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~ Parce qu'il n'y a rien de mieux qu'un livre pour s'évader…

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Archives de Catégorie: Policiers / Thrillers

Nymphéas Noirs – Michel Bussi

27 samedi Sep 2014

Posted by Aurélie in Policiers / Thrillers, Romans français

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Critique de livre, Michel Bussi, Nymphéas noirs, Pocket, Presses de la Cité, roman

Michel Bussi - Nymphéas NoirsLes premières phrases

«  Trois femmes vivaient dans un village.

La première était méchante, la deuxième était menteuse, la troisième était égoïste.

Leur village portait un joli nom de jardin. Giverny.

La première habitait dans un grand moulin au bord d’un ruisseau, sur le chemin du Roy ; la deuxième occupait un appartement mansardé au-dessus de l’école, rue Blanche-Hoschedé-Monet ; la troisième vivait chez sa mère, une petite maison dont la peinture aux murs se décollait, rue du Château-d’Eau.

Elles n’avaient pas non plus le même âge. Pas du tout. La première avait plus de quatre-vingts ans et était veuve. Ou presque. La deuxième avait trente-six ans et n’avait jamais trompé son mari. Pour l’instant. La troisième avait onze ans bientôt et tous les garçons de son école voulaient d’elle pour amoureuse. La première s’habillait toujours de noir, la deuxième se maquillait pour son amant, la troisième tressait ses cheveux pour qu’ils volent au vent.

Vous avez compris. Toutes les trois étaient assez différentes. Elles possédaient pourtant un point commun, un secret, en quelque sorte : toutes les trois rêvaient de partir. Oui, de quitter Giverny, ce si fameux village dont le seul nom donne envie à une foule de gens de traverser le monde entier juste pour s’y promener quelques heures. 

Vous savez bien pourquoi. A cause des peintres impressionnistes.

La première, la plus vieille, possédait un joli tableau, la deuxième s’intéressait beaucoup aux artistes, la troisième, la plus jeune, savait bien peindre. Très bien, même.

C’est étrange, vouloir quitter Giverny. Vous ne trouvez pas ? Toutes les trois pensaient que le village était une prison, un grand et beau jardin, mais grillagé. Comme le parc d’un asile. Un trompe-l’œil. Un tableau dont il serait impossible de déborder du cadre. En réalité, la troisième, la plus jeune, cherchait un père. Ailleurs. La deuxième cherchait l’amour. La première, la plus vieille, savait des choses sur les deux autres. « 

Circonstances de lecture

Une jolie découverte. Roman choisi sur les conseils d’une lectrice de ce blog, et parce que l’histoire se déroule à Giverny.

Impressions

Cela faisait longtemps qu’un policier ne m’avait pas surprise à ce point. Si souvent je suis déçue par la chute des romans policiers, ici c’est loin d’être le cas. Le suspens dure jusqu’aux dernières pages, et la fin se dévoile de bien jolie manière, comme si un magicien nous laissait soudain voir l’envers du décor et tous les rouages de son tour ! Une belle surprise.

Dans « Nymphéas noirs », Michel Bussi nous transporte à Giverny, au cœur du village où Claude Monet passa une grande partie de sa vie à peindre ses célèbres Nymphéas. Si vous avez déjà visité ce village, vous serez heureux d’y retrouver les lieux que vous connaissez, du célèbre jardin, à la maison du peintre en passant par le Moulin des Chennevières. C’est un policier, mais pas seulement… C’est aussi une belle promenade sur les pas du peintre impressionniste.

Un passage parmi d’autres

 L’eau claire de la rivière se colore de rose, par petits filets, comme l’éphémère teinte pastel d’un jet d’eau dans lequel on rince un pinceau.

– Non, Neptune !

Au fil du courant, la couleur se dilue, s’accroche au vert des herbes folles qui pendent des berges, à l’ocre des racines des peupliers, des saules. Un subtil dégradé délavé…

J’aime assez.

Sauf que le rouge ne vient pas d’une palette qu’un peintre aurait nettoyée dans la rivière, mais du crâne défoncé de Jérôme Morval. Salement défoncé, même. Le sang s’échappe d’une profonde entaille dans le haut de son crâne, nette, bien propre, lavée par le ru de l’Epte dans lequel sa tête est plongée.

Mon berger allemand s’approche, renifle. Je crie à nouveau, plus fermement cette fois :

– Non, Neptune ! Recule !

Je me doute qu’ils ne vont pas tarder à trouver le cadavre. Même s’il n’est que 6 heures du matin, un promeneur va sans doute passer, ou bien un peintre, un type qui fait son jogging, un ramasseur d’escargots… un passant, qui va tomber sur ce corps.

Michel Bussi – Nymphéas noirs – 2010 (Pocket)

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The Silkworm – Robert Galbraith

11 vendredi Juil 2014

Posted by Aurélie in En VO, Policiers / Thrillers, Romans étrangers

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Critique de livre, J.K.Rowling, lecture, loveinbooks, Robert Galbraith, roman, sphere, The Silkworm

Robert Galbraith - The SilkwormLes premières phrases

«  « Someone bloody famous, » said the hoarse voice on the end of the line, « better’ve died, Strike. »

The large unshaven man tramping through the darkness of predawn, with his telephone clamped to his ear, grinned.

« It’s in that ballpark. »

« It’s six o’clock in the fucking morning! »

« It’s half past, but if you want what I’ve got, you’ll need to come and get it, » said Cormoran Strike. « I’m not far away from your place. There’s a… »

« How d’you know where I live? » demanded the voice.

« You told me, » said Strike, stifling a yawn. « You’re selling your flat. »

« Oh, » said the other, mollified. « Good memory. »

« There’s a twenty-four caff… »

« Fuck that. Come into the office later… »

« Culpepper, I’ve got another client this morning, he pays better than you do and I’ve been up all night. You need this now if you’re going to use it. »

A groan. Strike could hear the rustling of sheets.

« It had better be shit-hot. »

« Smithfield Café on Long Lane, » said Strike and rang off. « 

Circonstances de lecture

Parce que c’est J.K.Rowling qui se cache derrière ce pseudo.

Impressions

Après « The Cuckoo’s Calling », voici la deuxième aventure du détective privé Cormoran Strike et de son assistante Robin. Cette fois-ci, J.K.Rowling nous plonge dans le milieu littéraire de Londres. Une femme vient solliciter Strike pour qu’il l’aide à retrouver son mari, un écrivain disparu depuis quelques jours. Une enquête parfaitement menée et parfaitement écrite. Du suspens jusqu’au bout. Bref, on redemande très vite un troisième tome !

Un passage parmi d’autres

 Paper rustled under his feet. Looking down, he saw a smattering of takeaway menus and an enveloppe addressed TO THE OCCUPIER/CARETAKER. He stooped and picked it up. It was a brief, angry handwritten note from the next-door neighbour, complaining about the smell.

Strike left the note fall back onto the doormat and moved forwards into the hall, observing the scars left on every surface where the chemical substance had been thrown. To his left was a door; he opened it. The room beyond was dark and empty; it had not been tarnished with the bleach-like substance. A dilapidated kitchen, also devoid of furnishings, was the  only other room on the lower floor. The deluge of chemicals had not spared it; even a stale half loaf of bread on the sideboard had been doused.

Strike headed up the stairs. Somebody had climbed or descended them, pouring the vicious, corrosive substance from a capacious container; it had spattered everywhere, even onto the landing windowsill, where the paint had bubbled and split apart.

On the first floor, Strike came to a halt. Even through the thick wool of his overcoat he could smell something else, something that the pungent industrial chemical could not mask. Sweet, putrid, rancid: the stench of decaying flesh.

He did not try either of the closed doors on the first door. Instead, with his birthday whisky swaying stupidly in its plastic bag, he followed slowly in the footsteps of the pourer of acid, up a second flight of stained stairs from which the varnish had been burned away, the carved banisters scorched bare of their waxy shine.

The stench of decay grew stronger with every step Strike took. It reminded him of the time they stuck long sticks into the ground in Bosnia and pulled them out to sniff the ends, the one fail-safe way of finding the mass graves. He pressed his collar more tightly to his mouth as he reached the top floor, to the studio where a Victorian artist had once worked in the unchanging northern light.

Strike did not hesitate on the threshold except fot the seconds it took to tug his shirt sleeve down to cover his bare hand, so that he would make no mark on the wooden door as he pushed it open. Silence but for a faint squeak of hinges, and then the desultory buzzing of flies.

He had expected death, but not this.

Robert Galbraith – The Silkworm – 2014 (Sphere)

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Au lieu-dit Noir-Etang… – Thomas H. Cook

27 dimanche Avr 2014

Posted by Aurélie in Policiers / Thrillers, Romans étrangers

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Au lieu-dit Noir-Etang, Critique de livre, Points, roman, Thomas H. Cook

Thomas H. Cook - Au lieu-dit Noir-Etang...Les premières phrases

«  Mon père avait une phrase préférée. Il l’avait empruntée à Milton, et aimait la citer aux garçons de Chatham School. Planté devant eux le jour de la rentrée des classes, les mains bien enfoncées dans les poches de son pantalon, il ménageait un silence, leur faisant face, l’air grave. « Prenez garde à vos actes, déclamait-il alors, car le mal contre lui-même se retourne. » Il ne pouvait imaginer à quel point la suite des événements le contredirait, ni à quel point j’en aurais éminemment conscience.

Parfois, en ces tristes journées d’hiver si fréquentes en Nouvelle-Angleterre où le vent malmène autant les arbres que les arbustes, où la pluie tambourine contre les toits et les vitres, je me sens de nouveau happé par l’univers de mon père, par ma jeunesse, par la petite ville qu’il aimait tant et où je vis toujours. Je regarde par la fenêtre de mon bureau et je revois la grand-rue de Chatham telle qu’elle était alors : une poignée de petits commerces, un cortège fantomatique d’automobiles aux phares montés sur des pare-chocs inclinés. Dans mon esprit, les morts retrouvent la vie, reprennent leur enveloppe charnelle. Je vois Mme Albertson livrer son panier de palourdes au marché Kessler, M. Lawrence faire des embardées avec le scooter des neiges qu’il a construit de ses propres mains, des skis à l’avant, deux parties des chenilles d’un tank de la Première Guerre mondiale à l’arrière, le tout accroché au châssis cabossé d’un vieux roadster. En passant, il me fait signe, agitant sa main gantée dans l’air intemporel.

Me présentant une nouvelle fois sur le seuil de mon passé, je retrouve mes quinze ans, tous mes cheveux et une peau dépourvue de taches de vieillesse, le ciel loin de moi et l’enfer de mes préoccupations. Je pressens même que, par essence, la vie a du bon.

Puis, de but en blanc, je repense à elle. Pas à la jeune femme que j’ai connue il y a si longtemps, mais à la petite fille qui contemple au loin la mer d’un bleu étincelant, son père, à côté d’elle, lui disant ce que tous les pères disent depuis toujours à leurs enfants : que l’avenir leur tend les bras, que c’est un pré d’herbe tendre qui n’abrite aucune sombre forêt. Je la revois dans son cottage, ce jour-là, je réentends sa voix, ses paroles tintent encore à mon oreille, distantes clochettes, porteuses de la foi qu’elle eut brièvement en la vie. »

Circonstances de lecture

Une brusque envie de découvrir ce qui se cache derrière la couverture de ce roman noir…

Impressions

« Au lieu-dit Noir-Etang… » est à la fois un roman d’amour et un roman policier, noir et prenant. Vieux à présent, Henry se rappelle l’année de ses 15 ans, en 1926. Et la fascination qu’il porte à Mlle Channing, le nouveau professeur de dessin de Chatham School, l’école que dirige son père. Du haut de ses 15 ans, il observe les liens qui se nouent entre cette jeune femme à l’esprit libre et un autre professeur, marié et père de famille. L’histoire dont il est témoin le fascine. L’atmosphère du roman est oppressant, à l’image de ce lieu, Noir-Etang, séparant la maison des deux professeurs.

Un passage parmi d’autres

 – Et vous ? Qu’avez-vous fait pendant mon absence ?

– Je suis restée ici. J’ai lu, la plupart du temps.

M. Reed prit une courte inspiration.

– Dites-moi, Elizabeth… vous arrive-t-il parfois de penser que vous vivez uniquement dans votre tête ?

Elle haussa les épaules.

– Serait-ce un si mauvais endroit ? répliqua-t-elle.

M. Reed sourit, l’air grave.

– Tout dépend de la tête de qui, je suppose.

– Oui, c’est sûr, dit Mlle Channing.

Il y eut un bref temps mort avant que M. Reed n’ajoute :

– Le bateau sera achevé pour l’été.

Mlle Channing, sans rien dire, porta sa tasse à ses lèvres en regardant M. Reed dans les yeux.

– Ensuite, reprit-il, il sera possible…

Il se tut, comme pour se rappeler à la prudence et ne pas parler sans réfléchir, mais poursuivit :

– … possible d’aller n’importe où, je suppose.

Mlle Channing plaça sa tasse sur ses genoux.

– Où aimeriez-vous aller, Leland ?

M. Reed la regardait attentivement.

– Dans les endroits où vous êtes déjà allée, je suppose.

Ils se regardèrent un bref instant en silence, mais avec une telle intensité et une telle attirance que la petite distance qui les séparait semblait plus qu’ils ne pouvaient supporter. Ce fut en cet instant que je mesurai pour la première fois la profondeur de ce qu’ils en étaient venus à éprouver l’un pour l’autre.

Au lieu-dit Noir-Etang… – Thomas H. Cook (Points Roman noir)

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Yeruldelgger – Ian Manook

12 samedi Avr 2014

Posted by Aurélie in Policiers / Thrillers, Romans français

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Albin Michel, Critique de livre, Ian Manook, roman, Yeruldelgger

Ian Manook - YeruldelggerLes premières phrases

«  Yeruldelgger observait l’objet sans comprendre. D’abord il avait regardé, incrédule, toute l’immensité des steppes de Delgerkhaan. Elles les entouraient comme des océans d’herbe folle sous la houle irisée du vent. Un long moment, silencieux, il avait cherché à se convaincre qu’il était bien là où il se trouvait, et il y était bien. Au cœur de distances infinies, au sud de la province du Khentii et à des centaines de kilomètres de ce qui pourrait un tant soit peu justifier la présence incongrue d’un tel objet.

Le policier du district se tenait respectueusement à un mètre derrière lui. La famille de nomades qui l’avaient alerté, à quelques mètres en face. Tous le regardaient, attendant qu’il apporte une explication satisfaisante à la présence de l’objet saillant de terre, de travers par rapport à l’horizon. Yeruldelgger avait respiré profondément, malaxé son visage fatigué dans ses larges paumes, puis il s’était accroupi devant l’objet pour mieux l’observer.

Il était vidé, épuisé, comme essoré par cette vie de flic qu’il ne maîtrisait plus vraiment. Ce matin à six heures on l’envoyait enquêter sur trois cadavres découpés au cutter dans le local des cadres d’une usine chinoise dans la banlieue d’Oulan-Bator, et cinq heures plus tard il était dans la steppe à ne même pas comprendre pourquoi on l’avait envoyé jusque-là. »

Circonstances de lecture

Une lecture conseillée par mon libraire.

Impressions

Ce très bon thriller nous fait voyager en Mongolie. Le héros, Yeruldelgger, est un flic rongé par la mort de sa fille. Lorsqu’il découvre le corps d’une petite fille dans la steppe, le passé ressurgit. Ian Manook nous entraîne dans un thriller rondement mené, fort en personnages attachants, dans une société déchirée entre les traditions mongoles et la vie moderne. On a envie de rester aux côtés de Yeruldelgger, Oyun et Solongo, sous la yourte à boire le thé au beurre salé tout en cherchant des indices sur leur tablette numérique. Quand l’univers des séries TV américaines débarque à Oulan-Bator, ça donne ça : une belle surprise littéraire. On en redemande !

Un passage parmi d’autres

 Il marchait, heureux de retrouver des instincts oubliés. Il redécouvrit des sensations qu’il croyait perdues. Il s’étonna de ce que son corps, usé par la ville et son métier, le porte encore avec autant de facilité à travers la montagne. Il ne ressentait absolument aucune peur. Ni de l’immensité enivrante qui l’entourait, ni des animaux sauvages qui peuplaient ces bois préservés, ni de la nuit et du froid qui pouvaient le rattraper. Il n’éprouvait qu’une grande sérénité à être là, enfin seul, ignoré de tous, à se pénétrer dans l’effort de ce monde vivifiant qui se réemparait de lui. C’était le sentiment exact qui l’habitait à ce moment-là. Il avait appartenu à ce monde, il avait communié avec lui d’une façon si profonde qu’il s’en était nourri. Il en avait tiré une force qu’il n’avait plus, mais dont il se souvenait à présent. Il eut soudain l’impression qu’il avait été vivant, avant. Bien plus vivant qu’à présent, et qu’il pouvait peut-être le redevenir.

Yeruldelgger – Ian Manook – octobre 2013 (Albin Michel)

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Alex – Pierre Lemaitre

19 dimanche Jan 2014

Posted by Aurélie in Policiers / Thrillers, Romans français

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Alex, Critique de livre, Le Livre de Poche, Pierre Lemaitre, roman

Pierre Lemaitre - AlexLes premières phrases

«  Alex adore ça. Il y a déjà près d’une heure qu’elle essaye, qu’elle hésite, qu’elle ressort, revient sur ses pas, essaye de nouveau. Perruques et postiches. Elle pourrait y passer des après-midi entiers.

Il y a trois ou quatre ans, par hasard, elle a découvert cette boutique, boulevard de Strasbourg. Elle n’a pas vraiment regardé, elle est entrée par curiosité. Elle a reçu un tel choc de se voir ainsi en rousse, tout en elle était transformé à un tel point qu’elle l’a aussitôt achetée, cette perruque.

Alex peut presque tout porter parce qu’elle est vraiment jolie. Ça n’a pas toujours été le cas, c’est venu à l’adolescence. Avant, elle a été une petite fille assez laide et terriblement maigre. Mais quand ça s’est déclenché, ç’a été comme une lame de fond, le corps a mué presque d’un coup, on aurait dit du morphing en accéléré, en quelques mois, Alex était ravissante. Du coup, comme personne ne s’y attendait plus, à cette grâce soudaine, à commencer par elle, elle n’est jamais parvenue à y croire réellement. Aujourd’hui encore.

Une perruque rousse, par exemple, elle n’avait pas imaginé que ça pourrait lui aller aussi bien. Une découverte. Elle n’avait pas soupçonné la portée du changement, sa densité. C’est très superficiel, une perruque mais, inexplicablement, elle a eu l’impression qu’il se passait vraiment quelque chose de nouveau dans sa vie. « 

Circonstances de lecture

J’avais très envie de découvrir les polars de Pierre Lemaitre après avoir lu « Au revoir là-haut« .

Impressions

Une jeune femme, Alex, est enlevée dans une rue de Paris. Le commissaire Camille Verhoeven se voit confier, malgré lui, cette enquête de kidnapping. Mais l’affaire piétine, et Verhoeven craint le pire… Alex est enfermée dans une cage par son ravisseur, nue, à plusieurs mètres au-dessus du sol…

Impossible de raconter ce thriller sans en dire trop et révéler les multiples rebondissements de cette histoire pleine de suspens. Mais si vous voulez lire un polar bien écrit, et vous laisser surprendre, alors foncez ! Vous ne le regretterez pas.

Un passage parmi d’autres

 Camille sort, assure son chapeau, le garçon repart. On est au bout de la rue, à cinquante mètres des premières barrières. Camille termine à pied. Quand il a le temps, il tâche toujours de prendre les problèmes de loin, c’est sa méthode. Le premier regard compte beaucoup, autant qu’il soit panoramique parce que après, on est dans le détail, dans les faits, innombrables, aucun recul. C’est la raison officielle qu’il se donne pour être descendu à une centaine de mètres de l’endroit où il est attendu. L’autre raison, la vraie, c’est qu’il n’a pas envie d’être là.

En s’avançant vers les voitures de police dont la lumière des gyrophares éclabousse les façades, il cherche à comprendre ce qu’il éprouve.

Son cœur cogne.

Il ne se sent vraiment pas bien. Il donnerait dix ans de sa vie pour être ailleurs.

Mais si lentement qu’il s’approche, le voici quand même arrivé.

Ça s’est passé à peu près comme ça, quatre ans plus tôt. Dans la rue qu’il habitait, qui ressemble un peu à celle-ci. Irène n’était plus là. Elle devait accoucher, un petit garçon, dans quelques jours. Elle aurait dû être à la maternité, Camille s’est précipité, il a couru, il l’a cherchée, ce qu’il a fait cette nuit-là pour la retrouver… Il était comme fou mais il a eu beau faire… Après, elle était morte. Le cauchemar dans la vie de Camille a commencé par une seconde semblable à celle-ci. Alors il a le cœur qui cogne, qui rebondit, ses oreilles bourdonnent. Sa culpabilité, qu’il croyait assoupie, s’est réveillée. Ça lui donne des nausées. Une voix lui crie de s’enfuir, une autre d’affronter, sa poitrine est serrée comme dans un étau. Camille pense qu’il va tomber. Au lieu de ça, il déplace une barrière pour entrer dans le périmètre sécurisé. L’agent de faction lui adresse de loin un petit signe de la main. Si tout le monde ne connaît pas le commandant Verhoeven, tout le monde le reconnaît. Forcément, même s’il n’était pas une sorte de légende, avec cette taille-là… Et cette histoire-là…

Alex – Pierre Lemaitre – 2011 (Le Livre de Poche)

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The Cuckoo’s Calling – Robert Galbraith

10 samedi Août 2013

Posted by Aurélie in En VO, Policiers / Thrillers

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Critique de livre, J.K.Rowling, Robert Galbraith, roman, sphere, The Cuckoo's Calling

Robert Galbraith - The Cuckoo's CallingLes premières phrases

«  The buzz in the street was like the humming of flies. Photographers stood massed behind barriers patrolled by police, their long-snouted cameras poised, their breath rising like steam. Snow fell steadily on to hats and shoulders; gloved fingers wiped lenses clear. From time to time there came outbreaks of desultory clicking, as the watchers filled the waiting time by snapping the white canvas tent in the middle of the road, the entrance to the tall red-brick apartment block behind it, and the balcony on the top floor from which the body had fallen.

Behind the tightly packed paparazzi stood white vans with enormous satellite dishes on the roofs, and journalists talking, some in foreign languages, while soundmen in headphones hovered. Between recordings, the reporters stamped their feet and warmed their hands on hot beakers of coffee from the teeming café a few streets away. To fill the time, the woolly-hatted cameramen filmed the backs of the photographers, the balcony, the tent concealing the body, then repositionned themselves for wide shots that encompassed the chaos that had exploded inside the sedate and snowy Mayfair street, with its lines of glossy black doors framed by white stone porticos and flanked by topiary shrubs. The entrance to number 18 was bounded with tape. Police officials, some of them white-clothed forensic experts, could be glimpsed in the hallway beyond. « 

Circonstances de lecture

Parce que sous le pseudo de Robert Galbraith se cache J.K. Rowling…

Impressions

Ici, rien à voir avec Harry Potter ou The Casual Vacancy… A part ce style, cette écriture propre à J.K. Rowling et que j’adore !

J.K. Rowling s’essaie au roman policier et réussit à nous tenir en haleine jusqu’aux toutes dernières pages. Son héros, un détective privé ancien soldat en Afghanistan, est attachant. Tout comme sa toute nouvelle secrétaire. Un duo que j’espère pouvoir retrouver dans d’autres aventures.

Un passage parmi d’autres

 There’s a client here for you. Shall I show him in? »

« There’s a what? »

« A client, Mr Strike. »

He looked for several seconds, trying to process the information.

« Right, OK – no, give me a couple of minutes, please, Sandra, and then show him in. »

She withdrew without comment.

Strike wasted barely a second on asking himself why he had called her Sandra, before leaping to his feet and setting about looking and smelling less like a man who had slept in his clothes. Diving under his desk into his kitbag, he seized a tube of toothpaste, and squeezed three inches into his open mouth; then he noticed that his tie was soaked in water from the sink, and that his shirt front was spattered with flecks of blood, so he ripped both off, buttons pinging off the walls and filing cabinet, dragged a clean though heavily creased shirt out of the kitbag instead and pulled it on, thick fingers fumbling. After stuffing the kitbag out of sight behind his empty filing cabinet, he hastily reseated himself and checked the inner corners of his eyes for debris, all the while pondering whether his so-called client was the real thing, and whether he would be prepared to pay actual money for detective services. Strike had come to realise, over the course of an eighteen-month spiral into financial ruin, that neither of these things could be taken for granted. He was still chasing two clients for full payment of their bills; a third had refused to disburse a penny, because Strike’s findings had not been to his taste, and given that he was sliding ever deeper into debt, and that a rent review of the area was threatening his tenancy of the central London office that he had been so pleased to secure, Strike was in no position to involve a lawyer. Rougher, cruder methods of debt collection had become a staple of his recent fantaisies; it would have given him much pleasure to watch the smuggest of his defaulters cowering in the shadow of a baseball bat.

The door opened again; Strike hastily removed his index finger from his nostril and sat up straight, trying to look bright and alert in his chair.

« Mr Strike, this is Mr Bristow. »

The prospective client followed Robin into the room. The immediate impression was favourable.

The Cuckoo’s Calling – Robert Galbraith – 2013 (sphere)

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Anima – Wajdi Mouawad

06 jeudi Juin 2013

Posted by Aurélie in Policiers / Thrillers, Romans français

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Actes Sud, Anima, Critique de livre, Leméac, roman, Wajdi Mouawad

Les premières phrases

Wajdi Mouawad - Anima«  Ils avaient tant joué à mourir dans les bras l’un de l’autre, qu’en la trouvant ensanglantée au milieu du salon, il a éclaté de rire, convaincu d’être devant une mise en scène, quelque chose de grandiose, pour le surprendre cette fois-ci, le terrasser, l’estomaquer, lui faire perdre la tête, l’avoir.

Lâchant le sac plastique jaune, le matin même elle lui avait dit de sa voix enjouée Tu achèteras du thon car le-thon-c’est-bon, il comprenait qu’elle était morte puisqu’elle avait les yeux ouverts, le regard fixe et tenait, entre ses mains, sa blessure, le couteau planté là dans son sexe.

Otez la terre dessus ma tête, voulut-il hurler, comme au jour ancien où des hommes l’avaient enterré vivant. Il ne faut pas que je pleure, s’était-il répété, si je pleure, si je crie, ils recommenceront, me sortiront, me tueront et me remettront dedans. Et là encore, debout au milieu du corridor de l’entrée, perdant la mesure du temps, il n’a pas bougé, n’a pas respiré, de peur que cela ne recommence, qu’elle ne meure de nouveau, ce qui était absurde enfin puisqu’elle était morte de toute évidence, les mains agrippées à la lame, bouquet de fleurs sur son ventre cassé. Sans doute avait-elle tenté de retirer le couteau durant son agonie, je l’ignore, mais si tel était le cas, elle a dû mourir avant, l’effort exigeant trop de sang. Il a imaginé, j’en suis sûr, les derniers battements de son coeur, poisson-chat au milieu de la poitrine, abandonné à lui-même, entraîné vers les profondeurs. Il a imaginé, j’en suis sûr, son sang courir une dernière fois, fuite effrénée, aveugle, à travers le dédale de ses veines pour jaillir comme un éclat de rire par la blessure ouverte, son sexe, où le couteau avait été planté puis replanté puis replanté et replanté encore. « 

Circonstances de lecture

Coup de cœur de mon libraire, je l’ai acheté sans trop savoir à quoi m’attendre.

Impressions

Anima est un livre choc, un livre coup de poing, mélange de poésie et d’une extrême violence. Le héros, Wahhch Debch, découvre sa femme atrocement assassinée dans son salon. Il n’a plus alors qu’une obsession : retrouver son meurtrier, pour être sûr que ce n’est pas lui-même qui l’a tuée ! Commence alors un road movie à la poursuite du meurtrier mais aussi de son passé, du Canada au Nouveau Mexique en passant par les Etats-Unis et le Liban.

Et, parce que Wahhch ne trouve sans doute plus les mots pour exprimer sa souffrance, ce sont des animaux croisés le long de son périple qui vont raconter son histoire. Du chat domestique découvrant son maître agenouillé près de sa maîtresse morte, aux papillons, araignées, serpents, oiseaux, chevaux jusqu’à un chien terrifiant et magnifique. En choisissant de montrer la bestialité de l’être humain à travers les yeux des bêtes, Wajdi Mouawad réussit un superbe roman, dont on ressort remué par l’écriture emplie de poésie et la violence des mots et de l’histoire.

Un passage parmi d’autres

 Il m’a parlé du malheur qui fond parfois sur les humains et de la douleur engendrée par la permanence de la mémoire que rien n’efface, sauf la mort. Il a levé la tête et m’a indiqué l’étoile qui se tient fixe à la verticale du pôle et autour de laquelle tournent sans fin les constellations du ciel. « Aigle, Cygne, Ours, Dragon et Cheval. Tu la vois ? C’est l’étoile du Nord. Ainsi, malheurs, bonheurs, pertes et joies tournent pareillement autour de nos vies, et si aujourd’hui tu es malheureux, demain tu seras de nouveau heureux. Cette vérité si simple, si pure, je la connais depuis toujours et pourtant je ne sais plus ce qu’elle signifie, elle n’est plus que mots, que lettres accolées sans plus de sens, cendre, farine dans ma bouche. La parole s’effrite, elle s’effrite comme ces villes qui passent et défilent sous nos yeux : où sont-elles à présent ? Et moi, je suis ce wagon sans murs, ni plafond, ni marchandises, à la merci du vent, poussé, tracté par une locomotive dont je ne connais ni la destination ni le chauffeur. Mais tant pis. Je n’ai plus rien à craindre. J’irai jusqu’au bout des rails même si le brouillard me semble d’une épaisseur infinie. » Il a refermé les yeux, il s’est blotti contre moi et, malgré le vacarme de cet attelage qui nous entraînait, malgré l’agitation qui ravageait mon esprit, il a essayé de s’endormir.

Anima – Wajdi Mouawad – 2012 (Actes Sud – Leméac)

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Sérum – Henri Loevenbruck et Fabrice Mazza

23 dimanche Déc 2012

Posted by Aurélie in Policiers / Thrillers, Romans français

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24h Chrono, Critique de livre, Editions J'ai Lu, Fabrice Mazza, Fringe, Henri Loevenbruck, Policiers / Thrillers, roman, Série TV, Sérum, Thriller

Henri Loevenbruck et Fabrice Mazza - SérumLes premières phrases

«  Vous avez bien fait de venir me voir.

Maintenant, détendez-vous.

Détendez-vous et laissez votre conscience s’ouvrir. Laissez-la vous guider.

Le sérum qui va vous être injecté facilite l’induction hypnotique. Il n’altère en rien votre personnalité ni votre volonté, mais il vous débarrasse de ce qui vous éloigne de votre conscience.

Votre conscience voit plus de choses, entend plus de choses, connaît plus de choses que vous ne pouvez l’imaginer.

Ici, maintenant, votre conscience est reine.

Il y a, quelque part dans un coin de votre tête, un petit train. Un petit train qui peut vous emmener en voyage.

La Nature est un temple où de vivants piliers laissent parfois sortir de confuses paroles ; l’homme y passe à travers des forêts de symboles qui l’observent avec des regards familiers. Comme de longs échos qui de loin se confondent, dans une ténébreuse et profonde unité, vaste comme la nuit et comme la clarté, les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

Oubliez le monde autour de vous. Ses bruits. Ses nuisances. N’écoutez que l’écho de votre âme.

Le plus important, c’est vous.

N’ayez crainte. Je suis là, à vos côtés.

Il ne peut rien vous arriver… « 

Circonstances de lecture

Après avoir terminé le livre de Joël Dicker que j’avais adoré, j’ai eu beaucoup de mal à apprécier mes lectures suivantes… Jusqu’à ce que je me plonge dans Sérum.

Impressions

J’aime beaucoup les romans d’Henri Loevenbruck. Celui-ci, écrit en collaboration avec le maître des énigmes Fabrice Mazza, ne déroge pas à la règle. La forme est originale puisque ce livre est construit sur le même principe qu’une série TV (je suis fan de séries TV) : chaque livre correspond à un épisode. Pour le moment, seule la saison 1 (découpée en 6 livres de poche) est disponible. Et j’attends déjà avec impatience la saison 2 ! Si vous aimez Fringe et 24h Chrono, vous ne pourrez qu’aimer Sérum. Du suspens du début à la fin. Des personnages à la fois attachants et intrigants, en particulier le détective Lola Gallagher, son fils Adam, et le psychiatre très borderline Arthur Draken. Plongez dans cette série, vous en deviendrez forcément accro !

Un passage parmi d’autres

 Les premières images de la vieille VHS vacillent avant de se stabiliser. Quelques interruptions dans le son brouillent le début de la vidéo.

Le grain est épais, la couleur bave.

Le visage d’une femme emplit tout l’écran. Le plan est si serré qu’on ne voit que ses yeux – qui sont mi-clos – son nez et sa bouche. Difficile de reconnaître qui que ce soit. Mais lui sait de qui il s’agit. Il sait très bien.

D’une voix apaisée, elle parle. Elle raconte une histoire. Cela ressemble à un rêve.

« Au milieu des flots, je vois un homme, un homme seul qui se tient debout. Il porte une couronne et des habits de roi. Il est blessé à la jambe, il semble souffrir, ne plus pouvoir avancer. La main tendue vers l’arbre, il tente désespérément d’attraper une pomme. Mais dès que ses doigts approchent du fruit, il est frappé par la foudre.

Je lève les yeux et je comprends alors que ce n’est pas vraiment la foudre. C’est un oiseau, haut dans le ciel, avec un long cou, un bec d’aigle et de grandes ailes rouges déployées : il crache des éclairs de feu sur le pauvre roi immobilisé dans la rivière.

Soudain, l’oiseau aux ailes rouges plonge vers moi, il me frôle et il va se poser de l’autre côté de la rivière, sur les épaules d’un grand épouvantail.

L’épouvantail se tourne lentement vers moi. Je frémis : il n’a pas de visage.

Le train s’approche encore de la rivière, et je vois à présent que l’eau est rouge. Rouge sang. Je crois d’abord que c’est la blessure à la jambe du roi qui teinte les flots, mais non. Non, ce n’est pas ça. Le sang coule plus haut. Je suis du regard cette traînée écarlate dans l’eau, et je vois, au loin, un rhinocéros, étendu sur la berge. Il meurt lentement. Il a les entrailles ouvertes, et son sang s’écoule dans le fleuve.

Cette vision me fait peur…

Sérum – Henri Loevenbruck et Fabrice Mazza – février 2012 (Editions J’ai Lu)

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