La femme de nos vies – Didier van Cauwelaert

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Les premières phrases

Didier van Cauwelaert - La femme de nos vies«  On n’attend plus rien de la vie, et soudain tout recommence. Le temps s’arrête, le cœur s’emballe, la passion refait surface et l’urgence efface tout le reste. Il a suffi d’une alerte sur mon ordinateur pour que, dès le lendemain, je me retrouve à six mille kilomètres de chez moi, l’année de mes quatorze ans. L’année où je suis mort. L’année où je suis né. 

*

Peu de choses ont changé à Hadamar. C’est resté une charmante bourgade du bassin de Limburg, entourée de forêts, avec un centre-ville à colombages et un jardin public réputé pour ses roses. L’hôpital psychiatrique est toujours en activité. Simplement repeint dans des tons plus pastel, avec un mémorial et des panneaux pour touristes. La « nouvelle salle de douche », comme on nous disait à l’époque, est devenue un musée.

C’est la première fois que je remets les pieds en Allemagne. Retrouver ici, à l’endroit même de notre rencontre, la femme que j’ai cherchée en vain toute ma vie, comment serait-ce le fruit d’une coïncidence ? Ironie subsidiaire, la chambre 313 est à l’étage où se trouvait jadis mon dortoir. »

Circonstances de lecture

Parce que c’est Didier van Cauwelaert… Un livre dévoré en quelques jours.

Impressions

Didier van Cauwelaert nous raconte ici une histoire bouleversante nous ramenant pendant la 2nde guerre mondiale en Allemagne sur les pas d’un jeune garçon de 14 ans, que ses parents prennent pour un simple d’esprit. Il aurait dû mourir mais il survit grâce au choix de son unique ami, un petit génie,  de le laisser vivre à sa place. Grâce au choix de son ami et à Ilsa Schaffner, le petit gardien de vaches deviendra plus tard le bras droit de plusieurs prix Nobel. Un grand roman autour du nazisme et de la solution finale décrétée pour les handicapés, mais aussi de l’amour adolescent et du sens de la vie. A lire sans hésiter ! Un des meilleurs livres de Didier van Cauwelaert.

Un passage parmi d’autres

 Je m’étais fait un ami, dans le dortoir des moins de quinze ans. B 48. Le premier ami de ma vie qui ne fût pas un veau. Moi, j’étais B 46 – notre numéro de lit nous servait de matricule. Je l’avais repéré parce qu’il était aussi solitaire et silencieux que moi, avec une chose en plus : un livre. Il ne le quittait pas. il le relisait tout le temps. Il y prenait des notes. Le titre me faisait rêver : Le Secret des Atomes. J’imaginais une civilisation disparue, comme les Atlantes, les Amazones, les Nibelungen ou les Walkyries dont ma sœur me racontait naguère les exploits fabuleux.

B 48 ne desserrait pas les dents, en dehors de ses crises d’épilepsie, mais c’est le premier humain avec qui j’avais envie de lier connaissance, pour lui demander de me prêter son livre. La nuit, à voix basse, je lui racontais mes veaux, ma sœur, mon école, le sauvetage de Sonntag – les rares choses de ma vie qui méritaient d’être dites, et il m’écoutait avec une attention extrême. Je n’oublierai jamais la première fois que j’ai entendu sa voix. Un murmure égal, précis, rapide :

– Pourquoi tu as sauvé ce veau-là et pas un autre ?

J’ai réfléchi. En fait, je ne m’étais jamais interrogé sur les raisons de mon acte. Pourquoi on respire, pourquoi on éternue quand il fait froid? Mais il avait raison de me poser la question. En y repensant, j’ai découvert que je n’avais pas agi sur un coup de folie, comme les gens croyaient. J’ai fini par dire :

– Je l’avais mis au monde : je ne pouvais pas le tuer.

– Pourquoi ?

Là, je n’ai pas eu besoin de me creuser, la réponse a jailli toute seule :

– Il n’aurait pas compris.

B 48 s’est dressé sur un coude pour me scruter d’un air circonspect, à la lueur des veilleuses allumées en permanence pour éviter les hurlements de ceux qui avaient peur dans le noir. Et il m’a dit au bout de quelques instants :

– Tu n’es pas fou du tout. Tu as l’intelligence du cœur.

C’était la première fois qu’on me faisait un compliment. j’ai dit merci. Il a repris d’un air incrédule :

– Ils n’ont pas pu confondre, quand même…

Il semblait aussi consterné que moi que pour les médecins qui m’avaient examiné lors de l’internement. Afin de sceller notre amitié, j’ai dit que je m’appelais Jürgen.

– Moi, c’est David.

J’ai répondu que c’était un beau prénom. Il a nuancé par une petite moue, en regardant l’étoile jaune qui lui servait de marque-page. Je lui ai demandé s’il allait encore à l’école. Il a secoué lentement la tête, il a dit :

– Je suis marchand de glaces.

Ça me paraissait encore plus extraordinaire.

La femme de nos vies – Didier van Cauwelaert – 2013 (Albin Michel)

Deadlocked – Charlaine Harris

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Les premières phrases

Charlaine Harris - Deadlocked«  It was hot as the six shades of Hell even this late in the evening, and I’d had a busy day at work. The last thing I wanted to do was to sit in a crowded bar to watch my cousin get naked. But it was Ladies Only night at Hooligans, we’d planned this excursion for days, and the bar was full of hooting and hollering women determined to have a good time.

My very pregnant friend Tara sat to my right, and Holly, who worked at Sam Merlotte’s bar like me and Kennedy Keyes, sat on my left. Kennedy and Michele, my brother’s girlfriend sat on the other side of the table.

« The Sook-ee », Kennedy called, and grinned at me. Kennedy had been first runner-up to Miss Louisiana a few years ago, and despite her stint in prison she’d retained her spectacular looks and grooming, including teeth that could blind an oncoming bus.

« I’m glad you decided to come, Kennedy », I said. « Danny doesn’t mind? » She’d been waffling the very afternoon before. I’d been sure she’d stay at home.

« Hey, I want to see some cute guys, don’t you? » Kennedy said.

I glanced around at the other women. « Unless I missed a page, we all get to see guys naked, on a regular basis, » I said. Though I hadn’t been trying to be funny, my friends shrieked with laughter. They were just that giddy.

I’d only spoken the truth: I’d been dating Eric Northman for a while; Kennedy and Danny Prideaux had gotten pretty intense; Michele and Jason were practically living together; Tara was married and pregnant, for gosh sakes; and Holly was engaged with Hoyt Fortenberry, who barely stopped in at his own appartment any longer. »

Circonstances de lecture

J’ai déjà lu les 11 premiers tomes de cette saga. Alors, pourquoi ne pas continuer ?

Impressions

La saga de Charlaine Harris constitue une pause bienvenue dans mes lectures. J’ai dévoré le 12ème tome (en anglais bien sûr) en quelques jours. C’est toujours avec plaisir que je retourne dans la petite ville de Bon Temps où Sookie côtoie  vampires, loups-garous, fées… et humains. Beaucoup de suspens et d’humour font de cette lecture une sorte de petit plaisir coupable. Difficile de reposer le livre une fois commencé tant on a envie d’en connaître la fin.

Un passage parmi d’autres

 The cluviel door was a rare and ancient fairy love gift. I guess it was the fae equivalent of a Fabergé Easter egg, but magical. My grandfather – not my human one, but my half-human, half-fairy grandfather, Fintan, Dermot’s twin – had given it to my grandmother Adele, who had hidden it away. She had never told me she had it, and I had only just discovered it during the attic clean-out. It had taken me longer to identify it and to learn more about its properties. Only the part-demon lawyer Desmond Cataliades knew I had it… though perharps my friend Amelia suspected, since I’d asked her to teach me about what it could do.

Up until now, I’d hidden it just like my grandmother had. You can’t go through life carrying a gun in your hand just in case someone wants to attack you, right? Though the cluviel dor was a love gift, not a weapon, its use might have results just as dramatic. Possession of the cluviel dor granted the possessor a wish. That wish had to be a personal one, to benefit the possessor or someone the possessor loved. But there were some awful scenarios I’d imagined: What if I wished an oncoming car wouldn’t hit me, and instead it hit another car killing a whole family? What if I wished that my gran were alive again, and instead of my living grandmother, her corpse appeared?

So I understood why Gran had hidden it away from casual discovery. I understood that it had frightened her with its potential, and maybe she hadn’t believed that a Christian should use magic to change her own history.

On the other hand, the cluviel dor could have saved Gran’s life if she’d had it at the moment she was attacked; but it had been in a secret drawer in an old desk up in the attic, and she had died. It was like paying for a Life Alert and then leaving it up in the kitchen cabinet out of reach. No one could take it, and it couldn’t be used for ill; but then again, it couldn’t be used for good, either.

If making one’s whish might lead to catastrophic results, it was almost as perilous to simply possess the cluviel dor. If anyone – any supernatural – learned I had this amazing object, I would be in even more danger than my normal allotment.

Deadlocked – Charlaine Harris – 2012 (Ace)

 

Déconnectez-vous ! – Rémy Oudghiri

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Les premières phrases

Rémy Oudghiri - Déconnectez-vous !«  Dans quelques années, nos villes seront peut-être jalonnées de bornes de connexion. Celles-ci seront principalement destinées à recharger les batteries de nos véhicules électriques. On pourra également y recharger nos smartphones ainsi que tous les autres petits appareils électroniques de compagnie qui ne nous quitteront plus. Les personnes âgées que nous serons majoritairement devenues trimbaleront avec elles de petits réfrigérateurs de poche pour conserver à l’abri leurs médicaments… A chaque coin de rue, la connexion sera facilitée. L’homme connecté sera devenu réalité.

Faisons un rêve. Imaginons qu’à côté de ces bornes électroniques des bornes de déconnexion soient également installées, où les humains s’arrêteront pour se reposer. Ce sera leur manière à eux de se « débrancher », une occasion, en quelque sorte, de recharger leurs propres « batteries » naturelles. Ces bornes prendront peut-être la forme de petites maisons ou de mini-monastères au milieu des innombrables tours transparentes et high-tech qui accueilleront désormais la majeure partie de la planète. En ces lieux, le silence sera la règle. Un point commun les définira : ici nul n’entrera muni d’un appareil technologique. On les déposera ou on les éteindra avant d’entrer. « 

Circonstances de lecture

Je ne lis quasiment jamais d’essais, sauf dans le cadre professionnel. Ici, c’est pourtant avec plaisir que je me suis lancée dans la lecture de cet essai. Pour deux raisons : tout d’abord, j’en connais l’auteur ; et, surtout, le thème de la déconnexion ne pouvait me laisser indifférente, moi qui lis des livres justement pour m’évader un temps de la réalité !

Impressions

Un livre qui se lit d’une traite, télé, radio et portable éteints. Pour profiter au maximum de cette réflexion sur la déconnexion.

On a tous été, un jour ou l’autre, passablement frustré et énervé de passer un dîner en compagnie d’un ou plusieurs ami(e)s scotché(s) à leurs mobiles… On a tous été, un jour ou l’autre, stressé par les appels incessants de la petite lumière rouge de notre Blackberry indiquant l’arrivée d’un nouvel e-mail… On a tous été, un jour ou l’autre, tenté d’envoyer valser les nouvelles technologies, si pratiques mais aussi tellement stressantes et contraignantes. Dans son essai, reposant sur de nombreuses lectures, résultats d’études et exemples concrets, Rémy Oudghiri met le doigt là où ça fait mal, tout en apportant des pistes de solutions possibles. Et si, finalement, se déconnecter, c’était tout simplement cela : ne pas oublier de vivre ? Alors, oui, déconnectons et prenons le temps de mieux vivre avec les autres et avec soi. La lecture, évidemment, en est un parfait moyen !

Un passage parmi d’autres

 La déconnexion vécue par Thoreau dans les bois de Walden marque une étape fondatrice dans la vie d’un individu. Elle a une fonction régénératrice. A nous, contemporains, elle enseigne à nous méfier des modes de vie dominants. Elle nous incite à les regarder sous un angle critique et à nous poser une simple question : suis-je vraiment certain que ces modes de vie contribuent à mon épanouissement personnel ? Suis-je vraiment moi-même en les adoptant sans y réfléchir ? Bien sûr, on imagine mal chaque individu retournant aujourd’hui dans les bois pour s’interroger sur le sens de sa vie. Mais l’exemple et la lecture de Thoreau sont là pour nous rappeler, bien des siècles après Sénèque, l’importance qu’il y a, à un moment de notre vie, de faire un pas de côté. Et de déconnecter un peu. C’est une façon de maintenir intacte notre humanité.

Déconnectez-vous ! – Rémy Oudghiri – mars 2013 (Editions Arléa)

Le Lever des Lunes – Elspeth Cooper

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Elspeth Cooper - Le Lever des LunesLes premières phrases

«  Des particules de lumière pailletaient l’air, tel un nuage de papillons blafards. Sa coupe en argent à la main, Savin s’avança parmi elles et, d’un geste de son autre main, referma le Voile derrière lui, comme s’il tirait un rideau devant une fenêtre donnant sur un jardin en terrasses baigné de soleil. Un picotement dans les doigts lorsqu’il rapprocha les bords, un frisson sur sa peau, et ce fut comme s’il n’avait jamais touché à la trame. 

Bien pratique, ce petit tour. Ca lui permettait de se déplacer librement dans des endroits où il était imprudent de trop attirer l’attention, et ça impressionnait les nigauds. Comme le savaient bien les forains et les arnaqueurs, parfois, un petit sens de la mise en scène était plus précieux que de l’or.

Une par une, les paillettes s’estompèrent dans l’obscurité qui régnait autour de lui, et il fronça les sourcils. Cette pièce, située dans une des tours du château de Renngald, n’aurait pas dû être aussi sombre, ni froide au point de condenser sa respiration, même après la chaleur estivale de Mesarild. Il ressentait rarement le froid, bien qu’il ait dû apprendre à en faire abstraction au lieu d’y être indifférent de naissance comme ses hôtes, mais l’humidité qui l’accompagnait dans ces contrées nordiques était désastreuse pour une bibliothèque, et c’était pourquoi il y avait laissé brûler un feu. Or celui-ci s’était éteint, et il ne voyait nulle trace de la servante à qui il en avait confié l’entretien. « 

Circonstances de lecture

Il s’agit de la suite des Chants de la Terre, que j’avais adoré.

Impressions

Encore une belle édition de la maison Bragelonne. On retrouve avec plaisir l’univers découvert dans le 1er Tome de cette saga (La Chasse Sauvage) d’Elspeth Cooper. Très bien écrit, le livre nous transporte sur les pas de Gair, forcé de suivre Alderan dans le Sud à la poursuite d’un indice caché qui pourrait l’aider à battre Savin et à sauvegarder le Voile. Mais on découvre aussi de nouveaux personnages, notamment Teia, jeune fille du clan des Loups, porteuse du pouvoir des Diseuses… Elspeth Cooper pose clairement les bases d’une grande saga, pleine de magie et de personnages attachants, mais aussi de réflexions sur le pouvoir des religions et la bêtise des hommes. A l’instar de ce qu’avait réussi Ange avec La Légende du Peuple Turquoise. Vivement la suite !

Un passage parmi d’autres

 Lorsque l’eau eut cessé de clapoter, laissant le disque argenté de la lune vagabonde flotter paisiblement en son centre, Teia plaça les deux mains sur le bord du récipient et ferma les yeux. Puis elle plongea en elle-même, cherchant la musique.

D’abord lente à répondre à son appel, celle-ci jaillit soudainement au premier plan de ses pensées. Teai la dompta rapidement, en réduisit le flot à un filet infime, puis la relâcha. Des étincelles bleuâtres lui enveloppèrent les doigts, se convulsant au-dessus de l’eau. Le reflet de la lune chatoya. Celle-ci avait commencé à décroître et n’était pas aussi puissante que lorsqu’elle était pleine, mais elle promettait encore une bonne divination. Une lumière blanche emplit le cercle décrit par le bord du seau puis se figea, offrant à Teia un parfait reflet de son visage.

Montre-moi.

L’image frémit puis redevint nette. Son visage, encore, mais entouré désormais d’un ciel gris et brumeux. Elle avait la joue maculée de sang et ses cheveux formaient comme un roncier de boucles sombres et mouillées. Son regard était terne comme celui d’un oiseau mort.

Elle avait beau l’avoir déjà vue dix fois, cette vision ne manquait jamais de la consterner, par la prédiction qu’elle offrait d’un avenir qu’aucune femme ne pouvait désirer. Agrippant le bord du seau, elle inspira profondément pour se calmer avant sa vision suivante, au cas où il s’agirait de nouveau du guerrier ténébreux.

Montre-moi.

Son visage laissa place à celui du garçon. Les cheveux noirs, les yeux bleus, il lui rendait solennellement son regard, les mains d’une femme posées sur ses épaules. Un geste de protection ou de fierté ? Teia n’avait jamais réussi à le déterminer. Ses traits carrés et massifs, son corps trapu ne laissaient aucun doute quant à sa filiation, même sans le reflet d’or au col de sa chemise.

Montre-moi.

Cette fois, ce fut une vue depuis le ciel qui s’offrit à elle, d’abord des flancs de montagne boisés, puis des plaines vallonnées d’un beige argenté, filetées de rivières scintillantes. Le paysage rappelait les plaines au sud du campement, près de l’an-Archéen, mais cette vision ne ressemblait à rien de ce qu’elle avait vu là-bas lors des hivers qu’elle y avait passés. Par ailleurs, cela semblait être l’été, ou au moins le printemps, parce que le soleil brillait et qu’il y avait des fleurs parmi les herbes. Au loin, presque à la limite de ce qu’elle pouvait distinguer, des silhouettes minuscules comme des fourmis s’éloignaient.

– Qu’est-ce que tu fais, petite ?

Ytha ! La Diseuse était juste derrière elle, approchant à travers les hautes herbes avec la discrétion d’une chasseresse. Relâchant la musique, Teia remua l’eau du bout des doigts pour dissiper l’image et se releva précipitamment pour lui faire face.

Le Lever des Lunes – Elspeth Cooper – janvier 2013 (Bragelonne)

La magie des livres en image…

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Un livre, le meilleur moyen pour s’évader…

La magie des livres... by Guada

L’Histoire sans fin – Michael Ende

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Les premières phrases

«  premières lignes  Telle était l’inscription que l’on pouvait lire sur la porte vitrée d’une petite boutique, mais elle ne se présentait de la sorte que pour celui qui, de l’intérieur de la pièce sombre, regardait au-dehors à travers la glace.

Dehors, c’était un matin gris et froid de novembre et il pleuvait à verse. Les gouttes dégoulinaient le long de la paroi de verre, par-dessus les lettres tarabiscotées. Tout ce que l’on parvenait à distinguer à travers la vitre, c’était un mur taché d’eau de l’autre côté de la rue.

Soudain, la porte fut poussée avec tant de violence qu’une petite grappe de clochettes en laiton, qui était suspendue juste au-dessus, en fut ébranlée et tinta un long moment avant de s’immobiliser à nouveau.

Celui qui avait provoqué ce tintamarre était un garçon petit et gros qui pouvait avoir dix ou onze ans. Ses cheveux brun foncé, mouillés, lui pendaient sur le visage, son manteau gouttait, trempé de pluie, et il portait un cartable fixé à l’épaule par une courroie. Il était un peu pâle et hors d’haleine mais, rompant avec la précipitation qu’il avait manifesté jusque-là, il restait planté sur le seuil de la porte ouverte, comme s’il avait pris racine. »

Michael Ende - L'Histoire sans finCirconstances de lecture

Un livre qui a bercé mon enfance. J’ai eu subitement très envie de le relire, et je ne le regrette pas !

Impressions

Oubliez le film (qui ne parvient pas à retranscrire la profondeur du roman) et plongez-vous, quel que soit votre âge, dans ce roman fantastique de Michael Ende. Qui n’a jamais désiré lire un roman – passionnant – qui ne se terminerait jamais ? Qui n’a jamais rêvé de pouvoir s’échapper de la réalité et de se retrouver dans un autre monde, plein de créatures étranges et de magie ? Le petit Bastien bascule ainsi dans le livre qu’il tient entre les mains et vit alors une multitude d’aventures. Une quête initiatique qui nous fait également réfléchir sur l’importance de l’imagination, le sens de la vie, le pouvoir des livres et des mots, et la nécessité de garder son âme d’enfant, malgré tout, et de lire !

Un passage parmi d’autres

 La passion de Bastien Balthasar Bux, c’était les livres. Qui n’a jamais passé tout un après-midi sur un livre, les oreilles en feu et les cheveux en bataille, à lire et lire encore, oublieux du monde alentour, insensible à la faim et au froid.

Qui n’a jamais lu en cachette, sous sa couverture, à la lueur d’une lampe de poche, parce qu’un père ou une mère, ou quelque personne bien intentionnée avait éteint la lumière, dans l’idée louable que le moment était maintenant venu de dormir puisque demain il faudrait se lever très tôt.

Qui n’a jamais versé, ouvertement ou en secret, des larmes amères en voyant se terminer une merveilleuse histoire et en sachant qu’il allait falloir prendre congé des êtres avec lesquels on avait partagé tant d’aventures, que l’on aimait et admirait, pour qui l’on avait tremblé et espéré, et sans la compagnie desquels la vie allait paraître vide et dénuée de sens.

Celui qui n’a pas fait lui-même l’expérience de tout cela ne comprendra visiblement pas le geste de Bastien.

Il regardait fixement le titre du livre et il se sentait alternativement bouillant et glacé. C’était bien là ce dont il avait tant de fois rêvé, ce qu’il souhaitait trouver depuis le jour où la passion des livres s’était emparée de lui : une histoire qui ne finit jamais ! Le livre des livres !

L’Histoire sans fin- Michael Ende – 1984 (Editions Stock)

Le Jeu de l’Ange – Carlos Ruiz Zafon

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Les premières phrases

Carlos Ruiz Zafon - Le Jeu de l'Ange«  Un écrivain n’oublie jamais le moment où, pour la première fois, il a accepté un peu d’argent ou quelques éloges en échange d’une histoire. Il n’oublie jamais la première fois où il a senti dans ses veines le doux poison de la vanité et cru que si personne ne découvrait son absence de talent, son rêve de littérature pourrait lui procurer un toit sur la tête, un vrai repas chaque soir et ce qu’il désirait le plus au monde : son nom imprimé sur un misérable bout de papier qui, il en est sûr, vivra plus longtemps que lui. Un écrivain est condamné à se souvenir de ce moment, parce que, dès lors, il est perdu : son âme a un prix.

Ce moment, je l’ai connu un jour lointain de décembre 1917. J’avais alors dix-sept ans et travaillais à La Voz de la Industria, un journal au bord de la faillite qui végétait dans une bâtisse caverneuse, jadis siège d’une manufacture d’acide sulfurique, dont les murs sécrétaient encore une vapeur corrosive qui rongeait le mobilier, les vêtements, les cerveaux et jusqu’à la semelle des souliers. Elle se dressait derrière la forêt d’anges et de croix du cimetière du Pueblo Nuevo et, de loin, sa silhouette se confondait avec celle des mausolées se découpant sur un horizon criblé de centaines de cheminées et d’usines qui faisaient régner sur Barcelone un perpétuel crépuscule écarlate et noir. »

Circonstances de lecture

Lu parce que j’avais beaucoup aimé L’Ombre du Vent.

Impressions

Un livre sombre dans une Barcelone étouffante, à la frontière du roman policier, du roman fantastique et de l’histoire d’amour. Le héros, un jeune écrivain, accepte d’écrire un livre pour une somme astronomique… vendant peut-être ainsi son âme au diable. Ici, l’atmosphère est beaucoup plus sombre que dans L’Ombre du Vent. On y retrouve cependant avec plaisir le style de Carlos Ruiz Zafon, le personnage de M. Sempere et le cimetière des livres oubliés. De très beaux passages.

Un passage parmi d’autres

 Mes seuls amis d’alors étaient d’encre et de papier. A l’école, j’avais appris à lire et à écrire bien avant les autres gamins du quartier. Là où les camarades voyaient de l’encre semée en chiures de mouche sur des pages incompréhensibles, je voyais de la lumière, des rues et des êtres humains. Les mots et le mystère de leur science cachée me fascinaient et m’apparaissaient comme une clef permettant d’ouvrir un monde infini, bien loin de cette maison, de ces rues et de ces jours opaques où, j’en avais déjà l’intuition, ne m’attendait qu’un avenir sans intérêt. Mon père n’aimait pas voir des livres à la maison. Il y avait chez ceux-ci, outre les lettres qu’il ne pouvait déchiffrer, quelque chose qui l’offensait. Il me répétait qu’il me mettrait au travail dès que j’aurais dix ans, et que mieux valait m’ôter toutes ces lubies de la tête parce que, sinon, je ne serais jamais qu’un pauvre type et un crève-la-faim. Je cachais les livres sous mon matelas et attendais qu’il soit sorti ou endormi pour les lire.

Le Jeu de l’Ange – Carlos Ruiz Zafon – 2009 (Robert Laffont)

Le Cirque des Rêves – Erin Morgenstern

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Erin Morgenstern - Le Cirque des RêvesLes premières phrases

«  Le cirque arrive sans crier gare.

Aucune annonce ne précède sa venue, aucun avis, aucune affiche sur les poteaux de la ville, aucune mention, aucune publicité dans les journaux locaux. Simplement il est là, quand la veille il n’y était pas.

Les imposants chapiteaux sont rayés de noir et blanc, aucune trace d’or ou de pourpre. Pas la moindre couleur hormis celle des arbres voisins et de l’herbe des champs environnants. Des rayures noires et blanches sur un ciel gris ; d’innombrables chapiteaux de toutes tailles et de toutes formes, enchâssés dans une grille ouvragée en fer forgé qui se dresse au milieu d’un univers terne. Le peu d’espace au sol que l’on distingue de l’extérieur est noir ou blanc, recouvert de peinture, de poudre ou camouflé par un quelconque artifice.

Mais il n’est pas ouvert au public. Pas encore.

En quelques heures, toute la ville est au courant. L’après-midi, la nouvelle fait le tour de la région. Le bouche-à-oreille est une technique publicitaire bien plus efficace que les mots et les points d’exclamation imprimés sur des avis et des affiches. C’est un événement inhabituel et marquant, cette apparition soudaine d’un cirque mystérieux. Les gens s’émerveillent devant la hauteur prodigieuse des plus grands chapiteaux. Ils fixent l’horloge installée derrière les grilles.

Et la pancarte suspendue au-dessus de l’entrée qui annonce en lettres blanches sur fond noir :

Ouverture à la tombée de la nuit.

Fermeture à l’aube.

Quel est ce cirque qui n’ouvre que la nuit ? se demandent les gens. Personne ne sait au juste, mais à l’approche du crépuscule, une foule considérable s’est massée devant l’entrée. « 

Circonstances de lecture

J’ai tout de suite été attirée par l’objet en lui-même : une belle édition dotée d’une couverture en noir et blanc, et d’une tranche rouge.

Impressions

Un livre féérique que l’on referme avec regret. L’histoire se déroule dans un cirque mystérieux, où vivent illusionnistes, acrobates, contorsionnistes et autres cartomanciennes… Erin Morgenstern parvient à transporter le lecteur dans son monde empli de magie et de mystères, un monde où l’on respire avec bonheur l’odeur du caramel, du chocolat chaud et du feu de cheminée. Une belle histoire d’amour mais aussi un bel hommage au monde du cirque.

Un passage parmi d’autres

 Tu pénètres dans une vaste cour lumineuse encerclée de chapiteaux. Des allées qui serpentent tout autour t’éloignent du centre, t’entraînant dans d’invisibles mystères constellés de lueurs scintillantes.

Des vendeurs ambulants circulent parmi la foule qui t’entoure, offrant des rafraîchissements et des curiosités, des créations parfumées à la vanille, au miel, au chocolat ou à la cannelle.

Non loin, une contorsionniste en costume noir étincelant se tord sur une estrade, son corps plié dessinant d’impossibles figures.

Un jongleur lance très haut des globes noirs, blancs et argent qui semblent planer un instant avant de retomber dans ses mains, sous les applaudissements des spectateurs fascinés.

Le tout baigne dans une lumière chatoyante qui émane d’un grand feu de joie brûlant au centre de la cour.

En t’approchant, tu vois qu’il est installé dans un vaste chaudron noir, posé en équilibre sur des pieds griffus. Le haut du chaudron se divise en longues volutes de fer forgé qui semblent avoir été fondues et étirées comme du caramel. Le fer forgé se recourbe sur lui-même et s’entremêle aux autres boucles, formant une cage. Les flammes apparaissent dans les interstices et s’élèvent légèrement au-dessus. Seul le fond est sombre, si bien que l’on ne distingue pas si c’est du bois, du charbon ou tout autre chose que l’on brûle.

Les flammes qui dansent ne sont ni jaunes ni orangées, mais d’une blancheur de neige.

Le Cirque des Rêves – Erin Morgenstern – 2012 (Flammarion)