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Il n’y a jamais de mauvais moment pour lire.
Source: imaginemeandyou.tumblr.com via Aurélie on Pinterest
10 jeudi Mai 2012
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Il n’y a jamais de mauvais moment pour lire.
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05 samedi Mai 2012
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Audur Ava Olafsdottir, Critique de livre, Rosa Candida, roses, Zulma
Les premières phrases« Comme je vais quitter le pays et qu’il est difficile de dire quand je reviendrai, mon vieux père de soixante-dix-sept ans veut rendre notre dernier repas mémorable. Il va préparer quelque chose à partir des recettes manuscrites de maman – quelque chose qu’elle aurait pu cuisiner en pareille occasion.
« J’ai pensé, dit-il, à de l’églefin pané à la poêle et ensuite une soupe au cacao avec de la crème fouettée. » Pendant que papa essaie de trouver comment s’y prendre pour la soupe au cacao, je vais chercher mon frère à son foyer dans la vieille Saab qui va sur ses dix-huit ans. Josef m’attend depuis un moment, planté sur le trottoir et visiblement content de me voir. Il est sapé à bloc parce que c’est ma soirée d’adieu, il porte la chemise que maman lui a achetée en dernier, violette à motifs de papillons.
Pendant que papa fait revenir l’oignon alors que les morceaux de poisson attendent, tout prêts, sur leur lit de chapelure, je vais dans la serre chercher les boutures de rosier que je vais emporter. Papa m’emboîte le pas, ciseaux à la main, pour couper de la ciboulette destinée à l’églefin et Josef, silencieux, le suit comme une ombre. Il n’entre plus dans la serre depuis qu’il a vu les débris de verre causés par la tempête de février qui a réduit en miettes beaucoup de vitres. Il reste dehors, près de la congère, et nous suit du regard. Papa et lui portent le même gilet noisette avec des losanges jaunes. «
Lu fin avril, début mai, dans le train. Une jolie lecture.
Arnljottur a tout juste 22 ans. Il vient de perdre sa mère, et d’apprendre qu’il va devenir père, après une nuit passée avec une jeune femme qu’il connaît à peine, Anna. Lié à sa mère par la passion des jardins et des fleurs, il décide de partir s’occuper d’une roseraie laissée à l’abandon, au sein d’un monastère, avec pour bagage, des boutures d’une variété de roses uniques : la Rosa Candida à huit pétales. Un très beau livre sur la quête de soi, le deuil et l’apprentissage de la paternité, où l’on se surprend à sentir l’odeur de beurre fondue dans la poêle, de soupe au cacao, et de roses entêtantes.
Je sens que maman commence à disparaître, j’ai tellement peur de ne plus pouvoir bientôt tout me remémorer. C’est pourquoi j’évoque à nouveau notre dernière conversation au téléphone, lorsqu’elle a appelé de la voiture écrabouillée et je m’attarde sur les plus petits détails imaginables. Maman voulait appeler papa et c’est moi qui ai répondu. Il lui avait donné le portable peu de temps auparavant mais à ma connaissance, elle ne s’en servait jamais ; je ne savais même pas si elle l’emportait avec elle. Pour qu’elle continue d’exister, je m’ingénie à découvrir constamment quelque chose de nouveau à son sujet, à chaque réminiscence j’ajoute de nouveaux renseignements sur ce que j’ignorais avant.
Papa ne lui avait pas dit au revoir différemment ce matin-là ; il avait du mal à me pardonner d’avoir répondu au téléphone et encore plus à se pardonner lui-même de n’avoir pas été à la maison. Il aurait voulu être le dépositaire des derniers mots de maman, qu’elle ne parte pas sans lui avoir dédié ses dernières paroles.
« Elle avait besoin de moi, et j’étais dans une boutique en train d’acheter une rallonge électrique », dit-il.
Rosa Candida – Audur Ava Olafsdottir – 2010 (Editions Zulma)
03 jeudi Mai 2012
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Un livre transporte dans un autre univers. Des paysages prennent forme. Des personnages prennent vie. La magie emporte le lecteur à chaque page.
Ici, saurez-vous reconnaître le livre ? Je vous laisse deviner…
Source: flickr.com via Aurélie on Pinterest
17 mardi Avr 2012
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Critique de livre, euro millions, Grégoire Delacourt, JC Lattès, La liste de mes envies, loveinbooks
Les premières phrases« On se ment toujours.
Je sais bien, par exemple, que je ne suis pas jolie. Je n’ai pas des yeux bleus dans lesquels les hommes se contemplent ; dans lesquels ils ont envie de se noyer pour qu’on plonge les sauver. Je n’ai pas la taille mannequin ; je suis du genre pulpeuse, enrobée même. Du genre qui occupe une place et demie. J’ai un corps dont les bras d’un homme de taille moyenne ne peuvent pas tout à fait faire le tour. Je n’ai pas la grâce de celles à qui l’on murmure de longues phrases, avec des soupirs en guise de ponctuation ; non. J’appelle plutôt la phrase courte. La formule brutale. L’os du désir, sans la couenne ; sans le gras confortable.
Je sais tout ça. «
Lu en deux jours à peine. Un livre qui se lit trop vite.
L’histoire est toute simple : Jocelyne remporte la cagnotte de l’Euro Millions… Mais voilà, l’argent fait-il le bonheur ? Doit-elle encaisser ce chèque inespéré, elle qui est, malgré tout, satisfaite de sa petite vie de mercière ? Un roman émouvant, qui parle aussi bien du couple, que de la perte d’êtres chers, ou encore du bonheur. Attention cependant aux critiques et publicités vendant ce livre comme un livre qui rend heureux ! Je ne suis vraiment pas d’accord ! Ce livre émeut avant tout, loin de tout optimisme.
La dernière fois où nous la vîmes, c’était à Noël dernier.
Quand son père lui a demandé ce qu’elle faisait, elle a sorti une petite caméra de son sac et l’a branchée sur le Radiola. Nadine n’aime pas les mots. Elle parle très peu depuis qu’elle parle. Elle ne m’a jamais dit maman j’ai faim, par exemple. Elle se levait et prenait alors quelque chose à manger. Jamais dit : fais-moi réciter mon poème, ma leçon, mes tables de multiplication. Elle gardait les mots en elle, comme s’ils étaient rares. Nous conjuguions le silence elle et moi : regards, gestes, soupirs en lieu et place de sujets, verbes, compléments.
Sur l’écran sont apparues des images en noir et blanc de trains, de rails, d’aiguillages ; au début, c’était très lent, puis tout s’est accéléré lentement, les images se sont superposées, le rythme devenait envoûtant, fascinant ; Jo s’est levé, a été prendre une bière sans alcool dans le frigo ; je ne pouvais pas détacher mes yeux de l’écran, ma main a pris celle de ma fille, sujet, des ondes ont parcouru mon corps, verbe, Nadine a souri, complément. Jo bâillait. Je pleurais.
Quand le film a été fini, Jo a dit qu’en couleurs, avec du son et sur un écran plat, ça serait pas mal ton film fillette, et moi je lui ai dit merci, merci Nadine, je ne sais pas ce que tu as voulu dire avec ton film, mais j’ai réellement ressenti quelque chose. Elle a débranché la petite caméra du Radiola et elle a chuchoté en me regardant : j’ai écrit le Boléro de Ravel en images maman, pour que les sourds puissent l’entendre.
La liste de mes envies – Grégoire Delacourt – 2012 (Editions Jean-Claude Lattès)
14 samedi Avr 2012
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1Q84, Critique de livre, Haruki Murakami, Livre, loveinbooks, roman
Les premières phrases« « Pourriez-vous vous abstenir de fumer, monsieur Ushikawa ? », dit l’homme le plus petit.
Ushikawa regarda un moment le visage de son interlocuteur qui lui faisait face de l’autre côté du bureau, puis ses yeux se reportèrent sur la cigarette Seven Stars qu’il tenait entre les doigts. Elle n’était pas allumée.
« Excusez-nous », ajouta l’homme sur un ton très protocolaire.
Ushikawa afficha un certain embarras, comme s’il se demandait comment cette chose-là était arrivée dans sa main.
« Ah, oui, pardon. Ce n’est pas bien. Bien sûr, je ne vais pas l’allumer. Mes mains se sont mises en mouvement toutes seules sans que je n’en sache rien. »
L’homme, dont la mâchoire bougea d’un centimètre environ sur le côté, conserva un regard absolument fixe. Focalisé inexorablement sur les yeux d’Ushikawa. Ce dernier remit sa cigarette dans le paquet, qu’il enferma dans le tiroir de son bureau.
L’homme le plus grand, dont les cheveux étaient attachés en queue-de-cheval, était debout près de la porte, presque à la frôler. Il examinait Ushikawa comme s’il s’était agi d’une tache sur le mur. Des types vraiment sinistres, se dit Ushikawa.
C’était la troisième fois qu’il rencontrait les deux hommes, et pourtant, il ne se sentait toujours pas à l’aise devant eux.
Dans son bureau pas très vaste, il y avait une table de travail, et le petit homme à la tête rasée avait pris place en face de lui. C’était son rôle de parler. Queue-de-cheval gardait le silence à tout jamais. Il se contentait de conserver les yeux fixés sur Ushikawa, totalement immobile, semblable à l’un de ces chiens de pierre gardiens des sanctuaires shintô.
« Cela fait trois semaines », déclara Tête-de-moine.
Ushikawa prit dans la main le calendrier et eut un petit signe approbateur après avoir vérifié ce qui y était inscrit.
« Vous avez raison. Aujourd’hui, cela fait exactement trois semaines que nous nous sommes vus.
– Et durant tout ce temps, nous n’avons reçu aucun rapport de votre part. Je vous l’ai déjà dit, je crois, mais la situation est extrêmement urgente. Nous n’avons pas de temps à perdre, monsieur Ushikawa.
– J’en suis parfaitement conscient, répondit Ushikawa en faisant tourner dans ses doigts, faute de cigarette, son briquet doré. Pas question de lambiner. Je le sais très bien. »
Le Livre 3 de la saga 1Q84. Un bonheur de poursuivre l’aventure d’Aomamé et Tengo après les deux premiers tomes.
Enfin s’achève 1Q84… Enfin, peut-être… Car Haruki Murakami pourrait bien nous emmener encore plus loin dans son histoire. Cela ne me dérangerait pas ! On se laisse porter par la magie de son univers à la frontière entre le réel et l’imaginaire. On se laisse emporter par les liens unissant depuis l’enfance les deux héros. Vont-ils enfin se retrouver ? … Un style plein de poésie où l’on se plaît à croire qu’il existe bien deux lunes dans le ciel. Envoûtant.
Malgré tous ses efforts, il ne put distinguer la moindre étoile. En revanche, la lune attira son attention. Une lune grosse aux deux tiers, suspendue à mi-hauteur du ciel. Elle était distinctement visible entre deux nuages, et il pouvait même voir ses motifs sombres qui évoquaient des ecchymoses. La lune d’hiver, froide et blême, peuplée de signes et de mystères immémoriaux. Elle flottait dans le ciel, muette, impavide, comme l’œil d’un mort.
Soudain, Ushikawa retint son souffle. Il en oublia même de respirer un instant. Car dans une trouée entre les nuages, il discerna, pas très loin de la lune de toujours, une seconde lune. Beaucoup plus petite. De couleur verte, comme si elle était couverte de mousse. Et à la silhouette déformée. Pourtant, c’était une lune, il n’y avait aucun doute à cela. Il n’existait pas d’étoile aussi grosse. Ce n’était pas non plus un satellite artificiel. Et elle était là, immobile dans le ciel de la nuit.
Ushikawa ferma les yeux, attendit quelques secondes avant de les rouvrir. Il devait s’agir d’une illusion d’optique. Une chose pareille ne pouvait pas se trouver là. Et pourtant, il eut beau fermer les yeux, les rouvrir, recommencer, la nouvelle petite lune était toujours là. Les nuages qui défilaient la dissimulaient parfois, mais elle réapparaissait ensuite, bien installée à sa place.
1Q84 – Livre 3 – Haruki Murakami – 2012 (Editions Belfond)
12 jeudi Avr 2012
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Daily Telegraph, impression d'un livre, imprimerie, Livres, loveinbooks, magie des livres, Slightly Foxed
L’impression d’un livre… Une vidéo réalisée par le Daily Telegraph chez Slightly Foxed.
04 mercredi Avr 2012
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Un livre… Le meilleur des compagnons par mauvais temps…
Source: jenkhoshbin.com via Aurélie on Pinterest
21 mercredi Mar 2012
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Critique de livre, Editions de l'Olivier, Gary Shteyngart, Livres, romans, Super triste histoire d'amour
Les premières phrases« Très cher Journal,
Aujourd’hui, j’ai pris une grande décision : je ne mourrai jamais.
D’autres mourront autour de moi. Annihilés. Rien de leur personnalité ne subsistera. Extinction des feux. Leur vie, leur entièreté, seront résumées sur le marbre poli de leur pierre tombale par des formules mensongères (« Son étoile brillait au firmament », « Nous ne t’oublierons jamais », « Il aimait le jazz »), lesquelles seront à leur tour balayées par un raz-de-marée ou mises en pièces par on ne sait quelle dinde de l’avenir génétiquement modifiée.
Ne les laissez pas vous raconter que la vie est un voyage. Un voyage, c’est quand on arrive quelque part. Quand je prends la ligne 6 du métro pour aller voir mon assistante sociale, ça c’est un voyage. Quand je supplie le pilote de l’avion brinquebalant de la UnitedContinentalDeltamerican en plein survol trémulant de l’Atlantique de faire demi-tour vers Rome et les bras volages d’Eunice Park, ça c’est un voyage.
Mais minute. Ce n’est pas tout. Il y a notre héritage. On ne meurt pas, puisque notre progéniture nous survit ! La transmission rituelle de l’ADN, les frisettes maternelles, la lèvre inférieure de son grand-père, « Je crois que les enfants sont notre avenir ». Là, je cite The Greatest Love of All, de la diva pop des années 1980 Whitney Houston, piste 9 de son premier 33 tours éponyme.
Des conneries tout ça. «
Pour être tout à fait honnête, ce livre a bien failli ne pas figurer sur ce blog… J’ai eu beaucoup de mal à le finir.
J’avais lu de très bonnes critiques sur Super triste histoire d’amour… Peut-être trop… Et j’ai été déçue. Le style d’écriture est pourtant superbe quand le personnage principal Lenny écrit dans son journal intime, mais trop cru et répétitif à d’autres moments, notamment lors des échanges mails d’Eunice… Certes, c’est voulu, mais j’ai eu beaucoup de mal à m’y faire.
Ce livre raconte l’histoire de Lenny, un émigré russe habitant aux Etats-Unis dans un futur proche. Un pays passé sous le joug de la Chine et du yuan. Dans son journal intime, Lenny raconte son malaise face à une société asservie par les nouvelles technologies, l’argent et la recherche de la jeunesse éternelle. Un monde où les « livres papier » sont méprisés, et où les relations humaines sont devenus insipides. Il tombe amoureux d’Eunice, une jeune fille esclave du shopping compulsif et incapable d’être heureuse…
La description de ce futur hypothétique donne des frissons… Les dernières pages sont bouleversantes. A lire donc pour faire en sorte que l’homme ne devienne pas incapable de toute relation humaine.
Puis j’ai célébré mon mur de livres. J’ai compté les volumes sur mon étagère moderne de six mètres de long pour m’assurer qu’aucun n’avait été déplacé ou utilisé comme petit bois par mon sous-locataire. « Vous êtes mes objets sacrés, j’ai dit aux livres. Personne à part moi ne s’intéresse à vous. Mais je vous garderai avec moi pour toujours. Et un jour, je vous rendrai vos lettres de noblesse. » J’ai pensé à cette terrible calomnie propagée par la nouvelle génération : les livres puent. Et pourtant, en vue de la possible arrivée d’Eunice Park, j’ai pris mes précautions et vaporisé un spray au parfum de fleurs sauvages à proximité de ma bibliothèque, ventilant de mes mains les essences pulvérisées en direction des reliures.
Super triste histoire d’amour – Gary Shteyngart – 2012 (Editions de l’Olivier)
09 vendredi Mar 2012
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histoires, Imagination, Inspiration, Livres, magie des livres
27 lundi Fév 2012
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Critique de livre, Didier van Cauwelaert, Le Journal intime d'un arbre, Michel Lafon, poirier
Les premières phrases« Je suis tombé au lever du jour. Transmise par la lumière sur mes racines et le contact de mes branches avec la terre, l’information m’a été confirmée par le facteur. Je me suis vu gisant dans ses yeux, en travers de l’allée. Sa première pensée a été pour le docteur Lannes. « Le pauvre, quand il rentrera… »
La tristesse que j’allais causer à mon propriétaire s’est mêlée à tous les signaux de détresse que je percevais autour de moi. Insectes, oiseaux, champignons, tous avaient perdu mon repère. Je m’accrochais à l’espoir qu’on allait peut-être me sauver, comme le catalpa derrière le garage qui s’était couché lors de la tempête de 1999. On l’avait redressé avec un treuil, et depuis il survivait de son mieux, maintenu par trois câbles ornés de chiffons.
Mais, à travers les yeux du facteur, j’ai bien vu que mes branches charpentières s’étaient brisées dans la chute. Déraciné, décapité, j’avais en tout cas épargné mes congénères, les voisins, les toitures et la tonnelle où courait la glycine. Je ne laisserais pas de mauvais souvenirs.
On m’appelait Tristan, j’avais un peu moins de trois cents ans, j’étais l’un des deux poiriers du docteur Lannes. Il m’avait fait inscrire sur la liste d’attente des Arbres remarquables de France, et avait obtenu ma grâce au tribunal quand les voisins m’avaient poursuivi pour vieillesse dangereuse. J’étais son bien le plus cher, son devoir de mémoire, sa victoire sur le temps. A son âge, ma mort allait probablement le tuer…
J’ignore si nos liens se renoueront. Y a-t-il un au-delà commun pour les hommes et les arbres? «
Lu en quelques jours. Un très bon livre.
Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu un livre de Didier van Cauwelaert. Le Journal intime d’un arbre m’a redonné envie de redécouvrir cet auteur. Mêlant humour et émotions, ce livre parvient à nous faire croire que les arbres pensent. Et qui sait ? Peut-être est-ce vrai ? Tristan, ce poirier qui a traversé plus de 300 ans d’histoire, nous montre l’espèce humaine à travers son regard ancestral. Sa chute n’est que le commencement d’une très belle aventure. Surtout, il nous fait réfléchir à la responsabilité des hommes envers la nature. A lire de toute urgence !
Le docteur Lannes s’affaiblissait depuis quelques années, lui aussi, je le sentais bien. Mais lequel de nous deux déteignait sur l’autre ? Quand il s’accrochait à moi pour se recharger, je lui prenais autant d’énergie qu’il m’en demandait : c’est le principe des échanges entre nos espèces, mais vient toujours un moment où l’être humain ne tient plus la charge. J’en ai fait si souvent l’expérience. Cette fois, c’est moi qui me suis épuisé à vouloir le sauver, peut-être. Quand il s’appuyait contre moi, je sentais la flambée de ses cellules. La même exubérance désordonnée qui nous amène à fleurir dix fois plus à l’approche de notre mort, pour augmenter les chances de nous reproduire. Le cancer des fleurs. Mais son organisme à lui se battait sans le savoir ; on ne lui avait décelé qu’une faiblesse cardiaque, et j’étais le seul à percevoir le dérèglement que j’essayais de ralentir, à son contact, en stimulant ce qu’il appelle ses anticorps. Depuis qu’un botaniste anglais m’a révélé mon pouvoir, je m’en sers en connaissance de cause. Tout en sachant bien qu’il ne s’agit, comme dirait le docteur Lannes, que de soins palliatifs.
J’ai aimé sa manière de vieillir. Quand il s’approchait de moi, toujours vêtu dans les tons gris, vert sombre ou feuille morte, sa haute stature inclinée de côté, ridé en craquelures comme mon écorce, j’avais l’impression de me regarder marcher. Jamais quelqu’un ne s’était senti aussi lié à moi. Sans doute parce que je conservais dans mon tronc la balle allemande qui avait tué son fils. Le plus jeune résistant de France, pendant la dernière guerre locale. J’étais à la fois son poteau d’exécution et son souvenir vivant. Pour Georges Lannes, persuadé que la mort est une seconde naissance, je portais son enfant comme l’avait fait sa femme. J’étais le gardien d’une âme. Une de plus.
Que vont devenir toutes ces mémoires humaines, quand j’aurai cessé de vivre ?
Le Journal intime d’un arbre – Didier van Cauwelaert – 2011 (Editions Michel Lafon)