Un livre, une phrase…

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« La vie des elfes » de Muriel Barbery… Pour les lecteurs qui aiment la Fantasy et les contes de fées.  

Citation Muriel Barbery - La vie des elfes

 

Un livre, une phrase…

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« La bibliothèque des cœurs cabossés » de Katarina Bivald, à lire sous la couette, pour ceux qui croient encore au pouvoir des livres et des librairies.

Citation Katarina Bivald - La bibliothèque des coeurs cabossés

La bibliothèque des cœurs cabossés – Katarina Bivald

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Katarina Bivald - La bibliothèque des coeurs cabossésLes premières phrases

«  Chère Sara,

J’espère qu’Une jeune fille démodée de Louisa May Alcott te plaira. C’est une histoire charmante, même si elle est peut-être un soupçon plus moralisatrice que Les Quatre Filles du docteur March.

Inutile d’envisager de me le rembourser. J’avais ce livre en double depuis des années. Je suis ravie qu’il ait trouvé un nouveau foyer et qu’en plus, il fasse tout le chemin jusqu’en Europe. Moi, je ne suis jamais allée en Suède, mais je suis sûre que ce doit être un très beau pays.

N’est-ce pas amusant qu’un livre voyage davantage que sa propriétaire ? Je ne sais pas si cela est réconfortant ou inquiétant.

Salutations amicales,

Amy Harris »

Circonstances de lecture

Acheté après avoir entendu beaucoup d’avis positifs sur ce livre.

Impressions

L’histoire : une jeune Suédoise, Sara Lindqvist, débarque dans un petit village de l’Iowa pour y passer des vacances chez une vieille dame, Amy Harris, avec qui elle correspond depuis quelques temps sur leur passion commune pour la littérature. Mais voilà, lorsqu’elle arrive sur place, rien ne se passe comme prévu. La vieille dame est décédée, et Sara se retrouve seule dans la maison de la défunte. Évidemment, sous la pression des proches d’Amy, elle décide tout de même de rester à Broken Wheel pour ses vacances… et d’y ouvrir une librairie afin de s’occuper et de transmettre son goût pour la lecture aux habitants du village.

Je vais être franche : oui, j’ai bien aimé ce livre, mais non ce n’est pas un grand livre. Pour être plus claire, si vous souhaitez, comme moi, oublier votre mal de gorge et cocooner tout un week-end sous un plaid, alors ce livre est parfait. Je l’ai commencé le vendredi soir et l’ai terminé le dimanche soir. Il donne le sourire, sème quelques jolies phrases sur l’amour des livres et le pouvoir de la lecture, et vous promet d’emblée un pur happy end à l’américaine. On en ressort avec le sourire.

Reste que si vous souhaitez lire un roman sur la puissance des livres avec un peu plus de profondeur, achetez plutôt « Morwenna » de Jo Walton (du même éditeur d’ailleurs). Ou bien lisez les deux ! Vous vous ferez ainsi votre opinion tout seul. Les deux sont destinés aux amoureux des livres et sont une ode aux librairies et aux bibliothèques.

Un passage parmi d’autres

 Les livres ou les gens, me demandes-tu. Choix difficile, je dois dire. J’ignore si les gens signifient plus que les livres – en tout cas, ils ne sont ni plus sympathiques, ni plus drôles, ni source de davantage de consolation… Pourtant, j’ai beau tourner et retourner la question, au bout du compte, je me vois quand même contrainte de choisir les gens. J’espère que cet aveu ne te fera pas perdre toute confiance en moi.

Même si ma vie était en jeu, je ne saurais expliquer pourquoi j’ai le mauvais goût de préférer les gens. Quand on considère les chiffres bruts, les livres gagnent sans contestation possible – de toute ma vie, j’ai peut-être aimé une poignée de gens en comparaison aux dizaines ou centaines de livres (et là, je ne compte que les livres que j’ai vraiment adorés, ceux dont la simple vue vous réjouit, qui vous font toujours sourire malgré les aléas, ceux qui reviennent sans cesse comme un vieil ami et dont on se souvient où on les a « rencontrés » pour la première fois, je suis certaine que tu sais de quoi je parle). Mais cette poignée de gens qu’on aime… en fait, ils valent tous ces livres.

Katarina Bivald – La bibliothèque des cœurs cabossés – 2015 (Denoël)

La vie des elfes – Muriel Barbery

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Muriel Barbery - La vie des elfesLes premières phrases

«  La petite passait l’essentiel de ses heures de loisir dans les branches. Quand on ne savait pas où la trouver, on allait aux arbres, d’abord au grand hêtre qui dominait l’appentis nord et où elle aimait à rêver en observant le mouvement dans la ferme, ensuite au vieux tilleul du jardin de curé après le petit muret de pierres fraîches, et enfin, et c’était le plus souvent en hiver, aux chênes de la combe ouest du champ attenant, un ressac du terrain planté de trois spécimens comme on n’en avait pas de plus beaux au pays. La petite nichait dans les arbres tout le temps qu’elle pouvait dérober à une vie de village faite d’étude, de repas et de messes, et il arrivait qu’elle y invitât certains camarades qui s’émerveillaient des esplanades légères qu’elle y avait aménagées et passaient là de fiers jours à causer et à rire. »

Circonstances de lecture

Parce que j’avais beaucoup aimé « L’élégance du hérisson », son précédent roman. Et parce que j’aime les histoires d’elfes et de fées.

Impressions

Que les lecteurs qui s’attendent à retrouver la même ambiance et la même plume que « L’élégance du hérisson » se détrompent tout de suite : avec « La vie des elfes« , Muriel Barbery s’essaie à un tout autre style. Ici, son écriture est à la fois poétique et lyrique. C’est beau mais exigeant. Cela se prête en tout cas parfaitement à son histoire, à la frontière du monde réel et fantastique. Que ceux qui n’adhèrent pas à la Fantasy passent également leur chemin. Car, comme le nom du roman l’indique d’emblée, « La vie des elfes » raconte l’histoire de deux petites filles – Clara et Maria – dotées de dons exceptionnelles, et capables de relier le monde des humains au monde mystérieux des elfes. Muriel Barbery parle ici de l’éternel combat du bien contre le mal, mais aussi de magie et de créatures fantastiques. Elle rend également un bel hommage à ces paysans, amoureux de la terre et durs au labeur, pour qui les mots sont souvent moins importants que les regards et les gestes d’affection.

Au final, si « La vie des elfes » surprend par son style, il donne une jolie dimension à la Fantasy. Une lecture déroutante, peut-être, exigeante, sans doute… Mais si vous vous laissez porter par l’écriture poétique et lyrique, si vous aimez les histoires fantastiques, vous aimerez ce roman. Certes, il faut s’accrocher par moment (l’écriture est vraiment particulière, propre peut-être aux elfes) mais l’histoire est belle. Je lirai donc la suite.

Un passage parmi d’autres

 Mais que voit-on au-dedans de la vie ? On voit des arbres, du bois, de la neige, un pont peut-être, et des paysages qui passent sans que l’œil ne puisse les retenir. On voit le labeur et la brise, les saisons et les peines, et chacun voit un tableau qui n’appartient qu’à son cœur, une courroie de cuir dans une boîte en fer-blanc, un coin de champ où il y a des aubépines par légions, le visage ridé d’une femme aimée et le sourire de la petite qui conte une histoire de rainettes. Puis on ne voit plus rien. Les hommes se souviendront que le monde a brusquement retombé sur ses pieds dans une déflagration qui les a laissés tout ballants – après quoi ils ont vu que la clairière était lavée de brumes, qu’il y neigeait à se noyer et que la petite se tenait seule au centre du cercle où il n’y avait d’autres traces que les siennes. Alors tout le monde est redescendu jusqu’à la ferme où on a installé l’enfant devant un bol de lait brûlant et où les hommes ont débarrassé leurs fusils à la hâte parce qu’il y avait là une fricassée de bolets avec un pâté de museau et dix bouteilles de vin de garde.

Voilà l’histoire de la petite fille qui tenait bien serrée une patte de sanglier géante. Au vrai, personne ne saurait tout à fait en expliquer le sens.

Muriel Barbery –  La vie des elfes – 2015 (Gallimard)

Temps glaciaires – Fred Vargas

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Fred Vargas - Temps glaciairesLes premières phrases

«  Plus que vingt mètres, vingt petits mètres à parcourir avant d’atteindre la boîte aux lettres, c’était plus difficile que prévu. C’est ridicule, se dit-elle, il n’existe pas de petits mètres ou de grands mètres. Il y a des mètres et voilà tout. Il est curieux qu’aux portes de la mort, et depuis cette place éminente, on persiste à songer à de futiles âneries, alors qu’on suppose qu’on énoncera quelque formule d’importance, qui s’inscrira au fer rouge dans les annales de la sagesse de l’humanité. Formule qui sera colportée ensuite, de-ci de-là: « Savez-vous quelles furent les dernières paroles d’Alice Gauthier ? »

Si elle n’avait rien à déclarer de mémorable, elle avait néanmoins un message décisif à porter, qui s’inscrirait dans les annales ignobles de l’humanité, infiniment plus vastes que celles de la sagesse. Elle regarda la lettre qui tremblait dans sa main.

Allons, seize petits mètres. Depuis la porte de son immeuble, Noémie la surveillait, prête à intervenir au premier vacillement. Noémie avait tout tenté pour empêcher sa patiente de s’aventurer seule dans la rue, mais le très impérieux caractère d’Alice Gauthier l’avait vaincue.

– Pour que vous lisiez l’adresse postale par-dessus mon épaule ?

Noémie avait été offensée, ce n’était pas son genre.

– C’est le genre de tout le monde, Noémie. Un de mes amis – un vieux truand par ailleurs -, me disait toujours : « Si tu veux garder un secret, eh bien garde-le. » Moi j’en ai gardé un longtemps, mais il m’embarrasserait pour grimper au ciel. Encore que, même ainsi, mon ciel n’est pas gagné. Débarrassez-moi le plancher, Noémie, et laissez-moi aller. »

Circonstances de lecture

Parce que j’avais beaucoup aimé « Pars vite et reviens tard » de Fred Vargas.

Impressions

Un bon polar comme je les aime. Intelligent, bien écrit, avec des dialogues plein d’humour, des personnages attachants, et un meurtrier dont on n’apprend l’identité qu’à la toute fin du livre. Le dernier Fred Vargas ne m’a pas déçu. On y retrouve avec plaisir le commissaire Adamsberg et son équipe. Tout commence à Paris avec des suicides suspects, un mystérieux signe tracé sur les scènes de crime, puis on embarque pour l’Islande et une île terrifiant les locaux, avant de plonger en pleine Révolution Française pour côtoyer Robespierre, Danton et d’innombrables guillotinés. Mélangez tout ça et vous obtenez un très bon Fred Vargas !

Un passage parmi d’autres

 – Eh bien, je me suis un peu amusé avec ce costume. Je me suis regardé dans la glace. Et à cet instant, en même temps, quelque chose n’allait pas. Donc ça avait dû se passer avant, dans Le Creux. Pas quand je marchais dans le gratteron. Non, après. Céleste dans sa vieille cabane avec son sanglier ? Pelletier qui puait le cheval ? Je ne sais pas. Ou quand j’ai dessiné sur le pare-brise ?

Dessiné quoi ? Lucio s’en foutait.

– S’est passé combien d’heures entre le gratteron et le pare-brise ?

– Environ huit heures.

– Ben c’est pas trop long, tu devrais trouver. Creuse. C’est une pensée que t’as pensée et t’as pas fini de penser. Faut pas perdre ses pensées comme ça, hombre. Faut faire attention où on range ses affaires. Ton adjoint, le commandant, ça le gratte aussi ? Et l’autre, avec les cheveux roux ?

– Non. Ni l’un ni l’autre.

– C’est que c’est bien une pensée à toi. C’est dommage, quand t’y réfléchis, que les pensées n’aient pas de nom. On les appellerait, et elles viendraient se coucher à nos pieds ventre à terre.

– Je crois qu’on a dix mille pensées par jour. Ou des milliards sans s’en rendre compte.

– Oui, dit Lucio en ouvrant sa seconde bière. Ce serait le bazar.

Adamsberg traversa la cuisine, croisant son fils qui travaillait sur de futurs bijoux, muni de pain et de fromage.

– Tu montes déjà ?

– Je dois aller chercher des pensées que j’ai pensées et que j’ai oublié de penser.

– Je vois, dit Zerk avec la plus parfaite sincérité.

Allongé sur son lit, Adamsberg gardait les yeux ouverts dans l’obscurité. La bière de Lucio lui disloquait un peu la nuque. Il s’obligea à rouvrir les yeux. « Creuse », il a dit. Cherche. Réfléchis. Sois capable.

Et il s’endormit, sans penser.

Fred Vargas –  Temps glaciaires – 2015 (Flammarion)

Un livre, une phrase… ou deux !

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« Morwenna » de Jo Walton… Des citations inspirantes et tellement vraies… Ce livre est une ode à la lecture et à la magie des livres.  Citation Jo Walton - Morwenna 1 Citation Jo Walton - Morwenna 2

 

Morwenna – Jo Walton

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Jo Walton - MorwennaLes premières phrases

«  L’usine Phurnacite d’Abercwmboi avait tué tous les arbres à des kilomètres à la ronde. Nous avions mesuré avec le compteur de la voiture. On l’aurait dit sortie des profondeurs de l’enfer, sombre et menaçante, avec ses cheminées cracheuses de flammes se reflétant dans une mare noire qui tuait tout animal qui se risquait à y boire. La puanteur était indescriptible. Nous remontions les vitres de la voiture au maximum quand nous devions passer par là et essayions de ne pas respirer, mais Grampar disait que personne ne pouvait retenir sa respiration si longtemps, et il avait raison. Dans cette odeur se mêlaient le souffre, produit de l’enfer, comme chacun sait, et bien pire, des métaux innommables surchauffés et de l’œuf pourri.

Ma sœur et moi appelions cet endroit Mordor, et nous n’y étions encore jamais allées seules. Nous avions dix ans et étions donc de grandes filles, mais, dès que nous avons commencé à la regarder, à notre descente du bus, nous nous sommes donné la main.

C’était le soir et, plus nous approchions, plus elle se dressait noire et terrifiante. Six de ses cheminées étaient éclairées ; quatre crachaient une fumée délétère.

« Certainement une ruse de l’Ennemi », ai-je murmuré.

Mor n’avait pas envie de jouer. « Tu crois vraiment que ça va marcher?

– Les fées en sont sûres, ai-je répondu de mon ton le plus rassurant.

– Je sais, mais par moments je me demande ce qu’elles comprennent au monde réel.

– Leur monde est réel, ai-je objecté. Il est juste différent, c’est une question de point de vue.

– Oui. » Elle ne pouvait détacher les yeux de l’usine, de plus en plus grosse et effrayante à mesure que nous approchions. « Mais je me demande d’où elles voient notre monde. Et c’est incontestablement le nôtre. Les arbres sont morts. Il n’y a pas de fée à des kilomètres à la ronde.

– C’est pour ça que nous sommes là », ai-je dit. »

Circonstances de lecture

Intriguée par la couverture, pleine de fraîcheur et de féérie.

Impressions

Vous aimez les livres et les contes de fées, vous avez passé votre enfance et votre adolescence à dévorer les romans de SF et de Fantasy ? Alors, ce livre est fait pour vous. On se prend d’emblée d’affection pour la petite Morwenna, 15 ans. Sa sœur jumelle est morte dans un mystérieux accident. Morwenna en est ressortie avec une jambe qui la fait souffrir en permanence. Heureusement, les livres de SF et de Fantasy sont là pour la sauver. Elle les dévore comme d’autres engloutissent des anti-dépresseurs. Avec Tolkien sur le haut du podium. « J’avais des livres, de nouveaux livres, et je peux tout supporter tant que j’en ai », nous glisse Morwenna.

Jo Walton nous transporte dans le quotidien de cette jeune ado résolument pas comme les autres. Parce qu’elle préfère la compagnie des livres à celle des filles de son âge, parce que sa mère est, selon elle, une sorcière, parce qu’elle se dit capable de voir les fées et la magie du monde qui l’entoure, parce qu’elle passe tout son temps libre dans les librairies et les bibliothèques, Morwenna détonne et émeut le lecteur. J’ai adoré. Un livre inclassable sur la puissance de la littérature et de l’imaginaire.

Un passage parmi d’autres

 Il y a un banc près de l’étang, avec de l’herbe qui pousse autour, et des saules qui se penchent sur l’eau. Les feuilles de leurs branches tombantes jaunissent. Je me dis toujours que saules pleureurs est un nom qui leur va bien, mais « saules rieurs » l’est aussi. Les saules aiment l’eau et les aulnes la détestent. Il y a une route au-dessus du marais de Croggin appelée Heol y Gwern, la voie des Aulnes, parce que les gens en ont planté le long de la route pour marquer le chemin le plus sûr. On pense que c’était au néolithique. En tout cas, c’était avant les Romains. Ç’a été un choc de lire l’histoire de la vallée. Quand je rentrerai, je ne sais pas si je pourrai la regarder de la même façon.

Assise sur le banc près des saules, j’ai mangé mon gâteau au miel en lisant Triton. Il y a des choses affreuses dans le monde, c’est vrai, mais il y a aussi des livres magnifiques. Quand je serai grande, je voudrais écrire quelque chose que quelqu’un pourra lire assis sur un banc par une journée pas trop chaude et qui lui fera complètement oublier le lieu et l’heure. J’aimerais écrire comme Delany, Heinlein ou Le Guin.

Jo Walton – Morwenna – 2014 (Denoël)

L’épouse modèle – Emma Chapman

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Emma Chapman - L'épouse modèleLes premières phrases

«  Aujourd’hui, curieusement, je suis fumeuse.

Je ne savais pas que je l’étais. Du plus loin qu’il m’en souvienne, je n’ai jamais fumé auparavant.

Cela me semble peu naturel, assez étrange pour une femme de mon âge – épouse et mère d’un enfant déjà adulte – de se retrouver assise quelque part au beau milieu de la journée, une cigarette coincée entre les doigts. Hector déteste qu’on fume. Il lâche toujours un toussotement sec quand nous marchons derrière quelqu’un qui tient une cigarette, dans la rue, et j’imagine alors le raclement de ses cordes vocales humides et roses comme de la chair de poulet.

Je frotte la petite face blanche et ronde de ma montre. Midi quinze. D’ordinaire, à cette heure-ci, je m’affaire dans la cuisine. Il faut que je prépare le dîner pour le soir, le livre de recettes est là, ouvert, sur le pupitre qu’Hector m’a offert à l’occasion de l’un de nos premiers anniversaires de mariage. Il faut que je fasse du pain : mélanger les ingrédients dans un grand bol, pétrir la pâte sur le bois froid du plan de travail, la regarder lever dans le four. Hector aime avoir son pain frais, le matin. Fais de ton foyer un lieu de paix et d’ordre. »

Circonstances de lecture

J’avais juste envie de découvrir ce qui se cachait derrière ce titre. Et parce qu’il s’agit de la même maison d’édition que les romans de Donna Tartt.

Impressions

Encore un livre qui tient en haleine ! Une fois commencé, vous aurez bien du mal à lâcher ce roman d’Emma Chapman. L’histoire : Marta est une femme au foyer modèle. Elle fait tout pour son mari et son fils, prépare les repas, récure la maison du sol au plafond, car tout doit être parfait pour son époux, Hector, et sa belle-mère lorsqu’elle leur rend visite. Mais voilà, Marta a décidé d’arrêter de prendre son traitement… Ces petites pilules qu’elle avale tous les jours depuis des années. Elle commence alors à avoir des hallucinations… Sa maladie reprend-elle le dessus ? Devient-elle paranoïaque ? Ce qu’elle voit est-il purement le fruit de son imagination, de sa folie, ou est-ce des bribes de souvenirs bien réels ?

L’écriture d’Emma Chapman est envoûtante, percutante. J’ai beaucoup aimé ce livre. Seules les toutes dernières pages m’ont déçue…

Un passage parmi d’autres

 Quand je me retourne je vois une fille assise par terre, adossée au lit. Je laisse échapper un petit cri, mais elle ne semble pas me remarquer. Elle me fixe sans ciller de ses yeux gris, écarquillés et brillants. Elle est toute décoiffée : ses cheveux sont sales, presque gris bien que leurs pointes fourchues soient blondes. Elle porte un pyjama crasseux, ses bras fins entourent lâchement ses genoux osseux. Le lit est différent : plus bas, avec un cadre métallique et un mince matelas de mousse recouvert d’un drap blanc.

Une mèche de cheveux retombe sur son visage. Elle ne s’en aperçoit pas; je tends la main et l’écarte de son front. Elle lève la tête et me regarde droit dans les yeux.

« Aide-moi », supplie-t-elle.

Quand je fais un pas en avant, elle disparaît. Le lit est le même qu’avant. J’avance jusqu’à l’endroit où elle était assise, je me penche et je jette un coup d’œil sous le lit, mais je ne vois rien. Je me dis que j’ai imaginé tout cela. Ce n’est pas réel, me dis-je. Pourtant, j’entends encore le désespoir dans sa voix, je vois encore ses grands yeux gris. J’essaie de me souvenir si c’est ce qui est arrivé quand j’ai arrêté de prendre mes pilules, la dernière fois, mais je n’y parviens pas. La part de moi qui me surveille depuis l’extérieur est intriguée. Enfin, quelque chose se passe.

Emma Chapman – L’épouse modèle – 2014 (Feux croisés)

Le cœur du pélican – Cécile Coulon

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Cécile Coulon - Le coeur du pélicanLes premières phrases

« Une chose est sûre, il ne suffit pas de savoir que quelqu’un ne reviendra pas pour cesser de l’attendre. Le reste n’a pas d’importance. Tout ce qui avait de l’importance n’a plus d’importance. C’est l’histoire d’un père, d’un mari, d’un frère. Ce père abandonne ses enfants, ce mari perd sa femme, sa soeur, son foyer, cet ami éloigne un par un ses amis. Il fait tout pour qu’on ne puisse pas le retenir. On ne peut pas convaincre quelqu’un qu’on ne voit plus. On ne peut pas convaincre quelqu’un qui ne vous écoute plus, qui ne vous a sans doute jamais écoutée.

Les tragédies familiales semblent toujours insignifiantes quand elles se jouent sur une autre scène que la vôtre. D’ailleurs, qu’est-ce que ça peut vous faire, ce chagrin ? Avec vos enfants, vos parents, vos cousins, vos oncles et vos tantes, persuadés que ça n’arrivera pas, puisque votre petit clan, votre minuscule tribu, avec ses membres du même sang, du même nom, se porte à merveille. Pourquoi ça vous arriverait ? Pourquoi ça m’est arrivé ? Ma bande était aussi parfaite, aussi tenace que la vôtre, sauf que personne n’a eu la gentillesse de me prévenir. Personne n’est venu me dire : fais attention, vingt ans à construire une famille, dix secondes pour qu’elle explose. »

Impressions

J’avais dévoré « Le Rire du grand blessé ». J’ai tout autant dévoré « Le cœur du Pélican », dernier roman de Cécile Coulon. L’auteur sait attraper son lecteur et le laisser, haletant, au bout de quelque 200 pages, comme s’il avait lui aussi couru derrière Anthime.

Anthime, ce héros qu’on déteste durant les premières pages. Il a abandonné sa femme, ses enfants. On l’apprend au tout début du roman. Joanna, sa femme, nous le fait détester d’emblée. Et puis arrive le témoignage d’Hélèna, la sœur d’Anthime qui nous glisse, comme en pleine confidence, « J’imagine qu’avant de venir me voir Joanna vous a parlé ; d’avance, sans un œil sur ses propos, je peux vous assurer qu’ils sont faux ». Anthime, on apprend petit à petit à le comprendre, à aimer l’enfant qu’il était, à sentir sa colère rentrée, à souffrir avec lui quand son rêve de devenir un athlète de haut niveau se brise soudain. 20 ans plus tard, après s’être contenté d’une vie de Français moyen, saura-t-il rattraper ses rêves ?

Si vous aimez courir, repousser vos limites, si vous aimez ces histoires d’hommes brisés comme sait si bien les décrire Olivier Adam, plongez-vous dans « Le cœur du pélican ».

Un passage parmi d’autres

 Lorsque j’ai lu les premiers articles sur son périple, j’ai pensé je ne suis pas la seule à m’être trompée. Même la présence d’Héléna, des fans, des journalistes ne pouvait l’empêcher d’aller au-delà des limites qu’un demi-dieu n’aurait su franchir. En partant labourer de ses pieds fragiles des kilomètres de terre battue, Anthime replongeait dans le passé, tel un enfant qui se tient, le corps humide, au bord d’une piscine et qu’une main vengeresse  vient pousser brusquement dans l’eau glacée. Anthime s’est arraché le cœur, le Pélican s’est arraché le cœur. Et pas seulement pour moi. Je vous l’ai dit, mais vous n’écoutez pas : le monde ne sera jamais assez vaste pour accueillir des hommes comme lui. Le monde ne comprendra jamais que les grands hommes ne sont pas ceux qui gagnent, mais ceux qui n’abandonnent pas quand ils ont perdu.

Cécile Coulon – Le cœur du pélican – 2015 (Éditions Viviane Hamy)