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Love In Books

~ Parce qu'il n'y a rien de mieux qu'un livre pour s'évader…

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Archives de Catégorie: Romans étrangers

Carbone modifié – Richard Morgan

02 mercredi Mai 2018

Posted by Aurélie in Romans étrangers, SF

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Altered Carbon, Bragelonne, Carbone modifié, Critique de livre, idées de lecture, lecture, Livre, quoi lire, Richard Morgan, roman, SF

Les premières phrases

«  L’aube allait pointer dans deux heures. J’attendais dans la cuisine dont les murs s’écaillaient en fumant une des cigarettes de Sarah, bercé par le rythme du cyclone. Millsport dormait depuis longtemps, mais dehors, dans le Reach, les courants s’accrochaient aux bancs de sable et le chant du ressac hantait les rues désertes. Une fine brume flottait dans la tempête, retombant sur la ville comme un voile de mousseline et brouillant la vue des fenêtres de la cuisine.

En état d’alerte chimique, j’ai fait l’inventaire du matériel posé sur le panneau éraflé de la table en bois. Le pistolet à éclats Heckler & Koch de Sarah brillait dans la pénombre, béant, attendant qu’on lui enfile son chargeur. Une arme d’assassin, compacte et parfaitement silencieuse. Les chargeurs étaient posés à côté. Sarah les avait entourés de bande adhésive pour reconnaître les munitions : vert pour les somnifères, noir pour le venin d’araignée. La plupart des chargeurs étaient noirs. Sarah avait épuisé beaucoup de verts contre les gardes de la sécurité de Gemini Biosys la nuit dernière.  »

Circonstances de lecture

Parce que que j’avais très envie de lire le livre après avoir vu la série sur Netflix.

Impressions

A quoi ressemblerait la société si la mort n’était pas définitive ? Si l’on pouvait vous faire revenir à la vie dans le corps d’un autre, pourvu que vous en ayez les moyens financiers évidemment… C’est en partant de ce postulat de départ que Richard Morgan nous embarque dans un monde futuriste proche de celui de Blade Runner. Notre héros, Takeshi Kovacs, se voit ramener à la vie pour enquêter sur la « mort » d’un milliardaire, pas convaincu de la conclusion de la police qui pense à un suicide. En effet, pourquoi se suicider quand on sait que l’on sera de nouveau en vie quelques heures plus tard ?

Un récit de SF riche et intense, violent aussi. J’ai beaucoup aimé. Si la série proposée sur Netflix prend de nombreuses libertés par rapport au roman de Richard Morgan, elle n’en est pas moins également intéressante à regarder. L’atmosphère du livre y est parfaitement retranscrite. Vivement la réédition ce mois-ci des deux suites, chez Bragelonne !

Un passage parmi d’autres

 S’ils vous veulent, tôt ou tard, ils vous trouveront, comme un grain de poussière sur un artefact martien, avait écrit une jeune Quell à propos de l’élite de Harlan. Traversez l’abîme entre les étoiles et ils vous suivront. Faites-vous stocker durant des siècles et ils seront là à vous attendre, dans de nouveaux clones. Ce sont les dieux dont nous rêvions, les agents mythiques du destin. Aussi implacable que l’était la Mort, mais ce pauvre laboureur appuyé sur sa faux ne l’est plus aujourd’hui… Pauvre Mort, elle n’était pas de taille, elle n’a pu lutter contre la puissance du carbone modifié et les technologies de stockage et de récupération des données. Il fut un temps où nous vivions avec la crainte de son arrivée. A présent, nous flirtons avec sa sombre dignité, et des êtres comme ceux-là ne la laissent même pas passer par l’entrée de service…

Richard Morgan – Carbone modifié – octobre 2008 (Bragelonne)

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La Trilogie du Subtil Changement – Jo Walton

28 samedi Avr 2018

Posted by Aurélie in Policiers / Thrillers, Romans étrangers, SF

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Critique de livre, Hamlet au Paradis, idées de lecture, Jo Walton, La trilogie du subtil changement, Le cercle de Farthing, lecture, Livre, quoi lire, roman, SF, uchronie, Une demi-couronne

Les premières phrases

«  Tout a commencé quand David est revenu du parc dans une fureur noire. Nous séjournions à Farthing à l’occasion d’un des épouvantables raouts politiques de Mère. Si nous avions trouvé un moyen de nous y dérober, nous serions allés n’importe où ailleurs, mais Mère n’avait rien voulu entendre et nous étions donc là, lui en jaquette et moi en petite robe Chanel beige, dans mon ancienne chambre de jeune fille à laquelle j’avais été si soulagée de dire adieu quand j’avais épousé David.  »

Circonstances de lecture

Parce que je suis fan de Jo Walton.

Impressions

J’adore Jo Walton ! Et je dois dire encore une fois que j’ai  dévoré sa trilogie du « Subtil changement ». Elle se situe entre uchronie et roman policier, et part du postulat de départ suivant : et si l’Angleterre avait signé un pacte avec l’Allemagne nazie d’Hitler ? Quel serait alors le visage de l’Empire britannique ? Ces trois romans (Le Cercle de Farthing, Hamlet au Paradis, et Une demi-couronne) sont passionnants. Ils sauront combler aussi bien les passionnés de SF que les amoureux de polar « so british ». Je les recommande vivement !

Un passage parmi d’autres

 « Le vrai problème, c’est que la plupart des gens sont parfaitement satisfaits de la situation telle qu’elle est, ou bien alors trop effrayés pour se révolter. Parfois, je me dis qu’il nous faudrait un gouvernement encore pire qui obligerait nos concitoyens à se secouer .

– Et que se passerait-il s’ils se secouaient enfin sous ce nouveau gouvernement ? demanda Abby. Ils ne pourraient plus agir, ce serait trop tard. On peut rendre les gens plus courageux, plus lucides, on peut leur ouvrir les yeux. Je le fais avec mes élèves. Mais je le fais au cas par cas. Et c’est un travail difficile qui prend des années. Comment procéder,  pour tout un pays ? Pour que la population entière s’intéresse à ce que son gouvernement fait en son nom, au lieu de l’ignorer ? Puis pour qu’elle le rejette au lieu de lui trouver des excuses? Le jour où notre peuple prendra enfin conscience de ce qu’il subit, il faudra qu’il ait le pouvoir de rejeter ses dirigeants. Aujourd’hui, l’inertie et les institutions peuvent encore le permettre. Mais si nous les malmenons comme elles ont été malmenées en Allemagne, si nous cautionnons un roi de droit divin, quelles seraient les conséquences d’un réveil de la population ? Ce serait un massacre, forcément, comme ce qui s’est produit il y a deux ans à Vienne… ».

 

Jo Walton – La trilogie du Subtil Changement (Folio SF)

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Neverwhere – Neil Gaiman

02 vendredi Mar 2018

Posted by Aurélie in Fantasy, Romans étrangers

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Critique de livre, headline, idées de lecture, lecture, Livre, Neil Gaiman, Neverwhere, quoi lire, roman

Les premières phrases

«  She had been running for four days now, a harum-scarum tumbling flight through passages and tunnels. She was hungry, and exhausted, and more tired than a body could stand, and each successive door was proving harder to open. After four days of flight, she had found a hiding place, a tiny stone burrow, under the world, where she would be safe, or so she prayed, and at last she slept.  »

Circonstances de lecture

Parce que j’avais très envie de relire ce livre, en anglais cette fois.

Impressions

J’ai beaucoup apprécié cette relecture (en anglais) de ce classique de la fantasy urbaine. Neil Gaiman invente un Londres sous-terrain peuplé de rats respectés, de marginaux, d’assassins et autres personnages hauts en couleur. A commencer par Croup et Vandemar, deux assassins particulièrement malsains et drôles à la fois, à la poursuite de Door (Porte), une jeune fille dont la famille vient d’être massacrée. Lorsqu’un Londonien ordinaire, Richard Mayhew, vient à la rescousse de la jeune femme, il ne se doute pas que sa vie va être totalement bouleversée. Devenu transparent aux yeux du monde du dessus, il va devoir apprendre à vivre sous terre, dans le Londres d’en bas. A lire et relire !

Un passage parmi d’autres

 « Well, » said Richard. « How do I get back to normal again? It’s like I’ve walked into a nightmare. Last week everything made sense, and now nothing makes sense… » He trailed off. Swallowed. « I want to know how to get my life back, » he explained.

« You won’t get it back travelling with us, Richard, » said Door. « It’s going to be hard enough for you anyway. I… I really am sorry. »

Hunter, in the lead, knelt down on the pavement. She took a small metal object from her belt, and used it to unlock the cover to a sewer. She pulled up the sewer cover, looked into it, warily, climbed down, then ushered Door into the sewer. Door did not look at Richard as she went down. The Marquis scratched the side of his nose. « Young man, » he said, « understand this : there are two Londons. There’s London Above – that’s where you lived – and then there’s London Below – the Underside – inhabited by the people who fell through the cracks in the world. Now you’re one of them. Good night. « .

 

Neil Gaiman – Neverwhere – 1996 (headline)

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La cinquième saison – N.K. Jemisin

27 lundi Nov 2017

Posted by Aurélie in Romans étrangers, SF

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Critique de livre, idées de lecture, J'ai lu, La cinquième saison, lecture, Les livres de la terre fracturée, Livre, N.K. Jemisin, Nouveaux Millénaires, Prix Hugo, quoi lire, roman, SF

Les premières phrases

«  Commençons par la fin du monde – pourquoi pas ? On en termine avec ça, et on passe à quelque chose de plus intéressant.

D’abord, une fin personnelle. Une pensée lui tournera dans la tête encore et encore, les jours suivants, quand elle s’imaginera la mort de son fils en essayant de trouver un sens à ce qui en est aussi foncièrement dépourvu. Elle posera une couverture sur le petit corps brisé d’Uche – sans lui cacher le visage, parce qu’il a peur du noir – et elle s’assiéra à côté de lui, engourdie, indifférente au monde qui, dehors, touche à sa fin. Il l’a déjà atteinte en elle, et ce n’est pas la première fois qu’il en arrive là, ni dehors ni en elle. Elle a l’expérience de ce genre de choses.

Voici ce qu’elle pense, à ce moment-là et plus tard : Au moins, il était libre.

Quasi-question que sa facette perdue et sidérée arrive parfois à produire, obtenant toujours la même réponse de sa facette amère et lasse :

Non. Pas vraiment. Pas avant. Maintenant, oui.  »

Circonstances de lecture

Parce que ce livre me faisait de l’œil depuis un moment…

Impressions

Avec ce roman de SF, N.K. Jemisin a remporté le Prix Hugo en 2016 et elle le mérite amplement. Si le postulat de départ n’est a priori pas original – un monde post-apocalyptique, des hommes qui tentent de survivre face à des éléments déchaînés – l’auteur parvient à créer son propre univers et à nous emporter sur les pas de trois personnages auxquels on s’attache très vite. Accrochez-vous car les premières pages sont assez énigmatiques, mais une fois le début passé, vous aurez bien du mal à lâcher ce livre !

Sur cette terre soumise aux caprices quotidiens de la nature, les humains tentent de survivre aux saisons, haïssant paradoxalement les Orogènes, ces êtres capables de dompter les secousses sismiques. Suivez Essun, une femme orogène qui part à la poursuite de son mari, un homme venant de tuer leur fils et de kidnapper leur fille… Mais aussi Damaya, une petite fille que ses parents rejettent à cause de ses pouvoirs… Et enfin Syénite, une orogène de l’Ordre du Fulcrum, que l’on envoie en mission.

Grâce à un habile schéma de narration, N.K. Jemisin parvient à captiver son lecteur et à garder le mystère reliant tous ses personnages jusqu’aux toutes dernières pages. Un gros coup de cœur ! Vivement la suite en avril…

Un passage parmi d’autres

 A en croire la légende, le Père Terre ne détestait pas la vie, à l’origine.

Les mnésistes racontent même qu’Il a fait tout Son possible pour en faciliter l’émergence déconcertante à Sa surface, il y a de cela très, très longtemps. Il a conçu des saisons prévisibles et régulières ; Il a veillé à ce que les vents, l’océan, les températures changent assez lentement pour que le moindre être vivant puissent s’adapter, évoluer ; Il a invoqué des eaux capables de se purifier et des cieux de s’éclaircir après l’orage. Il n’a pas créé la vie – le hasard s’en est chargé -, mais Il l’a trouvée fascinante, Il s’est réjoui de son existence, Il a été fier de S’offrir à une beauté aussi étrange et indépendante.

Et puis les hommes se sont mis à Lui infliger des horreurs. Ils ont empoisonné Ses eaux au point qu’Il ne pouvait plus Lui-même les purifier, et ils ont tué une bonne partie des autres vies qui s’épanouissaient à Sa surface. Ils ont percé la croûte de Sa peau et se sont enfoncés dans le sang de Son manteau pour accéder à la moelle suave de Ses os. Enfin, au somment de l’hybris et de la puissance humaines, les orogènes ont fait quelque chose que le Père Terre ne pouvait pardonner : ils ont détruit Son seul enfant.

Aucun des mnésistes avec qui Syénite a eu l’occasion de discuter ne sait ce que signifie cette mystérieuse affirmation.

 

N.K. Jemisin – La cinquième saison – août 2017 (Nouveaux Millénaires)

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The Burning Girl – Claire Messud

20 lundi Nov 2017

Posted by Aurélie in En VO, Romans étrangers

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Claire Messud, Critique de livre, idées de lecture, lecture, Livre, quoi lire, roman, The Burning Girl, W.W. Norton & Company

Les premières phrases

«  You’d think it wouldn’t bother me now. The Burneses moved away long ago. Two years have passed. But still, I can’t lie in the sun on the boulders at the quarry’s edge, or dangle my toes in the cold, clear water, or hear the other girls singing, without being aware the whole time that Cassie is gone. And then I want to say something – but you can’t, you know. It’s like she never existed.  »

Circonstances de lecture

Parce que j’ai été attirée par la couverture et les premières lignes de ce roman.

Impressions

Si vous aimez l’univers de Nina LaCour, ce livre de Claire Messud devrait vous plaire. « The Burning Girl » traite de l’amitié entre deux adolescentes, une amitié a priori inébranlable et qui va pourtant s’étioler petit à petit. Parce que si Julia a les pieds sur terre, Cassie a du mal à trouver sa place dans cette société, et lorsque sa mère tombe amoureuse, sa vie est chamboulée… Voici un livre plein d’émotions sur les affres de l’adolescence, les raisons qui font qu’une amitié peut s’évaporer, et le ressenti de deux jeunes filles face à des événements sur lesquels elles n’ont pas de prise. Une très belle plume et une histoire pleine de mystères.

Un passage parmi d’autres

 To be in that ruin with Cassie – it was such a particular feeling that I have had nowhere else. If ever I have it again, I will recognize it, like a long-lost scent, and that afternoon and the one that followed will return to me, in all their visceral intensity. The Bonnybrook was at once the most unlikely, vivid experience of our lives up till then, and like a dream – a dream, miraculously, that Cassie and I dreamed in tandem, touching, hearing, and feeling together. The asylym was darkened by the traces of its pasts; made titillating, even scary, by its silences – but made safer too by our sharing it. Being in the Bonnybrook was like being inside both Cassie’s head and my own, as if we had one mind and could roam its limits together, inventing stories and making ourselves as we wanted them to be.

 

Claire Messud – The Burning Girl – septembre 2017 (W.W. Norton & Company)

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Les Griffes et les Crocs – Jo Walton

11 samedi Nov 2017

Posted by Aurélie in Fantasy, Romans étrangers

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Critique de livre, Denoël, Fantasy, idées de lecture, Jo Walton, lecture, Les Griffes et les Crocs, Livre, quoi lire, roman

Les premières phrases

«  Bon Agornin se tortilla sur son lit de mort en battant des ailes comme pour s’envoler vers sa nouvelle vie. Les médecins étaient partis, résignés, et même ses filles avaient cessé de lui répéter qu’il irait bientôt mieux. Dans sa grande caverne pleine de courants d’air, il posa la tête sur son maigre tas d’or, tenta de rester immobile, inspira avec difficulté. Il lui restait peu de temps à vivre; peu de temps pour laisser sa marque sur ce qui allait se passer ensuite. Une heure, peut-être moins. Bientôt, la souffrance physique prendrait fin ; mais tant de regrets le taraudaient encore…

Il gémit et remua un peu. Pour connaître une renaissance heureuse, il devait quitter le monde l’esprit tranquille et le cœur pur, lui avait enseigné l’Église. Considérer avec bienveillance tous les événements de sa vie lui permettrait d’atteindre une certaine forme de sérénité. Une tâche ardue, pour laquelle les ailes et le feu ne lui seraient plus d’aucun secours.  »

Circonstances de lecture

Parce que j’aime beaucoup Jo Walton !

Impressions

Jo Walton fait désormais partie de mes auteurs préférés. Après « Morwenna » et « Mes Vrais Enfants« , j’ai dévoré « Les Griffes et les Crocs » (publié en anglais en 2003, et lauréat du World Fantasy Award en 2004). Ici, elle nous plonge au sein d’une histoire de dragons de la bonne société. C’est un peu comme si on retrouvait l’univers d’Orgueil et Préjugés au pays des dragons ! Étonnant, mais ça marche !

Le doyen de la famille Agornin se meurt, et suite à sa mort c’est tout l’avenir de ses enfants qui est remis en cause. A commencer par l’avenir de ses deux filles cadettes, pas encore mariées. Or, comme l’indique Jo Walton, « la dignité n’a aucune valeur sur le marché du mariage ». On se prend d’affection pour cette famille de dragons aux drôles de mœurs : ils dévorent tout de même le cadavre de leurs morts… tout en se coiffant de beaux chapeaux pour se montrer en société. Le nombre de demandes en mariage et de coups bas est incalculable. D’ailleurs un des chapitres se nomme « La narratrice reconnaît qu’elle a perdu le compte des confessions et des demandes en mariage ». Jo Walton a de l’humour, vous l’aurez compris. « Les Griffes et les Crocs » se lit le sourire aux lèvres comme un bon livre de fantasy à l’époque victorienne, mais aussi comme une très bonne satire de cette époque. Car Jo Walton n’en oublie pas pour autant de transmettre des messages sur la condition des femmes, la religion, la position sociale, la servitude et l’ambition. Car comme chez les humains, la société des dragons a bien des travers…

Un passage parmi d’autres

 – Je n’ai pas honte de mon père !

Tout le monde se tourna vers Selendra, qui s’était exprimée avec force. Penn, qui discutait avec la Bienheure à l’autre bout de la pièce, fit un pas dans leur direction.

« Je n’ai pas dit que deviez en avoir honte, reprit l’Exalte d’un ton apaisant.

– Non, vous m’avez dit que je ne devais jamais parler de lui en société ! » Les yeux violets de Selendra tourbillonnaient, à présent. Elle était furieuse. « J’aime mon père, et je suis fière de lui! »

Penn s’approcha. « Selendra », dit-il d’un ton sévère. La Bienheure semblait hébétée. Felin était si embarrassée qu’elle montrait les dents. Dans l’autre pièce, les serviteurs s’étaient figés et observaient sans s’en cacher cette tragédie inattendue.

Gelener tenta d’échanger un regard consterné avec Sher, mais lui aussi semblait furieux. « Elle a raison, mère », affirma-t-il.

Selendra se tourna vers lui, heureuse de trouver auprès de son nouvel ami un soutien qu’elle n’espérait pas.

« Bon était un dragon formidable, insista-t-il.

– Personne ne dit le contraire, répliqua l’Exalte, glaciale. Selendra n’a pas compris le sens de ma remarque. »

La dragonnelle savait que tout le monde la regardait. Elle savait qu’elle allait devoir présenter des excuses à l’Exalte si elle voulait sauver la soirée, mais elle refusait de le faire d’une voix tremblante. On l’avait mise dans une situation détestable. Elle avait parfaitement compris les sous-entendus de l’Exalte. Elle n’avait qu’une envie : qu’on la laisse aller pleurer dans son coin. « Si j’ai mal compris vos propos, j’en suis désolée, chuchota-t-elle, très raide, après un silence bien trop long.

– Ce n’est pas grave, ma chère », murmura l’Exalte. Elle lui pressa le bras, puis traversa la pièce pour échanger quelques mots avec la Bienheure.

 

Jo Walton – Les Griffes et les Crocs – août 2017 (Denoël)

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Nulle part sur la terre – Michael Farris Smith

13 vendredi Oct 2017

Posted by Aurélie in Policiers / Thrillers, Romans étrangers

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Critique de livre, idées de lecture, lecture, Livre, Michael Farris Smith, Nulle part sur la terre, quoi lire, roman, Sonatine

Les premières phrases

«  Le vieil homme avait presque atteint la frontière de la Louisiane quand il les aperçut qui marchaient de l’autre côté de la route, la femme avec un sac-poubelle jeté sur l’épaule et la fillette derrière elle traînant les pieds. Il les regarda quand il les dépassa puis il les regarda dans le rétroviseur et il regarda les autres voitures les ignorer comme de simples panneaux de signalisation. Le soleil était au zénith et le ciel limpide, et s’il ne savait rien d’elles il devinait au moins qu’elles devaient avoir chaud, alors il prit la première sortie, traversa le pont de l’échangeur et reprit l’autoroute I-55 dans l’autre direction, vers le nord. Il les avait vues quelques kilomètres plus tôt et il continua de rouler en se demandant ce qu’elles pouvaient bien fabriquer là. Il espérait qu’elles avaient une foutue bonne raison.

Il ralentit en arrivant à leur hauteur. Elles marchaient dans l’herbe, la fillette donnant des petites claques sur ses jambes nues, la femme voûtée sous le poids du sac-poubelle. Il se déporta sur le bas-côté puis s’arrêta derrière elles, mais ni l’une ni l’autre ne se retournèrent. Alors il coupa le moteur et sortit de la voiture.  »

Circonstances de lecture

Parce que j’ai été attirée par cette couverture toute simple et ce titre aux allures de fin du monde.

Impressions

J’ai commencé à lire ce livre en pensant « qu’est-ce que c’est glauque et triste et déprimant »… Michael Farris Smith nous immerge en effet dans une Amérique blafarde, sur les pas d’une mère et de sa petite fille, traînant leurs malheurs sur les routes surchauffées de Louisiane. La mère, Maben, espère retrouver un semblant de paix en retournant là où elle a grandi. En vain… En parallèle, on suit Russel, rentrant également chez lui après onze années passées en prison. Pour quel crime ? On ne l’apprendra que bien plus tard… Reste qu’à sa sortie du car, il se fait tabasser par deux gars… Plutôt glauque, non ? Et encore, je ne rentre pas dans les détails ! Alors, oui, le début de ce roman est déprimant, lourd, angoissant, lent. Oui. Mais voilà que l’histoire s’accélère soudain, que les mystères entourant les protagonistes se dévoilent au moment où un crime est commis, et l’on n’arrive plus alors à lâcher ce livre ! J’ai dévoré ce livre entre road trip, roman social et polar, qui questionne sur la frontière entre le bien et le mal. A découvrir.

Un passage parmi d’autres

 Il pensa de nouveau à ses fils. La vitesse à laquelle ils étaient en train de devenir des hommes, et des hommes bien, espérait-il, et il aurait voulu mieux comprendre ce que ça voulait dire au juste, être un homme bien. Il croyait le savoir, jusqu’à ce soir. Croyait pouvoir s’asseoir avec eux dans le salon et leur expliquer ce qu’était un homme bien et comment s’y prendre pour en devenir un soi-même et peut-être en était-il toujours capable mais il savait que la décision qu’il prendrait à propos de cette arme et de ce meurtre, quelle qu’elle soit, infléchirait d’une manière ou d’une autre sa conception de ce qu’était un homme bien. Il savait que quoi qu’il décide, une incertitude demeurerait à jamais en lui qui l’accompagnerait partout, jusque dans son sommeil et au stade et pendant les barbecues dans le jardin derrière la maison, et jusque dans ses vieux jours.

 

Michael Farris Smith – Nulle part sur la terre – août 2017 (Sonatine)

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Daughter of the Burning City – Amanda Foody

09 lundi Oct 2017

Posted by Aurélie in En VO, Romans étrangers

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Amanda Foody, Critique de livre, Daughter of the Burning City, FairyLoot, idées de lecture, lecture, Livre, quoi lire, roman, Young Adult

Les premières phrases

«  I peek from behind the tattered velvet curtains at the chattering audience, their mouths full of candied pineapple and kettle corn. With their pale faces flushed from excitement and the heat, they look as gullible as dandelions, much like the patrons in the past five cities. The Gomorrah Festival hasn’t been permitted to travel this far north in the Up-Mountains in over three years, and these people look like they’re attending the opera or the theater rather than our traveling carnival of debauchery.

The women wear frilly dresses in burnt golds and oranges, buckled to the point of suffocation, some with rosy-cheeked children bouncing on their laps, others with cleavage as high as their chins. The men have shoulder pads to seem broader, stilted loafers to seem taller and painted silver pocket watches to seem richer.

If buckles, stilts and paint are enough to hoodwink them, then they won’t notice that the eight « freaks » of my freak show are, in fact, only one.  »

Circonstances de lecture

Livre reçu avec ma première FairyLoot Box !

Impressions

Rien que la couverture donne envie de se plonger dans ce roman Young Adult ! Une belle édition reçue dans ma box FairyLoot. Un véritable plaisir de lecture aussi. Amanda Foody plonge le lecteur dans l’univers déjanté d’un festival itinérant aux allures de ville maléfique. Son héroïne, Sorina, est la fille adoptive du propriétaire du Festival de Gomorrah. Elle est née sans yeux, ce qui ne l’empêche pas de voir le monde aussi bien que tout autre être humain. Et elle possède un don : celui de pouvoir créer des illusions plus vraies que nature. Elle s’est ainsi créée une famille, chaque membre étant doté de particularités dignes d’un « Freak Show ». Tout se passe pour le mieux, jusqu’au jour où l’une de ses illusions est retrouvée assassinée. Mais comment est-il possible de tuer une illusion ? Et qui a commis ce crime ? Commence alors une course poursuite pour déterminer qui en veut à sa famille et pourquoi.

J’ai aimé l’univers immersif empreint de magie qu’a imaginé Amanda Foody. Vivement son deuxième roman !

Un passage parmi d’autres

 Nicoleta jabbers a spiel about the wonders of my sight, as if my lack of eyes allows me to see more than everyone else. Between my forehead and cheekbones is flat skin, but I can see just the same as the rest of the world. I’m an illusion-worker, the rarest form of jynx-worker, gifted in mirages real enough to touch, smell, hear and taste. My most intricate illusions are my family and the other members of the freak show: living figments of my imagination.

I’ve never met another illusion-worker – only read about them – but as far as I know, I am the only one born without eyes who relies on my jynx-work to see. No doctor or medicine man can explain how this works. Maybe I don’t see like everyone else does – it’s not as if I could test that out – but I see, color and all, and I’m not the one to question things I don’t really need answers to.

 

Amanda Foody – Daughter of the Burning City – juin 2017 (Harlequin Teen)

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The Handmaid’s Tale – Margaret Atwood

30 samedi Sep 2017

Posted by Aurélie in En VO, Romans étrangers, SF

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Étiquettes

Critique de livre, idées de lecture, lecture, Livre, Margaret Atwood, quoi lire, roman, The Handmaid's Tale, Vintage

Les premières phrases

«  We slept in what had once been the gymnasium. The floor was of varnished wood, with stripes and circles painted on it, for the games that were formerly played there; the hoops for the basketball nets were still in place, though the nets were gone. A balcony ran around the room, for the spectators, and I thought I could smell, faintly like an afterimage, the pungent scent of sweat, shot through with the sweet taint of chewing gum and perfume from the watching girls, felt-skirted as I knew from pictures, later in mini-skirts, then pants, then in one earring, spiky green-streaked hair. Dances would have been held there; the music lingered, a palimpsest of unheard sound, style upon style, an undercurrent of drums, a forlorn wail, garlands made of tissue-paper flowers, cardboard devils, a revolving ball of mirrors, powdering the dancers with a snow of light.  »

Circonstances de lecture

Parce que ce livre fait énormément parler de lui depuis son adaptation en série TV et l’arrivée de Donald Trump au pouvoir aux Etats-Unis.

Impressions

Avec « The Handmaid’s Tale » (« La Servante Écarlate »), Margaret Atwood nous entraîne dans une société américaine où les femmes se voient privées de toute liberté. Offred fait partie de la caste des « servantes », autrement dit elle est réduite au rôle de mère porteuse. Tout plaisir sexuel est prohibé. Sa seule « distraction » : sortir faire les courses alimentaires de la maison du Commandant qu’elle sert en compagnie d’une autre servante. Lire, écrire, se divertir sont tout simplement interdits.

J’ai aimé cette dystopie, même si le récit est assez lent et même si j’attendais un peu plus d’action et une conclusion moins ouverte. Un bon roman de SF, publié en 1986, qui fait réfléchir sur l’évolution possible de nos sociétés et de la condition des femmes.

Un passage parmi d’autres

 The Japanese tourists come towards us, twittering, and we turn our heads away too late: our faces have been seen (…)

The interpreter turns back to the group, chatters at them in staccato. I know what he’ll be saying, I know the line. He’ll be telling them that the women here have different customs, that to stare at them through the lens of a camera is, for them, an experience of violation.

I’m looking down, at the sidewalk, mesmerized by the women’s feet. One of them is wearing open-toed sandals, the toenails painted pink. I remember the smell of nail polish, the way it wrinkled if you put the second coat on too soon, the satiny brushing of sheer pantyhose against the skin, the way the toes felt, pushed towards the opening in the shoe by the whole weight of the body. The woman with painted toes shifts from one foot to the other. I can feel her shoes, on my own feet. The smell of nail polish has made me hungry.

« Excuse me, » says the interpreter again, to catch our attention. I nod, to show I’ve heard him.

« He asks, are you happy, » says the interpreter. I can imagine it, their curiosity: Are they happy ? How can they be happy? I can feel their bright black eyes on us, the way they lean a little forward to catch our answers, the women especially, but the men too: we are secret, forbidden, we excite them.

Ofglen says nothing. There is a silence. But sometimes it’s as dangerous not to speak.

« Yes, we are very happy,  » I murmur. I have to say something. What else can I say?

 

Margaret Atwood – The Handmaid’s Tale – 1986 (Vintage)

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Mes Vrais Enfants – Jo Walton

14 jeudi Sep 2017

Posted by Aurélie in Romans étrangers, SF

≈ 2 Commentaires

Étiquettes

Critique de livre, Denoël, idées de lecture, Jo Walton, lecture, Livre, Lunes d'Encre, Mes vrais enfants, quoi lire, roman, uchronie

Les premières phrases

«  Aujourd’hui : confuse, lut-elle sur sa feuille de soins. Confuse, moins confuse, vraiment confuse… « Vraiment confuse » : deux mots que les infirmières notaient souvent, en abrégeant : VC. Ça la faisait sourire. « VC » comme « Victoria Cross », la plus haute distinction du pays. Son nom figurait aussi sur la feuille – enfin, son prénom, seulement : Patricia. Comme si en vieillissant elle était redevenue une enfant, comme s’il fallait la priver de toute dignité en la dépouillant à la fois de son patronyme et de son diminutif préféré. Cette feuille de soins, on aurait dit un bulletin scolaire, avec ses petites cases et ses catégories bien définies qui ne permettaient pas d’exprimer la complexité de chaque situation. « Mauvaise prononciation. » « Manque de concentration. » « Aujourd’hui : confuse. » Des termes froids, distants, sans aucune compassion. »

Circonstances de lecture

Parce que j’avais adoré « Morwenna » du même auteur.

Impressions

Comment décrire ce livre, à la frontière de la littérature classique et de l’uchronie ? Que vous aimiez la SF ou non, ce livre vous plaira, tant les thèmes abordés parlent à tous. Féminisme, homosexualité, pacifisme, altruisme, fin de vie… Ce livre est profondément intéressant et bouleversant.

On y suit Patricia, vieille dame à la mémoire défaillante terminant sa vie en 2015 dans une maison de retraite, qui ne sait plus bien quelle vie elle a menée à partir du moment où un homme la demande en mariage. A-t-elle accepté ou l’a-t-elle éconduit ? De ce choix découlent deux chemins de vie : l’un où Patricia est une femme mariée terriblement malheureuse, l’autre où elle vit le grand amour avec Bee, une femme chercheuse. Dans chacune de ces vies, l’Histoire avec un grand « H » se modifie alors également drastiquement.

Jo Walton nous donne ici à réfléchir sur des thèmes hautement actuels et sensibles. Un roman bouleversant. On n’en ressort pas indemne…

Un passage parmi d’autres

 Elle avait étudié à Oxford. Ses souvenirs de cette époque n’étaient ni dédoublés ni confus. Elle avait appris le vieil anglais avec Tolkien. Elle se rappelait l’avoir entendu déclamer Beowulf à neuf heures, un lundi matin ; il était entré dans la pièce, avait posé son livre avec un grand bang et s’était tourné vers eux : « Hwaet ! » Il n’était pas encore célèbre, à l’époque. C’était bien longtemps avant Le Seigneur des anneaux et tout ce qui allait s’ensuivre. Depuis, quand elle racontait aux gens qu’elle l’avait connu, tout le monde s’extasiait. On ne sait jamais à l’avance qui va devenir célèbre. Et à Oxford, comme l’avait écrit Margaret Drabble, tout le monde pouvait s’imaginer le devenir un jour.

Jo Walton – Mes Vrais Enfants – janvier 2017 (Denoël – Lunes d’Encre)

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