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Love In Books

~ Parce qu'il n'y a rien de mieux qu'un livre pour s'évader…

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Archives de Catégorie: Romans étrangers

Rosewater – Tade Thompson

28 lundi Oct 2019

Posted by Aurélie in Romans étrangers, SF

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Critique de livre, extraterrestres, idées de lecture, lecture, Livre, Nouveaux Millénaires, quoi lire, roman, Rosewater, SF, Tade Thompson

Les premières phrases

«  Je travaille depuis quarante minutes dans Integrity Bank lorsque l’angoisse commence. En général, c’est comme cela que ma journée débute. Cette fois, c’est à cause d’un mariage et d’un examen de dernière année – bien qu’il ne s’agisse ni de mon mariage ni de mon examen. De mon siège, près de la fenêtre, je vois la ville mais ne l’entends pas. A cette hauteur, tout semble en ordre dans Rosewater. Les blocs d’habitations, les routes, les rues, le trafic tournant lentement autour du dôme. D’ici, je peux même apercevoir la cathédrale. La fenêtre est située à ma gauche et je suis assis au bout d’une table ovale, en compagnie de quatre autres contractants. Nous sommes au quinzième étage, tout en haut. Une lucarne d’un mètre de côté est ouverte au-dessus de nous ; la grille de sécurité est à la seule chose qui nous sépare du ciel matinal. Bleu, avec un moutonnement de nuages blancs. Le soleil n’est pas encore éblouissant, mais cela va venir. Malgré la lucarne, la pièce est climatisée ; un gaspillage d’énergie pour lequel Integrity Bank doit payer une amende hebdomadaire. La dépense ne les gêne pas.  »

Circonstances de lecture

J’ai, encore une fois, été attirée par la couverture.

Impressions

Avec « Rosewater », Tade Thompson revisite le mythe de l’extraterrestre avec brio. Ici, nul petit bonhomme vert, mais un dôme mystérieux autour duquel gravite la ville de Rosewater, et dont les habitants attendent avec impatience l’ouverture annuelle engendrant des guérisons miraculeuses, plus ou moins réussies. Karoo fait partie de ces quelques êtres humains ayant acquis, sans doute au contact du dôme, la faculté de pénétrer l’esprit d’autrui, faisant de lui un parfait agent de la répression de la cyberfraude, mais aussi un agent secret au service de l’État.

Tade Thompson parle ici des extraterrestres, mais aussi de colonialisme, de religion et de protectionnisme. Le tout se passe au Nigéria, à un rythme ahurissant. Un livre de SF intelligent et très prenant. Il mérite amplement son Arthur C Clarke Award. Le deuxième tome est déjà sorti, et le troisième devrait suivre en mars 2020.

Tade Thompson – Rosewater – avril 2019 – Nouveaux Millénaires

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The Binding (Les Livres d’Emmett Farmer) – Bridget Collins

27 dimanche Oct 2019

Posted by Aurélie in En VO, Romans étrangers

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Bridget Collins, Critique de livre, idées de lecture, JC Lattès, lecture, Les Livres d'Emmett Farmer, Livre, quoi lire, Rentrée littéraire 2019, roman, The Binding, The Borough Press

Les premières phrases

«  When the letter came I was out in the fields, binding up my last sheaf of wheat with hands that were shaking so much I could hardly tie the knot. It was my fault we’d had to do it the old-fashioned way, and I’d be damned if I was going to give up now; I had battled through the heat of the afternoon, blinking away the patches of darkness that flickered at the sides of my vision, and now it was nightfall and I was almost finished. The others had left when the sun set, calling goodbyes over their shoulders, and I was glad. At least now I was alone I didn’t have to pretend I could work at the same pace as them. »

Circonstances de lecture

Parce que  : cette couverture (bien plus belle dans la version originale que dans la version française) !!!!!

Impressions

Voici un roman poétique, empreint de magie, qui délivre petit à petit ses secrets. Tout commence quand le jeune Emmett Farmer reçoit une lettre au retour d’une journée passée à travailler dans les champs, le contraignant à commencer son apprentissage d’ « enlivreur » auprès d’une vieille femme, Seredith. Sortant d’une maladie qui a considérablement réduit ses forces, Emmett n’a pas le choix, il doit accepter de devenir « enlivreur », un métier dont tout le monde se méfie. Car dans les livres qu’il relie, se cachent les souvenirs que les clients de Seredith veulent oublier, en même temps que leurs souffrances, leurs remords ou encore leur sentiment de culpabilité.

Construit en trois parties, ce roman à tiroirs prend une toute autre tournure dans son second volet, prenant le lecteur par surprise et remettant en cause tout ce qu’il a lu jusque-là. Mais je ne vous en dis pas plus au risque de trop en dévoiler ! Une belle lecture, autour de la magie, de la culpabilité, de l’oubli et aussi une très belle histoire d’amour.

Bridget Collins – The Binding – janvier 2019 (The Borough Press) / Les Livres d’Emmett Farmer – 16 octobre 2019 (JC Lattès)

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À sang perdu – Rae DelBianco

13 vendredi Sep 2019

Posted by Aurélie in Romans étrangers

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A sang perdu, Critique de livre, lecture, Livre, quoi lire, Rae DelBianco, rentrée littéraire, Rentrée littéraire 2019, roman, Seuil, western

Les premières phrases

«  L’aube n’était pas levée quand Smith passa la porte, deux bonnes heures avant que les rayons du soleil soient assez hauts pour s’étirer sur les cimes de la falaise au loin. Une nuée d’étourneaux s’échappèrent d’un buisson de chêne sur son passage et s’éloignèrent dans le ciel de leurs ailes noires en jasant, chauves-souris ou démons rappelés en enfer avant le lever du jour. »

Circonstances de lecture

Attirée par la couverture.

Impressions

Quand une jeune fille abat une partie de leur troupeau de bétail, la vie des jumeaux Wyatt et Lucy se voit mise en péril. Pour pouvoir garder le ranch familial, Wyatt part à la poursuite de la petite tueuse avec une idée en tête : récupérer son dû, d’une manière ou d’une autre.  Commence alors une course-poursuite de leur ranch de Box Elder dans l’Utah jusqu’au fin fond du désert. Ça empeste le sang chaud, le bétail, la drogue et la sueur, le sable colle à la peau et vous pique les yeux. Entre roman sur le deuil, la gémellité, la survie et la vengeance, « À sang perdu » porte bien son nom. Un premier roman très réussi. Un western moderne où l’hémoglobine coule à flot, digne d’un film de Tarantino.

Un passage parmi d’autres

 – Alors tu viens d’où ?

– Du comté de Box Elder.

– Connais pas.

– Tu connais les box elder ?

– Non.

– C’est un genre d’érable, de l’extérieur ils ressemblent aux autres. Mais si tu l’abîmes, si tu le stresses ou si tu l’exposes à certaines moisissures, personne ne sait vraiment pourquoi mais au moment de l’abattre, le bois à l’intérieur sera taché comme du sang. »

(…)

« Des taches rouge sang, comme de la chair. Et quand tu coupes du bois pour ton feu tu sais jamais si tu vas tomber sur un arbre normal ou sur quelque chose qui s’ouvrira comme de la viande. La seule chose dont tu peux être certain, c’est qu’il y a forcément de ces arbres qui saignent dans tes bois. »

Matthew ne répondit rien, il examinait les paumes de ses mains sous la lumière des flammes.

Puis la fille parla.

« Avec les hommes c’est l’inverse.

– Quoi ?

– Y en a qui saignent pas vraiment. »

Rae DelBianco – À sang perdu – août 2019 (Seuil)

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Le Clou – Zhang Yueran

22 jeudi Août 2019

Posted by Aurélie in Romans étrangers

≈ Commentaires fermés sur Le Clou – Zhang Yueran

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Critique de livre, idées de lecture, Le Clou, lecture, Livre, quoi lire, rentrée littéraire, Rentrée littéraire 2019, roman, Zhang Yueran, Zulma

Les premières phrases

«  Depuis mon retour à Nanyuan il y a quinze jours, je ne suis pas sortie, sauf au supermarché du coin. En fait si, je suis passée à la pharmacie pour mes insomnies. Jusqu’à ce matin où il a sombré dans le coma, je n’avais pas quitté la maison. Le temps était couvert, dans la chambre, il faisait lourd. Je me tenais près du lit à veiller cet homme en train de mourir, l’ombre de la mort rôdait comme un vol noir de chauves-souris tournoyant au plafond. Elle serait bientôt là. J’ai quitté la pièce.  »

Circonstances de lecture

Parce que j’avais très envie de découvrir cet écrivain, pour la première fois publié en France.

Impressions

Par un soir de neige, deux trentenaires, Li Jiaqi et Cheng Gong, amis d’enfance, se retrouvent après plusieurs années de séparation. Chapitre après chapitre, ils prennent la parole à tour de rôle pour se souvenir de leur enfance, parler de leur vie d’adultes et révéler petit à petit un secret de famille impliquant leurs grand-parents, secret qui les a marqués à jamais.

A la manière d’un puzzle, Zhang Yueran dévoile les non-dits autour du drame que les adultes ont voulu cacher aux deux enfants, cette affaire du « clou » qui a cependant traversé les générations. Une lecture qui se savoure lentement, au rythme de la neige tombant en lourds flocons sur la ville de leur enfance.

Un passage parmi d’autres

 A chaque fois que me revient le souvenir de cet hiver-là, je nous revois avançant côte à côte dans le brouillard, un brouillard compact, sépulcral, illimité. C’est peut-être la description la plus juste de notre enfance. Nous étions au cœur de l’immense brume formée par le secret, nous avancions droit devant, dans l’ignorance, sans rien distinguer de la route, sans savoir où nous allions. Des années plus tard, devenus adultes, nous avons cru que nous étions enfin sortis de ce brouillard et distinguions clairement le monde sous nos yeux. Mais il n’en était rien. Nous nous en étions simplement revêtus, il était devenu pour l’un et l’autre un cocon.

Zhang Yueran – Le Clou – 22 août 2019 (Zulma)

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Borgo Vecchio – Giosuè Calaciura

19 lundi Août 2019

Posted by Aurélie in Romans étrangers

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Borgo Vecchio, Critique de livre, Giosuè Calaciura, idées de lecture, lecture, Livre, Noir sur Blanc, Notabilia, quoi lire, rentrée littéraire, Rentrée littéraire 2019, roman

Les premières phrases

«  Il s’appelait Domenico, mais il ne le savait pas. On l’avait toujours appelé Mimmo.

Il était né le premier dimanche de septembre en sortant de sa mère par les pieds.

Il y avait une pluie fine qui vous trempait, et une légère brume au parfum de sous-bois, jamais vue dans cette ville-là. D’autres brumes dominaient, elles avaient la lourde consistance des fumées des rôtisseries en plein air que le vent de mer brouillait en tourbillons voltigeurs, apportant des odeurs de viande jusque dans les maisons de ceux qui, de la viande, n’en mangeaient jamais. Ils en éprouvaient à la fois un certain plaisir et une certaine douleur. Mais le jour où naquit Mimmo, la brume avait la consistance des contes.  »

Circonstances de lecture

Lu à l’occasion de la rentrée littéraire.

Impressions

« Borgo Vecchio » se lit comme une fable ou une tragédie douce amère, le malheur imprégnant irrémédiablement ce quartier pauvre de Palerme. On se prend aussitôt d’affection pour ses héros cabossés dès l’enfance. A l’instar de Cristofaro, battu chaque soir par son père, de Celeste, fille de la prostituée du quartier, recluse sur le balcon pendant les heures de travail de sa mère, de Toto, voleur au grand cœur. Et de Mimmo, vivant au centre de tout de cela, secrètement amoureux de Celeste et meilleur ami de Cristofaro.

Giosuè Calaciura nous embarque avec lui dans cette fable violente et émouvante sans être larmoyante, imprégnée de réalisme magique et d’une écriture délicate. Une jolie surprise.

Un passage parmi d’autres

 Alors, ils prirent l’autobus en faisant comme s’ils étaient contents. Ils traversèrent la ville déserte des vacances et se mirent à la fenêtre quand le bus traversa le parc. Ils se sentaient adultes. En regardant les arbres, ils furent pris d’une mélancolie qu’ils ne pouvaient pas s’expliquer. Peut-être était-ce tout ce vert qui n’avait pas de saisons et ne vieillissait jamais, peut-être étaient-ce ces femmes noires qui se vendaient le long des avenues et, pour s’amuser, faisaient des clins d’œil à Mimmo qui répondait d’un geste de la main. Peut-être était-ce simplement la fin de l’été et sentaient-ils que le temps passait comme si on guérissait d’une maladie.

Giosuè Calaciura – Borgo Vecchio – 22 août 2019 (Notabilia)

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Cadavre exquis – Agustina Bazterrica

09 vendredi Août 2019

Posted by Aurélie in Romans étrangers, SF

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Agustina Bazterrica, Cadavre exquis, Critique de livre, Flammarion, idées de lecture, lecture, Livre, quoi lire, rentrée littéraire, Rentrée littéraire 2019, roman

Les premières phrases

«  Demi-carcasse. Étourdisseur. Ligne d’abattage. Tunnel de désinfection. Ces mots surgissent et cognent dans sa tête. Le détruisent. Mais ce ne sont pas seulement des mots. C’est le sang, l’odeur tenace, l’automatisation, le fait de ne plus penser. Ils s’introduisent durant la nuit, quand il ne s’y attend pas. Il se réveille le corps couvert de sueur car il sait que demain encore il devra abattre des humains.  »

Circonstances de lecture

Parce que cette histoire m’intriguait.

Impressions

Vous vous demandez s’il ne serait pas temps de réduire votre consommation de viande ? Lisez donc « Cadavre exquis » ! Cela vous coupera toute envie de manger de nouveau un bon steak saignant !

Alors que la société légalise la consommation de bétail humain (les animaux auraient été contaminés par un virus), l’animalité et la cruauté des hommes ressortent au grand jour, en toute impunité. Une lecture nauséeuse à souhait, qu’il vous sera cependant bien difficile de lâcher. Les scènes décrivant les abattoirs sont presque insoutenables. Visionnaire, Agustina Bazterrica ? Espérons que non… En attendant, elle met le doigt sur tous les travers de la chaîne alimentaire et sur la cruauté des hommes envers les animaux. L’homme, un animal comme les autres ? Un premier roman qui fait froid dans le dos jusqu’à cette scène finale dont j’ai mis du temps à me remettre…

Un passage parmi d’autres

 Il se repasse en boucle la même publicité. Une belle femme tirée à quatre épingles sert le dîner à son mari et ses trois enfants. Elle regarde la caméra en disant : « Je donne à ma famille de la nourriture spéciale : la viande de toujours, mais en encore meilleure ! » La famille sourit et mange. Le gouvernement, son gouvernement, a décidé de donner un nouveau nom au produit. La viande humaine s’appelle désormais « viande spéciale ». Elle a cessé d’être seulement de la viande pour devenir « bavette spéciale », « côtelette spéciale », « rognon spécial ».

Lui ne dit pas viande spéciale. Pour faire référence à ces humains qui ne seront jamais des personnes, mais toujours des produits, il utilise les termes techniques. Il parle de quantité de têtes à transformer, de lot en attente dans la bouverie, de ligne d’abattage censée respecter un rythme constant et rigoureux, d’excréments à revendre pour fabriquer de l’engrais, d’ateliers de découpe. Personne ne doit plus les appeler « humains » car cela reviendrait à leur donner une entité ; on les nomme donc  » produit », ou « viande », ou « aliment ». Sauf lui, qui voudrait n’avoir à les appeler par aucun nom.

Agustina Bazterrica – Cadavre exquis – 21 août 2019 (Flammarion)

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Le contraire d’une personne – Lieke Marsman

03 mercredi Juil 2019

Posted by Aurélie in Romans étrangers

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Critique de livre, idées de lecture, Le contraire d'une personne, lecture, Lieke Marsman, Livre, quoi lire, roman, Rue de l'échiquier

Les premières phrases

«  Enfant, j’aimais m’imaginer concombre. Le soir, couchée les bras le long du corps, sous ma couette « dinosaures », les jambes bien à plat ou un peu ramenées vers mon ventre, je tentais de prendre pendant quelques instants la forme de mon légume préféré. J’suis un concombre, j’suis un concombre, j’suis un concombre, chuchotais-je à mon moi de huit ans, jusqu’au moment où je me disais qu’un concombre, ça ne chuchote pas. Alors, je me mettais à réciter mentalement mon mantra, jusqu’à ce que je me rende compte qu’un concombre, ça ne se parle pas non plus à soi-même. Mais en général, au moment en question, j’avais déjà sombré dans un profond sommeil.  »

Circonstances de lecture

Parce que le titre m’a attirée.

Impressions

L’héroïne de ce roman, Ida, vit aux Pays-Bas. Elle nous livre ses réflexions sur son enfance, sa vie d’adulte, ses relations amoureuses (notamment celle avec sa petite amie Robin), la dépression, mais aussi le réchauffement climatique et sa vision de l’être humain. A travers cette introspection, Lieke Marsman signe un roman singulier.  On y  parle sentiments, philosophie et environnement. C’est intrigant et passionnant ! Entrez donc dans la tête d’Ida : vous vous confronterez à la vision d’une personne qui se pose beaucoup de questions sur elle-même, sur les autres, sur les enjeux de notre époque, et l’impact de l’homme sur la planète. Le tout sous une forme mêlant citations d’auteurs et de philosophes (Naomi Klein, Kierkegaard…), journal intime, listes d’idées, interviews ou encore questionnaires. Un livre qui fait travailler les méninges.

Un passage parmi d’autres

 Ma propre apathie est une conséquence de la façon dont la génération de mes parents nous transmet le monde ; mon cynisme une expression de désarroi : je recours à des blagues cyniques pour me tenir debout dans un monde que je n’ai pas choisi, que je n’aurais jamais choisi, mais auquel je ne vois aucun moyen d’échapper. Car quoi que nous reprochions à la génération qui nous précède, ses dirigeants ont, nom d’un chien, tout réglé comme du papier à musique. Élaboré un système tellement bien ficelé qu’il élimine par avance ses adversaires en élevant toute forme de contradiction au rang de produit de luxe. Ceux qui ont le temps de manifester ne travaillent pas assez dur. Ceux qui sont au chômage sont paresseux. Encore un petit effort et ceux qui n’ont pas à manger seront coupables.

Lieke Marsman – Le contraire d’une personne – mai 2019 (Rue de l’échiquier)

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Écoute la ville tomber – Kate Tempest

03 mercredi Juil 2019

Posted by Aurélie in Romans étrangers

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Critique de livre, Ecoute la ville tomber, idées de lecture, Kate Tempest, lecture, Livre, quoi lire, Rivages poche, roman

Les premières phrases

«  Ça vous rentre dans la peau. On n’en prend pas conscience tout de suite, seulement quand on regarde ce qu’on a toujours connu, ce qu’on laisse derrière soi, par les vitres de la voiture.  »

Circonstances de lecture

Parce que j’avais très envie de découvrir Kate Tempest.

Impressions

Que s’est-il passé pour que trois jeunes gens – Becky, Harry et Leon – se retrouvent à fuir les rues de Londres, une valise pleine de billets sur la banquette arrière ? Voilà ce que Kate Tempest s’emploie à raconter dans ce livre miroir d’une génération vivant sur le fil, entre la dure réalité d’une société désespérante et les rêves qu’on s’empresse de calfeutrer à coup de drogues et de cuites. Un roman aux phrases percutantes, aucun mot n’est superflu : on sent le talent de la poétesse et rappeuse derrière. Ça vous percute de plein fouet. La tension monte crescendo, jusqu’à la résolution finale où tout prend sens. Superbe. Kate Tempest offre ici un regard terriblement réaliste sur les travers de notre société et la lutte de chacun pour tenter de sortir la tête hors de l’eau et de faire quelque chose de sa vie.

Un passage parmi d’autres

 La ville bâille, fait craquer ses phalanges. Regarde quelques pauvres âmes sombrer, par sa faute, dans la spirale de la folie : une fille fouille de ses mains glacées une benne dans laquelle elle cherche des canalisations en cuivre, une autre est chez elle, elle lit. Une autre encore dort d’un profond sommeil. Une quatrième rigole dans l’appartement de sa copine qui lui peigne les cheveux, la suivante est amoureuse, allongée sur son lit, elle sent sa petite amie qui respire à côté d’elle. Et la dernière promène son chien au parc, elle écoute le vent qui hurle dans les arbres.

Becky danse avec Charlotte et Gloria. Au sous-sol Pete examine la poudre jaune que Neville vient de confisquer à un gosse. Leon s’envoie en l’air avec une fille appelée Delilah. Harry boit sa bière sur son muret. Chacun cherche cette étincelle qui donnera du sens à sa vie. Cette miette de perfection fuyante qui fera peut-être battre leur cœur plus fort.

Kate Tempest – Écoute la ville tomber – mars 2019 (Rivages poche)

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La fille de la supérette – Sayaka Murata

14 vendredi Juin 2019

Posted by Aurélie in Romans étrangers

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Critique de livre, folio, idées de lecture, konbini, La fille de la supérette, lecture, Livre, quoi lire, roman, Sayaka Murata

Les premières phrases

«  Les supérettes japonaises résonnent de toutes sortes de bruits. De la clochette annonçant l’arrivée des clients à la litanie d’une idol pop faisant la promotion des nouveaux produits dans les haut-parleurs du magasin. Des voix des employés au bip du scanner à code-barres. Autant de signaux qui s’entremêlent pour venir caresser mon oreille : c’est le chant du konbini.  »

Circonstances de lecture

Parce que j’aime les ambiances japonaises.

Impressions

À travers son héroïne, Keiko, 36 ans, célibataire, vendeuse dans un konbini (supérette japonaise), Sayaka Murata évoque la difficile insertion de ceux qui ne rentrent pas dans un moule, ces inadaptés au conformisme social qui n’ont pas le même idéal de vie que la majorité. À savoir, ceux qui ne désirent pas avoir d’enfant, ceux qui ne sont pas en couple, ceux qui n’ont pas de plan de carrière, ou tout simplement qui n’ont pas les mêmes réactions que les autres face aux événements du quotidien. À eux de trouver ce qui les rendra heureux, en dépit du regard des autres et de l’incompréhension de leurs proches. Autour d’une histoire toute simple en apparence, Sayaka Murata livre une belle réflexion sur l’anticonformisme.

Un passage parmi d’autres

 Les gens perdent tout scrupule devant la singularité, convaincus qu’ils sont en droit d’exiger des explications. Personnellement, je trouve ça pénible, et d’une arrogance exaspérante. Au point qu’il m’arrive, comme quand j’étais petite, de vouloir arrêter mon interlocuteur à coups de pelle sur la tête.

Sayaka Murata – La fille de la supérette – mars 2019 (folio)

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Les invisibles – Roy Jacobsen

12 mercredi Juin 2019

Posted by Aurélie in Romans étrangers

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Critique de livre, folio, idées de lecture, lecture, Les invisibles, Livre, quoi lire, roman, Roy Jacobsen

Les premières phrases

«  Par un jour sans vent de juillet, la fumée monte droit dans le ciel. Le pasteur Johannes Malmberget est conduit dans l’île, en bateau, où il est accueilli par Hans Barroy, pêcheur et paysan, propriétaire légitime de l’île et chef de la seule famille qui y vit. Il se tient sur le petit débarcadère que ses aïeux ont construit avec des galets et il contemple le canot à quatre avirons qui approche, les dos gonflés des deux rameurs et, derrière leurs casquettes noires, le visage souriant et rasé de frais du pasteur. Quand ils sont suffisamment près, il s’écrie : » Tiens, v’là du beau monde. »

Le pasteur se redresse dans l’embarcation, son regard se pose sur le rivage, les prés qui s’étendent devant les maisons et le petit bosquet, il écoute les cris des mouettes et des goélands qui, sur leurs buttes, poussent des aouk-aouk, comme n’importe quelle oie, comme les sternes et les échassiers qui enfoncent leur bec dans les rives aussi blanches que la neige sous le soleil dur.  »

Circonstances de lecture

Parce que cette couverture invite au voyage.

Impressions

Roy Jacobsen dévoile la vie de ces « invisibles », ces îliens coupés du continent. On y découvre le quotidien de Hans Barroy et de sa famille, en particulier sa fille, Ingrid. Ils vivent sur une île minuscule, au large de la Norvège. Et cette île, elle représente tout pour eux.

Un roman doux et cruel à la fois, comme la vie, un roman simple empreint du goût salé de la mer et du poisson, de la senteur fraîche de la brise, de la violence des tempêtes capricieuses. Cette lecture se savoure tout doucement, bercée par le quotidien de cette famille, ses joies et ses peines.

Un passage parmi d’autres

 Nul ne peut quitter une île ; une île, c’est un cosmos en réduction où les étoiles dorment dans l’herbe sous la neige. Mais il arrive que quelqu’un essaie. Ces jours-là, il souffle un vent d’est régulier.

Roy Jacobsen – Les invisibles – février 2019 (folio)

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