L’enfant de poussière – Patrick K. Dewdney

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Les premières phrases

«  Nous étions couchés dans les herbes folles qui poussent sur la colline du verger et, de là, nous voyions tout. L’air était pesant, presque immobile, rempli du bourdon estival des insectes. Autour, il y avait le parfum mêlé des graminées et l’odeur douceâtre des pommes qui mûrissent. Suspendus aux branches chargées de fruits, des charmes d’osselets gravés tintaient mélodieusement pour éloigner les oiseaux et la grêle. Face à nous se dressaient Corne-Colline et les murailles sombres de la cité de Corne-Brune, grassement engoncées dans la poussière que soulevaient les charrettes de la route des quais. Enfin, au bout du chemin sale que nous surplombions, derrière le petit port fluvial, la Brune coulait paresseusement. A mes côtés, Cardou croquait à pleines dents dans une pomme encore trop verte, tandis que Merle jouait un air badin sur son pipeau. Et Brindille, dont nous étions tous les trois amoureux, Brindille souriait. Nous avions le ventre plein.

Je devais avoir un peu moins de huit ans. C’est mon premier véritable souvenir.  »

Circonstances de lecture

Attirée par cette superbe couverture.

Impressions

Voici un nouveau cycle de fantasy à suivre ! Avec « L’enfant de poussière », Patrick K. Dewdney signe son premier roman de fantasy. Et ce premier tome (il y en aurait 7 au total) est une véritable réussite. On y suit Syffe, petit garçon de huit ans, orphelin aux origines mystérieuses, obligé de quitter un peu trop vite l’innocence de son enfance passée à la ferme. Amateurs de récits moyenâgeux, vous serez comblés. Ici, l’auteur nous plonge dans un monde médiéval riche, empli de clans, coutumes, luttes de classes et guerres cruelles. Racisme, intolérance, injustices sociales, croyances sont au cœur du récit. De Corne-Brune, ville plutôt paisible où Syffe a vécu ses premières années, au champs de bataille d’Aigue-Passe, en passant par la forêt où il vit son apprentissage martial avec le guerrier Uldrick, tous les lieux par lesquels passe notre petit héros sont magnifiquement décrits par Patrick K. Dewdney, tant et si bien que ce monde imaginé semble tout à fait plausible et réel. Ici, l’univers de la magie n’est que peu évoqué (peut-être le sera-il davantage dans le prochain tome ?). L’auteur préfère aux magiciens et aux dragons, les chevaux de guerre, le mystère de la nature, et le monde des songes, où Syffe côtoie malgré lui des forces surnaturelles. Les pages défilent à toute allure, et on a de la peine à quitter « L’enfant de poussière ». Preuve que l’on tient là une nouvelle pépite.

Un passage parmi d’autres

 Durant cette période de fin d’année, les rêves allaient et venaient, leur intensité croissant à tel point qu’il me fallait parfois un temps d’ajustement au réveil pour faire sens de la réalité. J’avais l’impression de plus en plus tenace de mener deux vies distinctes. Je passais le jour dans un corps, à déneiger les allées du domaine Misolle où à assister Nahir à l’infirmerie, et mes mains se couvraient de gerçures, des tâches du fumier et des teintures médicinales. Lorsque arrivait la nuit, je quittais mon enveloppe, cals et usure se dissolvaient dans un tourbillon d’étrangeté au sein duquel le monde concret n’avait pas de prise, et guère davantage de sens. Une présence extérieure à tout ce que je pouvais envisager m’enserrait de sa démesure et érigeait dans mon esprit son univers fragmenté. Cela m’emportait, cela me possédait parfois pour me laisser ensuite, pantelant, secoué par les chuintements étrangers et l’ondulation d’une chose mouvante qui ressemblait autant à l’ombre qu’à la lumière.

J’avais fini par me faire à l’idée que j’étais seul face à ce phénomène, seul et incompris, et pour cette raison j’avais cessé d’essayer d’en faire sens.

Patrick K. Dewdney – L’enfant de poussière – mai 2018 (Au Diable Vauvert)

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Espérer le soleil – Nelly Chadour

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Les premières phrases

«  Comme bon nombre de récits, celui-ci prend racine au plus profond des ténèbres d’une époque incertaine. A cette vertigineuse évocation de temps révolus s’ajoutent les frissons d’effroi, car il s’agit d’un conte horrible et gorgé de sang.

Comme toutes les bonnes histoires, celle-ci comporte une héroïne : Vassilissa, du village de Bilibine. Par dérision, elle avait hérité du surnom de la Très Belle. L’ironie de ce sobriquet ne venait pas de ses yeux aussi étincelants que les saphirs ornant la couronne des tsars, ni de sa chevelure châtaine, scintillante de fils dorés et si abondante que ses neveux aimaient y enfouir leurs petites mains.

C’était là ses seuls attraits.

Car la Très Belle n’était pas gracieuse, ne savait tenir ni un foyer ni sa langue prompte aux jurons et à la franchise. Aucun homme ne souhaitait épouser une femme capable de le flanquer par terre d’un coup de poing. Ses dons s’exerçaient dans des arts masculins : la chasse où elle avait hérité sur la pommette droite d’une balafre creusée par les crocs d’une louve, et la peinture d’icônes saintes.

Voilà pourquoi, à presque trente ans, elle vivait seule dans sa cabane. Mais elle ne regrettait rien et se contentait de jouer avec les marmots de ses sœurs plutôt que de rêver à ses propres enfants.

Jusqu’à la dernière fête de la Nativité, elle se moquait du mariage, des commérages qu’elle faisait taire d’un seul regard de son œil trop bleu.

Puis Vladimir arriva avec son escorte.  »

Circonstances de lecture

Parce que j’étais très attirée par cette belle couverture.

Impressions

Entre uchronie, fantastique, et SF, « Espérer le soleil » de Nelly Chadour ravira tous les fans d’histoires vampiriques et de mondes post-apocalyptiques. A la suite d’une guerre nucléaire, le soleil a disparu sous d’épais nuages de cendre, l’occasion pour les créatures de l’ombre de refaire leur apparition ! A moins que le soleil daigne refaire surface…

J’ai beaucoup aimé ce roman de Nelly Chadour mêlant légendes anciennes, enquêtes autour de la disparition d’enfants, et créatures horrifiques, le tout dans un Londres post-apocalyptique. Je vous le recommande chaudement ! D’autant que la couverture, signée Melchior Ascaride, est superbe.

Un passage parmi d’autres

 Vassilissa se laissait séquestrer dans son sarcophage gelé comme elle se glissait entre ses draps à l’époque où le sang circulant dans ses veines ne provenait pas de celles de ses proies. Contrairement à la léthargie de son ancienne vie, elle pouvait désormais choisir ses rêves. Elle savait rejouer le film d’une journée lointaine, film mental dont elle était l’unique spectatrice. Le moindre détail réapparaissait dans son esprit avec la précision d’une plaque photographique. A l’insu des sacs de sang, les souvenirs des Rôdeurs ne s’estompaient jamais : chaque événement se gravait dans les circonvolutions de leur cervelle, sans doute parce que le siège des émotions s’était sclérosé laissant davantage de place à la mémoire. Et Vassilissa elle-même admettait que l’expérience découlant de sa prodigieuse hypermnésie lui tenait lieu d’intelligence. Pourtant, les savants russes qui l’avaient étudiée, découpée, examinée, testée sous les ordres du camarade atomiseur Staline, avaient décelé des facultés cognitives peu éloignées de celles des mortels. Selon toute vraisemblance, son goût intact pour la peinture avait préservé cette infime part d’humanité. .

 

 

Nelly Chadour – Espérer le soleil – septembre 2017 (Les moutons électriques)

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Dans la toile du temps – Adrian Tchaikovsky

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Les premières phrases

«  There were no windows in the Brin 2 facility – rotation meant that « outside » was always « down », underfoot, out of mind. The wall screens told a pleasant fiction, a composite view of the world below that ignored their constant spin, showing the planet as hanging stationary-still off in space: the green marble to match the blue marble of home, twenty light years away. Earth had been green, in her day, though her colours had faded since. Perhaps never as green as this beautifully crafted world though, where even the oceans glittererd emerald with the phytoplankton maintaining the oxygen balance within its atmosphere. How delicate and many-sided was the task of building a living monument that would remain stable for geological ages to come.

It had no officially confirmed name beyond its astronomical designation, although there was a strong vote for « Simiana » amongst some of the less imaginative crewmembers. Doctor Avrana Kern now looked out upon it and thought only of Kern’s World. Her project, her dream, her planet. The first of many, she decided.

This is the future. This is where mankind takes its next great step. This is where we become gods.  »

Circonstances de lecture

Parce qu’on me l’a prêté. Lu en VO (Children of Time).

Impressions

Voilà un gros coup de cœur SF ! La Terre est au plus mal. Pour survivre, des scientifiques sont partis coloniser d’autres planètes pour les modeler à l’image de la Terre. Ils y parviennent presque, envoyant un groupe de singes ainsi qu’un nanovirus censé les faire évoluer rapidement pour qu’ils préparent la planète Kern à l’arrivée des hommes. Mais voilà, l’expérience tourne mal, le  vaisseau conduisant les singes est victime d’un acte de terrorisme et le nanovirus trouve refuge auprès d’une autre espèce : les araignées !

Deux mille ans plus tard, grâce à la cryogénisation, la scientifique à l’origine de la terraformation veille du haut de sa capsule spatiale sur sa création, le monde de Kern, quand un vaisseau spatial abritant les derniers humains approche et demande à atterrir sur Kern… La narration alterne alors entre les humains et les araignées et le lecteur a bien du mal à prendre partie, tant les deux points de vue sont compréhensibles. On ne sait plus qui soutenir, des humains survivants désireux de trouver un abri, ou des araignées évoluées, conscientes et intelligentes souhaitant sauvegarder leur monde. On parvient à s’attacher aussi bien aux humains (notamment l’ingénieure Isa Lain et l’historien-linguiste Holsten Mason, que l’on retrouve chapitre après chapitre, à plusieurs centaines d’années d’intervalle, lors de leurs différents réveils cryogéniques), qu’aux araignées auxquelles Adrian Tchaikovsky donne le même nom, génération après génération, en fonction de leur personnalité (Portia, Bianca et Fabian).

Ce livre d’Adrian Tchaikovsky offre à voir l’évolution d’une espèce sur des milliers d’années. Véritablement passionnant ! Il offre aussi une belle réflexion sur l’humanisme, les croyances, la tolérance, l’incompréhension, l’empathie, le langage, l’égalité des sexes (les araignées sont basées sur une société matriarcale au détriment des mâles) et l’intelligence artificielle. Un GROS coup de cœur, d’autant que la fin est tout simplement géniale !

Un passage parmi d’autres

 But of course, there is only one vital question. Portia wonders if Bianca will actually canvass anyone else’s opinion in the end, or whether she will simply send off her own demand to God to prevent anyone else doing likewise. It must be a great temptation to every other spider with access to a transmitter.

What Bianca asks is this :

« What does it mean that you are there and we are here? Is there meaning or is it random chance? » Because what else does one ask even a broken cybernetic deity but, « Why are we here? ».

Adrian Tchaikosvky – avril 2018 (Éditions Denoël)

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Shâhra – Les Masques d’Azr’Khila – Charlotte Bousquet

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Les premières phrases

«  Père,

A chaque inspiration, je transpire. Mon haleine est de feu ; ma bouche sèche, plissée et ridée crisse comme le sable. Des rigoles salées suintent le long de mon corps décharné. J’ai beau m’étourdir de parfum, des relents de sel et de vinaigre s’élèvent en volutes invisibles autour de moi ; lorsque je touche par mégarde ma peau, je sens cette colle tiède, imperceptible, et je frémis à l’idée d’en être couvert. Odeurs, chairs visqueuses, souffle court : tout cela (cette vieillesse, cette faiblesse) m’écœure.

Mon humanité me dégoûte.

Je la traîne depuis trop longtemps sur cette terre craquelée, cette carcasse stérile comme une aïeule.

Elle ne m’est d’aucune utilité.  »

Circonstances de lecture

Parce que qui peut résister à cette couverture ?

Impressions

Une histoire de fantasy parfaite pour coller à la chaleur de l’été. Shâhra est un monde fait de déserts, de dunes, d’oasis, de terres craquelées et de sable. L’air est chaud et charrie des odeurs de thé parfumé, de dattes, de miel, de sueur et de sang. Charlotte Bousquet sait nous entraîner dans ce monde où la magie des esprits chamaniques rôde. Elle nous fait suivre le destin de quatre femmes, toutes dotées d’un pouvoir particulier. Djiane, la danseuse, Arkhane, l’apprentie chamane, Tiyyi, une esclave aux pouvoirs mystérieux, et Aya Sin, une kenzi assujettie à un homme recherchant la jeunesse éternelle. Au-dessus d’elles, plane l’ombre d’Azr’Khila, la déesse de la vie et de la mort.

Un cycle de fantasy en deux tomes, dont le premier m’a enchanté.

Un passage parmi d’autres

 Arkhane roule sur elle-même, s’appuie sur ses coudes, et ses yeux plongent dans ceux de son double, réfléchi par une flaque d’eau étrangement huileuse. Elle découvre avec surprise qu’une poussière d’ocre rouge recouvre sa peau. Instinctivement, elle frotte ses paumes contre ses joues, ses paupières, ne laissant qu’une mince ligne pourpre au milieu de sa figure, une ligne qui la coupe en deux, deux parties distinctes, l’une blanche comme la mort, l’autre noire comme la vie. Elle reconnaît la marque d’Azr’Khila, la Déesse aux deux visages.

Le reflet s’estompe, lentement, remplacé par un horizon nébuleux, voilé de blanc. Arkhane se redresse, tant bien que mal. A genoux, d’abord. Puis elle tente de se lever. Vertige. Chute, brutale. Au-dessus d’elle, l’azur. Contre son corps meurtri, un sol rugueux, crevassé. Et, très haut, l’ombre d’un vautour…

Charlotte Bousquet – Shâhra – Les Masques d’Azr’Khila – mai 2018 (Mnémos)

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Annihilation – Jeff Vandermeer

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Les premières phrases

«  La tour, qui n’était pas censée être là, s’enfonce sous terre tout près de l’endroit où la forêt de pins noirs commence à abandonner le terrain au marécage, puis aux marais avec leurs roseaux et leurs arbres rendus noueux par le vent. Derrière les marais et les canaux naturels, se trouve l’océan et, un peu plus bas sur la côte, un phare abandonné. Toute cette région était désertée depuis des décennies, pour des raisons qui ne sont pas faciles à raconter. Notre expédition était la première à entrer dans la Zone X depuis plus de deux ans et la majeure partie de l’équipement de nos prédécesseurs avait rouillé, leurs tentes et abris ne protégeant plus de grand-chose. En regardant ce paysage paisible, je ne pense pas qu’aucune d’entre nous n’en voyait encore la menace.  »

Circonstances de lecture

Parce que j’avais très envie de poursuivre l’expérience du film diffusé sur Netflix.

Impressions

Pénétrez dans la Zone X, découvrez un monde a priori paisible qui fait la part belle à la nature. Celle-ci semble avoir repris ses droits. Laissez-vous hypnotiser par sa beauté et ses phénomènes inexpliqués, à la fois magnifiques et terriblement dangereux. Voilà, vous vous êtes fait prendre à l’ambiance oppressante d’Annihilation. Un monde fascinant, empli de mystères. Si vous en ressortez, vous ne serez peut-être plus tout à fait vous-mêmes… Vous êtes prévenus…

J’avais beaucoup aimé le film d’Alex Garland avec Nathalie Portman, diffusé sur Netflix. Si encore une fois, l’adaptation prend de nombreuses libertés sur le livre, je vous conseille tout de même de le regarder. Ensuite, plongez-vous dans le livre, puis dans ses deux suites (publiées aux éditions du Diable Vauvert) que je ne manquerai pas de lire sous peu !

Un passage parmi d’autres

 Et je n’ai jamais regardé en arrière, pour le meilleur ou pour le pire. Si un projet épuisait son financement ou si la zone que nous étudions était soudain achetée pour aménagement, je n’y remettais jamais les pieds. Il y a certaines formes de mort qu’on ne devrait pas s’attendre à revivre, certaines formes de liens si profonds que quand ils disparaissent, on sent soudain quelque chose casser en soi.

Au fur et à mesure que nous descendions dans la tour, j’ai senti, pour la première fois depuis longtemps, l’excitation de la découverte que j’avais connue dans mon enfance. Mais je n’ai pas non plus cessé d’attendre que quelque chose casse en moi.

(…)

Quand j’ai vu ces centaines de journaux, j’ai eu un bon moment l’impression d’être devenue malgré tout cette vieille biologiste. C’est ainsi que la folie du monde essaie de vous coloniser : de l’extérieur, en vous forçant à vivre dans sa réalité.

 

 

Jeff Vandermeer – Annihilation – septembre 2017 (Livre de poche)

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La Porte de Cristal – N.K. Jemisin

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Les premières phrases

«  Hum. Non. Je ne raconte pas comme il faut.

Après tout, chacun est à la fois lui-même et d’autres. Ce sont les relations d’une créature qui cisèlent sa forme ultime. Je suis moi et vous. Damaya était elle-même, plus la famille qui l’avait rejetée, plus les gens du Fulcrum qui l’avaient ciselée jusqu’à en faire une lame aiguisée. Syénite était Albâtre et Innon et les malheureux habitants d’Allia et de Meov, les comms disparues. Vous êtes maintenant Tirimo et les gens qui parcourent les routes couvertes de cendre et vos enfants morts… et l’enfant vivante qu’il vous reste. Que vous récupérerez.

Je ne vous apprends rien. Après tout, vous êtes Essun. Vous savez déjà de quoi il retourne. Pas vrai ?  »

Circonstances de lecture

Parce que c’est le Tome 2 des livres de la Terre Fracturée.

Impressions

Après un premier tome plein de mystères, N.K. Jemisin poursuit ici avec brio son cycle de la Terre Fracturée. Les mystères sont petit à petit dévoilés et on en apprend plus sur l’origine du chaos, sur les mangeurs de pierres, et sur les obélisques planant au-dessus du monde. Difficile de parler de ce second tome sans trop en dévoiler ! Sachez juste que l’on va suivre Essun, là où on l’avait laissée dans « La cinquième Saison », mais aussi sa fille Nassun, aux prises avec ses pouvoirs naissants.

Ce livre marie SF et Fantasy, pour un résultat passionnant. C’est tout simplement ma trilogie préférée du moment ! Vivement la sortie du dernier tome en septembre !

Un passage parmi d’autres

 « C’est étonnant, quand on y pense. Tout le monde est comme ça, dans le Fixe. On ne s’occupe pas de ce que contient l’océan, on ne s’occupe pas de ce que contient le ciel, on ne regarde pas l’horizon, on ne se demande pas ce qu’il y a au-delà. On a passé des siècles à se moquer des astromestres et de leurs théories farfelues, mais en fait, ce qu’on trouvait incroyable, c’était qu’ils prennent la peine de lever les yeux pour les formuler. »

Vous aviez presque oublié cette facette-là de sa personnalité : le rêveur, le rebelle, toujours porté à reconsidérer l’ordre immuable des choses parce qu’elles n’auraient peut-être jamais dû s’y trouver soumises. Il n’en a pas moins raison. La vie dans le Fixe tend à décourager la remise en question, la réorientation. Après tout, la sagesse est gravée dans la pierre. Voilà pourquoi nul ne se fie à la mutabilité du métal. Si Albâtre a été autrefois le pôle magnétique de votre petite famille, ce n’est pas par hasard.

N.K. Jemisin – La Porte de Cristal – avril 2018 (Nouveaux Millénaires)

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One Of Us is Lying – Karen M. McManus

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Les premières phrases

«  A sex tape. A pregnancy scare. Two cheating scandals. And that’s just this week’s update. If all you knew of Bayview High was Simon Kelleher’s gossip app, you’d wonder how anyone found time to go to class.

« Old news, Bronwyn, » says a voice over my shoulder. « Wait till you see tomorrow’s post. »

Damn. I hate getting caught reading About That, especially by its creator. I lower my phone and slam my locker shut. « Whose lives are you ruining next, Simon? »

Simon falls into step beside me as I move against the flow of students heading for the exit. « It’s a public service, » he says with a dismissive wave. « You tutor Reggie Crawley, don’t you? Wouldn’t you rather know he has a camera in his bedroom? »

I don’t bother answering. Me getting anywhere near the bedroom of perpetual stoner Reggie Crawley is about as likely as Simon growing a conscience.  »

Circonstances de lecture

Parce qu’une amie me l’a recommandé.

Impressions

Cinq lycéens se retrouvent en heure de colle. L’un d’eux meurt empoisonné, Simon, le créateur d’une appli dévoilant les secrets de ses camarades de classe. Les quatre autres deviennent automatiquement les suspects numéro un. Car chacun aurait bien une raison de le voir mort…

Karen M. McManus nous entraîne ici dans une enquête pleine de suspens. Chaque chapitre dévoile le point de vue d’un des suspects. Une lecture addictive jusqu’aux toutes dernières pages. A lire !

Un passage parmi d’autres

 « She’s a princess and you’re a jock, »he says. He thrusts his chin toward Bronwyn, then at Nate. « And you’re a brain. And you’re a criminal. You’re all walking teen-movie stereotypes. »

« What about you? » Bronwyn asks. She’s been hovering near the window, but now goes to her desk and perches on top of it. She crosses her legs and pulls her dark ponytail over one shoulder. Something about her is cuter this year. New glasses, maybe? Longer hair? All of a sudden, she’s kind of working this sexy-nerd thing.

« I’m the omniscient narrator, » Simon says.

Bronwyn’s brows rise above her black frames. « There’s no such thing in teen movies. »

« Ah, but Bronwyn. » Simon winks and chugs his water in one long gulp. « There is such a thing in life. »

Karen M. McManus – One Of Us is Lying – mai 2017 (Penguin Books)

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Carbone modifié – Richard Morgan

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Les premières phrases

«  L’aube allait pointer dans deux heures. J’attendais dans la cuisine dont les murs s’écaillaient en fumant une des cigarettes de Sarah, bercé par le rythme du cyclone. Millsport dormait depuis longtemps, mais dehors, dans le Reach, les courants s’accrochaient aux bancs de sable et le chant du ressac hantait les rues désertes. Une fine brume flottait dans la tempête, retombant sur la ville comme un voile de mousseline et brouillant la vue des fenêtres de la cuisine.

En état d’alerte chimique, j’ai fait l’inventaire du matériel posé sur le panneau éraflé de la table en bois. Le pistolet à éclats Heckler & Koch de Sarah brillait dans la pénombre, béant, attendant qu’on lui enfile son chargeur. Une arme d’assassin, compacte et parfaitement silencieuse. Les chargeurs étaient posés à côté. Sarah les avait entourés de bande adhésive pour reconnaître les munitions : vert pour les somnifères, noir pour le venin d’araignée. La plupart des chargeurs étaient noirs. Sarah avait épuisé beaucoup de verts contre les gardes de la sécurité de Gemini Biosys la nuit dernière.  »

Circonstances de lecture

Parce que que j’avais très envie de lire le livre après avoir vu la série sur Netflix.

Impressions

A quoi ressemblerait la société si la mort n’était pas définitive ? Si l’on pouvait vous faire revenir à la vie dans le corps d’un autre, pourvu que vous en ayez les moyens financiers évidemment… C’est en partant de ce postulat de départ que Richard Morgan nous embarque dans un monde futuriste proche de celui de Blade Runner. Notre héros, Takeshi Kovacs, se voit ramener à la vie pour enquêter sur la « mort » d’un milliardaire, pas convaincu de la conclusion de la police qui pense à un suicide. En effet, pourquoi se suicider quand on sait que l’on sera de nouveau en vie quelques heures plus tard ?

Un récit de SF riche et intense, violent aussi. J’ai beaucoup aimé. Si la série proposée sur Netflix prend de nombreuses libertés par rapport au roman de Richard Morgan, elle n’en est pas moins également intéressante à regarder. L’atmosphère du livre y est parfaitement retranscrite. Vivement la réédition ce mois-ci des deux suites, chez Bragelonne !

Un passage parmi d’autres

 S’ils vous veulent, tôt ou tard, ils vous trouveront, comme un grain de poussière sur un artefact martien, avait écrit une jeune Quell à propos de l’élite de Harlan. Traversez l’abîme entre les étoiles et ils vous suivront. Faites-vous stocker durant des siècles et ils seront là à vous attendre, dans de nouveaux clones. Ce sont les dieux dont nous rêvions, les agents mythiques du destin. Aussi implacable que l’était la Mort, mais ce pauvre laboureur appuyé sur sa faux ne l’est plus aujourd’hui… Pauvre Mort, elle n’était pas de taille, elle n’a pu lutter contre la puissance du carbone modifié et les technologies de stockage et de récupération des données. Il fut un temps où nous vivions avec la crainte de son arrivée. A présent, nous flirtons avec sa sombre dignité, et des êtres comme ceux-là ne la laissent même pas passer par l’entrée de service…

Richard Morgan – Carbone modifié – octobre 2008 (Bragelonne)

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La Trilogie du Subtil Changement – Jo Walton

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Les premières phrases

«  Tout a commencé quand David est revenu du parc dans une fureur noire. Nous séjournions à Farthing à l’occasion d’un des épouvantables raouts politiques de Mère. Si nous avions trouvé un moyen de nous y dérober, nous serions allés n’importe où ailleurs, mais Mère n’avait rien voulu entendre et nous étions donc là, lui en jaquette et moi en petite robe Chanel beige, dans mon ancienne chambre de jeune fille à laquelle j’avais été si soulagée de dire adieu quand j’avais épousé David.  »

Circonstances de lecture

Parce que je suis fan de Jo Walton.

Impressions

J’adore Jo Walton ! Et je dois dire encore une fois que j’ai  dévoré sa trilogie du « Subtil changement ». Elle se situe entre uchronie et roman policier, et part du postulat de départ suivant : et si l’Angleterre avait signé un pacte avec l’Allemagne nazie d’Hitler ? Quel serait alors le visage de l’Empire britannique ? Ces trois romans (Le Cercle de Farthing, Hamlet au Paradis, et Une demi-couronne) sont passionnants. Ils sauront combler aussi bien les passionnés de SF que les amoureux de polar « so british ». Je les recommande vivement !

Un passage parmi d’autres

 « Le vrai problème, c’est que la plupart des gens sont parfaitement satisfaits de la situation telle qu’elle est, ou bien alors trop effrayés pour se révolter. Parfois, je me dis qu’il nous faudrait un gouvernement encore pire qui obligerait nos concitoyens à se secouer .

– Et que se passerait-il s’ils se secouaient enfin sous ce nouveau gouvernement ? demanda Abby. Ils ne pourraient plus agir, ce serait trop tard. On peut rendre les gens plus courageux, plus lucides, on peut leur ouvrir les yeux. Je le fais avec mes élèves. Mais je le fais au cas par cas. Et c’est un travail difficile qui prend des années. Comment procéder,  pour tout un pays ? Pour que la population entière s’intéresse à ce que son gouvernement fait en son nom, au lieu de l’ignorer ? Puis pour qu’elle le rejette au lieu de lui trouver des excuses? Le jour où notre peuple prendra enfin conscience de ce qu’il subit, il faudra qu’il ait le pouvoir de rejeter ses dirigeants. Aujourd’hui, l’inertie et les institutions peuvent encore le permettre. Mais si nous les malmenons comme elles ont été malmenées en Allemagne, si nous cautionnons un roi de droit divin, quelles seraient les conséquences d’un réveil de la population ? Ce serait un massacre, forcément, comme ce qui s’est produit il y a deux ans à Vienne… ».

 

Jo Walton – La trilogie du Subtil Changement (Folio SF)

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La Disparition de Stephanie Mailer – Joël Dicker

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Les premières phrases

«  Seuls les gens familiers avec la région des Hamptons, dans l’État de New York, ont eu vent de ce qui se passa le 30 juillet 1994 à Orphea, petite ville balnéaire huppée du bord de l’océan. 

Ce soir-là, Orphea inaugurait son tout premier festival de théâtre, et la manifestation, de portée nationale, avait drainé un public important. Dès la fin de l’après-midi, les touristes et la population locale avaient  commencé à se masser sur la rue principale pour assister aux nombreuses festivités organisées par la mairie. Les quartiers résidentiels s’étaient vidés de leurs habitants, au point de prendre des allures de ville fantôme : plus de promeneurs sur les trottoirs, plus de couples sous les porches, plus d’enfants en patins à roulettes dans la rue, personne dans les jardins. Tout le monde était dans la rue principale. 

Vers 20 heures, dans le quartier totalement déserté de Penfield, la seule trace de vie était une voiture qui sillonnait lentement les rues abandonnées. Au volant, un homme scrutait les trottoirs, avec des lueurs de panique dans le regard. Il ne s’était jamais senti aussi seul au monde. Personne pour l’aider. Il ne savait plus quoi faire. Il cherchait désespérément sa femme : elle était partie courir et n’était jamais revenue.  »

Circonstances de lecture

Parce que c’est Joël Dicker.

Impressions

J’avais adoré « La Vérité sur l’Affaire Harry Québert », et également beaucoup aimé « Le Livre des Baltimore ». C’est dire que j’attendais avec une certaine impatience ce nouveau roman de Joël Dicker. Je l’ai dévoré en une semaine, pendant mes vacances. Ce thriller est efficace, les pages se tournent à toute vitesse, et la lecture est plaisante. Donc, oui, c’est un bon roman policier… Reste que je ne retrouve pas ce qui m’avait emporté dans les précédents romans de Joël Dicker. L’histoire est prenante, mais les indices trop évidents parfois et une clé du thriller m’a sauté très rapidement aux yeux… bien avant que le policier émérite du livre ne la découvre à son tour… C’est vraiment dommage. J’espère que le prochain livre de l’auteur aura un peu plus de profondeur.

Un passage parmi d’autres

 – La réponse était juste sous vos yeux, capitaine Rosenberg. Vous ne l’avez simplement pas vue.

J’étais à la fois intrigué et agacé.

– Je ne suis pas sûr de vous suivre Stephanie.

Elle leva alors sa main et la plaça à hauteur de mes yeux.

– Que voyez-vous, capitaine ?

– Votre main.

– Je vous montrais mes doigts, corrigea-t-elle.

– Mais moi je vois votre main, rétorquai-je sans comprendre.

– C’est bien le problème, me dit-elle. Vous avez vu ce que vous vouliez voir, et non pas ce que l’on vous montrait. C’est ce que vous avez raté il y a vingt ans.

Ce furent ses dernières paroles. Elle s’en alla, me laissant avec son énigme, sa carte de visite et la photocopie de l’article.

Avisant au buffet Derek Scott, mon ancien coéquipier qui végétait aujourd’hui au sein de la brigade administrative, je m’empressai de le rejoindre et lui montrai la coupure de presse.

– T’as toujours la même tête, Jesse, me dit-il en souriant, s’amusant de retrouver cette vieille archive. Que te voulait cette fille ?

– C’est une journaliste. Selon elle, on s’est planté en 1994. Elle affirme qu’on est passé à côté de l’enquête et qu’on s’est trompé de coupable.

– Quoi ? s’étrangla Derek, mais c’est insensé.

– Je sais.

– Qu’a-t-elle dit exactement ?

– Que la réponse se trouvait sous nos yeux et qu’on ne l’a pas vue.

Derek resta perplexe. Il semblait troublé lui aussi, mais il décida de chasser cette idée de son esprit.

– J’y crois pas un instant, finit-il par maugréer. C’est juste une journaliste de seconde zone qui veut se faire de la pub à bon compte.

– Peut-être, répondis-je, songeur. Peut-être pas.

Balayant le parking du regard, j’aperçus Stephanie qui montait dans sa voiture. Elle me fit signe et me cria : « A bientôt, capitaine Rosenberg. »

Mais il n’y eut pas de « bientôt ».

Parce que ce jour-là fut le jour de sa disparition.

 

 

Joël Dicker – La Disparition de Stephanie Mailer – mars 2018 (Éditions de Fallois)

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