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~ Parce qu'il n'y a rien de mieux qu'un livre pour s'évader…

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Archives de Tag: roman

The Silkworm – Robert Galbraith

11 vendredi Juil 2014

Posted by Aurélie in En VO, Policiers / Thrillers, Romans étrangers

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Critique de livre, J.K.Rowling, lecture, loveinbooks, Robert Galbraith, roman, sphere, The Silkworm

Robert Galbraith - The SilkwormLes premières phrases

«  « Someone bloody famous, » said the hoarse voice on the end of the line, « better’ve died, Strike. »

The large unshaven man tramping through the darkness of predawn, with his telephone clamped to his ear, grinned.

« It’s in that ballpark. »

« It’s six o’clock in the fucking morning! »

« It’s half past, but if you want what I’ve got, you’ll need to come and get it, » said Cormoran Strike. « I’m not far away from your place. There’s a… »

« How d’you know where I live? » demanded the voice.

« You told me, » said Strike, stifling a yawn. « You’re selling your flat. »

« Oh, » said the other, mollified. « Good memory. »

« There’s a twenty-four caff… »

« Fuck that. Come into the office later… »

« Culpepper, I’ve got another client this morning, he pays better than you do and I’ve been up all night. You need this now if you’re going to use it. »

A groan. Strike could hear the rustling of sheets.

« It had better be shit-hot. »

« Smithfield Café on Long Lane, » said Strike and rang off. « 

Circonstances de lecture

Parce que c’est J.K.Rowling qui se cache derrière ce pseudo.

Impressions

Après « The Cuckoo’s Calling », voici la deuxième aventure du détective privé Cormoran Strike et de son assistante Robin. Cette fois-ci, J.K.Rowling nous plonge dans le milieu littéraire de Londres. Une femme vient solliciter Strike pour qu’il l’aide à retrouver son mari, un écrivain disparu depuis quelques jours. Une enquête parfaitement menée et parfaitement écrite. Du suspens jusqu’au bout. Bref, on redemande très vite un troisième tome !

Un passage parmi d’autres

 Paper rustled under his feet. Looking down, he saw a smattering of takeaway menus and an enveloppe addressed TO THE OCCUPIER/CARETAKER. He stooped and picked it up. It was a brief, angry handwritten note from the next-door neighbour, complaining about the smell.

Strike left the note fall back onto the doormat and moved forwards into the hall, observing the scars left on every surface where the chemical substance had been thrown. To his left was a door; he opened it. The room beyond was dark and empty; it had not been tarnished with the bleach-like substance. A dilapidated kitchen, also devoid of furnishings, was the  only other room on the lower floor. The deluge of chemicals had not spared it; even a stale half loaf of bread on the sideboard had been doused.

Strike headed up the stairs. Somebody had climbed or descended them, pouring the vicious, corrosive substance from a capacious container; it had spattered everywhere, even onto the landing windowsill, where the paint had bubbled and split apart.

On the first floor, Strike came to a halt. Even through the thick wool of his overcoat he could smell something else, something that the pungent industrial chemical could not mask. Sweet, putrid, rancid: the stench of decaying flesh.

He did not try either of the closed doors on the first door. Instead, with his birthday whisky swaying stupidly in its plastic bag, he followed slowly in the footsteps of the pourer of acid, up a second flight of stained stairs from which the varnish had been burned away, the carved banisters scorched bare of their waxy shine.

The stench of decay grew stronger with every step Strike took. It reminded him of the time they stuck long sticks into the ground in Bosnia and pulled them out to sniff the ends, the one fail-safe way of finding the mass graves. He pressed his collar more tightly to his mouth as he reached the top floor, to the studio where a Victorian artist had once worked in the unchanging northern light.

Strike did not hesitate on the threshold except fot the seconds it took to tug his shirt sleeve down to cover his bare hand, so that he would make no mark on the wooden door as he pushed it open. Silence but for a faint squeak of hinges, and then the desultory buzzing of flies.

He had expected death, but not this.

Robert Galbraith – The Silkworm – 2014 (Sphere)

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Les brumes de l’apparence – Frédérique Deghelt

19 jeudi Juin 2014

Posted by Aurélie in Romans français

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Actes Sud, Critique de livre, Frédérique Deghelt, Les brumes de l'apparence, roman

Frédérique Deghelt - Les brumes de l'apparenceLes premières phrases

«  Peut-être qu’à un moment je me suis dit qu’il valait mieux oublier tout ça, ne jamais en parler à personne, continuer ma vie qui, somme toute, me plaisait bien. Peut-être qu’il est impossible d’oublier ce qu’on a vu quand on ouvre une porte sur l’inconnu et qu’on comprend que de l’autre côté il se passe quelque chose d’immense. Peut-être que je me raconte des histoires et que tout ce qui est arrivé là, je l’avais désiré, manigancé à mon insu.

Le temps n’a plus d’importance. Je suis comme les enfants, comme les vieux et les âmes libres. Une minute peut me paraître une éternité, et cent ans un instant. Il suffit que je le décide. J’hésite entre la fiction et la réalité, mais raconter une histoire comme un joli conte de fées, c’est toujours la même imposture : rien n’est autobiographique, mais tout est vécu. Qu’est-ce que je pense maintenant du parcours de cette fille qui a grandi sans trop de problèmes et qui est devenue une femme, ni meilleure ni pire qu’une autre ; une femme comme il en existe des milliers, flanquée d’un mari, d’un enfant, une bourgeoise sans prétention qui vit comme on roule sur une autoroute, en mettant de l’essence dans le véhicule et en payant le péage jusqu’à destination ? « 

Circonstances de lecture

J’avais beaucoup aimé un de ses précédents romans, « La grand-mère de Jade ».

Impressions

Gabrielle est une Parisienne, à l’aise les pieds solidement posés sur le bitume, un brin allergique à ce qui se passe de l’autre côté du périphérique. Alors, quand elle reçoit en héritage une maison abandonnée en province, isolée dans une forêt que les gens du coin disent hantée, elle n’a qu’une idée : la vendre au plus vite pour s’en débarrasser. Évidemment, rien ne se passe comme prévu. Ce lieu finit par l’attirer… et va lui révéler des pouvoirs et un passé dont elle ignorait tout.

Une belle histoire, entre fiction et réalité, dans laquelle Frédérique Deghelt aborde ces faits étranges que l’on tend généralement à évacuer d’un revers de la main ou d’un haussement d’épaules. Ces petites choses qui surviennent au-delà de toute logique. Combattre les préjugés, s’accepter comme l’on est, voir au-delà des apparences, croire en l’impossible, voilà ce que nous propose Frédérique Deghelt. Si la deuxième moitié du roman m’a moins emportée, « Les brumes de l’apparence » demeure tout de même une de mes lectures préférées de ces derniers mois.

Un passage parmi d’autres

 La France sauvage, je ne la connais pas, je ne la recherche pas, et le plus drôle c’est que je suis en train de me demander si je n’ai pas tort.

Quelques petits points rouges à travers le feuillage attirent mon attention. Un cerisier sauvage qui, probablement, a destiné ses fruits aux oiseaux depuis fort longtemps. Quand je vois des cerises à Paris, je pense aux clafoutis que je mangeais autrefois. Quand je goûte les premières cerises, chaque début d’été, une bouffée d’enfance remonte de je ne sais où. Je revois un arbre que j’adorais, mais où était-il ? Quelque chose en moi a envie de dire que j’y allais avec ma grand-mère dans un jardin dont je ne sais plus le nom, mais je n’ai pas le souvenir d’une aïeule, ni d’une récolte de cerises en sa compagnie. Pourtant je me revois, bien cachée sur une branche, avec la sensation d’être perchée sur l’univers le plus gourmand du monde. Je remplissais mon ventre et mon panier. Je tachais mes habits, je crachais les noyaux, où était-ce ? Seule la mémoire des papilles me jette dans cette euphorie. A Paris, les fruits n’ont pas d’odeur. Les fraises sont devenues comme les gens, ils ne sentent plus rien. J’en oublie la rivière. Une branche plus basse, je l’utilise comme appui. Les oiseaux ont déjà picoré, mais il en reste encore de bien mûres que je vais me faire une joie de leur disputer. J’ai envie d’éclater de rire. Seule, perchée sur ma branche avec mes gourmandises d’un franc rouge foncé. Je les ai mises sur chaque oreille, je retombe en enfance et ça fait un bien fou. Et me vient une idée plus folle encore : y a-t-il eu un moment où je ne détestais pas la campagne ? Peut-être, quand j’étais très petite. Avant que la ville ne devienne mon terrain de jeu exclusif.

Frédérique Deghelt – Les brumes de l’apparence – mars 2014 (Actes Sud)

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Mr Gwyn – Alessandro Baricco

14 samedi Juin 2014

Posted by Aurélie in Romans étrangers

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Alessandro Baricco, Critique de livre, Gallimard, Mr Gwyn, roman

Alessandro Baricco - Mr GwynLes premières phrases

«  Tandis qu’il marchait dans Regent’s Park – le long d’une allée qu’il choisissait toujours, entre toutes -, Jasper Gwyn eut soudain la sensation limpide que ce qu’il faisait chaque jour pour gagner sa vie ne lui convenait plus. Plusieurs fois cette pensée l’avait effleuré, mais jamais avec la même netteté ni la même agilité.

Aussi, de retour chez lui, il se mit à écrire un article qu’il imprima, glissa dans une enveloppe, pour ensuite aller le déposer personnellement, traversant toute la ville, à la rédaction du Guardian. Ils le connaissaient. Occasionnellement il collaborait avec eux. Il demanda s’il était possible d’attendre une semaine avant de publier son papier.

Ce dernier consistait en une liste de cinquante-deux choses que Jasper Gwyn se promettait de ne plus jamais faire. La première était d’écrire des articles pour The Guardian. La treizième, d’aller parler devant des classes en prenant un air sûr de lui. La trente et unième, de se faire photographier le menton dans la main, songeur. La quarante-septième, de se forcer à être poli avec des collègues qui en vérité le méprisaient. La dernière était : d’écrire des livres. D’une certaine manière, elle éteignait la vague lueur d’espoir que l’avant-dernière pouvait avoir laissée : de publier des livres. « 

Circonstances de lecture

Découvert à La Grande Librairie.

Impressions

Jasper Gwyn, écrivain britannique, décide d’arrêter d’écrire. Au grand désespoir de son agent qui, au début, n’y croit pas une seconde. Mais Jasper Gwyn entend se tenir à cette décision. Et bientôt, il entreprend de se lancer dans une nouvelle aventure : « écrire » le portrait de parfaits inconnus, à la manière d’un peintre, dans un vieil atelier éclairé, selon son souhait, de 18 ampoules Catherine de Médicis.

En lisant Alessandro Baricco (que je découvre avec ce livre), je ne peux m’empêcher de penser à Paul Auster, qui, lui-aussi, se penche sur le processus de création. Mr Gwyn est un livre intelligent, merveilleusement bien écrit, qui délivre ses clés petit à petit, jusqu’à un final inattendu. Alessandro Baricco, merci ! Je vais m’empresser d’aller acheter d’autres de vos romans !

Un passage parmi d’autres

 – J’ai loué un atelier, derrière Marylebone High Street, un grand local, tranquille. J’y ai mis un lit, deux fauteuils, guère plus. Parquet au sol, murs défraîchis, un bel endroit. Ce que j’aimerais, c’est que vous veniez quatre heures par jour pendant une trentaine de jours, de 16 heures à 20 heures. Sans jamais sauter de jour, même le dimanche. J’aimerais que vous soyez ponctuelle et que, quoi qu’il arrive, vous posiez là pendant quatre heures, ce qui pour moi signifie simplement vous laisser regarder. Vous ne devrez pas rester dans une position que j’aurai choisie, mais juste évoluer dans cet espace, à votre convenance, marcher ou vous allonger, vous asseoir, où bon vous semble. Vous n’aurez ni à parler ni à répondre à aucune question, et je ne vous demanderai jamais de faire quoi que ce soit de particulier. Je continue ?

– Oui.

– Je voudrais que vous posiez nue, je pense que c’est une condition indispensable à la réussite du portrait.

Cette phrase-là, il l’avait préparée devant son miroir. La dame au foulard imperméable en avait peaufiné la tournure.

La jeune femme avait encore sa tasse à la main. De temps en temps elle la portait à ses lèvres, sans pour autant se décider à boire.

Jasper Gwyn sortit une clé de sa poche et la posa sur la table.

– Ce que je voudrais, c’est que vous preniez cette clé et que vous vous en serviez pour entrer dans l’atelier, chaque jour à 16 heures. Peu importe ce que je fais, moi, vous devez m’oublier. Comme si vous étiez seule, dans cette pièce, en permanence. Je vous demande seulement de vous en aller à 20 heures précises tous les soirs, et de fermer la porte derrière vous. Quand on aura terminé, vous me rendrez la clé. Buvez votre café, il va refroidir.

Alessandro Baricco – Mr Gwyn – 2014 (Gallimard)

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Le Liseur du 6h27 – Jean-Paul Didierlaurent

11 mercredi Juin 2014

Posted by Aurélie in Romans français

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Au diable vauvert, Critique de livre, Jean-Paul Didierlaurent, Le Liseur du 6h27, roman

Jean-Paul Didierlaurent - Le Liseur du 6h27Les premières phrases

«  Certains naissent sourds, muets ou aveugles. D’autres poussent leur premier cri affublés d’un strabisme disgracieux, d’un bec de lièvre ou d’une vilaine tache de vin au milieu de la figure. Il arrive que d’autres encore viennent au monde avec un pied bot, voire un membre déjà mort avant même d’avoir vécu. Guylain Vignolles, lui, était entré dans la vie avec pour tout fardeau la contrepèterie malheureuse qu’offrait le mariage de son patronyme avec son prénom: Vilain Guignol, un mauvais jeu de mots qui avait retenti à ses oreilles dès ses premiers pas dans l’existence pour ne plus le quitter. 

Ses parents avaient ignoré les prénoms du calendrier des Postes de cette année 1976 pour porter leur choix sur ce « Guylain » venu de nulle part, sans même penser un seul instant aux conséquences désastreuses de leur acte. Étonnamment et bien que la curiosité fût souvent forte, il n’avait jamais osé demander le pourquoi de ce choix. Peur de mettre dans l’embarras peut-être. Peur aussi sûrement que la banalité de la réponse ne le laissât sur sa faim. Il se plaisait parfois à imaginer ce qu’aurait pu être sa vie s’il s’était prénommé Lucas, Xavier ou Hugo. Même un Ghislain aurait suffi à son bonheur. Ghislain Vignolles, un vrai nom dans lequel il aurait pu se construire, le corps et l’esprit bien à l’abri derrière quatre syllabes inoffensives. Au lieu de cela, il lui avait fallu traverser l’enfance avec, accrochée à ses basques, la contrepèterie assassine : Vilain Guignol. En trente-six ans d’existence, il avait fini par apprendre à se faire oublier, à devenir invisible pour ne plus déclencher les rires et les railleries qui ne manquaient pas de fuser dès lors qu’on l’avait repéré.  « 

Circonstances de lecture

Après avoir lu les bonnes critiques autour de ce premier roman et vu l’auteur à La Grande Librairie, je n’ai pas pu résister…

Impressions

« Le Liseur du 6h27 » nous plonge dans un univers proche de ceux de Jean-Pierre Jeunet et d’Anna Gavalda.

Guylain déteste son travail : le broyage des livres invendus. Pour celui qui adore les livres et qui aurait aimé travailler dans l’édition, c’est un supplice. Alors, pour se donner du courage, il lit tous les matins dans le RER de 6h27, à voix haute, les quelques pages qu’il a pu sauver la veille de la machine. Voilà l’idée de départ de ce très beau premier roman, qui se lit d’une traite, et où l’on prend plaisir à côtoyer des personnages hauts en couleurs, à l’instar d’un gardien d’usine amoureux du théâtre classique. C’est très drôle et émouvant tout à la fois. A lire pour le plaisir !

Un passage parmi d’autres

 « Tandis que le jour naissant venait s’écraser sur les vitres embuées, le texte s’écoulait de sa bouche en un long filet de syllabes, entrecoupé çà et là de silences dans lesquels s’engouffrait le bruit du train en marche. Pour tous les voyageurs présents dans la rame, il était le liseur, ce type étrange qui, tous les jours de la semaine, parcourait à haute et intelligible voix les quelques pages tirées de sa serviette. Il s’agissait de fragments de livres sans aucun rapport les uns avec les autres. Un extrait de recette de cuisine pouvait côtoyer la page 48 du dernier Goncourt, un paragraphe de roman policier succéder à une page de livre d’histoire. Peu importait le fond pour Guylain. Seul l’acte de lire revêtait de l’importance à ses yeux. Il débitait les textes avec une même application acharnée. Et à chaque fois, la magie opérait. Les mots en quittant ses lèvres emportaient avec eux un peu de cet écœurement qui l’étouffait à l’approche de l’usine.

Jean-Paul Didierlaurent – Le Liseur du 6h27 – 2014 (Au diable vauvert)

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La Guilde des Magiciens – Trudi Canavan

09 lundi Juin 2014

Posted by Aurélie in Fantasy, Romans étrangers

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Bragelonne, Critique de livre, La Guilde des Magiciens, roman, Trilogie du Magicien Noir, Trudi Canavan

Trudi Canavan - La Guilde des MagiciensLes premières phrases

«  A Imardin, on dit que le vent a une âme et qu’il gémit le long des rues étroites, désolé par ce qu’il y voit. Le jour de la Purge, il grondait au creux des voiles affalées du port, s’engouffrait sous les portes Ouest et hurlait contre les flancs des maisons. Là, comme attristé par les âmes en peine qu’il y rencontrait, il se faisait aussi doux qu’un murmure.

C’était en tout cas ce que s’imaginait Sonea. Alors qu’une autre rafale de vent froid la fouettait, elle serra encore plus son manteau râpé contre ses flancs. Baissant les yeux, elle grimaça en voyant la boue qui éclaboussait ses chaussures à chaque pas. Les chiffons dont elle avait rempli ses bottes trop grandes étaient déjà saturés d’eau, et ses orteils la brûlaient.

Un mouvement vif, sur sa droite, attira son attention, et elle fit un pas de côté pour éviter un homme qui titubait. Sortant d’une allée, il tomba à genoux dans la boue juste devant elle. Sonea s’arrêta et lui tendit la main, mais le vieil homme ne parut pas la voir. Il se releva et rejoignit le flot de silhouettes voûtées qui descendaient la rue.

En secouant la tête à l’abri de sa capuche, Sonea regarda autour d’elle. Un soldat montait nonchalamment la garde à l’entrée de la ruelle. Sa bouche s’ourlait d’un sourire dédaigneux, et son regard sautait de passant en passant. Elle posa les yeux sur lui, mais lorsqu’il tourna la tête dans sa direction, elle regarda vivement ailleurs.

Maudits soient les gardes, pensa-t-elle. Puissent-ils trouver des farens venimeux cachés dans leurs bottes.

Quelques noms de gardes gentils et serviables lui vinrent à l’esprit, mais elle n’était pas d’humeur à faire des exceptions.

Emboîtant le pas aux silhouettes qui avançaient en traînant les pieds, Sonea se fendit dans la foule et déboucha bientôt sur une artère plus large. Des maisons à deux ou trois étages se dressaient de chaque côté ; des visages étaient collés à leurs fenêtres les plus hautes. Sonea vit un homme aux riches vêtements qui tenait un enfant à bout de bras pour qu’il puisse mieux regarder la foule. L’homme pinçait les narines de dégoût, et, quand il tendit le doigt vers le bas, le petit garçon grimaça comme s’il avait goûté quelque chose de répugnant.

Sonea les défia du regard. »

Circonstances de lecture

Trois tomes lus sur les conseils de ma libraire, en trois semaines.

Impressions

L’histoire peut paraître assez classique : une jeune fille, Sonea, se découvre soudain des pouvoirs magiques inattendus et doit apprendre à les maîtriser. Originaire des Taudis, elle obtient ainsi son ticket d’entrée à la Guilde, d’ordinaire réservée aux enfants des nobles de la ville. Rien de très original, donc. Mais, petit à petit, on se laisse happer par l’histoire, très rythmée, et ses personnages, très attachants. Et, sans même s’en rendre compte, on ferme les pages du premier, puis du deuxième et enfin du troisième et dernier tome (le meilleur)… en l’espace de trois semaines ! Preuve que, malgré une trame plutôt classique et une écriture qui ne m’a pas emballée d’emblée, la Trilogie du Magicien Noir m’a bel et bien transportée dans l’univers de Trudi Canavan.

Un passage parmi d’autres

 Le soleil s’était levé sur les tours du palais et inondait les jardins de la Guilde d’une lumière dorée.

Sonea déambulait le long du chemin et ne disait pas un mot. Elle boudait. Rothen savait que la jeune fille n’était pas dupe : s’ils se promenaient aussi souvent, c’était parce que la Guilde était magnifique. Le mage avait compris que Sonea se surveillait et s’empêchait de trouver l’ombre d’une raison de rester.

Rothen sourit. Sonea critiquait tout ce qu’on lui montrait, mais le mage avait décidé de lui faire visiter tout le domaine. Si elle voulait rejeter la Guilde, au moins, qu’elle sache ce qu’elle allait rater !

A force de l’entendre jurer ses grands dieux qu’elle voulait partir, Rothen avait remis en question sa propre vie. Comme il était d’usage chez les enfants des Maisons, on avait testé ses capacités magiques dès qu’il avait eu dix ans. Il se rappelait encore l’excitation de ses parents, lorsqu’on leur avait annoncé le résultat. Son père et sa mère lui avait dit et répété à quel point il était chanceux et hors du commun. Depuis ce jour-là, Rothen travaillait pour se faire une place à la Guilde.

Sonea n’avait pas été élevée dans l’optique de devenir mage. Son éducation lui avait appris à craindre les magiciens, à les haïr, à les critiquer et les accuser de tous les maux du monde. Dans un tel climat, Rothen devinait sans mal pourquoi s’installer à la Guilde ressemblait à une trahison pour elle.

Mais s’il parvenait à lui faire comprendre qu’elle pourrait utiliser ses pouvoirs pour le bien des habitants des Taudis, elle accepterait peut-être de rester.

Trudi Canavan – La Guilde des Magiciens (La Trilogie du Magicien Noir) – 2007 (Bragelonne)

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Le maître des illusions – Donna Tartt

17 samedi Mai 2014

Posted by Aurélie in Romans étrangers

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Critique de livre, Donna Tartt, Le maître des illusions, Pocket, roman

Donna Tartt - Le maître des illusionsLes premières phrases

«  La neige fondait dans la montagne et Bunny était mort depuis plusieurs semaines quand nous avons fini par comprendre la gravité de notre situation. Il était mort depuis dix jours quand on l’a trouvé, vous savez. Ce fut l’une des plus grandes chasses à l’homme dans l’histoire du Vermont – la police fédérale, le FBI, même un hélicoptère de l’armée ; l’université a fermé, l’usine de teinture de Hampden s’est arrêtée, des gens sont venus du New Hampshire, du nord de l’État de New York et même de Boston.

Il est difficile de croire que le modeste plan de Henry ait pu si bien marcher malgré ces événements imprévus. Nous n’avions pas eu l’intention de cacher le corps là où on ne l’aurait pas retrouvé. En fait, nous ne l’avions pas du tout caché, mais simplement laissé là où il était tombé dans l’espoir qu’un passant infortuné tomberait dessus avant qu’on ait même remarqué son absence. L’histoire se racontait d’elle-même, simple et évidente: les cailloux instables, le corps au fond du ravin avec le cou cassé, les traces boueuses des talons glissant vers le bas ; un accident de randonnée, ni plus ni moins, et ç’aurait pu en rester là, quelques larmes et une petite cérémonie, sans la neige qui est tombée cette nuit-là ; elle l’a recouvert sans laisser de traces, et dix jours plus tard, quand le dégel a fini par venir, la police fédérale, le FBI et les sauveteurs de la ville ont tous vu qu’ils avaient marché à l’endroit de son corps jusqu’à ce que la neige soit tassée comme de la glace. « 

Circonstances de lecture

J’avais très envie de lire le premier roman de Donna Tartt après l’avoir découverte avec Le Chardonneret.

Impressions

Arrivé à l’université, Richard cache ses origines modestes à ses camarades. Très vite, il se retrouve dans la classe du professeur Julian, un enseignant ayant choisi d’enseigner les langues mortes à un petit groupe d’élèves sélectionnés par ses soins. Une communauté rassemblant des personnalités étranges, mystérieuses et en marge. Malgré lui, Richard devient peu à peu leur confident… et finit par découvrir leur sombre secret.

Un roman haletant et prenant. Si, dès le début, on sait que l’un des membres de ce petit groupe finira tué, le suspens n’en est pas moins présent. Au contraire ! Une superbe écriture.

Un passage parmi d’autres

 « Henry, mon Dieu », ai-je fini par dire, d’une voix plate et bizarre, même à mes propres oreilles.

Il a haussé un sourcil sans rien dire, son verre vide à la main, le visage à moitié dans l’ombre.

Je l’ai regardé. « Mon Dieu. Qu’est-ce que vous avez fait? »

Il a eu un sourire sans joie, et s’est penché hors du cône de lumière pour se servir un scotch. « Je crois que tu en as déjà une assez bonne idée. Maintenant, laisse-moi te poser une question. Pourquoi nous as-tu couverts ? »

« Quoi ? »

« Tu savais que nous allions quitter le pays. Tu l’as toujours su et tu n’as rien dit à personne. Pourquoi ça ? »

Les murs s’étaient évanouis et la pièce était obscure. Le visage d’Henry, sous la lumière crue de la lampe, se détachait sur un fond noir. De rares éclats lumineux scintillaient sur le bord de ses lunettes, brillaient dans les profondeurs ambrées de son whisky, se reflétaient en bleu dans ses yeux.

« Je ne sais pas.

Il a souri. « Non ? »

Je l’ai contemplé sans rien dire.

« Après tout, nous ne t’avions pas mis dans le secret. »

Son regard intense ne me quittait pas. « Tu aurais pu nous arrêter à n’importe quel moment et tu ne l’as pas fait. Pourquoi? »

« Henry, au nom de Dieu, qu’avez-vous fait ? »

Il a souri. « Toi, dis-le-moi. »

Et le plus horrible était que d’une certaine façon je le savais. « Vous avez tué quelqu’un, n’est-ce pas ? »

Il m’a regardé un bref instant et alors, à ma surprise totale, absolue, il s’est adossé à sa chaise et s’est mis à rire.

« Un bon point pour toi. Tu es aussi malin que je le pensais. Je savais que tu le devinerais, tôt ou tard, et c’est toujours ce que j’ai dit aux autres. »

Donna Tartt – Le maître des illusions – 1992 (Pocket)

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Lady Hunt – Hélène Frappat

04 dimanche Mai 2014

Posted by Aurélie in Romans français

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Actes Sud, Critique de livre, Hélène Frappat, Lady Hunt, roman

Hélène Frappat - Lady HuntLes premières phrases

«  La première fois que j’ai vu la maison, les arêtes de ses murs en briques disparaissaient sous une brume grise.

La maison se dresse en haut d’une rue en pente. Malgré le brouillard lumineux qui l’enveloppe, son ombre imposante se détache sur les villas environnantes. C’est une brume de fin de journée, un halo gris qu’absorberont bientôt les rayons blancs du crépuscule, juste avant la nuit, et la maison aura disparu.

Pourtant la brume dure. La douceur grise, humide, semble sans fin. Elle encercle la vieille demeure, émane de ses volets en fer, des ses cheminées inactives, de la grille haute qui protège, derrière des barreaux rongés de rouille, l’allée ombreuse conduisant au perron.

La brume absorbe les balcons ouvragés à l’étage, les jalousies closes des mansardes, le toit d’ardoise, la cime des arbres. La brume pénètre insidieusement mes vêtements. Sans quitter des yeux la maison, je frissonne.

La rue en pente conduit jusqu’à la jetée qui longe la mer, ruban sombre presque invisible à marée basse. Aucune vague n’agite cette ligne confondue avec l’horizon, dans la partie mystérieusement claire et dégagée du ciel.

En fermant à demi les yeux, je distingue la première lettre de la rue : K. La suite se perd dans la brume.

K. Dans mon rêve, je sais que c’est le début de mon nom. K. Ce n’est pas la première fois. Dans mon rêve, je sais que je connais la maison.

K. me réveille en sursaut. Dans le noir de ma chambre, jusqu’aux premières lueurs de l’aube qui s’infiltrent en bas des stores, j’attends, vainement, de m’endormir pour retrouver la maison familière, incapable de me rappeler où je l’ai connue, ailleurs qu’en rêve. »

Circonstances de lecture

Pour l’histoire, à la frontière du fantastique et du réel.

Impressions

Travaillant dans une agence immobilière, Laura Kern rêve chaque nuit d’une maison, obsédante, attirante et terrifiante. Peu à peu, elle est confrontée à des phénomènes étranges. Et une question l’agite alors : est-ce des symptômes annonçant qu’elle a hérité du gène de son père, frappé par la maladie de Huntington ? Va-t-elle peu à peu sombrer dans la folie ? Est-ce le passé qui revient la hanter pour lui délivrer un message ?

Une lecture qui n’est pas sans rappeler, dans certains passages, le Shining de Stephen King, en beaucoup plus soft évidemment ! A lire aussi pour le poème de Tennyson, « The Lady of Shalott », qui imprègne ce très beau roman d’Hélène Frappat.

Un passage parmi d’autres

 Le miroir réfléchit un rayon qui trace sur les lames biseautées du parquet une frontière nette. Le salon est coupé en deux, entre une zone envahie de soleil et un territoire plongé dans l’ombre. Je reste du côté obscur, hésitant à franchir la frontière. On n’entend plus la chanson de l’enfant. L’homme se tient sur le seuil du balcon. Il observe ma silhouette dans l’ombre. Quelque chose ne va pas. Dans le grand appartement silencieux, quelque chose manque.

– Votre fils !

Ils me regardent sans comprendre.

– Où est votre fils ?

Comme s’il partageait mon inquiétude, le père referme la fenêtre, chassant le soleil. Le double salon d’apparat perd brusquement tout éclat. Les lames biseautées du parquet, transformées par les rayons lumineux en kaléidoscope, redeviennent une grosse masse sombre.

L’homme court en direction des chambres. Ses pas résonnent trop fort dans les pièces vides.

– Arthur !

Il hurle.

– Arthur !

Sa femme l’a rejoint, pendant que j’inspecte l’entrée et la cuisine.

Je m’agite pour faire semblant. Il n’y a personne. Je le sais déjà. Mais quoi ? Le père, penché au-dessus des rambardes du balcon, regarde en bas. Accrochée à son bras, sa femme sanglote.

– Mon fils.

La porte d’entrée de la cuisine donnant sur l’escalier de service n’a plus de serrure. Pour sortir de l’appartement, il aurait fallu passer devant moi. Aucune fenêtre n’est ouverte. Dans la dernière chambre, la cabine de phare où j’entre seule, je suis assaillie par une sensation étrange. Peut-être un inconnu, derrière les murs courbes d’une illusion d’optique, m’observe-t-il. Ou les paroles de la comptine flottent dans l’air, et je m’y cogne.

Chaque seconde a sa pareille

Ton rêve est l’envers du décor

Il m’est impossible de sortir de l’appartement où l’enfant n’est plus là.

Hélène Frappat – Lady Hunt – 2013 (Actes Sud)

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Au lieu-dit Noir-Etang… – Thomas H. Cook

27 dimanche Avr 2014

Posted by Aurélie in Policiers / Thrillers, Romans étrangers

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Au lieu-dit Noir-Etang, Critique de livre, Points, roman, Thomas H. Cook

Thomas H. Cook - Au lieu-dit Noir-Etang...Les premières phrases

«  Mon père avait une phrase préférée. Il l’avait empruntée à Milton, et aimait la citer aux garçons de Chatham School. Planté devant eux le jour de la rentrée des classes, les mains bien enfoncées dans les poches de son pantalon, il ménageait un silence, leur faisant face, l’air grave. « Prenez garde à vos actes, déclamait-il alors, car le mal contre lui-même se retourne. » Il ne pouvait imaginer à quel point la suite des événements le contredirait, ni à quel point j’en aurais éminemment conscience.

Parfois, en ces tristes journées d’hiver si fréquentes en Nouvelle-Angleterre où le vent malmène autant les arbres que les arbustes, où la pluie tambourine contre les toits et les vitres, je me sens de nouveau happé par l’univers de mon père, par ma jeunesse, par la petite ville qu’il aimait tant et où je vis toujours. Je regarde par la fenêtre de mon bureau et je revois la grand-rue de Chatham telle qu’elle était alors : une poignée de petits commerces, un cortège fantomatique d’automobiles aux phares montés sur des pare-chocs inclinés. Dans mon esprit, les morts retrouvent la vie, reprennent leur enveloppe charnelle. Je vois Mme Albertson livrer son panier de palourdes au marché Kessler, M. Lawrence faire des embardées avec le scooter des neiges qu’il a construit de ses propres mains, des skis à l’avant, deux parties des chenilles d’un tank de la Première Guerre mondiale à l’arrière, le tout accroché au châssis cabossé d’un vieux roadster. En passant, il me fait signe, agitant sa main gantée dans l’air intemporel.

Me présentant une nouvelle fois sur le seuil de mon passé, je retrouve mes quinze ans, tous mes cheveux et une peau dépourvue de taches de vieillesse, le ciel loin de moi et l’enfer de mes préoccupations. Je pressens même que, par essence, la vie a du bon.

Puis, de but en blanc, je repense à elle. Pas à la jeune femme que j’ai connue il y a si longtemps, mais à la petite fille qui contemple au loin la mer d’un bleu étincelant, son père, à côté d’elle, lui disant ce que tous les pères disent depuis toujours à leurs enfants : que l’avenir leur tend les bras, que c’est un pré d’herbe tendre qui n’abrite aucune sombre forêt. Je la revois dans son cottage, ce jour-là, je réentends sa voix, ses paroles tintent encore à mon oreille, distantes clochettes, porteuses de la foi qu’elle eut brièvement en la vie. »

Circonstances de lecture

Une brusque envie de découvrir ce qui se cache derrière la couverture de ce roman noir…

Impressions

« Au lieu-dit Noir-Etang… » est à la fois un roman d’amour et un roman policier, noir et prenant. Vieux à présent, Henry se rappelle l’année de ses 15 ans, en 1926. Et la fascination qu’il porte à Mlle Channing, le nouveau professeur de dessin de Chatham School, l’école que dirige son père. Du haut de ses 15 ans, il observe les liens qui se nouent entre cette jeune femme à l’esprit libre et un autre professeur, marié et père de famille. L’histoire dont il est témoin le fascine. L’atmosphère du roman est oppressant, à l’image de ce lieu, Noir-Etang, séparant la maison des deux professeurs.

Un passage parmi d’autres

 – Et vous ? Qu’avez-vous fait pendant mon absence ?

– Je suis restée ici. J’ai lu, la plupart du temps.

M. Reed prit une courte inspiration.

– Dites-moi, Elizabeth… vous arrive-t-il parfois de penser que vous vivez uniquement dans votre tête ?

Elle haussa les épaules.

– Serait-ce un si mauvais endroit ? répliqua-t-elle.

M. Reed sourit, l’air grave.

– Tout dépend de la tête de qui, je suppose.

– Oui, c’est sûr, dit Mlle Channing.

Il y eut un bref temps mort avant que M. Reed n’ajoute :

– Le bateau sera achevé pour l’été.

Mlle Channing, sans rien dire, porta sa tasse à ses lèvres en regardant M. Reed dans les yeux.

– Ensuite, reprit-il, il sera possible…

Il se tut, comme pour se rappeler à la prudence et ne pas parler sans réfléchir, mais poursuivit :

– … possible d’aller n’importe où, je suppose.

Mlle Channing plaça sa tasse sur ses genoux.

– Où aimeriez-vous aller, Leland ?

M. Reed la regardait attentivement.

– Dans les endroits où vous êtes déjà allée, je suppose.

Ils se regardèrent un bref instant en silence, mais avec une telle intensité et une telle attirance que la petite distance qui les séparait semblait plus qu’ils ne pouvaient supporter. Ce fut en cet instant que je mesurai pour la première fois la profondeur de ce qu’ils en étaient venus à éprouver l’un pour l’autre.

Au lieu-dit Noir-Etang… – Thomas H. Cook (Points Roman noir)

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Arcadia – Fabrice Colin

16 mercredi Avr 2014

Posted by Aurélie in Fantasy, Romans français

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Arcadia, Bragelonne, Critique de livre, Fabrice Colin, Fantasy, roman

Fabrice Colin - ArcadiaLes premières phrases

«  Il ne lit plus à présent, il n’en a plus la force. Lever un bras, se dresser sur un coude : il en serait incapable. Les yeux fixés au plafond, il est condamné à l’attente.

De temps à autre, la fatigue semble venir à bout de ses souffrances et il s’enfonce dans un sommeil aveugle, mais lorsqu’il se réveille, c’est pour constater avec désespoir qu’il est encore en vie et que la douleur ne l’a pas quitté.

– Avez-vous déjà vu quelqu’un mourir ? demande-t-il à Severn. 

Joseph approuve.

– Dans ce cas, je vous plains.

Sa tête retombe sur l’oreiller. Il y a quelques jours, de nouveau, il a évoqué l’éventualité du suicide. Il a répété à son ami qu’il aurait pu en finir trois mois plus tôt sur le Maria Crowther mais qu’il a tenu bon parce que lui, Severn, a brandi l’étendard de son inébranlable foi chrétienne. Et de quel secours lui est cette foi désormais ? « Il n’est pas de mots assez durs », a-t-il martelé, « pas de châtiments assez forts pour fustiger un homme obligeant son ami à endurer pareils tourments. »

Bouleversé, Severn s’est enfui et a traversé la Piazza di Spagna en larmes pour retrouver le docteur James Clark, le seul homme auquel il pouvait se confier. Clark l’a écouté en hochant la tête, puis a remonté avec lui les marches de la Casina Rossa. Sitôt franchi le seuil de la chambre, il a raflé le flacon de laudanum et l’a fait disparaître dans sa poche. Le poète est resté coi. Lorsque Clark s’est penché sur lui, il l’a fixé de ses yeux grands yeux humides et lui a demandé le plus calmement du monde combien de temps encore il lui faudrait supporter cette « existence posthume ».

Les moments de lucidité alternent avec les phases de léthargie brumeuse. « Et la lucidité », a expliqué le docteur, « n’est pas recommandée. » Au loin, les émotions. Aucune allusion à Fanny, encore moins à l’écriture ou aux livres : dans l’état où il se trouve, cela le tuerait. Severn ne peut qu’acquiescer. C’est l’amour qui aura raison de son ami, cette passion impossible, ce feu mauvais qui dévore – rien moins que l’amour. »

Circonstances de lecture

Comment résister à la lecture d’une si belle réédition par les éditions Bragelonne?

Impressions

Attention : pour plonger dans « Arcadia », il faut laisser de côté le monde rationnel et accepter de ne pas tout comprendre à la cohérence de l’histoire. Il faut se laisser porter par la plume (très onirique) de Fabrice Colin, oublier la réalité et flotter entre deux mondes pleins de poésie. Celui d’Arcadia et de Ternemonde, celui de la « réalité » et celui des rêves.

Lire « Arcadia », c’est voyager dans des mondes parallèles, voyager dans le temps et l’espace, côtoyer de grands peintres, poètes, dramaturges, compositeurs et écrivains. A l’instar de John Keats, Rudyard Kipling, Alfred Tennyson, Lewis Carroll et Rossetti. C’est aussi croiser Merlin, la fée Morgane, le roi Arthur, Guenièvre, Lancelot et Perceval. Jouer avec les songes, jouer avec les identités (multiples), et les réincarnations. Vibrer au son de la musique du sommeil, frissonner dans un Londres victorien où la neige est bleutée, mettre un pied au Pays des Merveilles, rencontrer l’auteur de Peter Pan, frémir devant la montée des eaux à Paris…

Dans « Arcadia », Fabrice Colin magnifie les Arts, de la peinture à la musique en passant par l’écriture. Tout en traitant de l’amour, des rêves, de la vie et de la mort avec poésie et magie. Une petite pépite hallucinée de la Fantasy qui demande une seconde lecture, peut-être, pour comprendre tous les rouages de ce  roman-poème sous ecstasy.

Un passage parmi d’autres

 La nuit s’est assez fait attendre. Les avenues s’éclairent dans le brouillard, et Londres devient magique avec ses enseignes colorées, ses trottoirs bordés de neige, ses filaments de brume et ses fontaines gelées. Sagement installée sur sa banquette de cuir, Maggie se laisse prendre au spectacle de la rue : gentlemen pressés, crieurs de journaux, vendeurs ambulants, pubs et restaurants déjà bondés, elle ne se souvient pas d’avoir jamais vu autant de monde à Londres un soir d’hiver.

La neige bleutée qui vient se coller à la vitre en une fine pellicule filtre sa rêverie tel un prisme fragile. Lorsque Maggie ferme les yeux, elle fond un peu plus vite et, bientôt, le paysage se délaie lui aussi, les demeures arrogantes des quartiers riches font place à un paysage plus tranquille – enfilades monotones de maisons brunâtres, chapelles solitaires et parcs silencieux. Le tram contourne le Lancelot de Leighton que la petite aime tant et se dirige vers les quartiers sud.

Vingt minutes plus tard, la voici chez elle. Elle pousse les grilles de fer forgé et s’engage dans l’allée principale que les domestiques se sont efforcés de dégager. Il fait bien noir à présent, la lune est creuse dans le ciel, mais les fenêtres de la Grange sont illuminées, et la petite Sidhe poursuit son chemin. Elle gravit les marches de pierre en repensant au calao ; la gouvernante ouvre la porte pour la laisser rentrer et, d’un revers de main, balaie la neige qui s’est accumulée sur le col de son manteau.

Arcadia – Fabrice Colin (Bragelonne)

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Yeruldelgger – Ian Manook

12 samedi Avr 2014

Posted by Aurélie in Policiers / Thrillers, Romans français

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Albin Michel, Critique de livre, Ian Manook, roman, Yeruldelgger

Ian Manook - YeruldelggerLes premières phrases

«  Yeruldelgger observait l’objet sans comprendre. D’abord il avait regardé, incrédule, toute l’immensité des steppes de Delgerkhaan. Elles les entouraient comme des océans d’herbe folle sous la houle irisée du vent. Un long moment, silencieux, il avait cherché à se convaincre qu’il était bien là où il se trouvait, et il y était bien. Au cœur de distances infinies, au sud de la province du Khentii et à des centaines de kilomètres de ce qui pourrait un tant soit peu justifier la présence incongrue d’un tel objet.

Le policier du district se tenait respectueusement à un mètre derrière lui. La famille de nomades qui l’avaient alerté, à quelques mètres en face. Tous le regardaient, attendant qu’il apporte une explication satisfaisante à la présence de l’objet saillant de terre, de travers par rapport à l’horizon. Yeruldelgger avait respiré profondément, malaxé son visage fatigué dans ses larges paumes, puis il s’était accroupi devant l’objet pour mieux l’observer.

Il était vidé, épuisé, comme essoré par cette vie de flic qu’il ne maîtrisait plus vraiment. Ce matin à six heures on l’envoyait enquêter sur trois cadavres découpés au cutter dans le local des cadres d’une usine chinoise dans la banlieue d’Oulan-Bator, et cinq heures plus tard il était dans la steppe à ne même pas comprendre pourquoi on l’avait envoyé jusque-là. »

Circonstances de lecture

Une lecture conseillée par mon libraire.

Impressions

Ce très bon thriller nous fait voyager en Mongolie. Le héros, Yeruldelgger, est un flic rongé par la mort de sa fille. Lorsqu’il découvre le corps d’une petite fille dans la steppe, le passé ressurgit. Ian Manook nous entraîne dans un thriller rondement mené, fort en personnages attachants, dans une société déchirée entre les traditions mongoles et la vie moderne. On a envie de rester aux côtés de Yeruldelgger, Oyun et Solongo, sous la yourte à boire le thé au beurre salé tout en cherchant des indices sur leur tablette numérique. Quand l’univers des séries TV américaines débarque à Oulan-Bator, ça donne ça : une belle surprise littéraire. On en redemande !

Un passage parmi d’autres

 Il marchait, heureux de retrouver des instincts oubliés. Il redécouvrit des sensations qu’il croyait perdues. Il s’étonna de ce que son corps, usé par la ville et son métier, le porte encore avec autant de facilité à travers la montagne. Il ne ressentait absolument aucune peur. Ni de l’immensité enivrante qui l’entourait, ni des animaux sauvages qui peuplaient ces bois préservés, ni de la nuit et du froid qui pouvaient le rattraper. Il n’éprouvait qu’une grande sérénité à être là, enfin seul, ignoré de tous, à se pénétrer dans l’effort de ce monde vivifiant qui se réemparait de lui. C’était le sentiment exact qui l’habitait à ce moment-là. Il avait appartenu à ce monde, il avait communié avec lui d’une façon si profonde qu’il s’en était nourri. Il en avait tiré une force qu’il n’avait plus, mais dont il se souvenait à présent. Il eut soudain l’impression qu’il avait été vivant, avant. Bien plus vivant qu’à présent, et qu’il pouvait peut-être le redevenir.

Yeruldelgger – Ian Manook – octobre 2013 (Albin Michel)

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