, à voix basse, je lui racontais mes veaux, ma sœur, mon école, le sauvetage de Sonntag – les rares choses de ma vie qui méritaient d’être dites, et il m’écoutait avec une attention extrême. Je n’oublierai jamais la première fois que j’ai entendu sa voix. Un murmure égal, précis, rapide :

– Pourquoi tu as sauvé ce veau-là et pas un autre ?

J’ai réfléchi. En fait, je ne m’étais jamais interrogé sur les raisons de mon acte. Pourquoi on respire, pourquoi on éternue quand il fait froid? Mais il avait raison de me poser la question. En y repensant, j’ai découvert que je n’avais pas agi sur un coup de folie, comme les gens croyaient. J’ai fini par dire :

– Je l’avais mis au monde : je ne pouvais pas le tuer.

– Pourquoi ?

Là, je n’ai pas eu besoin de me creuser, la réponse a jailli toute seule :

– Il n’aurait pas compris.

B 48 s’est dressé sur un coude pour me scruter d’un air circonspect, à la lueur des veilleuses allumées en permanence pour éviter les hurlements de ceux qui avaient peur dans le noir. Et il m’a dit au bout de quelques instants :

– Tu n’es pas fou du tout. Tu as l’intelligence du cœur.

C’était la première fois qu’on me faisait un compliment. j’ai dit merci. Il a repris d’un air incrédule :

– Ils n’ont pas pu confondre, quand même…

Il semblait aussi consterné que moi que pour les médecins qui m’avaient examiné lors de l’internement. Afin de sceller notre amitié, j’ai dit que je m’appelais Jürgen.

– Moi, c’est David.

J’ai répondu que c’était un beau prénom. Il a nuancé par une petite moue, en regardant l’étoile jaune qui lui servait de marque-page. Je lui ai demandé s’il allait encore à l’école. Il a secoué lentement la tête, il a dit :

– Je suis marchand de glaces.

Ça me paraissait encore plus extraordinaire.

La femme de nos vies – Didier van Cauwelaert – 2013 (Albin Michel)

Partager :

  • Partager sur X(ouvre dans une nouvelle fenêtre) X
  • Partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook
  • Partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn
  • Partager sur Pinterest(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Pinterest
J’aime chargement…

Sérum – Henri Loevenbruck et Fabrice Mazza

23 dimanche Déc 2012

Posted by Aurélie in Policiers / Thrillers, Romans français

≈ Poster un commentaire

Étiquettes

24h Chrono, Critique de livre, Editions J'ai Lu, Fabrice Mazza, Fringe, Henri Loevenbruck, Policiers / Thrillers, roman, Série TV, Sérum, Thriller

Henri Loevenbruck et Fabrice Mazza - SérumLes premières phrases

«  Vous avez bien fait de venir me voir.

Maintenant, détendez-vous.

Détendez-vous et laissez votre conscience s’ouvrir. Laissez-la vous guider.

Le sérum qui va vous être injecté facilite l’induction hypnotique. Il n’altère en rien votre personnalité ni votre volonté, mais il vous débarrasse de ce qui vous éloigne de votre conscience.

Votre conscience voit plus de choses, entend plus de choses, connaît plus de choses que vous ne pouvez l’imaginer.

Ici, maintenant, votre conscience est reine.

Il y a, quelque part dans un coin de votre tête, un petit train. Un petit train qui peut vous emmener en voyage.

La Nature est un temple où de vivants piliers laissent parfois sortir de confuses paroles ; l’homme y passe à travers des forêts de symboles qui l’observent avec des regards familiers. Comme de longs échos qui de loin se confondent, dans une ténébreuse et profonde unité, vaste comme la nuit et comme la clarté, les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

Oubliez le monde autour de vous. Ses bruits. Ses nuisances. N’écoutez que l’écho de votre âme.

Le plus important, c’est vous.

N’ayez crainte. Je suis là, à vos côtés.

Il ne peut rien vous arriver… « 

Circonstances de lecture

Après avoir terminé le livre de Joël Dicker que j’avais adoré, j’ai eu beaucoup de mal à apprécier mes lectures suivantes… Jusqu’à ce que je me plonge dans Sérum.

Impressions

J’aime beaucoup les romans d’Henri Loevenbruck. Celui-ci, écrit en collaboration avec le maître des énigmes Fabrice Mazza, ne déroge pas à la règle. La forme est originale puisque ce livre est construit sur le même principe qu’une série TV (je suis fan de séries TV) : chaque livre correspond à un épisode. Pour le moment, seule la saison 1 (découpée en 6 livres de poche) est disponible. Et j’attends déjà avec impatience la saison 2 ! Si vous aimez Fringe et 24h Chrono, vous ne pourrez qu’aimer Sérum. Du suspens du début à la fin. Des personnages à la fois attachants et intrigants, en particulier le détective Lola Gallagher, son fils Adam, et le psychiatre très borderline Arthur Draken. Plongez dans cette série, vous en deviendrez forcément accro !

Un passage parmi d’autres

 Les premières images de la vieille VHS vacillent avant de se stabiliser. Quelques interruptions dans le son brouillent le début de la vidéo.

Le grain est épais, la couleur bave.

Le visage d’une femme emplit tout l’écran. Le plan est si serré qu’on ne voit que ses yeux – qui sont mi-clos – son nez et sa bouche. Difficile de reconnaître qui que ce soit. Mais lui sait de qui il s’agit. Il sait très bien.

D’une voix apaisée, elle parle. Elle raconte une histoire. Cela ressemble à un rêve.

« Au milieu des flots, je vois un homme, un homme seul qui se tient debout. Il porte une couronne et des habits de roi. Il est blessé à la jambe, il semble souffrir, ne plus pouvoir avancer. La main tendue vers l’arbre, il tente désespérément d’attraper une pomme. Mais dès que ses doigts approchent du fruit, il est frappé par la foudre.

Je lève les yeux et je comprends alors que ce n’est pas vraiment la foudre. C’est un oiseau, haut dans le ciel, avec un long cou, un bec d’aigle et de grandes ailes rouges déployées : il crache des éclairs de feu sur le pauvre roi immobilisé dans la rivière.

Soudain, l’oiseau aux ailes rouges plonge vers moi, il me frôle et il va se poser de l’autre côté de la rivière, sur les épaules d’un grand épouvantail.

L’épouvantail se tourne lentement vers moi. Je frémis : il n’a pas de visage.

Le train s’approche encore de la rivière, et je vois à présent que l’eau est rouge. Rouge sang. Je crois d’abord que c’est la blessure à la jambe du roi qui teinte les flots, mais non. Non, ce n’est pas ça. Le sang coule plus haut. Je suis du regard cette traînée écarlate dans l’eau, et je vois, au loin, un rhinocéros, étendu sur la berge. Il meurt lentement. Il a les entrailles ouvertes, et son sang s’écoule dans le fleuve.

Cette vision me fait peur…

Sérum – Henri Loevenbruck et Fabrice Mazza – février 2012 (Editions J’ai Lu)

Partager :

  • Partager sur X(ouvre dans une nouvelle fenêtre) X
  • Partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook
  • Partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn
  • Partager sur Pinterest(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Pinterest
J’aime chargement…

La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert – Joël Dicker

11 dimanche Nov 2012

Posted by Aurélie in Romans français

≈ 1 Commentaire

Étiquettes

Critique de livre, Editions de Fallois, Joël Dicker, L'Age d'Homme, La Vérité sur l'Affaire Harry Quebert, roman, Thriller

Les premières phrases

«  – Centrale de la police, quelle est votre urgence?

– Allô ? Mon nom est Deborah Cooper, j’habite à Side Creek Lane. Je crois que je viens de voir une jeune fille poursuivie par un homme dans la forêt.

– Que s’est-il passé exactement ?

– Je ne sais pas ! J’étais à la fenêtre, je regardais en direction des bois et là, j’ai vu cette jeune fille qui courait entre les arbres… Il y avait un homme derrière elle… Je crois qu’elle essayait de lui échapper.

– Où sont-ils à présent ?

– Je… Je ne les vois plus. Ils sont dans la forêt.

– Je vous envoie immédiatement une patrouille, Madame.

C’est par cet appel que débuta le fait divers qui secoua la ville d’Aurora, dans le New Hampshire. Ce jour-là, Nola Kellergan, quinze ans, une jeune fille de la région, disparut. On ne retrouva plus jamais sa trace. « 

Circonstances de lecture

Acheté après avoir regardé La Grande Librairie, où Joël Dicker était invité.

Impressions

Un livre haletant tout au long de ses plus de 660 pages pleines de suspens. Difficile de le classer. C’est à la fois une enquête policière, une histoire d’amitié, une histoire d’amour, une critique de la société américaine et du milieu littéraire. Mais aussi un roman sur l’écriture et la façon dont on devient écrivain. Un livre qui en contient plusieurs aussi… Mon gros coup de cœur de la rentrée ! Et le meilleur de cette année 2012.

Un passage parmi d’autres

 – Vous souvenez-vous de notre conversation, le jour où vous avez obtenu votre diplôme à Burrows ?

– Oui, nous avons fait une longue marche ensemble à travers le campus. Nous sommes allés jusqu’à la salle de boxe. Vous m’avez demandé ce que je comptais faire à présent, j’ai répondu que j’allais écrire un livre. Et là, vous m’avez demandé pourquoi j’écrivais. Je vous ai répondu que j’écrivais parce que j’aimais ça et vous m’avez répondu…

– Oui, que vous ai-je répondu ?

– Que la vie n’avait que peu de sens. Et qu’écrire donnait du sens à la vie.

– C’est cela, Marcus. Et c’est l’erreur que vous avez commise il y a quelques mois, lorsque Barnaski vous a réclamé un nouveau manuscrit. Vous vous êtes mis à écrire parce que vous deviez écrire un livre et non pas pour donner du sens à votre vie. Faire pour faire n’a jamais eu de sens : il n’y avait donc rien d’étonnant à ce que vous ayez été incapable d’écrire la moindre ligne. Le don de l’écriture est un don non pas parce que vous écrivez correctement, mais parce que vous pouvez donner du sens à votre vie. Tous les jours, des gens naissent, d’autres meurent. Tous les jours, des cohortes de travailleurs anonymes vont et viennent dans de grands buildings gris. Et puis il y a les écrivains. Les écrivains vivent la vie plus intensément que les autres, je crois. N’écrivez pas au nom de notre amitié, Marcus. Ecrivez parce que c’est le seul moyen pour vous de faire de cette minuscule chose insignifiante qu’on appelle « vie » une expérience valable et gratifiante.

Je le fixai longuement. J’avais l’impression d’assister à la dernière leçon du Maître. C’était une sensation insupportable.

La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert – Joël Dicker – septembre 2012 (Editions de Fallois / L’Age d’Homme)

Partager :

  • Partager sur X(ouvre dans une nouvelle fenêtre) X
  • Partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook
  • Partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn
  • Partager sur Pinterest(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Pinterest
J’aime chargement…

Joyeux Noël – Alexandre Jardin

31 mercredi Oct 2012

Posted by Aurélie in Romans français

≈ Poster un commentaire

Étiquettes

Alexandre Jardin, Critique de livre, Grasset, Joyeux Noël, roman

Les premières phrases

«  Avant de m’élancer dans le toboggan de ce roman qui va couvrir sept années de rebonds, laissez-moi vous présenter ses protagonistes. Sans rien dissimuler de l’étrange liberté de leurs mœurs. Par souci d’honnêteté, j’écaillerai peu à peu leur vernis de cohérence au fil des chapitres. Les personnages ne sont plausibles qu’au cinéma, pour être acceptables aux yeux du public – rarement dans leur vie de famille, cette forme théâtrale du délire.

Libre à vous de sauter cet apéritif et de commencer au chapitre suivant (ou page 45 si vous êtes de ces amants gloutons qui ont horreur des préliminaires) ; mais il me semble préférable de savoir avec qui l’on dîne avant de passer à table. Surtout lorsqu’on s’apprête à trinquer avec les équipes de l’improbable, du culot et du dérèglement. »

Circonstances de lecture

Acheté dès sa parution, parce que c’est un livre d’Alexandre Jardin ! Tout simplement !

Impressions

J’adore le style d’Alexandre Jardin. Son écriture et son humour donnent immédiatement la pêche. Ici, la fiction et la réalité se mélange pour le plus grand bonheur du lecteur. Alexandre Jardin rencontre un jour de dédicaces une jeune femme pour le moins surprenante : elle dit la vérité sans se préoccuper des convenances. Commence alors la découverte de sa famille, un clan improbable de bretons aux mœurs douteuses et aux secrets de famille plus ou moins bien cachés… jusqu’au jour où Norma les a poussés à adhérer à sa philosophie : vivre « sans angle mort ». Dire toute la vérité sur les « angles morts » de chacun, est-ce le chemin vers le bonheur ? Une idée qui se médite. Et qu’Alexandre Jardin semble avoir, pour sa part, adopté.

Un passage parmi d’autres

 Sur les tombes de granit noir et de marbre, nombre d’épitaphes avaient été rectifiées ou plutôt complétées au feutre, à la craie ou avec de la peinture. Une affolante pulsion de vérité semblait avoir saisi les familles de l’île. L’indicible partout écrit, affiché. Le marbre hurlait. Dalle après dalle, on pouvait lire à ciel ouvert l’envers des vérités officielles : catalogue des secrets de famille. C’était à qui avait violé, menti à ses enfants, escroqué un frère, dissimulé une adoption, trahi les intérêts de l’île ou sa moitié. Que portait dans ses flancs une telle profanation de la mémoire ? De quelles dislocations était-elle grosse ? J’étais assailli de questionnements. Le chevillage des clans n’a-t-il pas besoin d’un minimum de mensonges fédérateurs ? Peut-on vivre durablement sans légendes agglutinantes ? Sur ce confetti de France, il semblait que oui. J’étais d’autant plus troublé que, gamin, cerné de légendes jardinesques, j’avais renoncé à croire que la vérité officielle des êtres et la réalité puissent coïncider. Soudain, la vérité et la réalité semblaient se superposer. Ce spectacle d’une communauté s’efforçant de vivre les yeux ouverts était à la fois angoissant et jubilatoire ! Ma tête bouillait. Norma me sourit dans la pluie. Je commençai à saisir pourquoi elle m’avait entraîné dans ces parages. Mon rêve d’une existence sans déni avait peut-être trouvé son lopin.

Joyeux Noël – Alexandre Jardin – octobre 2012 (Grasset)

Partager :

  • Partager sur X(ouvre dans une nouvelle fenêtre) X
  • Partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook
  • Partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn
  • Partager sur Pinterest(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Pinterest
J’aime chargement…

Gallica – Henri Loevenbruck

15 samedi Sep 2012

Posted by Aurélie in Fantasy, Romans français

≈ Poster un commentaire

Étiquettes

Critique de livre, Fantasy, Gallica, Henri Loevenbruck, La Moïra, Livres

Les premières phrases

«  La mémoire de la terre est étrangère à celle des hommes. On croit tout connaître de l’histoire et du monde, mais il est des âges anciens où vivaient encore mille merveilles aujourd’hui disparues. Seuls les arbres se souviennent, et le ciel et le vent… Ainsi peut-on lire encore aujourd’hui, gravée dans la pierre, l’histoire de Bohem et des Brumes, sur une terre de légende qu’on appelait Gallica.

C’est pendant la nuit de la Saint-Jean de l’an 1150 que, selon la légende, commença cette histoire, dans le castrum de Villiers-Passant.

C’était un petit bourg fortifié au sud du comté de Tolsanne, à quelques lieues de la mer et de Nabomar, la cité des hérétiques. On y menait une vie paisible dans la beauté imperturbable des collines méridionales. La plupart des habitants étaient, depuis la nuit des temps, agriculteurs, petits négociants ou, bien sûr, vignerons. Le seigneur qui occupait le château, Maugard de Villiers, était un homme discret, que l’on voyait rarement. Il se contentait de percevoir un péage de la part des étrangers qui devaient traverser le castrum, lieu de passage incontournable quand on remontait de Nabomar. Mais la véritable autorité, dans les remparts du village, était entre les mains du prêtre, protégé de l’archevêque de Tolsanne.

Juin allait bientôt s’éteindre, et, comme chaque année, le père Grimaud avait demandé au louvetier de chasser une Brume afin qu’elle fût sacrifiée le soir sur le bûcher de Villiers-Passant.

En effet, l’Eglise s’accommodait mal de ces animaux de légende. Ces créatures merveilleuses venues d’un âge plus ancien. Chimères, vouivres, bayards, tarannes, loups, piternes, licorne… De moins en moins nombreuses, elles dérangeaient toutefois encore par l’affront qu’elles faisaient à la foi chrétienne, par leur simple présence. Par la vérité de leur existence. Car elles n’étaient pas des créatures de Dieu ; elles étaient les survivantes d’un mythe que l’Eglise préférait oublier. Alors, on les appelait « créatures du démon » et on les chassait à travers le pays. Le roi, soucieux de satisfaire les papes successifs, payait même des hommes pour se charger de cette triste besogne. C’étaient les louvetiers. »

Circonstances de lecture

Lu quelques années après la trilogie de La Moïra du même auteur. Même si les deux trilogies peuvent être lues indépendamment, il est préférable d’avoir lu La Moïra avant Gallica.

Impressions

Les deux premiers tomes se lisent avec plaisir, le dernier s’essouffle cependant un peu. Malgré tout, je recommande Gallica. Notamment pour les thèmes abordés : l’intolérance religieuse, la lutte pour le pouvoir, la peur de l’inconnu, la préservation des loups et de la nature.

Bohem, fils de louvetier, sauve un loup du bûcher. Sa vie s’en voit radicalement bouleversé. Traqué, il s’enfuit de son village et se découvre un destin peu commun, en lien avec les Brumes. Une belle histoire.

Un passage parmi d’autres

 Je suis seul. Le temps s’est arrêté. Autour de moi, une vaste plaine et un beau ciel azuré. Les nuages sont figés. Le vent ne souffle plus. Je ne vois pas mes mains. Je ne vois pas mon corps.

Derrière moi. Une présence. Je me retourne. Lentement. Et je le vois. Le loup. Le loup gris. Je reconnais son pelage. Je crois même que je reconnais ses yeux.

Il est magnifique. Debout sur un rocher. Penché vers moi comme s’il voulait lire dans mon âme. Quelque chose est gravé sur le rocher. Sous ses pattes. Deux phrases. Je ne peux pas les lire. Je ne sais pas.

Le loup se retourne. Je comprends tout de suite. Il veut que je le suive. Il avance. Je flotte. Je traverse l’espace, peut-être le temps. Je ne sais à quelle vitesse nous avançons. Et je parviens à suivre le loup. Mon loup. Sans réfléchir. Comme si je connaissais déjà son chemin. Il est mon guide. Je n’ai qu’à suivre la voie que m’ouvre la Brume.

Soudain elle disparaît. Le monde autour de moi s’éteint et se rallume, plusieurs fois, comme si je clignais lentement des yeux. Il n’y a toujours pas un bruit. A peine le battement de mon cœur. Bat-il vraiment ?

Je suis devant une forêt. Le long tapis d’herbe s’arrête à quelques pas, au pied d’un mur d’arbres touffus. J’attends. Je sais que je ne suis pas là par hasard. C’est mon loup qui m’a guidé. Et il sait où je dois me rendre.

Une silhouette se dessine à la lisière de la forêt. Une figure qui apparaît à l’orée du bois. Un homme. De petite taille. Haut comme un enfant. Fort. Il sort de l’ombre des arbres. Je le distingue mieux à présent. Il a une longue barbe blanche qui descend sur son ventre rond. Sur son dos, il porte un instrument que je ne connais pas. Il est vêtu d’une cotte de maille et d’une armure de cuir. A sa taille, il porte une courte et splendide épée. Et sur sa tête, un chapeau marron orné d’une longue plume d’oie blanche.

Il s’avance. Il sourit. On dirait qu’il me reconnaît. Mais je ne l’ai jamais vu, moi. Pourtant, j’ai l’impression de le connaître aussi. De l’avoir toujours connu. Comme un frère.

Il parle mais je ne l’entends pas. Je vois ses lèvres qui bougent, mais aucun son n’en sort. Il est tout près maintenant. Il tend son bras vers moi, le poing fermé. Il serre quelque chose dans le creux de sa main. Quelque chose qu’il veut me donner.

Lentement, il tourne sa main vers moi.

Et il ouvre les doigts.

Gallica – Henri Loevenbruck – 2008 (Editions Bragelonne)

Partager :

  • Partager sur X(ouvre dans une nouvelle fenêtre) X
  • Partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook
  • Partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn
  • Partager sur Pinterest(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Pinterest
J’aime chargement…
← Articles Précédents
Articles Plus Récents →

Catégories

  • BD
  • Citations
  • En image
  • En vidéo
  • En VO
  • Essais
  • Fantastique
  • Fantasy
  • Grands classiques
  • Jeunesse
  • Mangas
  • Poésie
  • Policiers / Thrillers
  • Romans étrangers
  • Romans français
  • SF
  • Sondages

Articles récents

  • La pratique, l’horizon et la chaîne – Sofia Samatar
  • Memory Palace – Léa Cuenin
  • Bordure – Lucie Mosca
  • On ne verra pas les fleurs le long de la route – Éric Pessan
  • Passer la brume – Julia Colin

Archives

En train de lire

Entrez votre adresse mail pour suivre ce blog et recevoir des notifications à chaque publication de nouveaux posts par mail.

Mes réseaux sociaux

  • Voir le profil de aurecha22 sur Instagram

En train de lire

Jonathan Strange et Mr Norrell

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

Confidentialité & Cookies : Ce site utilise des cookies. En continuant à utiliser ce site, vous acceptez leur utilisation.
Pour en savoir davantage, y compris comment contrôler les cookies, voir : Politique relative aux cookies
  • S'abonner Abonné
    • Love In Books
    • Rejoignez 176 autres abonnés
    • Vous disposez déjà dʼun compte WordPress ? Connectez-vous maintenant.
    • Love In Books
    • S'abonner Abonné
    • S’inscrire
    • Connexion
    • Signaler ce contenu
    • Voir le site dans le Lecteur
    • Gérer les abonnements
    • Réduire cette barre

Chargement des commentaires…

    %d