Toute la beauté du monde – Marc Esposito

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Les premières phrases

«  Soudain, je n’ai vu qu’elle. Des yeux clairs, une bouche immense, les cheveux très courts, bruns. J’ai su que ma vie, maintenant, c’était elle.

Elle se frayait un chemin parmi la foule, à l’autre bout du magasin, l’air soucieux. Elle était grande, sûrement pas loin du mètre quatre-vingts. J’ai avancé vers elle.

Je flottais dans un état étrange, sous le choc, comme ceux qui revoient leur vie en un éclair avant de basculer dans le trou noir. Sauf que je n’étais pas en train de mourir, au contraire je naissais. Ce n’était pas ma vie passée qui défilait en accéléré, mais ma vie future. Ma future vie avec elle.  »

Circonstances de lecture

Lu dans le RER B, en 2001, en plein été. La dernière page terminée, j’ai repris le livre à la première page, pour le relire une seconde fois d’affilée. Rare.

Impressions

Ancien rédacteur en chef de Première puis cofondateur de Studio Magazine, Marc Esposito n’a rien publié avant Toute la beauté du monde. Et pourtant… Il réussit à trouver les mots justes pour raconter une histoire d’amour superbe, sans tomber dans la niaiserie ou le ridicule. Parce que Tina a perdu son mari, elle ne peut plus aimer. Franck le sait. Pour autant, il ne perd pas espoir. Il la pousse à quitter son quotidien pour s’aérer la tête et le cœur à Bali. Et devient son compagnon de voyage. A défaut d’autre chose. Une histoire d’amour toute simple, mais très belle.

Un passage parmi d’autres

 Ils avaient taillé la route au soleil couchant – Bali est juste sous l’équateur, il fait nuit à six heures, toute l’année. Wayan n’avait pas cherché à bavarder, Tina était trop absorbée par le spectacle qui se déroulait derrière les vitres : la circulation délirante dans Denpasar, la jungle, les villages, l’océan. Il lui avait seulement proposé d’écouter de la musique, elle avait été épatée par les rangements de CD, bien planqués, dans les portes et les accoudoirs. Elle avait choisi un disque de Scorpions – j’avais bien fait d’insister pour que Michel en achète quelques-uns. J’imaginais son étonnement de retrouver sa musique fétiche à quinze mille kilomètres de chez elle. Elle se rendrait compte bientôt que ce n’était pas si surprenant : Scorpions était un groupe adulé dans toute l’Asie, elle allait les entendre partout.

Wayan était certain qu’elle avait apprécié cette balade, à quarante à l’heure dans l’auto-palace, comme un tapis roulant au milieu de la jungle. A un moment, elle avait ouvert la vitre, malgré la clime, et elle avait laissé son bras tendu hors de la fenêtre pour offrir sa peau nue à la tiédeur du vent. Au sommet d’une colline, elle avait souri en découvrant la mer qui s’étalait devant eux, tout ce bleu à perte de vue, qui commençait à rosir sous le soleil couchant. J’avais calculé qu’elle avait dû arriver à temps sur sa terrasse pour le voir disparaître au bout de l’océan. Là, elle s’était sûrement sentie plus seule que jamais. Sans son amour, toute cette beauté, cette harmonie seraient d’abord une douleur.

Toute la beauté du monde – Marc Esposito – 1999 (Editions Anne Carrière)

No et moi – Delphine de Vigan

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Les premières phrases

«  – Mademoiselle Bertignac, je ne vois pas votre nom sur la liste des exposés.

De loin Monsieur Marin m’observe, le sourcil levé, les mains posées sur son bureau. C’était compter sans son radar longue portée. J’espérais le sursis, c’est le flagrant délit. Vingt-cinq paires d’yeux tournées vers moi attendent ma réponse. « Le cerveau » pris en faute. Axelle Vernoux et Léa Germain pouffent en silence derrière leurs mains, une dizaine de bracelets tintent de plaisir à leurs poignets. Si je pouvais m’enfoncer cent kilomètres sous terre, du côté de la lithosphère, ça m’arrangerait un peu. J’ai horreur des exposés, j’ai horreur de prendre la parole devant la classe, une faille sismique s’est ouverte sous mes pieds, mais rien ne bouge, rien ne s’effondre, je préférerais m’évanouir là, tout de suite, foudroyée, je tomberais raide de ma petite hauteur, les Converse en éventail, les bras en croix, Monsieur Martin écrirait à la craie sur le tableau noir : ci-gît Lou Bertignac, meilleure élève de sa classe, asociale et muette.  »

Circonstances de lecture

Dévoré dès sa parution en 2007, ce livre, le 4ème de Delphine de Vigan, est l’un de mes plus gros coups de cœur.

Impressions

No et moi  raconte – mais qui n’a pas encore lu ce roman aujourd’hui ? – la rencontre entre une adolescente surdouée asociale et une jeune femme sans-abri, prénommée No. Une histoire d’amitié qui laisse forcément des traces. Et cette question qui court tout au long du livre : la petite Lou parviendra-t-elle à aider No ? Un roman comme il en sort peu.

Un passage parmi d’autres

 Je vois souvent ce qui se passe dans la tête des gens, c’est comme un jeu de pistes, un fil noir qu’il suffit de faire glisser entre ses doigts, fragile, un fil qui conduit à la vérité du Monde, celle qui ne sera jamais révélée. Mon père un jour il m’a dit que ça lui faisait peur, qu’il ne fallait pas jouer avec ça, qu’il fallait savoir baisser les yeux pour préserver son regard d’enfant. Mais moi les yeux je n’arrive pas à les fermer, ils sont grands ouverts et parfois je mets mes mains devant pour ne pas voir.

Le serveur revient, il pose les verres devant nous, No attrape le sien d’un geste impatient. Alors je découvre ses mains noires, ses ongles rongés jusqu’au sang, et les traces de griffures sur ses poignets. Ca me fait mail au ventre.

On boit comme ça, en silence, je cherche quelque chose à dire mais rien ne vient, je la regarde, elle a l’air si fatiguée, pas seulement à cause des cernes sous ses yeux, ni de ses cheveux emmêlés, retenus par un vieux chouchou, ni de ses vêtements défraîchis, il y a ce mot qui me vient à l’esprit, « abîmée », ce mot qui fait mal, je ne sais plus si elle était déjà comme ça, la première fois, peut-être n’avais-je pas remarqué, il me semble plutôt qu’en l’espace de quelques jours elle a changé, elle est plus pâle ou plus sale, et son regard plus difficile à attraper.

C’est elle qui parle en premier.

– T’habites dans le quartier?

– Non. A Filles du Calvaire. Près du Cirque d’Hiver. Et toi ?

Elle sourit. Elle ouvre ses mains devant elle, ses mains noires et vides, dans un geste d’impuissance qui veut dire : rien, nulle part, ici… ou je ne sais pas.

No et moi – Delphine de Vigan – 2007 (Editions Jean-Claude Lattès)

The Joy of Books – Quand les livres prennent vie…

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A Toronto, dans la librairie Type Books, les livres prennent vie la nuit… Magique! Une réalisation de Sean Ohlenkamp et de sa femme.  

Le coeur régulier – Olivier Adam

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Les premières phrases

« C’est une nuit sans lune et c’est à peine si l’on distingue l’eau du ciel, les arbres des falaises, le sable des roches. Seules scintillent quelques lumières, de rares fenêtres allumées, une dizaine de lampadaires le long de la plage, deux autres aux abords du sanctuaire, le néon d’un bar, un distributeur de boissons, myriade de canettes multicolores sous l’éclairage cru. Plus grand monde ne s’attarde à cette heure. La fin de l’été a ravalé les touristes, les dernières cigales crissent dans les jardins de la pension, nous sommes fin septembre mais il fait encore tiède. Par la baie entrouverte monte la rumeur du ressac. S’y mêlent le froissement des feuilles, le balancement des bambous, les craquements des cèdres. Les singes se sont tus peu après la tombée du jour, tout à l’heure ils hurlaient de panique, puis l’obscurité a tout recouvert et ils ont renoncé. Je rentrais des falaises par ce chemin sinueux que j’emprunte depuis déjà six jours. »

Circonstances de lecture

Inconditionnelle d’Olivier Adam depuis l’adaptation au cinéma de son premier roman par Philippe Lioret, Je vais bien, ne t’en fais pas, j’ai depuis lu Falaises (2005), A l’abri de rien (2007) et Des vents contraires (2008). A chaque fois, Olivier Adam trouve les mots justes pour raconter ses histoires, toujours déchirantes.

Impressions

Une valeur sûre, à condition d’avoir le moral ! Olivier Adam parle des sentiments intérieurs comme personne d’autres. Ici, il dépeint une femme qui suit les traces de son frère décédé au Japon. Et sa rencontre avec Natsume Dombori, un « sauveur » de suicidaires.

Un passage parmi d’autres

 Vu de loin on ne voit rien, disait souvent Nathan à tout propos, et cette phrase semblait recouvrir à ses yeux une vérité essentielle. Je n’ai jamais compris ce que mon frère entendait par là mais aujourd’hui je sais qu’il avait tort, que c’est exactement le contraire : vu de près, pris dans le cours ordinaire, on ne voit rien de sa propre vie. Pour la saisir il faut s’en extraire, exécuter un léger pas de côté. La plupart des gens ne le font jamais et ils n’ont pas tort. Personne n’a envie d’entrevoir l’avancée des glaces. Personne n’a envie de se retrouver suspendu dans le vide. « Nos vies tiennent dans un dé à coudre ». Je ne sais plus qui disait ça l’autre jour, c’était à la radio je crois. Ou bien l’ai-je lu dans un livre ? Je ne sais plus. Mais cette phrase m’a saisie, Nathan aurait pu la prononcer, ai-je pensé, l’ajouter aux dizaines d’autres, tout aussi définitives et désenchantées, qui lui servaient de viatique, dessinaient une ligne de conduite qui ne l’a jamais mené nulle part. J’avais pris le premier avion pour Tokyo, le coeur en cavale, dans un état de confusion totale, fuyant une menace indéfinissable dont je sentais qu’elle n’allait pas tarder à m’engloutir.

Le coeur régulier – Olivier Adam – 2010 (Editions de l’Olivier)

Comment j’ai liquidé le siècle – Flore Vasseur

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Les premières phrases

« Les relents d’égout se mêlent au gasoil et à la graisse alimentaire. Le soleil de mai terrasse le bitume de Madison Avenue. McDo et Texaco : l’odeur mondiale. J’ai une heure à tuer, un abîme dans mon agenda calé au chronomètre. J’essaie de m’intéresser aux vitrines des boutiques de luxe. Je ne vois que ma silhouette anguleuse de bon petit de la méritocratie mondiale. Les lunettes fines ont remplacé les carreaux Afflelou premier prix, les soins Clinique effacé l’acné. J’ai gagné des millions, pris de l’assurance ; rien à faire, j’ai toujours une tête de matheux posée sur un corps affûté au Slow Burn, la méthode de musculation qui sculpte le Tout-Manhattan. »

Circonstances de lecture

Lu en 2010, après avoir vu l’auteur parler de son roman à l’émission La Grande Librairie, sur France 5. En pleine crise financière, ce livre est de circonstance…

Impressions

Flore Vasseur utilise les mots justes pour nous faire découvrir le milieu boursier sous toutes les coutures. Le héros, un trader richissime, a une vie affective désastreuse. Alors que l’Amérique est en train de sombrer au profit de la Chine, une milliardaire lui offre la possibilité de faire exploser le capitalisme… via un programme présent sur une clé USB Hello Kitty. Que va-t-il en faire ? Va-t-il l’utiliser pour faire sauter les bourses du monde entier ? C’est là toute la question du roman. Et Flore Vasseur maintient le suspens jusqu’aux dernières pages.

Un passage parmi d’autres

 Mes attaches sont placées sur un compte bancaire. Son montant indique la valeur de ma vie. Sa qualité se définit par l’évolution du Dow Jones, le nombre de chaussures dans mon placard, le cours du cuivre. J’appartiens à une oligarchie motivée par l’ambition, avec le conservatisme comme idéal et la technologie pour rêve. J’ai la plus belle performance du floor. C’est tout ce qui compte, le montant de cash à l’instant t, la maximisation de mon gain individuel. Mon hédonisme est relatif : je n’ai aucune spiritualité ni conviction. Je vis dans une bulle inviolable, dans l’ultra-présent. N’importe où et toujours seul.

Je flotte autour de la planète, me pose un jour à Hong-Kong pour une négociation avec des fonds de pension chinois. Pendant quelques semaines, j’emménage dans une maison sur le Peak, lance mes programmes magiques, crée, à partir de rien, quelques millions.

Comment j’ai liquidé le siècle – Flore Vasseur – 2010 (Editions des Equateurs)

Ayesha – La Légende du Peuple turquoise – Ange

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Les premières phrases

« La galère coulait lentement, comme à regret. Les membres d’équipage avaient été tués dès les premières minutes ; la bataille s’était ensuite éloignée vers la rive sud du lac, abandonnant le vaisseau et les prisonniers à leur sort.

L’eau avait envahi l’embarcation par petites vagues, l’une après l’autre, déséquilibrant la coque, jusqu’à ce que la galère décide de s’enfoncer par l’arrière. Le plus surprenant, avait pensé Arekh en contemplant le lac, c’était le calme. Les cris des officiers des autres vaisseaux, les hurlements des marins agonisants, le bruit des voiles ravagées par les flammes étaient maintenant très loin. Les vaisseaux de l’émir et de ses ennemis avaient disparu derrière une avancée rocheuse.

Là-bas, le massacre continuait, mais autour de la galère, l’eau était redevenue paisible. Le cadavre du grand Mérinide qui marquait le rythme de son tambour flottait à quelques mètres des quarante galériens entravés à leurs bancs. Le niveau de l’eau montait, atteignant maintenant la poitrine des prisonniers des derniers rangs.

Les rayons chauffaient les visages, murmurant des promesses de printemps.

Puis la galère se renversa et Arekh se retrouva sous l’eau. »

Circonstances de lecture

Une véritable découverte. Pioché un peu au hasard dans les rayons de Gibert, cette trilogie d’Ange (pseudonyme des deux auteurs : Anne et Gérard) est un petit bijou de la Fantasy française.

Impressions

Une pépite de la Fantasy française. Loin des livres plaqués sur Tolkien, ici Ange nous transporte dans une histoire originale, sur le thème des méfaits des religions, de l’esclavage et de la libération de tout un peuple : le peuple Turquoise. J’ai été transportée par les personnages : l’histoire de Marikani, héritière des rois sorciers d’Harabec, et du galérien Arekh est bouleversante. A lire et relire sans hésitation !

Un passage parmi d’autres

 Sans un mot, sans un geste d’adieu, Arehk s’engagea sur le sentier et commença son ascension. Il ne se retourna pas, ne vit pas si les deux femmes s’étaient arrêtées pour le regarder s’éloigner, ou si Mîn avait fait un geste pour le retenir. Il se contenta de faire un pas après l’autre, sentant la pente l’éloigner à chaque seconde un peu plus du coeur du péril.

Il n’était que temps.

Un étrange froid descendit le long de sa colonne vertébrale. Une impression qu’il connaissait bien, un signal personnel qui lui annonçait que quelque chose n’allait pas… Ses sens avaient repéré un imperceptible changement dans son environnement et son corps le lui faisait savoir.

Avance, se dit-il, avance, et il marcha encore une bonne minute sur le sentier qui montait en pente de plus en plus raide.

Puis la sensation d’alerte devenue irrésistible, il s’arrêta et tourna son regard vers la route en contrebas.

Le groupe composé maintenant des deux femmes et de Mîn était à une vingtaine de mètres sous lui, séparé d’Arekh par une pente rocheuse assez raide.

Les chiens étaient six. Ils descendaient vers Marikani du côté opposé de la montagne, venant du sud, laissant une longue trace dans la neige en marchant dans un silence parfait, irréel. Ce n’était pas des loups, la différence était subtile mais évidente ; elle se voyait dans le pelage légèrement plus clair, la tête massive et leur manière d’avancer.

Marikani et Liénor s’étaient figées sur place. Mîn fit quelques pas avant de s’apercevoir du danger et de s’arrêter à son tour et de regarder les bêtes en silence.

La scène ne manquait pas d’une certaine beauté, réalisa Arekh qui avait l’impression que le temps était suspendu. La lumière des trois lunes éclairait la neige et la route d’une lueur laiteuse. L’air glacé sentait la montagne, parlait de pins, de vent, d’eau glacée et joyeuse courant sur les rochers. Et les chiens approchaient, comme une métaphore silencieuse.

Ayesha ou La Légende du Peuple turquoise – Ange – 2001 (Bragelonne)

Sunset Park – Paul Auster

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Les premières phrases

« Depuis presque un an, maintenant, il prend des photos d’objets abandonnés. Il y a au moins deux chantiers par jour, parfois jusqu’à six ou sept, et chaque fois que ses acolytes et lui pénètrent dans une nouvelle maison, ils se retrouvent face aux objets, aux innombrables objets jetés au rebut que les familles ont laissés en partant. Les absents ont tous fui précipitamment dans la honte et la confusion, et il est certain que, quel que soit le lieu où ils vivent à présent (s’ils ont trouvé un endroit où vivre et ne sont pas en train de camper dans les rues), leur nouveau logement est plus petit que la maison qu’ils ont perdue. Chacune de ces maisons est une histoire d’échec – de faillite, de cessation de paiement, de dette et de saisie – et il s’est chargé personnellement de relever les dernières traces encore perceptibles de ces vies éparpillées afin de prouver que les familles disparues ont jadis vécu là, que les fantômes des gens qu’il ne verra ni ne connaîtra jamais restent présents dans les débris qui jonchent leur maison vide.« 

Circonstances de lecture

Lu en septembre 2011, dans le métro et chez moi. Je lis tous les Paul Auster dès leur parution française, depuis Le Livre des Illusions en 2003. Je ne regarde même pas le sujet avant de l’acheter. C’est l’un de mes auteurs préférés.

Impressions

Paul Auster dépeint l’Amérique d’après la crise des subprimes. Les premières pages sont saisissantes. Perpétuellement en fuite, Miles, le personnage principal, est amené à squatter une maison abandonnée avec un ancien ami, Nathan, et deux jeunes femmes. Tous sont en marge de la société. Les relations père-fils sont encore une fois au coeur du roman. J’aurais cependant apprécié une fin plus fermée…

Un passage parmi d’autres

 Il a vingt-huit ans et, pour autant qu’il sache, pas la moindre ambition. Pas d’ambition dévorante, en tout cas, et aucune idée claire de ce que pourrait impliquer pour lui la construction d’un avenir plausible. Il sait qu’il ne va pas rester en Floride beaucoup plus longtemps, que le moment est proche où il va éprouver le besoin de repartir, mais tant que ce besoin n’a pas mûri en nécessité d’agir, il se satisfait de demeurer dans le présent sans penser à l’avenir. S’il y a quelque chose qu’il a accompli pendant les sept années et demie qui se sont écoulées depuis qu’il a quitté l’université et qu’il se débrouille tout seul, c’est bien d’être capable de vivre dans le présent, de se limiter à l’ici et maintenant ; et même si l’on peut imaginer des réalisations davantage dignes d’éloges, il lui a fallu, pour y parvenir, une discipline et un contrôle de soi considérables. Ne pas avoir de projets, c’est-à-dire n’avoir ni envies ni espoirs, se satisfaire de son lot, accepter ce que le monde vous octroie chaque jour d’un coucher de soleil au suivant – pour vivre de cette manière, il faut désirer très peu, aussi peu qu’il est humainement possible.

Sunset Park – Paul Auster- 2010 (parution US) – 2011 (parution française – Actes Sud)

Dead until dark – Charlaine Harris

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Les premières phrases

« I’d been waiting for the vampire for years when he walked into the bar.

Ever since vampires came out of the coffin (as they laughingly put it) two years ago, I’d hoped one would come to Bon Temps. We had all the other minorities in our little town – why not the newest, the legally recognized undead? But rural northern Lousiana wasn’t too tempting to vampires apparently; on the other hand, New Orleans was a real center for them – the whole Anne Rice thing, right?

It’s not that long a drive from Bon Temps to New Orleans, and everyone who came into the bar said that if you threw a rock on a street corner you’d hit one. Though you better not.

But I was waiting for my own vampire.« 

Circonstances de lecture

Depuis un peu plus d’un an, je lis – en anglais – la série des Sookie Stackhouse, aussi bien en vacances sur la plage, que dans le métro ou chez moi. J’en suis arrivée au 10ème tome (Dead in the family), et je ne m’en lasse pas.

Impressions

Pas prise de tête pour deux sous, la lecture de cette série est rafraîchissante. Après la lecture de romans un peu déprimants, c’est parfait ! C’est une lecture drôle (très second degré) et sans prétention, où humains, vampires, loups-garous, et fées se côtoient. L’héroïne, américaine moyenne dotée du don de lire dans les pensées des gens, est attachante. Moi qui aime l’univers de la fantasy et des vampires, j’apprécie beaucoup cette série. Ce n’est certes pas un chef d’oeuvre, loin de là, mais la lecture de cette série donne le sourire et fait rire. Ce qui n’est déjà pas si mal !

Un passage parmi d’autres

 Oh, Sookie, who is the man?

Uh-Oh. « Um, well, he’s not… »

« Not local? You dating one of those servicemen from Bossier City? »

« No, » I said hesitantly.

« Sam? I’ve seen him looking at you. »

« No. »

« Who, then? »

I was acting like I was ashamed. Straighten your spine, Sookie Stackhouse, I told myself sternly. Pay the piper.

« Bill, » I said, hoping against hope that she’d just say, « Oh, yeah. »

« Bill, » Arlene said blankly. I noticed Sam had drifted up and was listening. So was Charlsie Tooten. Even Lafayette stuck his head through the hatch.

« Bill, » I said, trying to sound firm. « You know, Bill. »

« Bill Auberjunois? »

« No. »

« Bill…? »

« Bill Compton, » Sam said flatly, just as I opened my mouth to say the same thing. « Vampire Bill. »

Arlene was flabbergasted, Charlsie Tooten immediately gave a little shriek, and Lafayette about dropped his bottom jaw.

« Honey, couldn’t you just date a regular human fella? » Arlene asked when she got her voice back.

Dead until dark – Charlaine Harris – 2001 (Ace Book)

1Q84 – Haruki Murakami

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Les premières phrases

« La radio du taxi diffusait une émission de musique classique en stéréo. C’était la Sinfonietta de Janácek. Etait-ce un morceau approprié quand on est coincé dans des embouteillages ? Ce serait trop dire. D’ailleurs, le chauffeur lui-même ne semblait pas y prêter une oreille attentive. L’homme, d’un âge moyen, se contentait de contempler l’alignement sans fin des voitures devant lui, la bouche serrée, tel un vieux marin aguerri, debout à la proue de son bateau, appliqué à déchiffrer quelque sinistre pressentiment dans la jonction des courants marins. Aomamé, profondément enfoncée dans le siège arrière du véhicule, écoutait, les yeux mi-clos. « 

Circonstances de lecture

Lu en décembre 2011, dans le métro et chez moi. Les premières critiques de ce livre m’ont tout de suite donné envie de l’acheter. Je n’ai pas été déçue. J’ai enchaîné les deux tomes avec plaisir. Vivement la parution du 3ème tome en mars !

Impressions

Un style propre à Murakami. La réalité côtoie des scènes de pure fiction. L’histoire flirte avec la magie, et baigne dans la poésie. Pleine de mystères, elle tient en haleine. Aomamé et Tengo, deux âmes soeurs séparées, sauront-ils se retrouver et affronter leurs destins, dans le monde bien réel ou dans celui pour le moins énigmatique de 1Q84 ? Qui sont les Little People ? Pourquoi y a-t-il soudain deux lunes dans le ciel ? Qu’est-ce que la chrysalide de l’air ? …

Un passage parmi d’autres

 – Et puis, poursuivit le chauffeur en regardant dans le rétroviseur, j’aimerais que vous vous souveniez d’un point, c’est que les choses et l’apparence, c’est différent. »

Les choses et l’apparence, c’est différent, se répéta Aomamé mentalement. Puis elle fronça légèrement les sourcils.

« Qu’est-ce que vous voulez dire par là ? »

Le chauffeur répondit en pesant ses mots :

« Eh bien, qu’en quelque sorte vous allez accomplir des choses pas ordinaires, n’est-ce pas ? Comme de descendre en plein jour un escalier de secours depuis une voie express. Des gens normaux ne le feraient pour rien au monde. Encore moins une femme.

– Non, sans doute pas…, dit Aomamé.

– Et une fois que vous aurez agi de la sorte, il n’est pas impossible qu’ensuite le paysage vous paraisse, comment dire, assez différent de celui de tous les jours. Moi aussi j’ai eu ce type d’expérience. Mais il ne faut pas se laisser abuser par les apparences. Il n’y a toujours qu’une réalité.

1Q84 Livres 1 & 2 – Haruki Murakami – 2009 (parution japonaise) – 2011 (parution française – Editions Belfond)

Orgueil et préjugés – Jane Austen

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La première phrase

« C’est une vérité universellement reconnue qu’un célibataire pourvu d’une belle fortune doit avoir envie de se marier, et, si peu que l’on sache de son sentiment à cet égard, lorsqu’il arrive dans une nouvelle résidence, cette idée est si bien fixée dans l’esprit de ses voisins qu’ils le considèrent sur-le-champ comme la propriété légitime de l’une ou l’autre de leurs filles. « 

Circonstances de lecture

Lu dans le RER et le métro entre le 02 et le 12 janvier 2012. J’ai eu très envie de relire ce livre après avoir vu le film de Joe Wright de 2006 avec Keira Knightley et Matthew McFadyen dans les rôles d’Elizabeth et Darcy. Une version très fidèle au livre.

Impressions

Des dialogues savoureux, de la galanterie à souhait, des personnages drôles et touchants. Je ne me suis pas ennuyée un seul instant à relire ce classique de Jane Austen, moi qui lis généralement très peu de classiques.

Un passage parmi d’autres

– Arrivez ici, mademoiselle, lui cria son père dès qu’elle parut. Je vous ai envoyé chercher pour une affaire d’importance. Mr Collins, me dit-on, vous aurait demandée en mariage. Est-ce exact ?

– Très exact, répondit Elizabeth.

– Vous avez repoussé cette demande ?

– Oui, mon père.

– Fort bien. Votre mère insiste pour que vous l’acceptiez. C’est bien cela, Mrs. Bennet ?

– Parfaitement ; si elle s’obstine dans son refus, je ne la reverrai de ma vie.

– Ma pauvre enfant, vous voilà dans une cruelle alternative. A partir de ce jour, vous allez devenir étrangère à l’un de nous deux. Votre mère refuse de vous revoir si vous n’épousez pas Mr. Collins, et je vous défends de reparaître devant moi si vous l’épousez.

Elizabeth ne put s’empêcher de sourire à cette conclusion inattendue…

Orgueil et préjugés – Jane Austen – 1813 (parution anglais ) – 1932 (parution française)