The Fantastic Flying Books of Mr. Morris Lessmore – Quand les livres prennent vie…

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« The Fantastic Flying Books of Mr. Morris Lessmore »… Un magnifique court-métrage réalisé par William Joyce. Tout simplement magique. A recommander à tous les amoureux des livres… et à tous ceux qui ont pu oublier leur magie.

Harry Potter and the Deathly Hallows – J.K.Rowling

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Les premières phrases

«  The two men appeared out of nowhere, a few yards apart in the narrow, moonlit lane. For a second they stood quite still, wands directed at each other’s chests; then, recognising each other, they stowed their wands beneath their cloaks and started walking briskly in the same direction.

« News? » asked the taller of the two.

« The best », replied Severus Snape.

The lane was bordered on the left by wild, low-growing brambles, on the right by a high, neatly manicured hedge. The men’s long cloaks flapped around their ankles as they marched.

« Thought I might be late », said Yaxley, his blunt features sliding in and out of sight as the branches of overhanging trees broke the moonlight. « It was a little trickier than I expected. But I hope he will be satisfied. You sound confident that your reception will be good? »

Snape nodded, but did not elaborate. They turned right, into a wide driveway that led off the lane. The high hedge curved with them, running off into the distance beyond the pair of impressive wrought-iron gates barring the men’s way. Neither of them broke step: in silence both raised their left arms in a kind of salute and passed straight through as though the dark metal were smoke. »

Circonstances de lecture

Je me suis mise assez tard dans la saga Harry Potter, après la sortie en salles des deux premiers volets. Par esprit de contradiction ? Peut-être… En attendant, une fois le premier tome ouvert, je suis devenue complètement accro aux livres !

Impressions

J.K.Rowling a une plume unique. Elle transporte avec naturel son lecteur dans un monde magique, et sait brosser des portraits de personnages attachants et plein de facettes. Mon préféré : Severus Snape (Rogue en français). Sept tomes que je lis et relis toujours avec le même plaisir. Accro ? Oui, totalement !

Un passage parmi d’autres

 « Where’s my wand? »

She reached down beside the bed and held it out to him.

The holly and phoenix wand was nearly severed in two. One fragile strand of phoenix feather kept both pieces hanging together. The wood had splintered apart completely. Harry took it into his hands as though it was a living thing that had suffered a terrible injury. He could not think properly: everything was a blur of panic and fear. Then he held out the wand to Hermione.

« Mend it. Please. »

« Harry, I don’t think, when it’s broken like this… »

« Please, Hermione, try! »

« R…Reparo. »

The dangling half of the wand resealed itself. Harry held it up.

« Lumos! »

The wand sparked feebly, then went out. Harry pointed it at Hermione.

« Expelliarmus! »

Hermione’s wand gave a little jerk, but did not leave her hand. The feeble attempt at magic was too much for Harry’s wand, which split into two again. He stared at it, aghast, unable to take in what he was seeing… the wand that had survived so much…

« Harry », Hermione whispered, so quietly he could hardly hear her. « I’m so, so sorry. I think it was me. As we were leaving, you know, the snake was coming for us, and so I cast a Blasting Curse, and it rebounded everywhere, and it must have… must have hit… »

« It was an accident », said Harry mechanically. He felt empty, stunned. « We’ll… we’ll find a way to repair it. »

« Harry, I don’t think we’re going to be able to », said Hermione, the tears trickling down her face. « Remember… remember Ron? When he broke his wand, crashing the car? It was never the same again, he had to get a new one. »

Harry thought of Ollivander, kidnapped and held hostage by Voldemort, of Gregorovitch, who was dead. How was he supposed to find himself a new wand?

« Well », he said, in a falsely matter-of-fact voice, « well, I’ll just borrow yours for now, then. While I keep watch. »

Her face glazed with tears, Hermione handed over her wand, and he left her sitting beside his bed, desiring nothing more than to get away from her.

Harry Potter and the Deathly Hallows – J.K.Rowling – 2007 (Bloomsbury Publishing)

Des livres et des mots…

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Une pièce sans livres… Comme un corps sans âme…

A room without books

Ensemble, c’est tout – Anna Gavalda

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Les premières phrases

«  Paulette Lestafier n’était pas si folle qu’on le disait. Bien sûr qu’elle reconnaissait les jours puisqu’elle n’avait plus que ça à faire désormais. Les compter, les attendre et les oublier. Elle savait très bien que c’était mercredi aujourd’hui. D’ailleurs elle était prête ! Elle avait mis son manteau, pris son panier et réuni ses coupons de réductions. Elle avait même entendu la voiture de la Yvonne au loin… Mais voilà, son chat était devant la porte, il avait faim et c’est en se penchant pour reposer son bol qu’elle était tombée en se cognant la tête contre la première marche de l’escalier. 

Paulette Lestafier tombait souvent, mais c’était son secret. Il ne fallait pas en parler, à personne.

« A personne, tu m’entends? » se menaçait-elle en silence. « Ni à Yvonne, ni au médecin et encore moins à ton garçon… »

Il fallait se relever lentement, attendre que les objets redeviennent normaux, se frictionner avec du Synthol et cacher ces maudits bleus.

Les bleus de Paulette n’étaient jamais bleus. Ils étaient jaunes, verts ou violacés et restaient longtemps sur son corps. Bien trop longtemps. Plusieurs mois quelquefois… C’était difficile de les cacher. Les bonnes gens lui demandaient pourquoi elle s’habillait toujours comme en plein hiver, pourquoi elle portait des bas et ne quittait jamais son gilet.

Le petit, surtout, la tourmentait avec ça :

– Alors, Mémé ? C’est quoi ce travail ? Enlève-moi tout ce bazar, tu vas crever de chaud ! »

Non, Paulette Lestafier n’était pas folle du tout. Elle savait que ses bleus énormes qui ne partaient jamais allaient lui causer bien des ennuis un jour… »

Circonstances de lecture

Dévoré dès sa sortie en 2004. Un bonheur de lecture.

Impressions

Anna Gavalda sait transporter ses lecteurs avec des histoires toutes simples qui rendent heureux, et qui émeuvent en même temps. Je ne m’en lasse pas. Ici, des êtres égarés se rencontrent, et, ensemble, arrivent à braver la vie. Les Anna Gavalda sont des romans bien épais, dont on aimerait qu’ils ne se terminent jamais.

Un passage parmi d’autres

 Le pilon de la vie lui avait appris à se méfier des certitudes et des projets d’avenir, mais il y avait une chose dont Camille était sûre : un jour, dans très très longtemps, quand elle serait bien vieille, encore plus vieille que maintenant, avec des cheveux blancs, des milliers de rides et des taches brunes sur les mains, elle aurait sa maison à elle. Une vraie maison avec une bassine en cuivre pour faire des confitures et des sablés dans une boîte en fer blanc cachée au fond d’un buffet. Une longue table de ferme, bien épaisse, et des rideaux de cretonne. Elle souriait. Elle n’avait aucune idée de ce qu’était la cretonne, ni même si cela lui plairait, mais elle aimait ces mots : rideaux de cretonne… Elle aurait des chambres d’amis et, qui sait ? peut-être des amis ? Un jardin coquet, des poules qui lui donneraient de bons œufs à la coque, des chats pour courir après les mulots et des chiens pour courir après les chats. Un petit carré de plantes aromatiques, une cheminée, des fauteuils défoncés et des livres tout autour. Des nappes blanches, des ronds et des serviettes chinés dans des brocantes, un appareil à musique pour écouter les mêmes opéras que son papa et une cuisinière à charbon où elle laisserait mijoter de bons œufs carottes toute la matinée…

De bons œufs carottes… n’importe quoi…

Une petite maison comme celles que dessinent les enfants, avec une porte et deux fenêtres de chaque côté. Vieillotte, discrète, silencieuse, envahie par la vigne vierge et les rosiers grimpants. Une maison avec des gendarmes sur le perron, ces petites bêtes noires et rouges qui vont toujours collées deux par deux. Un perron bien chaud qui aurait emmagasiné toute la chaleur du jour et sur lequel elle s’assiérait le soir, pour guetter le retour du héron…

Et puis une vieille serre qui lui tiendrait lieu d’atelier… Enfin ça, ce n’était pas sûr… Jusqu’à présent, ses mains l’avaient toujours trahie et peut-être valait-il mieux ne plus compter sur elles…

Peut-être que l’apaisement ne pouvait pas passer par là finalement ?

Par où alors ? Par où, s’angoissait-elle soudain.

Par où ?

Ensemble, c’est tout – Anna Gavalda – 2004 (Editions le dilettante)

La magie des livres en image…

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Un livre à peine entrouvert… Les mots sortent déjà un à un… La magie de l’histoire se libère…

Livre

Les Chants de la Terre – Elspeth Cooper

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Les premières phrases

«  La magie était libre à nouveau. 

Sa musique résonnait sur les nerfs de Gair comme sur les cordes d’une harpe, promesse de puissance vibrant sous ses doigts. Il n’avait qu’à l’accueillir à bras ouverts, s’il osait. Il appuya son front sur ses genoux et se mit à prier.

– Je Vous salue, Mère pleine de grâce, lumière et vie de ce monde. Heureux les débonnaires, car ils trouveront force en Vous. Heureux les miséricordieux, car ils trouveront justice en Vous. Heureux les égarés, car ils trouveront salut en Vous. Amen.

Phrase après phrase, verset après verset, la prière s’échappait de ses lèvres gercées. Il serra convulsivement ses doigts, cherchant la forme familière des grains de son chapelet pour ne pas perdre le fil, bien que ce soit fait depuis longtemps déjà. Lorsque les mots lui manquèrent, il serra ses genoux encore plus fort sur sa poitrine et recommença.

– Maintenant, je suis égaré dans les ténèbres, ô Mère, je me suis écarté de Votre voie, guidez-moi de nouveau…

La musique chuchotait toujours à son oreille. Rien ne pouvait en couvrir le murmure enjôleur. Ni les prières, ni les supplications, ni même les quelques hymnes dont il se souvenait encore. Elle était partout : dans les murs de fer rouillé de sa cellule, dans la sueur nauséabonde qui luisait sur sa peau, dans les couleurs qu’il voyait dans le noir. A chaque inspiration qu’il prenait, elle devenait un peu plus forte.

Un carillon argentin retentit. Gair ouvrir les yeux et fut ébloui par une lumière si vive, si blanche, qu’il dut se protéger le visage. A travers ses doigts, il vit deux silhouettes vêtues de lumière. Des anges. Sainte Mère, des anges envoyés pour le ramener avec eux.

– … Bénissez-moi maintenant et accueillez-moi à Vos côtés, pardonnez-moi tous mes péchés…

Agenouillé, Gair attendit d’être béni. Un violent coup du revers de la main lui fit perdre l’équilibre.

– Epargne-nous tes psalmodies, sale changelin !

Un autre coup le projeta brutalement contre le mur revêtu de fer. Une douleur fulgurante lui envahit la tempe et, dans un dernier frémissement, la musique se tut.  »

Circonstances de lecture

Lu fin janvier 2012. La présentation que l’éditeur Bragelonne en faisait m’a poussée à l’acheter. Un enchantement.

Impressions

Le livre en lui-même laissait déjà présager d’un bel objet. La lecture des premières pages m’a tout de suite emportée dans l’aventure de Gair, condamné à l’exil parce qu’il est l’un des seuls à entendre le Chant. Aidé par Alderan, il découvre petit à petit ses pouvoirs et la noirceur du monde qui l’entoure. Si vous aimez le Seigneur des Anneaux, La Légende du Peuple Turquoise d’Ange, mais aussi Harry Potter, ce livre est fait pour vous. D’autant qu’Elspeth Cooper a une vraie plume. Ce qui est assez rare en Fantasy. Vivement le prochain Tome !

Un passage parmi d’autres

 – Tu peux le faire, Gair.

Cette voix douce et grave lui emplit les oreilles, plus forte que la tempête, légère comme un murmure. D’énormes vagues s’écrasaient contre la coque de la « Mouette » et bouillonnaient sur son pont en pente, essayant d’emporter hommes et matériel. Les embruns déferlaient à leurs pieds. Au-dessus de leur tête, une corde trop tendue se rompit avec un claquement sonore.

Gair hésita.

– Je… Je ne pense pas. Le Chant est trop puissant.

– Ne pense pas ; aie foi, c’est tout. Aie foi en lui. Confiance en toi.

A ces mots, un bruissement enveloppa l’esprit de Gair comme le battement d’ailes puissantes. En réponse, une note chatoyante résonna là où régnait auparavant le silence. Pâle et ténue au début, elle se renforça à chacune de ses pulsations. D’autres notes suivirent, s’entrelaçant autour de la première pour former une harmonie complexe qui se mit à enfler et à exercer une pression croissante sur sa volonté. Tout ce qu’il avait à faire, c’était s’y ouvrir.

Il ne pouvait pas.

– N’aie pas peur. Il ne te fera pas de mal.

Gair entendit la voix d’Alderan aussi clairement que si les mots avaient été prononcés à l’intérieur de sa tête. Il en resta éberlué. La vague suivante faillit le faire tomber, et ce ne fut que grâce à la poigne ferme de son aîné qu’il resta debout. Une giclée d’eau de mer lui cingla le visage, l’aveuglant momentanément ; il cligna des paupières et vit qu’Alderan le regardait toujours intensément dans les yeux.

– Touche-le. Accepte-le. Il fait partie de toi, Gair. Il t’appartient.

– J’ai peur, chuchota le jeune homme, avant de s’ouvrir à la magie.

Elle le submergea entièrement. La tempête, la mer, le bateau sous ses pieds, tout devint secondaire. Il en avait encore conscience, mais vaguement, comme d’une conversation dans une autre pièce. Désormais, c’était une musique palpitante, en plein essor, qui occupait ses sens.

Les Chants de la Terre – Elspeth Cooper – Novembre 2011 (Editions Bragelonne)

The Shining – Stephen King

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Les premières phrases

«  Jack Torrance thought: Officious little prick. 

Ullman stood five-five, and when he moved, it was with the prissly speed that seems to be the exclusive domain of all small plump men. The part in his hair was exact, and his dark suit was sober but comforting. I am a man you can bring your problems to, that suit said to the paying customer. To the hired help it spoke more curtly: This had better be good, you. There was a red carnation in the lapel, perhaps so that no one on the street would mistake Stuart Ullman for the local undertaker.

As he listened to Ullman speak, Jack admitted to himself that he probably could not have liked any man on that side of the desk – under the circumstances.

Ullman had asked a question that he hadn’t caught. That was bad; Ullman was the type of man who would file such lapses away in a mental Rolodex for later consideration.

« I’m sorry? »

« I asked if your wife fully understood what you would be taking on here. And there’s your son, of course. » He glanced down at the application in front of him. « Daniel. Your wife isn’t a bit intimidated by the idea? »

« Wendy is an extraordinary woman. »

« And your son is also extraordinary? »

Jack smiled, a big wide PR smile. « We like to think so, I suppose. He’s quite self-reliant for a five-year-old. »

Circonstances de lecture

Lu il y a plus de dix ans… Le meilleur Stephen King à mon goût.

Impressions

Jack et sa femme Wendy s’installent avec leur petit garçon de 5 ans, Danny, dans un hôtel à l’écart de tout… Un enfant loin d’être ordinaire… Car c’est un « shiner » et il a un compagnon de jeu imaginaire. Dans ce lieu coupé du monde extérieur,  son don devient un enfer. L’hôtel vide semble prendre vie, pour le pire… Flippant.

Un passage parmi d’autres

 The first time he had been out in the back yard and nothing much had happened. Just Tony beckoning and then darkness and a few minutes later he had come back to real things with a few vague fragments of memory, like a jumbled dream. The second time, two weeks ago, had been more interesting. Tony, beckoning, calling from four yards over: « Danny… come see… » It seemed that he was getting up, then falling into a deep hole, like Alice into Wonderland. Then he had been in the basement of the apartment house and Tony had been beside him, pointing into the shadows at the trunk his daddy carried all his important papers in, especially « THE PLAY. »

« See? » Tony had said in his distant, musical voice. « It’s under the stairs. Right under the stairs. The movers put it right… under… the stairs. »

Danny had stepped forward to look more closely at this marvel and then he was falling again, this time out of the backyard swing, where he had been sitting all along. He had gotten the wind knocked out of himself, too.

Three or four days later his daddy had been stomping around, telling Mommy furiously that he had been all over the goddam basement and the trunk wasn’t there and he was going to sue the goddam movers who had left it somewhere between Vermont and Colorado. How was he supposed to be able to finish « THE PLAY » if things like this kept cropping up?

Danny said, « No, Daddy. It’s under the stairs. The movers put it right under the stairs. »

Daddy had given him a strange look and had gone down to see. The trunk had been there, just where Tony had shown him.

The Shining – Stephen King – 1977

La route – Cormac McCarthy

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Les premières phrases

« Quand il se réveillait dans les bois dans l’obscurité et le froid de la nuit il tendait la main pour toucher l’enfant qui dormait à son côté. Les nuits obscures au-delà de l’obscur et les jours chaque jour plus gris que celui d’avant. Comme l’assaut d’on ne sait quel glaucome froid assombrissant le monde sous sa taie. A chaque précieuse respiration sa main se soulevait et retombait doucement. Il repoussa la bâche en plastique et se souleva dans les vêtements et les couvertures empuantis et regarda vers l’est en quête d’une lumière mais il n’y en avait pas. Dans le rêve dont il venait de s’éveiller il errait dans une caverne où l’enfant le guidait par la main. »

Circonstances de lecture

Lu à sa sortie en 2008. Un choc.

Impressions

On en ressort secoué, choqué… Avec l’espoir que le monde ne finira pas dans l’état que décrit Cormac McCarthy… Car La route décrit un semblant de vie après l’apocalypse, la survie désespérée d’un père et de son fils dans un monde dépeuplé où les survivants sont pour la plupart retombés dans la violence et la barbarie. Glaçant. Indispensable.

Un passage parmi d’autres

 Une heure plus tard ils étaient sur la route. Il poussait le caddie et tous les deux, le petit et lui, ils portaient des sacs à dos. Dans les sacs à dos il y avait le strict nécessaire. Au cas où ils seraient contraints d’abandonner le caddie et de prendre la fuite. Accroché à la barre de poussée du caddie il y avait un rétroviseur de motocyclette chromé dont il se servait pour surveiller la route derrière eux. Il remonta le sac sur ses épaules et balaya du regard la campagne dévastée. La route était déserte. En bas dans la petite vallée l’immobile serpent gris d’une rivière. Inerte et exactement dessiné. Le long de la rive un amoncellement de roseaux morts. Ca va ? dit-il. Le petit opina de la tête. Puis ils repartirent le long du macadam dans la lumière couleur métal du fusil, pataugeant dans la cendre, chacun tout l’univers de l’autre.

La route – Cormac McCarthy – 2008 (Editions de l’Olivier)

Toute la beauté du monde – Marc Esposito

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Les premières phrases

«  Soudain, je n’ai vu qu’elle. Des yeux clairs, une bouche immense, les cheveux très courts, bruns. J’ai su que ma vie, maintenant, c’était elle.

Elle se frayait un chemin parmi la foule, à l’autre bout du magasin, l’air soucieux. Elle était grande, sûrement pas loin du mètre quatre-vingts. J’ai avancé vers elle.

Je flottais dans un état étrange, sous le choc, comme ceux qui revoient leur vie en un éclair avant de basculer dans le trou noir. Sauf que je n’étais pas en train de mourir, au contraire je naissais. Ce n’était pas ma vie passée qui défilait en accéléré, mais ma vie future. Ma future vie avec elle.  »

Circonstances de lecture

Lu dans le RER B, en 2001, en plein été. La dernière page terminée, j’ai repris le livre à la première page, pour le relire une seconde fois d’affilée. Rare.

Impressions

Ancien rédacteur en chef de Première puis cofondateur de Studio Magazine, Marc Esposito n’a rien publié avant Toute la beauté du monde. Et pourtant… Il réussit à trouver les mots justes pour raconter une histoire d’amour superbe, sans tomber dans la niaiserie ou le ridicule. Parce que Tina a perdu son mari, elle ne peut plus aimer. Franck le sait. Pour autant, il ne perd pas espoir. Il la pousse à quitter son quotidien pour s’aérer la tête et le cœur à Bali. Et devient son compagnon de voyage. A défaut d’autre chose. Une histoire d’amour toute simple, mais très belle.

Un passage parmi d’autres

 Ils avaient taillé la route au soleil couchant – Bali est juste sous l’équateur, il fait nuit à six heures, toute l’année. Wayan n’avait pas cherché à bavarder, Tina était trop absorbée par le spectacle qui se déroulait derrière les vitres : la circulation délirante dans Denpasar, la jungle, les villages, l’océan. Il lui avait seulement proposé d’écouter de la musique, elle avait été épatée par les rangements de CD, bien planqués, dans les portes et les accoudoirs. Elle avait choisi un disque de Scorpions – j’avais bien fait d’insister pour que Michel en achète quelques-uns. J’imaginais son étonnement de retrouver sa musique fétiche à quinze mille kilomètres de chez elle. Elle se rendrait compte bientôt que ce n’était pas si surprenant : Scorpions était un groupe adulé dans toute l’Asie, elle allait les entendre partout.

Wayan était certain qu’elle avait apprécié cette balade, à quarante à l’heure dans l’auto-palace, comme un tapis roulant au milieu de la jungle. A un moment, elle avait ouvert la vitre, malgré la clime, et elle avait laissé son bras tendu hors de la fenêtre pour offrir sa peau nue à la tiédeur du vent. Au sommet d’une colline, elle avait souri en découvrant la mer qui s’étalait devant eux, tout ce bleu à perte de vue, qui commençait à rosir sous le soleil couchant. J’avais calculé qu’elle avait dû arriver à temps sur sa terrasse pour le voir disparaître au bout de l’océan. Là, elle s’était sûrement sentie plus seule que jamais. Sans son amour, toute cette beauté, cette harmonie seraient d’abord une douleur.

Toute la beauté du monde – Marc Esposito – 1999 (Editions Anne Carrière)

No et moi – Delphine de Vigan

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Les premières phrases

«  – Mademoiselle Bertignac, je ne vois pas votre nom sur la liste des exposés.

De loin Monsieur Marin m’observe, le sourcil levé, les mains posées sur son bureau. C’était compter sans son radar longue portée. J’espérais le sursis, c’est le flagrant délit. Vingt-cinq paires d’yeux tournées vers moi attendent ma réponse. « Le cerveau » pris en faute. Axelle Vernoux et Léa Germain pouffent en silence derrière leurs mains, une dizaine de bracelets tintent de plaisir à leurs poignets. Si je pouvais m’enfoncer cent kilomètres sous terre, du côté de la lithosphère, ça m’arrangerait un peu. J’ai horreur des exposés, j’ai horreur de prendre la parole devant la classe, une faille sismique s’est ouverte sous mes pieds, mais rien ne bouge, rien ne s’effondre, je préférerais m’évanouir là, tout de suite, foudroyée, je tomberais raide de ma petite hauteur, les Converse en éventail, les bras en croix, Monsieur Martin écrirait à la craie sur le tableau noir : ci-gît Lou Bertignac, meilleure élève de sa classe, asociale et muette.  »

Circonstances de lecture

Dévoré dès sa parution en 2007, ce livre, le 4ème de Delphine de Vigan, est l’un de mes plus gros coups de cœur.

Impressions

No et moi  raconte – mais qui n’a pas encore lu ce roman aujourd’hui ? – la rencontre entre une adolescente surdouée asociale et une jeune femme sans-abri, prénommée No. Une histoire d’amitié qui laisse forcément des traces. Et cette question qui court tout au long du livre : la petite Lou parviendra-t-elle à aider No ? Un roman comme il en sort peu.

Un passage parmi d’autres

 Je vois souvent ce qui se passe dans la tête des gens, c’est comme un jeu de pistes, un fil noir qu’il suffit de faire glisser entre ses doigts, fragile, un fil qui conduit à la vérité du Monde, celle qui ne sera jamais révélée. Mon père un jour il m’a dit que ça lui faisait peur, qu’il ne fallait pas jouer avec ça, qu’il fallait savoir baisser les yeux pour préserver son regard d’enfant. Mais moi les yeux je n’arrive pas à les fermer, ils sont grands ouverts et parfois je mets mes mains devant pour ne pas voir.

Le serveur revient, il pose les verres devant nous, No attrape le sien d’un geste impatient. Alors je découvre ses mains noires, ses ongles rongés jusqu’au sang, et les traces de griffures sur ses poignets. Ca me fait mail au ventre.

On boit comme ça, en silence, je cherche quelque chose à dire mais rien ne vient, je la regarde, elle a l’air si fatiguée, pas seulement à cause des cernes sous ses yeux, ni de ses cheveux emmêlés, retenus par un vieux chouchou, ni de ses vêtements défraîchis, il y a ce mot qui me vient à l’esprit, « abîmée », ce mot qui fait mal, je ne sais plus si elle était déjà comme ça, la première fois, peut-être n’avais-je pas remarqué, il me semble plutôt qu’en l’espace de quelques jours elle a changé, elle est plus pâle ou plus sale, et son regard plus difficile à attraper.

C’est elle qui parle en premier.

– T’habites dans le quartier?

– Non. A Filles du Calvaire. Près du Cirque d’Hiver. Et toi ?

Elle sourit. Elle ouvre ses mains devant elle, ses mains noires et vides, dans un geste d’impuissance qui veut dire : rien, nulle part, ici… ou je ne sais pas.

No et moi – Delphine de Vigan – 2007 (Editions Jean-Claude Lattès)