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Love In Books

~ Parce qu'il n'y a rien de mieux qu'un livre pour s'évader…

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Archives de Catégorie: Romans étrangers

Le Lever des Lunes – Elspeth Cooper

20 samedi Avr 2013

Posted by Aurélie in Fantasy, Romans étrangers

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Bragelonne, Critique de livre, Elspeth Cooper, La Chasse Sauvage, Le Lever des Lunes, Magie, roman

Elspeth Cooper - Le Lever des LunesLes premières phrases

«  Des particules de lumière pailletaient l’air, tel un nuage de papillons blafards. Sa coupe en argent à la main, Savin s’avança parmi elles et, d’un geste de son autre main, referma le Voile derrière lui, comme s’il tirait un rideau devant une fenêtre donnant sur un jardin en terrasses baigné de soleil. Un picotement dans les doigts lorsqu’il rapprocha les bords, un frisson sur sa peau, et ce fut comme s’il n’avait jamais touché à la trame. 

Bien pratique, ce petit tour. Ca lui permettait de se déplacer librement dans des endroits où il était imprudent de trop attirer l’attention, et ça impressionnait les nigauds. Comme le savaient bien les forains et les arnaqueurs, parfois, un petit sens de la mise en scène était plus précieux que de l’or.

Une par une, les paillettes s’estompèrent dans l’obscurité qui régnait autour de lui, et il fronça les sourcils. Cette pièce, située dans une des tours du château de Renngald, n’aurait pas dû être aussi sombre, ni froide au point de condenser sa respiration, même après la chaleur estivale de Mesarild. Il ressentait rarement le froid, bien qu’il ait dû apprendre à en faire abstraction au lieu d’y être indifférent de naissance comme ses hôtes, mais l’humidité qui l’accompagnait dans ces contrées nordiques était désastreuse pour une bibliothèque, et c’était pourquoi il y avait laissé brûler un feu. Or celui-ci s’était éteint, et il ne voyait nulle trace de la servante à qui il en avait confié l’entretien. « 

Circonstances de lecture

Il s’agit de la suite des Chants de la Terre, que j’avais adoré.

Impressions

Encore une belle édition de la maison Bragelonne. On retrouve avec plaisir l’univers découvert dans le 1er Tome de cette saga (La Chasse Sauvage) d’Elspeth Cooper. Très bien écrit, le livre nous transporte sur les pas de Gair, forcé de suivre Alderan dans le Sud à la poursuite d’un indice caché qui pourrait l’aider à battre Savin et à sauvegarder le Voile. Mais on découvre aussi de nouveaux personnages, notamment Teia, jeune fille du clan des Loups, porteuse du pouvoir des Diseuses… Elspeth Cooper pose clairement les bases d’une grande saga, pleine de magie et de personnages attachants, mais aussi de réflexions sur le pouvoir des religions et la bêtise des hommes. A l’instar de ce qu’avait réussi Ange avec La Légende du Peuple Turquoise. Vivement la suite !

Un passage parmi d’autres

 Lorsque l’eau eut cessé de clapoter, laissant le disque argenté de la lune vagabonde flotter paisiblement en son centre, Teia plaça les deux mains sur le bord du récipient et ferma les yeux. Puis elle plongea en elle-même, cherchant la musique.

D’abord lente à répondre à son appel, celle-ci jaillit soudainement au premier plan de ses pensées. Teai la dompta rapidement, en réduisit le flot à un filet infime, puis la relâcha. Des étincelles bleuâtres lui enveloppèrent les doigts, se convulsant au-dessus de l’eau. Le reflet de la lune chatoya. Celle-ci avait commencé à décroître et n’était pas aussi puissante que lorsqu’elle était pleine, mais elle promettait encore une bonne divination. Une lumière blanche emplit le cercle décrit par le bord du seau puis se figea, offrant à Teia un parfait reflet de son visage.

Montre-moi.

L’image frémit puis redevint nette. Son visage, encore, mais entouré désormais d’un ciel gris et brumeux. Elle avait la joue maculée de sang et ses cheveux formaient comme un roncier de boucles sombres et mouillées. Son regard était terne comme celui d’un oiseau mort.

Elle avait beau l’avoir déjà vue dix fois, cette vision ne manquait jamais de la consterner, par la prédiction qu’elle offrait d’un avenir qu’aucune femme ne pouvait désirer. Agrippant le bord du seau, elle inspira profondément pour se calmer avant sa vision suivante, au cas où il s’agirait de nouveau du guerrier ténébreux.

Montre-moi.

Son visage laissa place à celui du garçon. Les cheveux noirs, les yeux bleus, il lui rendait solennellement son regard, les mains d’une femme posées sur ses épaules. Un geste de protection ou de fierté ? Teia n’avait jamais réussi à le déterminer. Ses traits carrés et massifs, son corps trapu ne laissaient aucun doute quant à sa filiation, même sans le reflet d’or au col de sa chemise.

Montre-moi.

Cette fois, ce fut une vue depuis le ciel qui s’offrit à elle, d’abord des flancs de montagne boisés, puis des plaines vallonnées d’un beige argenté, filetées de rivières scintillantes. Le paysage rappelait les plaines au sud du campement, près de l’an-Archéen, mais cette vision ne ressemblait à rien de ce qu’elle avait vu là-bas lors des hivers qu’elle y avait passés. Par ailleurs, cela semblait être l’été, ou au moins le printemps, parce que le soleil brillait et qu’il y avait des fleurs parmi les herbes. Au loin, presque à la limite de ce qu’elle pouvait distinguer, des silhouettes minuscules comme des fourmis s’éloignaient.

– Qu’est-ce que tu fais, petite ?

Ytha ! La Diseuse était juste derrière elle, approchant à travers les hautes herbes avec la discrétion d’une chasseresse. Relâchant la musique, Teia remua l’eau du bout des doigts pour dissiper l’image et se releva précipitamment pour lui faire face.

Le Lever des Lunes – Elspeth Cooper – janvier 2013 (Bragelonne)

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L’Histoire sans fin – Michael Ende

04 lundi Mar 2013

Posted by Aurélie in Fantasy, Romans étrangers

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Critique de livre, L'Histoire sans fin, Magie, Michael Ende, roman

Les premières phrases

«  premières lignes  Telle était l’inscription que l’on pouvait lire sur la porte vitrée d’une petite boutique, mais elle ne se présentait de la sorte que pour celui qui, de l’intérieur de la pièce sombre, regardait au-dehors à travers la glace.

Dehors, c’était un matin gris et froid de novembre et il pleuvait à verse. Les gouttes dégoulinaient le long de la paroi de verre, par-dessus les lettres tarabiscotées. Tout ce que l’on parvenait à distinguer à travers la vitre, c’était un mur taché d’eau de l’autre côté de la rue.

Soudain, la porte fut poussée avec tant de violence qu’une petite grappe de clochettes en laiton, qui était suspendue juste au-dessus, en fut ébranlée et tinta un long moment avant de s’immobiliser à nouveau.

Celui qui avait provoqué ce tintamarre était un garçon petit et gros qui pouvait avoir dix ou onze ans. Ses cheveux brun foncé, mouillés, lui pendaient sur le visage, son manteau gouttait, trempé de pluie, et il portait un cartable fixé à l’épaule par une courroie. Il était un peu pâle et hors d’haleine mais, rompant avec la précipitation qu’il avait manifesté jusque-là, il restait planté sur le seuil de la porte ouverte, comme s’il avait pris racine. »

Michael Ende - L'Histoire sans finCirconstances de lecture

Un livre qui a bercé mon enfance. J’ai eu subitement très envie de le relire, et je ne le regrette pas !

Impressions

Oubliez le film (qui ne parvient pas à retranscrire la profondeur du roman) et plongez-vous, quel que soit votre âge, dans ce roman fantastique de Michael Ende. Qui n’a jamais désiré lire un roman – passionnant – qui ne se terminerait jamais ? Qui n’a jamais rêvé de pouvoir s’échapper de la réalité et de se retrouver dans un autre monde, plein de créatures étranges et de magie ? Le petit Bastien bascule ainsi dans le livre qu’il tient entre les mains et vit alors une multitude d’aventures. Une quête initiatique qui nous fait également réfléchir sur l’importance de l’imagination, le sens de la vie, le pouvoir des livres et des mots, et la nécessité de garder son âme d’enfant, malgré tout, et de lire !

Un passage parmi d’autres

 La passion de Bastien Balthasar Bux, c’était les livres. Qui n’a jamais passé tout un après-midi sur un livre, les oreilles en feu et les cheveux en bataille, à lire et lire encore, oublieux du monde alentour, insensible à la faim et au froid.

Qui n’a jamais lu en cachette, sous sa couverture, à la lueur d’une lampe de poche, parce qu’un père ou une mère, ou quelque personne bien intentionnée avait éteint la lumière, dans l’idée louable que le moment était maintenant venu de dormir puisque demain il faudrait se lever très tôt.

Qui n’a jamais versé, ouvertement ou en secret, des larmes amères en voyant se terminer une merveilleuse histoire et en sachant qu’il allait falloir prendre congé des êtres avec lesquels on avait partagé tant d’aventures, que l’on aimait et admirait, pour qui l’on avait tremblé et espéré, et sans la compagnie desquels la vie allait paraître vide et dénuée de sens.

Celui qui n’a pas fait lui-même l’expérience de tout cela ne comprendra visiblement pas le geste de Bastien.

Il regardait fixement le titre du livre et il se sentait alternativement bouillant et glacé. C’était bien là ce dont il avait tant de fois rêvé, ce qu’il souhaitait trouver depuis le jour où la passion des livres s’était emparée de lui : une histoire qui ne finit jamais ! Le livre des livres !

L’Histoire sans fin- Michael Ende – 1984 (Editions Stock)

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Le Jeu de l’Ange – Carlos Ruiz Zafon

10 dimanche Fév 2013

Posted by Aurélie in Romans étrangers

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Carlos Ruiz Zafon, Critique de livre, L'Ombre du Vent, Le Jeu de l'Ange, Pocket, Robert Laffont, roman

Les premières phrases

Carlos Ruiz Zafon - Le Jeu de l'Ange«  Un écrivain n’oublie jamais le moment où, pour la première fois, il a accepté un peu d’argent ou quelques éloges en échange d’une histoire. Il n’oublie jamais la première fois où il a senti dans ses veines le doux poison de la vanité et cru que si personne ne découvrait son absence de talent, son rêve de littérature pourrait lui procurer un toit sur la tête, un vrai repas chaque soir et ce qu’il désirait le plus au monde : son nom imprimé sur un misérable bout de papier qui, il en est sûr, vivra plus longtemps que lui. Un écrivain est condamné à se souvenir de ce moment, parce que, dès lors, il est perdu : son âme a un prix.

Ce moment, je l’ai connu un jour lointain de décembre 1917. J’avais alors dix-sept ans et travaillais à La Voz de la Industria, un journal au bord de la faillite qui végétait dans une bâtisse caverneuse, jadis siège d’une manufacture d’acide sulfurique, dont les murs sécrétaient encore une vapeur corrosive qui rongeait le mobilier, les vêtements, les cerveaux et jusqu’à la semelle des souliers. Elle se dressait derrière la forêt d’anges et de croix du cimetière du Pueblo Nuevo et, de loin, sa silhouette se confondait avec celle des mausolées se découpant sur un horizon criblé de centaines de cheminées et d’usines qui faisaient régner sur Barcelone un perpétuel crépuscule écarlate et noir. »

Circonstances de lecture

Lu parce que j’avais beaucoup aimé L’Ombre du Vent.

Impressions

Un livre sombre dans une Barcelone étouffante, à la frontière du roman policier, du roman fantastique et de l’histoire d’amour. Le héros, un jeune écrivain, accepte d’écrire un livre pour une somme astronomique… vendant peut-être ainsi son âme au diable. Ici, l’atmosphère est beaucoup plus sombre que dans L’Ombre du Vent. On y retrouve cependant avec plaisir le style de Carlos Ruiz Zafon, le personnage de M. Sempere et le cimetière des livres oubliés. De très beaux passages.

Un passage parmi d’autres

 Mes seuls amis d’alors étaient d’encre et de papier. A l’école, j’avais appris à lire et à écrire bien avant les autres gamins du quartier. Là où les camarades voyaient de l’encre semée en chiures de mouche sur des pages incompréhensibles, je voyais de la lumière, des rues et des êtres humains. Les mots et le mystère de leur science cachée me fascinaient et m’apparaissaient comme une clef permettant d’ouvrir un monde infini, bien loin de cette maison, de ces rues et de ces jours opaques où, j’en avais déjà l’intuition, ne m’attendait qu’un avenir sans intérêt. Mon père n’aimait pas voir des livres à la maison. Il y avait chez ceux-ci, outre les lettres qu’il ne pouvait déchiffrer, quelque chose qui l’offensait. Il me répétait qu’il me mettrait au travail dès que j’aurais dix ans, et que mieux valait m’ôter toutes ces lubies de la tête parce que, sinon, je ne serais jamais qu’un pauvre type et un crève-la-faim. Je cachais les livres sous mon matelas et attendais qu’il soit sorti ou endormi pour les lire.

Le Jeu de l’Ange – Carlos Ruiz Zafon – 2009 (Robert Laffont)

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Le Cirque des Rêves – Erin Morgenstern

28 lundi Jan 2013

Posted by Aurélie in Romans étrangers

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Cirque, Critique de livre, Erin Morgenstern, Flammarion, Le Cirque des Rêves, Magie, roman

Erin Morgenstern - Le Cirque des RêvesLes premières phrases

«  Le cirque arrive sans crier gare.

Aucune annonce ne précède sa venue, aucun avis, aucune affiche sur les poteaux de la ville, aucune mention, aucune publicité dans les journaux locaux. Simplement il est là, quand la veille il n’y était pas.

Les imposants chapiteaux sont rayés de noir et blanc, aucune trace d’or ou de pourpre. Pas la moindre couleur hormis celle des arbres voisins et de l’herbe des champs environnants. Des rayures noires et blanches sur un ciel gris ; d’innombrables chapiteaux de toutes tailles et de toutes formes, enchâssés dans une grille ouvragée en fer forgé qui se dresse au milieu d’un univers terne. Le peu d’espace au sol que l’on distingue de l’extérieur est noir ou blanc, recouvert de peinture, de poudre ou camouflé par un quelconque artifice.

Mais il n’est pas ouvert au public. Pas encore.

En quelques heures, toute la ville est au courant. L’après-midi, la nouvelle fait le tour de la région. Le bouche-à-oreille est une technique publicitaire bien plus efficace que les mots et les points d’exclamation imprimés sur des avis et des affiches. C’est un événement inhabituel et marquant, cette apparition soudaine d’un cirque mystérieux. Les gens s’émerveillent devant la hauteur prodigieuse des plus grands chapiteaux. Ils fixent l’horloge installée derrière les grilles.

Et la pancarte suspendue au-dessus de l’entrée qui annonce en lettres blanches sur fond noir :

Ouverture à la tombée de la nuit.

Fermeture à l’aube.

Quel est ce cirque qui n’ouvre que la nuit ? se demandent les gens. Personne ne sait au juste, mais à l’approche du crépuscule, une foule considérable s’est massée devant l’entrée. « 

Circonstances de lecture

J’ai tout de suite été attirée par l’objet en lui-même : une belle édition dotée d’une couverture en noir et blanc, et d’une tranche rouge.

Impressions

Un livre féérique que l’on referme avec regret. L’histoire se déroule dans un cirque mystérieux, où vivent illusionnistes, acrobates, contorsionnistes et autres cartomanciennes… Erin Morgenstern parvient à transporter le lecteur dans son monde empli de magie et de mystères, un monde où l’on respire avec bonheur l’odeur du caramel, du chocolat chaud et du feu de cheminée. Une belle histoire d’amour mais aussi un bel hommage au monde du cirque.

Un passage parmi d’autres

 Tu pénètres dans une vaste cour lumineuse encerclée de chapiteaux. Des allées qui serpentent tout autour t’éloignent du centre, t’entraînant dans d’invisibles mystères constellés de lueurs scintillantes.

Des vendeurs ambulants circulent parmi la foule qui t’entoure, offrant des rafraîchissements et des curiosités, des créations parfumées à la vanille, au miel, au chocolat ou à la cannelle.

Non loin, une contorsionniste en costume noir étincelant se tord sur une estrade, son corps plié dessinant d’impossibles figures.

Un jongleur lance très haut des globes noirs, blancs et argent qui semblent planer un instant avant de retomber dans ses mains, sous les applaudissements des spectateurs fascinés.

Le tout baigne dans une lumière chatoyante qui émane d’un grand feu de joie brûlant au centre de la cour.

En t’approchant, tu vois qu’il est installé dans un vaste chaudron noir, posé en équilibre sur des pieds griffus. Le haut du chaudron se divise en longues volutes de fer forgé qui semblent avoir été fondues et étirées comme du caramel. Le fer forgé se recourbe sur lui-même et s’entremêle aux autres boucles, formant une cage. Les flammes apparaissent dans les interstices et s’élèvent légèrement au-dessus. Seul le fond est sombre, si bien que l’on ne distingue pas si c’est du bois, du charbon ou tout autre chose que l’on brûle.

Les flammes qui dansent ne sont ni jaunes ni orangées, mais d’une blancheur de neige.

Le Cirque des Rêves – Erin Morgenstern – 2012 (Flammarion)

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La Communauté de l’Anneau – J.R.R. Tolkien

20 dimanche Jan 2013

Posted by Aurélie in Fantasy, Grands classiques, Romans étrangers

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Critique de livre, Fantasy, La Communauté de l'Anneau, Le Seigneur des Anneaux, roman, Tolkien

Les premières phrases

J.R.R. Tolkien - La communauté de l'Anneau«  Quand M. Bilbon Sacquet, de Cul-de-Sac, annonça qu’il donnerait à l’occasion de son undécante-unième anniversaire une réception d’une magnificence particulière, une grande excitation régna dans Hobbitebourg, et toute la ville en parla.

Bilbon était en même temps très riche et très particulier, et il avait fait l’étonnement de la Comté pendant soixante ans, c’est-à-dire depuis sa remarquable disparition et son retour inattendu. Les richesses qu’il avait rapportées de ses voyages étaient devenues une légende locale, et l’on croyait communément, en dépit des assurances des anciens, que la Colline de Cul-de-Sac était creusée de galeries bourrées de trésors. Et si cela n’eût pas suffit à rassurer sa renommée, sa vigueur prolongée aurait encore fait l’admiration de tous. Le temps s’écoulait, mais il semblait n’avoir aucune prise sur M. Sacquet. A quatre-vingt-dix ans, il était tout semblable à ce qu’il était à cinquante. A quatre-vingt-dix-neuf ans, on commença à le qualifier de bien conservé; mais inchangé aurait été plus près de la vérité. D’aucuns hochaient la tête, pensant que c’était trop d’une bonne chose; il paraissait injuste que quelqu’un pût jouir (visiblement) d’une jeunesse perpétuelle en même temps que (suivant l’opinion commune) d’une opulence inépuisable. 

– Cela aura sa contrepartie, disait-on. Ce n’est pas naturel, et il en viendra certainement des ennuis !

Mais jusque-là aucun ennui n’était venu, et comme M. Sacquet était généreux de son argent, la plupart des gens lui pardonnaient volontiers ses singularités et sa bonne fortune. »

Circonstances de lecture

Après avoir vu Le Hobbit au cinéma, j’ai eu très envie de relire Le Seigneur des Anneaux pour me replonger dans la Terre du Milieu.

Impressions

« LE » grand classique de Fantasy. Une fois passées les 200 premières pages servant à poser le décor (et, il est vrai, parfois ennuyeuses), on se laisse embarquer avec bonheur dans les aventures de Frodon et de la Communauté de l’Anneau. A lire et à relire. Les personnages sont tous attachants, et le livre regorge de scènes mythiques.

Un passage parmi d’autres

  Le Balrog atteignit le pont. Gandalf se tenait au milieu de la travée, appuyé sur le bâton qu’il tenait de la main gauche, tandis que dans l’autre Glamdring luisait, froide et blanche. Son ennemi s’arrêta de nouveau face à lui, et l’ombre qui l’entourait s’étendait comme deux vastes ailes. Il leva le fouet, et les lanières gémirent et claquèrent. Le feu sortait de ses narines. Mais Gandalf demeura ferme.

– Vous ne pouvez passer, dit-il.

Les orques restèrent immobiles, et un silence de mort tomba.

– Je suis un serviteur du Feu Secret, qui détient la flamme d’Anor. Vous ne pouvez passer. Le feu sombre ne vous servira de rien, flamme d’Udûn. Retournez à l’Ombre ! Vous ne pouvez passer.

Le Balrog ne répondit rien. Le feu parut s’éteindre en lui, mais l’obscurité grandit. La forme s’avança lentement sur le pont; elle se redressa soudain jusqu’à une grande stature, et ses ailes s’étendirent d’un mur à l’autre; mais Gandalf était toujours visible, jetant une faible lueur dans les ténèbres; il semblait petit et totalement seul : gris et courbe comme un arbre desséché devant l’assaut d’un orage.

De l’ombre, une épée rouge sortit, flamboyante.

Glamdring répondit par un éclair blanc.

Il y eut un cliquetis retentissant et une estocade de feu blanc. Le Balrog tomba à la renverse, et son épée jaillit en fragments fondus. Le magicien vacilla sur le pont, recula d’un pas, puis se tint de nouveau immobile.

– Vous ne pouvez passer ! dit-il.

D’un bond, le Balrog sauta au milieu du pont. Son fouet tournoya en sifflant.

– Il ne peut résister seul ! cria soudain Aragorn, qui revint en courant sur le pont :

– Elendil ! cria-t-il. Je suis avec vous, Gandalf.

– Gondor ! cria Boromir, s’élançant derrière lui.

A ce moment, Gandalf leva son bâton et, criant d’une voix forte, il frappa le pont devant lui. Le bâton se brisa en deux et tomba de sa main. Un aveuglant rideau de flammes blanches jaillit. Le pont craqua. Il se rompit juste au pied du Balrog, et la pierre sur laquelle il se tenait s’écroula dans le gouffre, tandis que le reste demeurait en un équilibre frémissant comme une langue de rocher projetée dans le vide.

Le Balrog tomba en avant avec un cri terrible; son ombre plongea et disparut. Mais dans sa chute même, il fit tournoyer son fouet, et les lanières fouaillèrent le magicien et s’enroulèrent autour de ses genoux, l’entraînant vers le bord. Il chancela, tomba, et malgré un vain effort pour s’accrocher à la pierre, il glissa dans le gouffre.

– Fuyez, fous que vous êtes ! cria-t-il, disparaissant.

La Communauté de l’Anneau – Le Seigneur des Anneaux Tome 1 – J.R.R. Tolkien – 1972 (Pocket)

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Major Pettigrew’s Last Stand – Helen Simonson

27 samedi Oct 2012

Posted by Aurélie in En VO, Romans étrangers

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Bloomsbury, Critique de livre, Helen Simonson, Major Pettigrew, Major Pettigrew's Last Stand, roman

Les premières phrases

«  Major Pettigrew was still upset about the phone call from his brother’s wife and so he answered the doorbell without thinking. On the damp bricks of the path stood Mrs Ali from the village shop. She gave only the faintest of starts, the merest arch of an eyebrow. A quick rush of embarrassment flooded to the Major’s cheeks and he smoothed helplessly at the lap of his crimson, clematis-covered housecoat with hands that felt like spades.

« Ah, » he said.

« Major? »

« Mrs Ali? » There was a pause that seemed to expand slowly, like the universe, which, he had just read, was pushing itself apart as it aged. « Semescence », they had called it in the Sunday paper.

« I came for the newspaper money. The paper boy is sick, » said Mrs Ali, drawing up her short frame to its greatest height and assuming a brisk tone, so different from the low, accented roundness of her voice when they discussed the texture and perfume of the teas she blended specially for him.

« Of course, I’m awfully sorry. » He had forgotten to put the week’s money in an envelope under the outside doormat. He started fumbling for the pockets of his trousers, which were somewhere under the clematis. He felt his eyes watering. His pockets were inaccessible unless he hoisted the hem of the housecoat. « I’m sorry, » he repeated.

« Oh, not to worry, » she said, backing away. « You can drop it in a the shop later – sometime more convenient. » She was already turning away when he was seized with an urgent need to explain. 

« My brother died, » he said. She turned back. « My brother died, », he repeated. « I got the call this morning. I didn’t have time. »

Circonstances de lecture

Lu juste après le dernier J.K. Rowling, pour rester dans l’atmosphère des petits villages anglais.

Impressions

Un livre résolument optimiste et qui fait du bien au moral. Veuf depuis six ans, le Major Ernest Pettigrew vient d’apprendre la mort de son frère. Ce décès va bouleverser sa vie tranquille de quasi-septuagénaire à Edgecombe St Mary, puisqu’il va apprendre à véritablement connaître Mrs Ali, une Pakistanaise tenant le magasin du village. Mais les préjugés raciaux et sociaux font rage dans ce petit village anglais, et son fils Roger voit d’un mauvais œil la relation se nouant entre son père et cette Mrs Ali. Le Major Pettigrew va devoir choisir entre une nouvelle vie amoureuse et le respect des convenances. Avec ses petites remarques acides et son sens de l’humour très british, on se prend vite d’affectation pour ce vieil homme qui n’hésite pas à dire ce qu’il pense et à se remettre en cause.

Un passage parmi d’autres

 He acknowledged a notion that he might wish to see Mrs Ali again outside of the shop, and wondered whether this might be proof that he was not as ossified as his sixty-eight years, and the limited opportunities of village life, might suggest.

Bolstered by the tought, he felt he was up to the task of phoning his son, Roger, in London. He wiped his fingertips on a soft yellow rag and peered with concentration at the innumerable chrome buttons and LED displays of the cordless phone, a present from Roger. Its speed dial and voice activation capabilities were, Roger said, useful for the elderly. Major Pettigrew disagreed on both its ease of use and the designation of himself as old. It was frustratingly common that children were no sooner gone from the nest and established in their own homes, in Roger’s case a gleaming black-and-brass-decorated penthouse in a high-rise that blighted the Thames near Putney, than they began to infantilise their own parents and wish them dead, or at least in assisted living.

Major Pettigrew’s Last Stand – Helen Simonson – 2010 (Bloomsbury)

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The Casual Vacancy – J.K.Rowling

16 mardi Oct 2012

Posted by Aurélie in En VO, Romans étrangers

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Critique de livre, Harry Potter, J.K.Rowling, roman, The Casual Vacancy, Une place à prendre

Les premières phrases

«  Barry Fairbrother did not want to go out to dinner. He had endured a thumping headache for most of the weekend and was struggling to make a deadline for the local newspaper.

However, his wife had been a little stiff and uncommunicative over lunch, and Barry deduced that his anniversary card had not mitigated the crime of shutting himself away in the study all morning. It did not help that he had been writing about Krystal, whom Mary disliked, although she pretended otherwise.

« Mary, I want to take you out to dinner », he had lied, to break the frost. « Nineteen years, kids! Nineteen years, and your mother’s never looked lovelier. »

Mary had softened and smiled, so Barry had telephoned the golf club, because it was nearby and they were sure of getting a table. He tried to give his wife pleasure in little ways, because he had come to realize, after nearly two decades together, how often he disappointed her in the big things. It was never intentional. They simply had very different notions of what ought to take up most space in life.

Barry and Mary’s four children were past the age of needing a babysitter. They were watching television when he said goodbye to them for the last time, and only Declan, the youngest, turned to look at him, and raised his hand in farewell. »

Circonstances de lecture

Lu dès sa parution. In English of course !

Impressions

Acheté les yeux fermés, parce que je suis accro à l’écriture de J.K.Rowling. Avec ce roman (gros de quelque 500 pages), J.K.Rowling tourne radicalement la page Harry Potter avec une histoire ancrée de plain-pied dans la réalité. L’histoire a lieu dans un petit village anglais à l’apparence harmonieuse… jusqu’à ce que Barry Fairbrother meure subitement et laisse un siège vacant au conseil municipal. Débute alors une lutte pour savoir qui prendra sa place. Car l’enjeu est de taille, notamment entre ceux souhaitant continuer son combat pour aider le quartier où se trouvent les logements sociaux, et ceux désirant au contraire s’en débarrasser.

Lutte des classes, problèmes de couples, tourments de l’adolescence, drogue, violence, fossé social, préjugés, égoïsme et indifférence… J.K.Rowling délaisse ici la magie pour traiter de sujets durs et forts. Jusqu’à un final dont on ressort secoué. Un bon gros roman sur la nature humaine.

Un passage parmi d’autres

 Fats was curiously joyless these days, even though he made everybody else laugh as much as ever. His quest to rid himself of restrictive morality was an attempt to regain something he was sure had been stifled in him, something that he had lost as he had left childhood. What Fats wanted to recover was a kind of innocence, and the route he had chosen back to it was through all the things that were supposed to be bad for you, but which, paradoxically, seemed to Fats to be the one true way to authenticity; to a kind of purity. It was curious how often everything was back to front, the inverse of what they told you; Fats was starting to think that if you flipped every bit of received wisdom on its head you would have the truth. He wanted to journey through dark labyrinths and wrestle with the strangeness that lurked within; he wanted to break taboos and squeeze wisdom from their bloody hearts; he wanted to achieve a state of amoral grace, and be baptized backwards into ignorance and simplicity.

And so he decided to break one of the few school rules he had not yet contravened, and walked away, into the Fields.

The Casual Vacancy – J.K.Rowling – 2012 (Little Brown)

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Winter Journal – Paul Auster

20 jeudi Sep 2012

Posted by Aurélie in En VO, Romans étrangers

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Critique de livre, Henry Holt and Company, Livre, New York, Paul Auster, roman, Winter Journal

Les premières phrases

«  You think it will never happen to you, that it cannot happen to you, that you are the only person in the world to whom none of these things will ever happen, and then, one by one, they all begin to happen to you, in the same way they happen to everyone else.

Your bare feet on the cold floor as you climb out of bed and walk to the window. You are six years old. Outside, snow is falling, and the branches of the trees in the backyard are turning white.

Speak now before it is too late, and then hope to go on speaking until there is nothing more to be said. Time is running out, after all. Perhaps it is just as well to put aside your stories for now and try to examine what it has felt like to live inside this body from the first day you can remember being alive until this one. A catalogue of sensory data. What one might call a phenomenology of breathing. »

Circonstances de lecture

Paul Auster, encore et toujours. Un de mes auteurs préférés. J’achète ses livres les yeux fermés.

Impressions

A 64 ans, Paul Auster laisse de côté la fiction pour revenir sur sa vie et écrire ce « Winter Journal », avec un objectif : se poser et essayer de comprendre concrètement ce que signifie l’expression « être en vie », ce que signifie vivre dans ce corps qui est le sien. Passant d’un paragraphe à un autre d’une époque de sa vie à une autre, Paul Auster revient sur des événements marquants, des sensations, des rencontres, les différents lieux où il a habité, les décès qu’il a dû surmonter, en utilisant la deuxième personne du singulier. Un très très beau roman qui se lit d’une traite. Vivement sa sortie française pour une autre relecture !

Un passage parmi d’autres

 The inventory of your scars, in particular the ones on your face, which are visible to you each morning when you look into the bathroom mirror to shave or comb your hair. You seldom think about them, but whenever you do, you understand that they are marks of life, that the assorted jagged lines etched into the skin of your face are letters from the secret alphabet that tells the story of who you are, for each scar is the trace of a healed wound, and each wound was caused by an unexpected collision with the world – that is to say, an accident, or something that need not have happened, since by definition an accident is something that need not happen. Contingent facts as opposed to necessary facts, and the realization as you look into the mirror this morning that all life is contingent, except for the one necessary fact that sooner or later it will come to an end.

(…)

In order to do what you do, you need to walk. Walking is what brings the words to you, what allows you to hear the rhythms of the words as you write them in your head. One foot forward, and then the other foot forward, the double drumbeat of your heart. Two eyes, two ears, two arms, two legs, two feet. This, and then that. That, and then this. Writing begins in the body, it is the music of the body, and even if the words have meaning, can sometimes have meaning, the music of the words is where the meanings begin. You sit at your desk in order to write down the words, but in your head you are still walking, and what you hear is the rhythm of your heart, the beating of your heart. Mandelstam : « I wonder how many pairs of sandals Dante wore out while working on the Commedia. » Writing as a lesser form of dance.

Winter Journal – Paul Auster – 2012 (Editions Henry Holt and Company)

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The House at Tyneford – Natasha Solomons

10 vendredi Août 2012

Posted by Aurélie in En VO, Romans étrangers

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Étiquettes

Critique de livre, Downton Abbey, Natasha Solomons, Plume, romans, The House at Tyneford

Les premières phrases

«  When I close my eyes I see Tyneford House. In the darkness as I lay down to sleep, I see the Purbeck stone frontage in the glow of late afternoon. The sunlight glints off the upper windows, and the air is heavy with the scents of magnolia and salt. Ivy clings to the porch archway, and a magpie pecks at the lichen coating a limestone roof tile. Smoke seeps from one of the great chimneystacks, and the leaves on the unfelled lime avenue are May green and cast mottled patterns on the driveway. There are no weeds yet tearing through the lavender and thyme borders, and the lawn is velvet cropped and rolled in verdant stripes. No bullet holes pockmark the ancient garden wall and the drawing room windows are thrown open, the glass not shattered by shellfire. I see the house as it was then, on that first afternoon. « 

Circonstances de lecture

Fan de la série TV « Downton Abbey », je n’ai pas pu résister à l’envie de lire ce livre. On y retrouve la même ambiance que la série.

Impressions

Tout commence en 1938 lorsque l’imminence de la guerre pousse la jeune Elise Landau à quitter l’Autriche pour l’Angleterre. Elle laisse derrière elle ses parents, en attente de visas pour quitter à leur tour le pays, tandis que sa sœur aînée part pour les USA. Loin de son foyer natal, elle devient servante à Tyneford, au service de la famille Rivers. Là, elle découvre un mode de vie typiquement british, et tombe amoureuse du fils de la maison, et de la campagne anglaise.

Un passage parmi d’autres

 My hair was sticky with sweat and clung to my face and I decided that I would wash, despite the cold. An old-fashioned water pump with an iron handle stood in the middle of the yard. I’d watched the stable boy use it earlier before scrubbing Mr. Bobbin, and I mimicked his movement, pushing the handle up and down until a steady stream of water sluiced my feet and gushed over the cobbles. Kneeling, I shoved my head under the flow, trying to pump at the same time, and managed to rinse my hair as well as spray myself with freezing water. The cold took my breath away, emptying my mind of all thought save for the sensation of icy liquid down my neck. It was not unpleasant, and the rush of water crowded out my tumbling worries. The pump squealed and whined, filling the empty yard with the sound, so that it took me a moment to realise someone was speaking to me.

« Hullo? »

I scrambled to my feet, banging my head against the pump. A pain exploded above my eye and I crouched, rubbing my forehead. The next moment, a man was kneeling beside me, pushing my wet hair out of my face with his fingers.

« Are you bleeding? Or is this water? I can’t see. Come into the light. »

I allowed myself to be led into the corner of the yard, where a yellow oil lamp rested on a mounting block. The man touched my forehead where I’d cracked it against the pump. I was too embarrassed to look into his face, so I stared at my bare, slightly grimy toes.

« No, you’re all right. I’m sorry. Didn’t mean to frighten you like that. »

I looked up and saw in the gloom a man of about forty with dark hair and a slight smile playing around his eyes. Anna would have called him handsome, but I knew that men of forty were far too old to be considered any such thing.

« Christopher Rivers, » he said.

« Elise Landau, » I said, offering him my hand.

The House at Tyneford – Nastasha Solomons – 2011 (Editions Plume)

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Les oreilles de Buster – Maria Ernestam

08 dimanche Juil 2012

Posted by Aurélie in Romans étrangers

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Critique de livre, Gaïa Editions, Les oreilles de Buster, Livres, Maria Ernestam, roman

Les premières phrases

«  Je t’ai raconté l’histoire des baleines ? Dans l’océan Arctique ? Non ? Ah bon… Alors je vais t’expliquer comment ça se passe là-bas. Comment les baleines font l’amour. 

Nous, les hommes, nous marchons debout. Pour commencer, nous levons les yeux vers le ciel bleu qui se déploie au-dessus de nous, en nous tenant aussi droit que possible. Puis nous posons un pied devant l’autre, puis l’autre, puis l’autre, et ainsi de suite, indéfiniment. C’est notre manière à nous d’atteindre notre but – enfin, si nous nous en sommes fixés un. Il nous arrive aussi de nous promener au petit bonheur la chance, insouciants et joyeux. Finalement, ça n’a pas d’importance. Le mouvement est le même. Un pied devant l’autre, debout. Ne l’oublie jamais.

Pour les grandes baleines de l’océan Arctique, c’est différent. Elles affrontent les vagues en y plongeant leurs nageoires, elles ondulent dans l’océan infini, chatouillées par des tourbillons d’eau sur toute la surface de leur peau. Contrairement à nous, elles ne sont pas obligées de poser un pied devant l’autre sans arrêt. Grâce à leur nageoire caudale, elles vont où elles veulent, et leurs corps gigantesques décrivent des courbes magnifiques. Quand une baleine se propulse en avant, ce n’est donc pas en posant deux minuscules pieds devant le reste de son corps, mais en fendant l’eau de son énorme tête. Les baleines sont allongées quand elles se déplacent, ne l’oublie pas non plus. « 

Circonstances de lecture

Lu dans le train et le métro en juin 2012. J’ai été attirée par la couverture et ce titre, pour le moins énigmatique, Les oreilles de Buster.

Impressions

Eva vient de fêter ses 56 ans. Elle passe une retraite tranquille à s’occuper de son jardin, notamment de ses rosiers, en compagnie de son compagnon Sven. Quand sa petite fille lui offre un journal intime, Eva se met à y retranscrire sa vie. Elle relate alors comment, à l’âge de 7 ans, elle a décidé de tuer sa mère… Projet qu’elle mettra à exécution à 17 ans.

Très bien écrit, ce roman décrit avec justesse comment une petite fille a réussi malgré tout à se construire et à survivre, blessée en permanence par sa mère. Entre Alice au pays des merveilles et la série Dexter, l’histoire d’Eva et de sa mère tient en haleine. Jusqu’à un final qui recèle bien des surprises…

Un passage parmi d’autres

 J’avais sept ans quand j’ai décidé de tuer ma mère. Et dix-sept ans quand j’ai finalement mis mon projet à exécution.

A travers ce simple constat, je viens de m’exprimer sur cette page avec une sincérité dont je n’ai pas l’habitude. A vrai dire, je n’ai jamais été aussi franche. Cela fait un moment que je n’écris plus de cartes postales, sans parler de lettres, et je n’ai jamais tenu de journal intime. Les mots m’ont toujours narguée, tournoyant sans répit dans ma tête. Des pensées qui me paraissaient révélatrices, originales tant que je les gardais prisonnières, s’effritaient durant leur brève course dans l’atmosphère et mouraient dès qu’elles touchaient le papier. Comme si le simple passage de mon for intérieur au dehors suffisait à les flétrir.

L’écart impitoyable entre inspiration et insignifiance qu’ont cruellement révélé mes rares tentatives d’écriture, m’a incitée à délaisser la plume, hormis pour consigner des faits purs et durs. Beurre, œufs, tomates, radis. Dentistes, ne pas oublier d’appeler. Il peut donc sembler pathétique de se mettre ainsi à rédiger un journal intime à l’âge de cinquante-six ans, mais je m’en arroge le droit. Ce cadeau doit bien avoir un sens, surtout venant d’Anna-Clara. Il implique un engagement de ma part – cela fait si longtemps que je ne me suis pas sentie redevable de quoi que ce soit… Les obligations ont cessé de dicter mon comportement bien avant que je n’arrête d’écrire des lettres. Mais je m’égare.

Les oreilles de Buster – Maria Ernestam – 2011 (Gaïa Editions)

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