Et toujours les Forêts – Sandrine Collette

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Les premières phrases

«  Les vieilles l’avaient dit, elles qui voyaient tout : une vie qui commençait comme ça, ça ne pouvait rien donner de bon. 

Les vieilles ignoraient alors à quel point elles avaient raison, et ce que cette petite existence qui s’était mise à pousser là où on n’en voulait pas connaîtrait de malheur et de désastre. Bien au-delà d’elle-même : ce serait le monde qui chavirerait. Mais cela, personne ne le savait encore.

A cet instant, c’était impossible à deviner. »

Circonstances de lecture

Parce que c’est Sandrine Collette et que j’adore le post-apo.

Impressions

« Et toujours les Forêts » se lit le souffle court, les yeux écarquillés, un peu éberlué. Car Sandrine Collette raconte la fin du monde. Un grand souffle brûlant et puis plus rien, que des cendres, des ruines et des cadavres. Mais Corentin, vivant, marchant de la ville au village, là où, peut-être, son arrière-grand-mère aura survécu, à la lisière des Forêts. La seule personne qui l’ait jamais vraiment aimé.

Quelle lecture ! Quelle voix que celle de Sandrine Collette, qui rend ici hommage à la vie qui s’accroche malgré tout, quand tout est mort autour. (Mais, au fond, à quoi bon, et dans quelles conditions…) Un livre qui fait aussi réfléchir sur l’incapacité des hommes à agir lorsqu’il est encore temps (on fera quelque chose, un jour, contre le réchauffement climatique ?).

Un roman magnifique et effroyable tout à la fois, sur la nature humaine, la solitude et une possible renaissance. Avec un clin d’œil hommage à « La Route » de Cormac McCarthy.

Sandrine Collette – Et toujours les Forêts – janvier 2020 (JC Lattès)

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Vita Nostra – Marina et Sergueï Diatchenko

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Les premières phrases

«  Les prix étaient exorbitants ! En désespoir de cause, maman avait loué une chambrette orientée vers l’ouest dans un immeuble de quatre étages à une vingtaine de minutes de la mer. L’autre chambre (l’appartement était un deux-pièces) était occupée par un jeune couple. Aussi, la salle de bains et les toilettes étaient-elles communes.

– Ils passent leurs journées à la plage, avait argué la propriétaire. Qu’est-ce qu’il faut de plus à des jeunes ? Et la mer est à deux pas, on la voit presque de la fenêtre. C’est le paradis.

Elle était partie en laissant deux clés : une pour la porte d’entrée, l’autre pour celle de la chambre. Sacha trouva au fond de la valise son maillot de l’année précédente aux couleurs légèrement passées et se changea rapidement dans la salle de bains où une culotte séchait sur le radiateur. Elle sentit une excitation festive monter en elle : encore un peu de patience et elle plongerait dans la mer. »

Circonstances de lecture

Attirée par la couverture et par le thème de la métamorphose.

Impressions

« Vita Nostra » est un ovni russe, mystérieux du début à la fin. Contrainte d’intégrer une école connue de personne, Sacha y étudie des enseignements spéciaux, à première vue dénués de sens. Les élèves doivent ingurgiter des leçons incompréhensibles et les réciter par cœur… Jusqu’à ce qu’un déclic se produise et que soudain tout fasse sens. Reste que le sens a un prix…

Qu’apprend-on réellement à Torpa ? A quel métier destine-t-on ses étudiants ? Les non-dits irritent les élèves, obligés malgré tout de suivre des enseignements absurdes, et des enseignants particuliers…

Oubliez tous vos repères et plongez dans « Vita Nostra »! En revisitant les thèmes de l’adolescence, de la métamorphose, du verbe, et de la magie, Marina et Sergueï Diatchenko insufflent un nouveau souffle à la fantasy et au fantastique. Gros coup de cœur !

Marina et Sergueï Diatchenko – Vita Nostra – octobre 2019 (L’Atalante)

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Trop semblable à l’éclair – Ada Palmer

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Les premières phrases

«  Ah, lecteur ; vous allez me reprocher d’écrire dans un style que six longs siècles séparent des événements relatés, mais vous êtes venus à moi afin d’obtenir des éclaircissements sur les jours de transformation qui ont laissé notre monde tel qu’il est. Or la récente révolution est née du renouveau abrupt de la philosophie du XVIIIème siècle, grosse d’optimisme et d’ambition ; aussi n’est-il possible de décrire notre époque que dans la langue des Lumières, empreinte d’opinion et de sentiment. Il faut me pardonner mes vouvoiements, mes « il » et »elle », mon renoncements aux termes et à l’objectivité modernes. Les débuts vont être difficiles, mais que vous soyez mon contemporain, toujours en proie à la stupeur devant l’ordre d’aujourd’hui, ou un historien considérant mon vingt-cinquième siècle d’aussi loin que je considère le dix-huitième, vous allez vous découvrir plus à l’aise avec la langue du passé que vous ne l’imaginez ; il en va ainsi de nous tous.  »

Circonstances de lecture

Qui pourrait résister à cette couverture ?!

Impressions

Difficile de résumer un livre tel « Trop semblable à l’éclair » d’Ada Palmer… De plus de 600 pages, ce pavé pourrait pourtant bien devenir le début d’un cycle de SF dont on parlera longtemps. En nous propulsant en 2454 dans une société a priori utopique où toutes majorités (et donc minorités) ont disparu au profit de sept « Ruches » multi-ethniques basées sur les affinités et la liberté, Ada Palmer mêle un monde futuriste aux idées des philosophes des Lumières. Plus de guerres ni de meurtres (enfin, presque). Plus de genre féminin ou masculin. Le « il » et le « elle » sont remplacés par le « on », les personnages ne se réduisant pas à leur sexe (difficile du coup pour le lecteur de savoir qui est une femme et qui est un homme !). Les religions sont bannies. Place à une spiritualité à la carte et à une écoute attentive et régulière des « sensayers », sortes de guides spirituels et de psy, permettant à chacun de s’exprimer librement (mais en petit comité) et d’exorciser ses idées sombres et ses questionnements. Le tout est raconté par Mycroft Canner, un meurtrier, narrateur dont le passé tourmenté n’est révélé que dans la seconde moitié du livre. Un personnage pour le moins complexe, lié à un enfant de 13 ans aux pouvoirs quasi-divins… dans une société qui refuse l’idée d’un Dieu. Ajoutez-y une intrigue policière : le vol de la liste des dix plus gros influenceurs mondiaux, risquant de mettre à mal l’équilibre de cette société pacifiste, et vous obtenez une histoire captivante.

Difficile d’en dire plus sans trop en révéler. Sachez juste que la lecture de ce pavé est ardue mais terriblement intéressante, addictive et prenante. Prenez le risque de ne pas tout comprendre, les enjeux politiques et philosophiques étant particulièrement complexes et les protagonistes nombreux. Tout se dévoile petit à petit au fil des pages. Une chose est sûre : Ada Palmer sait mener son lecteur par le bout du nez, le menant de surprise en surprise.

A très vite pour le 2ème volet de cette tétralogie !

Ada Palmer – Trop semblable à l’éclair – octobre 2019 (Le Bélial)

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A crier dans les ruines – Alexandra Koszelyk

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Les premières phrases

«  Quand Léna arrive à Kiev, elle ne s’attend à rien ou plutôt à tout. Des odeurs de son enfance, la musique de sa langue natale, les dernières images avant son exil. Mais de fines particules assombrissent les lumières de la ville, la grisaille embrume ses souvenirs. Des silhouettes la frôlent et semblent appartenir à un autre temps. Quand elle remonte le col de sa veste, un homme lui fait signe de l’autre côté de la rue puis s’approche. A quelques mètres d’elle, il découvre son erreur : il l’a prise pour une autre. Elle comprend à peine ses excuses en russe. Léna  regarde la silhouette, celle-ci n’est déjà plus qu’un point à l’horizon.  »

Circonstances de lecture

Parce qu’il s’agit d’un livre sur Tchernobyl.

Impressions

 » A crier dans les ruines » revient sur le désastre de Tchernobyl. D’une écriture délicate, Alexandra Koszelyk nous parle de cette catastrophe à travers les yeux de deux enfants, Léna et Ivan, puis à travers leurs yeux d’adolescents et d’adultes. Séparés l’un de l’autre, la famille de Léna ayant fui l’Ukraine pour la France, et celle d’Ivan étant restée au pays, les deux inséparables vont suivre des chemins bien différents. Jusqu’à ce que Léna décide de retourner sur les lieux de son enfance à  Pripiat…

Un livre fort et émouvant, sur l’exil, la séparation, et la folie des hommes, le tout entrecoupé de références à la mythologie et aux ruines du passé. Un très beau premier roman.

Alexandra Koszelyk – A crier dans les ruines – 23 août 2019 (Aux Forges de Vulcain)

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Rosewater – Tade Thompson

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Les premières phrases

«  Je travaille depuis quarante minutes dans Integrity Bank lorsque l’angoisse commence. En général, c’est comme cela que ma journée débute. Cette fois, c’est à cause d’un mariage et d’un examen de dernière année – bien qu’il ne s’agisse ni de mon mariage ni de mon examen. De mon siège, près de la fenêtre, je vois la ville mais ne l’entends pas. A cette hauteur, tout semble en ordre dans Rosewater. Les blocs d’habitations, les routes, les rues, le trafic tournant lentement autour du dôme. D’ici, je peux même apercevoir la cathédrale. La fenêtre est située à ma gauche et je suis assis au bout d’une table ovale, en compagnie de quatre autres contractants. Nous sommes au quinzième étage, tout en haut. Une lucarne d’un mètre de côté est ouverte au-dessus de nous ; la grille de sécurité est à la seule chose qui nous sépare du ciel matinal. Bleu, avec un moutonnement de nuages blancs. Le soleil n’est pas encore éblouissant, mais cela va venir. Malgré la lucarne, la pièce est climatisée ; un gaspillage d’énergie pour lequel Integrity Bank doit payer une amende hebdomadaire. La dépense ne les gêne pas.  »

Circonstances de lecture

J’ai, encore une fois, été attirée par la couverture.

Impressions

Avec « Rosewater », Tade Thompson revisite le mythe de l’extraterrestre avec brio. Ici, nul petit bonhomme vert, mais un dôme mystérieux autour duquel gravite la ville de Rosewater, et dont les habitants attendent avec impatience l’ouverture annuelle engendrant des guérisons miraculeuses, plus ou moins réussies. Karoo fait partie de ces quelques êtres humains ayant acquis, sans doute au contact du dôme, la faculté de pénétrer l’esprit d’autrui, faisant de lui un parfait agent de la répression de la cyberfraude, mais aussi un agent secret au service de l’État.

Tade Thompson parle ici des extraterrestres, mais aussi de colonialisme, de religion et de protectionnisme. Le tout se passe au Nigéria, à un rythme ahurissant. Un livre de SF intelligent et très prenant. Il mérite amplement son Arthur C Clarke Award. Le deuxième tome est déjà sorti, et le troisième devrait suivre en mars 2020.

Tade Thompson – Rosewater – avril 2019 – Nouveaux Millénaires

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The Binding (Les Livres d’Emmett Farmer) – Bridget Collins

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Les premières phrases

«  When the letter came I was out in the fields, binding up my last sheaf of wheat with hands that were shaking so much I could hardly tie the knot. It was my fault we’d had to do it the old-fashioned way, and I’d be damned if I was going to give up now; I had battled through the heat of the afternoon, blinking away the patches of darkness that flickered at the sides of my vision, and now it was nightfall and I was almost finished. The others had left when the sun set, calling goodbyes over their shoulders, and I was glad. At least now I was alone I didn’t have to pretend I could work at the same pace as them. »

Circonstances de lecture

Parce que  : cette couverture (bien plus belle dans la version originale que dans la version française) !!!!!

Impressions

Voici un roman poétique, empreint de magie, qui délivre petit à petit ses secrets. Tout commence quand le jeune Emmett Farmer reçoit une lettre au retour d’une journée passée à travailler dans les champs, le contraignant à commencer son apprentissage d’ « enlivreur » auprès d’une vieille femme, Seredith. Sortant d’une maladie qui a considérablement réduit ses forces, Emmett n’a pas le choix, il doit accepter de devenir « enlivreur », un métier dont tout le monde se méfie. Car dans les livres qu’il relie, se cachent les souvenirs que les clients de Seredith veulent oublier, en même temps que leurs souffrances, leurs remords ou encore leur sentiment de culpabilité.

Construit en trois parties, ce roman à tiroirs prend une toute autre tournure dans son second volet, prenant le lecteur par surprise et remettant en cause tout ce qu’il a lu jusque-là. Mais je ne vous en dis pas plus au risque de trop en dévoiler ! Une belle lecture, autour de la magie, de la culpabilité, de l’oubli et aussi une très belle histoire d’amour.

Bridget Collins – The Binding – janvier 2019 (The Borough Press) / Les Livres d’Emmett Farmer – 16 octobre 2019 (JC Lattès)

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La petite sonneuse de cloches – Jérôme Attal

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Les premières phrases

«  Pas un shilling en poche. Dormi en coups de sabre et rien avalé de solide depuis la veille au soir (une demi-brioche trempée dans un verre de thé). La saleté qui torpille dans Soho l’aveugle un court instant ; le passage d’une voiture de poste attelée de deux chevaux lancés à plein galop et qui racle l’effort de trottoir le projette contre une façade en briques; il comprend que ce qui le condamne le sauve à la fois : n’être qu’un corps réduit à un cœur qui bat.  »

Circonstances de lecture

Parce que le titre m’attirait.

Impressions

Voici un roman charmant, romantique, drôle, qui nous fait traverser le temps sur les pas de Chateaubriand en 1793. Le baiser avec une petite sonneuse de cloches à Westminster, que Chateaubriand évoque dans ses Mémoires d’outre-tombe, a-t-il réellement existé ? C’est sur les traces de ce baiser que Jérôme Attal nous invite à le suivre, sillonnant les rues de Londres, de 1793 à nos jours. Car Joachim, fils d’un éminent professeur de littérature, entend poursuivre la thèse de son père, décédé brusquement, autour des amours du célèbre écrivain. On se plaît à errer dans le Londres d’aujourd’hui et d’hier, sur les traces de ce baiser fugace.

Un passage parmi d’autres

 J’aurais voulu que le monde s’éteigne lentement dehors, par degrés. Extinction du monde à l’exception de nous deux. Qu’il s’éteigne lentement ou d’un coup sec, comme la minuterie au sous-sol de la bibliothèque à l’angle de Marylebone High Street et de New Cavendish Street. Toute ma vie, il me semblait avoir recherché des êtres qui me feraient vivre des « instants maison ». Ce que j’appelle des « instants maison » sont des instants où l’on se sent soi-même, à une distance la plus infime possible entre ce qu’on est et l’image qu’on se fait de sa présence sur terre, sans vouloir toujours chercher ailleurs, comme une âme errante, une personne de plus, prompte à nous réinventer.

Jérôme Attal – La petite sonneuse de cloches – 22 août 2019 (Robert Laffont)

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À sang perdu – Rae DelBianco

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Les premières phrases

«  L’aube n’était pas levée quand Smith passa la porte, deux bonnes heures avant que les rayons du soleil soient assez hauts pour s’étirer sur les cimes de la falaise au loin. Une nuée d’étourneaux s’échappèrent d’un buisson de chêne sur son passage et s’éloignèrent dans le ciel de leurs ailes noires en jasant, chauves-souris ou démons rappelés en enfer avant le lever du jour. »

Circonstances de lecture

Attirée par la couverture.

Impressions

Quand une jeune fille abat une partie de leur troupeau de bétail, la vie des jumeaux Wyatt et Lucy se voit mise en péril. Pour pouvoir garder le ranch familial, Wyatt part à la poursuite de la petite tueuse avec une idée en tête : récupérer son dû, d’une manière ou d’une autre.  Commence alors une course-poursuite de leur ranch de Box Elder dans l’Utah jusqu’au fin fond du désert. Ça empeste le sang chaud, le bétail, la drogue et la sueur, le sable colle à la peau et vous pique les yeux. Entre roman sur le deuil, la gémellité, la survie et la vengeance, « À sang perdu » porte bien son nom. Un premier roman très réussi. Un western moderne où l’hémoglobine coule à flot, digne d’un film de Tarantino.

Un passage parmi d’autres

 – Alors tu viens d’où ?

– Du comté de Box Elder.

– Connais pas.

– Tu connais les box elder ?

– Non.

– C’est un genre d’érable, de l’extérieur ils ressemblent aux autres. Mais si tu l’abîmes, si tu le stresses ou si tu l’exposes à certaines moisissures, personne ne sait vraiment pourquoi mais au moment de l’abattre, le bois à l’intérieur sera taché comme du sang. »

(…)

« Des taches rouge sang, comme de la chair. Et quand tu coupes du bois pour ton feu tu sais jamais si tu vas tomber sur un arbre normal ou sur quelque chose qui s’ouvrira comme de la viande. La seule chose dont tu peux être certain, c’est qu’il y a forcément de ces arbres qui saignent dans tes bois. »

Matthew ne répondit rien, il examinait les paumes de ses mains sous la lumière des flammes.

Puis la fille parla.

« Avec les hommes c’est l’inverse.

– Quoi ?

– Y en a qui saignent pas vraiment. »

Rae DelBianco – À sang perdu – août 2019 (Seuil)

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Éden – Monica Sabolo

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Les premières phrases

«  Un esprit de la forêt. Voilà ce qu’elle avait vu. Elle le répéterait, encore et encore, à tous ceux qui l’interrogeaient, au père de Lucy, avec son pantalon froissé et sa chemise sale, à la police, aux habitants de la réserve, elle dirait toujours les mêmes mots, lèvres serrées, menton buté. Quand on lui demandait, avec douceur, puis d’une voix de plus en plus tendue, pressante, s’il ne s’agissait pas plutôt de Lucy – Lucy, quinze ans, blonde, un mètre soixante-cinq, short en jean, tee-shirt blanc, disparue depuis deux jours – , quand on lui demandait si elle n’avait pas vu Lucy, elle répondait en secouant la tête : « Non, non, c’était un esprit, l’esprit de la forêt. »  »

Circonstances de lecture

Parce que j’avais envie de découvrir cet auteur.

Impressions

Éden est un roman sauvage sur l’adolescence et l’entrée dans un monde adulte désenchanté. Nita vit dans une réserve indienne, à la lisière d’une forêt qui peu à peu tombe sous les coups des tronçonneuses. Elle assiste, impuissante, à la destruction du monde qui l’entoure, à la violence des hommes, à l’inégalité sociale croissante, et aux crimes se multipliant dans la région. Un livre envoûtant, nimbé d’esprits de la forêt, du souvenir des disparus et d’un désir de vengeance irrépressible. Avec en question de fond lancinante : quel mal rôde dans la forêt ?

Un passage parmi d’autres

 Mon père chantonnait à voix basse. Ses gestes élégants ressemblaient à un rituel sacré pour rejoindre un autre monde.

Arrivés au centre du lac, nous restions là, bercés par le clapotis de l’eau, et il me parlait d’un endroit où chaque animal, chaque pierre, chaque plante existait dans sa forme parfaite. « Tout ce que tu vois ici n’est que l’ombre de là-bas, une image dans un miroir. » Mais il était impossible d’imaginer un espace plus beau que celui où nous flottions, entre le ciel bleu perle et l’eau plus pâle encore. Mon père ouvrait des bières, moi je ne buvais ni ne mangeais rien, il me semblait que j’étais faite de particules lumineuses, j’aurais pu entrer dans le ciel ou dans l’eau comme dans un nuage, juste en me laissant porter.

Monica Sabolo – Eden – août 2019 (Gallimard)

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Le Clou – Zhang Yueran

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Les premières phrases

«  Depuis mon retour à Nanyuan il y a quinze jours, je ne suis pas sortie, sauf au supermarché du coin. En fait si, je suis passée à la pharmacie pour mes insomnies. Jusqu’à ce matin où il a sombré dans le coma, je n’avais pas quitté la maison. Le temps était couvert, dans la chambre, il faisait lourd. Je me tenais près du lit à veiller cet homme en train de mourir, l’ombre de la mort rôdait comme un vol noir de chauves-souris tournoyant au plafond. Elle serait bientôt là. J’ai quitté la pièce.  »

Circonstances de lecture

Parce que j’avais très envie de découvrir cet écrivain, pour la première fois publié en France.

Impressions

Par un soir de neige, deux trentenaires, Li Jiaqi et Cheng Gong, amis d’enfance, se retrouvent après plusieurs années de séparation. Chapitre après chapitre, ils prennent la parole à tour de rôle pour se souvenir de leur enfance, parler de leur vie d’adultes et révéler petit à petit un secret de famille impliquant leurs grand-parents, secret qui les a marqués à jamais.

A la manière d’un puzzle, Zhang Yueran dévoile les non-dits autour du drame que les adultes ont voulu cacher aux deux enfants, cette affaire du « clou » qui a cependant traversé les générations. Une lecture qui se savoure lentement, au rythme de la neige tombant en lourds flocons sur la ville de leur enfance.

Un passage parmi d’autres

 A chaque fois que me revient le souvenir de cet hiver-là, je nous revois avançant côte à côte dans le brouillard, un brouillard compact, sépulcral, illimité. C’est peut-être la description la plus juste de notre enfance. Nous étions au cœur de l’immense brume formée par le secret, nous avancions droit devant, dans l’ignorance, sans rien distinguer de la route, sans savoir où nous allions. Des années plus tard, devenus adultes, nous avons cru que nous étions enfin sortis de ce brouillard et distinguions clairement le monde sous nos yeux. Mais il n’en était rien. Nous nous en étions simplement revêtus, il était devenu pour l’un et l’autre un cocon.

Zhang Yueran – Le Clou – 22 août 2019 (Zulma)

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