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~ Parce qu'il n'y a rien de mieux qu'un livre pour s'évader…

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Archives de Catégorie: SF

Passer la brume – Julia Colin

02 jeudi Avr 2026

Posted by Aurélie in Romans français, SF

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Aux Forges de Vulcain, conseils de lecture, Critique de livre, idées de lecture, Julia Colin, lecture, Livre, Passer la brume, quoi lire, roman

Les premières phrases

 » Accroupie, penchée en avant sur un gros rocher, appuyée sur un bâton fiché au sol, Vair sentit sa nuque tomber.

Elle se fit violence, releva la tête, déplaça légèrement le poids de son corps en arrière, cherchant le déséquilibre qui la maintiendrait éveillée.

Elle détourna son regard de la nappe de Brume immobile quelques centaines de mètres plus bas, ferma les yeux quelques secondes avant de les rouvrir pour scruter avec attention la vallée devant elle. La journée avançait, et le soleil, en disparaissant derrière la crête, allait laisser les nappes proliférer. »

Impressions

Il va m’être difficile de parler de ce roman tant je l’ai aimé. Cela faisait un moment que je n’avais pas ressenti autant d’émotions en lisant, et cette urgence à poursuivre ma lecture. Difficile alors de rendre justice à ce texte que j’ai trouvé si beau.

Vair est une Passe-Brume : elle fait passer les voyageureuses à travers la montagne qu’elle connaît comme sa poche, jusqu’à l’Esp, cette région que l’on dit épargnée par la Brume. Elle a tout appris de sa mère : les différentes formes de brumes, les plantes qui soignent, celles qui tiennent éveillées, celles qui sont nutritives, celles qui repoussent la Brume. Surtout, elle sait écouter et sentir le danger arriver. Car se retrouver happé par la Brume, c’est la mort assurée. On disparaît, tout simplement. Alors, ceux qui rêvent d’une vie meilleure tentent leur chance avec elle. Ils la paient pour cette traversée. Aujourd’hui, elle doit s’occuper d’un groupe composé de six adultes et trois enfants. Vair parle peu. Elle préfère la solitude de son refuge à la compagnie des autres. Mais c’est son gagne-pain de les faire arriver dans le Sud. Elle reprend donc la route. Et l’on suit leur périple à travers les Pyrènes, fait de journées de marche, de soirées à la dure abrités contre des rochers, de repas frugaux. Elle est la seule à faire la traversée, jusqu’à ce jour où elle aperçoit un feu non loin de leur campement.

Je peux difficilement vous en dire plus sans trop en dévoiler. Cette histoire se ressent, elle se goûte page après page. Petit à petit, on en apprend plus sur le monde dans lequel évolue Vair. Pour ma part, j’aurais aimé continuer à arpenter la montagne avec elle, y déposer mes angoisses en marchant dans ses pas, des mûres et de la sauge au fond de mes poches, une cape sur le dos, un bâton à la main. Julia Colin nous propose un livre de science-fiction pas comme les autres (qui m’a rappelé, par certains aspects et sensations, La Horde du Contrevent d’Alain Damasio). Lisez Passer la brume, un livre empli d’émotions, dédié à celles et ceux qui meurent encore en passant les frontières. Un bijou.

Passer la brume – Julia Colin – Avril 2026 – Aux forges de Vulcain – Illustration de couverture réalisée par Elena Vieillard – Illustrations intérieures par Dari Gatti

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Symbioses – Johan Heliot

30 lundi Mar 2026

Posted by Aurélie in Romans français, SF

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conseils de lecture, Critique de livre, idées de lecture, Johan Heliot, L'Atalante, lecture, Livre, quoi lire, roman, Symbioses

Les premières phrases

« – Ils sont très nerveux, ce matin, constate Paula à la lecture des données défilant sur sa manche gauche à l’intérieur de l’avant-bras. Tu as vu ces pics de cortisol ?

Javier pointe la chape sombre des fumées d’incendie au-dessus des collines et des mesas, à l’est de la ville.

– Les feux se rapprochent, dit-il dans son globish encore hésitant. Alors ils sentent le danger.

– Ils ont l’habitude des incendies, depuis le temps. Non, c’est autre chose, cette fois. »

Impressions

Tout commence par un cataclysme : en 2049, le monde s’embrase pour de bon à base d’attaques nucléaires et de tsunamis radioactifs. La Terre devient ainsi quasiment invivable, à part au niveau des Pôles et sur quelques îlots dotés des dernières technologies. Vous me direz, rien de bien surprenant… Mais Johan Heliot nous propulse ensuite en 2094 aux côtés de l’ambassadeur du Pôle Sud, le phoque Spiridon, un animal augmenté, comme quasiment tous les derniers animaux encore en vie, qui va devoir faire preuve de ses talents de diplomate pour peut-être empêcher une nouvelle guerre menée par le Pôle Nord.

Humains, animaux augmentés et IA se côtoient pour essayer de trouver un terrain d’entente et éviter le pire. Car les humains font toujours la course aux dernières richesses de la planète, et en particulier à l’eau. Et c’est cette confrontation avec toutes ces formes de vie dotées de conscience et du langage qui fait tout l’intérêt et l’originalité de ce roman d’anticipation. Les personnages sont attachants et on prend un plaisir fou à voir les animaux augmentés prendre en mains le destin de la planète. Entre ces pages, vous côtoierez un ours guerrier et poète en herbe, une jeune humaine embrigadée dès son plus jeune âge dans les milices du Nord portant la puce mémorielle de son grand-père, des IA malicieuses, un phoque optimiste, ou encore le dernier rhinocéros blanc. Le vivre ensemble et l’empathie sont au cœur de ce roman qui se plaît à nous balader entre les époques. Si l’auteur se veut lucide sur l’état du monde, il apporte des pistes de réflexion et d’espoir pour le futur, en misant sur l’empathie, sur notre rapport au vivant sous toutes ses formes, et sur l’utilisation, à bon escient, des nouvelles technologies. La phrase mise en exergue à la fin du roman représente parfaitement l’esprit de Symbioses : »À quoi sert la conscience de soi si on ne l’utilise qu’au bénéfice de sa propre espèce ? ».

Symbioses – Johan Heliot – Mars 2026 – L’Atalante – Illustration de couverture réalisée par Thomas Dambreville

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Heureux comme jamais – Guillaume Chamanadjian

18 mercredi Mar 2026

Posted by Aurélie in Romans français, SF

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Aux Forges de Vulcain, capitalisme, conseils de lecture, Critique de livre, Guillaume Chamanadjian, Heureux comme jamais, IA, idées de lecture, lecture, Livre, quoi lire, roman, SF, Space opera

Les premières phrases

« Lorsque Noah entre dans le monte-charge, le bourdonnement des moteurs s’estompe en laissant la place à l’habituel bruit blanc qui la désoriente toujours pendant quelques secondes.

« Tu as pris le jeu de grosses clefs Allen ? »

Il paraît que tous les pères s’inquiètent lors du premier jour de travail de leur fille. Noah ne saurait dire si c’est vrai, Papa est le seul père qu’elle a jamais fréquenté. Elle tapote ses écouteurs. Deux fois pour oui. »

Impressions

Décidément, j’aime beaucoup ce qu’écrit Guillaume Chamanadjian. Après Une valse pour les grotesques, ou encore sa novella NoirPunk dans Derrière le grillage, je suis à nouveau conquise par son dernier livre en date, Heureux comme jamais.

Ici, l’auteur nous propulse dans un univers SF particulièrement jouissif. Imaginez : la crème de la crème des ultra-riches (dont un ancien président américain dénommé Mickey Clarke Jr.) a quitté la Terre qu’ils ont en partie eux-mêmes détruite à bord d’un vaisseau spatial dirigé par un milliardaire à l’égo surdimensionné (et à l’intelligence diamétralement opposée). Tout parallèle avec la vie réelle serait tout à fait fortuite, bien sûr !

Noah, fille du seul prolétaire du vaisseau et seul ingénieur de maintenance à bord, se voit confier la lourde tâche de remplacer son père malade, alors qu’un message provenant de la Terre vient d’être capté par le vaisseau, pouvant remettre en cause leur projet de terraformer une nouvelle planète. Dans ce huis-clos où les riches continuent de se regarder allègrement le nombril, Noah n’a qu’une échappatoire : la musique d’un monde passé, et ses conversations avec son IA de compagnie Bins-42, à la langue bien pendue et à l’ironie mordante. On ne s’ennuie pas une seconde dans ce court space opera (moins de 200 pages) mené tambour battant. Vous l’aurez compris : j’ai adoré cette lecture portant un regard terriblement réaliste (mais toujours plein d’humour) sur notre société actuelle dominée par le capitalisme et les ultra-riches. Si vous avez le moral en compote, lisez ce roman ! Il devrait même être remboursé par la Sécu tellement il fait du bien !

Heureux comme jamais – Guillaume Chamanadjian – Mars 2026 – Aux Forges de Vulcain – Illustration de couverture réalisée par Elena Vieillard

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Submergée – Arula Ratnakar

02 lundi Mar 2026

Posted by Aurélie in Romans étrangers, SF

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Argyll, Arula Ratnakar, conseils de lecture, Critique de livre, idées de lecture, lecture, Livre, mémoire, quoi lire, RéciFs, roman, science fiction, SF, Submergée

Les premières phrases

« À mesure que les gens commençaient à mourir, le désespoir nous a entraînés dans les profondeurs en quête de remèdes. Nous avons exploité les monts hydrothermaux jusqu’à causer l’extinction des vers tubicoles, mis à nu les champs de nodules polymétalliques, essoré les éponges pour les vider de leurs déchets, et ce afin de traiter les nouvelles maladies, ces monstrueuses pestes incurables nées de notre nouveau climat, qui se répondaient dans notre atmosphère. Mais les gens continuaient de mourir. Alors, nous avons creusé encore plus profond… »

Impressions

J’avais peur que l’aspect scientifique de cette novella me perde, l’autrice, neuroscientifique, se basant fortement sur ses recherches en matière de développement neurologique pour alimenter son histoire. Mais j’ai très vite compris que cet aspect n’allait pas gêner ma lecture. Ce texte m’a bouleversée, Arula Ratnakar mêlant parfaitement les neurosciences et la biologie marine à une émotion à fleur de peau. Imaginez qu’une innovation mémorielle permette de revivre les souvenirs d’une personne décédée. Comment démêler la mémoire d’une autre de ses souvenirs personnels ? À partir de quel moment les souvenirs peuvent-ils s’enchevêtrer ? Ne risque-t-on pas de se perdre soi-même et de se laisser submerger ?

Ce n’est qu’une novella, et pourtant Arula Ratnakar parvient à aborder avec justesse de nombreux thèmes, tels le changement climatique et ses conséquences sur la santé des êtres vivants, l’éthique scientifique, ou encore la destruction des fonds marins. Autre point que j’ai trouvé particulièrement intéressant : le moyen d’action trouvé par les enfants pour dénoncer l’inaction des adultes en matière de préservation de l’environnement. J’attendrai avec impatience un autre texte de l’autrice, tant celui-ci m’a séduite, combinant parfaitement réflexions scientifiques, enquête mémorielle, et histoires d’amour.

Submergée – Arula Ratnakar – Février 2026 – Argyll (collection RéciFs) – Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean-Daniel Brèque – Illustration de couverture réalisée par Anouck Faure

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Les sœurs démentes d’Esi – Tashan Mehta

02 lundi Fév 2026

Posted by Aurélie in Fantasy, Romans étrangers, SF

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Les premières phrases

« Le problème avec les histoires circulaires, c’est qu’il est difficile de savoir où commencer. Celle-ci en est une, même si personne ne me l’a dit la première fois où j’y ai pénétré. En un sens, j’aurais aimé le savoir ; peut-être, alors, ne m’y serais-je jamais aventurée. »

Impressions

Voici une lecture inclassable que je vais bien avoir du mal à vous chroniquer ! Allons droit au but : j’ai adoré ce roman totalement indescriptible. Disons qu’avec Les soeurs démentes d’Esi l’autrice Tashan Mehta nous livre une sorte de fantasy cosmique, une histoire qui ne ressemble à rien de ce que j’ai pu lire. Et ça fait un bien fou d’en prendre plein les yeux et le cœur sans avoir le moindre repère ni la moindre référence. Moi qui adore me plonger dans un roman sans en avoir lu le moindre résumé (je déteste les quatrièmes de couverture qui bien souvent en disent trop), j’ai été ravie de me laisser porter au sein de ce voyage onirique.

Je vous en dirai donc assez peu. Imaginez seulement deux sœurs, Myung et Laleh, toutes deux gardiennes d’une baleine gigantesque – la baleine de babel – planant dans le cosmos, à l’intérieur de laquelle se trouve un nombre inimaginable de chambres à explorer. De quoi remplir bien des vies et satisfaire les deux sœurs, jusqu’au jour où la curiosité de Myung lui fait poser cette question : « Tu crois qu’il y en a d’autres comme nous ? ». Et puis d’où viennent-elles ? Et où se trouve donc leur créatrice, celle que l’on appelle la Grande Wisa ?

Laissez-vous hypnotiser par cette histoire pleine de poésie, faisant la part belle à la sororité, aux contes, à l’imagination, à l’émerveillement, et à la folie. Une lecture hors des sentiers battus, pour toutes celles et ceux aimant les ovnis littéraires. Gros coup de cœur !

Les sœurs démentes d’Esi – Tashan Mehta – Février 2026 – L’Atalante – Traduit de l’anglais par Mathilde Montier – Illustration de couverture réalisée par Upamanyu Bhattacharyya

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L’orage qui vient – Louise Mey

19 lundi Jan 2026

Posted by Aurélie in Fantastique, Romans français, SF

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Les premières phrases

« J’ai couru pendant des heures. J’ai couru, et maintenant, je veux manger. Je cherche quelque chose, un lièvre, un faisan, mais autour de moi tout se dissimule, à l’abri, bien caché. La forêt tout entière sait que je suis là cette nuit. Elle est belle sous la lune sans nuages, mais sa beauté m’indiffère, je n’ai pas faim de beau. J’ai faim de chair, de sang, je veux plonger les dents dans quelque chose de vivant. »

Impressions

J’ai dévoré ce roman ! Il faut dire que la plume de Louise Mey, précise et tranchante, va droit au but tout en parvenant à créer une ambiance et un décor que l’on visualise dans ses moindres détails, et des personnages (y compris secondaires) ayant une réelle substance. En moins de 200 pages, je trouve que c’est un tour de force. On s’attache aux protagonistes et, plus les pages défilent, plus la tension monte, à tel point que je n’arrivais pas à lâcher ma lecture !

Imaginez une petite communauté composée de femmes et d’enfants (le dernier homme du village part se former en ville), vivant à l’abri de la forêt dans un lieu paisible et reculé, caché aux yeux de tous, dans un monde où la société telle que nous la connaissons s’est effondrée. Ici, on vit de peu mais bien. Chacune mange à sa faim, chacune participe au bon fonctionnement du Hameau. C’est ici que vit Mila, une adolescente de 15 ans, avec sa mère. Et puis, un jour, un homme de l’extérieur arrive…

S’il n’y a pas de réelle surprise dans l’histoire, le roman est tellement bien écrit et construit que vous voudrez le lire d’une traite, afin d’évacuer la tension qui monte inexorablement jusqu’à la fin. Comme Mila, vous serrerez les poings. Louise Mey a su créer une histoire – courte et diablement efficace – avec une héroïne attachante, ode à la force des femmes, à la sororité, et au retour à un mode de vie respectueux du vivant, tout en explorant avec justesse la figure du monstre.

L’orage qui vient – Louise Mey – Mars 2025 – Pocket – Illustration de couverture réalisée par Germain Barthélémy

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Brèche – Li-Cam

06 mardi Jan 2026

Posted by Aurélie in Romans français, SF

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Brèche, conseils de lecture, Critique de livre, idées de lecture, La Volte, lecture, Li-Cam, Livre, quoi lire, roman, Science-fiction, SF, Visite

Les premières phrases

« Nous avons tous besoin d’une oasis.

À la place des potagers permacoles émerge lentement la vision des parkings qui les ont précédés, le bitume assombri par des taches d’huile de moteur, des lignes dont la peinture s’estompe en raison du manque d’entretien, et quelques arbres fatigués dispensant une ombre maigrelette. Je ne saurais dire si je me souviens ou si l’araignée me joue des tours. Mais à y réfléchir plus avant, en admettant que j’en sois capable aujourd’hui, je n’habite le bat que depuis quelques années ; les potagers étaient déjà là à mon arrivée, j’en suis presque certaine.

Ce n’est donc pas un souvenir. C’est autre chose. Et cette autre chose m’angoisse. »

Impressions

Comment commencer l’année en beauté ? En lisant ce roman de Li-Cam, édité par La Volte ! L’autrice revient dans son univers des Écoumes (déjà abordé dans son précédent livre Visite que j’avais adoré). Mais nul besoin d’avoir lu Visite pour pénétrer dans Brèche et savourer ce texte.

Ici, l’autrice dépeint notre société telle qu’elle tend à devenir : une société gangrénée par les Ogres, ces multimilliardaires bien décidés à exploiter la moindre ressource restante sur Terre, et à exploiter du même coup les hommes et femmes en-dessous d’eux, en les asservissant via des implants, des algos et des IA. Reste que dans ce monde à moitié décérébré et détruit, une petite communauté vivant dans des HLM (les laissés-pour-compte de la société) a réussi à sortir de la misère et à trouver le bonheur en repensant la vie en collectivité. Figurez-vous de vieilles barres HLM où les couloirs regorgent de plantes, et où les potagers extérieurs embaument l’air d’odeur de menthe et de basilic. Tout n’est pas rose, loin s’en faut, mais les habitants sont parvenus à créer une société où chacun mange à sa faim, et où le calme règne la plupart du temps. C’est ici que vivent Nati, Ouarda, Mono, la Courge, Sibi, mais aussi Sandro et sa femme Bella, une « vieille folle » souffrant de psychose et d’hallucinations dont le cerveau semble comme encombré d’une immense toile d’araignée. Non loin de là, Walter, Mira ou encore Pablo travaillent dans un centre de recherche décrépie, sur un calculateur quantique. La jeune Rivière, quant à elle, donne de la voix sur le Verse pour dénoncer la pestilence des Ogres en train de piller la Vivante.

Je n’ai pas les mots pour vous décrire la portée de ce texte dans lequel souffle un vent de révolte certain, mais aussi un vent de renouveau et d’espoir. Li-Cam nous fait envisager l’avenir sous un jour heureux et positif. Un vrai baume au cœur dont on ferait bien toutes et tous de s’inspirer ! Et si, cette année, nous sortions de notre torpeur pour créer une société plus juste, respectueuse de l’humain, du vivant sous toutes ses formes, et de l’environnement ? Et si, pour commencer, vous lisiez Brèche ?

Merci à La Volte de nous proposer des textes aussi originaux et forts.

Brèche – Li-Cam – 15 Janvier 2026 – La Volte – Illustration de couverture réalisée par Philippe Aureille

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Derrière le grillage – Guillaume Chamanadjian, luvan, Sébastien Juillard

26 vendredi Déc 2025

Posted by Aurélie in Romans français, SF

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Les premières phrases

« Cet endroit d’enfance existe. Du moins a existé, c’est une certitude. Il reste mon souvenir d’enfance le plus marquant. »

Impressions

Parfois, un souvenir d’enfance devient une obsession. Et de cette obsession peut émerger un projet littéraire et artistique peu commun. C’est ce que nous propose Xavier Vernet, éditeur et libraire chez Scylla, avec Derrière le grillage, recueil de trois novellas reposant sur son souvenir d’enfance le plus marquant : un moment partagé avec son père (aujourd’hui à la mémoire déclinante), dans un lieu a priori ordinaire mais qui a sans doute contribué à son amour de l’imaginaire. Il s’agit d’une cour conçue pour nettoyer et réparer une voiture, dotée de boxs fermés, d’un bac à sable, et délimité par un grillage d’où émerge un jardin abandonné peuplé d’étranges statues. Ce souvenir obsédant, Xavier Vernet a eu envie de lui redonner vie. Résultat : ce premier recueil de novellas (il y en aura d’autres) auquel ont participé Guillaume Chamanadjian, luvan et Sébastien Juillard. Avec deux contraintes : écrire un texte de 111 111 signes et y inclure le souvenir du jardin et des statues.

Le résultat est bluffant. Et si Xavier Vernet vous laisse le choix de lire ou de ne pas lire la préface avant, je vous conseille grandement de la lire tant elle permet de comprendre le projet et de lier les trois textes. Je l’ai également trouvée particulièrement touchante.

Passée la préface, les trois novellas vous embarqueront dans trois univers de SF : deux cyberpunk (avec NoirPunk de Guillaume Chamanadjian et Kawaakari de Sébastien Juillard) et un mêlant post-apo à la plume inventive, décalée et poétique de luvan avec CANT (qui m’a parfois un peu perdue). J’ai adoré découvrir ces trois textes, créés à partir du même souvenir d’enfance de l’éditeur. Je ne vous en dirai pas plus car le mieux est de plonger dans ce recueil pour en découvrir par vous-même tout le merveilleux. Une expérience de lecture touchante, passionnante, et réussie. Vivement le tome 2 !

Derrière le grillage – Guillaume Chamanadjian, luvan, Sébastien Juillard – Octobre 2025 – Scylla – Couverture réalisée par Arnaud Maniak – Illustrations intérieures réalisées par Lise L., Lia Vesperale, Elvire de Cock

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Colorer le monde – Mu Ming

19 vendredi Déc 2025

Posted by Aurélie in Romans étrangers, SF

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Argyll, Colorer le monde, conseils de lecture, Critique de livre, idées de lecture, lecture, Livre, Mu Ming, Qui possède la lune, quoi lire, RéciFs, roman, SF

Les premières phrases

« Et maintenant, je suis venu ici sur un vaisseau avec mon équipage ; je vais sur la mer vineuse chez des hommes au parler étranger chercher du bronze à Témésa.

(L’Odyssée, traduction de Médéric Dufour et Jeanne Raison, 1935)

J’ai lu L’Odyssée en anglais pour la première fois à l’âge de onze ans. Athéna, sous les traits de Mentor, annonce au fils d’Ulysse, Télémaque, que son père est de retour de Troie. En dépit de la poésie des vers traduits par Samuel Butler, ma lecture a été heurtée, d’une part à cause des noms grecs difficiles à prononcer, et d’autre part à cause de termes étranges. Un mot en particulier a attiré mon attention.

« Qu’est-ce que « vineuse » ? » C’est la question que je pose à Maman.

Elle bat des paupières. « Qu’est-ce que tu en penses ?

– Je crois que c’est une métaphore créée par Homère. » Je me rappelle les figures de style apprises en cours de littérature. « Mais la mer est plutôt bleue, non ?

– Homère était aveugle, soupire Maman. Et la mer n’est pas toujours bleue. »

Impressions

La collection de novellas RéciFs des éditions Argyll regorge de pépites. Et Colorer le monde en est une parfaite illustration. Dans ce recueil, l’autrice chinoise Mu Ming nous propose deux nouvelles axées notamment sur les nouvelles technologies, le langage, l’art, et notre perception du monde.

D’une écriture fluide et poétique, elle nous transporte tout d’abord dans une société futuriste où les implants sont devenus la norme. La petite Amy, dont la mère refuse qu’elle porte les fameux ajusteurs rétiniens, souffre d’être ainsi mise à l’écart par ses camarades de classe, ne pouvant voir le monde de la même manière qu’eux. C’est précisément cette notion de transformation de la perception du monde par les nouvelles technologies que Mu Ming aborde, tout comme celle de la transformation du langage : « Lorsque les innovations technologiques ont commencé à transformer le langage décrivant le monde, elles ont aussi irréversiblement altéré notre manière de le percevoir. Même détachée de la technologie elle-même, la langue a profondément remodelé l’esprit des gens. » En invitant le virtuel a recoloré le réel, les correcteurs rétiniens refaçonnent la réalité, créant un fossé entre ceux dotés d’implants, et ceux ne voyant le monde qu’à travers leurs yeux, au naturel, un monde plus terne et sans paillettes. « Nous accordons tous trop d’importance à ce que nous voyons, nous oublions d’écouter, nous oublions de raconter ». Comment ne pas faire le lien entre ce que nous vivons aujourd’hui dans notre société où beaucoup d’entre nous (et je m’inclus dedans) consacrons une grande partie de notre temps aux réseaux sociaux, scotchés que nous sommes à nos écrans… au détriment du partage et de la conversation en face à face ?

La deuxième nouvelle, Qui possède la lune ?, traite également de l’impact des nouvelles technologies sur notre perception du monde, tout en abordant le thème de l’art et de la possession. Elle y dénonce également avec justesse les conditions de travail en usine dans une scène de représentation artistique que j’ai trouvé particulièrement réussie.

Ce recueil de deux novellas est une belle réussite, invitant à la réflexion sur l’impact des nouvelles technologies sur notre rapport au monde, à soi et aux autres.

Colorer le monde – Mu Ming – Novembre 2025 – RéciFs (Argyll) – Couverture réalisée par Anouck Faure – Traduit du chinois par Gwennaël Gaffric

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Des Ombres sur le Foyer – Judith Merril

17 lundi Nov 2025

Posted by Aurélie in Romans étrangers, SF

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Les premières phrases

« Plusieurs bombes atomiques d’origine inconnue sont tombées dans le port de New York et ses abords cet après-midi. La première explosion a eu lieu vers 13h15, heure locale, et a été suivie d’autres déflagrations pendant environ une demi-heure. Nous savons qu’aucune bombe n’a été larguée après 14 heures. Des témoins rapportent que la première ogive a explosé sous l’eau à l’embouchure de l’East River, touchant la navigation portuaire de New York et Brooklyn, et endommageant considérablement une grande partie de la pointe inférieure de l’île de Manhattan. Pour le moment, aucune déclaration officielle n’a été faite… »

Impressions

J’ai dévoré ce roman de SF se passant aux États-Unis après une attaque nucléaire. L’autrice Judith Merril se focalise sur une femme tentant de comprendre l’impact de la catastrophe sur son quotidien et celui de ses deux filles, en l’absence de son mari dont elle n’a plus de nouvelles depuis son départ le matin.

Écrit en 1950, ce roman (le premier de l’autrice) dénonce les biais d’une société patriarcale où les femmes n’ont leur place qu’au sein du foyer et où le racisme est prégnant. Ne vous attendez pas à un livre rempli d’actions. Ici, l’autrice nous propose plutôt de traiter un événement dramatique du point de vue d’une famille : la mère Gladys, ses deux filles de 15 et 5 ans, et sa bonne, Veda. Il s’agit quasiment d’un huis clos : tout (ou presque) a lieu au sein de leur maison. Les nouvelles se font via la radio. Seules les équipes de sécurité ont le droit de circuler dans la ville et d’aller à la rencontre des habitants. Comment, dans ce contexte, savoir ce qu’il se passe réellement dehors ? Comment connaître la dangerosité de la situation ? À qui faire confiance : aux membres de la sécurité ? au personnel médical ? Bien que le roman date de la guerre froide, il aborde des sujets toujours d’actualité : le danger d’être un lanceur d’alertes, la toute puissance des canaux d’informations officiels et des forces de l’ordre, le délabrement des organismes de santé, le racisme…

C’est assurément un texte qui fait réfléchir et qui fait froid dans le dos. Un grand merci aux éditions Argyll pour cette traduction, réalisée par Alexane Bébin. À noter également : la préface et la postface de DoctriZ, qui permettent de comprendre toute la portée de ce texte.

Des Ombres sur le Foyer – Judith Merril – Argyll – Octobre 2025 – Traduit de l’anglais par Alexane Bébin – Couverture réalisée par Xavier Collette

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