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» Le garçon fut emmené à l’étage sans avertissement, sans qu’il ne proteste, comme c’était systématiquement le cas à chacun des changements qui avaient rythmé ses dix-sept années d’existence, au cours desquelles il avait été déplacé d’une cellule à une autre chaque fois que l’entrave à sa cheville devenait trop petite pour lui et que le docteur venait l’échanger contre une plus grande, opération qu’il menait à bien à l’aide d’un outil appelé le Maillet par les gens de la Cale et qui lui disloquait à chaque fois le tibia, faisant parfois gicler le sang de la cheville et provoquant chez le garçon un sentiment de malaise et de crainte superstitieuse lorsqu’il entrevoyait, pendant l’instant où l’entrave et la chaîne étaient enlevées, la tache brillante et singulière de peau pâle sur sa jambe qui, selon le prophète, hébergeait le siège de l’âme. »
Impressions
Après avoir eu un coup de cœur pour son roman Un étranger en Olondre, Sofia Samatar, autrice américano-somalienne, continue de me convaincre avec sa dernière novella La Pratique, l’Horizon et la Chaîne. Au programme : de la SF militante qui traite avec justesse d’esclavagisme, d’oppression, de classes sociales, d’art, et des liens qui nous unissent.
Au sein de la Flotte, il y a la Cale où se trouvent les enchaînés, main d’œuvre extrayant le minerai permettant à l’humanité de survivre dans l’Espace. Tous sont reliés par une chaîne. Le garçon n’a jamais rien connu d’autres. Il vit depuis toujours avec cette chaîne au pied, marque de son asservissement comme du lien qui le relie à tous les autres enchaînés. À commencer par le prophète, son compagnon de cellule, un vieillard sachant manier le langage, qui l’a poussé à parfaire sa passion : le dessin. C’est justement ce don qui va lui permettre de sortir de la Cale pour monter à l’étage, là où l’on ne porte plus de chaîne… mais un bracelet de cheville.
L’autrice ne nous donne pas d’emblée les clés pour comprendre où l’on met les pieds. Tout se révèle par bribes, petit à petit, à l’image du garçon projeté du jour au lendemain de la soute au monde d’en haut où les règles ne lui sont pas transmises. Qu’attend-on de lui ? Pourquoi a-t-il été tiré hors de la Cale ? Autant de questions qui nous poussent à lire cette novella d’une traite ! Ici, l’art et le lien deviennent des armes de résistance. Voici un très beau texte que l’on devrait mettre entre toutes les mains.
La Pratique, l’Horizon et la Chaîne – Sofia Samatar – Avril 2026 – Argyll (collection RéciFs) – Traduit de l’anglais par Patrick Dechesne – Illustration de couverture réalisée par Anouck Faure




