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~ Parce qu'il n'y a rien de mieux qu'un livre pour s'évader…

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Archives de Catégorie: Romans étrangers

Seul le silence – R.J. Ellory

14 samedi Fév 2015

Posted by Aurélie in Policiers / Thrillers, Romans étrangers

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Critique de livre, Le Livre de Poche, Polar, R.J. Ellory, roman, Seul le silence, Thriller

R.J. Ellory - Seul le silenceLes premières phrases

«  Coups de feu, comme des os se cassant.

New York : sa clameur infinie, ses rythmes métalliques âpres et le martèlement des pas, staccato incessant ; ses métros et cireurs de chaussures, carrefours embouteillés et taxis jaunes ; ses querelles d’amoureux ; son histoire, sa passion, sa promesse et ses prières.

New York avala le bruit des coups de feu sans effort, comme s’il n’avait pas plus d’importance qu’un simple battement de cœur solitaire.

Personne ne l’entendit parmi une telle abondance de vie.

Peut-être à cause de tous les autres bruits.

Peut-être parce que personne n’écoutait.

Même la poussière, prise dans le clair de lune filtrant par la fenêtre du deuxième étage de l’hôtel, soudain déplacée sous l’effet des coups de feu, reprit son chemin errant mais régulier.

Rien ne s’était produit, car c’était New York, et de telles morts solitaires et insoupçonnées étaient légion, presque indigènes, brièvement remémorées, oubliées sans effort.

La ville continuait de vaquer à ses occupations. Un nouveau jour commencerait bientôt, et rien d’aussi insignifiant que la mort ne possédait le pouvoir de les différer.

C’était juste une vie, après tout ; ni plus, ni moins. »

Circonstances de lecture

Lu sur les conseils d’un ami.

Impressions

Il est rare qu’un thriller arrive à garder son suspens jusqu’à la toute fin du livre. Et pourtant, ici, R.J. Ellory parvient à tenir son lecteur en haleine jusqu’aux dernières pages. Ce n’est que là que le criminel est démasqué.

J’ai beaucoup aimé ce polar, noir. Déjà, il est très bien écrit. Et puis l’histoire est belle, émouvante, touchante, noire et dure. On y suit Joseph, un enfant grandissant dans un petit village de Géorgie où des meurtres atroces de petites filles surviennent. La vie de Joseph en sera irrémédiablement bouleversée et intimement liée. L’écriture et l’histoire de R.J. Ellory m’ont scotchée du début à la fin. A lire pour tous les fans de polars et d’histoires glaçantes.

Un passage parmi d’autres

 Et il y a des moments dont je me souviens – principalement des jours d’été ; flous, chargés d’air et de lumière ; monsieur Tomczak traînant son gramophone Victrola dans la cour, les disques de Bakélite aussi lourds que des assiettes ; les adultes à moitié débraillés, et le fait que personne n’avait d’argent, et n’en aurait probablement jamais, n’avaient pas d’importance car l’amitié et le sens de la communauté étaient une richesse.

Les gosses dans les champs jouaient à s’attraper et à s’embrasser, quelqu’un avait une caisse de bière pour les pères, et quelqu’un d’autre préparait du jus de melon pour les femmes.

Ma mère portait une robe d’été, et un jour elle a dansé une valse avec mon père, qui arborait un sourire comme on arbore une médaille ; pour sa bravoure, sa fidélité, son amour.

Et les jours dont je me souviens sont partis. Ils se sont fondus en silence dans un passé indistinct. Pas seulement partis, mais oubliés. C’étaient des jours dont je pense qu’on ne les reverra jamais. Pas ici, pas à Augusta Falls. Ni nulle part ailleurs. Tout inondés d’un délire grisant de célébration spontanée, la célébration du simple fait d’être vivant. Et un bruit familier mais lointain – un match de base-ball à la radio, le claquement de capsules de Coca-Cola vert émeraude – et tout d’un coup le passé est là. En Technicolor et Sensurround : Cecil B.DeMille, King Vidor. Puis un silence bienvenu après un bruit infini.

Et transperçant ces souvenirs, telles des pointes de métal rouillées, il y avait d’autres souvenirs…

Les petites filles.

Toujours les petites filles.

Des petites filles comme Alice Ruth Van Horne, que j’avais aimée comme seul un enfant peut aimer – simplement, silencieusement, parfaitement.

Leurs vies comme des tortillons de papier humide, fermement tirebouchonnés puis jetés au loin.

R.J. Ellory – Seul le silence – 2005 (Le Livre de Poche)

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Kafka sur le rivage – Haruki Murakami

08 dimanche Fév 2015

Posted by Aurélie in Romans étrangers

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Critique de livre, Editions 10/18, Haruki Murakami, Kafka sur le rivage, roman

Haruki Murakami - Kafka sur le rivageLes premières phrases

«  – Et pour l’argent, ça s’est arrangé ? demande le garçon nommé Corbeau.

Il parle de sa façon habituelle, un peu lente. Comme quelqu’un qui sort à peine d’un profond sommeil et ne peut remuer ses lèvres tant elles sont engourdies. Mais ce n’est qu’une apparence: en réalité, il est parfaitement lucide. Comme toujours.

Je hoche la tête.

– Tu as combien à peu près ?

Je lui réponds après avoir à nouveau passé les chiffres en revue dans ma tête :

– Environ quatre cent mille en liquide. Sans compter une petite somme que je pourrai retirer avec ma carte bancaire. Ça ne suffira peut-être pas mais c’est un bon début.

– Ce n’est pas mal, dit le garçon nommé Corbeau. C’est un  bon début.

Je hoche la tête.

– J’imagine que ce ne sont pas les étrennes du père Noël, poursuit-il.

– Non.

Le garçon nommé Corbeau regarde autour de lui, les lèvres tordues par un sourire narquois.

– Cet argent sort du tiroir d’une personne qui vit dans les parages, c’est exact ?

Je ne réponds pas. Il sait parfaitement d’où vient cet argent. Il n’y a pas lieu de poser des questions détournées. Il le fait juste pour m’asticoter.  »

Circonstances de lecture

Parce que j’avais depuis longtemps envie de plonger dans ce Murakami.

Impressions

Haruki Murakami est de ces auteurs dont j’achète les romans les yeux fermés, sans même regarder de quoi ils parlent. J’aime son écriture, son style, sa manière subtile de jongler dans ses histoires entre la réalité et l’imaginaire. « Kafka sur le rivage » ne déroge pas à la règle. Son héros, Kafka Tamura, est un adolescent qui décide de fuguer. Il fuit la maison familiale pour essayer de briser une mystérieuse malédiction. En parallèle, nous suivons un vieux monsieur, Nakata, faible d’esprit depuis un événement survenu dans son enfance, obligé également de fuir… Ici, Haruki Murakami nous plonge dans l’Histoire (la seconde guerre mondiale), dans le mythe d’Oedipe, dans un monde fantastique où un homme parle aux chats et où des poissons tombent du ciel, dans une forêt et une bibliothèque à l’attrait irrésistible. On prend plaisir à se perdre dans ce monde à la frontière du réel et du fantastique. Un grand Murakami. Envoûtant.

Un passage parmi d’autres

 Nous perdons tous sans cesse des choses qui nous sont précieuses, déclare-t-il quand la sonnerie a enfin cessé de retentir. Des occasions précieuses, des possibilités, des sentiments qu’on ne pourra pas retrouver. C’est cela aussi, vivre. Mais à l’intérieur de notre esprit – je crois que c’est à l’intérieur de notre esprit -, il y a une petite pièce dans laquelle nous stockons le souvenir de toutes ces occasions perdues. Une pièce avec des rayonnages, comme dans cette bibliothèque, j’imagine. Et il faut que nous fabriquions un index, avec des cartes de références, pour connaître précisément ce qu’il y a dans nos cœurs. Il faut aussi balayer cette pièce, l’aérer, changer l’eau des fleurs. En d’autres termes, tu devras vivre dans ta propre bibliothèque.

Haruki Murakami – Kafka sur le rivage – 2003 (Éditions 10/18)

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The Maze Runner – James Dashner

29 lundi Déc 2014

Posted by Aurélie in En VO, Romans étrangers, SF

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Chicken House, Critique de livre, James Dashner, roman, The Maze Runner

James Dashner - The Maze RunnerLes premières phrases

«  He began his new life standing up, surrounded by cold darkness and stale, dusty air.

Metal ground against metal; a lurching shudder shook the floor beneath him. He fell down at the sudden movement and shuffled backwards on his hands and feet, drops of sweat beading on his forehead despite the cool air. His back struck a hard metal wall; he slid along it until he hit the corner of the room. Sinking to the floor, he pulled his legs up tight against his body, hoping his eyes would soon adjust to the darkness.

With another jolt, the room jerked upwards like an old lift in a mine shaft.

Harsh sounds of chains and pulleys, like the workings of an ancient steel factory, echoed through the room, bouncing off the walls with a hollow, tinny whine. The lightless lift swayed back and forth as it ascended, turning the boy’s stomach sour with nausea; a smell like burnt oil invaded his senses, making him feel worse. He wanted to cry, but no tears came; he could only sit there, alone, waiting.

My name is Thomas, he thought.

That… that was the only thing he could remember about his life. »

Circonstances de lecture

Une trilogie lue après avoir vu le premier volet au cinéma.

Impressions

Une trilogie dévorée en trois semaines. Si vous avez aimé « Divergent » de Veronica Roth, vous devriez également accrocher avec cette trilogie de James Dashner. Imaginez-vous vous réveiller dans un ascenseur puis émerger au beau milieu d’un labyrinthe. Vous ne vous souvenez de rien, à part votre prénom… Entouré d’un groupe d’adolescents, vous n’avez qu’une obsession : trouver la sortie du labyrinthe et comprendre pourquoi vous y avez été enfermé. Intrigant, non ?

J’ai lu avec plaisir cette trilogie… Mais malheureusement, si James Dashner arrive à tenir son lecteur en haleine, passé le premier tome, l’univers se fait moins mystérieux et tombe dans une histoire bien classique… Dommage, car l’idée de départ était vraiment intéressante.

Un passage parmi d’autres

 « I want to be one of those guys that goes out there, » he said aloud, not knowing if Chuck was still awake. « Inside the Maze. »

« Huh? » was the response from Chuck. Thomas could hear a tinge of annoyance in his voice.

« Runners, » Thomas said, whishing he knew where this was coming from. « Whatever they’re doing out there, I want in. »

« You don’t even know what you’re talking about, » Chuck grumbled, and rolled over. « Go to sleep. »

Thomas felt a new surge of confidence, even though he truly didn’t know what he was talking about. « I want to be a Runner. »

Chuck turned back and got up on his elbow. « You can forget that little thought right now. »

Thomas wondererd at Chuck’s reaction, but pressed on. « Don’t try to… »

« Thomas. Newbie. My new friend. Forget it. »

« I’ll tell Alby tomorrow. » A Runner, Thomas thought. I don’t even know what that means. Have I gone completely insane?

Chuck lay down with a laugh. « You’re a piece of klunk. Go to sleep. »

But Thomas couldn’t quit. « Something out there – it feels familiar. »

« Go…to…sleep. »

Then it hit Thomas – he felt like several pieces of a puzzle had been put together. He didn’t know what the ultimate picture would be, but his next words almost felt like they were coming from someone else. « Chuck, I… I think I’ve been here before. »

He heard his friend sit up, heard the intake of breath. But Thomas rolled over and refused to say another word, worried he’d mess up this new sense of being encouraged, eradicate the reassuring calm that filled his heart.

Sleep came much more easily than he’d expected.

James Dashner – The Maze Runner – 2010 (Chicken House)

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Le Complexe d’Eden Bellwether – Benjamin Wood

22 samedi Nov 2014

Posted by Aurélie in Romans étrangers

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Benjamin Wood, Critique de livre, Le Complexe d'Eden Bellwether, roman, Zulma

Benjamin Wood - Le Complexe d'Eden BellwetherLes premières phrases

«  Il y eut soudain le hurlement des sirènes, un nuage de poussière au bout de l’allée, et bientôt la pénombre du jardin fut inondée par la lumière bleue des gyrophares. C’est seulement au moment d’indiquer aux ambulanciers où se trouvaient les corps que tout leur parut réel. Il y en avait un dans la maison à l’étage, un autre dans l’ancienne chapelle, et aussi au fond du jardin. Celui-là respirait encore, mais faiblement. Il était sur la berge, dans un nid de joncs couchés, l’eau froide clapotant à ses pieds. Quand les ambulanciers demandèrent son nom, ils répondirent Eden. Eden Bellwether.

L’ambulance avait mis longtemps à arriver. Ils s’étaient réunis sur la terrasse à l’arrière du presbytère pour réfléchir, avant de céder à la panique, sans pouvoir détacher le regard des vieux ormes et cerisiers qu’ils avaient contemplés des centaines de fois en écoutant le bruit du vent dans les branches. Ils se sentaient tous responsables de ce qui s’était passé. Chacun se le reprochait. Ils s’étaient même disputés pour savoir qui était le principal responsable, qui devait se sentir le plus coupable. Oscar fut le seul à ne rien dire. Adossé au mur, il fumait, tandis que les autres se chamaillaient. Lorsqu’il finit par prendre la parole, sa voix était si calme qu’elle les avaient réduits au silence.

« C’est terminé maintenant, avait-il dit en écrasant sa cigarette sur la rambarde. On n’y changera plus rien. » »

Circonstances de lecture

J’en avais lu beaucoup de bien.

Impressions

Je l’avoue : les premières pages de ce livre m’ont passablement énervée. Rien que les deux premières pages du prélude ressemblent énormément aux premières pages du roman « Le Maître des illusions » de Donna Tartt. La trame de départ de l’histoire est également très ressemblante. Un jeune homme d’origine modeste entre petit à petit dans le cercle fermé d’un groupe de jeunes gens bien nés, dont un à la personnalité et à l’intelligence détonantes. Bref, ayant lu il y a peu le superbe roman de Donna Tartt, je n’arrêtais pas de faire un parallèle entre ces deux histoires… Heureusement, Benjamin Wood écrit bien – très bien même. Heureusement, son roman se lit vite, tant la tension monte au fil des pages. On n’a qu’une envie : aller jusqu’au bout pour connaître la fin. Alors, même si les ressemblances avec « Le Maître des illusions » sont indéniables, même si l’on devine assez vite comment l’histoire va s’achever, j’ai aimé lire ce livre.

En revanche, M. Wood, s’il vous plaît, ayez un peu plus d’imagination dans votre prochain roman. Détachez-vous de vos lectures et imaginez un univers bien à vous.

Un passage parmi d’autres

 Au cours des six derniers mois, il avait lu des romans de Graham Greene, de Herman Hesse, toutes les nouvelles de Gianni Celati, Katherine Mansfield, Frank O’Connor, Alexandre Soljenitsyne, et des essais de George Orwell. Dire qu’il avait presque oublié combien il aimait lire, cette cadence particulière des mots quand les yeux passent dessus. Ses parents étaient du genre à avoir une bibliothèque, mais sans aucun livre. Ils ne comprenaient pas le plaisir de la lecture et n’avaient jamais considéré qu’il faille l’encourager. Pour eux, les livres étaient facultatifs, un truc que des professeurs de lettres débraillés imposaient aux enfants à l’école. Oscar avait été élevé dans l’idée que s’il restait dans sa chambre plongé dans des histoires et des mondes imaginaires, c’était qu’il n’appréciait pas la vie qui était la sienne, tout ce pour quoi ses parents avaient travaillé dur, comme la télé, le magnétoscope et le jardin fraîchement engazonné. Quand il le voyait lire, son père lui demandait si ça allait, s’il se sentait bien, et ce qu’était devenu cet ami venu un jour prendre le thé. Dans le lotissement de ses parents, à Watford, la vie était plus simple si on ne lisait pas. Alors il s’était efforcé de ne pas en avoir envie.

Mais depuis que le Dr Paulsen l’avait invité à piocher dans sa bibliothèque l’année précédente – « Choisis-en un. N’importe lequel. Je ne te donnerai pas de conseil » -, Oscar avait peu à peu retrouvé les joies de la lecture.

Benjamin Wood – Le Complexe d’Eden Bellwether – 2014 (Zulma)

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Le génie des coïncidences – J.W. Ironmonger

15 samedi Nov 2014

Posted by Aurélie in Romans étrangers

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Critique de livre, J.W. Ironmonger, Le génie des coïncidences, roman, Stock

J.W. Ironmonger - Le génie des coïncidencesLes premières phrases

«  La fillette d’à peine trois ans à laquelle on donna le nom d’Azalea Ives fut trouvée un soir de solstice d’été, seule et perdue, sur un champ de foire du Devon. A cette heure déjà tardive, un enfant de son âge aurait dû être sagement bordé dans son lit. Le responsable des lieux garda la fillette dans sa caravane pendant une heure, et même un peu plus, le temps de diffuser des appels par haut-parleur. Le champ de foire accueillait une fête foraine itinérante, alors entre les cris stridents des adolescents, les ferraillements fracassants des montagnes russes, les rugissements du waltzer, les braillements des marchands ambulants et bonimenteurs et le martèlement des basses saturées, on comprend aisément que ces annonces publiques soient passées inaperçues. A 22 heures, le vacarme s’était tu, la plupart des bambocheurs s’étaient dispersés dans la nuit, et personne ne s’était présenté pour réclamer la petite fille. Une voiture de police arriva de Torquay et deux agents, deux grands gaillards qui ne savaient pas vraiment s’y prendre avec les très jeunes enfants, firent de leur mieux pour communiquer avec la fillette. Ils lui demandèrent son nom, l’un des policiers nota scrupuleusement sa réponse – « Azalea Ives » -, et c’est ainsi qu’on l’appela à compter de ce jour.  »

Circonstances de lecture

Un livre choisi grâce à son titre.

Impressions

Quand un maître de conférences, expert dans l’art de démonter les coïncidences,  rencontre une jeune femme affirmant que sa vie est régie par toute une série de coïncidences depuis son enfance, cela donne une bien belle histoire. Les thèmes du hasard, du destin et des coïncidences sont ici explorés par J.W. Ironmonger, nous faisant voyager des confins de l’Ile de Man, à Londres en passant par l’Ouganda. Un livre qui se lit avec plaisir.

Un passage parmi d’autres

 « Il semblerait que je sois accablée par les coïncidences, professeur Post.

– Accablée ?

– Accablée. Harassée. Maudite. Rongée. Choisissez le mot qui vous convient. On dirait qu’elles me poursuivent, ou qu’elles infectent ma vie. Je ne sais pas trop comment l’expliquer. J’espérais que, peut-être, vous pourriez m’aider. »

Thomas haussa les sourcils. « Vous aider ? Mais comment ?

– Pas concrètement, j’imagine. Je ne suis pas à la recherche d’un exorciste. Je n’attends pas que vous enfourchiez un destrier blanc pour donner la charge aux forces de la nature.

– Dommage, dit Thomas. Le destrier blanc, ça me plaît bien.

– Ça ne vous irait pas, trancha Azalea en balayant le fantasme. J’espérais que vous seriez en mesure de m’aider à les comprendre. A leur trouver un sens.

– Je vois. Et maintenant, j’imagine, vous allez ajouter cette rencontre à la liste de vos étranges coïncidences ? »

Azalea hocha la tête. « Je crois qu’elle m’a moins stupéfiée que vous. Je commence à m’habituer aux surprises que l’univers fait surgir sur ma route.

– Cela vous aiderait-il si je vous expliquais pourquoi les coïncidences surviennent ? Pourquoi nous, frêles humains, sommes enclins à déceler des schémas dans la nature ?

– Oui, cela pourrait m’aider.

– Je ne suis pas psychanalyste.

– Je n’ai pas besoin d’un psy. Je ne suis pas en train de perdre la raison, professeur Post.

– Parfait. »

J.W. Ironmonger – Le génie des coïncidences – 2014 (Stock)

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Silo Générations – Hugh Howey

11 mardi Nov 2014

Posted by Aurélie in Romans étrangers, SF

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Actes Sud, Critique de livre, Hugh Howey, roman, Silo, Silo Générations

Hugh Howey - Silo GénérationsLes premières phrases

«  – Il y a quelqu’un ?

– Allô ? Oui. Je suis là. 

– Ah, Lucas. Vous ne parliez pas. L’espace d’une seconde, j’ai cru que… que vous étiez quelqu’un d’autre.

– Non, c’est bien moi. Je viens de mettre mon casque. La matinée a été bien remplie.

– Ah oui ?

– Oui. Rien de palpitant. Réunions de conseils. On est un peu juste au niveau effectifs. Il y a beaucoup de réaffectations.

– Mais les choses s’arrangent ? Pas de soulèvement à signaler ?

– Non, non. La situation revient à la normale. Les gens se lèvent et vont travailler le matin. Ils s’effondrent dans leur lit le soir. On a eu une grande loterie cette semaine, ce qui a fait plus d’un heureux.

– Bien. Très bien, même. Le travail sur le serveur n°6 avance ?

– Oui, ça avance, merci. Tous les mots de passe que vous avez fournis fonctionnent. Pour l’instant, on continue à collecter des données du même genre. J’avoue que je ne comprends pas bien en quoi c’est important.

– Continuez à y jeter un œil. Tout est important. Si c’est là, c’est pour une raison.

– C’est ce que vous avez dit à propos de tous ces articles dans les grands livres. Mais il y en a tant que je trouve absurdes. Au point que je me demande s’il y a la moindre vérité dans tout ça.

– Pourquoi ? Qu’est-ce que vous êtes en train de lire ?

– J’en suis à la lettre C… Ce matin, il s’agissait de ce… champignon. Attendez une seconde. Je vais le retrouver. Ah, le voilà. Le cordyceps.

– C’est un champignon ? Jamais entendu parler.

– Ils disent que ça agit sur le cerveau des fourmis, que ça le reprogramme, comme une machine, que ça les fait grimper au sommet d’une plante et puis elles meurent et…

– Une machine invisible qui reprogramme les cerveaux ? Je suis sûr et certain que ce n’est pas là par hasard.

– Ah oui ? Alors qu’est-ce que ça veut dire ?

– Ça signifie que… que nous ne sommes pas libres. Qu’aucun de nous ne l’est. »

Circonstances de lecture

Troisième et dernier tome de Silo.

Impressions

Hugh Howey a su écrire une trilogie qui tient en haleine du premier au dernier tome. Silo Générations constitue la fin de cette histoire mystérieuse ayant entraîné les hommes à vivre sous terre. Après la révolution du silo 18, Juliette entend bien découvrir ce que les dirigeants du silo 1 leur cachent. Mais la quête de la vérité est aussi source de dangers…

Je n’en dirai pas plus afin de ne pas vous gâcher le plaisir de découvrir cette trilogie futuriste très bien écrite. Un beau cadeau pour Noël !

Un passage parmi d’autres

 – Alors pourquoi vous nous aidez ? Pourquoi prendre des risques ? Parce que c’est l’impression que j’ai.

– Mon boulot, c’est de faire en sorte que vous restiez en vie.

Lukas contempla l’intérieur du serveur, les voyants, les câbles, les circuits.

– D’accord, mais ces conversations, cette lecture à deux, ces appels tous les jours à la même heure, pourquoi vous faites tout ça ? Je veux dire… Qu’est-ce que vous, vous retirez de tout ça ?

Il y eut un silence à l’autre bout de la ligne, un rare manque d’assurance dans la voix d’habitude si ferme de leur soi-disant protecteur.

– Je le fais parce que… parce que je peux vous aider à vous souvenir.

– Et c’est important ?

– Oui. Très important à mes yeux. Je sais ce que ça fait d’oublier.

– Et c’est pour ça que ces livres sont là ?

Un nouveau silence. Lukas eut l’impression de tomber sur une vérité par hasard. Il faudrait qu’il se souvienne bien de ce moment pour tout raconter à Juliette en détail.

– Les livres sont là pour que ceux qui héritent de la terre… ceux qui seront choisis… sachent…

– Sachent quoi ? le pressa Lukas.

Il avait peur de le perdre. Donald s’était aventuré dans ces eaux-là au fil de conversations précédentes, mais il avait toujours reculé au dernier moment.

– Pour qu’ils sachent comment rattraper le coup, dit Donald. Bon, c’est fini pour aujourd’hui. Il faut que j’y aille.

– Qu’est-ce que ça veut dire, « hériter de la terre » ?

– La prochaine fois. Il faut que j’y aille. Prenez garde à vous.

– Oui, dit Lukas. Vous aussi…

Mais le petit clic avait déjà retenti dans son casque. L’homme qui, étonnamment, en savait autant sur l’ancien monde s’était déconnecté.

Hugh Howey – Silo Générations – 2014 (Actes Sud)

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Cloud Atlas – David Mitchell

24 vendredi Oct 2014

Posted by Aurélie in Romans étrangers, SF

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Cartographie des nuages, Cloud Atlas, Critique de livre, David Mitchell, Editions de l'Olivier, Points, roman

Les premières phrasesDavid Mitchell - Cloud Atlas

«  Derrière le hameau indien, sur un rivage délaissé, je découvris une piste d’empreintes encore fraîches. Passé le varech en décomposition, les noix de coco de mer et les bambous, ces traces me conduisirent à leur auteur, un Blanc, pantalon et queue-de-pie retroussés, chapka démesurée et barbe bien taillée, tant affairé à creuser et fouiller le sable cendreux à la petite cuillère qu’il remarqua ma présence seulement lorsque, arrivé à vingt pas de lui, je l’eus hélé. Ainsi fis-je la connaissance du Dr Henry Goose, chirurgien de l’aristocratie londonienne. Sa nationalité ne me surprit guère. S’il est un nid d’aigle à l’abandon ou un îlot lointain exempt d’Anglais, il ne figure sur aucune carte qu’il m’ait été permis de consulter. »

Circonstances de lecture

J’avais très envie de lire ce livre après avoir vu son adaptation au cinéma en 2013.

Impressions

Sommes-nous tous liés à travers les siècles ? C’est à cette question complexe que David Mitchell tente de répondre dans son roman « Cloud Atlas ». Chaque chapitre nous plonge dans le quotidien de personnes aussi différentes qu’un notaire découvrant les aborigènes au 19ème siècle, un jeune compositeur déshérité, une journaliste essayant de révéler un complot nucléaire, un vieil éditeur enfermé malgré lui dans une maison de retraite, ou encore un clone révolutionnaire dans un futur imprécis. Leurs points communs : une tache de naissance en forme de comète et un morceau de musique résonnant à travers le temps. Chaque chapitre possède un style propre à chaque personnage. Pas facile de lire ceux sur Zachry, vivant dans un futur où une grande partie du langage, des connaissances et de la culture a été perdue ! Bluffant.

Pour une fois, je ne suis pas déçue par l’adaptation qui en a été faite au cinéma par les Wachowski. Le livre à peine refermé, je n’ai plus qu’une envie : regarder de nouveau le film.

Un passage parmi d’autres

 Trois ou quatre fois seulement dans ma jeunesse, j’ai entrevu les îles de la Joie avant que les brouillards, dépressions, fronts froids, vents mauvais et courants contraires ne les emportent… Croyant qu’il s’agissait des terres de l’âge adulte, je pensais les revoir au cours de mon périple ; aussi ne pris-je la peine d’en enregistrer ni la latitude, ni la longitude, ni la voie d’approche. Jeune et fieffé crétin. Que ne donnerais-je aujourd’hui pour obtenir une carte définitive d’un immuable ineffable ? Posséder, si pareille chose existait, une cartographie des nuages.

David Mitchell – Cloud Atlas – 2007 (Points)

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L’incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage – Haruki Murakami

20 samedi Sep 2014

Posted by Aurélie in Romans étrangers

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Belfond, Critique de livre, Haruki Murakami, L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage, roman

Haruki Murakami - L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinageLes premières phrases

«  Depuis le mois de juillet de sa deuxième année d’université jusqu’au mois de janvier de l’année suivante, Tsukuru Tazaki vécut en pensant presque exclusivement à la mort. Son vingtième anniversaire survint durant cette période mais cette date n’eut pour lui aucune signification particulière. Pendant tout ce temps, il estima que le plus naturel et le plus logique était qu’il mette un terme à son existence. Pourquoi donc, dans ce cas, n’accomplit-il pas le dernier pas ? Encore aujourd’hui il n’en connaissait pas très bien la raison. A cette époque, il lui paraissait pourtant plus aisé de franchir le seuil qui sépare la vie de la mort que de gober un œuf cru.

Il est possible que le motif réel pour lequel Tsukuru ne se suicida pas fut que ses pensées de la mort étaient si pures et si puissantes qu’il ne parvenait pas à se représenter concrètement une manière de mourir en adéquation avec ses sentiments. Mais l’aspect concret des choses n’était qu’une question secondaire. Si, durant ces mois, une porte ouvrant sur la mort lui était apparue, là, tout près de lui, il l’aurait sans doute poussée sans la moindre hésitation. Il n’aurait eu nul besoin de réfléchir intensément. Cela n’aurait été qu’en enchaînement des choses simple et ordinaire. Pourtant, par bonheur ou par malheur, il n’avait pas été capable de découvrir ce genre de porte à proximité immédiate. »

Circonstances de lecture

Parce que c’est Haruki Murakami…

Impressions

J’adore l’écriture et les histoires de Haruki Murakami, toujours à la frontière du réel et de l’imaginaire. « L’incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage » ne déroge pas à la règle.

On apprend dès le départ que Tsukuru a vécu plusieurs mois de sa vie universitaire avec des idées suicidaires en tête. La raison ? Il a été rejeté du jour au lendemain, sans aucune explication, par son groupe d’amis. Des amis avec lesquels il était inséparable durant ses années de lycée à Nagoya. Seize ans plus tard, une jeune femme, Sara, le pousse à rechercher la raison de ce rejet, voyant en lui une blessure qui ne s’est pas refermée. Recherche de la vérité, exploration du thème de l’amitié, mal-être, différence, solitude… Autant de sujets que Murakami aborde dans ce roman avec une grande justesse, toujours à la lisière de la réalité et de l’imaginaire. De très beaux passages me resteront en tête. Un des meilleurs romans de Haruki Murakami. Mon coup de cœur de la rentrée !

Un passage parmi d’autres

 A considérer l’ensemble de leur vie, on pouvait affirmer que ces cinq amis avaient bien plus de points communs que de différences.

Pourtant, le hasard avait voulu que Tsukuru Tazaki se distingue légèrement sur un point : son patronyme ne comportait pas de couleur. Les deux garçons s’appelaient Akamatsu – Pin rouge -, Ômi – Mer bleue -, et les deux filles, respectivement Shirane – Racine blanche – et Kurono – Champ noir. Mais le nom « Tazaki » n’avait strictement aucun rapport avec une couleur. D’emblée, Tsukuru avait éprouvé à cet égard une curieuse sensation de mise à l’index. Bien entendu, que le nom d’une personne contienne une couleur ou non ne disait rien de son caractère. Tsukuru le savait bien. Néanmoins, il regrettait qu’il en soit ainsi pour lui. Et, à son propre étonnement, il en était plutôt blessé. D’autant que les autres, naturellement, s’étaient mis à s’appeler par leur couleur. Rouge. Bleu. Blanche. Noire. Lui seul demeurait simplement « Tsukuru ». Combien de fois avait-il sérieusement pensé qu’il aurait été préférable que son patronyme ait eu une couleur ! Alors, tout aurait été parfait.

Haruki Murakami – L’incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage – 2014 (Belfond)

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A la grâce des hommes – Hannah Kent

16 mardi Sep 2014

Posted by Aurélie in Romans étrangers

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A la grâce des hommes, Critique de livre, Hannah Kent, Presses de la Cité, roman

Hannah Kent - A la grâce des hommesLes premières phrases

«  Ils disent que je dois mourir. Ils disent que j’ai volé à ces hommes leur dernier souffle et qu’ils doivent voler le mien. Comme si nous étions des bougies – je vois palpiter leurs flammes graisseuses dans l’obscurité et le mugissement du vent. Et je crois entendre des pas déchirer le silence. D’horribles pas qui viennent à moi, qui viennent pour éteindre et emporter ma pauvre vie dans un ruban de fumée grise. Je me disperserai dans l’air nocturne. Ils nous éteindront tous, un à un, jusqu’à ce qu’ils ne s’éclairent plus qu’à la lueur de leurs propres bougies. Où serai-je alors?

Parfois, je crois revoir la ferme brûler dans la nuit. L’étau de l’hiver meurtrit mes poumons. Au loin, le feu se reflète dans la mer. L’eau ondule et semble vaciller sous les flammes. Je me suis retournée cette nuit-là. Un instant seulement, pour voir l’incendie. Quand je passe ma langue sur ma peau, je sens encore le goût du sel. Et l’odeur de roussi. 

Il n’a pas toujours fait aussi froid.

J’entends des pas venir à moi. « 

Circonstances de lecture

Coup de cœur de mon libraire.

Impressions

Un livre noir, envoûtant et glaçant sur la peine de mort au XIXème siècle en Islande. Hannah Kent raconte l’histoire – inspirée de faits réels – d’Agnes Magnusdottir, une servante islandaise condamnée à mort pour le meurtre de deux hommes. Avant d’être exécutée, elle est confiée à la garde d’une famille de fermiers, réticente à l’idée de recueillir sous son toit une criminelle. Petit à petit, Agnes se confie au révérend chargé de l’accompagner vers la mort…

Magnifiquement écrit, ce roman décrit la vie dans le grand Nord, une nature à la fois sublime et dangereuse en hiver. Un grand livre sur la vérité et la peine de mort. A lire !

Un passage parmi d’autres

 Ils ne savent pas qui je suis.

Je ne dis rien. Je suis résolue à me fermer au monde. Je veux endurcir mon cœur et m’accrocher à ce qui ne m’a pas encore été volé. Je ne me laisserai pas glisser vers le néant. Je me retiendrai à ce que je suis, je le garderai contre moi, je fermerai mes poings sur tout ce que j’ai vu, senti et entendu – les poèmes que j’ai composés en lessivant, en fauchant ou en cuisinant jusqu’à en avoir les paumes à vif, les sagas que je connais pas cœur. Tout cela, je l’emporterai sous l’eau avec moi. Mes mots ne seront plus que des bulles d’air. Nul ne pourra les retenir. Ceux qui me regarderont verront une putain, une folle, une meurtrière, une créature qui rougit l’herbe de sang et rit à gorge déployée, la bouche pleine de terre. Ils prononceront le mot « Agnes » et verront une sorcière, une araignée prise dans sa propre toile. Ou un agneau encerclé par des corbeaux, bêlant pour appeler sa mère. Mais ils ne me verront pas, moi. Je ne serai pas là.

Hannah Kent – A la grâce des hommes – 2014 (Presses de la Cité)

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Confiteor – Jaume Cabré

05 vendredi Sep 2014

Posted by Aurélie in Romans étrangers

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Actes Sud, Confiteor, Critique de livre, Jaume Cabré, roman

Jaume Cabré - ConfiteorLes premières phrases

«  Ce n’est qu’hier soir, alors que je marchais dans les rues trempées de Vallcarca, que j’ai compris que naître dans cette famille avait été une erreur impardonnable. Tout à coup, j’ai vu clairement que j’avais toujours été seul, que je n’avais jamais pu compter sur mes parents ni sur un Dieu à qui confier la recherche de solutions, même si, au fur et à mesure que je grandissais, j’avais pris l’habitude de faire assumer par des croyances imprécises et des lectures très variées le poids de ma pensée et la responsabilité de mes actes. Hier, mardi soir, en revenant de chez Dalmau, tout en recevant l’averse, je suis arrivé à la conclusion que cette charge m’incombe à moi seul. Et que mes succès et mes erreurs sont de ma responsabilité, de ma seule responsabilité. Il m’a fallu soixante ans pour voir ça. J’espère que tu me comprendras et que tu sauras voir que je me sens désemparé, seul, et que tu me manques absolument. Malgré la distance qui nous sépare, tu me sers d’exemple. Malgré la panique, je n’accepte plus de planche pour me maintenir à flot. Malgré certaines insinuations, je demeure sans croyances, sans prêtres, sans codes consensuels pour m’aplanir le terrain vers je ne sais où. Je me sens vieux et la dame à la faux m’invite à la suivre. Je vois qu’elle a bougé le fou noir et qu’elle m’invite, d’un geste courtois, à poursuivre la partie. Elle sait que je n’ai plus beaucoup de pions. Malgré tout, ce n’est pas encore le lendemain et je regarde quelle pièce je peux jouer. Je suis seul devant le papier, ma dernière chance.

Ne me fais pas trop confiance. Dans ce genre tellement propice au mensonge que sont les Mémoires écrits pour un seul lecteur, je sais que je tendrai à toujours retomber sur mes quatre pattes, comme les chats ; mais je ferai un effort pour ne pas trop inventer. Tout s’est passé de cette façon, et pis encore. Je sais bien que je t’en avais parlé il y a longtemps ; mais c’est difficile et maintenant je ne sais pas comment m’y prendre. « 

Circonstances de lecture

Attirée par la couverture.

Impressions

Confiteor est un grand livre. Un livre exigeant aussi. J’ai dû m’accrocher pendant 100 pages avant de comprendre où l’auteur voulait en venir, et surtout pourquoi il avait choisi ce mode de narration assez déconcertant au début. Jaume Cabré passe ainsi du « je » au « il » dans la même phrase, mais aussi d’un siècle à un autre ! Car le narrateur raconte son histoire et celle de sa famille, alors que sa mémoire commence à défaillir.

Adria nous parle de son enfance, tiraillé entre un père qui veut faire de lui un humaniste polyglotte et une mère qui le rêve en violoniste. Il nous raconte l’histoire familiale, mais aussi celle d’objets emblématiques : un violon, une médaille et un vieux torchon souillé. Il rédige ainsi sa confession. Une confession qui nous entraîne de l’Espagne de Franco à l’Inquisition en passant par le nazisme, à la poursuite de l’origine du Mal.

Si les modes narratifs déconcertent au début, tenez bon. Une fois tous les morceaux du puzzle reconstitués, ce roman en vaut vraiment la peine !

Un passage parmi d’autres

 Tu as remarqué que la vie est un hasard insondable ? Des millions de spermatozoïdes du père, un seul féconde l’ovule qu’il faut. Que tu sois née ; que je sois né, ce sont des hasards immenses. Nous aurions pu naître des millions d’êtres différents qui n’auraient été ni toi ni moi. Que nous aimions Brahms l’un et l’autre est aussi un hasard. Que dans ta famille il y ait eu tant de morts et tellement peu de survivants. Tout est un hasard. Si l’itinéraire de nos gènes et nos vies ensuite avaient bifurqué à l’un des millions de carrefours possibles, on n’aurait même pas pu écrire tout ceci, qui sera lu par je ne sais qui. Vertigineux.

Jaume Cabré – Confiteor – 2013 (Actes Sud)

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