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Archives de Tag: Critique de livre

Alex – Pierre Lemaitre

19 dimanche Jan 2014

Posted by Aurélie in Policiers / Thrillers, Romans français

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Alex, Critique de livre, Le Livre de Poche, Pierre Lemaitre, roman

Pierre Lemaitre - AlexLes premières phrases

«  Alex adore ça. Il y a déjà près d’une heure qu’elle essaye, qu’elle hésite, qu’elle ressort, revient sur ses pas, essaye de nouveau. Perruques et postiches. Elle pourrait y passer des après-midi entiers.

Il y a trois ou quatre ans, par hasard, elle a découvert cette boutique, boulevard de Strasbourg. Elle n’a pas vraiment regardé, elle est entrée par curiosité. Elle a reçu un tel choc de se voir ainsi en rousse, tout en elle était transformé à un tel point qu’elle l’a aussitôt achetée, cette perruque.

Alex peut presque tout porter parce qu’elle est vraiment jolie. Ça n’a pas toujours été le cas, c’est venu à l’adolescence. Avant, elle a été une petite fille assez laide et terriblement maigre. Mais quand ça s’est déclenché, ç’a été comme une lame de fond, le corps a mué presque d’un coup, on aurait dit du morphing en accéléré, en quelques mois, Alex était ravissante. Du coup, comme personne ne s’y attendait plus, à cette grâce soudaine, à commencer par elle, elle n’est jamais parvenue à y croire réellement. Aujourd’hui encore.

Une perruque rousse, par exemple, elle n’avait pas imaginé que ça pourrait lui aller aussi bien. Une découverte. Elle n’avait pas soupçonné la portée du changement, sa densité. C’est très superficiel, une perruque mais, inexplicablement, elle a eu l’impression qu’il se passait vraiment quelque chose de nouveau dans sa vie. « 

Circonstances de lecture

J’avais très envie de découvrir les polars de Pierre Lemaitre après avoir lu « Au revoir là-haut« .

Impressions

Une jeune femme, Alex, est enlevée dans une rue de Paris. Le commissaire Camille Verhoeven se voit confier, malgré lui, cette enquête de kidnapping. Mais l’affaire piétine, et Verhoeven craint le pire… Alex est enfermée dans une cage par son ravisseur, nue, à plusieurs mètres au-dessus du sol…

Impossible de raconter ce thriller sans en dire trop et révéler les multiples rebondissements de cette histoire pleine de suspens. Mais si vous voulez lire un polar bien écrit, et vous laisser surprendre, alors foncez ! Vous ne le regretterez pas.

Un passage parmi d’autres

 Camille sort, assure son chapeau, le garçon repart. On est au bout de la rue, à cinquante mètres des premières barrières. Camille termine à pied. Quand il a le temps, il tâche toujours de prendre les problèmes de loin, c’est sa méthode. Le premier regard compte beaucoup, autant qu’il soit panoramique parce que après, on est dans le détail, dans les faits, innombrables, aucun recul. C’est la raison officielle qu’il se donne pour être descendu à une centaine de mètres de l’endroit où il est attendu. L’autre raison, la vraie, c’est qu’il n’a pas envie d’être là.

En s’avançant vers les voitures de police dont la lumière des gyrophares éclabousse les façades, il cherche à comprendre ce qu’il éprouve.

Son cœur cogne.

Il ne se sent vraiment pas bien. Il donnerait dix ans de sa vie pour être ailleurs.

Mais si lentement qu’il s’approche, le voici quand même arrivé.

Ça s’est passé à peu près comme ça, quatre ans plus tôt. Dans la rue qu’il habitait, qui ressemble un peu à celle-ci. Irène n’était plus là. Elle devait accoucher, un petit garçon, dans quelques jours. Elle aurait dû être à la maternité, Camille s’est précipité, il a couru, il l’a cherchée, ce qu’il a fait cette nuit-là pour la retrouver… Il était comme fou mais il a eu beau faire… Après, elle était morte. Le cauchemar dans la vie de Camille a commencé par une seconde semblable à celle-ci. Alors il a le cœur qui cogne, qui rebondit, ses oreilles bourdonnent. Sa culpabilité, qu’il croyait assoupie, s’est réveillée. Ça lui donne des nausées. Une voix lui crie de s’enfuir, une autre d’affronter, sa poitrine est serrée comme dans un étau. Camille pense qu’il va tomber. Au lieu de ça, il déplace une barrière pour entrer dans le périmètre sécurisé. L’agent de faction lui adresse de loin un petit signe de la main. Si tout le monde ne connaît pas le commandant Verhoeven, tout le monde le reconnaît. Forcément, même s’il n’était pas une sorte de légende, avec cette taille-là… Et cette histoire-là…

Alex – Pierre Lemaitre – 2011 (Le Livre de Poche)

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Mon épouse américaine – Ruth Ozeki

08 mercredi Jan 2014

Posted by Aurélie in Romans étrangers

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Critique de livre, Mon épouse américaine, Pocket, roman, Ruth Ozeki

Les premières phrasesRuth Ozeki - Mon épouse américaine

«  L’Épouse américaine est assise sur le sol devant la cheminée. La lumière vacillante des bûches électriques se reflète sur la peau luisante de sueur de son large visage pâle. Les jambes repliées sous elle, les lèvres serrées, les doigts de pied jouant nerveusement avec les longues mèches du tapis tout neuf, appuyée sur un bras, elle reste parfaitement immobile. Son mari lui fait face, la bouche crispée, à quelques centimètres de son visage. Ils attendent.

– Takagi !

– Hai !

– Chotto… Peux-tu demander à l’épouse de ne pas fixer son mari comme ça ! Son regard me donne la chair de poule… Ce n’est pas romantique du tout.

– Hai… Excusez-moi, madame Flowers…?

Sans tourner la tête, L’Épouse américaine me jette un regard en biais.

– Le metteur en scène, M. Oda, se demandait si vous pouviez fermer les yeux quand votre mari se penche pour vous embrasser ?

– D’accord, marmonne Suzie Flowers.

Ses mâchoires restent fixes, mais elle ne peut s’empêcher d’acquiescer légèrement de la tête.

Le cameraman, l’œil vissé à la caméra, gronde d’exaspération.

– Tagaki, dis-lui de ne pas BOUGER ! lance-t-il.

– Je suis désolée, madame Flowers, mais je dois vous prier une fois de plus de ne pas bouger la tête…

– Muri desu yo, dit le cameraman à Oda. C’est impossible. On ne peut pas s’approcher plus que ça. Sa peau est marbrée et elle brille. Elle est immonde.

– Tagaki !

– Hai !

– Demande-lui si elle a un fond de teint qui pourrait couvrir son horrible peau !

– Euh… Madame Flowers ? M. Oda voudrait savoir si vous avez du fond de teint quelque part ? Nous avons un petit problème avec la caméra… C’est juste pour le gros plan. »

Circonstances de lecture

J’avais adoré le dernier livre de Ruth Ozeki, « En même temps, toute la terre et tout le ciel« . J’ai réussi à dénicher ce précédent roman en occasion (il n’est malheureusement plus disponible en librairie).

Impressions

« Mon épouse américaine », c’est à la fois le titre du livre de Ruth Ozeki, mais aussi le titre des documentaires que tourne l’une des héroïnes de ce roman, Jane Takagi-Little. Une femme entre deux cultures (sa mère est japonaise, son père américain), et entre deux professions (le journalisme et la communication). Chargée de réaliser des documentaires aux USA pour donner aux femmes japonaises l’envie de cuisiner de la viande à leur famille, Jane est rapidement confrontée aux exigences de son sponsor (une marque américaine de viande), et aux process industriels aberrants de l’industrie bovine. En parallèle, on assiste à l’impact de ces documentaires sur la vie d’une jeune femme japonaise, Akiko.

Ce livre à la fois drôle et troublant nous fait sillonner les routes américaines. Avec à la clé une réflexion sur l’industrie bovine, les hormones, le choc des cultures, l’écologie… mais aussi l’amour et le désir de devenir mère. Attention : vous ne regarderez plus la viande de la même façon après cette lecture !

Un passage parmi d’autres

 « Le message, c’est la viande. Chaque épisode hebdomadaire d’une demi-heure de « Mon Épouse américaine ! » doit culminer dans la célébration d’une pièce de viande précise, magnifiée, mise en scène pour apparaître dans toute sa splendeur. C’est la viande (et non la femme) qui est la vedette de ce programme ! Bien sûr, « la Femme de la Semaine » est importante, elle aussi. Elle doit être séduisante, appétissante et très américaine. Elle est la viande faite femme : ample, robuste, mais tendre et facile à digérer. A travers elle, les femmes japonaises doivent percevoir les notions de chaleur, de convivialité et de confort qui sous-tendent les valeurs traditionnelles de l’Amérique rurale, symbolisées par la viande rouge. »

Je m’arrêtai et me relus avec une certaine satisfaction. C’était la note d’intention du nouveau programme de Kato, une traduction plus ou moins fidèle du texte japonais qu’il m’avait dicté au téléphone. C’était peut-être un peu excessif, mais cela me plaisait. Cela ferait l’affaire. Je le faxai à Tokyo et allai m’écrouler dans mon lit. Alors que je réfléchissais à ce nouveau projet en frissonnant, pelotonnée sous mes couvertures, je n’aurais jamais imaginé que ce petit texte allait se révéler très lucratif et qu’il allait inaugurer une nouvelle ère, qui durerait plus d’une année et pendant laquelle je travaillerais et mangerais de la viande.

L’année des viandes. Elle a changé ma vie. Vous savez quand quelque chose fait basculer votre vie et qu’ensuite, plus rien n’est pareil ?

Mon épouse américaine – Ruth Ozeki – 1999 (Pocket)

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Doctor Sleep – Stephen King

03 vendredi Jan 2014

Posted by Aurélie in En VO, Romans étrangers

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Critique de livre, Doctor Sleep, Hodder & Stoughton, roman, Stephen King, The Shining

Stephen King - Doctor SleepLes premières phrases

«  On the second day of December in a year when a Georgia peanut farmer was doing business in the White House, one of Colorado’s great resort hotels burned to the ground. The Overlook was declared a total loss. After an investigation, the fire marshal of Jicarilla County ruled the cause had been a defective boiler. The hotel was closed for the winter when the accident occurred, and only four people were present. Three survived. The hotel’s off-season caretaker, John Torrance, was killed during an unsuccessful (and heroic) effort to dump the boiler’s steam pressure, which had mounted to disastrously high levels due to an inoperative relief valve.

Two of the survivors were the caretaker’s wife and young son. The third was the Overlook’s chef, Richard Hallorann, who had left his seasonal job in Florida and come to check on the Torrances because of what he called « a powerful hunch » that the family was in trouble. Both surviving adults were quite badly injured in the explosion. Only the child was unhurt.

Physically, at least. »

Circonstances de lecture

Acheté à Londres chez Hatchards. Parce que c’est la suite de « The Shining » !

Impressions

C’est avec plaisir que l’on retrouve le petit garçon de « The Shining », devenu adulte. Succombera-t-il aux mêmes maux que son père, à commencer par son problème d’alcoolisme ? Parviendra-t-il à vivre avec son don ? Et qu’arrivera-t-il lorsqu’il rencontrera une petite fille encore plus douée que lui ? « Doctor Sleep » n’est pas aussi angoissant que « The Shining ». C’est plutôt un roman fantastique où le mal n’est jamais bien loin…  Une bonne suite cependant, qui se lit d’une traite.

Un passage parmi d’autres

 Two years later, on the day before the Thanksgiving break, halfway up a deserted stairwell in Alafia Elementary, Horace Derwent appeared to Danny Torrance. There was confetti on the shoulders of his suit. A little black mask hung from one decaying hand. He reeked of the grave. « Great party, isn’t it? » he asked.

Danny turned and walked away, very quickly.

When school was over, he called Dick long-distance at the restaurant where Dick worked in Key West. « Another one of the Overlook People found me. How many boxes can I have, Dick? In my head, I mean. »

Dick chuckled. « As many as you need, honey. That’s the beauty of the shining. You think my Black Grampa’s the only one I ever had to lock away? »

« Do they die in there? »

This time there was no chuckle. This time there was a coldness in Dick’s voice the boy had never heard before. « Do you care? »

Danny didn’t.

When the onetime owner of the Overlook showed up again shortly after New Year’s – this time in Danny’s bedroom closet – Danny was ready. He went into the closet and closed the door. Shortly afterward, a second mental lockbox went up on the high mental shelf beside the one that held Mrs Massey. There was more pounding, and some inventive cursing that Danny saved for his own later use. Pretty soon it stopped. There was silence from the Derwent lockbox as well as the Massey lockbox. Whether or not they were alive (in their undead fashion) no longer mattered.

What mattered was they were never getting out. He was safe.

That was what he thought then. Of course, he also thought he would never take a drink, not after seeing what it had done to his father.

Sometimes we just get it wrong.

Doctor Sleep – Stephen King – 2013 (Hodder & Stoughton)

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Silo – Hugh Howey

12 jeudi Déc 2013

Posted by Aurélie in Romans étrangers, SF

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Actes Sud, Critique de livre, Hugh Howey, roman, science fiction, Silo

Hugh Howey - SiloLes premières phrases

«  Les enfants jouaient pendant qu’Holston montait vers sa mort ; il les entendait crier comme seuls crient les enfants heureux. Alors que leurs courses folles tonnaient au-dessus de lui, Holston prenait son temps, et chacun de ses pas se faisait pesant, méthodique, tandis qu’il tournait et tournait dans le colimaçon, ses vieilles bottes sonnant contre les marches.

Les marches, comme  les bottes de son père, présentaient des signes d’usure. La peinture n’y tenait que par maigres écailles, surtout dans les coins et sur l’envers, où elle était hors d’atteinte. Le va-et-vient ailleurs dans l’escalier faisait frémir de petits nuages de poussière. Holston sentait les vibrations dans la rampe luisante, polie jusqu’au métal. Ça l’avait toujours ébahi : comment des siècles de paumes nues et de semelles traînantes pouvaient éroder l’acier massif. Une molécule après l’autre, supposait-il. Peut-être que chaque vie en effaçait une couche pendant que le silo, lui, effaçait cette vie.

Foulée par des générations, chaque marche était légèrement incurvée, son rebord émoussé comme une lèvre boudeuse. Au milieu, il ne restait presque aucune trace de ces petits losanges dont la surface tirait jadis son adhérence. L’absence s’en déduisait seulement du motif visible de chaque côté, où de petites bosses pyramidales, aux arêtes vives et écaillées de peinture, se découpaient sur l’acier.

Holston levait sa veille botte vers une vieille marche, appuyait sur sa jambe et recommençait. Il se perdait dans la contemplation de ce que les années sans nombre avaient fait, cette ablation des molécules et des vies, ces couches et ces couches réduites à l’état de fine poussière. Et il se dit, une fois de plus, que ni les vies ni les escaliers n’étaient faits pour ce genre d’existence. L’espace resserré de cette longue spirale, qui se déroulait dans le silo enterré comme une paille dans un verre, n’avait pas été conçu pour pareil traitement. Comme tant de choses dans leur gîtes cylindrique, il semblait obéir à d’autres fins, répondre à des fonctions depuis longtemps oubliées. Ce qui servait aujourd’hui de voie de communication à des milliers de personnes, dont les montées et descentes quotidiennes se répétaient par cycles, Holston le trouvait plus propre à servir en cas d’urgence et à quelques dizaines de personnes seulement.

Il franchit un palier supplémentaire – un camembert de dortoirs. Alors qu’il gravissait les quelques étages qui restaient, pour sa toute dernière ascension, les bruits de joies enfantines se mirent à pleuvoir plus fort au-dessus de lui. C’était le rire de la jeunesse, d’êtres qui ne s’interrogeaient pas encore sur l’endroit où ils grandissaient, ne sentaient pas encore la terre presser de tous côtés, ne se sentaient pas le moins du monde enterrés, mais en vie. En vie et inusés, ils faisaient ruisseler leurs trilles heureux dans la cage d’escalier, des trilles qui s’accordaient mal aux actions d’Holston, à sa décision, à sa détermination à sortir.  « 

Circonstances de lecture

Quand j’ai vu qu’Actes Sud se lançait dans la science-fiction, je n’ai pas hésité à acheter ce premier roman !

Impressions

Silo de Hugh Howey est un très bon roman de science-fiction. Bien écrit, bien construit, Silo se lit très vite tant le suspens est savamment distillé tout au long de ses 558 pages. Un homme, Holston, le shérif d’un mystérieux lieu souterrain (le silo), s’apprête à mourir. Il veut sortir du silo. Or, ce qui l’attend dehors, c’est une mort certaine : l’air extérieur est irrespirable. Mais avant de mourir, il devra nettoyer les caméras permettant aux hommes et femmes du silo d’apercevoir le paysage dévasté du monde extérieur. Qu’y a-t-il dehors ? Pourquoi les hommes sont-ils obligés de vivre sous terre ? Les images du dehors sont-elles vraiment réelles ? Que s’est-il passé pour que l’humanité en arrive là? Surtout, pourquoi est-il interdit de parler du passé ? Pourquoi est-il interdit d’espérer ?

Vivement la suite !

Un passage parmi d’autres

 La vue projetée dans la cellule n’était pas aussi floue que celle de la cafétéria et Holston passa son dernier jour dans le silo à considérer cette énigme. La caméra était-elle à l’abri du vent toxique, de ce côté ? Est-ce que chaque nettoyeur, condamné à mort, mettait davantage de soin à préserver la vue qui avait accompagné ses derniers instants ? Ou cet effort supplémentaire était-il un cadeau fait au prochain nettoyeur, qui lui aussi passerait son dernier jour dans cette cellule ?

Holston préférait la dernière explication. Elle lui faisait penser à sa femme avec nostalgie. Elle lui rappelait pourquoi il était là, du mauvais côté des barreaux, de son plein gré.

Alors que ses pensées se portaient vers Allison, il s’assit et fixa le monde mort que des peuples anciens avaient laissé. Ce n’était pas la meilleure vue sur le paysage qui environnait leur bunker enterré, mais ce n’était pas non plus la pire. Au loin, des collines basses, onduleuses, mettaient une jolie touche de brun, comme du jus de café contenant juste ce qu’il faut de lait de cochon. Le ciel, au-dessus des collines, était du même gris terne que celui de son enfance, et de l’enfance de son père, et de celle de son grand-père. Le seul trait mouvant du paysage, c’étaient les nuages. Ils planaient pleins et sombres au-dessus des collines. Ils erraient, libres, comme les bêtes en troupeau des albums illustrés.

La vue du monde mort occupait tout le mur de sa cellule, comme elle occupait tous ceux du dernier étage du silo, chacun présentant une partie différente des terres désolées et floues, toujours plus floues, qui s’étendaient dehors. Le petit morceau de monde d’Holston partait du bout de son lit de camp, montait jusqu’au plafond, et s’étendait jusqu’au mur opposé, pour redescendre vers les toilettes. Et malgré le léger flou – comme si on avait huilé l’objectif – on avait l’impression de pouvoir partir en promenade dans ce décor, dans ce trou béant et engageant curieusement placé en face d’infranchissables barreaux de prison.

Silo – Hugh Howey – octobre 2013 (Actes Sud)

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En même temps, toute la terre et tout le ciel – Ruth Ozeki

03 mardi Déc 2013

Posted by Aurélie in Romans étrangers

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Belfond, Critique de livre, En même temps toute la terre et tout le ciel, roman, Ruth Ozeki

Ruth Ozeki - En même temps, toute la terre et tout le cielLes premières phrases

«  HELLO ! 

Je m’appelle Nao, et je suis un être-temps. Vous savez ce que c’est, un être-temps ? Non? Eh bien, si vous avez un moment, je vais vous le dire.

Un être-temps, c’est quelqu’un comme vous et moi, comme chacun de nous qui est, a été ou sera un jour. Quelqu’un qui vit dans le temps. Moi, par exemple, je suis en ce moment à Akihabara Electric Town, dans un maid café français. J’écoute une chanson triste, une chanson que vous avez déjà entendue par le passé, qui est également mon présent, où j’écris ces mots, où je m’interroge sur vous qui faites partie de mon futur. Et si vous lisez ces lignes, peut-être que vous aussi vous vous posez des questions sur moi.

Vous vous posez des questions sur moi.

Je me pose des questions sur vous.

Vous êtes qui, et vous faites quoi ?

Etes-vous dans le métro à New York ou dans un jacuzzi à Sunnyvale ?

En train de vous prélasser sur une plage de sable fin à Phuket ou de vous faire faire les ongles à Saint-Tropez ?

Homme ou femme ? Entre les deux peut-être ?

C’est votre copine qui vous prépare un bon petit plat ou est-ce que vous mangez des nouilles froides directement dans la barquette ?

Êtes-vous roulé sous la couette, dos à votre épouse qui ronfle, ou alanguie sur un lit, impatiente que votre bel amant sorte du bain, pour lui faire l’amour avec passion ?

Vous avez un chat, une femelle ? Est-elle installée sur vos genoux ? Quand vous posez le nez sur son front, est-ce que vous sentez le cèdre et l’air frais ?

En fait, on s’en fout un peu, puisque le temps que vous lisiez ce passage, tout aura déjà changé, et le lieu où vous serez n’aura pas grande importance. Vous tournerez avec désinvolture les pages de ce livre qui se trouve être le journal de mes derniers instants sur terre en vous demandant si ça vaut le coup de continuer.

Si vous décidez d’arrêter là, franchement, pas de problème. Vous n’étiez pas la personne que j’attendais, de toute façon. Mais si vous poursuivez votre lecture, alors je vais vous dire : vous êtes tout à fait mon genre d’être-temps, et entre nous ça va être magique ! »

Circonstances de lecture

Acheté un peu au hasard dans ma librairie. Une belle découverte.

Impressions

Il est de ces livres que l’on savoure du début à la fin, à la fois bien écrit, réfléchi et magique. « En même temps, toute la terre et tout le ciel » de Ruth Ozeki fait partie de ces romans-là. Dans la lignée de Haruki Murakami, l’auteur nous transporte entre deux mondes : celui de Ruth, écrivain en panne d’inspiration, habitant sur une île reculée de la baie Désolation au Canada ; et celui de Nao, une ado japonaise mal dans sa peau. Parce qu’un jour Ruth découvre sur la plage le journal intime de cette lycéenne, leurs deux mondes se retrouvent imbriqués.

Ici, Ruth Ozeki traite de la vie, de la mort, de la philosophie zen, des affres de l’adolescence, du harcèlement à l’école, du suicide, des kamikazes, du tsunami, du 11 septembre, de la mémoire, du temps qui passe… Le tout savamment orchestré pour former une histoire que l’on n’est pas prêt d’oublier. Ruth Ozeki, écrivez vite un nouveau roman ! Je l’attends avec impatience !

Un passage parmi d’autres

 Je n’ai pas vraiment l’âme d’un poète, et tout est question d’images et d’interprétation dans les haïkus. Pourtant, quand j’ai lu le poème de ma Jiko, une vision s’est formée dans mon esprit, celle d’un arbre, un vieux ginkgo gigantesque au pied de son temple. Les feuilles du ginkgo ont la forme de petits éventails. Quand vient l’automne, elles prennent une couleur jaune vif, et en tombant elles recouvrent le sol d’un manteau doré, alors j’ai pensé que ce vieil arbre était sûrement un être-temps, tout comme Jiko est un être temps, et je me suis vue en train de chercher le temps perdu parmi les feuilles tombées au pied de l’arbre comme des mots éparpillés.

En même temps, toute la terre et tout le ciel – Ruth Ozeki – 2013 (Belfond)

 

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Report from the Interior – Paul Auster

30 samedi Nov 2013

Posted by Aurélie in En VO, Romans étrangers

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Critique de livre, faber and faber, Paul Auster, Report from the Interior, roman

Paul Auster - Report from the interiorLes premières phrases

«  In the beginning, everything was alive. The smallest objects were endowed with beating hearts, and even the clouds had names. Scissors could walk, telephones and teapots were first cousins, eyes and eyeglasses were brothers. The face of the clock was a human face, each pea in your bowl had a different personality, and the grille on the front of your parents’ car was a grinning mouth with many teeth. Pens were airships. Coins were flying saucers. The branches of trees were arms. Stones could think, and God was everywhere.

There was no problem in believing that the man in the moon was an actual man. You could see his face looking down at you from the night sky, and without question it was the face of a man. Little matter that this man had no body – he was still a man as far as you were concerned, and the possibility that there might be a contradiction in all this never once entered your thoughts. At the same time, it seemed perfectly credible that a cow could jump over the moon. And that a dish could run away with a spoon

Your earliest thoughts, remnants of how you lived inside yourself as a small boy. You can remember only some of it, isolated bits and pieces, brief flashes of recognition that surge up in you unexpectedly at random moments – brought on by the smell of something, or the touch of something, or the way the light falls on something in the here and now of adulthood. At least you think you can remember, you believe you remember, but perhaps you are not remembering at all, or remembering only a later remembrance of what you think you thought in that distant time which is all but lost to you now. « 

Circonstances de lecture

Parce que c’est Paul Auster… Un de mes auteurs préférés.

Impressions

Après « Winter Journal » (Chronique d’hiver), Paul Auster poursuit l’exploration de sa vie non plus à travers son corps mais à travers son esprit : comment pensait-il quand il était enfant ? Comment son enfance et son adolescence l’ont mené à l’homme qu’il est devenu aujourd’hui ? Quels événements l’ont le plus marqué ? Un récit passionnant, construit en quatre parties distinctes, toujours magnifiquement écrit.

Un passage parmi d’autres

 In thinking about where you want to go with this, you have decided not to cross the boundary of twelve, for after the age of twelve you were no longer a child, adolescence was looming, glimmers of adulthood had already begun to flicker in your brain, and you were transformed into a different king of being from the small person whose life was a constant plunge into the new, who every day did something for the first time, even several things, or many things, and it is this slow progress from ignorance toward something less than ignorance that concerns you now. Who were you, little man? How did you become a person who could think, and if you could think, where did your thoughts take you? Dig up the old stories, scratch around for whatever you can find, then hold up the shards to the light and have a look at them. Do that. Try to do that.

Report from the Interior – Paul Auster – 2013 (faber and faber)

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In One Person – John Irving

23 samedi Nov 2013

Posted by Aurélie in En VO, Romans étrangers

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Black Swan, Critique de livre, In one person, John Irving, roman

John Irving - in one personLes premières phrases

«  I’m going to begin by telling you about Miss Frost. While I say to everyone that I became a writer because I read a certain novel by Charles Dickens at the formative age of fifteen, the truth is I was younger than that when I first met Miss Frost and imagined having sex with her, and this moment of my sexual awakening also marked the fitful birth of my imagination. We are formed by what we desire. In less than a minute of excited, secretive longing, I desired to become a writer and to have sex with Miss Frost – not necessarily in that order. 

I met Miss Frost in a library. I like libraries, though I have difficulty pronouncing the word – both the plural and the singular. It seems there are certain words I have considerable trouble pronouncing: nouns, for the most part – people, places, and things that have caused me preternatural excitement, irresolvable conflict, or utter panic. Well, that is the opinion of various voice teachers and speech therapists and psychiatrists who’ve treated me – alas, without success. In elementary school, I was held back a grade due to ‘severe speech impairments’ – an overstatement. I’m now in my late sixties, almost seventy; I’ve ceased to be interested in the cause of my mispronunciations. (Not to put too fine a point on it, but fuck the etiology).

I don’t even try to say the etiology word, but I can manage to struggle through a comprehensible mispronunciation of library and libraries – the botched word emerging as an unknown fruit. (‘libery’, or ‘liberries’, I say – the way children do.)

It’s all the more ironic that my first library was undistinguished. This was the public library in the small town of First Sister, Vermont – a compact red-brick building on the same street where my grandparents lived. I lived in their house on River Street – until I was fifteen, when my mom remarried. My mother met my stepfather in a play. « 

Circonstances de lecture

Parce que j’aime beaucoup les romans de John Irving, notamment « Le Monde selon Garp ».

Impressions

« In One Person » (« A moi seul bien des personnages ») retrace la vie de William Abbott, un bisexuel qui essaie de trouver sa place – et de se trouver lui-même – dans une société américaine pour le moins puritaine. Un grand roman sur la tolérance, l’identité sexuelle, la différence, le travestissement, mais aussi le théâtre de Shakespeare, les premiers émois amoureux, le rôle de l’écrivain et de la lecture, sans oublier de très beaux (et durs) passages sur le sida.

Dans ce roman, John Irving révèle beaucoup de lui-même. Un grand roman prônant la tolérance et la différence.

Un passage parmi d’autres

 « But why doesn’t Bill choose what books he likes for himself? » Richard Abbott asked my mother. « Bill, you’re thirteen, right? What are you interested in? »

Except for Grandpa Harry and my ever-friendly uncle Bob (the accused drinker), no one has asked me this question before. All I liked to read were the plays that were in rehearsal at the First Sister Players; I imagined that I could learn these scripts as word-for-word as my mother always learned them. One day, if my mom were sick, or in an automobile accident – there were car crashes galore in Vermont – I imagined I might be able to replace her as the prompter.

« Billy! » my mother said, laughing in that seemingly innocent way she had. « Tell Richard what you’re interested in. »

« I’m interested in me, » I said. « What books are there about someone like me? » I asked Richard Abbott.

« Oh, you would be surprised, Bill, » Richard told me. « The subject of childhood giving way to early adolescence – well, there are many marvelous novels that have explored this pivotal coming-of-age territory! Come on – let’s go have a look. »

« At this hour? Have a look where? » my grandmother said with alarm. This was after an early school-night supper – it was not quite dark outside, but it soon would be. We were all sitting at the dining-room table.

« Surely Richard can take Bill to our town’s little library, Vicky, » Grandpa Harry said. Nana looked as if she’d been slapped; she was so very much a Victoria (if only in our own mind) that no one but my grandpa ever called her « Vicky », and when he did, she reacted with resentment every time. « I’m bettin’ that Miss Frost keeps the library open till nine most nights, » Harry added.

« Miss Frost! » my grandmother declared, with evident distate.

« Now, now – tolerance, Vicky, tolerance, » my grandfather said.

« Come on, » Richard Abbott said again to me. « Let’s go get you your own library card – that’s a start. The books will come later; if I had a guess, the books will soon flow. »

« Flow! » my mom cried happily, but with no small measure of disbelief. « You don’t know Billy, Richard – he’s just not much of a reader. »

« We’ll see, Jewel, » Richard said to her, but he winked at me. I had a growingly incurable crush on him; if my mother was already falling in love with Richard Abbott, she wasn’t alone.

In One Person – John Irving – 2012 (Black Swan)

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Billie – Anna Gavalda

11 lundi Nov 2013

Posted by Aurélie in Romans français

≈ 3 Commentaires

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Anna Gavalda, Billie, Critique de livre, le dilettante, roman

Anna Gavalda - BillieLes premières phrases

«  On s’est regardés méchamment. Lui parce qu’il devait penser que tout était de ma faute et moi parce que ce n’était pas une raison pour me regarder comme ça. Des bêtises, j’en ai tellement fait depuis qu’on se connaît, et il en a tellement profité, et il s’est tellement marré grâce à moi, que c’était minable de sa part de me reprocher celle-ci juste parce qu’elle allait mal finir… 

Merde, comment je pouvais le savoir ?

Je pleurais.

– Ça y est ? T’as des remords ? il a murmuré en fermant les yeux. Non… Je suis bête… Les remords, tu…

Il était trop épuisé pour avoir la force de m’en vouloir jusqu’au bout. Et puis c’était inutile. Là-dessus, on serait toujours d’accord. Moi, les remords, je ne sais même pas comment ça s’écrit…

Nous étions au fond d’une crevasse ou de je ne sais quoi de géographiquement très embêtant. Un genre de… de déboulis dans le Parc national des Cévennes où les portables ne captaient pas, où y avait pas la queue d’un mouton – et encore moins celle d’un berger – et où personne ne nous trouverait jamais. Moi, je m’étais bien amoché le bras, mais je pouvais encore le bouger, alors que lui, c’était clair, il était en mille morceaux.

J’ai toujours su qu’il était courageux, mais là, vraiment, il me donnait une leçon.

Encore une… »

Circonstances de lecture

Parce que c’est Anna Gavalda.

Impressions

Ne vous arrêtez pas à la couverture (hideuse, oui!), ni à la taille (seulement 223 pages) du dernier Anna Gavalda. « Billie » est un petit bijou de lecture, un concentré de bonne humeur et d’émotions. Il vous donnera instantanément le sourire. L’héroïne du roman, Billie, tombée au fond d’une crevasse avec son ami Franck, tente de surmonter son découragement en nous prenant à témoin, nous lecteurs transformés en sa bonne étoile. Elle nous parle avec ses mots à elle, ce qui donne au roman une fraîcheur instantanée.

Encore une fois, Anna Gavalda nous fait suivre la trace de deux abîmés de la vie, réunis grâce à Alfred de Musset et « On ne badine pas avec l’amour ». Un beau petit livre sur tous ceux qui se sentent en marge, et qui essaient, envers et contre tout, de s’en sortir tout en restant eux-mêmes.

Un passage parmi d’autres

 Et puis, vous savez, je ne pense pas qu’on soit si clichés que ça. Je pense que dans tous les collèges de France et d’ailleurs, que ce soit à la campagne ou dans les villes, y en a plein les salles de permanence, des clandestins dans notre genre…

Des combattants de l’invisible, des délocalisés d’eux-mêmes, des qui sont en apnée du matin au soir et qui en crèvent parfois, oui, qui finissent par lâcher prise si personne les repêche un jour ou s’ils n’y arrivent pas tout seuls… En plus, je trouve que je le raconte vraiment soft pour le coup. Pas pour vous épargner de la gêne ou à moi des critiques, mais parce que le soir d’un de mes anniversaires, celui de mes vingt-deux ans je crois, j’ai fait reset.

Je me suis réinitialisée devant lui et j’ai juré à Franck Muller que c’était fini. Que je ne me laisserais plus jamais me faire du mal.

Et la petite Cosette, peut-être qu’elle manque d’imagination, mais en attendant, elle tient ses promesses.

Billie – Anna Gavalda – 2013 (le dilettante)

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Au revoir là-haut – Pierre Lemaitre

10 dimanche Nov 2013

Posted by Aurélie in Romans français

≈ 1 Commentaire

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Albin Michel, Au revoir là-haut, Critique de livre, Pierre Lemaitre, Prix Goncourt, roman

Pierre Lemaitre - Au revoir là-haut Les premières phrases

«  Ceux qui pensaient que cette guerre finirait bientôt étaient tous morts depuis longtemps. De la guerre, justement. Aussi, en octobre, Albert reçut-il avec pas mal de scepticisme les rumeurs annonçant un armistice. Il ne leur prêta pas plus de crédit qu’à la propagande du début qui soutenait, par exemple, que les balles boches étaient tellement molles qu’elles s’écrasaient comme des poires blettes sur les uniformes, faisant hurler de rire les régiments français. En quatre ans, Albert en avait vu un paquet, des types morts de rire en recevant une balle allemande.

Il s’en rendait bien compte, son refus de croire à l’approche d’un armistice tenait surtout de la magie : plus on espère la paix, moins on donne de crédit aux nouvelles qui l’annoncent, manière de conjurer le mauvais sort. Sauf que, jour après jour, ces informations arrivèrent par vagues de plus en plus serrées et que, de partout, on se mit à répéter que la guerre allait vraiment prendre fin. »

Circonstances de lecture

Lu car c’était le coup de cœur de mon libraire, bien avant qu’il reçoive le Prix Goncourt.

Impressions

Le premier chapitre prend directement le lecteur dans ses filets. Pas de doute, on sait déjà dès les premières pages que ce livre sera un grand souvenir de lecture. L’histoire débute quelques jours avant l’armistice, en pleine guerre des tranchées. Mais quand la guerre prend fin, on se rend bien vite  compte que, pour les démobilisés, elle continue toujours… Soldats handicapés, soldats défigurés, soldats sans le sous au chômage… Ceux-ci sont délaissés. Vite, l’urgence, après guerre, c’est de prendre soin des morts… et non des vivants.

Si « Au revoir là-haut » est un roman historique, c’est aussi un superbe roman de vengeance de deux ex-soldats malmenés par l’existence. A la manière d’un thriller, ce livre happe le lecteur. On n’a qu’une envie : tourner les pages pour en connaître la fin.

Un passage parmi d’autres

 Mourir le dernier, se disait Albert, c’est comme mourir le premier, rien de plus con.

Or c’est exactement ce qui allait se passer.

Alors que jusqu’ici, dans l’attente de l’armistice, on vivait des jours assez tranquilles, brusquement tout s’était emballé. Un ordre était tombé d’en haut, exigeant qu’on ailler surveiller de plus près les Boches. Il n’était pourtant pas nécessaire d’être général pour se rendre compte qu’ils faisaient comme les Français, qu’ils attendaient la fin. Ça n’empêche, il fallait y aller voir. A partir de là, plus personne ne parvint à reconstituer exactement l’enchaînement des événements.

Pour remplir cette mission de reconnaissance, le lieutenant Pradelle choisit Louis Thérieux et Gaston Grisonnier, difficile de dire pourquoi, un jeune et un vieux, peut-être l’alliance de la vigueur et de l’expérience. En tout cas, des qualités inutiles  parce que tous deux survécurent moins d’une demi-heure à leur désignation. Normalement, ils n’avaient pas à s’avancer très loin. Ils devaient longer une ligne nord-est, sur quoi, deux cent mètres, donner quelques coups de cisaille, ramper ensuite jusqu’à la seconde rangée de barbelés, jeter un œil et s’en revenir en disant que tout allait bien, vu qu’on était certain qu’il n’y avait rien à voir. Les deux soldats n’étaient d’ailleurs pas inquiets d’approcher ainsi de l’ennemi. Vu le statu quo des derniers jours, même s’ils les apercevaient, les Boches les laisseraient regarder et s’en retourner, ça serait comme une sorte de distraction. Sauf qu’au moment où ils avançaient, courbés le plus bas possible, les deux observateurs se firent tirer comme des lapins. Il y eut le bruit des balles, trois, puis un grand silence ; pour l’ennemi, l’affaire était réglée. On essaya aussitôt de les voir, mais comme ils étaient partis côté nord, on ne repérait pas l’endroit où ils étaient tombés.

Autour d’Albert, tout le monde en eut le souffle coupé. Puis il y eut des cris. Salauds. Les Boches sont bien toujours pareils, quelle sale engeance !  Des barbares, etc. En plus, un jeune et un vieux ! Ca ne changeait rien, mais dans l’esprit de tous, les Boches ne s’étaient pas contentés de tuer deux soldats français, avec eux, ils avaient abattu deux emblèmes. Bref, une vraie fureur.

Dans les minutes qui suivirent, avec une promptitude dont on les savait à peine capables, depuis l’arrière, les artilleurs balancèrent des giclées de 75 sur les lignes allemandes, à se demander comment ils avaient été informés.

Après, l’engrenage.

Les Allemands répliquèrent. Côté français, il ne fallut pas longtemps pour rassembler tout le monde. On allait leur régler leur compte, à ces cons-là. C’était le 2 novembre 1918. On ne le savait pas encore, on était à moins de dix jours de la fin de la guerre.

Au revoir là-haut – Pierre Lemaitre – 2013 (Albin Michel)

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L’extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet – Reif Larsen

01 vendredi Nov 2013

Posted by Aurélie in Romans étrangers

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Critique de livre, L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet, Livre de Poche, Reif Larsen, roman, T.S. Spivet

Reif Larsen - L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. SpivetLes premières phrases

«  Le téléphone a sonné un après-midi du mois d’août, alors que ma sœur Gracie et moi étions sur la véranda en train d’éplucher le maïs doux dans les grands seaux en fer-blanc. Les seaux étaient criblés de petites marques de crocs qui dataient du printemps dernier, quand Merveilleux, notre chien de ranch, avait fait une dépression et s’était mis à manger du métal.

Peut-être devrais-je m’exprimer de manière un peu plus claire. Quand je dis que Gracie et moi épluchions le maïs doux, ce que je veux dire, en fait, c’est que Gracie épluchait le maïs doux tandis que moi, de mon côté, je schématisais dans l’un de mes petits carnets bleus les différentes étapes de cet épluchage.

J’avais des carnets de trois couleurs. Les BLEUS, soigneusement alignés contre le mur sud de ma chambre, étaient réservés aux « Schémas de gens en train de faire des choses », à la différence des VERTS, sur le mur est, qui contenaient des croquis zoologiques, géologiques et topographiques, et des ROUGES, sur le mur ouest, que je remplissais de dessins d’insectes pour le cas où ma mère, le Dr Clair Linneaker Spivet, aurait eu besoin de mes services. »

Circonstances de lecture

J’avais envie de lire ce livre avant de voir son adaptation au cinéma par Jean-Pierre Jeunet.

Impressions

T.S. Spivet, 12 ans, est un petit garçon pas comme les autres. Passionné de cartographie, il passe son temps à dessiner le monde qui l’entoure. Jusqu’au jour où ses dessins attirent l’attention de l’illustre musée Smithsonian… et lui valent de remporter le Prix Baird. Il est alors attendu à Washington pour faire un discours. Commence alors un long périple du ranch du Montana où il habite avec ses parents, jusqu’à Washington.

Ce livre est unique. Parce qu’il se veut le carnet de voyage de ce petit prodige de 12 ans, on est happé par son histoire et par les croquis, schémas, apartés et cartes griffonnés dans la marge. Une lecture pas comme les autres, pleine du parfum de l’enfance, de questions philosophiques, et d’émotions. Car T.S. Spivet garde en lui un lourd secret…

Un passage parmi d’autres

 Le lendemain, pour me distraire, j’ai essayé de me lancer dans la cartographie de Moby Dick.

Cartographier un roman est une tâche délicate. Parfois, les paysages imaginaires m’offraient un refuge, un répit dans la mission que je m’étais assignée de cartographier le monde réel dans sa totalité. Mais ce répit était toujours assorti d’un sentiment de vacuité : je savais que je me leurrais, que l’œuvre de fiction n’était qu’une illusion. Sans doute certains parviennent-ils à justifier le plaisir de l’évasion par la conscience du leurre, peut-être est-ce précisément là tout l’intérêt des romans, mais pour ma part j’ai toujours trouvé difficile d’accepter cette cohabitation de la réalité et de la fiction. Peut-être faut-il simplement être adulte pour réaliser ce numéro d’équilibriste qui consiste à croire tout en ne croyant pas.

En fin d’après-midi, je suis sorti pour chasser de mon esprit les fantômes de Melville. J’ai suivi le chemin sinueux que mon père avait tracé dans les hautes herbes avec la tondeuse. En cette fin d’été, les hautes herbes étaient presque plus hautes que moi. Elles se couchaient sous le vent en vagues lentes et la lumière du couchant, bleu et saumon, pénétrait la treille ondulante formée par les tiges et les pédoncules.

Il y avait tout un monde caché dans ces hautes herbes. Si l’on s’allongeait par terre, la nuque appuyée sur les tiges rugueuses, les yeux rivés sur le grand ciel bleu découpé par les lames immenses des herbes dressées, le ranch et tous ceux qui y vivaient disparaissaient dans un rêve lointain. Etendu ainsi sur le dos, on pouvait se téléporter n’importe où : je fermais les yeux, j’écoutais le bruissement des herbes et j’imaginais que j’étais dans la gare de Grand Central Terminal, où les hommes se bousculaient dans un froissement de pardessus, pressés d’avoir leur express et de rentrer dans le Connecticut.

L’extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet – Reif Larsen – 2009 (Le Livre de Poche)

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