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Archives de Catégorie: Policiers / Thrillers

Une putain d’histoire – Bernard Minier

17 mercredi Août 2016

Posted by Aurélie in Policiers / Thrillers, Romans français

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Bernard Minier, Critique de livre, idées de lecture, lecture, Livre, Pocket, Policiers / Thrillers, quoi lire, roman, Thriller, Une putain d'histoire, XO Editions

Bernard Minier - Une putain d'histoireLes premières phrases

«  Au commencement est la peur.

La peur de se noyer.

La peur des autres – ceux qui me détestent, ceux qui veulent ma peau.

La peur de la vérité, aussi.

Au commencement est la peur

Je ne retournerai jamais sur l’île. Même si Jennifer Lawrence en personne venait à sonner à ma porte et me suppliait d’y retourner, je ne le ferais pas.

Autant vous le dire tout de suite : ce que je vais vous raconter va vous paraître incroyable. Ce n’est pas une histoire banale, je lui dis. Ça non. C’est une putain d’histoire. Ouais, une putain d’histoire… 

Une vision à présent, pour vous mettre comme qui dirait en appétit : une main émergeant de l’abîme, tendue vers le ciel, pâle, doigts écartés, avant qu’elle ne s’enfonce définitivement dans les flots. Le vent du large rugit autour de moi, la pluie et les embruns me cinglent tandis que je nage et m’éloigne de cette main spectrale – que je nage, tente de nager, soulevé, emporté par les vagues, les creux de trois mètres, les crêtes écumantes, vers la pointe de l’île, toussant, hoquetant, grelottant, à demi noyé.

Au commencement est la peur.  »

Circonstances de lecture

Un thriller vivement conseillé par un ami.

Impressions

Voilà un thriller qui porte très bien son nom. Car Bernard Minier nous raconte vraiment ici une putain d’histoire ! Attention, si vous commencez à le lire, vous aurez du mal à le lâcher tant le rythme est soutenu. C’est bien simple, j’avais l’impression de le lire sans respirer. « Une putain d’histoire » se dévore le souffle coupé. L’écriture porte le lecteur – haletant comme son héros – jusqu’aux toutes dernières pages. C’est là que l’on reconnait un très très bon thriller.

L’histoire : un ado de 16 ans se voit devenir le principal suspect du meurtre de sa petite amie. Sur une île où tout le monde se connaît, sur laquelle on ne peut entrer et sortir qu’en ferry, pas facile de supporter les regards malveillants et soupçonneux. D’autant qu’Henry a été élevé par un couple de femmes et les préjugés ont la vie dure… Avec ses meilleurs amis, il va tout faire pour prouver son innocence et retrouver le coupable. Au risque de découvrir des secrets des plus sombres…

Un thriller que je vous recommande vivement !

Un passage parmi d’autres

 Ici, tout le monde connaît toute le monde. On est entre soi. C’est une des particularités de notre île : contrairement à Seattle ou à Vancouver, ou même à Bellingham, les gens d’ici laissent leur porte ouverte quand ils vont faire leurs courses, et même parfois quand ils dorment. Bien sûr, les luxueuses résidences secondaires d’Eagle Cliff et de Smugglers Cove – qui sont fermées sept mois sur douze tout en accaparant les anses les plus pittoresques de l’île – sont un peu mieux protégées, mais à peine. Il faut dire que notre île est genre « forteresse naturelle ». Pour commencer, elle n’est pas fastoche d’accès : il faut une bonne heure de ferry à partir d’Anacortes pour rejoindre East Harbor et, à partir de là, il n’y a pas plus d’une dizaine de routes et autant de pistes carrossables interdites aux promeneurs, avec à l’entrée des chaînes rouillées ou des barrières sur lesquelles on peut lire PROPRIÉTÉ PRIVÉE. Ensuite, il n’y a pas tant d’endroits que ça où un bateau peut accoster. Et puis, il est interdit de camper, il n’y a que deux hôtels et, à la belle saison, la plupart des touristes dorment chez l’habitant.

Comme je l’ai dit, tout le monde connaît tout le monde. Les gens d’ici n’ont pas de secrets. Ou alors ils sont contraints de les enfouir au plus profond d’eux-mêmes.

C’est ça, Glass Island. C’est du moins ce que je croyais.

Bernard Minier – Une putain d’histoire – mai 2016 (Pocket)

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Misery – Stephen King

08 mercredi Juin 2016

Posted by Aurélie in En VO, Policiers / Thrillers, Romans étrangers

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Critique de livre, idées de lecture, lecture, Livre, Misery, quoi lire, roman, Stephen King, Thriller

Stephen King - MiseryLes premières phrases

«  umber whunnnn

yerrrnnn umber whunnnn

fayunnnn

These sounds: even in the haze.

But sometimes the sounds – like the pain – faded, and then there was only the haze. He remembered darkness: solid darkness had come before the haze. Did that mean he was making progress? Let there be light (even of the hazy variety), and the light was good, and so on and so on? Had those sounds existed in the darkness? He didn’t know the answers to any of these questions. Did it make sense to ask them? He didn’t know the answer to that one, either.

The pain was somewhere below the sounds. The pain was east of the sun and south of his ears. That was all he did know.

For some length of time that seemed very long (and so was, since the pain and the stormy haze were the only two things which existed) those sounds were the only outer reality. He had no idea who he was or where he was and cared to know neither. He wished he was dead, but through the pain-soaked haze that filled his mind like a summer storm-cloud, he did not know he wished it.  »

Circonstances de lecture

Parce que je suis fan de Stephen King.

Impressions

Stephen King est définitivement un de mes auteurs préférés. J’ai dévoré « Misery », ce classique que je n’avais pas encore pris le temps de lire. C’est bien simple, une fois les premières pages tournées, j’ai été hantée par ce livre et je n’avais qu’une envie : rentrer chez moi le soir pour vite connaître la suite !

L’histoire – vous la connaissez peut-être – : un écrivain, Paul Sheldon,  se réveille après un accident de voiture chez une de ses fans inconditionnelles, Annie Wilkes. Celle-ci, au lieu de le conduire à l’hôpital (il a tout de même les deux jambes cassées…), l’a ramené chez elle. Point positif : c’est une ancienne infirmière et elle a une quantité impressionnante de médicaments anti-douleur dans sa salle de bains. Point négatif : elle est complètement folle. Et lorsqu’elle apprend que Paul Sheldon tue l’héroïne de ses bestsellers dans son dernier roman, elle lui ordonne d’écrire la suite et de ressusciter son personnage préféré. Bien sûr, avec Stephen King, on a droit à une bonne dose d’hémoglobine et de scènes bien tordues, mais « Misery » propose aussi une très bonne réflexion sur l’inspiration des écrivains. Tout simplement GÉNIAL !!!

Un passage parmi d’autres

 « Annie, will you tell me one thing?

« Of course, dear! »

« If I write this story for you – « 

« Novel! A nice big one like all the others – maybe even bigger! »

He closed his eyes for a moment, then opened them. « Okay – if I write this novel for you, will you let me go when it’s done? »

For a moment unease slipped cloudily across her face, and then she was looking at him carefully, studiously. « You speak as though I were keeping you prisoner, Paul. »

He said nothing, only looked at her.

« I think that by the time you finish, you should be up to the… up to the strain of meeting people again, » she said. « Is that what you want to hear? »

« That’s what I wanted to hear, yes. »

« Well, honestly! I knew writers were supposed to have big egos, but I guess I didn’t understand that meant ingratitude, too! »

He went on looking at her and after a moment she looked away, impatient and a little flustered.

Stephen King – Misery – 1987 (Hodder & Stoughton)

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Vongozero – Yana Vagner

20 vendredi Mai 2016

Posted by Aurélie in Policiers / Thrillers, Romans étrangers, SF

≈ 2 Commentaires

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Critique de livre, idées de lecture, Le Lac, lecture, Livre, quoi lire, roman, SF, Thriller, Vongozero, Yana Vagner

Les premières phrases

Yana Vagner - Vongozero«  Maman est morte le mardi 17 novembre. J’ai appris la nouvelle par une voisine. Quelle ironie : ni maman ni moi n’avons jamais été proches de cette femme acariâtre, toujours maussade, dont le visage ingrat semblait taillé dans la pierre. Nous avons vécu quinze ans sur le même palier et à une époque, pendant plusieurs années, je me dispensais même de la saluer. J’aimais à appuyer avec une joie maligne sur le bouton de l’ascenseur pour l’empêcher de monter dans la cabine ; elle, le pas lourd, soufflant comme un phoque, voyait les portes automatiques se refermer sous son nez et je me souviens encore de l’indignation ridicule qui lui déformait la face. Durant ces quelques années (j’avais alors quatorze ans, peut-être quinze), elle nous offrait la même grimace toutes les fois, nombreuses, où elle sonnait à notre porte – maman ne lui a jamais proposé d’entrer – pour nous exposer ses griefs : nos bottes avaient laissé des traces de neige fondue dans le hall, un individu avait sonné par erreur chez elle à plus de dix heures du soir… « Qu’est-ce qu’elle veut encore, maman ? » criais-je quand je devinais à la voix de ma mère qu’elle n’arrivait pas à se débarrasser de cette femme. Car maman n’avait jamais appris à se défendre et n’importe quel minuscule conflit dans une file d’attente, de ces incidents qui enflamment l’œil et les joues des protagonistes, suscitait chez elle maux de tête, tachycardie et crises de larmes.  »

Circonstances de lecture

Attirée par l’histoire…

Impressions

Voici un livre multi-facettes, entre la SF, le thriller et le road-movie. Une fois commencé, vous ne pourrez plus le reposer !

Quand une épidémie meurtrière s’abat sur la Russie, Anna, son fils Micha, et son conjoint Sergueï fuient leur village pour trouver refuge dans un endroit coupé du monde. Mais la route sera longue et semée d’obstacles. Au premier rang desquels leurs compagnons de voyage : des personnes qu’Anna n’a jamais appréciées… à commencer par l’ex-femme de Sergueï. Si l’histoire peut paraître classique (fuir une épidémie mortelle), le traitement est original. Car il s’agit aussi bien d’un thriller psychologique que d’un livre de SF au final.

Yana Vagner - Le lac

La suite et fin de « Vongozero », « Le lac », vient de sortir. Et je n’ai pas été déçue. Dans ce deuxième tome, on ressent encore plus les rigueurs de l’hiver russe, la difficulté des hommes à vivre ensemble et le thriller prend des airs de huis clos oppressant.

Je vais suivre cet auteur de près !

Un passage parmi d’autres

 – Anna, tu  vas où ?

Je ne m’arrêtai pas : je ne pus même pas lui répondre, je me contentai d’agiter la main et de faire encore un pas, puis encore un. Je ne vais pas aller loin, c’est juste pour ne plus voir aucun de vous, je ne veux voir personne pour le moment, je suis si fatiguée d’avoir toujours quelqu’un à mes côtés, laissez-moi, donnez-moi ne serait-ce qu’un peu de temps. Je comprenais parfaitement que je n’irais pas loin, ce n’était pas de vraie solitude dont j’avais besoin, mais simplement d’une illusion, d’un ersatz sans danger ; ayant atteint un endroit où la lumière des phares était devenue presque indécelable, et où les sons se fondaient en un bourdonnement homogène, je m’arrêtai et fus aussitôt saisie par le froid. Ils ne vont pas s’apercevoir tout de suite de mon absence, pensai-je. J’ai encore cinq minutes en réserve, voire dix, je vais attendre sans faire de bruit, je ne vais pas bouger d’ici, et quand ils seront prêts ils m’appelleront, je les entendrai et je rebrousserai chemin.

Yana Vagner – Vongozero – Le Lac – 2016 (Pocket / Mirobole Editions)

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Trois jours et une vie – Pierre Lemaitre

27 mercredi Avr 2016

Posted by Aurélie in Policiers / Thrillers, Romans français

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Au revoir là-haut, Critique de livre, idées de lecture, lecture, Livre, Pierre Lemaitre, quoi lire, roman, Trois jours et une vie

Pierre Lemaitre - Trois jours et une vieLes premières phrases

«  A la fin de décembre 1999 une surprenante série d’événements tragiques s’abattit sur Beauval, au premier rang desquels, bien sûr, la disparition du petit Rémi Desmedt. Dans cette région couverte de forêts, soumise à des rythmes lents, la disparition soudaine de cet enfant provoqua la stupeur et fut même considérée, par bien des habitants, comme le signe annonciateur des catastrophes à venir.

Pour Antoine, qui fut au centre de ce drame, tout commença par la mort du chien. Ulysse. Ne cherchez pas la raison pour laquelle son propriétaire, M. Desmedt, avait donné à ce bâtard blanc et fauve, maigre comme un clou et haut sur pattes, le nom d’un héros grec, ce sera un mystère de plus dans cette histoire.  »

Circonstances de lecture

Parce que j’avais adoré « Au revoir là-haut » et « Alex ».

Impressions

Après « Au revoir là-haut », Pierre Lemaitre revient avec un roman noir captivant autour du thème de la culpabilité.

Antoine, 12 ans, commet un geste irréparable en tuant un petit garçon de 6 ans, sous le coup de la colère. Doit-il fuir ? Doit-il se rendre à la police ? Surtout, comment vivre avec ce poids sur la conscience ? Voici un livre qui se dévore jusqu’à un final surprenant. Une belle réflexion sur le thème de la culpabilité.

Un passage parmi d’autres

 Il regarde sa montre. 14h30, midi au soleil. Antoine est en nage.

Il doit prendre une décision, mais quelque chose lui dit que c’est déjà fait : il va rentrer à la maison, ne rien dire, monter dans sa chambre comme s’il n’en était jamais sorti, qui pourra deviner que c’est lui ? On ne s’apercevra pas de la disparition de Rémi avant… Il calcule mentalement, mais tout s’embrouille, il compte sur ses doigts, mais compter quoi ? Combien de temps faudra-t-il pour retrouver Rémi ? Des heures, des jours ? Et puis, Rémi a été vu si souvent avec Antoine et ses copains, ils seront interrogés par la police… Si ça se trouve, en ce moment, ils sont tous ensemble chez Kevin, sur la PlayStation, il ne manque que lui, Antoine, et du coup, tous les regards vont se tourner vers lui.

Non, ce qu’il faut, c’est faire en sorte qu’on ne retrouve pas Rémi.

La vision du sac-poubelle contenant le chien lui traverse l’esprit.

S’en débarrasser.

Rémi a disparu, personne ne sait ce qu’il est devenu, voilà, c’est ça la solution, on va le chercher et personne ne va imaginer…

Antoine continue de marcher de long en large près du corps qu’il ne veut plus regarder, ça le panique, ça l’empêche de penser.

Pierre Lemaitre – Trois jours et une vie – 2016 (Albin Michel)

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Career of evil – Robert Galbraith

11 lundi Jan 2016

Posted by Aurélie in Policiers / Thrillers, Romans étrangers

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Career of evil, Critique de livre, idées de lecture, J.K.Rowling, lecture, Livre, policier, quoi lire, Robert Galbraith, roman, sphere, Thriller

Robert Galbraith - Career of EvilLes premières phrases

«  He had not managed to scrub off all her blood. A dark line like a parenthesis lay under the middle fingernail of his left hand. He set to digging it out, although he quite liked seeing it there: a memento of the previous day’s pleasures. After a minute’s fruitless scraping, he put the bloody nail in his mouth and sucked. The ferrous tang recalled the smell of the torrent that had splashed wildly onto the tiled floor, spattering the walls, drenching his jeans and turning the peach-coloured bath towels – fluffly, dry and neatly folded – into blood-soaked rags.

Colours seemed brighter this morning, the world a lovelier place. He felt serene and uplifted, as though he had absorbed her, as though her life had been transfused into him. They belonged to you once you had killed them: it was a possession way beyond sex. Even to know how they looked at the moment of death was an intimacy way past anything two living bodies could experience.  »

Circonstances de lecture

Voici la suite des aventures du détective privé Cormoran Strike, sous la plume de Robert Galbraith, alias J.K. Rowling.

Impressions

Décidément, j’adore J.K.Rowling et son nouveau héros, le détective privé Cormoran Strike, ancien soldat mutilé. Quand son assistante, Robin, reçoit par la Poste une jambe de femme, Cormoran sait qu’on le vise personnellement. Il se met aussitôt à enquêter sur quatre personnes de son passé susceptibles de ce genre d’horreur. Reste que le serial killer entend bien parvenir à ses fins…

Ici, J.K.Rowling nous plonge dans une histoire des plus sombres, avec un serial killer entre Hannibal Lecter du Silence des Agneaux et un Jack L’Éventreur moderne. Glaçant… Elle n’en oublie pas pour autant de faire évoluer les relations entre son héros et sa jolie assistante, qui s’apprête à épouser son fiancé… Un thriller glaçant, sanglant, plein de suspens – et d’humour, aussi ! Disponible en version française en mars 2016.

Un passage parmi d’autres

 Up the echoing metal staircase that wound around the broken birdcage lift she walked, her heels clanging on the metal. The glass door flashed as she unlocked and opened it and the engraved legend – C. B. STRIKE, PRIVATE INVESTIGATOR – stood out darkly.

She had arrived deliberately early. They were currently inundated with cases and she wanted to catch up with some paperwork before resuming her daily surveillance of a young Russian lap-dancer. From the sound of heavy footfalls overhead, she deduced that Strike was still upstairs in his flat.

Robin laid her oblong package on the desk, took off her coat and hung it, with her bag, on a peg behing the door, turned on the light, filled and switched on the kettle, then reached for the sharp letter-opener on her desk. Remembering Matthew’s flat refusal to believe that it had been flanker Jacques Burger’s curly mane she had been admiring, rather than Strike’s short and frankly pube-like hair, she made an angry stab on the end of the package, slit it open and pulled the box apart.

A woman’s severed leg had been crammed sideways in the box, the toes of the foot bent back to fit.

Robert Galbraith – Career of Evil – 2015 (Sphere)

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La Fille du train – Paula Hawkins

29 dimanche Nov 2015

Posted by Aurélie in Policiers / Thrillers

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conseils de lecture, Critique de livre, idées de lecture, La Fille du train, Paula Hawkins, quoi lire, roman, Thriller

Paula Hawkins - La Fille du trainLes premières phrases

«  Elle est enterrée sous un bouleau argenté, en bas, près de l’ancienne voie ferrée, sa tombe indiquée par un cairn. Ce n’est guère plus qu’une pile de cailloux, au fond. Je ne voulais pas attirer l’attention sur sa dernière demeure, mais je ne pouvais pas la laisser disparaître. Ici, elle dormira en paix, personne ne viendra la déranger, rien que le chant des oiseaux et le grondement des trains qui passent. »

Circonstances de lecture

Un livre que mon libraire m’a vivement conseillé.

Impressions

« La fille du train » est fait pour ceux qui aiment les thrillers gardant leur suspens jusqu’aux toutes dernières pages. Pour tous ceux aussi prenant le train tous les jours pour se rendre au travail et jetant un œil de temps à autre à travers la vitre pour observer les maisons bordant les voies et leurs occupants. C’est le cas de Rachel, le personnage principal de ce roman, qui prend le train de 08h04 tous les matins, direction Londres… Elle s’est prise d’affection pour un couple qu’elle aperçoit régulièrement, sur la terrasse de leur maison, et s’est prise au jeu d’imaginer leur vie… jusqu’au jour où la femme disparaît… Rachel n’a plus alors qu’une obsession : retrouver le coupable. Mas voilà, Rachel n’est pas le témoin idéal… loin de là…

Ruez-vous sur ce premier roman de Paula Hawkins si vous ne l’avez pas déjà lu ! Vous ne serez pas déçu !

Un passage parmi d’autres

 Quel soulagement d’être de retour dans le train de 8h04. Ce n’est pas que je sois particulièrement impatiente d’arriver à Londres pour commencer ma semaine – je n’ai même pas vraiment envie d’être à Londres du tout. Non, j’ai juste envie de me caler au fond du siège en velours doux, avec la tiédeur du soleil à travers la vitre, la voiture qui balance d’avant en arrière et d’arrière en avant, le rythme rassurant des roues sur les rails. Quand je suis là, à regarder les maisons qui bordent la voie, il n’y a presque nulle part où je préférerais être.

Sur ce tronçon, il y a un feu de signalisation défectueux, à la moitié du trajet. Enfin, j’imagine qu’il doit être défectueux, parce qu’il est presque toujours rouge ; on s’y arrête quasiment tous les jours, parfois quelques secondes, parfois plusieurs minutes d’affilée. Si je suis installée dans la voiture D (comme presque à chaque fois) et si le train s’arrête au feu (comme presque à chaque fois), j’ai une vue parfaite sur ma maison favorite près des rails : celle qui se trouve au numéro quinze.

Paula Hawkins – La Fille du train –  2015 (Sonatine Editions)

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Avec tes yeux – Sire Cedric

24 samedi Oct 2015

Posted by Aurélie in Policiers / Thrillers, Romans français

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Avec tes yeux, Critique de livre, idées de lecture, lecture, Livre, Presses de la Cité, quoi lire, rentrée littéraire, roman, Sire Cedric

Sire Cedric - Avec tes yeuxLes premières phrases

«  Verts.

Ils sont verts.

Mêlés de vagues bleues.

Tels deux lagons. Ronds. Frémissants.

Ses yeux sont de cette couleur-là.

Brillants de terreur.

Mouillés par les larmes qui coulent à flots sur son visage couvert d’hématomes.

Il a voulu cette femme dès l’instant où il l’a croisée.

Il n’a cessé d’y penser depuis. Comptant les heures. Se préparant.

Quand il a découvert sa maison, isolée des autres, en bordure de forêt, il a compris que c’était un signe du destin.

Il fallait qu’il le fasse.

Encore une fois.

Pour cette femme-là. Ces yeux-là. Ce vert profond mêlé de bleu.

– Lisa, susurre-t-il à la silhouette ensanglantée, recroquevillée à ses pieds. Tu t’appelles Lisa, n’est-ce pas ? Inutile de crier. Personne ne t’entend. Tu ne peux pas empêcher ce qui va arriver… »

Circonstances de lecture

Auteur rencontré lors d’une soirée de présentation aux libraires.

Impressions

Attention, nuits blanches assurées avec ce thriller de Sire Cedric ! Ma première lecture de cet auteur, et certainement pas la dernière. J’ai dévoré « Avec tes yeux », me rongeant les ongles au passage… Une fois que l’on a ouvert ce livre, il est bien difficile de le refermer.

L’idée de départ peut paraître classique : un serial killer tue des jeunes femmes… Mais croyez-moi on ne s’ennuie pas et on se laisse surprendre par les péripéties de l’histoire. Mêlant intrigue policière à une dose de surnaturel – notre héros assiste aux meurtres à travers les yeux du serial killer -, Sire Cedric sait happer son lecteur. Un livre à ranger dans ma bibliothèque du côté de mes Stephen King. Si vous êtes trop sensibles, passez votre chemin… Des scènes sanglantes pourraient vous heurter. Pour les autres, foncez !

Un passage parmi d’autres

 Quelque chose s’est produit. Quelque chose d’imprévu.

Quelque chose qu’il n’aime pas.

Le phénomène n’a duré qu’un bref instant. Il a été traversé par une intuition. Un souvenir.

Son cœur s’est mis à battre un peu plus fort.

Un léger vertige l’a pris.

Comme lorsqu’on se trouve dans un ascenseur qui s’arrête à un étage.

C’est une sensation très précise. Il croyait l’avoir oubliée. Pénétrante. Insistante.

La sensation d’un regard posé sur lui.

Quelqu’un qui SAIT.

Qui devine ce qu’il est vraiment, sous son masque de civilité.

Qui pourrait comprendre tout ce qu’il a fait.

Son secret si bien gardé… Ses traces si bien camouflées….

– Serait-ce possible ? murmure-t-il pour lui-même.

Il contemple ses mains, les extrémités rugueuses de ses doigts. Il les joint et attend ainsi. Dans un calme profond.

Cherchant à analyser ce qu’il ressent en cet instant.
Mais il ne ressent rien. Rien du tout.

Un grand vide.

Comme d’habitude.

Une absence d’émotion.

Sire Cedric – Avec tes yeux – 2015 (Presses de la Cité)

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Les temps sauvages – Ian Manook

19 dimanche Avr 2015

Posted by Aurélie in Policiers / Thrillers, Romans français

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Albin Michel, Critique de livre, Ian Manook, Les temps sauvages, Policiers / Thrillers, roman, Thriller, Yeruldelgger

Ian Manook - Les temps sauvagesLes premières phrases

«  Engoncée dans sa parka polaire, l’inspecteur Oyun essayait de comprendre l’empilement des choses. Elle s’était accroupie dans la neige qui crissait et s’était penchée pour mieux voir. Le froid lui tailladait les pupilles et l’air glacé lui griffait les sinus à chaque inspiration. C’était comme respirer des brisures de verre. Autour d’elle un autre terrible dzüüd vitrifiait la steppe immaculée. Pour la troisième année consécutive, le malheur blanc frappait le pays. De trop longs hivers polaires qui suivaient de trop courts étés caniculaires. Des blizzards de plusieurs jours à ne plus voir sa yourte, à se perdre pour mourir gelé debout à un mètre près. Puis des ciels bleus comme des laques percés d’un petit soleil blanc au-dessus d’un pays figé dans la glace. Oyun n’avait pas souvenir de tels dzüüd dans son enfance. Le premier dont elle se souvenait était celui de 2001. Un hiver si rude et si long que sept millions de bêtes étaient mortes à travers le pays. Elle gardait en mémoire l’image de ces milliers de nomades encore fiers et solides quelques mois plus tôt, venus s’échouer pour mendier et mourir en silence, transis, dans les égouts d’Oulan-Bator. Les hommes avaient perdu tous leurs chevaux, les femmes tous les yacks et toutes les chèvres, et les enfants tous les agneaux et jusqu’à leurs petits chiots. Cet hiver-là avait tué en Mongolie plus d’âmes que les avions des tours de Manhattan. »

Circonstances de lecture

Parce que j’avais beaucoup aimé « Yeruldelgger », premier volet de Ian Manook.

Impressions

Si vous avez aimé « Yeruldelgger », vous aimerez ce deuxième livre de Ian Manook. On y retrouve avec plaisir Yeruldelgger, ce flic rongé par un passé douloureux et par le désir de vengeance, mais aussi Solongo, Oyun et Gantulga. Sans oublier l’esprit des steppes, les moines Shaolin, et cette même confrontation entre Oulan-Bator, ville moderne ultra-polluée, et les contrées sauvages des steppes à perte de vue, où les nomades tentent de conserver leurs traditions et leur honneur.

Tout commence par la découverte de cadavres étranges… Puis par la mort d’une personne proche de Yeruldelgger. L’ombre de son beau-père, Erdenbat, n’est évidemment pas loin… L’enquête mènera Yeruldelgger et son équipe de la Mongolie à la France pour découvrir la vérité.

J’ai aimé ce livre, à l’exception des pages où l’histoire se déroule en France… Là, on s’y perd un peu et on est bien loin de ce qui fait le vrai charme de ce roman policier : le fait qu’il se passe dans les steppes enneigées d’Asie. Car Ian Manook décrit comme personne la rudesse et la beauté du paysage mongole. On ressent le froid mordant du vent, la douce chaleur du poêle sous la yourte, le goût du thé brûlant sur la langue, la puissance et la sagesse des loups. Vivement la suite!

Un passage parmi d’autres

 Il est le seul survivant de la tribu des Huns décimée par l’armée de l’empire Khan. Il a échappé à la mort enseveli sous tant de morts que leur poids l’a enfoncé dans la terre. Jusqu’à tomber dans les galeries obscures de la tanière des grands loups où la louve impérieuse l’a adopté. C’est d’elle qu’il a appris le hurlement de la meute et qu’il a fait de cette plainte un langage chanté devenu le chant long des Mongols. Le lien invisible qui le retient à la vie lumineuse, loin, très loin au-dessus des entrailles noires de la terre.

Il est le descendant de Borte-Tchino, le Loup Bleu, et il a grandi sur le dos d’un cheval. Il hurle depuis quatre ans dans les montagnes un chant céleste que sa mère louve a appris du vent et qui fait pleurer ses frères de meute. Il est l’homme enfoncé dans la terre par les guerriers morts et que le chant long tire depuis des éternités pour le remonter à la lumière. Pour retrouver le monde des hommes. Une princesse. Pour lui dire qui il est et enlever pour elle sa peau de loup et redevenir un homme. L’esprit soudain ensoleillé par la mélopée, il surgit enfin, déchire sa fourrure animale, et glisse ses épaules nues et tout son corps hors de sa dépouille de loup, jaillissant des entrailles de la terre pour s’éblouir de lumière.

Ian Manook –  Les temps sauvages – 2015 (Albin Michel)

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Temps glaciaires – Fred Vargas

29 dimanche Mar 2015

Posted by Aurélie in Policiers / Thrillers, Romans français

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Critique de livre, Flammarion, Fred Vargas, Polar, roman, Temps glaciaires

Fred Vargas - Temps glaciairesLes premières phrases

«  Plus que vingt mètres, vingt petits mètres à parcourir avant d’atteindre la boîte aux lettres, c’était plus difficile que prévu. C’est ridicule, se dit-elle, il n’existe pas de petits mètres ou de grands mètres. Il y a des mètres et voilà tout. Il est curieux qu’aux portes de la mort, et depuis cette place éminente, on persiste à songer à de futiles âneries, alors qu’on suppose qu’on énoncera quelque formule d’importance, qui s’inscrira au fer rouge dans les annales de la sagesse de l’humanité. Formule qui sera colportée ensuite, de-ci de-là: « Savez-vous quelles furent les dernières paroles d’Alice Gauthier ? »

Si elle n’avait rien à déclarer de mémorable, elle avait néanmoins un message décisif à porter, qui s’inscrirait dans les annales ignobles de l’humanité, infiniment plus vastes que celles de la sagesse. Elle regarda la lettre qui tremblait dans sa main.

Allons, seize petits mètres. Depuis la porte de son immeuble, Noémie la surveillait, prête à intervenir au premier vacillement. Noémie avait tout tenté pour empêcher sa patiente de s’aventurer seule dans la rue, mais le très impérieux caractère d’Alice Gauthier l’avait vaincue.

– Pour que vous lisiez l’adresse postale par-dessus mon épaule ?

Noémie avait été offensée, ce n’était pas son genre.

– C’est le genre de tout le monde, Noémie. Un de mes amis – un vieux truand par ailleurs -, me disait toujours : « Si tu veux garder un secret, eh bien garde-le. » Moi j’en ai gardé un longtemps, mais il m’embarrasserait pour grimper au ciel. Encore que, même ainsi, mon ciel n’est pas gagné. Débarrassez-moi le plancher, Noémie, et laissez-moi aller. »

Circonstances de lecture

Parce que j’avais beaucoup aimé « Pars vite et reviens tard » de Fred Vargas.

Impressions

Un bon polar comme je les aime. Intelligent, bien écrit, avec des dialogues plein d’humour, des personnages attachants, et un meurtrier dont on n’apprend l’identité qu’à la toute fin du livre. Le dernier Fred Vargas ne m’a pas déçu. On y retrouve avec plaisir le commissaire Adamsberg et son équipe. Tout commence à Paris avec des suicides suspects, un mystérieux signe tracé sur les scènes de crime, puis on embarque pour l’Islande et une île terrifiant les locaux, avant de plonger en pleine Révolution Française pour côtoyer Robespierre, Danton et d’innombrables guillotinés. Mélangez tout ça et vous obtenez un très bon Fred Vargas !

Un passage parmi d’autres

 – Eh bien, je me suis un peu amusé avec ce costume. Je me suis regardé dans la glace. Et à cet instant, en même temps, quelque chose n’allait pas. Donc ça avait dû se passer avant, dans Le Creux. Pas quand je marchais dans le gratteron. Non, après. Céleste dans sa vieille cabane avec son sanglier ? Pelletier qui puait le cheval ? Je ne sais pas. Ou quand j’ai dessiné sur le pare-brise ?

Dessiné quoi ? Lucio s’en foutait.

– S’est passé combien d’heures entre le gratteron et le pare-brise ?

– Environ huit heures.

– Ben c’est pas trop long, tu devrais trouver. Creuse. C’est une pensée que t’as pensée et t’as pas fini de penser. Faut pas perdre ses pensées comme ça, hombre. Faut faire attention où on range ses affaires. Ton adjoint, le commandant, ça le gratte aussi ? Et l’autre, avec les cheveux roux ?

– Non. Ni l’un ni l’autre.

– C’est que c’est bien une pensée à toi. C’est dommage, quand t’y réfléchis, que les pensées n’aient pas de nom. On les appellerait, et elles viendraient se coucher à nos pieds ventre à terre.

– Je crois qu’on a dix mille pensées par jour. Ou des milliards sans s’en rendre compte.

– Oui, dit Lucio en ouvrant sa seconde bière. Ce serait le bazar.

Adamsberg traversa la cuisine, croisant son fils qui travaillait sur de futurs bijoux, muni de pain et de fromage.

– Tu montes déjà ?

– Je dois aller chercher des pensées que j’ai pensées et que j’ai oublié de penser.

– Je vois, dit Zerk avec la plus parfaite sincérité.

Allongé sur son lit, Adamsberg gardait les yeux ouverts dans l’obscurité. La bière de Lucio lui disloquait un peu la nuque. Il s’obligea à rouvrir les yeux. « Creuse », il a dit. Cherche. Réfléchis. Sois capable.

Et il s’endormit, sans penser.

Fred Vargas –  Temps glaciaires – 2015 (Flammarion)

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Seul le silence – R.J. Ellory

14 samedi Fév 2015

Posted by Aurélie in Policiers / Thrillers, Romans étrangers

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Critique de livre, Le Livre de Poche, Polar, R.J. Ellory, roman, Seul le silence, Thriller

R.J. Ellory - Seul le silenceLes premières phrases

«  Coups de feu, comme des os se cassant.

New York : sa clameur infinie, ses rythmes métalliques âpres et le martèlement des pas, staccato incessant ; ses métros et cireurs de chaussures, carrefours embouteillés et taxis jaunes ; ses querelles d’amoureux ; son histoire, sa passion, sa promesse et ses prières.

New York avala le bruit des coups de feu sans effort, comme s’il n’avait pas plus d’importance qu’un simple battement de cœur solitaire.

Personne ne l’entendit parmi une telle abondance de vie.

Peut-être à cause de tous les autres bruits.

Peut-être parce que personne n’écoutait.

Même la poussière, prise dans le clair de lune filtrant par la fenêtre du deuxième étage de l’hôtel, soudain déplacée sous l’effet des coups de feu, reprit son chemin errant mais régulier.

Rien ne s’était produit, car c’était New York, et de telles morts solitaires et insoupçonnées étaient légion, presque indigènes, brièvement remémorées, oubliées sans effort.

La ville continuait de vaquer à ses occupations. Un nouveau jour commencerait bientôt, et rien d’aussi insignifiant que la mort ne possédait le pouvoir de les différer.

C’était juste une vie, après tout ; ni plus, ni moins. »

Circonstances de lecture

Lu sur les conseils d’un ami.

Impressions

Il est rare qu’un thriller arrive à garder son suspens jusqu’à la toute fin du livre. Et pourtant, ici, R.J. Ellory parvient à tenir son lecteur en haleine jusqu’aux dernières pages. Ce n’est que là que le criminel est démasqué.

J’ai beaucoup aimé ce polar, noir. Déjà, il est très bien écrit. Et puis l’histoire est belle, émouvante, touchante, noire et dure. On y suit Joseph, un enfant grandissant dans un petit village de Géorgie où des meurtres atroces de petites filles surviennent. La vie de Joseph en sera irrémédiablement bouleversée et intimement liée. L’écriture et l’histoire de R.J. Ellory m’ont scotchée du début à la fin. A lire pour tous les fans de polars et d’histoires glaçantes.

Un passage parmi d’autres

 Et il y a des moments dont je me souviens – principalement des jours d’été ; flous, chargés d’air et de lumière ; monsieur Tomczak traînant son gramophone Victrola dans la cour, les disques de Bakélite aussi lourds que des assiettes ; les adultes à moitié débraillés, et le fait que personne n’avait d’argent, et n’en aurait probablement jamais, n’avaient pas d’importance car l’amitié et le sens de la communauté étaient une richesse.

Les gosses dans les champs jouaient à s’attraper et à s’embrasser, quelqu’un avait une caisse de bière pour les pères, et quelqu’un d’autre préparait du jus de melon pour les femmes.

Ma mère portait une robe d’été, et un jour elle a dansé une valse avec mon père, qui arborait un sourire comme on arbore une médaille ; pour sa bravoure, sa fidélité, son amour.

Et les jours dont je me souviens sont partis. Ils se sont fondus en silence dans un passé indistinct. Pas seulement partis, mais oubliés. C’étaient des jours dont je pense qu’on ne les reverra jamais. Pas ici, pas à Augusta Falls. Ni nulle part ailleurs. Tout inondés d’un délire grisant de célébration spontanée, la célébration du simple fait d’être vivant. Et un bruit familier mais lointain – un match de base-ball à la radio, le claquement de capsules de Coca-Cola vert émeraude – et tout d’un coup le passé est là. En Technicolor et Sensurround : Cecil B.DeMille, King Vidor. Puis un silence bienvenu après un bruit infini.

Et transperçant ces souvenirs, telles des pointes de métal rouillées, il y avait d’autres souvenirs…

Les petites filles.

Toujours les petites filles.

Des petites filles comme Alice Ruth Van Horne, que j’avais aimée comme seul un enfant peut aimer – simplement, silencieusement, parfaitement.

Leurs vies comme des tortillons de papier humide, fermement tirebouchonnés puis jetés au loin.

R.J. Ellory – Seul le silence – 2005 (Le Livre de Poche)

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