Shuggie Bain – Douglas Stuart

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Douglas Stuart - Shuggie BainLes premières phrases

«  C’était une journée morne. Son esprit l’avait abandonné ce matin-là, laissant errer son corps vide. Il suivait sa routine, apathique, pâle, le regard éteint sous les néons fluorescents, tandis que son âme flottait au-dessus des rayons en ne pensant qu’au lendemain. Le lendemain, ça faisait quelque chose à espérer. « 

Circonstances de lecture

Parce que j’avais envie d’en savoir plus sur ce petit garçon perché…

Impressions

Shuggie aime sa maman plus que tout au monde et il ferait n’importe quoi pour elle. Sa maman, c’est Agnes Bain, la plus jolie femme du quartier, l’une des plus tristes aussi. Et sa tristesse, elle la noie dans la bière brune et la vodka. C’est contre ce démon que Shuggie se bat au quotidien, avec sa grande sœur Catherine et son grand frère Leek. Car il s’est donné comme mission de sauver sa maman.

Un livre dur et noir comme les corons de Glasgow dans les années Thatcher. Une noirceur éclaircie de temps à autre par quelques rares moments de grâce et de bonheur. Un premier roman qui fait comme un coup au cœur.

Douglas Stuart – Shuggie Bain – Août 2021 – Globe

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Curiosity – Sophie Divry

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Les premières phrases

«  Dieu me parle tous les matins entre 8h et 10h. Au lever du soleil, quand les températures sont tellement basses au-dessous de zéro que le plus petit mouvement me briserait, je reçois Son message. Au plus tôt à 7h, rarement plus tard que midi. Dieu me donne mon emploi du temps pour toute la journée. Il s’agit de rouler, de photographier, de faire un bulletin météo ou plus rarement de lancer une analyse chimique. Je finis le travail exigé en milieu d’après-midi. C’est un travail précis, souvent fastidieux, mais je le réalise avec sérieux, car je veux que Dieu soit content de moi.

Quand j’ai terminé, le soleil commence à blanchir, le jaune du ciel à foncer ; je débranche mes outils et prépare ma mise en sommeil. Je ressens alors une sorte de contraction mélancolique, un mélange de fatigue, de satisfaction et de tristesse. Encore un jour tout seul… « 

Circonstances de lecture

Parce que j’avais beaucoup aimé le précédent roman de Sophie Divry, Trois fois la fin du monde.

Impressions

Sophie Divry propose ici un court roman, suivi d’une nouvelle.

Voici l’histoire d’un robot envoyé sur Mars pour analyser tout signe potentiel de vie. « Dieu » le contacte chaque jour pour lui donner une mission. Mais Curiosity se sent seul… Car il a été doté de facultés sociales et d’imagination. 

Voici l’histoire de Josiane, 71 ans, qui passe le confinement enfermé avec son chat et son lapin vibromasseur dans son petit appartement, jusqu’au jour où un centre d’appel la contacte pour lui vendre un produit innovant, capable d’agrandir les superficies…

Ces deux histoires offrent une belle réflexion sur les grands espaces, la solitude et le sens de la vie.

Sophie Divry – Curiosity – mars 2021 – Notabilia

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Crescent City – Sarah J.Maas

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Sarah J.Maas - Crescent CityLes premières phrases

«  Il y avait un loup devant l’entrée de la galerie.

On devait donc être jeudi, ce qui signifiait que Bryce était vraiment épuisée si elle comptait sur les allées et venues de Danika pour savoir quel jour on était.

La lourde porte métallique des Antiquités Griffin vibra sous l’impact du poing lupin – un poing qui se terminait, Bryce le savait, par des ongles violet métallisé ayant grand besoin d’une manucure. Une voix féminine se mit à aboyer un instant plus tard, à moitié étouffée par l’acier : « Allez, B, dépêche-toi de m’ouvrir. Il fait une chaleur d’Anfer ici ! »  »

Circonstances de lecture

Parce que j’avais très envie de découvrir l’univers de Sarah J. Maas.

Impressions

« Crescent City » redonne ses lettres de noblesse à la bit-lit. Si vous aimez la fantasy urbaine, les êtres surnaturels, les enquêtes fantastiques (sans prise de tête) et les histoires d’amour, foncez ! Le rythme va crescendo jusqu’à un final époustouflant. Avec en prime un beau message sur le métissage et la tolérance. Seul bémol : le style d’écriture, trop familier à mon goût. J’attends cependant la suite avec impatience !

A noter : la version reliée est superbe…

Sarah J. Maas – Crescent City – mai 2021 – De Saxus

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Hamnet – Maggie O’Farrell

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Les premières phrases

«  A boy is coming down a flight of stairs. 

The passage is narrow and twists back on itself. He takes each step slowly, sliding himself along the wall, his boots meeting each tread with a thud.

Near the bottom, he pauses for a moment, looking back the way he has come. Then, suddenly resolute, he leaps the final three stairs, as is his habit. He stumbles as he lands, falling to his knees on the flagstone floor.  »

Circonstances de lecture

Parce que les livres sur Shakespeare m’intéressent.

Impressions

Lire « Hamnet », c’est suivre les pas de ce petit garçon qui, on le sait, n’a plus que quelques heures à vivre. C’est revivre avec lui l’amour naissant de ses parents, le balbutiement de la carrière de son père, Shakespeare, les sublimes étrangetés de sa mère, Agnès, qui sait lire dans la paume de la main et dans le cœur des hommes. Un texte magnifique, forcément triste, mais d’une beauté qui réchauffe le cœur. Émotions garanties.

Maggie O’Farrell – Hamnet – mars 2020 – Tinder Press (paru chez Belfond en français)

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La fille du sculpteur – Tove Jansson

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Les premières phrases

«  Grand-père était pasteur et prêchait pour le roi de Suède. Un jour, longtemps avant que ses enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants ne peuplent la terre, grand-père est arrivé sur une longue prairie verdoyante, bordée de forêts et de montagnes, qui ressemblait à la vallée du paradis. Jusqu’à son extrémité, elle s’ouvrait sur une baie pour que ses descendants puissent s’y baigner. « 

Circonstances de lecture

Parce que ce titre me tentait beaucoup.

Impressions

Tove Jansson, la créatrice des Moumines, raconte ici son enfance en Finlande, auprès de ses parents artistes. Chaque chapitre nous emporte dans un souvenir, entre réalité et imaginaire d’enfant. On y sent l’odeur du sapin de Noël, la chaleur du poêle à bois, l’humidité de l’argile encore fraîche, le souffle du vent marin. Une ballade pleine de poésie et d’un brin de folie enfantine. Un livre qui fait du bien.

Tove Jansson – La fille du sculpteur – Février 2021 – La Peuplade

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La Fille aux mains magiques – Nnedi Okorafor et Zariel

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Nnedi Okorafor - La Fille aux mains magiquesLes premières phrases

«  Avez-vous déjà contemplé une peinture ou une sculpture qui vous tire un sourire ? Qui vous fasse pleurer ? Rire ? Ou trembler de peur ? Qui vous incite à vous demander si l’artiste n’a pas trop bu de bière ?

Incroyable, comme un simple regard sur une œuvre d’art peut nous faire ressentir des choses si puissantes. Comme si l’artiste avait jeté un sort sur le bout de toile ou sur la sculpture de bois. Et s’il vous dessinait dessus ? Le sortilège fonctionnerait-il encore ? »

Circonstances de lecture

Parce que cette couverture est tellement belle !

Impressions

Voici une histoire belle et touchante, magnifiquement illustrée par Zariel ! Un bel hommage à l’art et en particulier au dessin, qui va permettre à une petite fille malheureuse de transformer sa vie et celle de ses proches. De l’African Fantasy dépaysante où se mêlent les esprits de la forêt, la transmission et la magie du dessin. Un petit bijou. Simple et superbe.

Nnedi Okorafor & Zariel – La Fille aux mains magiques – mai 2021 – Actusf Graphic

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Et nous aurons l’éternité – Catherine Fradier

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Catherine Fradier - Et nous aurons l'éternitéLes premières phrases

«  – Tu veux que je te dise, mon Charly, jamais je n’irai dans cette maison de vieux. Jamais. Je mourrai avant. Avec panache. Oui, avec panache, comme Mark Zuckerberg. Quelle classe ce Zuckerberg. Baoum ! Pulvérisé. Ce serait une belle mort, n’est-ce pas ? Oui, je sais, mon Charly, il y a la question des explosifs et ça va être coton pour s’en procurer. Mais j’ai beau y réfléchir, il n’y a pas d’autre solution. »

Circonstances de lecture

Parce que cette couverture me faisait de l’œil, avec cette piscine remplie de livres.

Impressions

Catherine Fradier nous plonge dans un futur où les livres auraient disparu… Il n’en reste plus, ou presque. Seule Norma, une vieille femme anciennement romancière, en a conservés précieusement dans son appartement. A une époque où le roman est mort, où les personnes âgées sont parquées dans des « établissements de retrait », qu’en est-il de la mémoire et de l’imagination ? Une réflexion intéressante sur la place et le rôle de l’imagination dans la construction de notre identité et de notre société.

Catherine Fradier – Et nous aurons l’éternité – Au Diable Vauvert – Mai 2021 

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The Priory of the Orange Tree – Samantha Shannon

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Les premières phrases

«  The stranger came out of the sea like a water ghost, barefoot and wearing the scars of his journey. He walked as if drunk through the haze of mist that clung like spidersilk to Seiiki.

The stories of old said water ghosts were doomed to live in silence. That their tongues had shrivelled, along with their skin, and that all that dressed their bones was seaweed. That they would lurk in the shallows, waiting to drag the unwary to the heart ot the Abyss.

Tané had not feared those tales since she was a small child. Now her dagger gleamed before her, its curve like a smile, and she fixed her gaze on the figure in the night. »

Circonstances de lecture

Parce que ce pavé m’attendait depuis un bon moment sur mes étagères !

Impressions

Voici un livre de Fantasy idéal pour s’évader ! Un roman dans la lignée de « Game of Thrones », faisant la part belle aux personnages féminins, qu’elles soient reines, dragonnières ou sorcières. Avec, en prime, un bestiaire varié, des vouivres aux dragons en passant par les aigles des sables. Ce pavé de quelque 800 pages (en VO) se lit avec plaisir. J’ai adoré découvrir le monde imaginé par Samantha Shannon, m’imprégner des légendes et mythes de son univers. Et en plus, c’est un one-shot ! Gros coup de cœur Fantasy !

Samantha Shannon – The Priory of the Orange Tree – 2019 – Bloomsbury (De Saxus pour la vf)

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After – Auriane Velten

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Auriane Velten - AfterLes premières phrases

«  Illes sont tétanisés, cloués sur place, bras et jambes rectilignes, torses immobiles : seules leurs lèvres bougent, dans une discussions sans saveur. Mais pas inintéressante à analyser.

La nouveauté leur fait toujours cet effet. Comme illes se sentent en danger, illes se retranchent derrière le Dogme. Et leur volonté de Le respecter – ou peut-être leur crainte de L’enfreindre ? – est si forte qu’elle les empêche d’émettre une idée nouvelle, alors même que leur problème est justement de savoir comment Le respecter. Mais je ne peux pas leur expliquer tout cela, car ce serait aussi une infraction au Dogme. »

Circonstances de lecture

Parce que cette couverture est tellement belle !

Impressions

Après un mystérieux cataclysme, un petit groupe d’êtres humains vit depuis des années à l’ombre d’un baobab. Leur vie quotidienne paisible suit les principes du Dogme, centré notamment sur l’égalité, la modestie et l’altruisme. Ils ne connaissent rien de leur passé, jusqu’à ce que deux membres soient envoyés dans les « terres renoncées » pour tenter de comprendre pourquoi ils ont été créés et ce qui a pu arriver à leurs ancêtres.

Si l’écriture inclusive m’a perturbée dans les premières pages, j’ai ensuite réussi à en faire abstraction, d’autant plus que ce choix stylistique a un réel sens narratif, la neutralité étant de mise parmi cette communauté de survivants.

« After » offre au final une réflexion intéressante sur le sens de la vie et la définition de l’humanité. Une histoire prenante qui offre de multiples surprises et nous fait réfléchir sur notre propre humanité et sur les vertus – et les effets pervers – de la curiosité et de la créativité. Pour un premier roman, c’est une vraie réussite ! 

Auriane Velten – After – avril 2021 – Mnémos

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Les oiseaux du temps – Amal El-Mohtar & Max Gladstone

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Les premières phrases

«  Quand Rouge gagne, il ne reste qu’elle.

Le sang nappe ses cheveux. Elle exhale de la vapeur dans la dernière nuit de ce monde mourant.

C’était amusant, songe-t-elle, mais cette pensée la gêne aux entournures. C’était propre, au moins. Remonter les fils du temps vers le passé pour s’assurer que personne ne survivrait à cette bataille et ne contrarierait les futurs prévus par son Agence – des futurs dans lesquels l’Agence règne, dans lesquels Rouge elle-même est possible. Elle est venue nouer ce brin d’histoire et le brûler jusqu’à ce qu’il fonde. »

Circonstances de lecture

Parce que depuis la sortie de Walter Kurtz était à pied, je suis très intéressée par les publications des éditions Mu.

Impressions

« Les oiseaux du temps » se lit comme une correspondance multi-temporelle entre deux ennemies. On ne comprend pas tout dans ce roman de SF, les temporalités s’emmêlent, mais on s’en moque, tant les lettres entre ces deux guerrières, Bleu et Rouge, de deux camps opposés, sont belles ! Rouge et Bleu se défient l’une l’autre. La mission de ces combattantes ? Modifier le cours des événements, au gré de voyages le long des fils du temps. Leurs lettres se lisent comme des caresses, tandis qu’autour d’elles le sang et la mort dominent. Voici un roman de SF – écrit à quatre mains (et traduit par Julien Bétan) – d’une poésie folle. Juste génial ! A lire et à relire, pour goûter de nouveau au plaisir de ces mots échangés si beaux.

Amal El-Mohtar & Max Gladstone – Les oiseaux du temps – mai 2021 – Mu

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