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~ Parce qu'il n'y a rien de mieux qu'un livre pour s'évader…

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Archives de Catégorie: SF

Player One – Ernest Cline

20 samedi Juin 2015

Posted by Aurélie in Romans étrangers, SF

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Critique de livre, Ernest Cline, Player One, roman, SF

Ernest Cline - Player OneLes premières phrases

«  Les gens de mon âge se souviennent tous de l’endroit où ils se trouvaient et de ce qu’ils étaient en train de faire lorsqu’ils ont entendu parler du concours pour la première fois. Moi, j’étais dans ma planque et je regardais des dessins animés lorsque le bulletin d’informations était tombé, interrompant mon flux : James Halliday était mort pendant la nuit.

Je savais qui était Halliday. Comme tout le monde. C’était lui qui avait conçu l’OASIS, l’énorme plateforme multijoueur en réseau à l’origine du système de réalité virtuelle mondial dont la plus grande partie de l’humanité se servait désormais au quotidien.

Je n’ai pas tout de suite compris pourquoi les médias accordaient tant d’importance à la mort du milliardaire. Après tout, les Terriens avaient bien d’autres soucis : la crise énergétique qui n’en finissait pas, le désastre du changement climatique, la famine, partout la pauvreté et la maladie, et puis une bonne demi-douzaine de guerres en cours. Comme on dit, « chiens et chats ne font pas bon ménage… », et c’était l’hystérie générale. D’habitude, les infos n’interrompaient pas les sitcoms et autres séries interactives à moins que quelque chose de vraiment grave soit arrivé, comme une nouvelle épidémie virale mortelle, ou la disparition d’une grande ville sous un champignon atomique. Des trucs énormes dans ce goût-là. Halliday était certes célèbre, mais sa mort ne méritait pas plus qu’un court reportage au journal du soir pour que la plèbe puisse secouer la tête avec envie au moment où les journalistes annonceraient le montant obscène qu’allaient toucher les héritiers du riche défunt. 

Mais c’était justement là que ça coinçait. James Halliday n’avait aucun héritier. »

Circonstances de lecture

Un livre de SF conseillé par mes libraires.

Impressions

« Player One » est un livre de SF rapidement addictif. Lorsque que James Halliday, l’inventeur d’un univers virtuel géant, l’OASIS, meurt, il lègue sa fortune à qui réussira à trouver l’œuf qu’il y a caché ! Débute alors une gigantesque chasse au trésor dans l’univers des jeux vidéos, des séries TV, dessins animés et autres tubes des années 70-90. Alors que les hommes préfèrent s’évader dans cet univers virtuel pour échapper à une réalité des plus dures, cette quête devient vite mondiale.

Pas besoin d’être un geek pour devenir « addict » à ce livre ! Même si, bien entendu, de nombreuses références vous échapperont ! Je ne suis pas une geek et pourtant j’ai beaucoup aimé « Player One ». Ça donne envie, notamment, de rejouer à Pac Man ! Une adaptation au cinéma est prévue… avec Steven Spielberg aux commandes !

Un passage parmi d’autres

 Alors que je me tenais là, sous les néons sinistres de mon minuscule studio, je ne pouvais ignorer la vérité. Dans la vraie vie, je n’étais qu’un ermite asocial, un reclus, un geek au teint pâle obsédé par la culture pop, un agoraphobe qui vivait confiné, sans véritables amis, famille ni autre relation humaine authentique. Je n’étais qu’une de ces âmes tristes, perdues et solitaires qui gâchaient leur vie en la consacrant à un vulgaire jeu vidéo.

Mais pas dans l’OASIS. Là-bas, j’étais le grand Parzival, chassœuf célèbre dans le monde entier. Les gens me demandaient des autographes. J’avais un fanclub. Plusieurs, en fait. On me reconnaissait partout où j’allais (mais seulement quand j’avais envie d’être reconnu). On me payait pour recommander des produits. Les gens m’admiraient. On m’invitait aux soirées les plus fermées. Je fréquentais les clubs les plus branchés sans jamais faire la queue. J’étais une icône de la culture pop, une rock star de la réalité virtuelle. Et dans les cercles de chassœufs, j’étais devenu une légende. Non, un dieu.

Je me suis assis et j’ai enfilé mes gants, puis ma visière. Après vérification de mon identité, le logo de Gregarious Simulation Systems s’est affiché devant moi, suivi d’un message m’invitant à me connecter.

Salutations, Parzival.

Veuillez fournir votre sésame.

Je me suis éclairci la voix et j’ai récité la phrase secrète. Chaque mot s’affichait au fur et à mesure.

– Personne dans le monde n’accède jamais ni à ses désirs ni à ce qui est beau.

Quelques instants plus tard, j’ai laissé échapper un soupir de soulagement tandis que l’OASIS se matérialisait tout autour de moi.

Ernest Cline – Player One – 2015 (Pocket)

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Foundation – Isaac Asimov

23 samedi Mai 2015

Posted by Aurélie in Romans étrangers, SF

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Critique de livre, Fondation, Foundation, Foundation and Earth, Foundation and Empire, Foundation's Edge, Isaac Asimov, roman, Secound Foundation, SF

Isaac Asimov - FoundationLes premières phrases

«  His name was Gaal Dornick and he was just a country boy who had never seen Trantor before. That is, not in real life. He had seen it many times on the hypervideo, and occasionally in tremendous three-dimensional newscasts covering an Imperial Coronation or the opening of a Galactic Council. Even though he had lived all his life on the world of Synnax, which circled a star at the edges of the Blue Drift, he was not cut off from civilization, you see. At that time, no place in the Galaxy was.

There were nearly twenty-five million inhabited planets in the Galaxy then, and not one but owed allegiance to the Empire whose seat was on Trantor. It was the last half-century in which that could be said. »

Circonstances de lecture

Un cycle de SF que l’on m’a vivement conseillé.

Impressions

Voici un cycle de SF qui ne ressemble à aucun autre que j’ai pu lire jusque-là. Si le premier tome « Foundation » a été publié en 1951, et le dernier « Foundation and Earth » en 1986 (je n’ai pas lu les préquelles), l’aventure intergalactique écrite par Isaac Asimov dégage un souffle résolument actuel.

Après douze mille ans de règne, l’Empire est en plein déclin. Un psycho-historien, Hari Seldon, prédit qu’il sera anéanti d’ici cinq siècles. Suivra une longue période de barbarie, d’anarchie et de violence qui durera trente mille ans… sauf si les hommes suivent son plan consistant, entre autres, à bâtir une première Fondation rassemblant toutes les connaissances humaines… et une autre cachée à l’autre extrémité de la Galaxie. Grâce à ce projet, la période de ténèbres devrait alors être réduite à mille ans. Les hommes réussiront-ils à traverser les siècles et à accomplir la prédiction de Seldon ?

Ce sont tous les avenirs possibles de l’humanité qu’Isaac Asimov explore dans ce cycle de SF. Entre tractations diplomatiques sur le fil, ruses, découvertes de planètes toujours plus lointaines, jeux d’influences et de pouvoir… On ne s’ennuie pas ! Et pourtant, l’action est finalement assez ténue. Tout se joue davantage sur les dialogues que sur les scènes d’action. Et c’est peut-être ça qui fait toute la différence. Ma préférence va pour le 3ème tome de cette saga, « Second Foundation », avec le personnage d’Arcadia Darell, résolument attachant.

A lire si vous aimez la SF, les jeux de pouvoir, les dialogues intelligents, Battlestar Galactica, les robots, la biodiversité, ou si vous vous posez des questions sur l’avenir de l’humanité, tout simplement !

Un passage parmi d’autres

 And then something else occurred to Arcadia, something that had been stirring and moving at the base of her brain ever since the flight began – something that forever killed the fourteen in her.

And she knew that she must escape.

That above all. Though they located every conspirator on the Foundation; though they caught her own father; she could not, dared not, risk a warning. She could not risk her own life – not in the slightest – for the entire realm of Terminus. She was the most important person in the Galaxy. She was the only important person in the Galaxy.

She knew that even as she stood before the ticket-machine and wondered where to go.

Because in all the Galaxy, she and she alone, except for they, themselves, knew the location of the Secound Foundation.

Isaac Asimov – Foundation – 1951 (Spectra)

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Morwenna – Jo Walton

21 samedi Mar 2015

Posted by Aurélie in Fantasy, Romans étrangers, SF

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Critique de livre, Denoël, Jo Walton, Morwenna, roman

Jo Walton - MorwennaLes premières phrases

«  L’usine Phurnacite d’Abercwmboi avait tué tous les arbres à des kilomètres à la ronde. Nous avions mesuré avec le compteur de la voiture. On l’aurait dit sortie des profondeurs de l’enfer, sombre et menaçante, avec ses cheminées cracheuses de flammes se reflétant dans une mare noire qui tuait tout animal qui se risquait à y boire. La puanteur était indescriptible. Nous remontions les vitres de la voiture au maximum quand nous devions passer par là et essayions de ne pas respirer, mais Grampar disait que personne ne pouvait retenir sa respiration si longtemps, et il avait raison. Dans cette odeur se mêlaient le souffre, produit de l’enfer, comme chacun sait, et bien pire, des métaux innommables surchauffés et de l’œuf pourri.

Ma sœur et moi appelions cet endroit Mordor, et nous n’y étions encore jamais allées seules. Nous avions dix ans et étions donc de grandes filles, mais, dès que nous avons commencé à la regarder, à notre descente du bus, nous nous sommes donné la main.

C’était le soir et, plus nous approchions, plus elle se dressait noire et terrifiante. Six de ses cheminées étaient éclairées ; quatre crachaient une fumée délétère.

« Certainement une ruse de l’Ennemi », ai-je murmuré.

Mor n’avait pas envie de jouer. « Tu crois vraiment que ça va marcher?

– Les fées en sont sûres, ai-je répondu de mon ton le plus rassurant.

– Je sais, mais par moments je me demande ce qu’elles comprennent au monde réel.

– Leur monde est réel, ai-je objecté. Il est juste différent, c’est une question de point de vue.

– Oui. » Elle ne pouvait détacher les yeux de l’usine, de plus en plus grosse et effrayante à mesure que nous approchions. « Mais je me demande d’où elles voient notre monde. Et c’est incontestablement le nôtre. Les arbres sont morts. Il n’y a pas de fée à des kilomètres à la ronde.

– C’est pour ça que nous sommes là », ai-je dit. »

Circonstances de lecture

Intriguée par la couverture, pleine de fraîcheur et de féérie.

Impressions

Vous aimez les livres et les contes de fées, vous avez passé votre enfance et votre adolescence à dévorer les romans de SF et de Fantasy ? Alors, ce livre est fait pour vous. On se prend d’emblée d’affection pour la petite Morwenna, 15 ans. Sa sœur jumelle est morte dans un mystérieux accident. Morwenna en est ressortie avec une jambe qui la fait souffrir en permanence. Heureusement, les livres de SF et de Fantasy sont là pour la sauver. Elle les dévore comme d’autres engloutissent des anti-dépresseurs. Avec Tolkien sur le haut du podium. « J’avais des livres, de nouveaux livres, et je peux tout supporter tant que j’en ai », nous glisse Morwenna.

Jo Walton nous transporte dans le quotidien de cette jeune ado résolument pas comme les autres. Parce qu’elle préfère la compagnie des livres à celle des filles de son âge, parce que sa mère est, selon elle, une sorcière, parce qu’elle se dit capable de voir les fées et la magie du monde qui l’entoure, parce qu’elle passe tout son temps libre dans les librairies et les bibliothèques, Morwenna détonne et émeut le lecteur. J’ai adoré. Un livre inclassable sur la puissance de la littérature et de l’imaginaire.

Un passage parmi d’autres

 Il y a un banc près de l’étang, avec de l’herbe qui pousse autour, et des saules qui se penchent sur l’eau. Les feuilles de leurs branches tombantes jaunissent. Je me dis toujours que saules pleureurs est un nom qui leur va bien, mais « saules rieurs » l’est aussi. Les saules aiment l’eau et les aulnes la détestent. Il y a une route au-dessus du marais de Croggin appelée Heol y Gwern, la voie des Aulnes, parce que les gens en ont planté le long de la route pour marquer le chemin le plus sûr. On pense que c’était au néolithique. En tout cas, c’était avant les Romains. Ç’a été un choc de lire l’histoire de la vallée. Quand je rentrerai, je ne sais pas si je pourrai la regarder de la même façon.

Assise sur le banc près des saules, j’ai mangé mon gâteau au miel en lisant Triton. Il y a des choses affreuses dans le monde, c’est vrai, mais il y a aussi des livres magnifiques. Quand je serai grande, je voudrais écrire quelque chose que quelqu’un pourra lire assis sur un banc par une journée pas trop chaude et qui lui fera complètement oublier le lieu et l’heure. J’aimerais écrire comme Delany, Heinlein ou Le Guin.

Jo Walton – Morwenna – 2014 (Denoël)

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The Maze Runner – James Dashner

29 lundi Déc 2014

Posted by Aurélie in En VO, Romans étrangers, SF

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Chicken House, Critique de livre, James Dashner, roman, The Maze Runner

James Dashner - The Maze RunnerLes premières phrases

«  He began his new life standing up, surrounded by cold darkness and stale, dusty air.

Metal ground against metal; a lurching shudder shook the floor beneath him. He fell down at the sudden movement and shuffled backwards on his hands and feet, drops of sweat beading on his forehead despite the cool air. His back struck a hard metal wall; he slid along it until he hit the corner of the room. Sinking to the floor, he pulled his legs up tight against his body, hoping his eyes would soon adjust to the darkness.

With another jolt, the room jerked upwards like an old lift in a mine shaft.

Harsh sounds of chains and pulleys, like the workings of an ancient steel factory, echoed through the room, bouncing off the walls with a hollow, tinny whine. The lightless lift swayed back and forth as it ascended, turning the boy’s stomach sour with nausea; a smell like burnt oil invaded his senses, making him feel worse. He wanted to cry, but no tears came; he could only sit there, alone, waiting.

My name is Thomas, he thought.

That… that was the only thing he could remember about his life. »

Circonstances de lecture

Une trilogie lue après avoir vu le premier volet au cinéma.

Impressions

Une trilogie dévorée en trois semaines. Si vous avez aimé « Divergent » de Veronica Roth, vous devriez également accrocher avec cette trilogie de James Dashner. Imaginez-vous vous réveiller dans un ascenseur puis émerger au beau milieu d’un labyrinthe. Vous ne vous souvenez de rien, à part votre prénom… Entouré d’un groupe d’adolescents, vous n’avez qu’une obsession : trouver la sortie du labyrinthe et comprendre pourquoi vous y avez été enfermé. Intrigant, non ?

J’ai lu avec plaisir cette trilogie… Mais malheureusement, si James Dashner arrive à tenir son lecteur en haleine, passé le premier tome, l’univers se fait moins mystérieux et tombe dans une histoire bien classique… Dommage, car l’idée de départ était vraiment intéressante.

Un passage parmi d’autres

 « I want to be one of those guys that goes out there, » he said aloud, not knowing if Chuck was still awake. « Inside the Maze. »

« Huh? » was the response from Chuck. Thomas could hear a tinge of annoyance in his voice.

« Runners, » Thomas said, whishing he knew where this was coming from. « Whatever they’re doing out there, I want in. »

« You don’t even know what you’re talking about, » Chuck grumbled, and rolled over. « Go to sleep. »

Thomas felt a new surge of confidence, even though he truly didn’t know what he was talking about. « I want to be a Runner. »

Chuck turned back and got up on his elbow. « You can forget that little thought right now. »

Thomas wondererd at Chuck’s reaction, but pressed on. « Don’t try to… »

« Thomas. Newbie. My new friend. Forget it. »

« I’ll tell Alby tomorrow. » A Runner, Thomas thought. I don’t even know what that means. Have I gone completely insane?

Chuck lay down with a laugh. « You’re a piece of klunk. Go to sleep. »

But Thomas couldn’t quit. « Something out there – it feels familiar. »

« Go…to…sleep. »

Then it hit Thomas – he felt like several pieces of a puzzle had been put together. He didn’t know what the ultimate picture would be, but his next words almost felt like they were coming from someone else. « Chuck, I… I think I’ve been here before. »

He heard his friend sit up, heard the intake of breath. But Thomas rolled over and refused to say another word, worried he’d mess up this new sense of being encouraged, eradicate the reassuring calm that filled his heart.

Sleep came much more easily than he’d expected.

James Dashner – The Maze Runner – 2010 (Chicken House)

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Silo Générations – Hugh Howey

11 mardi Nov 2014

Posted by Aurélie in Romans étrangers, SF

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Actes Sud, Critique de livre, Hugh Howey, roman, Silo, Silo Générations

Hugh Howey - Silo GénérationsLes premières phrases

«  – Il y a quelqu’un ?

– Allô ? Oui. Je suis là. 

– Ah, Lucas. Vous ne parliez pas. L’espace d’une seconde, j’ai cru que… que vous étiez quelqu’un d’autre.

– Non, c’est bien moi. Je viens de mettre mon casque. La matinée a été bien remplie.

– Ah oui ?

– Oui. Rien de palpitant. Réunions de conseils. On est un peu juste au niveau effectifs. Il y a beaucoup de réaffectations.

– Mais les choses s’arrangent ? Pas de soulèvement à signaler ?

– Non, non. La situation revient à la normale. Les gens se lèvent et vont travailler le matin. Ils s’effondrent dans leur lit le soir. On a eu une grande loterie cette semaine, ce qui a fait plus d’un heureux.

– Bien. Très bien, même. Le travail sur le serveur n°6 avance ?

– Oui, ça avance, merci. Tous les mots de passe que vous avez fournis fonctionnent. Pour l’instant, on continue à collecter des données du même genre. J’avoue que je ne comprends pas bien en quoi c’est important.

– Continuez à y jeter un œil. Tout est important. Si c’est là, c’est pour une raison.

– C’est ce que vous avez dit à propos de tous ces articles dans les grands livres. Mais il y en a tant que je trouve absurdes. Au point que je me demande s’il y a la moindre vérité dans tout ça.

– Pourquoi ? Qu’est-ce que vous êtes en train de lire ?

– J’en suis à la lettre C… Ce matin, il s’agissait de ce… champignon. Attendez une seconde. Je vais le retrouver. Ah, le voilà. Le cordyceps.

– C’est un champignon ? Jamais entendu parler.

– Ils disent que ça agit sur le cerveau des fourmis, que ça le reprogramme, comme une machine, que ça les fait grimper au sommet d’une plante et puis elles meurent et…

– Une machine invisible qui reprogramme les cerveaux ? Je suis sûr et certain que ce n’est pas là par hasard.

– Ah oui ? Alors qu’est-ce que ça veut dire ?

– Ça signifie que… que nous ne sommes pas libres. Qu’aucun de nous ne l’est. »

Circonstances de lecture

Troisième et dernier tome de Silo.

Impressions

Hugh Howey a su écrire une trilogie qui tient en haleine du premier au dernier tome. Silo Générations constitue la fin de cette histoire mystérieuse ayant entraîné les hommes à vivre sous terre. Après la révolution du silo 18, Juliette entend bien découvrir ce que les dirigeants du silo 1 leur cachent. Mais la quête de la vérité est aussi source de dangers…

Je n’en dirai pas plus afin de ne pas vous gâcher le plaisir de découvrir cette trilogie futuriste très bien écrite. Un beau cadeau pour Noël !

Un passage parmi d’autres

 – Alors pourquoi vous nous aidez ? Pourquoi prendre des risques ? Parce que c’est l’impression que j’ai.

– Mon boulot, c’est de faire en sorte que vous restiez en vie.

Lukas contempla l’intérieur du serveur, les voyants, les câbles, les circuits.

– D’accord, mais ces conversations, cette lecture à deux, ces appels tous les jours à la même heure, pourquoi vous faites tout ça ? Je veux dire… Qu’est-ce que vous, vous retirez de tout ça ?

Il y eut un silence à l’autre bout de la ligne, un rare manque d’assurance dans la voix d’habitude si ferme de leur soi-disant protecteur.

– Je le fais parce que… parce que je peux vous aider à vous souvenir.

– Et c’est important ?

– Oui. Très important à mes yeux. Je sais ce que ça fait d’oublier.

– Et c’est pour ça que ces livres sont là ?

Un nouveau silence. Lukas eut l’impression de tomber sur une vérité par hasard. Il faudrait qu’il se souvienne bien de ce moment pour tout raconter à Juliette en détail.

– Les livres sont là pour que ceux qui héritent de la terre… ceux qui seront choisis… sachent…

– Sachent quoi ? le pressa Lukas.

Il avait peur de le perdre. Donald s’était aventuré dans ces eaux-là au fil de conversations précédentes, mais il avait toujours reculé au dernier moment.

– Pour qu’ils sachent comment rattraper le coup, dit Donald. Bon, c’est fini pour aujourd’hui. Il faut que j’y aille.

– Qu’est-ce que ça veut dire, « hériter de la terre » ?

– La prochaine fois. Il faut que j’y aille. Prenez garde à vous.

– Oui, dit Lukas. Vous aussi…

Mais le petit clic avait déjà retenti dans son casque. L’homme qui, étonnamment, en savait autant sur l’ancien monde s’était déconnecté.

Hugh Howey – Silo Générations – 2014 (Actes Sud)

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Cloud Atlas – David Mitchell

24 vendredi Oct 2014

Posted by Aurélie in Romans étrangers, SF

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Cartographie des nuages, Cloud Atlas, Critique de livre, David Mitchell, Editions de l'Olivier, Points, roman

Les premières phrasesDavid Mitchell - Cloud Atlas

«  Derrière le hameau indien, sur un rivage délaissé, je découvris une piste d’empreintes encore fraîches. Passé le varech en décomposition, les noix de coco de mer et les bambous, ces traces me conduisirent à leur auteur, un Blanc, pantalon et queue-de-pie retroussés, chapka démesurée et barbe bien taillée, tant affairé à creuser et fouiller le sable cendreux à la petite cuillère qu’il remarqua ma présence seulement lorsque, arrivé à vingt pas de lui, je l’eus hélé. Ainsi fis-je la connaissance du Dr Henry Goose, chirurgien de l’aristocratie londonienne. Sa nationalité ne me surprit guère. S’il est un nid d’aigle à l’abandon ou un îlot lointain exempt d’Anglais, il ne figure sur aucune carte qu’il m’ait été permis de consulter. »

Circonstances de lecture

J’avais très envie de lire ce livre après avoir vu son adaptation au cinéma en 2013.

Impressions

Sommes-nous tous liés à travers les siècles ? C’est à cette question complexe que David Mitchell tente de répondre dans son roman « Cloud Atlas ». Chaque chapitre nous plonge dans le quotidien de personnes aussi différentes qu’un notaire découvrant les aborigènes au 19ème siècle, un jeune compositeur déshérité, une journaliste essayant de révéler un complot nucléaire, un vieil éditeur enfermé malgré lui dans une maison de retraite, ou encore un clone révolutionnaire dans un futur imprécis. Leurs points communs : une tache de naissance en forme de comète et un morceau de musique résonnant à travers le temps. Chaque chapitre possède un style propre à chaque personnage. Pas facile de lire ceux sur Zachry, vivant dans un futur où une grande partie du langage, des connaissances et de la culture a été perdue ! Bluffant.

Pour une fois, je ne suis pas déçue par l’adaptation qui en a été faite au cinéma par les Wachowski. Le livre à peine refermé, je n’ai plus qu’une envie : regarder de nouveau le film.

Un passage parmi d’autres

 Trois ou quatre fois seulement dans ma jeunesse, j’ai entrevu les îles de la Joie avant que les brouillards, dépressions, fronts froids, vents mauvais et courants contraires ne les emportent… Croyant qu’il s’agissait des terres de l’âge adulte, je pensais les revoir au cours de mon périple ; aussi ne pris-je la peine d’en enregistrer ni la latitude, ni la longitude, ni la voie d’approche. Jeune et fieffé crétin. Que ne donnerais-je aujourd’hui pour obtenir une carte définitive d’un immuable ineffable ? Posséder, si pareille chose existait, une cartographie des nuages.

David Mitchell – Cloud Atlas – 2007 (Points)

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Divergent – Veronica Roth

19 samedi Juil 2014

Posted by Aurélie in En VO, Romans étrangers, SF

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Critique de livre, Divergent, lecture, loveinbooks, roman, Veronica Roth

Les premières phrases

Veronica Roth - Divergent«  There is one mirror in my house. It is behind a sliding panel in the hallway upstairs. Our faction allows me to stand in front of it on the second day of every third month, the day my mother cuts my hair.

I sit on the stool and my mother stands behind me with the scissors, trimming. The strands fall on the floor in a dull, blond ring.

When she finishes, she pulls my hair away from my face and twists it into a knot. I note how calm she looks and how focused she is. She is well-practiced in the art of losing herself. I can’t say the same of myself.

I sneak a look at my reflection when she isn’t paying attention – not for the sake of vanity, but out of curiosity. A lot can happen to a person’s appearance in three months. In my reflection, I see a narrow face, wide, round eyes, and a long, thin nose – I still look like a little girl, though sometime in the last few months I turned sixteen. The other factions celebrate birthdays, but we don’t. It would be self-indulgent.

« There, » she says when she pins the knot in place. Her eyes catch mine in the mirror. It is too late to look away, but instead of scolding me, she smiles at our reflection. I frown a little. Why doesn’t she reprimand me for staring at myself?

« So today is the day, » she says.

« Yes », I reply.

« Are you nervous? »

I stare into my own eyes for a moment. Today is the day of the aptitude test that will show me which of the five factions I belong in. And tomorrow, at the Choosing Ceremony, I will decide on a faction; I will decide the rest of my life; I will decide to stay with my family or abandon them. « 

Circonstances de lecture

Par curiosité devant ce phénomène… et conseillée par ma libraire.

Impressions

Pourquoi classer les livres par genre ? Pourquoi « Divergent » ne devrait être qu’un roman pour adolescents ? Après avoir refermé le premier tome de la série de Veronica Roth, je ne peux qu’affirmer ceci : l’adolescence est loin derrière moi et pourtant j’ai adoré « Divergent ». Lu en moins d’une semaine, c’est un véritable « page turner ». Difficile de s’arrêter une fois lancée ! Oui, c’est vrai, cela fait penser au début à « Harry Potter », notamment la cérémonie où les initiés doivent choisir la faction dans laquelle ils passeront le reste de leur vie. Mais qu’importe ! J’ai adoré Harry Potter ! Alors, s’il y est aussi question d’initiations et d’amitié, c’est bien les seuls points ressemblants.

Dans un monde futuriste, les hommes sont classés par faction : les Altruistes, les Audacieux, les Érudits, les Fraternels, et les Sincères. Élevée dans une famille d’Altruistes, Béatrice a 16 ans, l’âge de décider dans quelle faction elle mènera sa vie. Que dévoilera son test d’aptitudes ? Un roman haletant, proposant une vision intéressante des qualités humaines, de la vie en société, de la façon de maintenir la paix entre les hommes. Allez, hop, j’ouvre le deuxième tome…

Un passage parmi d’autres

 My family might be able to help me choose, if I could talk about my results. But I can’t. Tori’s warning whispers in my memory every time my resolve to keep my mouth shut falters.

Caleb and I climb the stairs and, at the top, when we divide to go to our seperate bedrooms, he stops me with a hand on my shoulder.

« Beatrice, » he says, looking sternly into my eyes. « We should think of our family. » There is an edge to his voice. « But. But we must also think of ourselves. »

For a moment I stare at him. I have never seen him think of himself, never heard him insist on anything but selflessness.

I am so startled by his comment that I just say what I am supposed to say: « The tests don’t have to change our choices. »

He smiles a little. « Don’t they, though? »

Veronica Roth – Divergent – 2011 (Katherine Tegen Books)

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Silo Origines – Hugh Howey

16 mercredi Juil 2014

Posted by Aurélie in Romans étrangers, SF

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Actes Sud, Critique de livre, Hugh Howey, roman, Silo, Silo Origines

Hugh Howey - Silo OriginesLes premières phrases

«  2110

Sous les collines du comté de Fulton, dans l’État de Géorgie

A son retour parmi les vivants, Troy était dans une tombe. Il se réveilla dans un espace confiné, le visage tout près d’une vitre givrée.

De l’autre côté de cette couche de glace, des silhouettes s’affairaient. Il essaya de lever les bras, de frapper à la vitre, mais il n’avait pas assez de force. Il tenta un cri, mais ne réussit qu’à tousser. Il avait un goût atroce dans la bouche. A ses oreilles retentirent le bruit métallique de gros verrous qu’on ouvrait, un chuintement d’air, le grincement de gonds restés longtemps en sommeil.

La lumière était vive ; les mains sur sa peau, chaudes. Ils l’aidèrent à s’asseoir tandis qu’il toussait encore et que son souffle se condensait en petits nuages. On lui tendit de l’eau. Des pilules. L’eau était fraîche et les pilules, amères. Il parvint à avaler quelques gorgées. Il était incapable de tenir son verre seul. Ses mains tremblaient tandis qu’une déferlante de scènes cauchemardesques lui revenait en mémoire. Le passé lointain se mêlait aux souvenirs récents. Il frissonna.

Une blouse en papier. Le picotement du sparadrap qu’on arrache, à son bras. Un tuyau qu’on retire de son entrejambe. Deux hommes en blanc l’aidèrent à sortir du cercueil. De la vapeur s’éleva tout autour de son corps avant de se dissiper.

Assis, ébloui, Troy regardait, à travers le clignement de ses paupières restées longtemps fermées, les rangées de cercueils pleins de vie qui s’étendaient à perte de vue le long des murs incurvés. Le plafond lui semblait bas, impression renforcée par toute la terre qui s’amoncelait au-dessus d’eux. Et par les années. Tant d’années avaient passé. Tous ceux qu’ils chérissaient auraient disparu à présent.

Tout avait disparu. « 

Circonstances de lecture

Suite du premier tome de cette trilogie de Hugh Howey.

Impressions

Comme son nom l’indique, « Silo Origines » revient aux origines de l’histoire du silo. Ce second volet de la trilogie de Hugh Howey parle donc de ce qui a poussé les hommes à s’enterrer dans les profondeurs de la terre. Un roman de SF intelligent, très bien écrit, qui se lit en quelques jours. Je ne dirai rien de plus de peur de spoiler ceux qui n’ont pas encore lu le premier volet, « Silo ». Pour ménager le suspens, lisez bien « Silo » avant « Silo Origines »! Vivement le troisième tome !

Un passage parmi d’autres

 Troy marchait le long de la rangée de cryopodes comme s’il savait où il allait. C’était ce même instinct qui lui avait fait choisir cet étage précédemment dans l’ascenseur. Chaque écran affichait un nom inventé. Il le savait. Il se rappelait avoir inventé le sien. Ça avait un rapport avec sa femme, c’était une façon de lui rendre hommage, mais aussi un moyen secret qu’il avait trouvé pour se souvenir un jour.

Tout cela était un rêve oublié, enfoui dans les brumes du passé. Avant qu’il prenne son poste, il y avait eu une formation. Des livres à lire et à relire. C’est à cette époque qu’il avait choisi son nom.

Une explosion d’amertume sur ses papilles l’obligea à s’arrêter. C’était le goût d’une pilule en train de se dissoudre. Il tira la langue, la frotta du bout des doigts, mais il n’y avait rien. Il sentait les ulcères qu’il avait sur les gencives mais ne se rappelait pas comment ils avaient pu se former.

Il continua à avancer. Quelque chose clochait. Ces souvenirs n’étaient pas censés lui revenir. Il se vit sur un chariot en train de crier, de se faire attacher, piquer le bras. Mais non, ce n’était pas lui. Lui, il tenait les bottes de l’autre homme.

Il s’arrêta devant l’un des podes et lut le nom d’Helen. Il eut un haut-le-cœur. Il ne voulait pas se rappeler. Tel était l’ingrédient secret : ne pas vouloir se rappeler. Ces souvenirs étaient censés lui échapper, devaient se prendre dans les tentacules des médicaments pour disparaître sous la surface. Mais à présent, une infime partie de lui mourait d’envie de tout savoir à nouveau. Un doute le rongeait, l’impression d’avoir laissé derrière lui une part cruciale de lui-même. Et cette infime partie de lui était prête à le noyer tout entier pour avoir des réponses.

Hugh Howey – Silo Origines – 2014 (Actes Sud)

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Silo – Hugh Howey

12 jeudi Déc 2013

Posted by Aurélie in Romans étrangers, SF

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Actes Sud, Critique de livre, Hugh Howey, roman, science fiction, Silo

Hugh Howey - SiloLes premières phrases

«  Les enfants jouaient pendant qu’Holston montait vers sa mort ; il les entendait crier comme seuls crient les enfants heureux. Alors que leurs courses folles tonnaient au-dessus de lui, Holston prenait son temps, et chacun de ses pas se faisait pesant, méthodique, tandis qu’il tournait et tournait dans le colimaçon, ses vieilles bottes sonnant contre les marches.

Les marches, comme  les bottes de son père, présentaient des signes d’usure. La peinture n’y tenait que par maigres écailles, surtout dans les coins et sur l’envers, où elle était hors d’atteinte. Le va-et-vient ailleurs dans l’escalier faisait frémir de petits nuages de poussière. Holston sentait les vibrations dans la rampe luisante, polie jusqu’au métal. Ça l’avait toujours ébahi : comment des siècles de paumes nues et de semelles traînantes pouvaient éroder l’acier massif. Une molécule après l’autre, supposait-il. Peut-être que chaque vie en effaçait une couche pendant que le silo, lui, effaçait cette vie.

Foulée par des générations, chaque marche était légèrement incurvée, son rebord émoussé comme une lèvre boudeuse. Au milieu, il ne restait presque aucune trace de ces petits losanges dont la surface tirait jadis son adhérence. L’absence s’en déduisait seulement du motif visible de chaque côté, où de petites bosses pyramidales, aux arêtes vives et écaillées de peinture, se découpaient sur l’acier.

Holston levait sa veille botte vers une vieille marche, appuyait sur sa jambe et recommençait. Il se perdait dans la contemplation de ce que les années sans nombre avaient fait, cette ablation des molécules et des vies, ces couches et ces couches réduites à l’état de fine poussière. Et il se dit, une fois de plus, que ni les vies ni les escaliers n’étaient faits pour ce genre d’existence. L’espace resserré de cette longue spirale, qui se déroulait dans le silo enterré comme une paille dans un verre, n’avait pas été conçu pour pareil traitement. Comme tant de choses dans leur gîtes cylindrique, il semblait obéir à d’autres fins, répondre à des fonctions depuis longtemps oubliées. Ce qui servait aujourd’hui de voie de communication à des milliers de personnes, dont les montées et descentes quotidiennes se répétaient par cycles, Holston le trouvait plus propre à servir en cas d’urgence et à quelques dizaines de personnes seulement.

Il franchit un palier supplémentaire – un camembert de dortoirs. Alors qu’il gravissait les quelques étages qui restaient, pour sa toute dernière ascension, les bruits de joies enfantines se mirent à pleuvoir plus fort au-dessus de lui. C’était le rire de la jeunesse, d’êtres qui ne s’interrogeaient pas encore sur l’endroit où ils grandissaient, ne sentaient pas encore la terre presser de tous côtés, ne se sentaient pas le moins du monde enterrés, mais en vie. En vie et inusés, ils faisaient ruisseler leurs trilles heureux dans la cage d’escalier, des trilles qui s’accordaient mal aux actions d’Holston, à sa décision, à sa détermination à sortir.  « 

Circonstances de lecture

Quand j’ai vu qu’Actes Sud se lançait dans la science-fiction, je n’ai pas hésité à acheter ce premier roman !

Impressions

Silo de Hugh Howey est un très bon roman de science-fiction. Bien écrit, bien construit, Silo se lit très vite tant le suspens est savamment distillé tout au long de ses 558 pages. Un homme, Holston, le shérif d’un mystérieux lieu souterrain (le silo), s’apprête à mourir. Il veut sortir du silo. Or, ce qui l’attend dehors, c’est une mort certaine : l’air extérieur est irrespirable. Mais avant de mourir, il devra nettoyer les caméras permettant aux hommes et femmes du silo d’apercevoir le paysage dévasté du monde extérieur. Qu’y a-t-il dehors ? Pourquoi les hommes sont-ils obligés de vivre sous terre ? Les images du dehors sont-elles vraiment réelles ? Que s’est-il passé pour que l’humanité en arrive là? Surtout, pourquoi est-il interdit de parler du passé ? Pourquoi est-il interdit d’espérer ?

Vivement la suite !

Un passage parmi d’autres

 La vue projetée dans la cellule n’était pas aussi floue que celle de la cafétéria et Holston passa son dernier jour dans le silo à considérer cette énigme. La caméra était-elle à l’abri du vent toxique, de ce côté ? Est-ce que chaque nettoyeur, condamné à mort, mettait davantage de soin à préserver la vue qui avait accompagné ses derniers instants ? Ou cet effort supplémentaire était-il un cadeau fait au prochain nettoyeur, qui lui aussi passerait son dernier jour dans cette cellule ?

Holston préférait la dernière explication. Elle lui faisait penser à sa femme avec nostalgie. Elle lui rappelait pourquoi il était là, du mauvais côté des barreaux, de son plein gré.

Alors que ses pensées se portaient vers Allison, il s’assit et fixa le monde mort que des peuples anciens avaient laissé. Ce n’était pas la meilleure vue sur le paysage qui environnait leur bunker enterré, mais ce n’était pas non plus la pire. Au loin, des collines basses, onduleuses, mettaient une jolie touche de brun, comme du jus de café contenant juste ce qu’il faut de lait de cochon. Le ciel, au-dessus des collines, était du même gris terne que celui de son enfance, et de l’enfance de son père, et de celle de son grand-père. Le seul trait mouvant du paysage, c’étaient les nuages. Ils planaient pleins et sombres au-dessus des collines. Ils erraient, libres, comme les bêtes en troupeau des albums illustrés.

La vue du monde mort occupait tout le mur de sa cellule, comme elle occupait tous ceux du dernier étage du silo, chacun présentant une partie différente des terres désolées et floues, toujours plus floues, qui s’étendaient dehors. Le petit morceau de monde d’Holston partait du bout de son lit de camp, montait jusqu’au plafond, et s’étendait jusqu’au mur opposé, pour redescendre vers les toilettes. Et malgré le léger flou – comme si on avait huilé l’objectif – on avait l’impression de pouvoir partir en promenade dans ce décor, dans ce trou béant et engageant curieusement placé en face d’infranchissables barreaux de prison.

Silo – Hugh Howey – octobre 2013 (Actes Sud)

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Le Passage – Justin Cronin

30 vendredi Août 2013

Posted by Aurélie in Romans étrangers, SF

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Critique de livre, Justin Cronin, Le Passage, Pocket, roman

Justin Cronin - Le PassageLes premières phrases

«  Avant de devenir la Fille de nulle part – Celle qui vint en marchant, la Première, la Dernière et la Seule, et qui vécut mille ans -, ce n’était qu’une petite fille appelée Amy. Amy Harper Bellafonte, née dans l’Iowa. 

A sa naissance, sa mère, Jeannette, avait dix-neuf ans. Jeannette lui donna le prénom de sa propre mère, Amy, morte quand elle était tout bébé, et pour deuxième prénom Harper, à cause de Harper Lee, la femme qui avait écrit « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur », le livre préféré de Jeannette – à vrai dire, le seul livre qu’elle ait lu jusqu’au bout à l’école. Elle aurait pu l’appeler Scout, comme l’héroïne de l’histoire, parce qu’elle aurait voulu que sa petite fille devienne pareille en grandissant, forte et drôle et futée, tout ce qu’elle, Jeannette, n’avait jamais réussi à être. Mais Scout était un nom de garçon, et elle ne voulait pas que sa fille passe sa vie à s’expliquer là-dessus. »

Circonstances de lecture

Lu pendant les vacances d’été. Enfin, plutôt dévoré…

Impressions

Quand une expérience scientifique dérape, l’espèce humaine se retrouve en danger. Dans « Le Passage », Justin Cronin nous plonge dans une Amérique post-apocalyptique où les derniers êtres humains tentent de survivre jour après jour, sans grand espoir. Leur avenir pourrait bien résider dans une petite fille, Amy. Si l’histoire a du mal à démarrer, une fois le sujet posé, il est bien difficile de reposer ce roman de plus de mille pages avant d’en lire la fin ! Les personnages, nombreux, sont vite attachants. Et l’on n’a qu’un hâte : savoir comment leur aventure se termine. Ce roman de science-fiction, prenant et très bien écrit, nous fait voyager sur plusieurs époques. A lire d’une traite, avant d’entamer le Tome 2.

Un passage parmi d’autres

 A la fin des temps, quand le monde aurait perdu la mémoire, quand l’homme qu’il avait été aurait disparu comme un vaisseau qui s’éloigne, s’enfonce sous l’horizon, sa vielle vie à fond de cale ; quand le regard glacé des étoiles n’aurait plus rien à voir, quand la lune sur son orbite aurait oublié son nom et que seul demeurerait le vaste océan de faim sur lequel il flotterait à jamais – en lui, tout au fond de lui, il y aurait pourtant eu cela : une année. La montagne, le passage des saisons, et Amy. Amy, et l’an zéro.

Le Passage – Justin Cronin – 2011 (Pocket)

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