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Love In Books

~ Parce qu'il n'y a rien de mieux qu'un livre pour s'évader…

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Archives de Catégorie: Romans étrangers

Frère de glace – Alicia Kopf

15 vendredi Fév 2019

Posted by Aurélie in Romans étrangers

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Alicia Kopf, Critique de livre, Frère de glace, idées de lecture, lecture, Livre, quoi lire, Robert Laffont, roman

Les premières phrases

«  D’abord sont apparus des icebergs tabulaires flottant dans la piscine municipale. Des narvals passaient par une fente du carrelage, au fond. Dans l’eau chlorée, je pressais de la main un morceau de glace blanche et je m’amusais à l’enfoncer et à le faire ressortir. Un rêve. Plus tard, au Musée d’Orsay à Paris, je voyais des calottes glaciaires dans les tutus bleus des ballerines de Degas.  »

Circonstances de lecture

Parce que j’étais intriguée par ce titre.

Impressions

« Frère de glace » est un livre ovni bien difficile à résumer. Entre thèse sur l’exploration des Pôles, ode aux grands explorateurs, journal intime, récit familial autour d’un frère autiste, Alicia Kopf explore ici sa propre vie d’artiste et tente de briser la glace pour se trouver elle-même et comprendre ce frère enfermé dans son monde.

Ce livre déroutant, je l’ai lu d’une traite, sans pouvoir m’arrêter, jusqu’à ce récit de voyage en Islande, pays de glace par excellence. La fascination de l’auteur pour les explorateurs des Pôles n’est sans doute pas étrangère à son désir de briser la glace entourant son frère et sa volonté à elle de se faire comprendre par sa famille. Briser la glace, explorer ses failles, aller au bout du monde pour se trouver, se libérer et pouvoir enfin être soi… Voici un livre déroutant, inclassable et fascinant.

Un passage parmi d’autres

 Chaque mois, tout ce que nous n’avons pas pu acheter, et que nous n’achèterons pas les mois suivants, finit quelque part, là-bas, sous la glace. Les amours platoniques forment des cristaux et ils restent eux aussi coincés sous la neige. Ces désirs insatisfaits, quand ils sont nombreux, provoquent des fissures qui ressortent sur la peau de notre front. Il arrive que la glace fasse glisser et tomber dans des failles plus profondes. Au terme d’un temps très long il peut se produire un dégel et tout ce qui se trouve en dessous émerge, comme les mammouths dans les plaines sibériennes en été. Les restes sont humides et sentent très mauvais. Nous n’en voulons plus. Nous pensons qu’ils n’en valent pas la peine. Que c’est de l’argent jeté par les fenêtres ou que l’amour pour cet autre est immérité.

Alicia Kopf – Frère de glace – janvier 2019 (Robert Laffont)

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Le Pays des oubliés – Michael Farris Smith

24 jeudi Jan 2019

Posted by Aurélie in Romans étrangers

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Critique de livre, idées de lecture, Le Pays des oubliés, lecture, Livre, Michael Farris Smith, Nulle part sur la terre, quoi lire, roman, Sonatine

Les premières phrases

«  Alors qu’il avait deux ans le garçon fut déposé à la porte des dons du bric-à-brac de l’Armée du Salut à Tunica, ne portant rien d’autre qu’une couche informe. Un sac à dos La Planète des singes rempli d’autres couches et de quelques tee-shirts, de chaussettes dépareillées et de soldats en plastique fut posé par terre à côté de lui. Puis une femme avec la gueule de bois frappa de son poing croûté sur la porte métallique et un homme avec la gueule de bois klaxonna et elle repartit en courant et grimpa dans la voiture tandis que l’enfant regardait avec une expression docile. Par la vitre l’homme lança au gamin une sorte d’adieu qui se perdit dans la pétarade syncopée du moteur, après quoi la Cadillac pourrie quitta le parking de gravier dans un bruit de ferraille, laissant l’enfant dans le nuage de poussière de l’abandon.

La porte s’ouvrit et deux femmes en tee-shirts rouges assortis de l’Armée du Salut baissèrent les yeux vers le garçon. Puis elles regardèrent en direction du parking le nuage qui flottait toujours. Dans un ciel gris matinal. Elles échangèrent un regard. Après quoi l’une d’elles déclara Je suppose qu’on va devoir accrocher une pancarte qui dira pas de gamins à côté de celle qui dit pas de matelas.  »

Circonstances de lecture

Parce que j’avais adoré « Nulle part sur la terre » du même auteur.

Impressions

Un livre coup de poing sur un homme en quête de rédemption. Imaginez-le au volant d’une camionnette, une bouteille de whisky et des anti-douleurs sur le siège passager, une enveloppe contenant 12 000 dollars en liquide dans la boîte à gants, une femme aux cheveux blancs remplissant ses pensées décousues. Le tout dans le delta du Mississippi.

C’est beau, c’est noir, c’est un roman dur qui fait un bien fou au final. Avec « Le Pays des oubliés », Michael Farris Smith signe ici un troisième roman de toute beauté. Après « Nulle part sur la terre » que j’avais adoré, il devient un de mes auteurs préférés.

Un passage parmi d’autres

 Perché dans le magnolia il l’avait observée et avait reconnu cette expression de solitude qu’il avait lui-même éprouvée tant de nuits dans des lits qui n’étaient pas chez lui, dans des maisons peuplées d’autres qui étaient comme lui. D’autres enfants seuls qui étaient allongés et s’interrogeaient. Il la regardait faire le tour de la chapelle conscient que mieux valait ne pas la déranger ni lui demander si quelque chose n’allait pas car ce n’était pas une chose qu’on pouvait expliquer. Juste ce sentiment d’être une âme singulière parmi les vivants infinis et les morts innombrables avec cette terre noire collée à la peau de nos pieds nus.

Michael Farris Smith – Le Pays des oubliés – janvier 2019 (Sonatine)

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Les Chants du large – Emma Hooper

18 vendredi Jan 2019

Posted by Aurélie in Romans étrangers

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Critique de livre, Emma Hooper, idées de lecture, lecture, Les chants du large, Les Escales, Livre, quoi lire, roman

Les premières phrases

«  Il y avait une sirène, commença Finn.

Oui, dit Cora en remontant sa couverture, une vieille serviette de bain.

Il était une fois une sirène dans les eaux vert-noir de la nuit, reprit Finn. Et parce que les sirènes en ont besoin, elle chantait. Des chansons tristes, des chansons sur le mal du pays, nuit après nuit, au milieu de centaines de milliers de poissons. Et la seule qui pouvait l’entendre, c’était une fille.

Une fille solitaire, dit Cora.

Oui, une fille solitaire. Une orpheline. Quand elle confectionnait ses nœuds et écoutait la sirène, elle se sentait un peu mieux. Elle passait toute la nuit allongée à tisser son filet en écoutant les chansons.  »

Circonstances de lecture

Parce que j’avais beaucoup aimé le précédent roman d’Emma Hooper.

Impressions

Que faire lorsqu’on aime l’île sur laquelle on vit, mais que tous les habitants la désertent petit à petit, faute de poissons à pêcher et donc d’argent à gagner ? Alors, on continue d’espérer et de croire en ses rêves , comme Finn et Cora, deux enfants dont les parents partent à tour de rôle travailler sur le continent. Emma Hooper livre ici une très belle histoire, teintée de la nostalgie de l’enfance, de musiques folkloriques, de légendes anciennes, et de nature sauvage. A lire si vous aimez ces histoires d’amour intemporelles et si vous croyez encore au pouvoir des rêves. Un roman touchant, plein de douceur, de sauvagerie, et de magie.

Un passage parmi d’autres

 Parce que les vents dominants de la baie de Running penchaient un peu vers l’ouest, une légère inclinaison, sa voix fut emportée par-dessus l’océan, loin de Little Running où sa mère et la veuve Callaghan et Mrs Dwyer auraient su que c’était la sienne, pour se poser dans les salons et les chambres de Big Running, amadouer le feu de cheminée des McDowell, agacer les chats qui grappillaient les boyaux de poisson sur le rivage et capter l’attention de Martha Murphy, treize ans, qui se redressa sur son lit. Elle ne dormait pas encore, mais laçait et délaçait des nœuds sur une longue ficelle, au milieu de ses sœurs assoupies.

Oh, murmura-t-elle. Des sirènes.

Emma Hooper – Les Chants du large – octobre 2018 (Les Escales)

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Outresable – Hugh Howey

18 vendredi Jan 2019

Posted by Aurélie in Romans étrangers, SF

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Actes Sud, Critique de livre, Hugh Howey, idées de lecture, lecture, Livre, Outresable, quoi lire, roman, Sand, SF

Les premières phrases

«  La lumière des étoiles les guidaient à travers la vallée des dunes et les terres désolées du Nord. Une douzaine d’hommes avançaient en file indienne, le foulard noué au cou et relevé pour protéger les narines et la bouche, dans les crissements du cuir et le claquement des fourreaux. Ils suivaient un chemin sinueux, mais s’ils étaient allés en ligne droite ils auraient dû gravir les monticules sableux et braver le plus fort des rafales de vent. Il y avait le chemin long et le chemin rude, et les brigands des déserts nord choisissaient rarement le chemin rude.

Palmer ruminait ses pensées en silence, tandis que les autres échangeaient des plaisanteries obscènes et des fanfaronnades sur tous les articles du butin qu’ils avaient obtenus. Son ami Hap marchait un peu en avant des autres, dans l’espoir de se faire bien voir des anciens. S’aventurer au cœur de ces terres désolées avec une bande de pillards était plus qu’imprudent, mais Palmer était un plongeur des sables. Il vivait en équilibre sur ce fil du rasoir entre la folie pure et le bon sens. Et puis, avec leurs barbes et leur puanteur corporelle, ces brigands payaient l’équivalent d’un mois pour deux jours de travail. Que représentaient une petite virée dans le désert et une plongée rapide, en comparaison d’un joli tas de pièces ? »

Circonstances de lecture

Parce que c’est Hugh Howey !

Impressions

Après la trilogie « Silo » et « Phare 23 », voici le nouveau roman de Hugh Howey ! Le sable recouvre l’ancien monde et pour survivre dans ce désert infini et venteux, des plongeurs des sables doivent braver les profondeurs afin de remonter des trésors enfouis plusieurs centaines de mètres sous terre. Mais la cupidité humaine n’a pas de limite et plonger peut s’avérer plus dangereux que ce que l’on pense… Un roman de SF haletant, une histoire de survie post-apo autour du thème central de la famille. Très prenant, étouffant par moment (claustrophobes, s’abstenir !), « Outresable » laisse planer de nombreux mystères, nous laissant espérer une suite ou, mieux encore, une préquelle. Le livre refermé, on a encore envie d’endurer les rafales de sable cinglant le visage pour en savoir plus.

Un passage parmi d’autres

 Aussi loin que remontât sa mémoire, il avait toujours rêvé d’être plongeur, rêvé de pénétrer dans le sable – mais il avait très vite appris que c’était en ressortir qui requérait du savoir-faire. Un plongeur apprend rapidement douze manières impressionnantes de s’enfoncer dans une dune, chacune plus spectaculaire que la précédente, depuis le plongeon frontal classique, pour se laisser ensuite absorber en douceur dans sa masse, jusqu’au saut en arrière avec les bras tendus au-dessus de la tête qui permettait de disparaître sans presque créer de remous à la surface, en passant par le coulé effectué grâce à une rotation frénétique des bottes et de tout le corps qui vous aspirait vers le bas. La pesanteur et l’étreinte bienvenue du flot sableux rendaient nombre de ces techniques superbes à observer.

Hugh Howey – Outresable – janvier 2019 (Actes Sud)

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Les hommes dénaturés – Nancy Kress

29 lundi Oct 2018

Posted by Aurélie in Romans étrangers, SF

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Actusf, Critique de livre, idées de lecture, lecture, Les hommes dénaturés, Livre, Nancy Kress, quoi lire, roman, SF

Les premières phrases

«  Lorsque le camion nous débarque sur le lieu de largage, le parking d’une vieille église, le train brûle déjà depuis deux jours. C’est un de ces nouveaux machins coréens à lévitation magnétique – un maglev, comme on les appelle – qui ne sont pas censés dérailler, quoi qu’il arrive, et le voilà qui brûle dans une banlieue de Washington, D.C comme une vieille merde. Il transporte des espèces de barils de pétrole ; quelqu’un dit qu’il peut brûler comme ça pendant une semaine si les scientifiques ne trouvent pas une solution. Ce qui, à mon avis, n’est pas pour tout de suite, puisque la zone a été évacuée et isolée par un cordon électronique fluorescent lorsque nous sautons du camion à plus d’un kilomètre de l’épave. D’autres camions emmènent des civils, dont certains sont en larmes.  »

Circonstances de lecture

Parce que ce titre me faisait envie.

Impressions

Les éditions Actusf ont décidé de rééditer ce roman de Nancy Kress et c’est une très bonne idée. Nancy Kress nous plonge dans un futur où l’espèce humaine peine à se reproduire. La faute à la pollution ? Aux plastiques et autres produits plus ou moins toxiques que l’homme ingurgite à longueur de journée, sans s’en apercevoir (ou sans vouloir s’en apercevoir) ? La vérité est savamment cachée aux yeux des citoyens, qui tentent de noyer leur besoin d’enfants en adoptant et choyant des animaux domestiques et en les traitant comme des bébés humains… Les dérives ne sont pas loin… Nancy Kress nous fait suivre le destin d’une jeune militaire, d’un vieux scientifique et d’un danseur de ballet, pour mieux nous faire réfléchir sur nos modes de consommation, le vieillissement de la population, l’intolérance, l’homophobie, ou encore le désir d’enfant et les dérives qu’il peut engendrer. Une très bonne réflexion sur notre société de consommation.

Un passage parmi d’autres

 Le premier rêve vient quelques jours plus tard, au petit matin, juste avant mon réveil. Je suis en train de courir à toutes jambes, tellement effrayé que je n’arrive pas à y voir clair. Quelque chose me court après. Je le sens se rapprocher. Je trébuche, me retourne, les bras levés pour me protéger le visage. Je m’entends pousser un grand cri. Et ce qui me saute dessus c’est… un chat. Un petit chat apprivoisé, qui me lèche le bras en ronronnant tandis que je me recroqueville en hurlant. Je me réveille complètement terrorisé.

Est-ce un souvenir qui revient ? Ai-je eu un chat à un moment donné ? Pourtant pas un seul des souvenirs antérieurs à l’opération n’est censé remonter à la surface. Et pourquoi serais-je tellement effrayé par le souvenir d’un chat ?

Nancy Kress – Les hommes dénaturés – octobre 2018 (Actusf)

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American Elsewhere – Robert Jackson Bennett

17 mercredi Oct 2018

Posted by Aurélie in Fantastique, Romans étrangers

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Albin Michel Imaginaire, American Elsewhere, Critique de livre, Fantastique, idées de lecture, lecture, Livre, quoi lire, Robert Jackson Bennett, roman

Les premières phrases

«  La nuit est fraîche mais Norris sue à grosses gouttes. La transpiration coule de ses tempes et du sommet de son crâne, dégouline le long de ses joues et s’accumule au creux de ses clavicules. Il sent de petits ruisseaux serpenter le long de ses bras, tremper les coudes et les poignets de sa chemise. La voiture est imprégnée d’une odeur saumâtre de vestiaire.

Assis sur le siège du conducteur, il se demande depuis vingt minutes si laisser le moteur tourner était une bonne idée. Il a mentalement dressé plusieurs tableaux répertoriant les avantages, les inconvénients et les probabilités, et dans l’ensemble il estime avoir bien fait : le risque que quelqu’un entende le bruit de la voiture dans cette allée de banlieue, vienne jeter un coup d’œil et flaire quelque chose de louche semble négligeable ; tandis que celui de voir la clef de contact ou le frein à main glisser entre ses doigts en cas de démarrage en trombe paraît très, très élevé.

D’ailleurs, Norris est tellement convaincu de son imminente maladresse qu’il n’a même pas osé ôter les mains du volant. Il le serre si fort et ses paumes suent à tel point qu’il ne sait pas s’il pourrait les retirer même en le voulant. L’effet ventouse, pense-t-il. Je suis bloqué ici pour toujours ; peu importe qui entend quoi.  »

Circonstances de lecture

Parce que j’avais envie de découvrir cette nouvelle collection Albin Michel Imaginaire.

Impressions

Pour le lancement de sa collection Imaginaire, Albin Michel mise notamment sur « American Elsewhere », roman dans la veine fantastique. Présenté comme un « merveilleux cadeau pour les lecteurs de Stephen King et Neil Gaiman » par le Library Journal, je ne pouvais pas passer à côté ! C’est donc avec pas mal d’attente que j’ai commencé à lire ce pavé de près de 800 pages. Et… mon avis est mitigé. J’ai aimé l’ambiance du livre, son côté « Stranger Things » et « Fringe », son héroïne attachante, émouvante et casse-cou. Je l’ai lu assez vite, surtout la première moitié, quand le mystère plane encore au-dessus de la petite ville à l’apparence parfaite de Wink, quand on découvre petit à petit des éléments étranges et des habitants un peu particuliers… Mais si j’ai été au bout de ma lecture, et que j’y ai pris plutôt plaisir, je ne peux pas dire que ce livre restera longtemps dans ma mémoire. Parce que si c’est un bon divertissement, il reste très classique et emprunte trop à ce qu’on a déjà lu et vu… On sent que l’auteur aime sans doute Stephen King et Lovecraft et qu’il souhaite leur rendre hommage… Mais on le sent trop… Quel dommage aussi qu’il ne laisse pas planer plus de mystères. Il explique trop les choses (d’où quelques longueurs) au lieu de laisser à ses lecteurs le loisir d’interpréter les événements et de deviner ce qui se trame à Wink. Et, au final, je n’ai pas ressenti de frissons en lisant ce roman… Dommage.

Un passage parmi d’autres

 Il y a, dans Wink, certaines maisons dans lesquelles on ne voit jamais personne entrer, et pourtant la pelouse est tondue, les arbres taillés, les parterres bien entretenus et en fleurs. Parfois la nuit, pour peu que vous regardiez – bien sûr, vous n’en ferez rien -, vous verriez des visages pâles apparaitre aux fenêtres noires.

Robert Jackson Bennett – American Elsewhere – septembre 2018 (Albin Michel Imaginaire)

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Les cieux pétrifiés – N.K. Jemisin

17 lundi Sep 2018

Posted by Aurélie in Fantasy, Romans étrangers, SF

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Critique de livre, idées de lecture, lecture, Les cieux pétrifiés, Les livres de la terre fracturée, Livre, N.K. Jemisin, Nouveaux Millénaires, Prix Hugo, quoi lire, roman, SF

Les premières phrases

«  Le temps ne va pas tarder à manquer, mon amour. Je te propose d’en finir avec le commencement du monde. Tu es d’accord ? Tu es d’accord. Bon. Allons-y.

C’est tout de même étrange. Mes souvenirs évoquent des insectes fossilisés dans l’ambre, vies figées depuis longtemps éteintes, rarement intactes. Il n’en subsiste souvent qu’une patte, quelques écailles tombées des ailes, un morceau du métathorax – fragments qui seuls permettent de reconstituer le tout, restes brouillés, fondus par des fêlures sales, erratiques. En affutant mon regard pour scruter ma mémoire, les yeux plissés, je distingue des visages et des événements qui devraient avoir un sens à mes yeux et qui en ont un… sans le savoir. C’est bien moi qui ai été témoin de tout cela, et pourtant, ce n’est pas moi.

Dans mes souvenirs, j’étais un autre être, comme le Fixe était un autre monde.  »

Circonstances de lecture

Parce que c’est le dernier tome des Livres de la Terre fracturée.

Impressions

N.K. Jemisin conclut ici avec brio sa trilogie des Livres de la Terre fracturée, un cycle oscillant entre SF et Fantasy. Elle y traite d’un monde post-apocalyptique où les hommes tentent de survivre malgré des tremblements de terre à répétition et une nature pour le moins dangereuse. Parmi eux, les Orogènes se cachent, mal vus par les hommes à cause de leur don qui leur permet pourtant de dompter notamment les secousses sismiques. Mangeurs de pierre, obélisques planant dans le ciel, retour de la Lune… Autant de mystères planant dans cet univers hostile. Avec en toile de fond une question essentielle : peut-on croire en la rédemption de l’espèce humaine ou ne faudrait-il pas au contraire la détruire ?

Avec cette trilogie, N.K. Jemisin parle tout simplement de nos problèmes actuels, que sont l’intolérance, le racisme et la destruction de notre planète. Chaque tome a remporté le Prix Hugo du meilleur roman, trois années d’affilée ! Signe d’une saga qui devrait marquer les esprits pour longtemps.

Un passage parmi d’autres

 J’ai bel et bien vu le monde en feu. Ne me parle pas de spectateurs innocents, de souffrance imméritée, de vengeance cruelle. Si une comm se construit sur une ligne de faille, blâmes-tu ses murailles quand elles finissent – forcément – par écraser sa population ? Non ; tu blâmes quiconque a été assez stupide pour se croire capable de défier à jamais les lois de la nature. Eh bien, il est des mondes construits sur des lignes de faille faites de douleur, maîtrisées par des cauchemars. Ne pleure pas leur chute. Non ; indigne-toi qu’ils aient été condamnés dès leur construction.

Je vais maintenant te raconter quelle fin a connue ce monde-là, Syl Anagist. Quelle fin je lui ai donnée. Ou, du moins, quelle fin j’ai donnée à une fraction assez importante de ce monde pour l’obliger à tout reprendre depuis le début en se reconstruisant à partir de rien.

N.K. Jemisin – Les cieux pétrifiés – septembre 2018 (Nouveaux Millénaires)

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Trouble vérité – E. Lockhart

28 mardi Août 2018

Posted by Aurélie in Jeunesse, Policiers / Thrillers, Romans étrangers

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Critique de livre, E. Lockhart, Gallimard Jeunesse, idées de lecture, lecture, Livre, Nous les menteurs, quoi lire, roman, Thriller, Trouble vérité, Young Adult

Les premières phrases

«  L’hôtel était génial.

La chambre de Jule comportait un minibar garni de paquets de chips et de quatre sortes de barres chocolatées différentes. Une baignoire équipée de jets à bulles. Des serviettes de bain moelleuses et du savon liquide au gardénia à volonté. Chaque après-midi à seize heures, un vieux monsieur jouait du Gershwin sur le piano à queue dans le hall. Le spa proposait des soins du visage à l’argile chaude, si vous supportiez d’être tripotée par des mains inconnues. La peau de Jule sentait le chlore toute la journée.

Tout était blanc, au Playa Grande Resort de Baja : les rideaux, la faïence, les tapis et les bouquets de fleurs luxuriants. Les membres du personnel ressemblaient à des infirmiers dans leurs uniformes de coton blanc. Cela faisait près de quatre semaines que Jule séjournait seule ici. Elle avait dix-huit ans.  »

Circonstances de lecture

Parce que que j’avais adoré Nous les menteurs.

Impressions

J’avais adoré Nous les menteurs. Sans arriver au niveau de ce précédent roman, « Trouble vérité » se dévore. Si le début m’a laissée perplexe (est-ce que je vais pouvoir m’intéresser à cette histoire de petite fille riche ?!), E. Lockhart m’a ensuite transportée dans ce thriller mené tambour battant. Je l’ai lu en une journée. On y suit Jule et Imogen, deux jeunes filles qui ont quelque chose à cacher… Ce qui fait la force de ce roman, c’est son schéma narratif, construit à rebours… jusqu’à la révélation finale. Pas de doute, Emily Lockhart sait construire ses romans et surprendre ses lecteurs !

Un passage parmi d’autres

 Si seulement elle pouvait revenir en arrière, elle agirait mieux. Ou différemment. Elle serait davantage elle-même. Ou peut-être moins. C’était difficile à dire parce qu’elle ne savait même plus qui elle était réellement, si Jule existait encore ou si elle n’était plus qu’une série de personnages changeants selon le contexte.

Les autres gens étaient-ils tous comme elle ? Sans consistance réelle ?

Ou était-elle la seule ?

Elle ne savait plus si elle était capable d’aimer son petit cœur tordu et écorché. Elle aurait voulu que quelqu’un d’autre le fasse pour elle, le regarde battre derrière sa cage thoracique et lui dise, Je vois au fond de toi. Je te vois telle que tu es, rare et précieuse. Et je t’aime.

C’était si monstrueux, si stupide d’être une âme tordue et écorchée, de n’avoir aucune personnalité, aucune identité réelle alors qu’on avait toute la vie devant soi. Jule possédait des talents uniques. Elle travaillait dur, elle avait beaucoup de choses à offrir. Elle savait tout cela.

Alors pourquoi se sentait-elle aussi nulle, en même temps ?

E. Lockhart – Trouble vérité – avril 2018 (Gallimard Jeunesse)

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Le nuage pourpre – M.P. Shiel

11 samedi Août 2018

Posted by Aurélie in Romans étrangers, SF

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Critique de livre, idées de lecture, L'Arbre Vengeur, Le nuage pourpre, lecture, Livre, M.P. Shiel, post-apo, quoi lire, roman, SF, SF post-apocalyptique

Les premières phrases

«  Décidément, ma mémoire est bien affaiblie. Quel est, par exemple, le nom de ce pasteur qui, juste avant le départ du Boreal, prêcha que c’était une folie de vouloir tenter, une nouvelle fois, d’atteindre le pôle Nord ? Oublié ! Et pourtant, il y a quatre ans, son nom m’était aussi familier que le mien.

Les événements qui précédèrent ce voyage ne sont plus qu’un souvenir assez brumeux. Me voici installé dans la loggia de cette villa de Cornouaille où j’essaie de relater ce qui est arrivé – Dieu sait pourquoi puisque personne ne lira ce récit – et voilà que, dès le début, je ne peux pas me rappeler le nom du pasteur.  »

Circonstances de lecture

Parce que j’avais très envie de découvrir cette maison d’édition, L’Arbre Vengeur.

Impressions

Les éditions de L’Arbre Vengeur ont eu la bonne idée de rééditer des classiques oubliés. Ici, ils publient un roman de SF de M.P. Shiel datant de 1901 ! Tout commence à la manière d’un récit d’aventures. Une expédition s’organise pour atteindre le Pôle Nord. Notre héros, Adam, se voit presque malgré lui contraint d’y participer. L’ambiance fait clairement penser aux livres de Jules Verne et on y prend goût, avec en prime un soupçon de noirceur fantastique, dans la personne de sa fiancée, Clodagh, prête à tout pour voir son futur mari participer à cette expédition, pouvant rapporter quelque 175 millions de dollars à celui qui foulera le premier le Pôle Nord ! On suit alors les aventuriers en route pour le Pôle jusqu’au moment où tout dérape : Adam atteint le Pôle Nord… déréglant au passage l’ordre du monde. Sur la route du retour, il ne croise que des cadavres embaumant l’air d’un parfum de fleur de pêcher et d’amande. Le roman prend ainsi la tournure d’un récit post-apocalyptique, où Adam (dernier homme sur Terre ?) essaiera de survivre et de donner un sens à sa vie, malgré la folie qui le hante. Une histoire percutante et envoûtante, à l’écriture étonnamment moderne et actuelle.

Un passage parmi d’autres

 Il est écrit : « Il n’est pas bon pour l’homme d’être seul. » Que cela soit bon ou non, il se trouve qu’il n’y a plus sur cette planète qu’un seul habitant et cela me semble déjà non simplement naturel mais la seule réalité concevable. Toute autre façon de voir les choses me paraît aussi inconsistante que les utopies des rêveurs et des illuminés.

M.P. Shiel – Le nuage pourpre – avril 2018 (L’Arbre Vengeur)

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Les Cent Mille Royaumes – N.K. Jemisin

10 vendredi Août 2018

Posted by Aurélie in Fantasy, Romans étrangers

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Étiquettes

Critique de livre, Fantasy, idées de lecture, Le Livre de Poche, lecture, Les Cent Mille Royaumes, Livre, N.K. Jemisin, quoi lire, roman

Les premières phrases

«  Je ne suis plus celle que j’étais autrefois. Ce sont eux qui m’ont fait ça, ils m’ont ouvert la poitrine et arraché le cœur. Depuis je ne sais plus qui je suis.

Je dois faire l’effort de me souvenir.

Certaines histoires circulent à propos de la nuit de ma naissance. Elles racontent que ma mère aurait croisé les jambes en plein travail et lutté de toutes ses forces pour m’empêcher de venir au monde. Bien sûr je suis née quand même ; on ne s’oppose pas à la nature. Mais je ne suis pas surprise que ma mère ait essayé.

Ma mère était l’héritière des Arameris. Un jour, au cours d’un bal organisé pour la petite noblesse – le genre d’événement censé flatter l’amour-propre des invités -,mon père osa l’inviter à danser ; elle daigna accepter. Je me suis souvent demandé ce qu’il avait pu dire ou faire ce soir-là pour qu’elle tombe amoureuse de lui à ce point, au point de renoncer à sa condition pour vivre avec lui. Mais c’est le thème de toutes les histoires célèbres, n’est-ce pas ?  »

Circonstances de lecture

Parce qu’après avoir lu « La Cinquième Saison » et « La Porte de Cristal », j’avais très envie de continuer à découvrir les précédents romans de N.K. Jemisin.

Impressions

Auteur multi-récompensée depuis, N.K. Jemisin signe ici son premier roman de Fantasy. Une histoire d’héritage, de magie, de trahisons familiales, mais aussi une réflexion sur la religion, les Dieux, et ce qu’en font les hommes… Ce premier tome est passionnant. J’ai hâte de lire la suite. A découvrir pour tous ceux qui aiment la Fantasy !

Un passage parmi d’autres

 Est-ce que je ne devrais pas faire une pause pour expliquer ? Je raconte mal cette histoire. Mais je dois me rappeler tout, me souvenir, encore et encore, pour garder le contrôle de ma mémoire. Tant de morceaux de moi m’ont déjà échappé.

Donc…

Il y avait trois dieux autrefois. Celui qui compte a tué l’un de ceux qui  n’avaient pas d’importance et a jeté l’autre dans une prison infernale. Les murs de sa geôle étaient de sang et d’os ; les fenêtres à barreaux ses yeux ; ses châtiments le sommeil, la douleur, la faim et tous les besoins que la chair mortelle éprouve constamment. Ensuite, la créature, piégée dans ce vaisseau corporel, fut confiée aux Arameris, avec trois de ses divins enfants. Après l’horreur de l’incarnation, qu’est-ce que l’esclavage pourrait bien leur faire ?

Lorsque j’étais petite, les prêtres d’Itempas le lumineux m’avaient expliqué que ce dieu déchu était le mal absolu. Du temps des Trois, ses adeptes s’adonnaient à un culte brutal et mystérieux qui donnait lieu à des célébrations extrêmement violentes au milieu de la nuit, au cours desquelles ils louaient la folie comme un sacrement. Si celui-là avait gagné la guerre, disaient les affreuses psalmodies des prêtres, le genre humain aurait probablement été décimé.

« Alors sois bonne, ajoutaient-ils chaque fois, ou le Seigneur de la nuit viendra te prendre. » .

 

N.K. Jemisin – Les Cent Mille Royaumes – septembre 2012 (Le Livre de Poche)

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