• A propos

Love In Books

~ Parce qu'il n'y a rien de mieux qu'un livre pour s'évader…

Love In Books

Archives d’Auteur: Aurélie

Le Liseur du 6h27 – Jean-Paul Didierlaurent

11 mercredi Juin 2014

Posted by Aurélie in Romans français

≈ Poster un commentaire

Étiquettes

Au diable vauvert, Critique de livre, Jean-Paul Didierlaurent, Le Liseur du 6h27, roman

Jean-Paul Didierlaurent - Le Liseur du 6h27Les premières phrases

«  Certains naissent sourds, muets ou aveugles. D’autres poussent leur premier cri affublés d’un strabisme disgracieux, d’un bec de lièvre ou d’une vilaine tache de vin au milieu de la figure. Il arrive que d’autres encore viennent au monde avec un pied bot, voire un membre déjà mort avant même d’avoir vécu. Guylain Vignolles, lui, était entré dans la vie avec pour tout fardeau la contrepèterie malheureuse qu’offrait le mariage de son patronyme avec son prénom: Vilain Guignol, un mauvais jeu de mots qui avait retenti à ses oreilles dès ses premiers pas dans l’existence pour ne plus le quitter. 

Ses parents avaient ignoré les prénoms du calendrier des Postes de cette année 1976 pour porter leur choix sur ce « Guylain » venu de nulle part, sans même penser un seul instant aux conséquences désastreuses de leur acte. Étonnamment et bien que la curiosité fût souvent forte, il n’avait jamais osé demander le pourquoi de ce choix. Peur de mettre dans l’embarras peut-être. Peur aussi sûrement que la banalité de la réponse ne le laissât sur sa faim. Il se plaisait parfois à imaginer ce qu’aurait pu être sa vie s’il s’était prénommé Lucas, Xavier ou Hugo. Même un Ghislain aurait suffi à son bonheur. Ghislain Vignolles, un vrai nom dans lequel il aurait pu se construire, le corps et l’esprit bien à l’abri derrière quatre syllabes inoffensives. Au lieu de cela, il lui avait fallu traverser l’enfance avec, accrochée à ses basques, la contrepèterie assassine : Vilain Guignol. En trente-six ans d’existence, il avait fini par apprendre à se faire oublier, à devenir invisible pour ne plus déclencher les rires et les railleries qui ne manquaient pas de fuser dès lors qu’on l’avait repéré.  « 

Circonstances de lecture

Après avoir lu les bonnes critiques autour de ce premier roman et vu l’auteur à La Grande Librairie, je n’ai pas pu résister…

Impressions

« Le Liseur du 6h27 » nous plonge dans un univers proche de ceux de Jean-Pierre Jeunet et d’Anna Gavalda.

Guylain déteste son travail : le broyage des livres invendus. Pour celui qui adore les livres et qui aurait aimé travailler dans l’édition, c’est un supplice. Alors, pour se donner du courage, il lit tous les matins dans le RER de 6h27, à voix haute, les quelques pages qu’il a pu sauver la veille de la machine. Voilà l’idée de départ de ce très beau premier roman, qui se lit d’une traite, et où l’on prend plaisir à côtoyer des personnages hauts en couleurs, à l’instar d’un gardien d’usine amoureux du théâtre classique. C’est très drôle et émouvant tout à la fois. A lire pour le plaisir !

Un passage parmi d’autres

 « Tandis que le jour naissant venait s’écraser sur les vitres embuées, le texte s’écoulait de sa bouche en un long filet de syllabes, entrecoupé çà et là de silences dans lesquels s’engouffrait le bruit du train en marche. Pour tous les voyageurs présents dans la rame, il était le liseur, ce type étrange qui, tous les jours de la semaine, parcourait à haute et intelligible voix les quelques pages tirées de sa serviette. Il s’agissait de fragments de livres sans aucun rapport les uns avec les autres. Un extrait de recette de cuisine pouvait côtoyer la page 48 du dernier Goncourt, un paragraphe de roman policier succéder à une page de livre d’histoire. Peu importait le fond pour Guylain. Seul l’acte de lire revêtait de l’importance à ses yeux. Il débitait les textes avec une même application acharnée. Et à chaque fois, la magie opérait. Les mots en quittant ses lèvres emportaient avec eux un peu de cet écœurement qui l’étouffait à l’approche de l’usine.

Jean-Paul Didierlaurent – Le Liseur du 6h27 – 2014 (Au diable vauvert)

Partager :

  • Partager sur X(ouvre dans une nouvelle fenêtre) X
  • Partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook
  • Partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn
  • Partager sur Pinterest(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Pinterest
J’aime chargement…

La Guilde des Magiciens – Trudi Canavan

09 lundi Juin 2014

Posted by Aurélie in Fantasy, Romans étrangers

≈ Poster un commentaire

Étiquettes

Bragelonne, Critique de livre, La Guilde des Magiciens, roman, Trilogie du Magicien Noir, Trudi Canavan

Trudi Canavan - La Guilde des MagiciensLes premières phrases

«  A Imardin, on dit que le vent a une âme et qu’il gémit le long des rues étroites, désolé par ce qu’il y voit. Le jour de la Purge, il grondait au creux des voiles affalées du port, s’engouffrait sous les portes Ouest et hurlait contre les flancs des maisons. Là, comme attristé par les âmes en peine qu’il y rencontrait, il se faisait aussi doux qu’un murmure.

C’était en tout cas ce que s’imaginait Sonea. Alors qu’une autre rafale de vent froid la fouettait, elle serra encore plus son manteau râpé contre ses flancs. Baissant les yeux, elle grimaça en voyant la boue qui éclaboussait ses chaussures à chaque pas. Les chiffons dont elle avait rempli ses bottes trop grandes étaient déjà saturés d’eau, et ses orteils la brûlaient.

Un mouvement vif, sur sa droite, attira son attention, et elle fit un pas de côté pour éviter un homme qui titubait. Sortant d’une allée, il tomba à genoux dans la boue juste devant elle. Sonea s’arrêta et lui tendit la main, mais le vieil homme ne parut pas la voir. Il se releva et rejoignit le flot de silhouettes voûtées qui descendaient la rue.

En secouant la tête à l’abri de sa capuche, Sonea regarda autour d’elle. Un soldat montait nonchalamment la garde à l’entrée de la ruelle. Sa bouche s’ourlait d’un sourire dédaigneux, et son regard sautait de passant en passant. Elle posa les yeux sur lui, mais lorsqu’il tourna la tête dans sa direction, elle regarda vivement ailleurs.

Maudits soient les gardes, pensa-t-elle. Puissent-ils trouver des farens venimeux cachés dans leurs bottes.

Quelques noms de gardes gentils et serviables lui vinrent à l’esprit, mais elle n’était pas d’humeur à faire des exceptions.

Emboîtant le pas aux silhouettes qui avançaient en traînant les pieds, Sonea se fendit dans la foule et déboucha bientôt sur une artère plus large. Des maisons à deux ou trois étages se dressaient de chaque côté ; des visages étaient collés à leurs fenêtres les plus hautes. Sonea vit un homme aux riches vêtements qui tenait un enfant à bout de bras pour qu’il puisse mieux regarder la foule. L’homme pinçait les narines de dégoût, et, quand il tendit le doigt vers le bas, le petit garçon grimaça comme s’il avait goûté quelque chose de répugnant.

Sonea les défia du regard. »

Circonstances de lecture

Trois tomes lus sur les conseils de ma libraire, en trois semaines.

Impressions

L’histoire peut paraître assez classique : une jeune fille, Sonea, se découvre soudain des pouvoirs magiques inattendus et doit apprendre à les maîtriser. Originaire des Taudis, elle obtient ainsi son ticket d’entrée à la Guilde, d’ordinaire réservée aux enfants des nobles de la ville. Rien de très original, donc. Mais, petit à petit, on se laisse happer par l’histoire, très rythmée, et ses personnages, très attachants. Et, sans même s’en rendre compte, on ferme les pages du premier, puis du deuxième et enfin du troisième et dernier tome (le meilleur)… en l’espace de trois semaines ! Preuve que, malgré une trame plutôt classique et une écriture qui ne m’a pas emballée d’emblée, la Trilogie du Magicien Noir m’a bel et bien transportée dans l’univers de Trudi Canavan.

Un passage parmi d’autres

 Le soleil s’était levé sur les tours du palais et inondait les jardins de la Guilde d’une lumière dorée.

Sonea déambulait le long du chemin et ne disait pas un mot. Elle boudait. Rothen savait que la jeune fille n’était pas dupe : s’ils se promenaient aussi souvent, c’était parce que la Guilde était magnifique. Le mage avait compris que Sonea se surveillait et s’empêchait de trouver l’ombre d’une raison de rester.

Rothen sourit. Sonea critiquait tout ce qu’on lui montrait, mais le mage avait décidé de lui faire visiter tout le domaine. Si elle voulait rejeter la Guilde, au moins, qu’elle sache ce qu’elle allait rater !

A force de l’entendre jurer ses grands dieux qu’elle voulait partir, Rothen avait remis en question sa propre vie. Comme il était d’usage chez les enfants des Maisons, on avait testé ses capacités magiques dès qu’il avait eu dix ans. Il se rappelait encore l’excitation de ses parents, lorsqu’on leur avait annoncé le résultat. Son père et sa mère lui avait dit et répété à quel point il était chanceux et hors du commun. Depuis ce jour-là, Rothen travaillait pour se faire une place à la Guilde.

Sonea n’avait pas été élevée dans l’optique de devenir mage. Son éducation lui avait appris à craindre les magiciens, à les haïr, à les critiquer et les accuser de tous les maux du monde. Dans un tel climat, Rothen devinait sans mal pourquoi s’installer à la Guilde ressemblait à une trahison pour elle.

Mais s’il parvenait à lui faire comprendre qu’elle pourrait utiliser ses pouvoirs pour le bien des habitants des Taudis, elle accepterait peut-être de rester.

Trudi Canavan – La Guilde des Magiciens (La Trilogie du Magicien Noir) – 2007 (Bragelonne)

Partager :

  • Partager sur X(ouvre dans une nouvelle fenêtre) X
  • Partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook
  • Partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn
  • Partager sur Pinterest(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Pinterest
J’aime chargement…

Le maître des illusions – Donna Tartt

17 samedi Mai 2014

Posted by Aurélie in Romans étrangers

≈ Poster un commentaire

Étiquettes

Critique de livre, Donna Tartt, Le maître des illusions, Pocket, roman

Donna Tartt - Le maître des illusionsLes premières phrases

«  La neige fondait dans la montagne et Bunny était mort depuis plusieurs semaines quand nous avons fini par comprendre la gravité de notre situation. Il était mort depuis dix jours quand on l’a trouvé, vous savez. Ce fut l’une des plus grandes chasses à l’homme dans l’histoire du Vermont – la police fédérale, le FBI, même un hélicoptère de l’armée ; l’université a fermé, l’usine de teinture de Hampden s’est arrêtée, des gens sont venus du New Hampshire, du nord de l’État de New York et même de Boston.

Il est difficile de croire que le modeste plan de Henry ait pu si bien marcher malgré ces événements imprévus. Nous n’avions pas eu l’intention de cacher le corps là où on ne l’aurait pas retrouvé. En fait, nous ne l’avions pas du tout caché, mais simplement laissé là où il était tombé dans l’espoir qu’un passant infortuné tomberait dessus avant qu’on ait même remarqué son absence. L’histoire se racontait d’elle-même, simple et évidente: les cailloux instables, le corps au fond du ravin avec le cou cassé, les traces boueuses des talons glissant vers le bas ; un accident de randonnée, ni plus ni moins, et ç’aurait pu en rester là, quelques larmes et une petite cérémonie, sans la neige qui est tombée cette nuit-là ; elle l’a recouvert sans laisser de traces, et dix jours plus tard, quand le dégel a fini par venir, la police fédérale, le FBI et les sauveteurs de la ville ont tous vu qu’ils avaient marché à l’endroit de son corps jusqu’à ce que la neige soit tassée comme de la glace. « 

Circonstances de lecture

J’avais très envie de lire le premier roman de Donna Tartt après l’avoir découverte avec Le Chardonneret.

Impressions

Arrivé à l’université, Richard cache ses origines modestes à ses camarades. Très vite, il se retrouve dans la classe du professeur Julian, un enseignant ayant choisi d’enseigner les langues mortes à un petit groupe d’élèves sélectionnés par ses soins. Une communauté rassemblant des personnalités étranges, mystérieuses et en marge. Malgré lui, Richard devient peu à peu leur confident… et finit par découvrir leur sombre secret.

Un roman haletant et prenant. Si, dès le début, on sait que l’un des membres de ce petit groupe finira tué, le suspens n’en est pas moins présent. Au contraire ! Une superbe écriture.

Un passage parmi d’autres

 « Henry, mon Dieu », ai-je fini par dire, d’une voix plate et bizarre, même à mes propres oreilles.

Il a haussé un sourcil sans rien dire, son verre vide à la main, le visage à moitié dans l’ombre.

Je l’ai regardé. « Mon Dieu. Qu’est-ce que vous avez fait? »

Il a eu un sourire sans joie, et s’est penché hors du cône de lumière pour se servir un scotch. « Je crois que tu en as déjà une assez bonne idée. Maintenant, laisse-moi te poser une question. Pourquoi nous as-tu couverts ? »

« Quoi ? »

« Tu savais que nous allions quitter le pays. Tu l’as toujours su et tu n’as rien dit à personne. Pourquoi ça ? »

Les murs s’étaient évanouis et la pièce était obscure. Le visage d’Henry, sous la lumière crue de la lampe, se détachait sur un fond noir. De rares éclats lumineux scintillaient sur le bord de ses lunettes, brillaient dans les profondeurs ambrées de son whisky, se reflétaient en bleu dans ses yeux.

« Je ne sais pas.

Il a souri. « Non ? »

Je l’ai contemplé sans rien dire.

« Après tout, nous ne t’avions pas mis dans le secret. »

Son regard intense ne me quittait pas. « Tu aurais pu nous arrêter à n’importe quel moment et tu ne l’as pas fait. Pourquoi? »

« Henry, au nom de Dieu, qu’avez-vous fait ? »

Il a souri. « Toi, dis-le-moi. »

Et le plus horrible était que d’une certaine façon je le savais. « Vous avez tué quelqu’un, n’est-ce pas ? »

Il m’a regardé un bref instant et alors, à ma surprise totale, absolue, il s’est adossé à sa chaise et s’est mis à rire.

« Un bon point pour toi. Tu es aussi malin que je le pensais. Je savais que tu le devinerais, tôt ou tard, et c’est toujours ce que j’ai dit aux autres. »

Donna Tartt – Le maître des illusions – 1992 (Pocket)

Partager :

  • Partager sur X(ouvre dans une nouvelle fenêtre) X
  • Partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook
  • Partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn
  • Partager sur Pinterest(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Pinterest
J’aime chargement…

Lady Hunt – Hélène Frappat

04 dimanche Mai 2014

Posted by Aurélie in Romans français

≈ Poster un commentaire

Étiquettes

Actes Sud, Critique de livre, Hélène Frappat, Lady Hunt, roman

Hélène Frappat - Lady HuntLes premières phrases

«  La première fois que j’ai vu la maison, les arêtes de ses murs en briques disparaissaient sous une brume grise.

La maison se dresse en haut d’une rue en pente. Malgré le brouillard lumineux qui l’enveloppe, son ombre imposante se détache sur les villas environnantes. C’est une brume de fin de journée, un halo gris qu’absorberont bientôt les rayons blancs du crépuscule, juste avant la nuit, et la maison aura disparu.

Pourtant la brume dure. La douceur grise, humide, semble sans fin. Elle encercle la vieille demeure, émane de ses volets en fer, des ses cheminées inactives, de la grille haute qui protège, derrière des barreaux rongés de rouille, l’allée ombreuse conduisant au perron.

La brume absorbe les balcons ouvragés à l’étage, les jalousies closes des mansardes, le toit d’ardoise, la cime des arbres. La brume pénètre insidieusement mes vêtements. Sans quitter des yeux la maison, je frissonne.

La rue en pente conduit jusqu’à la jetée qui longe la mer, ruban sombre presque invisible à marée basse. Aucune vague n’agite cette ligne confondue avec l’horizon, dans la partie mystérieusement claire et dégagée du ciel.

En fermant à demi les yeux, je distingue la première lettre de la rue : K. La suite se perd dans la brume.

K. Dans mon rêve, je sais que c’est le début de mon nom. K. Ce n’est pas la première fois. Dans mon rêve, je sais que je connais la maison.

K. me réveille en sursaut. Dans le noir de ma chambre, jusqu’aux premières lueurs de l’aube qui s’infiltrent en bas des stores, j’attends, vainement, de m’endormir pour retrouver la maison familière, incapable de me rappeler où je l’ai connue, ailleurs qu’en rêve. »

Circonstances de lecture

Pour l’histoire, à la frontière du fantastique et du réel.

Impressions

Travaillant dans une agence immobilière, Laura Kern rêve chaque nuit d’une maison, obsédante, attirante et terrifiante. Peu à peu, elle est confrontée à des phénomènes étranges. Et une question l’agite alors : est-ce des symptômes annonçant qu’elle a hérité du gène de son père, frappé par la maladie de Huntington ? Va-t-elle peu à peu sombrer dans la folie ? Est-ce le passé qui revient la hanter pour lui délivrer un message ?

Une lecture qui n’est pas sans rappeler, dans certains passages, le Shining de Stephen King, en beaucoup plus soft évidemment ! A lire aussi pour le poème de Tennyson, « The Lady of Shalott », qui imprègne ce très beau roman d’Hélène Frappat.

Un passage parmi d’autres

 Le miroir réfléchit un rayon qui trace sur les lames biseautées du parquet une frontière nette. Le salon est coupé en deux, entre une zone envahie de soleil et un territoire plongé dans l’ombre. Je reste du côté obscur, hésitant à franchir la frontière. On n’entend plus la chanson de l’enfant. L’homme se tient sur le seuil du balcon. Il observe ma silhouette dans l’ombre. Quelque chose ne va pas. Dans le grand appartement silencieux, quelque chose manque.

– Votre fils !

Ils me regardent sans comprendre.

– Où est votre fils ?

Comme s’il partageait mon inquiétude, le père referme la fenêtre, chassant le soleil. Le double salon d’apparat perd brusquement tout éclat. Les lames biseautées du parquet, transformées par les rayons lumineux en kaléidoscope, redeviennent une grosse masse sombre.

L’homme court en direction des chambres. Ses pas résonnent trop fort dans les pièces vides.

– Arthur !

Il hurle.

– Arthur !

Sa femme l’a rejoint, pendant que j’inspecte l’entrée et la cuisine.

Je m’agite pour faire semblant. Il n’y a personne. Je le sais déjà. Mais quoi ? Le père, penché au-dessus des rambardes du balcon, regarde en bas. Accrochée à son bras, sa femme sanglote.

– Mon fils.

La porte d’entrée de la cuisine donnant sur l’escalier de service n’a plus de serrure. Pour sortir de l’appartement, il aurait fallu passer devant moi. Aucune fenêtre n’est ouverte. Dans la dernière chambre, la cabine de phare où j’entre seule, je suis assaillie par une sensation étrange. Peut-être un inconnu, derrière les murs courbes d’une illusion d’optique, m’observe-t-il. Ou les paroles de la comptine flottent dans l’air, et je m’y cogne.

Chaque seconde a sa pareille

Ton rêve est l’envers du décor

Il m’est impossible de sortir de l’appartement où l’enfant n’est plus là.

Hélène Frappat – Lady Hunt – 2013 (Actes Sud)

Partager :

  • Partager sur X(ouvre dans une nouvelle fenêtre) X
  • Partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook
  • Partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn
  • Partager sur Pinterest(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Pinterest
J’aime chargement…

Au lieu-dit Noir-Etang… – Thomas H. Cook

27 dimanche Avr 2014

Posted by Aurélie in Policiers / Thrillers, Romans étrangers

≈ Poster un commentaire

Étiquettes

Au lieu-dit Noir-Etang, Critique de livre, Points, roman, Thomas H. Cook

Thomas H. Cook - Au lieu-dit Noir-Etang...Les premières phrases

«  Mon père avait une phrase préférée. Il l’avait empruntée à Milton, et aimait la citer aux garçons de Chatham School. Planté devant eux le jour de la rentrée des classes, les mains bien enfoncées dans les poches de son pantalon, il ménageait un silence, leur faisant face, l’air grave. « Prenez garde à vos actes, déclamait-il alors, car le mal contre lui-même se retourne. » Il ne pouvait imaginer à quel point la suite des événements le contredirait, ni à quel point j’en aurais éminemment conscience.

Parfois, en ces tristes journées d’hiver si fréquentes en Nouvelle-Angleterre où le vent malmène autant les arbres que les arbustes, où la pluie tambourine contre les toits et les vitres, je me sens de nouveau happé par l’univers de mon père, par ma jeunesse, par la petite ville qu’il aimait tant et où je vis toujours. Je regarde par la fenêtre de mon bureau et je revois la grand-rue de Chatham telle qu’elle était alors : une poignée de petits commerces, un cortège fantomatique d’automobiles aux phares montés sur des pare-chocs inclinés. Dans mon esprit, les morts retrouvent la vie, reprennent leur enveloppe charnelle. Je vois Mme Albertson livrer son panier de palourdes au marché Kessler, M. Lawrence faire des embardées avec le scooter des neiges qu’il a construit de ses propres mains, des skis à l’avant, deux parties des chenilles d’un tank de la Première Guerre mondiale à l’arrière, le tout accroché au châssis cabossé d’un vieux roadster. En passant, il me fait signe, agitant sa main gantée dans l’air intemporel.

Me présentant une nouvelle fois sur le seuil de mon passé, je retrouve mes quinze ans, tous mes cheveux et une peau dépourvue de taches de vieillesse, le ciel loin de moi et l’enfer de mes préoccupations. Je pressens même que, par essence, la vie a du bon.

Puis, de but en blanc, je repense à elle. Pas à la jeune femme que j’ai connue il y a si longtemps, mais à la petite fille qui contemple au loin la mer d’un bleu étincelant, son père, à côté d’elle, lui disant ce que tous les pères disent depuis toujours à leurs enfants : que l’avenir leur tend les bras, que c’est un pré d’herbe tendre qui n’abrite aucune sombre forêt. Je la revois dans son cottage, ce jour-là, je réentends sa voix, ses paroles tintent encore à mon oreille, distantes clochettes, porteuses de la foi qu’elle eut brièvement en la vie. »

Circonstances de lecture

Une brusque envie de découvrir ce qui se cache derrière la couverture de ce roman noir…

Impressions

« Au lieu-dit Noir-Etang… » est à la fois un roman d’amour et un roman policier, noir et prenant. Vieux à présent, Henry se rappelle l’année de ses 15 ans, en 1926. Et la fascination qu’il porte à Mlle Channing, le nouveau professeur de dessin de Chatham School, l’école que dirige son père. Du haut de ses 15 ans, il observe les liens qui se nouent entre cette jeune femme à l’esprit libre et un autre professeur, marié et père de famille. L’histoire dont il est témoin le fascine. L’atmosphère du roman est oppressant, à l’image de ce lieu, Noir-Etang, séparant la maison des deux professeurs.

Un passage parmi d’autres

 – Et vous ? Qu’avez-vous fait pendant mon absence ?

– Je suis restée ici. J’ai lu, la plupart du temps.

M. Reed prit une courte inspiration.

– Dites-moi, Elizabeth… vous arrive-t-il parfois de penser que vous vivez uniquement dans votre tête ?

Elle haussa les épaules.

– Serait-ce un si mauvais endroit ? répliqua-t-elle.

M. Reed sourit, l’air grave.

– Tout dépend de la tête de qui, je suppose.

– Oui, c’est sûr, dit Mlle Channing.

Il y eut un bref temps mort avant que M. Reed n’ajoute :

– Le bateau sera achevé pour l’été.

Mlle Channing, sans rien dire, porta sa tasse à ses lèvres en regardant M. Reed dans les yeux.

– Ensuite, reprit-il, il sera possible…

Il se tut, comme pour se rappeler à la prudence et ne pas parler sans réfléchir, mais poursuivit :

– … possible d’aller n’importe où, je suppose.

Mlle Channing plaça sa tasse sur ses genoux.

– Où aimeriez-vous aller, Leland ?

M. Reed la regardait attentivement.

– Dans les endroits où vous êtes déjà allée, je suppose.

Ils se regardèrent un bref instant en silence, mais avec une telle intensité et une telle attirance que la petite distance qui les séparait semblait plus qu’ils ne pouvaient supporter. Ce fut en cet instant que je mesurai pour la première fois la profondeur de ce qu’ils en étaient venus à éprouver l’un pour l’autre.

Au lieu-dit Noir-Etang… – Thomas H. Cook (Points Roman noir)

Partager :

  • Partager sur X(ouvre dans une nouvelle fenêtre) X
  • Partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook
  • Partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn
  • Partager sur Pinterest(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Pinterest
J’aime chargement…

Arcadia – Fabrice Colin

16 mercredi Avr 2014

Posted by Aurélie in Fantasy, Romans français

≈ 1 Commentaire

Étiquettes

Arcadia, Bragelonne, Critique de livre, Fabrice Colin, Fantasy, roman

Fabrice Colin - ArcadiaLes premières phrases

«  Il ne lit plus à présent, il n’en a plus la force. Lever un bras, se dresser sur un coude : il en serait incapable. Les yeux fixés au plafond, il est condamné à l’attente.

De temps à autre, la fatigue semble venir à bout de ses souffrances et il s’enfonce dans un sommeil aveugle, mais lorsqu’il se réveille, c’est pour constater avec désespoir qu’il est encore en vie et que la douleur ne l’a pas quitté.

– Avez-vous déjà vu quelqu’un mourir ? demande-t-il à Severn. 

Joseph approuve.

– Dans ce cas, je vous plains.

Sa tête retombe sur l’oreiller. Il y a quelques jours, de nouveau, il a évoqué l’éventualité du suicide. Il a répété à son ami qu’il aurait pu en finir trois mois plus tôt sur le Maria Crowther mais qu’il a tenu bon parce que lui, Severn, a brandi l’étendard de son inébranlable foi chrétienne. Et de quel secours lui est cette foi désormais ? « Il n’est pas de mots assez durs », a-t-il martelé, « pas de châtiments assez forts pour fustiger un homme obligeant son ami à endurer pareils tourments. »

Bouleversé, Severn s’est enfui et a traversé la Piazza di Spagna en larmes pour retrouver le docteur James Clark, le seul homme auquel il pouvait se confier. Clark l’a écouté en hochant la tête, puis a remonté avec lui les marches de la Casina Rossa. Sitôt franchi le seuil de la chambre, il a raflé le flacon de laudanum et l’a fait disparaître dans sa poche. Le poète est resté coi. Lorsque Clark s’est penché sur lui, il l’a fixé de ses yeux grands yeux humides et lui a demandé le plus calmement du monde combien de temps encore il lui faudrait supporter cette « existence posthume ».

Les moments de lucidité alternent avec les phases de léthargie brumeuse. « Et la lucidité », a expliqué le docteur, « n’est pas recommandée. » Au loin, les émotions. Aucune allusion à Fanny, encore moins à l’écriture ou aux livres : dans l’état où il se trouve, cela le tuerait. Severn ne peut qu’acquiescer. C’est l’amour qui aura raison de son ami, cette passion impossible, ce feu mauvais qui dévore – rien moins que l’amour. »

Circonstances de lecture

Comment résister à la lecture d’une si belle réédition par les éditions Bragelonne?

Impressions

Attention : pour plonger dans « Arcadia », il faut laisser de côté le monde rationnel et accepter de ne pas tout comprendre à la cohérence de l’histoire. Il faut se laisser porter par la plume (très onirique) de Fabrice Colin, oublier la réalité et flotter entre deux mondes pleins de poésie. Celui d’Arcadia et de Ternemonde, celui de la « réalité » et celui des rêves.

Lire « Arcadia », c’est voyager dans des mondes parallèles, voyager dans le temps et l’espace, côtoyer de grands peintres, poètes, dramaturges, compositeurs et écrivains. A l’instar de John Keats, Rudyard Kipling, Alfred Tennyson, Lewis Carroll et Rossetti. C’est aussi croiser Merlin, la fée Morgane, le roi Arthur, Guenièvre, Lancelot et Perceval. Jouer avec les songes, jouer avec les identités (multiples), et les réincarnations. Vibrer au son de la musique du sommeil, frissonner dans un Londres victorien où la neige est bleutée, mettre un pied au Pays des Merveilles, rencontrer l’auteur de Peter Pan, frémir devant la montée des eaux à Paris…

Dans « Arcadia », Fabrice Colin magnifie les Arts, de la peinture à la musique en passant par l’écriture. Tout en traitant de l’amour, des rêves, de la vie et de la mort avec poésie et magie. Une petite pépite hallucinée de la Fantasy qui demande une seconde lecture, peut-être, pour comprendre tous les rouages de ce  roman-poème sous ecstasy.

Un passage parmi d’autres

 La nuit s’est assez fait attendre. Les avenues s’éclairent dans le brouillard, et Londres devient magique avec ses enseignes colorées, ses trottoirs bordés de neige, ses filaments de brume et ses fontaines gelées. Sagement installée sur sa banquette de cuir, Maggie se laisse prendre au spectacle de la rue : gentlemen pressés, crieurs de journaux, vendeurs ambulants, pubs et restaurants déjà bondés, elle ne se souvient pas d’avoir jamais vu autant de monde à Londres un soir d’hiver.

La neige bleutée qui vient se coller à la vitre en une fine pellicule filtre sa rêverie tel un prisme fragile. Lorsque Maggie ferme les yeux, elle fond un peu plus vite et, bientôt, le paysage se délaie lui aussi, les demeures arrogantes des quartiers riches font place à un paysage plus tranquille – enfilades monotones de maisons brunâtres, chapelles solitaires et parcs silencieux. Le tram contourne le Lancelot de Leighton que la petite aime tant et se dirige vers les quartiers sud.

Vingt minutes plus tard, la voici chez elle. Elle pousse les grilles de fer forgé et s’engage dans l’allée principale que les domestiques se sont efforcés de dégager. Il fait bien noir à présent, la lune est creuse dans le ciel, mais les fenêtres de la Grange sont illuminées, et la petite Sidhe poursuit son chemin. Elle gravit les marches de pierre en repensant au calao ; la gouvernante ouvre la porte pour la laisser rentrer et, d’un revers de main, balaie la neige qui s’est accumulée sur le col de son manteau.

Arcadia – Fabrice Colin (Bragelonne)

Partager :

  • Partager sur X(ouvre dans une nouvelle fenêtre) X
  • Partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook
  • Partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn
  • Partager sur Pinterest(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Pinterest
J’aime chargement…

Yeruldelgger – Ian Manook

12 samedi Avr 2014

Posted by Aurélie in Policiers / Thrillers, Romans français

≈ 1 Commentaire

Étiquettes

Albin Michel, Critique de livre, Ian Manook, roman, Yeruldelgger

Ian Manook - YeruldelggerLes premières phrases

«  Yeruldelgger observait l’objet sans comprendre. D’abord il avait regardé, incrédule, toute l’immensité des steppes de Delgerkhaan. Elles les entouraient comme des océans d’herbe folle sous la houle irisée du vent. Un long moment, silencieux, il avait cherché à se convaincre qu’il était bien là où il se trouvait, et il y était bien. Au cœur de distances infinies, au sud de la province du Khentii et à des centaines de kilomètres de ce qui pourrait un tant soit peu justifier la présence incongrue d’un tel objet.

Le policier du district se tenait respectueusement à un mètre derrière lui. La famille de nomades qui l’avaient alerté, à quelques mètres en face. Tous le regardaient, attendant qu’il apporte une explication satisfaisante à la présence de l’objet saillant de terre, de travers par rapport à l’horizon. Yeruldelgger avait respiré profondément, malaxé son visage fatigué dans ses larges paumes, puis il s’était accroupi devant l’objet pour mieux l’observer.

Il était vidé, épuisé, comme essoré par cette vie de flic qu’il ne maîtrisait plus vraiment. Ce matin à six heures on l’envoyait enquêter sur trois cadavres découpés au cutter dans le local des cadres d’une usine chinoise dans la banlieue d’Oulan-Bator, et cinq heures plus tard il était dans la steppe à ne même pas comprendre pourquoi on l’avait envoyé jusque-là. »

Circonstances de lecture

Une lecture conseillée par mon libraire.

Impressions

Ce très bon thriller nous fait voyager en Mongolie. Le héros, Yeruldelgger, est un flic rongé par la mort de sa fille. Lorsqu’il découvre le corps d’une petite fille dans la steppe, le passé ressurgit. Ian Manook nous entraîne dans un thriller rondement mené, fort en personnages attachants, dans une société déchirée entre les traditions mongoles et la vie moderne. On a envie de rester aux côtés de Yeruldelgger, Oyun et Solongo, sous la yourte à boire le thé au beurre salé tout en cherchant des indices sur leur tablette numérique. Quand l’univers des séries TV américaines débarque à Oulan-Bator, ça donne ça : une belle surprise littéraire. On en redemande !

Un passage parmi d’autres

 Il marchait, heureux de retrouver des instincts oubliés. Il redécouvrit des sensations qu’il croyait perdues. Il s’étonna de ce que son corps, usé par la ville et son métier, le porte encore avec autant de facilité à travers la montagne. Il ne ressentait absolument aucune peur. Ni de l’immensité enivrante qui l’entourait, ni des animaux sauvages qui peuplaient ces bois préservés, ni de la nuit et du froid qui pouvaient le rattraper. Il n’éprouvait qu’une grande sérénité à être là, enfin seul, ignoré de tous, à se pénétrer dans l’effort de ce monde vivifiant qui se réemparait de lui. C’était le sentiment exact qui l’habitait à ce moment-là. Il avait appartenu à ce monde, il avait communié avec lui d’une façon si profonde qu’il s’en était nourri. Il en avait tiré une force qu’il n’avait plus, mais dont il se souvenait à présent. Il eut soudain l’impression qu’il avait été vivant, avant. Bien plus vivant qu’à présent, et qu’il pouvait peut-être le redevenir.

Yeruldelgger – Ian Manook – octobre 2013 (Albin Michel)

Partager :

  • Partager sur X(ouvre dans une nouvelle fenêtre) X
  • Partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook
  • Partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn
  • Partager sur Pinterest(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Pinterest
J’aime chargement…

A lire !

03 jeudi Avr 2014

Posted by Aurélie in En image

≈ Poster un commentaire

Étiquettes

à lire, Imagination, Inspiration, Librairie, Livres, loveinbooks, Magie

 

Nouvel approvisionnement à la librairie…

Livres achetés à la librairie

Partager :

  • Partager sur X(ouvre dans une nouvelle fenêtre) X
  • Partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook
  • Partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn
  • Partager sur Pinterest(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Pinterest
J’aime chargement…

Un livre, une phrase…

27 jeudi Mar 2014

Posted by Aurélie in Citations

≈ Poster un commentaire

Étiquettes

Alice Ferney, citations, Les Autres, Livre

Alice Ferney - Les Autres« Connaître l’autre c’est avoir saisi le rêve intérieur qu’il fait de lui-même, pas seulement avoir vu qui il se figure être, mais savoir qui il aspire à devenir. »

Alice Ferney – Les Autres

Partager :

  • Partager sur X(ouvre dans une nouvelle fenêtre) X
  • Partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook
  • Partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn
  • Partager sur Pinterest(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Pinterest
J’aime chargement…

La vie en mieux – Anna Gavalda

22 samedi Mar 2014

Posted by Aurélie in Romans français

≈ Poster un commentaire

Étiquettes

Anna Gavalda, Critique de livre, La vie en mieux, le dilettante, roman

Anna Gavalda - La vie en mieuxLes premières phrases

«  C’est un café près de l’Arc de triomphe. Je suis presque toujours assise à la même place. Dans le fond, à gauche derrière le bar. Je ne lis pas, je ne bouge pas, je n’interroge pas mon portable, j’attends quelqu’un.

J’attends quelqu’un qui ne viendra pas et comme je m’ennuie, je regarde la nuit tomber sur L’Escale de l’Étoile.

Derniers collègues, derniers verres, dernières blagues usées, mer étale pendant près d’une heure et Paris s’étire enfin : les taxis rôdent, de grandes filles sortent du bois, le patron tamise et les garçons rajeunissent. Ils déposent une petite bougie sur chaque table – une fausse, qui vacille mais ne coule pas -, et me pressent discrètement : il faut boire encore ou laisser sa place.

Je bois encore.

C’est la septième fois en plus des deux premières que je viens dans ce marigot m’abreuver entre chiens et loups. Je suis précise car j’ai conservé toutes les additions. Au début, j’ai dû imaginer que c’était en souvenir, par habitude ou par fétichisme, mais aujourd’hui ?

Aujourd’hui, je reconnais que c’est pour me retenir à quelque chose quand je plonge la main dans la poche de mon manteau.

Si ces bouts de papier existent, c’est bien la preuve que… que quoi, d’ailleurs ?

Que rien.

Que la vie est chère, près du Soldat inconnu. »

Circonstances de lecture

Parce que c’est Anna Gavalda.

Impressions

Après « Billie« , voici encore deux nouvelles qu’Anna Gavalda nous propose dans son dernier livre « La vie en mieux ». Deux jolies histoires sur deux êtres malheureux, mal dans leur vie sans se l’avouer véritablement… jusqu’à ce qu’une rencontre les fasse affronter la réalité.

« La vie en mieux » se lit doucement, pour le plaisir de rentrer dans l’univers d’Anna Gavalda, de rencontrer ses héros à la lisière de la société et de leur vie. Pour le plaisir de les voir, enfin, prendre leur destin en main et peut-être changer de vie. Surtout, il ne faut pas grand chose, parfois, pour tout changer.

Un passage parmi d’autres

 Un jour que je l’accompagnais sur la tombe de son fils (le frère aîné de ma mère, le dernier marin pêcheur de la famille), ma mémé Saint-Quay m’a expliqué que l’on reconnaissait le bonheur au bruit qu’il faisait en partant. Je devais avoir dans les dix-onze ans et je venais de me faire chourer un démanilleur et mon couteau, je l’ai reçue cinq sur cinq.

Eh bien, l’amour, c’est le contraire. L’amour, on le reconnaît au souk qu’il fout en débarquant. Moi, par exemple, il avait suffi qu’un homme gentil, drôle et cultivé, un voisin de palier que je connaissais à peine, posât devant moi un verre, une assiette, une fourchette et un couteau pour que je me fissure de la tête aux pieds.

C’était comme si ce type avait enfoncé un coin dans la plus secrète de mes brèches et me tournait tranquillement autour, une énorme masse à la main.

L’amour.

La vie en mieux – Anna Gavalda – mars 2014 (le dilettante)

Partager :

  • Partager sur X(ouvre dans une nouvelle fenêtre) X
  • Partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook
  • Partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn
  • Partager sur Pinterest(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Pinterest
J’aime chargement…
← Articles Précédents
Articles Plus Récents →

Catégories

  • BD
  • Citations
  • En image
  • En vidéo
  • En VO
  • Essais
  • Fantastique
  • Fantasy
  • Grands classiques
  • Jeunesse
  • Mangas
  • Poésie
  • Policiers / Thrillers
  • Romans étrangers
  • Romans français
  • SF
  • Sondages

Articles récents

  • Trois nuits – Stéphane Arnier
  • Submergée – Arula Ratnakar
  • Je pleure encore la beauté du monde – Charlotte McConaghy
  • Les sœurs démentes d’Esi – Tashan Mehta
  • L’orage qui vient – Louise Mey

Archives

En train de lire

Entrez votre adresse mail pour suivre ce blog et recevoir des notifications à chaque publication de nouveaux posts par mail.

Mes réseaux sociaux

  • Voir le profil de aurecha22 sur Instagram

En train de lire

Jonathan Strange et Mr Norrell

Propulsé par WordPress.com.

Confidentialité & Cookies : Ce site utilise des cookies. En continuant à utiliser ce site, vous acceptez leur utilisation.
Pour en savoir davantage, y compris comment contrôler les cookies, voir : Politique relative aux cookies
  • S'abonner Abonné
    • Love In Books
    • Rejoignez 175 autres abonnés
    • Vous disposez déjà dʼun compte WordPress ? Connectez-vous maintenant.
    • Love In Books
    • S'abonner Abonné
    • S’inscrire
    • Connexion
    • Signaler ce contenu
    • Voir le site dans le Lecteur
    • Gérer les abonnements
    • Réduire cette barre
 

Chargement des commentaires…
 

    %d