La couleur du froid – Jean Krug

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Jean Krug - La couleur du froidLes premières phrases

«  L’aube était coulante, liée, un peu longue et lente. Étirée. Oui. On pouvait dire cela d’un jour qui ne se levait jamais. D’une nuit éternelle posée sur la corde, d’une lumière qui, bien que suffisante pour échancrer les nuages et teinter le vent glacial, ne se risquait pas encore au-dessus de la fragile limite de l’horizon. Trop discrète, trop timide. Comme si l’hiver lui-même était trop ancré dans le pôle, comme si le printemps, effrayé à l’idée d’un réveil trop précoce, n’osait pas encore déplacer la longue nuit de l’hiver antarctique. » 

Circonstances de lecture

Parce qu’on m’en avait dit le plus grand bien.

Impressions

Et si, au lieu de se réchauffer, la Terre commençait plutôt à se refroidir ? Et si l’espèce humaine devait plutôt se préoccuper de ce qui se passe en Antarctique au lieu de se focaliser sur la conquête spatiale ? Dirigeante d’une multinationale, Mila Stenson s’inquiète de la baisse des températures qui pourrait menacer son empire. Elle s’inquiète également pour sa santé car depuis quelque temps, des rêves ultra-réalistes lui faisant remonter le temps l’assaillent subitement, tandis que sa vision se voit assombrie par un étrange disque noir. Surtout, un message semblant lui être destiné vient d’être découvert dans la glace… La voilà donc à quitter le confort de sa station orbitale pour partir en Antarctique.

« La couleur du froid » est à la fois un roman d’aventure nous menant dans les grands espaces glaciales, un thriller et de la science-fiction, le tout teinté de surnaturel et d’explications scientifiques. Grâce à ce mélange des genres, Jean Krug parvient à surprendre son lecteur chapitre après chapitre. Surtout, il sait merveilleusement bien décrire la banquise et le froid. Si Alain Damasio avait fait du vent (et de ses différentes formes) le centre de sa Horde, Jean Krug parvient ici à décrire le froid (et ses différentes couleurs et musiques) comme jamais, lui donnant ainsi le rôle principal de son histoire. Quant à ses protagonistes humains, ils sont fouillés, et on s’y attache forcément grâce notamment à leurs failles et au fait que l’auteur leur confère la narration à tour de rôle, nous permettant ainsi d’être au plus près de chacun d’eux.

Jean Krug signe un grand roman de SF, nous faisant ressentir avec brio les sensations de froid et l’émerveillement (teinté de peur voire de terreur) devant une nature si grandiose. Il propose également une réflexion passionnante sur le dérèglement climatique et les dérives des décisions politiques et économiques, et n’hésite pas à délivrer des explications scientifiques pour décrire certains phénomènes. J’avoue que je me suis sentie assez dépassée par certains de ces passages, me sentant alors d’autant plus proches de certains protagonistes de l’histoire n’ayant que peu de bagages scientifiques eux-mêmes. Cela n’a en tout cas que très peu gêné ma lecture et je pense que de nombreux lecteurs apprécieront vraiment ces passages. Jean Krug sait en effet pertinemment de quoi il parle, étant lui-même glaciologue.

Enfilez donc votre pull en laine le plus épais, enfoncez bien votre bonnet sur votre tête, et préparez-vous à être malmené, aussi bien physiquement qu’émotionnellement. Car c’est un voyage vous gerçant les larmes au coin des yeux, et vous fendillant le cœur que vous propose Jean Krug. Un voyage d’une beauté glaçante.

Jean Krug – La couleur du froid – Mai 2024 – Critic

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Holly – Stephen King

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Stephen King - HollyLes premières phrases

«  C’est une vieille ville qui n’est plus au mieux de sa forme, à l’image du lac au bord duquel elle a été construite, mais il reste quelques quartiers bien conservés. Les habitants de longue date seraient sans doute d’accord pour dire que Sugar Heights est le plus joli d’entre eux, et que la plus jolie rue est Ridge Road, qui sinue en pente douce de Bell College, l’université de lettres et de sciences, à Deerfield Park, trois kilomètres plus bas. En chemin, Ridge Road longe beaucoup de demeures cossues, dont certaines appartiennent à des professeurs d’université et à quelques notables locaux : médecins, avocats, banquiers et cadres supérieurs en haut de l’échelle. La plupart de ces maisons sont de style victorien, avec des bow-windows, des façades impeccablement peintes et beaucoup de moulures tarabiscotées. » 

Circonstances de lecture

Parce que j’avais très envie de découvrir ce nouveau roman de Stephen King.

Impressions

Méfiez-vous des personnes âgées… Telle pourrait être la morale de ce roman ! D’emblée, Stephen King nous plonge dans une histoire de disparitions où un couple de retraités bien comme il faut semble cultiver un « hobby » assez inattendu… Déjà apparue dans la trilogie Bill Hodges (Mr Mercedes, Carnets Noirs et Fin de ronde),  L’Outsider et une nouvelle de Si ça saigne, l’enquêtrice Holly Gibney reprend ici du service. L’occasion pour Stephen King de nous plonger encore un peu plus dans le passé de son héroïne. Si vous n’avez pas lu ces précédents romans, pas de panique, cela ne gâche en rien le plaisir de lecture ni la compréhension du personnage. En revanche, des éléments importants des intrigues précédentes vont seront révélés. Pour ma part, je ne les avais pas lus, ce qui ne m’a pas gênée.

J’ai pris un réel plaisir à dévorer ce dernier opus de Stephen King. Ici, pas de trace de fantastique. Il nous délivre un pur thriller totalement jouissif, à la fois atroce, drôle et stressant. Le personnage de Holly est intéressant et touchant. Et, comme à son habitude, l’auteur saupoudre le tout d’un regard acéré sur la société américaine. Un très bon cru, donc. Et très efficace, si jamais vous souhaitez vous couper l’appétit…

Stephen King – Holly – Mars 2024 – Albin Michel

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Dévorer le futur – Camille Leboulanger

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Camille Leboulanger - Dévorer le futurLes premières phrases

« Que penser de la mort en tant que service public ? Eh bien, à mon avis, (…) la mort devrait être un service public gratuit pour tout le monde (…) comme la naissance. »

Pierre Desproges

À Montfort-sur-Meuse, dans le Bas-Bavenois, les personnels du Centre mortuaire départemental Jacques Chirac tirent depuis plusieurs années la sonnette d’alarme quant à leurs conditions de travail et à l’impossibilité de remplir correctement leurs missions. Ils se heurtent d’un côté à la baisse continue du budget alloué à leur établissement, de l’autre à la concurrence ouverte d’agences mortuaires privées.

Adeline Garcia est décédée le18 janvier 2022. Nous la rencontrons dans le hall du Centre mortuaire départemental Jacques Chirac de Montfort-sur-Meuse, récemment rebaptisé pour commémorer la visite de feu l’ancien président de la République au cours de son dernier mandat. » 

Circonstances de lecture

Parce que j’aime beaucoup la collection Rechute des éditions Goater et que j’avais adoré le roman « Eutopia » de Camille Leboulanger.

Impressions

Le ton est donné dès les premières lignes, avec une citation de Pierre Desproges : « Que penser de la mort en tant que service public ? Eh bien, à mon avis, (…) la mort devrait être un service public gratuit pour tout le monde (…) comme la naissance. »

En onze nouvelles, Camille Leboulanger nous embarque dans des futurs (plus ou moins lointains), pour mieux critiquer notre société et ses travers, et l’absurdité des décisions prises par les humains. Une lecture de circonstances en ces temps politiques pour le moins chaotiques.

J’ai pris énormément de plaisir à lire ces nouvelles empruntant à différents genres. La première imagine, sur un ton journalistique, une société où les morts devraient faire la queue comme à la sécu pour pouvoir quitter ce monde et passer de l’autre côté. Le tout sous l’égide d’un service public défaillant dû notamment à un budget en baisse alloué par le ministère de la Mort et de l’Au-Delà.

Puis Camille Leboulanger utilise l’uchronie pour nous entraîner dans les rues de Paris le 31 juillet 1914 en imaginant ce qu’il se serait passé si Jean Jaurès avait survécu à sa tentative d’assassinat. Nous voilà ensuite propulsé dans l’espace au sein d’un chantier spatial où douze ouvriers habitant ensemble décident de faire grève. Dans la nouvelle « Planète Cité », l’auteur nous montre comment une planète s’est transformée pour devenir ce qu’elle est aujourd’hui : une seule et unique ville. Vous trouverez aussi une nouvelle axée sur l’abandon des territoires et l’écoterrorisme, une autre sur la montée des eaux et les OGM, une autre encore sur un facteur novice devant aller s’enquérir de l’état de santé d’une vieille dame via le service « Veiller sur mes parents » contracté par ses enfants. Avec « Circuit fermé », on retourne dans le cosmos auprès d’un navigateur se retrouvant éjecté de sa caravelle suite à une bataille contre la Fédération. Quant à la nouvelle éponyme du recueil, « Dévorer le futur », elle nous parle de la découverte d’une énergie nouvelle, l’énergie temporelle, dont j’ai particulièrement aimé la chute.

J’ai dévoré ce recueil qui dresse avec talent un portrait au vitriol de notre société et de ses futurs possibles si l’on continue à s’obstiner dans la voie actuelle. Il existe heureusement d’autres chemins possibles à imaginer pour celles et ceux souhaitant construire un autre monde plus désirable et plus humain. Lisez donc le roman « Eutopia » de Camille Leboulanger (publié aux éditions Argyll) après avoir lu ce recueil de nouvelles ! Vous verrez alors l’avenir d’un nouvel œil.

Mention spéciale au dessin de couverture de toute beauté signé Claire Malary.

Camille Leboulanger – Dévorer le futur – Novembre 2023 – Goater  

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Comment voyager dans les Terres oubliées – Sarah Brooks

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Sarah Brooks - Comment voyager dans les terres oubliéesLes premières phrases

« Le train lui-même – une merveille de l’époque, un monument à l’ingéniosité de l’Homme et à sa lutte continuelle pour s’assurer la maîtrise de la Terre. Vingt voitures, longues et aussi hautes que les grandes portes de la cathédrale Saint-Andreï, avec des tours à chaque bout ; une forteresse blindée que l’on doit compter parmi les nouvelles merveilles du monde, un miracle d’ingénierie qui nous permet à nouveau de parcourir ces distances presque inimaginables. La Compagnie transsibérienne a réussi là où tant d’autres ont échoué, s’embarquant dans un projet si chargé de danger que les plus grands ingénieurs du pays l’ont juré impossible. Franchir un territoire qui, depuis la fin du siècle dernier, s’est retourné contre ses occupants ; affronter une étrangeté si radicale que le langage peine à la décrire ; construire des voies ferrées pour nous permettre de traverser sans risque ces périlleux kilomètres. » 

Circonstances de lecture

Parce que ce titre m’intriguait.

Impressions

Voici un livre inclassable que j’ai commencé à lire sans trop savoir à quoi m’attendre. Une enquête policière ? Un roman d’aventure ? Il y a un peu de tout cela, mais pas seulement ! Certes, l’ambiance des premiers chapitres n’est pas sans rappeler l’atmosphère d’un classique d’Agatha Christie. Comme ses passagers, le lecteur embarque après tout dans un train mythique, reliant Pékin à Moscou, le Transsibérien Express. L’unique train à oser traverser les Terres oubliées, un territoire mystérieux et dangereux coupé du reste du monde pour des raisons obscures. Mais la Compagnie l’assure : tout est prévu pour assurer la sécurité de la traversée. Pourtant, le doute imprègne les passagers comme le personnel du train. D’autant qu’une des voyageuses de première classe se fait passer pour une autre afin d’enquêter sur la mort de son père. Même l’enfant du train, Weiwei, dont la mère a accouché lors d’une traversée et qui n’a depuis plus quitté les couloirs du Transsibérien, sent que quelque chose a changé depuis le dernier voyage.

Vous la sentez, cette atmosphère qui devient de plus en plus étouffante et poisseuse au fil des pages ? Méfiez-vous de ce que vous apercevrez à travers les fenêtres du train ! Il vaudrait mieux que vous évitiez de trop observer le paysage au risque d’être attiré par des étrangetés. Suivez les consignes, préférez la compagnie de vos paires dans la voiture-saloon à la solitude de votre chambre, et fermez les rideaux. Votre esprit commence à vagabonder ? Prévenez le médecin, il saura s’occuper de vous. Mais surtout, surtout, ne sortez pas du train au risque de faire entrer l’extérieur ! De toute façon c’est impossible, tout est fermé à clé, les fenêtres renforcées par des barres en acier. Vous n’avez rien à craindre.

J’ai beaucoup aimé le voyage que nous propose Sarah Brooks. S’il est décrit par sa maison d’édition comme la rencontre improbable entre Jules Verne et Stephen King, je dirais plutôt qu’il s’agit d’un roman mêlant uchronie, aventure et fantastique. Il m’a fait penser à la Trilogie du Rempart de James VanderMeer (Annihilation, Autorité et Acceptation), mais aussi à la BD Verts de Patrick Lacan et Marion Besançon (publiée chez Rue de Sèvres). C’est en tout cas une réussite ! Ouvrez donc ce premier roman, embarquez à bord de ce train un peu spécial et laissez-vous porter par ce voyage ! Il se pourrait bien que vous en reveniez transformé.

Sarah Brooks – Comment voyager dans les Terres oubliées – Mai 2024 – Sonatine 

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La Maison des Soleils – Alastair Reynolds

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Alastair Reynolds - La maison des soleilsLes premières phrases

« J’ai vu le jour dans une maison d’un million de pièces, bâtie sur un petit monde dépourvu d’air aux confins d’un empire de lumière et de négoce que les adultes appelaient l’Heure d’or, pour une raison qui m’échappait.

J’étais alors une fille, un individu unique du nom d’Abigail Gentian. » 

Circonstances de lecture

Parce que j’ai entendu tellement de bien de cet auteur.

Impressions

La Maison des Soleils est un grand livre de SF, un prochain (déjà ?) classique, un de ces romans qui plongent ses lecteurs dans un univers époustouflant, grandiose, ultra-détaillé, aux dimensions inimaginables puisqu’Alastair Reynolds nous fait voyager dans toute la galaxie sur plusieurs millions d’années. C’est complexe et en même temps assez facile d’accès après quelques pages d’adaptation.

Tous les deux cent mille ans, les mille clones d’Abigail Gentian se retrouvent pour partager leurs souvenirs des deux cent mille années écoulées passées à voyager aux quatre coins de la galaxie. C’est une réunion festive. Mais pas l’année où commence ce récit… Car la Lignée Gentiane subit un contre-coup… Et le retard de deux clones  – les inoubliables Campion et Purslane – pourrait bien lui être salutaire…

Ici, un voyage d’un point à l’autre de la Galaxie peut prendre des milliers d’années, le temps pour plusieurs civilisations de naître, se développer sur plusieurs générations et disparaître. Une éternité pour un humain, un clin d’œil pour un clone voyageant en stase ou une machine. De quoi donner le tournis ! De quoi aussi remettre l’humain à sa place dans l’immensité de l’univers.

J’ai adoré découvrir cet univers ultra-riche, suivre les protagonistes au fil des ans (Abigail, Campion, Purslane ou encore Hespéros), arpenter leurs vaisseaux (dont certains mesurent plusieurs centaines de kilomètres !), et essayer de dénouer les mystères rencontrés. Vous l’aurez compris, c’est un gros coup de cœur ! J’ai retrouvé le même plaisir que j’avais ressenti en lisant Terra Ignota d’Ada Palmer (publié par le même éditeur). Merci au Bélial de publier et traduire avec brio ces auteurs (ici par Pierre-Paul Durastanti) !

Alastair Reynolds – La Maison des Soleils – Avril 2024 – Le Bélial 

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How high we go in the dark – Sequoia Nagamatsu

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Sequoia Nagamatsu - How high we go in the darkLes premières phrases

 » In Siberia, the thawing ground was a ceiling on the verge of collapse, sodden with ice melt and the mammoth detritus of prehistory. The kilometer-long Batagaika Crater had been widening with temperature rise like some god had unzipped the snow-topped marshlands, exposing woolly rhinos and other extinct beasts. » 

Circonstances de lecture

Parce que j’aime le post-apo.

Impressions

Comment parler de ce livre ? En vous disant qu’il prend aux tripes ? Qu’il remue au plus profond ? Qu’il m’a fait pleurer ? Que ce livre est beau mais qu’est-ce qu’il est dur aussi ! J’ai dû le lire par petites touches, un chapitre à la fois. Car Sequoia Nagamatsu dresse un panorama du deuil et des différentes manières d’y faire face en 14 chapitres construits comme des nouvelles, montrant des instants de vie de différents protagonistes, liés entre eux, notamment, par le fil rouge d’une pandémie. Tout part du dérèglement climatique entraînant la fonte des glaces et le réveil d’un virus foudroyant… Suivent ensuite des scènes de vie tout aussi poignantes les unes que les autres. Restera longtemps en moi le chapitre sur un parc d’attractions (City of Laughter) créé pour faire passer la meilleure journée aux enfants malades avant de les euthanasier… Oui, vous voyez l’ambiance… Ce roman percutant entend nous montrer qu’il faut vivre avec la mort, partie intrinsèque de la vie, qu’il faut accepter la fin (la fin de la vie mais aussi celle du monde tel que nous le connaissons), inventer de nouvelles manières de vivre avec nos morts, et de prendre soin des vivants jusqu’au bout. Par certains aspects, ce livre m’a fait penser à Cloud Atlas de David Mitchell. C’est en tout cas un roman d’une richesse incroyable mais à lire en ayant conscience qu’il vous remuera les tripes tant l’écriture est d’une justesse folle quand elle touche à l’intime.

Sequoia Nagamatsu – How high we go in dark  – Janvier 2022 – Bloomsbury (La VF est sortie en mai 2024 au Seuil, sous le titre Plus haut dans les ténèbres) 

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Les étoiles ne fileront plus – Élodie Serrano

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Elodie Serrano - Les étoiles ne fileront plusLes premières phrases

« (… Là où les étoiles bougent, d’aucuns s’extasient. Moi, je cherche à comprendre. Et à découvrir ce qui se cache derrière. J’ai toujours été curieuse et, après tout, qu’est-ce que la science, si ce n’est la forme de curiosité la plus absolue ? (…)

Extrait de « Journal intime de Camille Grandbois », éditions La Baleine, 2789. » 

Circonstances de lecture

Parce que cette couverture (et puis Goater) !!

Impressions

C’est marrant comme deux lectures peuvent se suivre et avoir des points communs insoupçonnés. Après « Les Nefs de Pangée » de Christian Chavassieux (un pavé de fantasy épique et maritime mais pas que…), me voilà dont à lire la novella de SF d’Élodie Serrano, publiée aux éditions Goater. Un court texte donc (106 pages), suivi d’une autre nouvelle et d’un essai de l’autrice. Leurs points communs : apporter un regard critique sur la propension des hommes à détruire la nature, et la présence de gigantesques créatures (aquatiques dans Les Nefs de Pangée, célestes dans Les étoiles ne fileront plus).

Ici, l’autrice nous propose deux nouvelles de SF à une époque où les hommes ont colonisé la galaxie (et détruit la Terre, cela va sans dire). Son héroïne, Camille Grandbois, vit pour ses deux passions : l’astronomie et la cryptozoologie (comprenez par là l’étude d’animaux dont on ne peut prouver l’existence). Son rêve : prouver l’existence des baleines célestes. Mais sa découverte pourrait bien mettre cette espèce en danger…

Voici un texte court, simple dans son écriture, mais terriblement profond et fort. J’ai très envie maintenant de découvrir d’autres romans d’Élodie Serrano ! J’aime décidément beaucoup la collection Rechute des éditions Goater.

Élodie Serrano – Les étoiles ne fileront plus – Mars 2024 – Goater 

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Les Nefs de Pangée – Christian Chavassieux

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Christian Chavassieux - Les nefs de PangéeLes premières phrases

 » Quand la première nef fut de retour, il n’y eut pas de coups de trompe pour l’accueillir. Personne ne l’avait vue d’abord. Basal était ce jour-là noyée sous un orage énorme, la mer disparaissait derrière un rideau opaque, et les tours de la Porte des terres ne jetaient que de maigres feux au milieu de l’averse. La nef mit en panne, accosta tant bien que mal contre un môle de la rade de l’Arsenal et attendit les autres navires, qui vinrent s’amarrer à côté et demeurèrent inanimés, fanaux étouffés, voiles en berne, attendant que leur débarquement soit repéré par les veilleurs. » 

Circonstances de lecture

Parce que j’attendais avec impatience que ce roman soit enfin réédité.

Impressions

Après avoir lu et adoré Je suis le rêve des autres, j’attendais avec impatience que le roman Les Nefs de Pangée de Chrisitian Chavassieux soit réédité. Le voilà enfin de nouveau disponible (après une première édition en 2015 chez Mnémos) au sein du label Mu. Quelle joie de retrouver la superbe plume poétique de Christian Chavassieux ! Ici, il nous embarque dans une fantasy épique digne des plus grands romans d’aventures,  une fresque historique empruntant aussi bien aux récits mythologiques que maritimes et fantastiques.

Parce que la neuvième chasse a échoué, tout l’espoir des peuples de Pangée (les Ghioms) est tourné vers la dixième flotte, la plus grande jamais constituée. Son objectif : tuer l’Odalim, ce gigantesque monstre des abysses, afin de maintenir la prospérité et la paix de la grande île de Pangée, ce vaste continent constitué de plusieurs peuples vivant dans une paix précaire. Et puis il y a ces créatures vivant sur l’océan, les Flottants, que Pangée déteste, et que les Ghioms n’hésitent pas à massacrer dès que leurs chemins se croisent.

Christian Chavassieux ne nous donne pas d’entrée de jeu les clés de ce monde. Nous les découvrons petit à petit, à travers le récit qu’en fait notamment la conteuse, l’inoubliable Hammassi. Les protagonistes de cette fresque sont nombreux, mais tous sont tellement bien décrits que le lecteur ne peut s’y perdre,  à l’instar de Logal, ce fils « Bâclé » de la grande famille dirigeante Anovia, Plairil, son frère aîné et « Préféré » de la famille, ou encore Bhaca, le commandant en chef de la dixième chasse.

Le récit prend son temps, se déroule sur plusieurs décennies, mais sans ennui aucun tant Christian Chavassieux nous transporte dans une histoire passionnante, créant même un twist aux trois quarts du récit auquel je ne m’attendais pas… Si Les Nefs de Pangée se veut avant tout une fresque de fantasy (mais pas que…), impossible pour autant de ne pas faire le lien avec l’actualité du monde d’aujourd’hui. Extermination de peuples entiers, création d’un système monétaire en remplacement du troc, destruction de la faune marine pour des raisons obscures… autant de thèmes résonnant cruellement avec notre réalité. Un grand livre, un récit multi-genres, servi par une plume superbe.

Christian Chavassieux – Les Nefs de Pangée – Mai 2024 – Mu

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The book that wouldn’t burn – Mark Lawrence

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Mark Lawrence - The book that wouldn't burnLes premières phrases

«  They named Livira after a weed. You couldn’t grow much in the Dust but that never stopped hungry people trying. They said livira would grow in places where rocks wouldn’t. Which never made sense to Livira becauce rocks don’t grow. Unfortunately, not even goats could eat the stuff and any farmer who watered a crop would find themselves spending most of their time fighting it. Spill a single drop of water in the Dust and, soon enough, strands of livira would come coiling out of the cracked ground for a taste.

Her parents had given her a different name but she hardly remembered it. People called her Livira because, like the weed, you couldn’t keep her down. » 

Circonstances de lecture

Parce que je ne peux pas résister à un livre qui se passe dans une bibliothèque !

Impressions

Comment résister à ce livre quand on aime la fantasy et qu’on est libraire ? De mon côté, j’ai craqué avant même sa sortie en VF (en juillet chez Bragelonne), et j’ai adoré. On y suit Livira, une petite fille élevée dans un campement au milieu du désert jusqu’à ce que son village soit attaqué et qu’elle se retrouve propulsée dans la grande ville de Crath, où a été érigée la plus grande bibliothèque jamais construite. Mais attention, les livres y sont jalousement gardés et les bibliothécaires sont les gardiens de ce savoir, mis à la disposition des habitants au bon vouloir du roi. 

Evar est quant à lui prisonnier d’une bibliothèque gigantesque. Impossible d’en trouver l’issue. Seul un mystérieux Mécanisme permet à ses frères et à sa sœur de s’échapper temporairement de leur prison, en leur permettant de vivre à l’intérieur d’un livre et ainsi d’accroître leurs connaissances. Une étrange assistante et un soldat veillent sur eux, d’aussi loin qu’ils s’en souviennent, sans pour autant les aider à quitter leur prison ni leur donner des clés de compréhension. 

Ce livre a un world-building incroyable. J’ai adoré me perdre dans les allées et les multiples salles de la bibliothèque, essayer de comprendre la nature de l’assistante et du soldat, la raison de l’enfermement d’Evar et de ses frères et sœur, suivre Livira dans sa soif de connaissances et sa découverte des secrets cachés dans les livres. Mark Lawrence y aborde des thèmes faisant tristement écho à l’actualité, notamment la haine que se vouent deux peuples depuis des millénaires. Il y traite également d’une forme de pouvoir s’appuyant sur le choix des lectures autorisées par le roi, créant ainsi une vision biaisée du passé et des connaissances. L’intolérance entre les peuples, l’endoctrinement culturel, la course à l’innovation scientifique (notamment en matière d’armement), le rôle des histoires et de la fiction dans la compréhension du monde et des autres, sont autant de points abordés avec brio par l’auteur. Vous l’aurez compris, ce livre (premier d’une trilogie) est un véritable coup de cœur. Je vais m’empresser de me procurer le tome 2…

Mark Lawrence – The book that wouldn’t burn – Mai 2023 – Harper Voyager (sortie VF en juillet chez Bragelonne)

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Mirror Bay – Catriona Ward

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Catriona Ward - Mirror BayLes premières phrases

 » Je me regarde dans le miroir de la salle de bains et je pense à l’amour, parce que j’ai l’intention de vivre une histoire d’amour cet été. Je ne sais pas comment et je ne sais pas avec qui. Dehors, la ville est une pagaille bitumeuse et brûlante. Il doit bien y avoir à New York quelqu’un qui… Ah, mais pourquoi est-ce que j’ai un physique aussi étrange ? Je ne demande même pas qu’on m’aime en retour, je voudrais simplement savoir ce que ça fait. J’esquisse une grimace devant le miroir : je tire sur ma lèvre jusqu’à voir apparaître ma gencive, puis sur mes paupières jusqu’à voir apparaître le rouge de mes yeux. » 

Circonstances de lecture

Parce que j’avais adoré le précédent roman de Catriona Ward, La dernière maison avant les bois.

Impressions

Après La dernière maison avant les bois qui m’avait bien retourné le cerveau, j’attendais beaucoup de ce deuxième roman de Catriona Ward. Et je n’ai pas été déçue. Encore une fois, l’autrice a su m’embarquer dans son histoire et proposer un thriller surprenant, comportant plusieurs niveaux de lecture et plusieurs narrateurs.

Tout commence comme une histoire très classique  : Wilder, un ado mal dans sa peau, va découvrir l’amitié et l’amour le temps d’un été au bord de la mer, alors que quelqu’un s’introduit chez des vacanciers pour prendre leurs enfants en photo pendant qu’ils dorment… C’est à travers les mémoires de Wilder que le lecteur découvre son histoire… Mais très vite, on comprend que Catriona Ward tisse une toile bien plus complexe qu’il n’y paraît, pour mieux nous embrouiller, avec en toile de fond le pouvoir des mots, de la lecture et de l’écriture.

Ce thriller est un véritable livre à énigmes, parsemés d’indices, de points de vue multiples, et de fausses pistes. Comment démêler le vrai du faux ? Mais chut, impossible de vous en dire plus sans trop en dévoiler. Il y a un peu de Donna Tartt dans ce livre, un peu de La vérité sur l’affaire Harry Québert aussi, dans le traitement du travail de l’écrivain notamment. J’ai en tout cas passé un très bon moment de lecture. Mission accomplie, donc, pour Catriona Ward, qui m’a encore une fois retourné le cerveau !

Catriona Ward – Mirror Bay – Avril 2024 – Sonatine 

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