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~ Parce qu'il n'y a rien de mieux qu'un livre pour s'évader…

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Archives de Catégorie: Romans français

Les Sentiers des Astres – Manesh – Stefan Platteau

15 lundi Sep 2025

Posted by Aurélie in Fantasy, Romans français

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conseils de lecture, Critique de livre, Fantasy, idées de lecture, J'ai lu, lecture, Les sentiers des astres, Livre, Manesh, quoi lire, roman, Stefan Platteau

Les premières phrases

« Le vieux Framar s’échappe de ses songes.

Serpent languide, il s’étire dans son lit de terre froide. Peu à peu se réchauffent ses entrailles engourdies ; son échine fourmille de craquements.

Au-dessus de lui, le ciel a basculé, évacuant les étoiles, alors le vieux Framar sait que le temps est venu. Il inspire, bande son souffle, brise le sortilège et lance ses bras argentés à travers le Vyanthryr, sur des milles et des milles de forêt boréale.

Dans un silence immuable s’écoulent ses eaux ; on pourrait entendre respirer les arbres.

Ainsi débute mon chant : par l’éveil du fleuve à la fissure de l’hiver. »

Impressions

J’ai mis du temps à lire ce roman (dédicacé aux Imaginales en 2021). Stefan Platteau m’avait conseillée de choisir le bon moment. Je l’ai finalement dévoré cet été, durant mes vacances. Et dès les premières lignes, j’ai su que le coup de cœur était là. J’ai donc pris mon temps pour savourer l’histoire aussi bien que la plume (superbe). J’ai aussitôt été embarquée sur les courants du fleuve Framar, à bord de deux gabarres, à écouter Fintan Calathynn, capitaine en second et barde de l’équipage, narrer son voyage en quête du Roi-Diseur, puis laisser la place à Manesh, cet homme naufragé qu’ils recueillent et soignent sans savoir qui il est. Que faisait-il si loin sur le fleuve ? D’où vient-il ? Que lui est-il arrivé ? N’aurait-il pas du sang de Géants dans les veines ? Peut-être pourrait-il raconter son histoire ?

Ainsi, de chapitre en chapitre, Fintan et Manesh se passent le flambeau de la narration. Et le résultat est magique. Stefan Platteau est un conteur et on se laisse subjuguer par sa plume, l’ambiance à la fois celtique et hindoue tellement bien retranscrite, la description des Antiques, des esprits solaires et lunaires, les personnages auxquels on ne peut que s’attacher, et ces secrets qu’il nous dévoile petit à petit. Il y a au final assez peu d’action, mais on ne s’ennuie pas une seconde dans ce roman de plus de 700 pages. Au contraire, on n’a qu’une envie : percer les secrets de Manesh, et ceux de la compagnie, jusqu’à ce final qui m’a laissée sans voix… tellement désireuse de poursuivre l’aventure. Pour ma part, je lirai le tome deux l’été prochain, durant mes vacances, pour le savourer comme il se doit.

Sachez que les deux premiers tomes vont être réédités en grand format en octobre au Diable Vauvert, et que les couvertures sont superbes.

Les Sentiers des Astres – Manesh – Stefan Platteau – Avril 2014 en grand format (Les Moutons électriques), Mai 2016 en poche (J’ai lu) – Couverture réalisée par Johan Camou

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Échos stellaires – David Bry

08 lundi Sep 2025

Posted by Aurélie in Romans français, SF

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conseils de lecture, Critique de livre, David Bry, Echos stellaires, IA, idées de lecture, lecture, Livre, Outrefleuve, quoi lire, roman, science fiction, SF, Star Wars

Les premières phrases

« Les étoiles blanches, rouges, jaunes ou bleues, innombrables, illuminent l’infini de l’espace. Entre elles, des nuages de gaz et de poussières créent de colossales créatures de mille couleurs, de gigantesques spirales pâles, de titanesques doigts autour de soleils depuis longtemps éteints, autour de milliers de milliards de mondes hors d’atteinte pour l’homme.

Le silence, au cœur de tout cela, est abyssal. »

Impressions

Enfant, j’étais fan de Star Wars, les trois films sortis entre 1977 et 1983. Je les regardais en boucle tellement j’adorais ça (en VHS à l’époque, oui oui…). Et je me souviens encore du bonheur que c’était de les visionner encore et encore. Et bien, figurez-vous que la lecture d’Échos stellaires m’a fait éprouver les mêmes sensations !

Prenez une planète vivant sous le joug d’un milliardaire tyrannique, exploitant les habitants pour extraire les précieux « chronons », d’étranges particules aussi belles que dangereuses. Ajoutez à cela une troupe de rebelles bien décidés à renverser la situation, des IA ultra-performantes, et une histoire d’amour bouleversante, et vous obtenez un space opera totalement addictif, bourré d’actions et d’émotions.

Pour sa première incursion en SF, David Bry s’en sort avec brio. Que ce soient les réflexions autour des chronons et de leurs mystérieuses propriétés, celles sur l’utilisation des IA, ou encore celles sur le deuil et la recherche de liberté, le propos est passionnant. C’est au final un livre qui devrait également plaire aux personnes ne lisant pas habituellement de SF, l’histoire se vivant comme une aventure ultra-divertissante dans l’espace . Mais attention aux émotions ! Car, comme à son habitude, David Bry a le don d’écrire avec justesse des scènes bouleversantes, qui, je dois l’avouer, m’ont de nouveau fait verser une petite larme… Signe qu’Échos stellaires m’a beaucoup plu.

Échos stellaires – David Bry – 25 septembre 2025 – Outrefleuve – Couverture réalisée par Pascal Casolari

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Baignades – Andrée A. Michaud

03 mercredi Sep 2025

Posted by Aurélie in Policiers / Thrillers, Romans français

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Andrée A. Michaud, Baignades, conseils de lecture, Critique de livre, idées de lecture, lecture, Livre, quoi lire, Rivages, roman, Roman noir, Thriller

Les premières phrases

« Ils avaient laissé la petite se baigner nue. Cinq ans. Ils n’y voyaient pas de mal. Le soleil tapait dur, le mercure atteignait les vingt-huit degrés et la plupart des campeurs faisaient la sieste sous les arbres et les auvents. Puis le propriétaire de la place avait surgi, une masse de muscles aux bras tatoués, pour leur dire qu’on ne voulait pas de ça ici, pas de nudité, vous avez pas honte, vous habillez cette enfant immédiatement ou vous décampez.

Ils étaient demeurés interdits, tous deux arrêtés dans leur mouvement, Laurence tenant du bout des doigts le bouchon du tube d’écran solaire qu’elle s’apprêtait à refermer, Max le corps penché vers le magazine déposé à ses pieds, puis Laurence avait senti ses joues rougir pendant que Max se redressait et se mordait la langue pour ne pas engueuler le propriétaire à son tour, elle a cinq ans, bordel, pas vingt-deux! Ils avaient tout de même rappelé la petite, Charlie, viens mettre un maillot. »

Impressions

Cela faisait longtemps que je n’avais pas été aussi angoissée en lisant un roman ! C’est la première fois que je lis un livre d’Andrée A. Michaud et ce ne sera certainement pas la dernière. J’ai été happée dès les premières lignes par cette lecture, oscillant entre thriller et roman noir.

Tout commence dans un camping en bord de lac. Max et Laurence sont enfin en vacances et ils comptent bien en profiter avec leur petite fille de cinq ans, Charlie. Mais voilà qu’un incident a priori anodin va transformer leur été en véritable enfer. Très vite, tout s’enchaîne, jusqu’à une nuit d’orage en forêt où l’horreur les engloutit en plein cauchemar. Chaque décision prise semble être la mauvaise, les amenant en un lieu qu’ils n’auraient jamais dû atteindre, à une scène qu’il n’aurait jamais dû voir. J’ai frémi tout du long aux côtés de ce couple et de leur enfant jusqu’à la fin d’une première partie dont je n’ai pas vu les pages défiler.

Puis commence la deuxième partie et j’ai mis quelques secondes avant de comprendre qu’il ne s’agissait pas d’une autre histoire mais bien de la suite de la première partie, quelques années plus tard. Le rythme et l’ambiance sont radicalement différents : ici, la forêt sombre laisse place à une jolie maison au bord d’un lac, lieu idyllique pour une réunion de famille…

J’ai adoré me sentir transportée d’angoisse du début à la fin de ce roman, totalement stressant, prenant et glaçant. Un très bon roman noir.

Baignades – Andrée A. Michaud – Août 2025 – Rivages/Noir

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L’homme qui lisait des livres – Rachid Benzine

25 lundi Août 2025

Posted by Aurélie in Romans français

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conseils de lecture, Critique de livre, idées de lecture, Julliard, L'homme qui lisait des livres, lecture, Livre, Palestine, quoi lire, Rachid Benzine, roman

Les premières phrases

« Journée ordinaire. Hier, deux frappes ont tué quatre gamins dont le seul crime avait été de jouer au foot sur la plage. Tu te réveilles dans la chambre où tu t’es installé la veille. L’hôtel concentre une partie de la presse internationale. Tu aurais préféré loger chez l’habitant. Mais ton agence t’a convaincu de privilégier la sécurité. Peu de quartiers sont vraiment épargnés. Des familles entières disparaissent parce qu’elles habitent, sans le savoir ou en tout conscience, à proximité d’un bureau clandestin. Les frappes chirurgicales relèvent souvent de l’erreur médicale.

Une énième trêve devrait t’offrir quelques jours pour capturer ces instants de vie quotidienne, les photos que tu affectionnes, loin du sensationnalisme. »

Impressions

Je savais, en commençant ce roman, qu’il allait me mettre le cœur en miettes. Je le savais, mais je me devais de le lire, pour son sujet d’actualité, cette actualité que je suis sur les écrans, impuissante, sidérée, horrifiée. Alors, je l’ai lu, presque d’une traite – le roman est court, une centaine de pages – en sachant pertinemment qu’à la fin j’aurais les yeux mouillés de larmes et évidemment, ça n’a pas loupé.

Avec L’homme qui lisait des livres, Rachid Benzine nous fait suivre les pas d’un journaliste, missionné en 2014 à Gaza. Là-bas, entre quartiers en ruine et quartiers moins touchés par les bombardements, il s’apprête à photographier un vieil homme en train de lire un roman au pied de sa librairie, quand son geste est arrêté par une remarque du libraire : « Vous savez, ce n’est pas rien une photographie. Je ne vous connais pas. Vous ne me connaissez pas. Il serait peut-être plus aimable que nous prenions le temps d’abord de nous rencontrer. » Alors, Nabil va raconter à Julien l’histoire qui se cache derrière la simple photo d’un homme en train de lire. Il va lui raconter sa vie, celle de sa famille, de ses amis, une vie de souffrances, d’exil, de résignation, de révolte, mais aussi d’amitiés, d’amour et de moments de joie. Et puis il va lui confier tout ce que la lecture a pu lui apporter : l’évasion, la compréhension, les mots comme une bouée de sauvetage, l’espoir, parfois. « L’angoisse était partout, dit-il. Elle imprégnait l’air que nous respirions, elle pesait sur nos cœurs, elle s’insinuait même dans nos rêves. Chaos, humiliation, destruction. Toute leur vie, bien des Palestiniens n’auront connu que ce traitement. Et toute leur vie également, bien des Israéliens ne se seront représentés les Palestiniens que comme des terroristes. Ces images inversées expliquent l’impossible réconciliation. Alors comment a-t-on fait pour tenir ainsi tant d’années ? On s’habitue à tout peut-être. »

Lisez ce livre, témoignage profondément humain de l’histoire du peuple palestinien.

L’homme qui lisait des livres – Rachid Benzine – Août 2025 – Julliard

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La grande verdure – Lucie Heder

14 lundi Juil 2025

Posted by Aurélie in Romans français, SF

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émotions, conseils de lecture, Critique de livre, futur, idées de lecture, la grande verdure, La Volte, lecture, Livre, Lucie Heder, quoi lire, roman, SF

Les premières phrases

« Pas un nuage dans le ciel aujourd’hui. Le soleil tape comme il n’a pas tapé depuis des semaines. Pas de vendur, pas de poussière pour m’encrasser les poumons ni pour me dissimuler. Je n’arrive pas à sortir de cette benne en métal où j’ai passé la nuit, roulée en boule contre des tissus qui me protègent de moins en moins de la chaleur. Je suis bloquée dans ce quartier, je tourne en rond. C’est pas une vie d’errer comme ça, sans endroit où je puisse rester plus de quelques heures. Je suis tout ankylosée, si seulement je pouvais déplier mon corps. Mais hors de question de sortir d’ici sans savoir où aller. Je ne me ferai pas repérer par un têtard, je ne me laisserai pas humilier une fois de plus. Qu’est-ce que je donnerais pas pour une bassine d’eau claire, ça me rafraîchirait les idées ! Mais les bassines d’eau claire, à la grande verdure, il n’y en a que pour les plantes. Car chaque conversation est une plante. L’eau est précieuse, on ne la gaspille pas juste parce qu’on passe une mauvaise journée. « 

Impressions

Ce roman sort le 4 septembre chez La Volte et je ne peux que vous conseiller de vous précipiter dessus à sa sortie ! Dans le futur imaginé par l’autrice Lucie Heder, l’effondrement de notre société actuelle n’est finalement qu’un grand début. Malgré les crues et les vents de poussière, des communautés se reconstruisent. A l’instar de la grande verdure, cette communauté vivant en hauteur et ayant créé une forme de communication et de gestion des émotions par les plantes. Reste que Lierre ne s’y sent pas à sa place. Elle en a marre de devoir se taire, de devoir calfeutrer sa colère, et de se conformer à cette forme de communication restreinte. Elle part donc et croise un électron libre, Sable, qui, au contraire de la grande verdure, déborde d’émotions.

Ce roman est beau, original, et la plume est superbe. Lucie Heder y parle avec justesse de gestion et de contrôle des émotions, de manières de vivre ensemble, de survivalisme, de cohabitation avec une nature indomptable. Et puis, ça fait du bien de lire des autrices proposant des visions de futurs possibles, ouverts et vivables, malgré tout.

La grande verdure – Lucie Heder – Septembre 2025 – La Volte – Couverture de Zariel

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Festin de larmes – Morgane Caussarieu et Vincent Tassy

23 lundi Juin 2025

Posted by Aurélie in Fantastique, Romans français

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Actusf, conseils de lecture, Critique de livre, emprise, Fantastique, Festin de larmes, idées de lecture, lecture, Livre, Morgane Caussarieu, quoi lire, roman, vampire, Vincent Tassy

Les premières phrases

« Monsieur,

La mort n’a pas d’ombre. Vous devez me croire, je la connais. Longtemps j’ai dansé avec elle sans le savoir, aveuglé par sa beauté de soleil. Elle n’avait aucune ombre avant de prendre la mienne.

Et je voulais vous dire que vous la connaissez aussi. Je voulais vous dire qu’elle rôde autour de vous et que vous ne la voyez pas. Je voulais vous dire que vous la prenez pour un soleil. En un sens, vous avez sans doute raison : elle vous aveugle et vous tue lentement. »

Impressions

J’ai dévoré ce roman ! Écrit à quatre mains, par Vincent Tassy et Morgane Caussarieu, voici une histoire d’emprise vampirique parfaitement maîtrisée rendant hommage aux classiques du genre, à commencer par Anne Rice et Bram Stoker, mais également à Oscar Wilde avec son Portrait de Dorian Gray. C’est bien simple : je n’arrivais pas à lâcher ma lecture, happée dès les premiers mots par ce roman gothique horrifique. Une réussite aussi bien sur le fond que sur la forme. Les illustrations de Morgane Caussarieu – sublimes – participent grandement à l’attrait de cette lecture.

Sur le mode d’un récit épistolaire, Festin de larmes nous propose de suivre le récit d’Aubrey Clare sous forme de lettres qu’il envoie à un mystérieux destinataire pour lui raconter son histoire et le prévenir… Aubrey vient de perdre sa sœur jumelle. Sa mère ne s’en remet pas, délaissant son petit-frère, quand son père s’oublie dans le laudanum. C’est alors qu’un mystérieux jeune homme fait son entrée dans leur vie…

Tout est là pour immerger le lecteur dans cette histoire fascinante et étouffante : l’ambiance moite de la Nouvelle-Orléans, les parfums entêtants des fleurs à foison, les mœurs libres de certains cercles secrets, la fascination envers le mystérieux marquis. Si l’on pense forcément au mythe du vampire, il est ici totalement revisité. D’ailleurs, pas une seule fois ne sera évoqué ce terme « vampire ». Ici, le marquis ne se nourrit pas de sang, mais d’émotions et de larmes. Et l’on comprend bien vite que le thème premier de ce roman n’est finalement pas tant la figure du vampire que l’emprise que peut avoir un individu sur d’autres. Je ne peux que vous conseiller de lire ce roman. Attention cependant, certaines scènes pourraient heurter les plus sensibles.

Festin de larmes – Morgane Caussarieu et Vincent Tassy – Mai 2025 – Actusf – Couverture et illustrations intérieures réalisées par Morgane Caussarieu

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Hors Caste – Marge Nantel

16 lundi Juin 2025

Posted by Aurélie in Fantasy, Romans français

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conseils de lecture, Critique de livre, Hors Caste, idées de lecture, lecture, Livre, Marge Nantel, Mnémos, quoi lire, roman

Les premières phrases

« L’Auxiliaire alchimiste Atra Assil détailla Suèhl d’un œil dédaigneux, en fronçant son nez aux racines trop épatées. Suèhl lui rendit son regard. Il savait que son odeur trop forte de Féli – mal lavé, qui plus est – déplaisait à la Sauro. D’ailleurs, la fragrance puissante de reptile qui planait dans l’étude l’incommodait tout autant.

Les prunelles proéminentes, vert marécage, revinrent aux pierres posées sur le comptoir. »

Impressions

Si vous souhaitez vous lancer dans un roman de dark fantasy original, je vous invite à découvrir Hors Caste, de Marge Nantel. Les éditions Mnémos ont en effet eu la très bonne idée de rééditer ce titre précédemment sorti chez Noir d’Absinthe.

Ici, les personnages sont mi-animaux mi-humains. Leur position dans la société est liée à leur degré d’animalité et à leur maîtrise de la magie. À Hemurn, Suèhl fait partie des Hors Castes, pire position qui soit. Ténèbres, quant à lui, se situe à l’exact opposé, étant un Grand Invité. Alors que tout les oppose (leur rang comme leur origine), les deux hommes vont se retrouver à enquêter autour d’étranges trafics de pierres et d’assassinats ayant comme toile de fond des luttes de pouvoir claniques.

J’ai particulièrement aimé la coexistence entre tous ces clans ayant chacun leurs propres attributs animaux (félins, reptiles…), ainsi que l’importance des tatouages et du pouvoir des pierres dans l’histoire. Hors Caste est un roman de dark fantasy à la fois violent et touchant. Je me suis vraiment attachée à Suèhl et Ténèbres et à l’univers riche créé par Marge Nantel, à tel point que je ne serais pas contre une suite… Surtout, l’autrice aborde des thèmes passionnants, notamment la perception des traditions et de la culture totalement différentes d’un clan à un autre, les préférences sexuelles, la vision de l’étranger, ou encore les classes sociales. Seul bémol : à mon goût, il y a trop de scènes de sexe (deux m’auraient suffi). Par contre, les adeptes de romance queer devraient se régaler !

Hors Caste – Marge Nantel – Avril 2025 – Mnémos – Couverture réalisée par Ebrahel Lurci

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Re:Start – Katia Lanero Zamora

10 mardi Juin 2025

Posted by Aurélie in Fantastique, Romans français, SF

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Argyll, body horror, conseils de lecture, Critique de livre, culte de l'apparence, culte de la beauté, idées de lecture, Katia Lanero Zamora, lecture, Livre, quoi lire, RéciFs, Re:Start, roman, science fiction, SF

Les premières phrases

« Calliste est presque prête. Il ne lui reste plus qu’à monter la fermeture Éclair de sa robe. Mais une fois le tissu de soie blanche plaqué sur les courbes de son corps, elle commence à paniquer. Elle déteste cette matière ; elle trahit chaque imperfection. Elle oblige chaque Lumineuse à se présenter dans sa plus grande vulnérabilité aux membres de la Communauté.

Règle n°7 : se regarder sans complaisance.

Calliste s’offre à son propre regard en prenant la pose devant le miroir de sa chambre. »

Impressions

Si j’aimais déjà beaucoup cette collection de novellas, je crois bien que Re:Start en devient mon titre préféré. Je l’ai dévoré (sans mauvais jeu de mots !). Voici une lecture sans pitié, entre SF et body horror. Vous avez aimé Sweet Harmony de Claire North ? Vous adorerez Re:Start de Katia Lanero Zamora ! Attention toutefois, ce texte traite de sujets particulièrement délicats. N’hésitez donc pas à consulter les thèmes abordés, indiqués à la dernière page du livre. Pour ma part, je m’y suis lancée les yeux fermés et je dois dire que le prologue m’a fait l’effet d’une bonne gifle. Le ton est donné dès le début et pourtant, malgré la violence et la crudité de nombreuses scènes, je n’ai pas pu lâcher ce titre avant d’en connaître le dénouement.

Re:Start-ville, c’est une communauté de femmes souhaitant devenir la meilleure version d’elles-mêmes. Comprenez par là : avoir un corps « parfait ». Pour y parvenir, elles doivent suivre un programme strict, à base de sports, de gélules minceur et autres produits miraculeux destinés à les rendre heureuses et (surtout) belles. On le comprend dès le prologue : ce semblant de paradis dédié à la féminité peut vite devenir un enfer pour quiconque ne supporte plus les règles de la communauté… Avec cette novella, Katia Lanero Zamora fait tout simplement la critique de notre société où le corps féminin est trop souvent scruté, critiqué, analysé, pesé et soupesé (par les autres comme par soi-même). De quoi donner à chacune matière à réflexion sur la perception de notre corps et le rapport induit à l’alimentation… Une novella glaçante et percutante !

Re:Start – Katia Lanero Zamora – Mai 2025 – Argyll, collection RéciFs – Couverture réalisée par Anouck Faure

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Soma – Floriane Soulas

28 mercredi Mai 2025

Posted by Aurélie in Romans français, SF

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Ailleurs & Demain, conseils de lecture, Critique de livre, Floriane Soulas, IA, idées de lecture, lecture, Livre, quoi lire, Robert Laffont, roman, science fiction, SF, Soma, transhumanisme

Les premières phrases

« Debout sur le toit d’un bâtiment anonyme, rincée par la pluie, Risa se retourne une dernière fois sur les rues grises éclaboussées par les seules lumières des néons. Sous ses pieds, Neolutetia semble s’étirer à l’infini. Une ville de couleurs agressives et de dédales sous un ciel enfumé par les cheminées des usines. L’air y sent le métal rouillé, le parfum des simurêves et de l’opium que fument les Virtualiens, l’urine et les déchets.

Au loin, sur la butte, elle aperçoit les tours immenses de Méchatédrale. Ses arches et ses dômes paraissent jaillir d’un autre temps, lorsque l’on ne vénérait pas uniquement la capacité à ne pas succomber à la psychose et à encaisser des modifications corporelles absurdes. Elle prend un moment pour respirer, pour se préparer à quitter cette ville qui ne dort jamais, ne s’éteint jamais, et enfin retrouver la quiétude de l’Enclave. »

Impressions

J’aime de plus en plus le format de la novella ! Dernier coup de cœur en date, Soma de Floriane Soulas, autrice que j’adore et qui a le don de se renouveler à chaque nouvelle parution. Ici, elle se lance dans un univers cyberpunk respectant tous les codes du genre ! On y suit Risa, habitant dans la ville futuriste de Neolutetia, la seule cyborg à pouvoir se connecter à n’importe quelle interface homme-machine, avec l’aide de son IA Oni (dotée d’un masque de démon japonais) et de son logiciel traqueur Vor. Elle vit et travaille pour l’Enclave, un refuge pour tous les délaissés de la société, jusqu’au jour où elle fait une découverte pour le moins dérangeante…

Comme à son habitude, Floriane Soulas n’épargne pas ses personnages, encore moins ses lecteurs. La misère humaine, la cruauté, les inégalités, la violence envers les femmes sont au cœur de son récit. En seulement quelques pages, elle parvient à faire souffler un vent de révolte et à nous faire serrer les poings. Et puis, Risa est un personnage auquel on s’attache profondément, comme si on la connaissait depuis longtemps et que l’on ressentait ses douleurs et ses déchirements. Un tour de force dans ce format court qu’est la novella ! C’est donc avec une grande justesse que Floriane Soulas nous propose cette histoire cyberpunk féministe et sur(ré)voltée autour du transhumanisme et de ce qui fait de nous des êtres humains uniques. Je ne peux que vous conseiller de lire cette novella et de découvrir cette collection « Ailleurs & Demain » qui propose des textes courts de qualité.

Soma – Floriane Soulas – Mai 2025 – Robert Laffont (collection Ailleurs & Demain) – Couverture réalisée par Olivier Laude

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Un corps d’avance – Lou Jan

28 lundi Avr 2025

Posted by Aurélie in Romans français, SF

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conseils de lecture, Critic, Critique de livre, idées de lecture, lecture, Livre, Lou Jan, quoi lire, roman, Un corps d'avance

Les premières phrases

« Des lapiez strient le plateau sommital. Le calcaire affiche ses gerçures. La montagne souffre aussi du froid. Au bord du gouffre, je grelotte dans ma combinaison. La croix de zinc marque le début du vide. La promesse d’une chute de mille-huit-cents mètres. Je suis sur la margelle de la vie. Un corbeau se pose sur la branche métallique. Le trou noir de son œil absorbe mon âme fatiguée. Est-ce Shinigami ? Le dieu de la mort m’observe. Il s’assure que je pars bien au moment prévu par le destin. »

Impressions

Après avoir eu un coup de cœur pour son précédent roman La machine à aimer, je me suis empressée de découvrir le dernier roman de Lou Jan, toujours publié chez Critic. Et j’ai adoré ! J’avais envie de surligner au moins une phrase par page tant le propos du livre est riche en réflexions.

Ici, Lou Jan imagine un monde où les humains sont devenus des quasi immortels. Chacun a droit à dix vies de 75 ans, tout en gardant l’apparence de ses 20 ans. Seules conditions : à chaque « reset », on doit couper totalement avec sa vie d’avant, autrement dit ne jamais chercher à revoir ses proches, et accepter d’être envoyé dans un lieu imposé. De cette manière, chacun redémarre de zéro, gommant ainsi les inégalités. Surtout, en vivant sur plusieurs siècles, les humains ont appris à préserver leur environnement, personne ne souhaitant se réveiller dans un monde pollué ou détruit. C’est lors du premier reset de Jinseï, un Japonais, que s’ouvre l’histoire, et on le suit avec intérêt se reconstruire une vie en partant de rien, dans la ville de Lyon. Au fil de ses rencontres et de ses expériences, on voit alors émerger les limites et les complexités de ce qui apparaît au premier abord comme un rêve.

Encore une fois, Lou Jan frappe juste, avec sa plume vive, concise et ciselée. On sent qu’elle choisit avec soin ses mots pour toucher le lecteur et le faire réfléchir. Intelligence artificielle, immortalité, identité, rapport au corps, préoccupations environnementales, humanité, amours et amitiés, autant de thèmes abordés intelligemment. Et si certains passages surprennent (les interludes), ils font sens petit à petit, donnant une autre dimension à l’histoire, tout aussi intéressante.

Lou Jan – Un corps d’avance – Avril 2025 – Critic – Couverture réalisée par Aurélien Police

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