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Un livre à peine entrouvert… Les mots sortent déjà un à un… La magie de l’histoire se libère…
Source: weheartit.com via Aurélie on Pinterest
09 jeudi Fév 2012
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Un livre à peine entrouvert… Les mots sortent déjà un à un… La magie de l’histoire se libère…
Source: weheartit.com via Aurélie on Pinterest
03 vendredi Fév 2012
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Les premières phrases« La magie était libre à nouveau.
Sa musique résonnait sur les nerfs de Gair comme sur les cordes d’une harpe, promesse de puissance vibrant sous ses doigts. Il n’avait qu’à l’accueillir à bras ouverts, s’il osait. Il appuya son front sur ses genoux et se mit à prier.
– Je Vous salue, Mère pleine de grâce, lumière et vie de ce monde. Heureux les débonnaires, car ils trouveront force en Vous. Heureux les miséricordieux, car ils trouveront justice en Vous. Heureux les égarés, car ils trouveront salut en Vous. Amen.
Phrase après phrase, verset après verset, la prière s’échappait de ses lèvres gercées. Il serra convulsivement ses doigts, cherchant la forme familière des grains de son chapelet pour ne pas perdre le fil, bien que ce soit fait depuis longtemps déjà. Lorsque les mots lui manquèrent, il serra ses genoux encore plus fort sur sa poitrine et recommença.
– Maintenant, je suis égaré dans les ténèbres, ô Mère, je me suis écarté de Votre voie, guidez-moi de nouveau…
La musique chuchotait toujours à son oreille. Rien ne pouvait en couvrir le murmure enjôleur. Ni les prières, ni les supplications, ni même les quelques hymnes dont il se souvenait encore. Elle était partout : dans les murs de fer rouillé de sa cellule, dans la sueur nauséabonde qui luisait sur sa peau, dans les couleurs qu’il voyait dans le noir. A chaque inspiration qu’il prenait, elle devenait un peu plus forte.
Un carillon argentin retentit. Gair ouvrir les yeux et fut ébloui par une lumière si vive, si blanche, qu’il dut se protéger le visage. A travers ses doigts, il vit deux silhouettes vêtues de lumière. Des anges. Sainte Mère, des anges envoyés pour le ramener avec eux.
– … Bénissez-moi maintenant et accueillez-moi à Vos côtés, pardonnez-moi tous mes péchés…
Agenouillé, Gair attendit d’être béni. Un violent coup du revers de la main lui fit perdre l’équilibre.
– Epargne-nous tes psalmodies, sale changelin !
Un autre coup le projeta brutalement contre le mur revêtu de fer. Une douleur fulgurante lui envahit la tempe et, dans un dernier frémissement, la musique se tut. »
Lu fin janvier 2012. La présentation que l’éditeur Bragelonne en faisait m’a poussée à l’acheter. Un enchantement.
Le livre en lui-même laissait déjà présager d’un bel objet. La lecture des premières pages m’a tout de suite emportée dans l’aventure de Gair, condamné à l’exil parce qu’il est l’un des seuls à entendre le Chant. Aidé par Alderan, il découvre petit à petit ses pouvoirs et la noirceur du monde qui l’entoure. Si vous aimez le Seigneur des Anneaux, La Légende du Peuple Turquoise d’Ange, mais aussi Harry Potter, ce livre est fait pour vous. D’autant qu’Elspeth Cooper a une vraie plume. Ce qui est assez rare en Fantasy. Vivement le prochain Tome !
– Tu peux le faire, Gair.
Cette voix douce et grave lui emplit les oreilles, plus forte que la tempête, légère comme un murmure. D’énormes vagues s’écrasaient contre la coque de la « Mouette » et bouillonnaient sur son pont en pente, essayant d’emporter hommes et matériel. Les embruns déferlaient à leurs pieds. Au-dessus de leur tête, une corde trop tendue se rompit avec un claquement sonore.
Gair hésita.
– Je… Je ne pense pas. Le Chant est trop puissant.
– Ne pense pas ; aie foi, c’est tout. Aie foi en lui. Confiance en toi.
A ces mots, un bruissement enveloppa l’esprit de Gair comme le battement d’ailes puissantes. En réponse, une note chatoyante résonna là où régnait auparavant le silence. Pâle et ténue au début, elle se renforça à chacune de ses pulsations. D’autres notes suivirent, s’entrelaçant autour de la première pour former une harmonie complexe qui se mit à enfler et à exercer une pression croissante sur sa volonté. Tout ce qu’il avait à faire, c’était s’y ouvrir.
Il ne pouvait pas.
– N’aie pas peur. Il ne te fera pas de mal.
Gair entendit la voix d’Alderan aussi clairement que si les mots avaient été prononcés à l’intérieur de sa tête. Il en resta éberlué. La vague suivante faillit le faire tomber, et ce ne fut que grâce à la poigne ferme de son aîné qu’il resta debout. Une giclée d’eau de mer lui cingla le visage, l’aveuglant momentanément ; il cligna des paupières et vit qu’Alderan le regardait toujours intensément dans les yeux.
– Touche-le. Accepte-le. Il fait partie de toi, Gair. Il t’appartient.
– J’ai peur, chuchota le jeune homme, avant de s’ouvrir à la magie.
Elle le submergea entièrement. La tempête, la mer, le bateau sous ses pieds, tout devint secondaire. Il en avait encore conscience, mais vaguement, comme d’une conversation dans une autre pièce. Désormais, c’était une musique palpitante, en plein essor, qui occupait ses sens.
Les Chants de la Terre – Elspeth Cooper – Novembre 2011 (Editions Bragelonne)
29 dimanche Jan 2012
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Bestseller, frissons, Livre en VO, Stephen King, terreur, The Shining
Les premières phrases« Jack Torrance thought: Officious little prick.
Ullman stood five-five, and when he moved, it was with the prissly speed that seems to be the exclusive domain of all small plump men. The part in his hair was exact, and his dark suit was sober but comforting. I am a man you can bring your problems to, that suit said to the paying customer. To the hired help it spoke more curtly: This had better be good, you. There was a red carnation in the lapel, perhaps so that no one on the street would mistake Stuart Ullman for the local undertaker.
As he listened to Ullman speak, Jack admitted to himself that he probably could not have liked any man on that side of the desk – under the circumstances.
Ullman had asked a question that he hadn’t caught. That was bad; Ullman was the type of man who would file such lapses away in a mental Rolodex for later consideration.
« I’m sorry? »
« I asked if your wife fully understood what you would be taking on here. And there’s your son, of course. » He glanced down at the application in front of him. « Daniel. Your wife isn’t a bit intimidated by the idea? »
« Wendy is an extraordinary woman. »
« And your son is also extraordinary? »
Jack smiled, a big wide PR smile. « We like to think so, I suppose. He’s quite self-reliant for a five-year-old. »
Lu il y a plus de dix ans… Le meilleur Stephen King à mon goût.
Jack et sa femme Wendy s’installent avec leur petit garçon de 5 ans, Danny, dans un hôtel à l’écart de tout… Un enfant loin d’être ordinaire… Car c’est un « shiner » et il a un compagnon de jeu imaginaire. Dans ce lieu coupé du monde extérieur, son don devient un enfer. L’hôtel vide semble prendre vie, pour le pire… Flippant.
The first time he had been out in the back yard and nothing much had happened. Just Tony beckoning and then darkness and a few minutes later he had come back to real things with a few vague fragments of memory, like a jumbled dream. The second time, two weeks ago, had been more interesting. Tony, beckoning, calling from four yards over: « Danny… come see… » It seemed that he was getting up, then falling into a deep hole, like Alice into Wonderland. Then he had been in the basement of the apartment house and Tony had been beside him, pointing into the shadows at the trunk his daddy carried all his important papers in, especially « THE PLAY. »
« See? » Tony had said in his distant, musical voice. « It’s under the stairs. Right under the stairs. The movers put it right… under… the stairs. »
Danny had stepped forward to look more closely at this marvel and then he was falling again, this time out of the backyard swing, where he had been sitting all along. He had gotten the wind knocked out of himself, too.
Three or four days later his daddy had been stomping around, telling Mommy furiously that he had been all over the goddam basement and the trunk wasn’t there and he was going to sue the goddam movers who had left it somewhere between Vermont and Colorado. How was he supposed to be able to finish « THE PLAY » if things like this kept cropping up?
Danny said, « No, Daddy. It’s under the stairs. The movers put it right under the stairs. »
Daddy had given him a strange look and had gone down to see. The trunk had been there, just where Tony had shown him.
The Shining – Stephen King – 1977
25 mercredi Jan 2012
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« Quand il se réveillait dans les bois dans l’obscurité et le froid de la nuit il tendait la main pour toucher l’enfant qui dormait à son côté. Les nuits obscures au-delà de l’obscur et les jours chaque jour plus gris que celui d’avant. Comme l’assaut d’on ne sait quel glaucome froid assombrissant le monde sous sa taie. A chaque précieuse respiration sa main se soulevait et retombait doucement. Il repoussa la bâche en plastique et se souleva dans les vêtements et les couvertures empuantis et regarda vers l’est en quête d’une lumière mais il n’y en avait pas. Dans le rêve dont il venait de s’éveiller il errait dans une caverne où l’enfant le guidait par la main. »
Lu à sa sortie en 2008. Un choc.
On en ressort secoué, choqué… Avec l’espoir que le monde ne finira pas dans l’état que décrit Cormac McCarthy… Car La route décrit un semblant de vie après l’apocalypse, la survie désespérée d’un père et de son fils dans un monde dépeuplé où les survivants sont pour la plupart retombés dans la violence et la barbarie. Glaçant. Indispensable.
Une heure plus tard ils étaient sur la route. Il poussait le caddie et tous les deux, le petit et lui, ils portaient des sacs à dos. Dans les sacs à dos il y avait le strict nécessaire. Au cas où ils seraient contraints d’abandonner le caddie et de prendre la fuite. Accroché à la barre de poussée du caddie il y avait un rétroviseur de motocyclette chromé dont il se servait pour surveiller la route derrière eux. Il remonta le sac sur ses épaules et balaya du regard la campagne dévastée. La route était déserte. En bas dans la petite vallée l’immobile serpent gris d’une rivière. Inerte et exactement dessiné. Le long de la rive un amoncellement de roseaux morts. Ca va ? dit-il. Le petit opina de la tête. Puis ils repartirent le long du macadam dans la lumière couleur métal du fusil, pataugeant dans la cendre, chacun tout l’univers de l’autre.
La route – Cormac McCarthy – 2008 (Editions de l’Olivier)
22 dimanche Jan 2012
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bali, histoire d'amour, Marc Esposito, roman, Toute la beauté du monde
Les premières phrases« Soudain, je n’ai vu qu’elle. Des yeux clairs, une bouche immense, les cheveux très courts, bruns. J’ai su que ma vie, maintenant, c’était elle.
Elle se frayait un chemin parmi la foule, à l’autre bout du magasin, l’air soucieux. Elle était grande, sûrement pas loin du mètre quatre-vingts. J’ai avancé vers elle.
Je flottais dans un état étrange, sous le choc, comme ceux qui revoient leur vie en un éclair avant de basculer dans le trou noir. Sauf que je n’étais pas en train de mourir, au contraire je naissais. Ce n’était pas ma vie passée qui défilait en accéléré, mais ma vie future. Ma future vie avec elle. »
Lu dans le RER B, en 2001, en plein été. La dernière page terminée, j’ai repris le livre à la première page, pour le relire une seconde fois d’affilée. Rare.
Ancien rédacteur en chef de Première puis cofondateur de Studio Magazine, Marc Esposito n’a rien publié avant Toute la beauté du monde. Et pourtant… Il réussit à trouver les mots justes pour raconter une histoire d’amour superbe, sans tomber dans la niaiserie ou le ridicule. Parce que Tina a perdu son mari, elle ne peut plus aimer. Franck le sait. Pour autant, il ne perd pas espoir. Il la pousse à quitter son quotidien pour s’aérer la tête et le cœur à Bali. Et devient son compagnon de voyage. A défaut d’autre chose. Une histoire d’amour toute simple, mais très belle.
Ils avaient taillé la route au soleil couchant – Bali est juste sous l’équateur, il fait nuit à six heures, toute l’année. Wayan n’avait pas cherché à bavarder, Tina était trop absorbée par le spectacle qui se déroulait derrière les vitres : la circulation délirante dans Denpasar, la jungle, les villages, l’océan. Il lui avait seulement proposé d’écouter de la musique, elle avait été épatée par les rangements de CD, bien planqués, dans les portes et les accoudoirs. Elle avait choisi un disque de Scorpions – j’avais bien fait d’insister pour que Michel en achète quelques-uns. J’imaginais son étonnement de retrouver sa musique fétiche à quinze mille kilomètres de chez elle. Elle se rendrait compte bientôt que ce n’était pas si surprenant : Scorpions était un groupe adulé dans toute l’Asie, elle allait les entendre partout.
Wayan était certain qu’elle avait apprécié cette balade, à quarante à l’heure dans l’auto-palace, comme un tapis roulant au milieu de la jungle. A un moment, elle avait ouvert la vitre, malgré la clime, et elle avait laissé son bras tendu hors de la fenêtre pour offrir sa peau nue à la tiédeur du vent. Au sommet d’une colline, elle avait souri en découvrant la mer qui s’étalait devant eux, tout ce bleu à perte de vue, qui commençait à rosir sous le soleil couchant. J’avais calculé qu’elle avait dû arriver à temps sur sa terrasse pour le voir disparaître au bout de l’océan. Là, elle s’était sûrement sentie plus seule que jamais. Sans son amour, toute cette beauté, cette harmonie seraient d’abord une douleur.
Toute la beauté du monde – Marc Esposito – 1999 (Editions Anne Carrière)
20 vendredi Jan 2012
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Les premières phrases« – Mademoiselle Bertignac, je ne vois pas votre nom sur la liste des exposés.
De loin Monsieur Marin m’observe, le sourcil levé, les mains posées sur son bureau. C’était compter sans son radar longue portée. J’espérais le sursis, c’est le flagrant délit. Vingt-cinq paires d’yeux tournées vers moi attendent ma réponse. « Le cerveau » pris en faute. Axelle Vernoux et Léa Germain pouffent en silence derrière leurs mains, une dizaine de bracelets tintent de plaisir à leurs poignets. Si je pouvais m’enfoncer cent kilomètres sous terre, du côté de la lithosphère, ça m’arrangerait un peu. J’ai horreur des exposés, j’ai horreur de prendre la parole devant la classe, une faille sismique s’est ouverte sous mes pieds, mais rien ne bouge, rien ne s’effondre, je préférerais m’évanouir là, tout de suite, foudroyée, je tomberais raide de ma petite hauteur, les Converse en éventail, les bras en croix, Monsieur Martin écrirait à la craie sur le tableau noir : ci-gît Lou Bertignac, meilleure élève de sa classe, asociale et muette. »
Dévoré dès sa parution en 2007, ce livre, le 4ème de Delphine de Vigan, est l’un de mes plus gros coups de cœur.
No et moi raconte – mais qui n’a pas encore lu ce roman aujourd’hui ? – la rencontre entre une adolescente surdouée asociale et une jeune femme sans-abri, prénommée No. Une histoire d’amitié qui laisse forcément des traces. Et cette question qui court tout au long du livre : la petite Lou parviendra-t-elle à aider No ? Un roman comme il en sort peu.
Je vois souvent ce qui se passe dans la tête des gens, c’est comme un jeu de pistes, un fil noir qu’il suffit de faire glisser entre ses doigts, fragile, un fil qui conduit à la vérité du Monde, celle qui ne sera jamais révélée. Mon père un jour il m’a dit que ça lui faisait peur, qu’il ne fallait pas jouer avec ça, qu’il fallait savoir baisser les yeux pour préserver son regard d’enfant. Mais moi les yeux je n’arrive pas à les fermer, ils sont grands ouverts et parfois je mets mes mains devant pour ne pas voir.
Le serveur revient, il pose les verres devant nous, No attrape le sien d’un geste impatient. Alors je découvre ses mains noires, ses ongles rongés jusqu’au sang, et les traces de griffures sur ses poignets. Ca me fait mail au ventre.
On boit comme ça, en silence, je cherche quelque chose à dire mais rien ne vient, je la regarde, elle a l’air si fatiguée, pas seulement à cause des cernes sous ses yeux, ni de ses cheveux emmêlés, retenus par un vieux chouchou, ni de ses vêtements défraîchis, il y a ce mot qui me vient à l’esprit, « abîmée », ce mot qui fait mal, je ne sais plus si elle était déjà comme ça, la première fois, peut-être n’avais-je pas remarqué, il me semble plutôt qu’en l’espace de quelques jours elle a changé, elle est plus pâle ou plus sale, et son regard plus difficile à attraper.
C’est elle qui parle en premier.
– T’habites dans le quartier?
– Non. A Filles du Calvaire. Près du Cirque d’Hiver. Et toi ?
Elle sourit. Elle ouvre ses mains devant elle, ses mains noires et vides, dans un geste d’impuissance qui veut dire : rien, nulle part, ici… ou je ne sais pas.
No et moi – Delphine de Vigan – 2007 (Editions Jean-Claude Lattès)
17 mardi Jan 2012
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A Toronto, dans la librairie Type Books, les livres prennent vie la nuit… Magique! Une réalisation de Sean Ohlenkamp et de sa femme.
16 lundi Jan 2012
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Les premières phrases« C’est une nuit sans lune et c’est à peine si l’on distingue l’eau du ciel, les arbres des falaises, le sable des roches. Seules scintillent quelques lumières, de rares fenêtres allumées, une dizaine de lampadaires le long de la plage, deux autres aux abords du sanctuaire, le néon d’un bar, un distributeur de boissons, myriade de canettes multicolores sous l’éclairage cru. Plus grand monde ne s’attarde à cette heure. La fin de l’été a ravalé les touristes, les dernières cigales crissent dans les jardins de la pension, nous sommes fin septembre mais il fait encore tiède. Par la baie entrouverte monte la rumeur du ressac. S’y mêlent le froissement des feuilles, le balancement des bambous, les craquements des cèdres. Les singes se sont tus peu après la tombée du jour, tout à l’heure ils hurlaient de panique, puis l’obscurité a tout recouvert et ils ont renoncé. Je rentrais des falaises par ce chemin sinueux que j’emprunte depuis déjà six jours. »
Circonstances de lectureInconditionnelle d’Olivier Adam depuis l’adaptation au cinéma de son premier roman par Philippe Lioret, Je vais bien, ne t’en fais pas, j’ai depuis lu Falaises (2005), A l’abri de rien (2007) et Des vents contraires (2008). A chaque fois, Olivier Adam trouve les mots justes pour raconter ses histoires, toujours déchirantes.
Une valeur sûre, à condition d’avoir le moral ! Olivier Adam parle des sentiments intérieurs comme personne d’autres. Ici, il dépeint une femme qui suit les traces de son frère décédé au Japon. Et sa rencontre avec Natsume Dombori, un « sauveur » de suicidaires.
Vu de loin on ne voit rien, disait souvent Nathan à tout propos, et cette phrase semblait recouvrir à ses yeux une vérité essentielle. Je n’ai jamais compris ce que mon frère entendait par là mais aujourd’hui je sais qu’il avait tort, que c’est exactement le contraire : vu de près, pris dans le cours ordinaire, on ne voit rien de sa propre vie. Pour la saisir il faut s’en extraire, exécuter un léger pas de côté. La plupart des gens ne le font jamais et ils n’ont pas tort. Personne n’a envie d’entrevoir l’avancée des glaces. Personne n’a envie de se retrouver suspendu dans le vide. « Nos vies tiennent dans un dé à coudre ». Je ne sais plus qui disait ça l’autre jour, c’était à la radio je crois. Ou bien l’ai-je lu dans un livre ? Je ne sais plus. Mais cette phrase m’a saisie, Nathan aurait pu la prononcer, ai-je pensé, l’ajouter aux dizaines d’autres, tout aussi définitives et désenchantées, qui lui servaient de viatique, dessinaient une ligne de conduite qui ne l’a jamais mené nulle part. J’avais pris le premier avion pour Tokyo, le coeur en cavale, dans un état de confusion totale, fuyant une menace indéfinissable dont je sentais qu’elle n’allait pas tarder à m’engloutir.
Le coeur régulier – Olivier Adam – 2010 (Editions de l’Olivier)
14 samedi Jan 2012
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« Les relents d’égout se mêlent au gasoil et à la graisse alimentaire. Le soleil de mai terrasse le bitume de Madison Avenue. McDo et Texaco : l’odeur mondiale. J’ai une heure à tuer, un abîme dans mon agenda calé au chronomètre. J’essaie de m’intéresser aux vitrines des boutiques de luxe. Je ne vois que ma silhouette anguleuse de bon petit de la méritocratie mondiale. Les lunettes fines ont remplacé les carreaux Afflelou premier prix, les soins Clinique effacé l’acné. J’ai gagné des millions, pris de l’assurance ; rien à faire, j’ai toujours une tête de matheux posée sur un corps affûté au Slow Burn, la méthode de musculation qui sculpte le Tout-Manhattan. »
Lu en 2010, après avoir vu l’auteur parler de son roman à l’émission La Grande Librairie, sur France 5. En pleine crise financière, ce livre est de circonstance…
Flore Vasseur utilise les mots justes pour nous faire découvrir le milieu boursier sous toutes les coutures. Le héros, un trader richissime, a une vie affective désastreuse. Alors que l’Amérique est en train de sombrer au profit de la Chine, une milliardaire lui offre la possibilité de faire exploser le capitalisme… via un programme présent sur une clé USB Hello Kitty. Que va-t-il en faire ? Va-t-il l’utiliser pour faire sauter les bourses du monde entier ? C’est là toute la question du roman. Et Flore Vasseur maintient le suspens jusqu’aux dernières pages.
Mes attaches sont placées sur un compte bancaire. Son montant indique la valeur de ma vie. Sa qualité se définit par l’évolution du Dow Jones, le nombre de chaussures dans mon placard, le cours du cuivre. J’appartiens à une oligarchie motivée par l’ambition, avec le conservatisme comme idéal et la technologie pour rêve. J’ai la plus belle performance du floor. C’est tout ce qui compte, le montant de cash à l’instant t, la maximisation de mon gain individuel. Mon hédonisme est relatif : je n’ai aucune spiritualité ni conviction. Je vis dans une bulle inviolable, dans l’ultra-présent. N’importe où et toujours seul.
Je flotte autour de la planète, me pose un jour à Hong-Kong pour une négociation avec des fonds de pension chinois. Pendant quelques semaines, j’emménage dans une maison sur le Peak, lance mes programmes magiques, crée, à partir de rien, quelques millions.
Comment j’ai liquidé le siècle – Flore Vasseur – 2010 (Editions des Equateurs)
14 samedi Jan 2012
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Les premières phrases« La galère coulait lentement, comme à regret. Les membres d’équipage avaient été tués dès les premières minutes ; la bataille s’était ensuite éloignée vers la rive sud du lac, abandonnant le vaisseau et les prisonniers à leur sort.
L’eau avait envahi l’embarcation par petites vagues, l’une après l’autre, déséquilibrant la coque, jusqu’à ce que la galère décide de s’enfoncer par l’arrière. Le plus surprenant, avait pensé Arekh en contemplant le lac, c’était le calme. Les cris des officiers des autres vaisseaux, les hurlements des marins agonisants, le bruit des voiles ravagées par les flammes étaient maintenant très loin. Les vaisseaux de l’émir et de ses ennemis avaient disparu derrière une avancée rocheuse.
Là-bas, le massacre continuait, mais autour de la galère, l’eau était redevenue paisible. Le cadavre du grand Mérinide qui marquait le rythme de son tambour flottait à quelques mètres des quarante galériens entravés à leurs bancs. Le niveau de l’eau montait, atteignant maintenant la poitrine des prisonniers des derniers rangs.
Les rayons chauffaient les visages, murmurant des promesses de printemps.
Puis la galère se renversa et Arekh se retrouva sous l’eau. »
Une véritable découverte. Pioché un peu au hasard dans les rayons de Gibert, cette trilogie d’Ange (pseudonyme des deux auteurs : Anne et Gérard) est un petit bijou de la Fantasy française.
Une pépite de la Fantasy française. Loin des livres plaqués sur Tolkien, ici Ange nous transporte dans une histoire originale, sur le thème des méfaits des religions, de l’esclavage et de la libération de tout un peuple : le peuple Turquoise. J’ai été transportée par les personnages : l’histoire de Marikani, héritière des rois sorciers d’Harabec, et du galérien Arekh est bouleversante. A lire et relire sans hésitation !
Sans un mot, sans un geste d’adieu, Arehk s’engagea sur le sentier et commença son ascension. Il ne se retourna pas, ne vit pas si les deux femmes s’étaient arrêtées pour le regarder s’éloigner, ou si Mîn avait fait un geste pour le retenir. Il se contenta de faire un pas après l’autre, sentant la pente l’éloigner à chaque seconde un peu plus du coeur du péril.
Il n’était que temps.
Un étrange froid descendit le long de sa colonne vertébrale. Une impression qu’il connaissait bien, un signal personnel qui lui annonçait que quelque chose n’allait pas… Ses sens avaient repéré un imperceptible changement dans son environnement et son corps le lui faisait savoir.
Avance, se dit-il, avance, et il marcha encore une bonne minute sur le sentier qui montait en pente de plus en plus raide.
Puis la sensation d’alerte devenue irrésistible, il s’arrêta et tourna son regard vers la route en contrebas.
Le groupe composé maintenant des deux femmes et de Mîn était à une vingtaine de mètres sous lui, séparé d’Arekh par une pente rocheuse assez raide.
Les chiens étaient six. Ils descendaient vers Marikani du côté opposé de la montagne, venant du sud, laissant une longue trace dans la neige en marchant dans un silence parfait, irréel. Ce n’était pas des loups, la différence était subtile mais évidente ; elle se voyait dans le pelage légèrement plus clair, la tête massive et leur manière d’avancer.
Marikani et Liénor s’étaient figées sur place. Mîn fit quelques pas avant de s’apercevoir du danger et de s’arrêter à son tour et de regarder les bêtes en silence.
La scène ne manquait pas d’une certaine beauté, réalisa Arekh qui avait l’impression que le temps était suspendu. La lumière des trois lunes éclairait la neige et la route d’une lueur laiteuse. L’air glacé sentait la montagne, parlait de pins, de vent, d’eau glacée et joyeuse courant sur les rochers. Et les chiens approchaient, comme une métaphore silencieuse.
Ayesha ou La Légende du Peuple turquoise – Ange – 2001 (Bragelonne)