• A propos

Love In Books

~ Parce qu'il n'y a rien de mieux qu'un livre pour s'évader…

Love In Books

Archives de Tag: Critique de livre

Les Lisières – Olivier Adam

11 mardi Sep 2012

Posted by Aurélie in Romans français

≈ Poster un commentaire

Étiquettes

Critique de livre, Flammarion, Les Lisières, Olivier Adam, rentrée littéraire

Les premières phrases

«  Je me suis garé sur le trottoir d’en face. J’ai jeté un œil dans le rétroviseur. Sur la banquette arrière, Manon rassemblait ses affaires, le visage caché derrière un long rideau de cheveux noirs. A ses côtés, Clément s’extirpait lentement du sommeil. Six mois n’avaient pas suffi à m’habituer à ça. Cette vie en pointillés. Ces week-ends volés une semaine sur deux. Ces dimanches soir. Ces douze jours à attendre avant de les revoir. Douze jours d’un vide que le téléphone et les messages électroniques ne parvenaient pas à combler. Comment était-ce seulement possible ? Comment avions-nous pu en arriver là ? J’ai tendu ma main vers ma fille et elle l’a serrée avant d’y poser un baiser.

– Ca va aller, papa ?

J’ai haussé les épaules, esquissé un de ces sourires qui ne trompaient personne. Elle est sortie de la voiture, suivie de son frère. J’ai attrapé leurs sacs à dos dans le coffre et je les ai suivis. De l’autre côté de la rue, la maison de Sarah n’était plus la mienne. Pourtant rien ou presque n’y avait changé. Je n’avais emporté que mes vêtements, mon ordinateur et quelques livres. Chaque dimanche, quand je ramenais les enfants, il me semblait absurde de repartir, je ne comprenais pas que ma vie puisse ne plus s’y dérouler. J’avais le sentiment d’avoir été expulsé de moi-même. Depuis six mois je n’étais plus qu’un fantôme, une écorce molle, une enveloppe vide. Et quelque chose s’acharnait à me dire qu’une part de moi continuait à vivre normalement dans cette maison, sans que j’en sache rien. »

Circonstances de lecture

Premier livre de la rentrée littéraire que je lis. Émotions garanties.

Impressions

C’est un livre encore une fois plein d’émotions que nous livre Olivier Adam. Son narrateur, Paul Steiner (son double romancé ?), lutte pour reprendre sa vie en main. Après son divorce, la dépression revient le hanter, tout comme la douleur d’être séparé de ses enfants. Quand sa mère est hospitalisée, il revient en banlieue parisienne (région qu’il a fuie pour la Bretagne) afin de s’occuper de son père. Il y découvre un secret de famille soigneusement caché…

Ce livre met le doigt là où ça fait mal : le divorce et ses conséquences sur les enfants, les relations familiales souvent difficiles, la vie en banlieue, les classes moyennes, le sentiment de n’être à sa place nulle part… Tout en revenant sur des faits d’actualité de l’année passée : la montée du FN, la campagne électorale, la crise, le tsunami au Japon, Fukushima… Un très beau livre sur notre époque et ses contradictions, sans concession, superbement écrit.

Un passage parmi d’autres

 J’ai claqué la porte et dévalé les escaliers, au sens premier du terme, le bois glissait et je me suis retrouvé sur le cul, endolori, mais à bon port. J’ai marché jusqu’à République. Les rues grouillaient de monde. Que pouvaient bien foutre tous ces gens un jeudi soir à quatre heures du matin dans les rues du dixième arrondissement de Paris, je n’en savais plus rien, j’avais quitté cette ville depuis trop longtemps maintenant, et quitter cette ville c’était quitter la nuit. Paris était à mes yeux une ville fondamentalement nocturne et il me revenait combien l’hiver, quand nous y vivions, Sarah et moi attendions la nuit avec impatience, qui heureusement tombait à dix-sept heures, gommant la lumière grise et laide, repeinte tout à coup d’éclairage municipal et de vitrines allumées, soudain tout brillait, tout luisait, tout sortait neuf et clinquant d’une gangue terne et poussiéreuse. En nous établissant en Bretagne, il nous avait fallu vivre en sens inverse, le matin il nous arrivait de nous lever avant le jour, et nous guettions les lumières roses qui nimbaient la pointe fermant la baie. Parfois à l’aube nous prenions la voiture et roulions vers le soleil levant, le jour pointait sur la presqu’île, les bruyères, les genêts, les arméries, les dunes piquées d’oyats, les falaises couvertes de fougères, et nous ne voulions pas en perdre une miette. La nuit engloutissait tout ça sous un voile de satin noir, d’anthracite et d’acier mat et la ville s’endormait silencieuse et saoulée de vent.

Les Lisières – Olivier Adam – 2012 (Editions Flammarion)

Partager :

  • Partager sur X(ouvre dans une nouvelle fenêtre) X
  • Partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook
  • Partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn
  • Partager sur Pinterest(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Pinterest
J’aime chargement…

The House at Tyneford – Natasha Solomons

10 vendredi Août 2012

Posted by Aurélie in En VO, Romans étrangers

≈ Poster un commentaire

Étiquettes

Critique de livre, Downton Abbey, Natasha Solomons, Plume, romans, The House at Tyneford

Les premières phrases

«  When I close my eyes I see Tyneford House. In the darkness as I lay down to sleep, I see the Purbeck stone frontage in the glow of late afternoon. The sunlight glints off the upper windows, and the air is heavy with the scents of magnolia and salt. Ivy clings to the porch archway, and a magpie pecks at the lichen coating a limestone roof tile. Smoke seeps from one of the great chimneystacks, and the leaves on the unfelled lime avenue are May green and cast mottled patterns on the driveway. There are no weeds yet tearing through the lavender and thyme borders, and the lawn is velvet cropped and rolled in verdant stripes. No bullet holes pockmark the ancient garden wall and the drawing room windows are thrown open, the glass not shattered by shellfire. I see the house as it was then, on that first afternoon. « 

Circonstances de lecture

Fan de la série TV « Downton Abbey », je n’ai pas pu résister à l’envie de lire ce livre. On y retrouve la même ambiance que la série.

Impressions

Tout commence en 1938 lorsque l’imminence de la guerre pousse la jeune Elise Landau à quitter l’Autriche pour l’Angleterre. Elle laisse derrière elle ses parents, en attente de visas pour quitter à leur tour le pays, tandis que sa sœur aînée part pour les USA. Loin de son foyer natal, elle devient servante à Tyneford, au service de la famille Rivers. Là, elle découvre un mode de vie typiquement british, et tombe amoureuse du fils de la maison, et de la campagne anglaise.

Un passage parmi d’autres

 My hair was sticky with sweat and clung to my face and I decided that I would wash, despite the cold. An old-fashioned water pump with an iron handle stood in the middle of the yard. I’d watched the stable boy use it earlier before scrubbing Mr. Bobbin, and I mimicked his movement, pushing the handle up and down until a steady stream of water sluiced my feet and gushed over the cobbles. Kneeling, I shoved my head under the flow, trying to pump at the same time, and managed to rinse my hair as well as spray myself with freezing water. The cold took my breath away, emptying my mind of all thought save for the sensation of icy liquid down my neck. It was not unpleasant, and the rush of water crowded out my tumbling worries. The pump squealed and whined, filling the empty yard with the sound, so that it took me a moment to realise someone was speaking to me.

« Hullo? »

I scrambled to my feet, banging my head against the pump. A pain exploded above my eye and I crouched, rubbing my forehead. The next moment, a man was kneeling beside me, pushing my wet hair out of my face with his fingers.

« Are you bleeding? Or is this water? I can’t see. Come into the light. »

I allowed myself to be led into the corner of the yard, where a yellow oil lamp rested on a mounting block. The man touched my forehead where I’d cracked it against the pump. I was too embarrassed to look into his face, so I stared at my bare, slightly grimy toes.

« No, you’re all right. I’m sorry. Didn’t mean to frighten you like that. »

I looked up and saw in the gloom a man of about forty with dark hair and a slight smile playing around his eyes. Anna would have called him handsome, but I knew that men of forty were far too old to be considered any such thing.

« Christopher Rivers, » he said.

« Elise Landau, » I said, offering him my hand.

The House at Tyneford – Nastasha Solomons – 2011 (Editions Plume)

Partager :

  • Partager sur X(ouvre dans une nouvelle fenêtre) X
  • Partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook
  • Partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn
  • Partager sur Pinterest(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Pinterest
J’aime chargement…

Les oreilles de Buster – Maria Ernestam

08 dimanche Juil 2012

Posted by Aurélie in Romans étrangers

≈ 1 Commentaire

Étiquettes

Critique de livre, Gaïa Editions, Les oreilles de Buster, Livres, Maria Ernestam, roman

Les premières phrases

«  Je t’ai raconté l’histoire des baleines ? Dans l’océan Arctique ? Non ? Ah bon… Alors je vais t’expliquer comment ça se passe là-bas. Comment les baleines font l’amour. 

Nous, les hommes, nous marchons debout. Pour commencer, nous levons les yeux vers le ciel bleu qui se déploie au-dessus de nous, en nous tenant aussi droit que possible. Puis nous posons un pied devant l’autre, puis l’autre, puis l’autre, et ainsi de suite, indéfiniment. C’est notre manière à nous d’atteindre notre but – enfin, si nous nous en sommes fixés un. Il nous arrive aussi de nous promener au petit bonheur la chance, insouciants et joyeux. Finalement, ça n’a pas d’importance. Le mouvement est le même. Un pied devant l’autre, debout. Ne l’oublie jamais.

Pour les grandes baleines de l’océan Arctique, c’est différent. Elles affrontent les vagues en y plongeant leurs nageoires, elles ondulent dans l’océan infini, chatouillées par des tourbillons d’eau sur toute la surface de leur peau. Contrairement à nous, elles ne sont pas obligées de poser un pied devant l’autre sans arrêt. Grâce à leur nageoire caudale, elles vont où elles veulent, et leurs corps gigantesques décrivent des courbes magnifiques. Quand une baleine se propulse en avant, ce n’est donc pas en posant deux minuscules pieds devant le reste de son corps, mais en fendant l’eau de son énorme tête. Les baleines sont allongées quand elles se déplacent, ne l’oublie pas non plus. « 

Circonstances de lecture

Lu dans le train et le métro en juin 2012. J’ai été attirée par la couverture et ce titre, pour le moins énigmatique, Les oreilles de Buster.

Impressions

Eva vient de fêter ses 56 ans. Elle passe une retraite tranquille à s’occuper de son jardin, notamment de ses rosiers, en compagnie de son compagnon Sven. Quand sa petite fille lui offre un journal intime, Eva se met à y retranscrire sa vie. Elle relate alors comment, à l’âge de 7 ans, elle a décidé de tuer sa mère… Projet qu’elle mettra à exécution à 17 ans.

Très bien écrit, ce roman décrit avec justesse comment une petite fille a réussi malgré tout à se construire et à survivre, blessée en permanence par sa mère. Entre Alice au pays des merveilles et la série Dexter, l’histoire d’Eva et de sa mère tient en haleine. Jusqu’à un final qui recèle bien des surprises…

Un passage parmi d’autres

 J’avais sept ans quand j’ai décidé de tuer ma mère. Et dix-sept ans quand j’ai finalement mis mon projet à exécution.

A travers ce simple constat, je viens de m’exprimer sur cette page avec une sincérité dont je n’ai pas l’habitude. A vrai dire, je n’ai jamais été aussi franche. Cela fait un moment que je n’écris plus de cartes postales, sans parler de lettres, et je n’ai jamais tenu de journal intime. Les mots m’ont toujours narguée, tournoyant sans répit dans ma tête. Des pensées qui me paraissaient révélatrices, originales tant que je les gardais prisonnières, s’effritaient durant leur brève course dans l’atmosphère et mouraient dès qu’elles touchaient le papier. Comme si le simple passage de mon for intérieur au dehors suffisait à les flétrir.

L’écart impitoyable entre inspiration et insignifiance qu’ont cruellement révélé mes rares tentatives d’écriture, m’a incitée à délaisser la plume, hormis pour consigner des faits purs et durs. Beurre, œufs, tomates, radis. Dentistes, ne pas oublier d’appeler. Il peut donc sembler pathétique de se mettre ainsi à rédiger un journal intime à l’âge de cinquante-six ans, mais je m’en arroge le droit. Ce cadeau doit bien avoir un sens, surtout venant d’Anna-Clara. Il implique un engagement de ma part – cela fait si longtemps que je ne me suis pas sentie redevable de quoi que ce soit… Les obligations ont cessé de dicter mon comportement bien avant que je n’arrête d’écrire des lettres. Mais je m’égare.

Les oreilles de Buster – Maria Ernestam – 2011 (Gaïa Editions)

Partager :

  • Partager sur X(ouvre dans une nouvelle fenêtre) X
  • Partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook
  • Partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn
  • Partager sur Pinterest(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Pinterest
J’aime chargement…

L’Evangile de Jimmy – Didier van Cauwelaert

21 jeudi Juin 2012

Posted by Aurélie in Romans français

≈ Poster un commentaire

Étiquettes

Albin Michel, Critique de livre, Didier van Cauwelaert, L'Evangile de Jimmy, Livre, roman

Les premières phrases

«  Quand on se prend pour Dieu, on ne peut pas douter de soi. L’œil grave et le sourire avalé, ils se dévisagent comme devant un miroir. S’ils n’étaient pas, actuellement, les deux hommes les plus célèbres sur Terre, il serait difficile de dire dans quel camp est la victoire. D’ailleurs, sur le plan des chiffres, on ne le sait toujours pas, même si  politiquement il a bien fallu, à un moment donné, arrêter les opérations de recomptage. A quelques milliers de voix près, on n’allait pas laisser plus longtemps le pays sans Président.

L’élu tend le bras machinalement, comme pour ouvrir une porte. Après les cinq secondes protocolaires, il interrompt la poignée de main. Son prédécesseur lui a remis les codes nucléaires, l’état des lieux, quelques secrets défense gérés directement par la Présidence, qui désormais s’empilent sur la table d’acajou : il peut aller se faire oublier.

L’ancien locataire de la Maison-Blanche referme sa serviette en cuir, avec une expression narquoise que George W.Bush trouve aussitôt parfaitement déplacée. Bill Clinton promène un dernier regard autour de lui, pivote en direction de la porte. Il fait trois pas, se retourne et, tout en rouvrant sa serviette, lance d’un ton soigneusement neutre :

– Ah oui, au fait, nous avons cloné le Christ.

Il sort un dossier vert, le dépose au sommet de la pile, et s’en va.  « 

Circonstances de lecture

Après la lecture de son dernier roman, Le Journal intime d’un arbre, j’ai eu très envie de replonger dans les anciens livres de Didier van Cauwelaert. Une très bonne plume.

Impressions

Jimmy est un Américain tout ce qu’il y a de plus moyen. Réparateur de piscines dans le Connecticut, il tente d’oublier un chagrin d’amour dans la bière et les chips. Jusqu’au jour où une prise de sang le fait repérer par la Maison-Blanche… Trois agents lui apprennent alors de but en blanc qu’il est le clone du Christ ! Une histoire pleine de rebondissements, qui décrit parfaitement les manipulations des dirigeants politiques comme des religieux.

Un passage parmi d’autres

 Planté devant mon lit au milieu des miroirs, je me regarde multiplié par trois. Comment croire l’impossible ? Mais comment rejeter l’évidence, lutter contre cinquante pages de preuves scientifiques ? Je suis allé refaire une prise de sang, et c’est le même résultat. Même groupe AB, même empreinte génétique. C’est bien moi, le fils du linge, le clone du crucifié : on ne se trompe pas deux fois dans l’attribution d’une analyse. Et la probabilité pour que des étrangers aient le même ADN, ils disent qu’elle est de 0,09 sur cent. La marge d’erreur légale pour les assurances.

Je prends ma respiration, j’ouvre les bras, je lance à mes reflets : « Je suis celui qui est », pour voir si quelque chose se passe. Et je suis toujours le même, avec l’air con en prime.

L’Evangile de Jimmy – Didier van Cauwelaert – 2004 (Editions Albin Michel)

Partager :

  • Partager sur X(ouvre dans une nouvelle fenêtre) X
  • Partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook
  • Partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn
  • Partager sur Pinterest(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Pinterest
J’aime chargement…

Harry Potter and The Prisoner of Azkaban – J.K.Rowling

26 samedi Mai 2012

Posted by Aurélie in En VO, Romans étrangers

≈ Poster un commentaire

Étiquettes

Critique de livre, Harry Potter, Harry Potter and the Prisoner of Azkaban, J.K.Rowling, Livre, VO

Les premières phrases

«  Harry Potter was a highly unusual boy in many ways. For one thing, he hated the summer holidays more than any other time of year. For another, he really wanted to do his homework, but was forced to do it in secret, in the dead of night. And he also happened to be a wizard. 

It was nearly midnight, and he was lying on his front in bed, the blankets drawn right over his head like a tent, a torch in one hand and a large leather-bound book (A History of Magic, by Bathilda Bagshot) propped open against the pillow. Harry moved the tip of his eagle-feather quill down the page, frowning as he looked for something that would help him write his essay, « Witch-Burnin in the Fourteenth Century Was Completely Pointless – discuss ».

The quill paused at the top of a likely-looking paragraph. Harry pushed his round glasses up his nose, moved his torch closer to the book and read:

Non-magic people (more commonly known as Muggles) were particularly afraid of magic in medieval times, but not very good at recognising it. On the rare occasion that they did catch a real witch or wizard, burning had no effect whatsoever. The witch or wizard would perform a basic Flame-Freezing Charm and then pretend to shriek with pain while enjoying a gentle, tickling sensation. Indeed, Wendelin the Weird enjoyed being burnt so much that she allowed herself to be caught no fewer than forty-seven times in various disguises. »

Circonstances de lecture

Relu en une semaine… en anglais, histoire de justifier cette énième relecture des Harry Potter !

Impressions

Comment dire… Ce n’est tout simplement pas possible d’arrêter de lire Harry Potter !  Alors, après avoir lu les 5 premiers tomes en français, les 2 derniers en anglais puis en français… il me fallait bien les relire tous en anglais. Parce que non, impossible de trouver meilleure plume dans ce genre de littérature. Tout simplement impossible ! Alors, à tous ceux qui rechignent encore à se plonger dans l’univers de J.K.Rowling, je ne dirais qu’une chose : foncez ! Pour ne plus jamais en ressortir !

Un passage parmi d’autres

 There was a soft, crackling noise and a shivering light filled the compartment. Professor Lupin appeared to be holding a handful of flames. They illuminated his tired grey face, but his eyes looked alert and wary.

« Stay where you are », he said, in the same hoarse voice, and he got slowly to his feet with his handful of fire held out in front of him.

But the door slid slowly open before Lupin could reach it.

Standing in the doorway, illuminated by the shivering flames in Lupin’s hand, was a cloaked figure that towered to the ceiling. Its face was completely hidden beneath its hood. Harry’s eyes darted downwards, and what he saw made its stomach contract. There was a hand protruding from the cloak and it was glistening, greyish, slimy-looking and scabbed, like something dead that had decayed in water…

It was visible only for a split second. As though the creature beneath the cloak sensed Harry’s gaze, the hand was suddenly withdrawn into the folds of the black material.

And then the thing beneath the hood, whatever it was, drew a long, slow, rattling breath, as though it was trying to suck something more than air from its surroundings.

An intense cold swept over them all. Harry felt his own breath catch in his chest. The cold went deeper than his skin. It was inside his chest, it was inside his very heart…

Harry’s eyes rolled up into his head. He couldn’t see. He was drowning in cold. There was a rushing in his ears as though of water. He was being dragged downwards, the roaring growing louder…

And then, from far away, he heard screaming, terrible, terrified, pleading screams. He wanted to help whoever it was, he tried to move his arms, but couldn’t… a thick white fog was swirling around him, inside him…

Harry Potter and the Prisoner of Azkaban – J.K.Rowling – 1999 (Bloomsbury)

Partager :

  • Partager sur X(ouvre dans une nouvelle fenêtre) X
  • Partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook
  • Partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn
  • Partager sur Pinterest(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Pinterest
J’aime chargement…

Rosa Candida – Audur Ava Olafsdottir

05 samedi Mai 2012

Posted by Aurélie in Romans étrangers

≈ Poster un commentaire

Étiquettes

Audur Ava Olafsdottir, Critique de livre, Rosa Candida, roses, Zulma

Les premières phrases

«  Comme je vais quitter le pays et qu’il est difficile de dire quand je reviendrai, mon vieux père de soixante-dix-sept ans veut rendre notre dernier repas mémorable. Il va préparer quelque chose à partir des recettes manuscrites de maman – quelque chose qu’elle aurait pu cuisiner en pareille occasion. 

« J’ai pensé, dit-il, à de l’églefin pané à la poêle et ensuite une soupe au cacao avec de la crème fouettée. » Pendant que papa essaie de trouver comment s’y prendre pour la soupe au cacao, je vais chercher mon frère à son foyer dans la vieille Saab qui va sur ses dix-huit ans. Josef m’attend depuis un moment, planté sur le trottoir et visiblement content de me voir. Il est sapé à bloc parce que c’est ma soirée d’adieu, il porte la chemise que maman lui a achetée en dernier, violette à motifs de papillons.

Pendant que papa fait revenir l’oignon alors que les morceaux de poisson attendent, tout prêts, sur leur lit de chapelure, je vais dans la serre chercher les boutures de rosier que je vais emporter. Papa m’emboîte le pas, ciseaux à la main, pour couper de la ciboulette destinée à l’églefin et Josef, silencieux, le suit comme une ombre. Il n’entre plus dans la serre depuis qu’il a vu les débris de verre causés par la tempête de février qui a réduit en miettes beaucoup de vitres. Il reste dehors, près de la congère, et nous suit du regard. Papa et lui portent le même gilet noisette avec des losanges jaunes. « 

Circonstances de lecture

Lu fin avril, début mai, dans le train. Une jolie lecture.

Impressions

Arnljottur a tout juste 22 ans. Il vient de perdre sa mère, et d’apprendre qu’il va devenir père, après une nuit passée avec une jeune femme qu’il connaît à peine, Anna. Lié à sa mère par la passion des jardins et des fleurs, il décide de partir s’occuper d’une roseraie laissée à l’abandon, au sein d’un monastère, avec pour bagage, des boutures d’une variété de roses uniques : la Rosa Candida à huit pétales. Un très beau livre sur la quête de soi, le deuil et l’apprentissage de la paternité, où l’on se surprend à sentir l’odeur de beurre fondue dans la poêle, de soupe au cacao, et de roses entêtantes.

Un passage parmi d’autres

 Je sens que maman commence à disparaître, j’ai tellement peur de ne plus pouvoir bientôt tout me remémorer. C’est pourquoi j’évoque à nouveau notre dernière conversation au téléphone, lorsqu’elle a appelé de la voiture écrabouillée et je m’attarde sur les plus petits détails imaginables. Maman voulait appeler papa et c’est moi qui ai répondu. Il lui avait donné le portable peu de temps auparavant mais à ma connaissance, elle ne s’en servait jamais ; je ne savais même pas si elle l’emportait avec elle. Pour qu’elle continue d’exister, je m’ingénie à découvrir constamment quelque chose de nouveau à son sujet, à chaque réminiscence j’ajoute de nouveaux renseignements sur ce que j’ignorais avant.

Papa ne lui avait pas dit au revoir différemment ce matin-là ; il avait du mal à me pardonner d’avoir répondu au téléphone et encore plus à se pardonner lui-même de n’avoir pas été à la maison. Il aurait voulu être le dépositaire des derniers mots de maman, qu’elle ne parte pas sans lui avoir dédié ses dernières paroles.

« Elle avait besoin de moi, et j’étais dans une boutique en train d’acheter une rallonge électrique », dit-il.

Rosa Candida – Audur Ava Olafsdottir – 2010 (Editions Zulma)

Partager :

  • Partager sur X(ouvre dans une nouvelle fenêtre) X
  • Partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook
  • Partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn
  • Partager sur Pinterest(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Pinterest
J’aime chargement…

La liste de mes envies – Grégoire Delacourt

17 mardi Avr 2012

Posted by Aurélie in Romans français

≈ Poster un commentaire

Étiquettes

Critique de livre, euro millions, Grégoire Delacourt, JC Lattès, La liste de mes envies, loveinbooks

Les premières phrases

«  On se ment toujours. 

Je sais bien, par exemple, que je ne suis pas jolie. Je n’ai pas des yeux bleus dans lesquels les hommes se contemplent ; dans lesquels ils ont envie de se noyer pour qu’on plonge les sauver. Je n’ai pas la taille mannequin ; je suis du genre pulpeuse, enrobée même. Du genre qui occupe une place et demie. J’ai un corps dont les bras d’un homme de taille moyenne ne peuvent pas tout à fait faire le tour. Je n’ai pas la grâce de celles à qui l’on murmure de longues phrases, avec des soupirs en guise de ponctuation ; non. J’appelle plutôt la phrase courte. La formule brutale. L’os du désir, sans la couenne ; sans le gras confortable.

Je sais tout ça. « 

Circonstances de lecture

Lu en deux jours à peine. Un livre qui se lit trop vite.

Impressions

L’histoire est toute simple : Jocelyne remporte la cagnotte de l’Euro Millions… Mais voilà, l’argent fait-il le bonheur ? Doit-elle encaisser ce chèque inespéré, elle qui est, malgré tout, satisfaite de sa petite vie de mercière ? Un roman émouvant, qui parle aussi bien du couple, que de la perte d’êtres chers, ou encore du bonheur. Attention cependant aux critiques et publicités vendant ce livre comme un livre qui rend heureux ! Je ne suis vraiment pas d’accord ! Ce livre émeut avant tout, loin de tout optimisme.

Un passage parmi d’autres

 La dernière fois où nous la vîmes, c’était à Noël dernier.

Quand son père lui a demandé ce qu’elle faisait, elle a sorti une petite caméra de son sac et l’a branchée sur le Radiola. Nadine n’aime pas les mots. Elle parle très peu depuis qu’elle parle. Elle ne m’a jamais dit maman j’ai faim, par exemple. Elle se levait et prenait alors quelque chose à manger. Jamais dit : fais-moi réciter mon poème, ma leçon, mes tables de multiplication. Elle gardait les mots en elle, comme s’ils étaient rares. Nous conjuguions le silence elle et moi : regards, gestes, soupirs en lieu et place de sujets, verbes, compléments.

Sur l’écran sont apparues des images en noir et blanc de trains, de rails, d’aiguillages ; au début, c’était très lent, puis tout s’est accéléré lentement, les images se sont superposées, le rythme devenait envoûtant, fascinant ; Jo s’est levé, a été prendre une bière sans alcool dans le frigo ; je ne pouvais pas détacher mes yeux de l’écran, ma main a pris celle de ma fille, sujet, des ondes ont parcouru mon corps, verbe, Nadine a souri, complément. Jo bâillait. Je pleurais.

Quand le film a été fini, Jo a dit qu’en couleurs, avec du son et sur un écran plat, ça serait pas mal ton film fillette, et moi je lui ai dit merci, merci Nadine, je ne sais pas ce que tu as voulu dire avec ton film, mais j’ai réellement ressenti quelque chose. Elle a débranché la petite caméra du Radiola et elle a chuchoté en me regardant : j’ai écrit le Boléro de Ravel en images maman, pour que les sourds puissent l’entendre.

La liste de mes envies – Grégoire Delacourt – 2012 (Editions Jean-Claude Lattès)

Partager :

  • Partager sur X(ouvre dans une nouvelle fenêtre) X
  • Partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook
  • Partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn
  • Partager sur Pinterest(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Pinterest
J’aime chargement…

1Q84 – Livre 3 – Haruki Murakami

14 samedi Avr 2012

Posted by Aurélie in Romans étrangers

≈ Poster un commentaire

Étiquettes

1Q84, Critique de livre, Haruki Murakami, Livre, loveinbooks, roman

Les premières phrases

«  « Pourriez-vous vous abstenir de fumer, monsieur Ushikawa ? », dit l’homme le plus petit. 

Ushikawa regarda un moment le visage de son interlocuteur qui lui faisait face de l’autre côté du bureau, puis ses yeux se reportèrent sur la cigarette Seven Stars qu’il tenait entre les doigts. Elle n’était pas allumée.

« Excusez-nous », ajouta l’homme sur un ton très protocolaire.

Ushikawa afficha un certain embarras, comme s’il se demandait comment cette chose-là était arrivée dans sa main.

« Ah, oui, pardon. Ce n’est pas bien. Bien sûr, je ne vais pas l’allumer. Mes mains se sont mises en mouvement toutes seules sans que je n’en sache rien. »

L’homme, dont la mâchoire bougea d’un centimètre environ sur le côté, conserva un regard absolument fixe. Focalisé inexorablement sur les yeux d’Ushikawa. Ce dernier remit sa cigarette dans le paquet, qu’il enferma dans le tiroir de son bureau.

L’homme le plus grand, dont les cheveux étaient attachés en queue-de-cheval, était debout près de la porte, presque à la frôler. Il examinait Ushikawa comme s’il s’était agi d’une tache sur le mur. Des types vraiment sinistres, se dit Ushikawa.

C’était la troisième fois qu’il rencontrait les deux hommes, et pourtant, il ne se sentait toujours pas à l’aise devant eux.

Dans son bureau pas très vaste, il y avait une table de travail, et le petit homme à la tête rasée avait pris place en face de lui. C’était son rôle de parler. Queue-de-cheval gardait le silence à tout jamais. Il se contentait de conserver les yeux fixés sur Ushikawa, totalement immobile, semblable à l’un de ces chiens de pierre gardiens des sanctuaires shintô.

« Cela fait trois semaines », déclara Tête-de-moine.

Ushikawa prit dans la main le calendrier et eut un petit signe approbateur après avoir vérifié ce qui y était inscrit.

« Vous avez raison. Aujourd’hui, cela fait exactement trois semaines que nous nous sommes vus.

– Et durant tout ce temps, nous n’avons reçu aucun rapport de votre part. Je vous l’ai déjà dit, je crois, mais la situation est extrêmement urgente. Nous n’avons pas de temps à perdre, monsieur Ushikawa.

– J’en suis parfaitement conscient, répondit Ushikawa en faisant tourner dans ses doigts, faute de cigarette, son briquet doré. Pas question de lambiner. Je le sais très bien. »

Circonstances de lecture

Le Livre 3 de la saga 1Q84. Un bonheur de poursuivre l’aventure d’Aomamé et Tengo après les deux premiers tomes.

Impressions

Enfin s’achève 1Q84… Enfin, peut-être… Car Haruki Murakami pourrait bien nous emmener encore plus loin dans son histoire. Cela ne me dérangerait pas ! On se laisse porter par la magie de son univers à la frontière entre le réel et l’imaginaire. On se laisse emporter par les liens unissant depuis l’enfance les deux héros. Vont-ils enfin se retrouver ? … Un style plein de poésie où l’on se plaît à croire qu’il existe bien deux lunes dans le ciel. Envoûtant.

Un passage parmi d’autres

 Malgré tous ses efforts, il ne put distinguer la moindre étoile. En revanche, la lune attira son attention. Une lune grosse aux deux tiers, suspendue à mi-hauteur du ciel. Elle était distinctement visible entre deux nuages, et il pouvait même voir ses motifs sombres qui évoquaient des ecchymoses. La lune d’hiver, froide et blême, peuplée de signes et de mystères immémoriaux. Elle flottait dans le ciel, muette, impavide, comme l’œil d’un mort.

Soudain, Ushikawa retint son souffle. Il en oublia même de respirer un instant. Car dans une trouée entre les nuages, il discerna, pas très loin de la lune de toujours, une seconde lune. Beaucoup plus petite. De couleur verte, comme si elle était couverte de mousse. Et à la silhouette déformée. Pourtant, c’était une lune, il n’y avait aucun doute à cela. Il n’existait pas d’étoile aussi grosse. Ce n’était pas non plus un satellite artificiel. Et elle était là, immobile dans le ciel de la nuit.

Ushikawa ferma les yeux, attendit quelques secondes avant de les rouvrir. Il devait s’agir d’une illusion d’optique. Une chose pareille ne pouvait pas se trouver là. Et pourtant, il eut beau fermer les yeux, les rouvrir, recommencer, la nouvelle petite lune était toujours là. Les nuages qui défilaient la dissimulaient parfois, mais elle réapparaissait ensuite, bien installée à sa place.

1Q84 – Livre 3 – Haruki Murakami – 2012 (Editions Belfond)

Partager :

  • Partager sur X(ouvre dans une nouvelle fenêtre) X
  • Partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook
  • Partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn
  • Partager sur Pinterest(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Pinterest
J’aime chargement…

Super triste histoire d’amour – Gary Shteyngart

21 mercredi Mar 2012

Posted by Aurélie in Romans étrangers

≈ Poster un commentaire

Étiquettes

Critique de livre, Editions de l'Olivier, Gary Shteyngart, Livres, romans, Super triste histoire d'amour

Les premières phrases

«  Très cher Journal,

Aujourd’hui, j’ai pris une grande décision : je ne mourrai jamais.

D’autres mourront autour de moi. Annihilés. Rien de leur personnalité ne subsistera. Extinction des feux. Leur vie, leur entièreté, seront résumées sur le marbre poli de leur pierre tombale par des formules mensongères (« Son étoile brillait au firmament », « Nous ne t’oublierons jamais », « Il aimait le jazz »), lesquelles seront à leur tour balayées par un raz-de-marée ou mises en pièces par on ne sait quelle dinde de l’avenir génétiquement modifiée.

Ne les laissez pas vous raconter que la vie est un voyage. Un voyage, c’est quand on arrive quelque part. Quand je prends la ligne 6 du métro pour aller voir mon assistante sociale, ça c’est un voyage. Quand je supplie le pilote de l’avion brinquebalant de la UnitedContinentalDeltamerican en plein survol trémulant de l’Atlantique de faire demi-tour vers Rome et les bras volages d’Eunice Park, ça c’est un voyage.

Mais minute. Ce n’est pas tout. Il y a notre héritage. On ne meurt pas, puisque notre progéniture nous survit ! La transmission rituelle de l’ADN, les frisettes maternelles, la lèvre inférieure de son grand-père, « Je crois que les enfants sont notre avenir ». Là, je cite The Greatest Love of All, de la diva pop des années 1980 Whitney Houston, piste 9 de son premier 33 tours éponyme.

Des conneries tout ça. « 

Circonstances de lecture

Pour être tout à fait honnête, ce livre a bien failli ne pas figurer sur ce blog… J’ai eu beaucoup de mal à le finir.

Impressions

J’avais lu de très bonnes critiques sur Super triste histoire d’amour… Peut-être trop… Et j’ai été déçue. Le style d’écriture est pourtant superbe quand le personnage principal Lenny écrit dans son journal intime, mais trop cru et répétitif à d’autres moments, notamment lors des échanges mails d’Eunice… Certes, c’est voulu, mais j’ai eu beaucoup de mal à m’y faire.

Ce livre raconte l’histoire de Lenny, un émigré russe habitant aux Etats-Unis dans un futur proche. Un pays passé sous le joug de la Chine et du yuan. Dans son journal intime, Lenny raconte son malaise face à une société asservie par les nouvelles technologies, l’argent et la recherche de la jeunesse éternelle. Un monde où les « livres papier » sont méprisés, et où les relations humaines sont devenus insipides. Il tombe amoureux d’Eunice, une jeune fille esclave du shopping compulsif et incapable d’être heureuse…

La description de ce futur hypothétique donne des frissons… Les dernières pages sont bouleversantes. A lire donc pour faire en sorte que l’homme ne devienne pas incapable de toute relation humaine.

Un passage parmi d’autres

 Puis j’ai célébré mon mur de livres. J’ai compté les volumes sur mon étagère moderne de six mètres de long pour m’assurer qu’aucun n’avait été déplacé ou utilisé comme petit bois par mon sous-locataire. « Vous êtes mes objets sacrés, j’ai dit aux livres. Personne à part moi ne s’intéresse à vous. Mais je vous garderai avec moi pour toujours. Et un jour, je vous rendrai vos lettres de noblesse. » J’ai pensé à cette terrible calomnie propagée par la nouvelle génération : les livres puent. Et pourtant, en vue de la possible arrivée d’Eunice Park, j’ai pris mes précautions et vaporisé un spray au parfum de fleurs sauvages à proximité de ma bibliothèque, ventilant de mes mains les essences pulvérisées en direction des reliures.

Super triste histoire d’amour – Gary Shteyngart – 2012 (Editions de l’Olivier)

Partager :

  • Partager sur X(ouvre dans une nouvelle fenêtre) X
  • Partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook
  • Partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn
  • Partager sur Pinterest(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Pinterest
J’aime chargement…

Le Journal intime d’un arbre – Didier van Cauwelaert

27 lundi Fév 2012

Posted by Aurélie in Romans français

≈ Poster un commentaire

Étiquettes

Critique de livre, Didier van Cauwelaert, Le Journal intime d'un arbre, Michel Lafon, poirier

Les premières phrases

«  Je suis tombé au lever du jour. Transmise par la lumière sur mes racines et le contact de mes branches avec la terre, l’information m’a été confirmée par le facteur. Je me suis vu gisant dans ses yeux, en travers de l’allée. Sa première pensée a été pour le docteur Lannes. « Le pauvre, quand il rentrera… »

La tristesse que j’allais causer à mon propriétaire s’est mêlée à tous les signaux de détresse que je percevais autour de moi. Insectes, oiseaux, champignons, tous avaient perdu mon repère. Je m’accrochais à l’espoir qu’on allait peut-être me sauver, comme le catalpa derrière le garage qui s’était couché lors de la tempête de 1999. On l’avait redressé avec un treuil, et depuis il survivait de son mieux, maintenu par trois câbles ornés de chiffons.

Mais, à travers les yeux du facteur, j’ai bien vu que mes branches charpentières s’étaient brisées dans la chute. Déraciné, décapité, j’avais en tout cas épargné mes congénères, les voisins, les toitures et la tonnelle où courait la glycine. Je ne laisserais pas de mauvais souvenirs.

On m’appelait Tristan, j’avais un peu moins de trois cents ans, j’étais l’un des deux poiriers du docteur Lannes. Il m’avait fait inscrire sur la liste d’attente des Arbres remarquables de France, et avait obtenu ma grâce au tribunal quand les voisins m’avaient poursuivi pour vieillesse dangereuse. J’étais son bien le plus cher, son devoir de mémoire, sa victoire sur le temps. A son âge, ma mort allait probablement le tuer…

J’ignore si nos liens se renoueront. Y a-t-il un au-delà commun pour les hommes et les arbres? « 

Circonstances de lecture

Lu en quelques jours. Un très bon livre.

Impressions

Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu un livre de Didier van Cauwelaert. Le Journal intime d’un arbre m’a redonné envie de redécouvrir cet auteur. Mêlant humour et émotions, ce livre parvient à nous faire croire que les arbres pensent. Et qui sait ? Peut-être est-ce vrai ? Tristan, ce poirier qui a traversé plus de 300 ans d’histoire, nous montre l’espèce humaine à travers son regard ancestral. Sa chute n’est que le commencement d’une très belle aventure. Surtout, il nous fait réfléchir à la responsabilité des hommes envers la nature. A lire de toute urgence !

Un passage parmi d’autres

 Le docteur Lannes s’affaiblissait depuis quelques années, lui aussi, je le sentais bien. Mais lequel de nous deux déteignait sur l’autre ? Quand il s’accrochait à moi pour se recharger, je lui prenais autant d’énergie qu’il m’en demandait : c’est le principe des échanges entre nos espèces, mais vient toujours un moment où l’être humain ne tient plus la charge. J’en ai fait si souvent l’expérience. Cette fois, c’est moi qui me suis épuisé à vouloir le sauver, peut-être. Quand il s’appuyait contre moi, je sentais la flambée de ses cellules. La même exubérance désordonnée qui nous amène à fleurir dix fois plus à l’approche de notre mort, pour augmenter les chances de nous reproduire. Le cancer des fleurs. Mais son organisme à lui se battait sans le savoir ; on ne lui avait décelé qu’une faiblesse cardiaque, et j’étais le seul à percevoir le dérèglement que j’essayais de ralentir, à son contact, en stimulant ce qu’il appelle ses anticorps. Depuis qu’un botaniste anglais m’a révélé mon pouvoir, je m’en sers en connaissance de cause. Tout en sachant bien qu’il ne s’agit, comme dirait le docteur Lannes, que de soins palliatifs.

J’ai aimé sa manière de vieillir. Quand il s’approchait de moi, toujours vêtu dans les tons gris, vert sombre ou feuille morte, sa haute stature inclinée de côté, ridé en craquelures comme mon écorce, j’avais l’impression de me regarder marcher. Jamais quelqu’un ne s’était senti aussi lié à moi. Sans doute parce que je conservais dans mon tronc la balle allemande qui avait tué son fils. Le plus jeune résistant de France, pendant la dernière guerre locale. J’étais à la fois son poteau d’exécution et son souvenir vivant. Pour Georges Lannes, persuadé que la mort est une seconde naissance, je portais son enfant comme l’avait fait sa femme. J’étais le gardien d’une âme. Une de plus.

Que vont devenir toutes ces mémoires humaines, quand j’aurai cessé de vivre ?

Le Journal intime d’un arbre – Didier van Cauwelaert – 2011 (Editions Michel Lafon)

Partager :

  • Partager sur X(ouvre dans une nouvelle fenêtre) X
  • Partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook
  • Partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn
  • Partager sur Pinterest(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Pinterest
J’aime chargement…
Articles Plus Récents →

Catégories

  • BD
  • Citations
  • En image
  • En vidéo
  • En VO
  • Essais
  • Fantastique
  • Fantasy
  • Grands classiques
  • Jeunesse
  • Mangas
  • Poésie
  • Policiers / Thrillers
  • Romans étrangers
  • Romans français
  • SF
  • Sondages

Articles récents

  • On ne verra pas les fleurs le long de la route – Éric Pessan
  • Passer la brume – Julia Colin
  • Symbioses – Johan Heliot
  • The Book of Love – Kelly Link
  • Heureux comme jamais – Guillaume Chamanadjian

Archives

En train de lire

Entrez votre adresse mail pour suivre ce blog et recevoir des notifications à chaque publication de nouveaux posts par mail.

Mes réseaux sociaux

  • Voir le profil de aurecha22 sur Instagram

En train de lire

Jonathan Strange et Mr Norrell

Propulsé par WordPress.com.

Confidentialité & Cookies : Ce site utilise des cookies. En continuant à utiliser ce site, vous acceptez leur utilisation.
Pour en savoir davantage, y compris comment contrôler les cookies, voir : Politique relative aux cookies
  • S'abonner Abonné
    • Love In Books
    • Rejoignez 169 autres abonnés
    • Vous disposez déjà dʼun compte WordPress ? Connectez-vous maintenant.
    • Love In Books
    • S'abonner Abonné
    • S’inscrire
    • Connexion
    • Signaler ce contenu
    • Voir le site dans le Lecteur
    • Gérer les abonnements
    • Réduire cette barre
 

Chargement des commentaires…
 

    %d