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~ Parce qu'il n'y a rien de mieux qu'un livre pour s'évader…

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Archives de Catégorie: Romans étrangers

Under the Dome – Stephen King

23 mercredi Oct 2013

Posted by Aurélie in En VO, Romans étrangers

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Critique de livre, Gallery Books, roman, Stephen King, Under the dome

Stephen King - Under the DomeLes premières phrases

«  From two thousand feet, where Claudette Sanders was taking a flying lesson, the town of Chester’s Mill gleamed in the morning light like something freshly made and just set down. Cars trundled along Main Street, flashing up winks of sun. The steeple of the Congo Church looked sharp enough to pierce the unblemished sky. The sun raced along the surface of Prestile Stream as the Seneca V overflew it, both plane and water cutting the town on the same diagonal course. 

« Chuck, I think I see two boys beside the Peace Bridge! Fishing! » Her very delight made her laugh. The flying lessons were courtesy of her husband, who was the town’s First Selectman. Although of the opinion that if God had wanted man to fly, He would have given him wings, Andy was an extremely coaxable man, and eventually Claudette had gotten her way. She had enjoyed the experience from the first. But this wasn’t mere enjoyment; it was exhiliration. Today was the first time she had really understood what made flying great. What made it cool. »

Circonstances de lecture

J’avais très envie de me replonger dans un Stephen King.

Impressions

« Under the Dome » est un de ces livres de plus de 1 000 pages qu’on lit à toute vitesse. Stephen King aime délayer son histoire. Ici, il scrute toute une flopée d’habitants d’une petite ville du Maine emprisonnée subitement sous un dôme transparent. Le départ de l’intrigue est bien posé : on découvre petit à petit tous les personnages (très nombreux !) de ce gros roman. Et on s’y attache.

Reste que les « méchants » de l’histoire sont vraiment trop caricaturaux. Ils semblent avoir tous les vices… Dommage car sinon « Under the Dome » est vraiment prenant. Surtout, Stephen King montre à quel point la part d’ombre des hommes peut très rapidement prendre le dessus dans des situations inhabituelles.  De quoi faire froid dans le dos ! De ce côté-là, Stephen King parvient à nous plonger dans une ambiance de plus en plus noire, glauque et violente, et à tenir en haleine jusqu’aux dernières pages. Même si l’origine du dôme manque d’originalité, ce n’est peut-être pas l’objectif premier de l’auteur. En revanche, s’il a voulu démontrer à quel point la nature humaine peut vite sombrer dans la cruauté, l’égoïsme exacerbée et la bêtise, alors oui « Under the Dome » est une réussite.

Un passage parmi d’autres

 Later on – much too late to do any good – Julia Shumway would piece together most of how the Food City riot started, although she never got a chance to print it. Even if she had, she would have done so as a pure news story : the five Ws and the H. If asked to write about the emotional heart of the event, she would have been lost. How to explain that people she’d known all her life – people she respected, people she loved – had turned into a mob? She told herself « I could’ve gotten a better handle on it if I’d been there from the very beginning and seen how it started », but that was pure rationalization, a refusal to face the orderless, reasonless beast that can arise when frightened people are provoked. She had seen such beasts on the TV news, usually in foreign countries. She never expected to see one in her own town.

And there was no need for it. This was what she kept coming back to. The town had been cut off for only seventy hours, and it was stuffed with provisions of almost every kind; only propane gas was in mysteriously short supply.

Later she would say, « It was the moment when this town finally realized what was happening ». There was probably truth in the idea, but it didn’t satisfy her. All she could say with complete certainty (and she said it only to herself) was that she watched her town lose its mind, and afterward she would never be the same person.

Under the Dome – Stephen King – 2009 (Gallery Books)

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Le Passage – Justin Cronin

30 vendredi Août 2013

Posted by Aurélie in Romans étrangers, SF

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Critique de livre, Justin Cronin, Le Passage, Pocket, roman

Justin Cronin - Le PassageLes premières phrases

«  Avant de devenir la Fille de nulle part – Celle qui vint en marchant, la Première, la Dernière et la Seule, et qui vécut mille ans -, ce n’était qu’une petite fille appelée Amy. Amy Harper Bellafonte, née dans l’Iowa. 

A sa naissance, sa mère, Jeannette, avait dix-neuf ans. Jeannette lui donna le prénom de sa propre mère, Amy, morte quand elle était tout bébé, et pour deuxième prénom Harper, à cause de Harper Lee, la femme qui avait écrit « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur », le livre préféré de Jeannette – à vrai dire, le seul livre qu’elle ait lu jusqu’au bout à l’école. Elle aurait pu l’appeler Scout, comme l’héroïne de l’histoire, parce qu’elle aurait voulu que sa petite fille devienne pareille en grandissant, forte et drôle et futée, tout ce qu’elle, Jeannette, n’avait jamais réussi à être. Mais Scout était un nom de garçon, et elle ne voulait pas que sa fille passe sa vie à s’expliquer là-dessus. »

Circonstances de lecture

Lu pendant les vacances d’été. Enfin, plutôt dévoré…

Impressions

Quand une expérience scientifique dérape, l’espèce humaine se retrouve en danger. Dans « Le Passage », Justin Cronin nous plonge dans une Amérique post-apocalyptique où les derniers êtres humains tentent de survivre jour après jour, sans grand espoir. Leur avenir pourrait bien résider dans une petite fille, Amy. Si l’histoire a du mal à démarrer, une fois le sujet posé, il est bien difficile de reposer ce roman de plus de mille pages avant d’en lire la fin ! Les personnages, nombreux, sont vite attachants. Et l’on n’a qu’un hâte : savoir comment leur aventure se termine. Ce roman de science-fiction, prenant et très bien écrit, nous fait voyager sur plusieurs époques. A lire d’une traite, avant d’entamer le Tome 2.

Un passage parmi d’autres

 A la fin des temps, quand le monde aurait perdu la mémoire, quand l’homme qu’il avait été aurait disparu comme un vaisseau qui s’éloigne, s’enfonce sous l’horizon, sa vielle vie à fond de cale ; quand le regard glacé des étoiles n’aurait plus rien à voir, quand la lune sur son orbite aurait oublié son nom et que seul demeurerait le vaste océan de faim sur lequel il flotterait à jamais – en lui, tout au fond de lui, il y aurait pourtant eu cela : une année. La montagne, le passage des saisons, et Amy. Amy, et l’an zéro.

Le Passage – Justin Cronin – 2011 (Pocket)

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Le Nom du Vent – Patrick Rothfuss

29 samedi Juin 2013

Posted by Aurélie in Fantasy, Romans étrangers

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Bragelonne, Critique de livre, Fantasy, Le Nom du Vent, Patrick Rothfuss, roman

Les premières phrases

Patrick Rothfuss - Le Nom du Vent«  C’était de nouveau la nuit. L’auberge de la Pierre levée était envahie par le silence, un silence en trois parts.

Le premier était un calme en creux, l’écho de choses absentes. S’il y avait eu du vent, il aurait soupiré en passant entre les arbres, fait grincer la chaîne de l’enseigne et chassé le silence sur la route comme un tas de feuilles mortes. S’il y avait eu une foule de clients, même une poignée seulement, attablés dans la salle de l’auberge, ils auraient rempli le silence de leurs conversations et de leurs rires, du vacarme et des clameurs que l’on s’attend à trouver dans un débit de boissons à une heure avancée de la nuit. En fait, il n’y avait rien de tout cela et seul le silence demeurait.

A l’intérieur de l’auberge, deux hommes étaient installés à un bout du comptoir. Ils buvaient avec une tranquille détermination, évitant de discuter de nouvelles inquiétantes. Ainsi, ils ajoutaient un petit silence maussade au premier, celui qui était plus vaste, celui qui était creux, combinant avec une lui une sorte d’alliage, un genre d’harmonie.

Le troisième silence n’était pas facile à remarquer. Si vous aviez tendu l’oreille pendant une heure, vous auriez pu commencer à déceler sa présence dans les lattes du plancher sous vos pieds, dans le bois rugueux des barils disposés derrière le comptoir. Il était dans le poids des pierres noircies du foyer, qui retenaient encore la chaleur d’un feu depuis longtemps éteint. Il était dans le va-et-vient du chiffon de lin blanc qui passait et repassait sur le bois du comptoir. Et il était entre les mains de l’homme qui se tenait là, astiquant la planche d’acajou qui luisait déjà sous la lampe.

L’homme avait des cheveux d’un roux violent, d’un rouge de flamme. Le regard sombre et lointain, il se déplaçait avec l’assurance tranquille de celui qui sait beaucoup de choses. « 

Circonstances de lecture

J’en avais lu beaucoup de bien, et je n’ai pas été déçue.

Impressions

Il est souvent difficile de trouver un roman de fantasy bien écrit. Le Nom du Vent fait partie de ceux-là. Patrick Rothfuss écrit avec justesse, comme un conteur que l’on écouterait au coin du feu. Son héros, Kvothe, un aubergiste à l’apparence tranquille, nous raconte son histoire, celle d’un jeune prodige au destin peu ordinaire, animé par un esprit de vengeance qui le conduira sur les pas des Chandrians, ces êtres maléfiques dont quasiment personne n’ose évoquer le nom de peur de disparaître… A peine le 1er Tome terminé, on ne peut s’empêcher de se plonger aussitôt dans le second volume !

Un passage parmi d’autres

 – D’une certaine manière, tout a commencé lorsque je l’ai entendue chanter. Sa voix se mêlait à la mienne, en harmonie. Sa voix semblait le portrait de son âme : farouche comme le feu, tranchante comme des éclats de verre, fraîche et suave comme le trèfle.

Kvothe secoua la tête.

– Non. Tout a commencé à l’Université. J’y étais allé pour apprendre la magie, celle dont on parle dans les histoires. La magie de Taborlin le Grand. Je voulais apprendre le nom du vent. Je voulais le feu et les éclairs. Je voulais les réponses à des milliers de questions et aussi avoir accès à leurs archives. Mais ce que j’ai trouvé à l’Université fut loin de répondre à mes attentes et j’en ai été consterné.

Mais j’imagine que le vrai commencement découle de ce qui m’a conduit à l’Université. Des feux inexplicables au crépuscule. Un homme aux yeux de glace au fond d’un puits. L’odeur du sang et de cheveux brûlés. Le Chandrian. Oui, je crois que c’est à partir de là que tout commence. A bien des égards, c’est l’histoire du Chandrian.

Kvothe secoua la tête, comme pour se libérer de sombres pensées.

– Je suppose cependant que je dois remonter encore plus loin. Si cela doit être une relation de mes faits et gestes, je peux bien y consacrer un peu de temps. Cela vaudrait la peine que les souvenirs que l’on garde de moi comportent quelque vérité, à défaut de flatteries.

Mais qu’aurait dit mon père, s’il m’avait entendu raconter une histoire de cette façon ? « Commence par le commencement ! » Fort bien. Puisque nous sommes censés raconter une histoire, faisons-le dans les règles.

Kvothe se pencha en avant dans son fauteuil.

– Au commencement, pour autant que je sache, le monde fut créé à partir du vide sans nom par Aleph, celui qui donna un nom à toute chose. Ou bien, selon les versions, celui qui découvrit les noms qu’avaient déjà les choses.

Le Nom du Vent – Patrick Rothfuss – avril 2009 (Bragelonne)

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Deadlocked – Charlaine Harris

18 samedi Mai 2013

Posted by Aurélie in En VO, Fantasy, Romans étrangers

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Ace, Charlaine Harris, critique de livres, Deadlocked, roman, Sookie Stackhouse, True Blood

Les premières phrases

Charlaine Harris - Deadlocked«  It was hot as the six shades of Hell even this late in the evening, and I’d had a busy day at work. The last thing I wanted to do was to sit in a crowded bar to watch my cousin get naked. But it was Ladies Only night at Hooligans, we’d planned this excursion for days, and the bar was full of hooting and hollering women determined to have a good time.

My very pregnant friend Tara sat to my right, and Holly, who worked at Sam Merlotte’s bar like me and Kennedy Keyes, sat on my left. Kennedy and Michele, my brother’s girlfriend sat on the other side of the table.

« The Sook-ee », Kennedy called, and grinned at me. Kennedy had been first runner-up to Miss Louisiana a few years ago, and despite her stint in prison she’d retained her spectacular looks and grooming, including teeth that could blind an oncoming bus.

« I’m glad you decided to come, Kennedy », I said. « Danny doesn’t mind? » She’d been waffling the very afternoon before. I’d been sure she’d stay at home.

« Hey, I want to see some cute guys, don’t you? » Kennedy said.

I glanced around at the other women. « Unless I missed a page, we all get to see guys naked, on a regular basis, » I said. Though I hadn’t been trying to be funny, my friends shrieked with laughter. They were just that giddy.

I’d only spoken the truth: I’d been dating Eric Northman for a while; Kennedy and Danny Prideaux had gotten pretty intense; Michele and Jason were practically living together; Tara was married and pregnant, for gosh sakes; and Holly was engaged with Hoyt Fortenberry, who barely stopped in at his own appartment any longer. »

Circonstances de lecture

J’ai déjà lu les 11 premiers tomes de cette saga. Alors, pourquoi ne pas continuer ?

Impressions

La saga de Charlaine Harris constitue une pause bienvenue dans mes lectures. J’ai dévoré le 12ème tome (en anglais bien sûr) en quelques jours. C’est toujours avec plaisir que je retourne dans la petite ville de Bon Temps où Sookie côtoie  vampires, loups-garous, fées… et humains. Beaucoup de suspens et d’humour font de cette lecture une sorte de petit plaisir coupable. Difficile de reposer le livre une fois commencé tant on a envie d’en connaître la fin.

Un passage parmi d’autres

 The cluviel door was a rare and ancient fairy love gift. I guess it was the fae equivalent of a Fabergé Easter egg, but magical. My grandfather – not my human one, but my half-human, half-fairy grandfather, Fintan, Dermot’s twin – had given it to my grandmother Adele, who had hidden it away. She had never told me she had it, and I had only just discovered it during the attic clean-out. It had taken me longer to identify it and to learn more about its properties. Only the part-demon lawyer Desmond Cataliades knew I had it… though perharps my friend Amelia suspected, since I’d asked her to teach me about what it could do.

Up until now, I’d hidden it just like my grandmother had. You can’t go through life carrying a gun in your hand just in case someone wants to attack you, right? Though the cluviel dor was a love gift, not a weapon, its use might have results just as dramatic. Possession of the cluviel dor granted the possessor a wish. That wish had to be a personal one, to benefit the possessor or someone the possessor loved. But there were some awful scenarios I’d imagined: What if I wished an oncoming car wouldn’t hit me, and instead it hit another car killing a whole family? What if I wished that my gran were alive again, and instead of my living grandmother, her corpse appeared?

So I understood why Gran had hidden it away from casual discovery. I understood that it had frightened her with its potential, and maybe she hadn’t believed that a Christian should use magic to change her own history.

On the other hand, the cluviel dor could have saved Gran’s life if she’d had it at the moment she was attacked; but it had been in a secret drawer in an old desk up in the attic, and she had died. It was like paying for a Life Alert and then leaving it up in the kitchen cabinet out of reach. No one could take it, and it couldn’t be used for ill; but then again, it couldn’t be used for good, either.

If making one’s whish might lead to catastrophic results, it was almost as perilous to simply possess the cluviel dor. If anyone – any supernatural – learned I had this amazing object, I would be in even more danger than my normal allotment.

Deadlocked – Charlaine Harris – 2012 (Ace)

 

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Le Lever des Lunes – Elspeth Cooper

20 samedi Avr 2013

Posted by Aurélie in Fantasy, Romans étrangers

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Bragelonne, Critique de livre, Elspeth Cooper, La Chasse Sauvage, Le Lever des Lunes, Magie, roman

Elspeth Cooper - Le Lever des LunesLes premières phrases

«  Des particules de lumière pailletaient l’air, tel un nuage de papillons blafards. Sa coupe en argent à la main, Savin s’avança parmi elles et, d’un geste de son autre main, referma le Voile derrière lui, comme s’il tirait un rideau devant une fenêtre donnant sur un jardin en terrasses baigné de soleil. Un picotement dans les doigts lorsqu’il rapprocha les bords, un frisson sur sa peau, et ce fut comme s’il n’avait jamais touché à la trame. 

Bien pratique, ce petit tour. Ca lui permettait de se déplacer librement dans des endroits où il était imprudent de trop attirer l’attention, et ça impressionnait les nigauds. Comme le savaient bien les forains et les arnaqueurs, parfois, un petit sens de la mise en scène était plus précieux que de l’or.

Une par une, les paillettes s’estompèrent dans l’obscurité qui régnait autour de lui, et il fronça les sourcils. Cette pièce, située dans une des tours du château de Renngald, n’aurait pas dû être aussi sombre, ni froide au point de condenser sa respiration, même après la chaleur estivale de Mesarild. Il ressentait rarement le froid, bien qu’il ait dû apprendre à en faire abstraction au lieu d’y être indifférent de naissance comme ses hôtes, mais l’humidité qui l’accompagnait dans ces contrées nordiques était désastreuse pour une bibliothèque, et c’était pourquoi il y avait laissé brûler un feu. Or celui-ci s’était éteint, et il ne voyait nulle trace de la servante à qui il en avait confié l’entretien. « 

Circonstances de lecture

Il s’agit de la suite des Chants de la Terre, que j’avais adoré.

Impressions

Encore une belle édition de la maison Bragelonne. On retrouve avec plaisir l’univers découvert dans le 1er Tome de cette saga (La Chasse Sauvage) d’Elspeth Cooper. Très bien écrit, le livre nous transporte sur les pas de Gair, forcé de suivre Alderan dans le Sud à la poursuite d’un indice caché qui pourrait l’aider à battre Savin et à sauvegarder le Voile. Mais on découvre aussi de nouveaux personnages, notamment Teia, jeune fille du clan des Loups, porteuse du pouvoir des Diseuses… Elspeth Cooper pose clairement les bases d’une grande saga, pleine de magie et de personnages attachants, mais aussi de réflexions sur le pouvoir des religions et la bêtise des hommes. A l’instar de ce qu’avait réussi Ange avec La Légende du Peuple Turquoise. Vivement la suite !

Un passage parmi d’autres

 Lorsque l’eau eut cessé de clapoter, laissant le disque argenté de la lune vagabonde flotter paisiblement en son centre, Teia plaça les deux mains sur le bord du récipient et ferma les yeux. Puis elle plongea en elle-même, cherchant la musique.

D’abord lente à répondre à son appel, celle-ci jaillit soudainement au premier plan de ses pensées. Teai la dompta rapidement, en réduisit le flot à un filet infime, puis la relâcha. Des étincelles bleuâtres lui enveloppèrent les doigts, se convulsant au-dessus de l’eau. Le reflet de la lune chatoya. Celle-ci avait commencé à décroître et n’était pas aussi puissante que lorsqu’elle était pleine, mais elle promettait encore une bonne divination. Une lumière blanche emplit le cercle décrit par le bord du seau puis se figea, offrant à Teia un parfait reflet de son visage.

Montre-moi.

L’image frémit puis redevint nette. Son visage, encore, mais entouré désormais d’un ciel gris et brumeux. Elle avait la joue maculée de sang et ses cheveux formaient comme un roncier de boucles sombres et mouillées. Son regard était terne comme celui d’un oiseau mort.

Elle avait beau l’avoir déjà vue dix fois, cette vision ne manquait jamais de la consterner, par la prédiction qu’elle offrait d’un avenir qu’aucune femme ne pouvait désirer. Agrippant le bord du seau, elle inspira profondément pour se calmer avant sa vision suivante, au cas où il s’agirait de nouveau du guerrier ténébreux.

Montre-moi.

Son visage laissa place à celui du garçon. Les cheveux noirs, les yeux bleus, il lui rendait solennellement son regard, les mains d’une femme posées sur ses épaules. Un geste de protection ou de fierté ? Teia n’avait jamais réussi à le déterminer. Ses traits carrés et massifs, son corps trapu ne laissaient aucun doute quant à sa filiation, même sans le reflet d’or au col de sa chemise.

Montre-moi.

Cette fois, ce fut une vue depuis le ciel qui s’offrit à elle, d’abord des flancs de montagne boisés, puis des plaines vallonnées d’un beige argenté, filetées de rivières scintillantes. Le paysage rappelait les plaines au sud du campement, près de l’an-Archéen, mais cette vision ne ressemblait à rien de ce qu’elle avait vu là-bas lors des hivers qu’elle y avait passés. Par ailleurs, cela semblait être l’été, ou au moins le printemps, parce que le soleil brillait et qu’il y avait des fleurs parmi les herbes. Au loin, presque à la limite de ce qu’elle pouvait distinguer, des silhouettes minuscules comme des fourmis s’éloignaient.

– Qu’est-ce que tu fais, petite ?

Ytha ! La Diseuse était juste derrière elle, approchant à travers les hautes herbes avec la discrétion d’une chasseresse. Relâchant la musique, Teia remua l’eau du bout des doigts pour dissiper l’image et se releva précipitamment pour lui faire face.

Le Lever des Lunes – Elspeth Cooper – janvier 2013 (Bragelonne)

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L’Histoire sans fin – Michael Ende

04 lundi Mar 2013

Posted by Aurélie in Fantasy, Romans étrangers

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Critique de livre, L'Histoire sans fin, Magie, Michael Ende, roman

Les premières phrases

«  premières lignes  Telle était l’inscription que l’on pouvait lire sur la porte vitrée d’une petite boutique, mais elle ne se présentait de la sorte que pour celui qui, de l’intérieur de la pièce sombre, regardait au-dehors à travers la glace.

Dehors, c’était un matin gris et froid de novembre et il pleuvait à verse. Les gouttes dégoulinaient le long de la paroi de verre, par-dessus les lettres tarabiscotées. Tout ce que l’on parvenait à distinguer à travers la vitre, c’était un mur taché d’eau de l’autre côté de la rue.

Soudain, la porte fut poussée avec tant de violence qu’une petite grappe de clochettes en laiton, qui était suspendue juste au-dessus, en fut ébranlée et tinta un long moment avant de s’immobiliser à nouveau.

Celui qui avait provoqué ce tintamarre était un garçon petit et gros qui pouvait avoir dix ou onze ans. Ses cheveux brun foncé, mouillés, lui pendaient sur le visage, son manteau gouttait, trempé de pluie, et il portait un cartable fixé à l’épaule par une courroie. Il était un peu pâle et hors d’haleine mais, rompant avec la précipitation qu’il avait manifesté jusque-là, il restait planté sur le seuil de la porte ouverte, comme s’il avait pris racine. »

Michael Ende - L'Histoire sans finCirconstances de lecture

Un livre qui a bercé mon enfance. J’ai eu subitement très envie de le relire, et je ne le regrette pas !

Impressions

Oubliez le film (qui ne parvient pas à retranscrire la profondeur du roman) et plongez-vous, quel que soit votre âge, dans ce roman fantastique de Michael Ende. Qui n’a jamais désiré lire un roman – passionnant – qui ne se terminerait jamais ? Qui n’a jamais rêvé de pouvoir s’échapper de la réalité et de se retrouver dans un autre monde, plein de créatures étranges et de magie ? Le petit Bastien bascule ainsi dans le livre qu’il tient entre les mains et vit alors une multitude d’aventures. Une quête initiatique qui nous fait également réfléchir sur l’importance de l’imagination, le sens de la vie, le pouvoir des livres et des mots, et la nécessité de garder son âme d’enfant, malgré tout, et de lire !

Un passage parmi d’autres

 La passion de Bastien Balthasar Bux, c’était les livres. Qui n’a jamais passé tout un après-midi sur un livre, les oreilles en feu et les cheveux en bataille, à lire et lire encore, oublieux du monde alentour, insensible à la faim et au froid.

Qui n’a jamais lu en cachette, sous sa couverture, à la lueur d’une lampe de poche, parce qu’un père ou une mère, ou quelque personne bien intentionnée avait éteint la lumière, dans l’idée louable que le moment était maintenant venu de dormir puisque demain il faudrait se lever très tôt.

Qui n’a jamais versé, ouvertement ou en secret, des larmes amères en voyant se terminer une merveilleuse histoire et en sachant qu’il allait falloir prendre congé des êtres avec lesquels on avait partagé tant d’aventures, que l’on aimait et admirait, pour qui l’on avait tremblé et espéré, et sans la compagnie desquels la vie allait paraître vide et dénuée de sens.

Celui qui n’a pas fait lui-même l’expérience de tout cela ne comprendra visiblement pas le geste de Bastien.

Il regardait fixement le titre du livre et il se sentait alternativement bouillant et glacé. C’était bien là ce dont il avait tant de fois rêvé, ce qu’il souhaitait trouver depuis le jour où la passion des livres s’était emparée de lui : une histoire qui ne finit jamais ! Le livre des livres !

L’Histoire sans fin- Michael Ende – 1984 (Editions Stock)

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Le Jeu de l’Ange – Carlos Ruiz Zafon

10 dimanche Fév 2013

Posted by Aurélie in Romans étrangers

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Carlos Ruiz Zafon, Critique de livre, L'Ombre du Vent, Le Jeu de l'Ange, Pocket, Robert Laffont, roman

Les premières phrases

Carlos Ruiz Zafon - Le Jeu de l'Ange«  Un écrivain n’oublie jamais le moment où, pour la première fois, il a accepté un peu d’argent ou quelques éloges en échange d’une histoire. Il n’oublie jamais la première fois où il a senti dans ses veines le doux poison de la vanité et cru que si personne ne découvrait son absence de talent, son rêve de littérature pourrait lui procurer un toit sur la tête, un vrai repas chaque soir et ce qu’il désirait le plus au monde : son nom imprimé sur un misérable bout de papier qui, il en est sûr, vivra plus longtemps que lui. Un écrivain est condamné à se souvenir de ce moment, parce que, dès lors, il est perdu : son âme a un prix.

Ce moment, je l’ai connu un jour lointain de décembre 1917. J’avais alors dix-sept ans et travaillais à La Voz de la Industria, un journal au bord de la faillite qui végétait dans une bâtisse caverneuse, jadis siège d’une manufacture d’acide sulfurique, dont les murs sécrétaient encore une vapeur corrosive qui rongeait le mobilier, les vêtements, les cerveaux et jusqu’à la semelle des souliers. Elle se dressait derrière la forêt d’anges et de croix du cimetière du Pueblo Nuevo et, de loin, sa silhouette se confondait avec celle des mausolées se découpant sur un horizon criblé de centaines de cheminées et d’usines qui faisaient régner sur Barcelone un perpétuel crépuscule écarlate et noir. »

Circonstances de lecture

Lu parce que j’avais beaucoup aimé L’Ombre du Vent.

Impressions

Un livre sombre dans une Barcelone étouffante, à la frontière du roman policier, du roman fantastique et de l’histoire d’amour. Le héros, un jeune écrivain, accepte d’écrire un livre pour une somme astronomique… vendant peut-être ainsi son âme au diable. Ici, l’atmosphère est beaucoup plus sombre que dans L’Ombre du Vent. On y retrouve cependant avec plaisir le style de Carlos Ruiz Zafon, le personnage de M. Sempere et le cimetière des livres oubliés. De très beaux passages.

Un passage parmi d’autres

 Mes seuls amis d’alors étaient d’encre et de papier. A l’école, j’avais appris à lire et à écrire bien avant les autres gamins du quartier. Là où les camarades voyaient de l’encre semée en chiures de mouche sur des pages incompréhensibles, je voyais de la lumière, des rues et des êtres humains. Les mots et le mystère de leur science cachée me fascinaient et m’apparaissaient comme une clef permettant d’ouvrir un monde infini, bien loin de cette maison, de ces rues et de ces jours opaques où, j’en avais déjà l’intuition, ne m’attendait qu’un avenir sans intérêt. Mon père n’aimait pas voir des livres à la maison. Il y avait chez ceux-ci, outre les lettres qu’il ne pouvait déchiffrer, quelque chose qui l’offensait. Il me répétait qu’il me mettrait au travail dès que j’aurais dix ans, et que mieux valait m’ôter toutes ces lubies de la tête parce que, sinon, je ne serais jamais qu’un pauvre type et un crève-la-faim. Je cachais les livres sous mon matelas et attendais qu’il soit sorti ou endormi pour les lire.

Le Jeu de l’Ange – Carlos Ruiz Zafon – 2009 (Robert Laffont)

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Le Cirque des Rêves – Erin Morgenstern

28 lundi Jan 2013

Posted by Aurélie in Romans étrangers

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Cirque, Critique de livre, Erin Morgenstern, Flammarion, Le Cirque des Rêves, Magie, roman

Erin Morgenstern - Le Cirque des RêvesLes premières phrases

«  Le cirque arrive sans crier gare.

Aucune annonce ne précède sa venue, aucun avis, aucune affiche sur les poteaux de la ville, aucune mention, aucune publicité dans les journaux locaux. Simplement il est là, quand la veille il n’y était pas.

Les imposants chapiteaux sont rayés de noir et blanc, aucune trace d’or ou de pourpre. Pas la moindre couleur hormis celle des arbres voisins et de l’herbe des champs environnants. Des rayures noires et blanches sur un ciel gris ; d’innombrables chapiteaux de toutes tailles et de toutes formes, enchâssés dans une grille ouvragée en fer forgé qui se dresse au milieu d’un univers terne. Le peu d’espace au sol que l’on distingue de l’extérieur est noir ou blanc, recouvert de peinture, de poudre ou camouflé par un quelconque artifice.

Mais il n’est pas ouvert au public. Pas encore.

En quelques heures, toute la ville est au courant. L’après-midi, la nouvelle fait le tour de la région. Le bouche-à-oreille est une technique publicitaire bien plus efficace que les mots et les points d’exclamation imprimés sur des avis et des affiches. C’est un événement inhabituel et marquant, cette apparition soudaine d’un cirque mystérieux. Les gens s’émerveillent devant la hauteur prodigieuse des plus grands chapiteaux. Ils fixent l’horloge installée derrière les grilles.

Et la pancarte suspendue au-dessus de l’entrée qui annonce en lettres blanches sur fond noir :

Ouverture à la tombée de la nuit.

Fermeture à l’aube.

Quel est ce cirque qui n’ouvre que la nuit ? se demandent les gens. Personne ne sait au juste, mais à l’approche du crépuscule, une foule considérable s’est massée devant l’entrée. « 

Circonstances de lecture

J’ai tout de suite été attirée par l’objet en lui-même : une belle édition dotée d’une couverture en noir et blanc, et d’une tranche rouge.

Impressions

Un livre féérique que l’on referme avec regret. L’histoire se déroule dans un cirque mystérieux, où vivent illusionnistes, acrobates, contorsionnistes et autres cartomanciennes… Erin Morgenstern parvient à transporter le lecteur dans son monde empli de magie et de mystères, un monde où l’on respire avec bonheur l’odeur du caramel, du chocolat chaud et du feu de cheminée. Une belle histoire d’amour mais aussi un bel hommage au monde du cirque.

Un passage parmi d’autres

 Tu pénètres dans une vaste cour lumineuse encerclée de chapiteaux. Des allées qui serpentent tout autour t’éloignent du centre, t’entraînant dans d’invisibles mystères constellés de lueurs scintillantes.

Des vendeurs ambulants circulent parmi la foule qui t’entoure, offrant des rafraîchissements et des curiosités, des créations parfumées à la vanille, au miel, au chocolat ou à la cannelle.

Non loin, une contorsionniste en costume noir étincelant se tord sur une estrade, son corps plié dessinant d’impossibles figures.

Un jongleur lance très haut des globes noirs, blancs et argent qui semblent planer un instant avant de retomber dans ses mains, sous les applaudissements des spectateurs fascinés.

Le tout baigne dans une lumière chatoyante qui émane d’un grand feu de joie brûlant au centre de la cour.

En t’approchant, tu vois qu’il est installé dans un vaste chaudron noir, posé en équilibre sur des pieds griffus. Le haut du chaudron se divise en longues volutes de fer forgé qui semblent avoir été fondues et étirées comme du caramel. Le fer forgé se recourbe sur lui-même et s’entremêle aux autres boucles, formant une cage. Les flammes apparaissent dans les interstices et s’élèvent légèrement au-dessus. Seul le fond est sombre, si bien que l’on ne distingue pas si c’est du bois, du charbon ou tout autre chose que l’on brûle.

Les flammes qui dansent ne sont ni jaunes ni orangées, mais d’une blancheur de neige.

Le Cirque des Rêves – Erin Morgenstern – 2012 (Flammarion)

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La Communauté de l’Anneau – J.R.R. Tolkien

20 dimanche Jan 2013

Posted by Aurélie in Fantasy, Grands classiques, Romans étrangers

≈ 2 Commentaires

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Critique de livre, Fantasy, La Communauté de l'Anneau, Le Seigneur des Anneaux, roman, Tolkien

Les premières phrases

J.R.R. Tolkien - La communauté de l'Anneau«  Quand M. Bilbon Sacquet, de Cul-de-Sac, annonça qu’il donnerait à l’occasion de son undécante-unième anniversaire une réception d’une magnificence particulière, une grande excitation régna dans Hobbitebourg, et toute la ville en parla.

Bilbon était en même temps très riche et très particulier, et il avait fait l’étonnement de la Comté pendant soixante ans, c’est-à-dire depuis sa remarquable disparition et son retour inattendu. Les richesses qu’il avait rapportées de ses voyages étaient devenues une légende locale, et l’on croyait communément, en dépit des assurances des anciens, que la Colline de Cul-de-Sac était creusée de galeries bourrées de trésors. Et si cela n’eût pas suffit à rassurer sa renommée, sa vigueur prolongée aurait encore fait l’admiration de tous. Le temps s’écoulait, mais il semblait n’avoir aucune prise sur M. Sacquet. A quatre-vingt-dix ans, il était tout semblable à ce qu’il était à cinquante. A quatre-vingt-dix-neuf ans, on commença à le qualifier de bien conservé; mais inchangé aurait été plus près de la vérité. D’aucuns hochaient la tête, pensant que c’était trop d’une bonne chose; il paraissait injuste que quelqu’un pût jouir (visiblement) d’une jeunesse perpétuelle en même temps que (suivant l’opinion commune) d’une opulence inépuisable. 

– Cela aura sa contrepartie, disait-on. Ce n’est pas naturel, et il en viendra certainement des ennuis !

Mais jusque-là aucun ennui n’était venu, et comme M. Sacquet était généreux de son argent, la plupart des gens lui pardonnaient volontiers ses singularités et sa bonne fortune. »

Circonstances de lecture

Après avoir vu Le Hobbit au cinéma, j’ai eu très envie de relire Le Seigneur des Anneaux pour me replonger dans la Terre du Milieu.

Impressions

« LE » grand classique de Fantasy. Une fois passées les 200 premières pages servant à poser le décor (et, il est vrai, parfois ennuyeuses), on se laisse embarquer avec bonheur dans les aventures de Frodon et de la Communauté de l’Anneau. A lire et à relire. Les personnages sont tous attachants, et le livre regorge de scènes mythiques.

Un passage parmi d’autres

  Le Balrog atteignit le pont. Gandalf se tenait au milieu de la travée, appuyé sur le bâton qu’il tenait de la main gauche, tandis que dans l’autre Glamdring luisait, froide et blanche. Son ennemi s’arrêta de nouveau face à lui, et l’ombre qui l’entourait s’étendait comme deux vastes ailes. Il leva le fouet, et les lanières gémirent et claquèrent. Le feu sortait de ses narines. Mais Gandalf demeura ferme.

– Vous ne pouvez passer, dit-il.

Les orques restèrent immobiles, et un silence de mort tomba.

– Je suis un serviteur du Feu Secret, qui détient la flamme d’Anor. Vous ne pouvez passer. Le feu sombre ne vous servira de rien, flamme d’Udûn. Retournez à l’Ombre ! Vous ne pouvez passer.

Le Balrog ne répondit rien. Le feu parut s’éteindre en lui, mais l’obscurité grandit. La forme s’avança lentement sur le pont; elle se redressa soudain jusqu’à une grande stature, et ses ailes s’étendirent d’un mur à l’autre; mais Gandalf était toujours visible, jetant une faible lueur dans les ténèbres; il semblait petit et totalement seul : gris et courbe comme un arbre desséché devant l’assaut d’un orage.

De l’ombre, une épée rouge sortit, flamboyante.

Glamdring répondit par un éclair blanc.

Il y eut un cliquetis retentissant et une estocade de feu blanc. Le Balrog tomba à la renverse, et son épée jaillit en fragments fondus. Le magicien vacilla sur le pont, recula d’un pas, puis se tint de nouveau immobile.

– Vous ne pouvez passer ! dit-il.

D’un bond, le Balrog sauta au milieu du pont. Son fouet tournoya en sifflant.

– Il ne peut résister seul ! cria soudain Aragorn, qui revint en courant sur le pont :

– Elendil ! cria-t-il. Je suis avec vous, Gandalf.

– Gondor ! cria Boromir, s’élançant derrière lui.

A ce moment, Gandalf leva son bâton et, criant d’une voix forte, il frappa le pont devant lui. Le bâton se brisa en deux et tomba de sa main. Un aveuglant rideau de flammes blanches jaillit. Le pont craqua. Il se rompit juste au pied du Balrog, et la pierre sur laquelle il se tenait s’écroula dans le gouffre, tandis que le reste demeurait en un équilibre frémissant comme une langue de rocher projetée dans le vide.

Le Balrog tomba en avant avec un cri terrible; son ombre plongea et disparut. Mais dans sa chute même, il fit tournoyer son fouet, et les lanières fouaillèrent le magicien et s’enroulèrent autour de ses genoux, l’entraînant vers le bord. Il chancela, tomba, et malgré un vain effort pour s’accrocher à la pierre, il glissa dans le gouffre.

– Fuyez, fous que vous êtes ! cria-t-il, disparaissant.

La Communauté de l’Anneau – Le Seigneur des Anneaux Tome 1 – J.R.R. Tolkien – 1972 (Pocket)

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Major Pettigrew’s Last Stand – Helen Simonson

27 samedi Oct 2012

Posted by Aurélie in En VO, Romans étrangers

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Bloomsbury, Critique de livre, Helen Simonson, Major Pettigrew, Major Pettigrew's Last Stand, roman

Les premières phrases

«  Major Pettigrew was still upset about the phone call from his brother’s wife and so he answered the doorbell without thinking. On the damp bricks of the path stood Mrs Ali from the village shop. She gave only the faintest of starts, the merest arch of an eyebrow. A quick rush of embarrassment flooded to the Major’s cheeks and he smoothed helplessly at the lap of his crimson, clematis-covered housecoat with hands that felt like spades.

« Ah, » he said.

« Major? »

« Mrs Ali? » There was a pause that seemed to expand slowly, like the universe, which, he had just read, was pushing itself apart as it aged. « Semescence », they had called it in the Sunday paper.

« I came for the newspaper money. The paper boy is sick, » said Mrs Ali, drawing up her short frame to its greatest height and assuming a brisk tone, so different from the low, accented roundness of her voice when they discussed the texture and perfume of the teas she blended specially for him.

« Of course, I’m awfully sorry. » He had forgotten to put the week’s money in an envelope under the outside doormat. He started fumbling for the pockets of his trousers, which were somewhere under the clematis. He felt his eyes watering. His pockets were inaccessible unless he hoisted the hem of the housecoat. « I’m sorry, » he repeated.

« Oh, not to worry, » she said, backing away. « You can drop it in a the shop later – sometime more convenient. » She was already turning away when he was seized with an urgent need to explain. 

« My brother died, » he said. She turned back. « My brother died, », he repeated. « I got the call this morning. I didn’t have time. »

Circonstances de lecture

Lu juste après le dernier J.K. Rowling, pour rester dans l’atmosphère des petits villages anglais.

Impressions

Un livre résolument optimiste et qui fait du bien au moral. Veuf depuis six ans, le Major Ernest Pettigrew vient d’apprendre la mort de son frère. Ce décès va bouleverser sa vie tranquille de quasi-septuagénaire à Edgecombe St Mary, puisqu’il va apprendre à véritablement connaître Mrs Ali, une Pakistanaise tenant le magasin du village. Mais les préjugés raciaux et sociaux font rage dans ce petit village anglais, et son fils Roger voit d’un mauvais œil la relation se nouant entre son père et cette Mrs Ali. Le Major Pettigrew va devoir choisir entre une nouvelle vie amoureuse et le respect des convenances. Avec ses petites remarques acides et son sens de l’humour très british, on se prend vite d’affectation pour ce vieil homme qui n’hésite pas à dire ce qu’il pense et à se remettre en cause.

Un passage parmi d’autres

 He acknowledged a notion that he might wish to see Mrs Ali again outside of the shop, and wondered whether this might be proof that he was not as ossified as his sixty-eight years, and the limited opportunities of village life, might suggest.

Bolstered by the tought, he felt he was up to the task of phoning his son, Roger, in London. He wiped his fingertips on a soft yellow rag and peered with concentration at the innumerable chrome buttons and LED displays of the cordless phone, a present from Roger. Its speed dial and voice activation capabilities were, Roger said, useful for the elderly. Major Pettigrew disagreed on both its ease of use and the designation of himself as old. It was frustratingly common that children were no sooner gone from the nest and established in their own homes, in Roger’s case a gleaming black-and-brass-decorated penthouse in a high-rise that blighted the Thames near Putney, than they began to infantilise their own parents and wish them dead, or at least in assisted living.

Major Pettigrew’s Last Stand – Helen Simonson – 2010 (Bloomsbury)

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