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~ Parce qu'il n'y a rien de mieux qu'un livre pour s'évader…

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Archives d’Auteur: Aurélie

La vie des elfes – Muriel Barbery

01 mercredi Avr 2015

Posted by Aurélie in Fantasy, Romans français

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Critique de livre, Fantasy, Gallimard, La vie des elfes, Muriel Barbery, roman

Muriel Barbery - La vie des elfesLes premières phrases

«  La petite passait l’essentiel de ses heures de loisir dans les branches. Quand on ne savait pas où la trouver, on allait aux arbres, d’abord au grand hêtre qui dominait l’appentis nord et où elle aimait à rêver en observant le mouvement dans la ferme, ensuite au vieux tilleul du jardin de curé après le petit muret de pierres fraîches, et enfin, et c’était le plus souvent en hiver, aux chênes de la combe ouest du champ attenant, un ressac du terrain planté de trois spécimens comme on n’en avait pas de plus beaux au pays. La petite nichait dans les arbres tout le temps qu’elle pouvait dérober à une vie de village faite d’étude, de repas et de messes, et il arrivait qu’elle y invitât certains camarades qui s’émerveillaient des esplanades légères qu’elle y avait aménagées et passaient là de fiers jours à causer et à rire. »

Circonstances de lecture

Parce que j’avais beaucoup aimé « L’élégance du hérisson », son précédent roman. Et parce que j’aime les histoires d’elfes et de fées.

Impressions

Que les lecteurs qui s’attendent à retrouver la même ambiance et la même plume que « L’élégance du hérisson » se détrompent tout de suite : avec « La vie des elfes« , Muriel Barbery s’essaie à un tout autre style. Ici, son écriture est à la fois poétique et lyrique. C’est beau mais exigeant. Cela se prête en tout cas parfaitement à son histoire, à la frontière du monde réel et fantastique. Que ceux qui n’adhèrent pas à la Fantasy passent également leur chemin. Car, comme le nom du roman l’indique d’emblée, « La vie des elfes » raconte l’histoire de deux petites filles – Clara et Maria – dotées de dons exceptionnelles, et capables de relier le monde des humains au monde mystérieux des elfes. Muriel Barbery parle ici de l’éternel combat du bien contre le mal, mais aussi de magie et de créatures fantastiques. Elle rend également un bel hommage à ces paysans, amoureux de la terre et durs au labeur, pour qui les mots sont souvent moins importants que les regards et les gestes d’affection.

Au final, si « La vie des elfes » surprend par son style, il donne une jolie dimension à la Fantasy. Une lecture déroutante, peut-être, exigeante, sans doute… Mais si vous vous laissez porter par l’écriture poétique et lyrique, si vous aimez les histoires fantastiques, vous aimerez ce roman. Certes, il faut s’accrocher par moment (l’écriture est vraiment particulière, propre peut-être aux elfes) mais l’histoire est belle. Je lirai donc la suite.

Un passage parmi d’autres

 Mais que voit-on au-dedans de la vie ? On voit des arbres, du bois, de la neige, un pont peut-être, et des paysages qui passent sans que l’œil ne puisse les retenir. On voit le labeur et la brise, les saisons et les peines, et chacun voit un tableau qui n’appartient qu’à son cœur, une courroie de cuir dans une boîte en fer-blanc, un coin de champ où il y a des aubépines par légions, le visage ridé d’une femme aimée et le sourire de la petite qui conte une histoire de rainettes. Puis on ne voit plus rien. Les hommes se souviendront que le monde a brusquement retombé sur ses pieds dans une déflagration qui les a laissés tout ballants – après quoi ils ont vu que la clairière était lavée de brumes, qu’il y neigeait à se noyer et que la petite se tenait seule au centre du cercle où il n’y avait d’autres traces que les siennes. Alors tout le monde est redescendu jusqu’à la ferme où on a installé l’enfant devant un bol de lait brûlant et où les hommes ont débarrassé leurs fusils à la hâte parce qu’il y avait là une fricassée de bolets avec un pâté de museau et dix bouteilles de vin de garde.

Voilà l’histoire de la petite fille qui tenait bien serrée une patte de sanglier géante. Au vrai, personne ne saurait tout à fait en expliquer le sens.

Muriel Barbery –  La vie des elfes – 2015 (Gallimard)

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Temps glaciaires – Fred Vargas

29 dimanche Mar 2015

Posted by Aurélie in Policiers / Thrillers, Romans français

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Critique de livre, Flammarion, Fred Vargas, Polar, roman, Temps glaciaires

Fred Vargas - Temps glaciairesLes premières phrases

«  Plus que vingt mètres, vingt petits mètres à parcourir avant d’atteindre la boîte aux lettres, c’était plus difficile que prévu. C’est ridicule, se dit-elle, il n’existe pas de petits mètres ou de grands mètres. Il y a des mètres et voilà tout. Il est curieux qu’aux portes de la mort, et depuis cette place éminente, on persiste à songer à de futiles âneries, alors qu’on suppose qu’on énoncera quelque formule d’importance, qui s’inscrira au fer rouge dans les annales de la sagesse de l’humanité. Formule qui sera colportée ensuite, de-ci de-là: « Savez-vous quelles furent les dernières paroles d’Alice Gauthier ? »

Si elle n’avait rien à déclarer de mémorable, elle avait néanmoins un message décisif à porter, qui s’inscrirait dans les annales ignobles de l’humanité, infiniment plus vastes que celles de la sagesse. Elle regarda la lettre qui tremblait dans sa main.

Allons, seize petits mètres. Depuis la porte de son immeuble, Noémie la surveillait, prête à intervenir au premier vacillement. Noémie avait tout tenté pour empêcher sa patiente de s’aventurer seule dans la rue, mais le très impérieux caractère d’Alice Gauthier l’avait vaincue.

– Pour que vous lisiez l’adresse postale par-dessus mon épaule ?

Noémie avait été offensée, ce n’était pas son genre.

– C’est le genre de tout le monde, Noémie. Un de mes amis – un vieux truand par ailleurs -, me disait toujours : « Si tu veux garder un secret, eh bien garde-le. » Moi j’en ai gardé un longtemps, mais il m’embarrasserait pour grimper au ciel. Encore que, même ainsi, mon ciel n’est pas gagné. Débarrassez-moi le plancher, Noémie, et laissez-moi aller. »

Circonstances de lecture

Parce que j’avais beaucoup aimé « Pars vite et reviens tard » de Fred Vargas.

Impressions

Un bon polar comme je les aime. Intelligent, bien écrit, avec des dialogues plein d’humour, des personnages attachants, et un meurtrier dont on n’apprend l’identité qu’à la toute fin du livre. Le dernier Fred Vargas ne m’a pas déçu. On y retrouve avec plaisir le commissaire Adamsberg et son équipe. Tout commence à Paris avec des suicides suspects, un mystérieux signe tracé sur les scènes de crime, puis on embarque pour l’Islande et une île terrifiant les locaux, avant de plonger en pleine Révolution Française pour côtoyer Robespierre, Danton et d’innombrables guillotinés. Mélangez tout ça et vous obtenez un très bon Fred Vargas !

Un passage parmi d’autres

 – Eh bien, je me suis un peu amusé avec ce costume. Je me suis regardé dans la glace. Et à cet instant, en même temps, quelque chose n’allait pas. Donc ça avait dû se passer avant, dans Le Creux. Pas quand je marchais dans le gratteron. Non, après. Céleste dans sa vieille cabane avec son sanglier ? Pelletier qui puait le cheval ? Je ne sais pas. Ou quand j’ai dessiné sur le pare-brise ?

Dessiné quoi ? Lucio s’en foutait.

– S’est passé combien d’heures entre le gratteron et le pare-brise ?

– Environ huit heures.

– Ben c’est pas trop long, tu devrais trouver. Creuse. C’est une pensée que t’as pensée et t’as pas fini de penser. Faut pas perdre ses pensées comme ça, hombre. Faut faire attention où on range ses affaires. Ton adjoint, le commandant, ça le gratte aussi ? Et l’autre, avec les cheveux roux ?

– Non. Ni l’un ni l’autre.

– C’est que c’est bien une pensée à toi. C’est dommage, quand t’y réfléchis, que les pensées n’aient pas de nom. On les appellerait, et elles viendraient se coucher à nos pieds ventre à terre.

– Je crois qu’on a dix mille pensées par jour. Ou des milliards sans s’en rendre compte.

– Oui, dit Lucio en ouvrant sa seconde bière. Ce serait le bazar.

Adamsberg traversa la cuisine, croisant son fils qui travaillait sur de futurs bijoux, muni de pain et de fromage.

– Tu montes déjà ?

– Je dois aller chercher des pensées que j’ai pensées et que j’ai oublié de penser.

– Je vois, dit Zerk avec la plus parfaite sincérité.

Allongé sur son lit, Adamsberg gardait les yeux ouverts dans l’obscurité. La bière de Lucio lui disloquait un peu la nuque. Il s’obligea à rouvrir les yeux. « Creuse », il a dit. Cherche. Réfléchis. Sois capable.

Et il s’endormit, sans penser.

Fred Vargas –  Temps glaciaires – 2015 (Flammarion)

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Un livre, une phrase… ou deux !

21 samedi Mar 2015

Posted by Aurélie in Citations

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citations, Jo Walton, Morwenna

« Morwenna » de Jo Walton… Des citations inspirantes et tellement vraies… Ce livre est une ode à la lecture et à la magie des livres.  Citation Jo Walton - Morwenna 1 Citation Jo Walton - Morwenna 2

 

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Morwenna – Jo Walton

21 samedi Mar 2015

Posted by Aurélie in Fantasy, Romans étrangers, SF

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Critique de livre, Denoël, Jo Walton, Morwenna, roman

Jo Walton - MorwennaLes premières phrases

«  L’usine Phurnacite d’Abercwmboi avait tué tous les arbres à des kilomètres à la ronde. Nous avions mesuré avec le compteur de la voiture. On l’aurait dit sortie des profondeurs de l’enfer, sombre et menaçante, avec ses cheminées cracheuses de flammes se reflétant dans une mare noire qui tuait tout animal qui se risquait à y boire. La puanteur était indescriptible. Nous remontions les vitres de la voiture au maximum quand nous devions passer par là et essayions de ne pas respirer, mais Grampar disait que personne ne pouvait retenir sa respiration si longtemps, et il avait raison. Dans cette odeur se mêlaient le souffre, produit de l’enfer, comme chacun sait, et bien pire, des métaux innommables surchauffés et de l’œuf pourri.

Ma sœur et moi appelions cet endroit Mordor, et nous n’y étions encore jamais allées seules. Nous avions dix ans et étions donc de grandes filles, mais, dès que nous avons commencé à la regarder, à notre descente du bus, nous nous sommes donné la main.

C’était le soir et, plus nous approchions, plus elle se dressait noire et terrifiante. Six de ses cheminées étaient éclairées ; quatre crachaient une fumée délétère.

« Certainement une ruse de l’Ennemi », ai-je murmuré.

Mor n’avait pas envie de jouer. « Tu crois vraiment que ça va marcher?

– Les fées en sont sûres, ai-je répondu de mon ton le plus rassurant.

– Je sais, mais par moments je me demande ce qu’elles comprennent au monde réel.

– Leur monde est réel, ai-je objecté. Il est juste différent, c’est une question de point de vue.

– Oui. » Elle ne pouvait détacher les yeux de l’usine, de plus en plus grosse et effrayante à mesure que nous approchions. « Mais je me demande d’où elles voient notre monde. Et c’est incontestablement le nôtre. Les arbres sont morts. Il n’y a pas de fée à des kilomètres à la ronde.

– C’est pour ça que nous sommes là », ai-je dit. »

Circonstances de lecture

Intriguée par la couverture, pleine de fraîcheur et de féérie.

Impressions

Vous aimez les livres et les contes de fées, vous avez passé votre enfance et votre adolescence à dévorer les romans de SF et de Fantasy ? Alors, ce livre est fait pour vous. On se prend d’emblée d’affection pour la petite Morwenna, 15 ans. Sa sœur jumelle est morte dans un mystérieux accident. Morwenna en est ressortie avec une jambe qui la fait souffrir en permanence. Heureusement, les livres de SF et de Fantasy sont là pour la sauver. Elle les dévore comme d’autres engloutissent des anti-dépresseurs. Avec Tolkien sur le haut du podium. « J’avais des livres, de nouveaux livres, et je peux tout supporter tant que j’en ai », nous glisse Morwenna.

Jo Walton nous transporte dans le quotidien de cette jeune ado résolument pas comme les autres. Parce qu’elle préfère la compagnie des livres à celle des filles de son âge, parce que sa mère est, selon elle, une sorcière, parce qu’elle se dit capable de voir les fées et la magie du monde qui l’entoure, parce qu’elle passe tout son temps libre dans les librairies et les bibliothèques, Morwenna détonne et émeut le lecteur. J’ai adoré. Un livre inclassable sur la puissance de la littérature et de l’imaginaire.

Un passage parmi d’autres

 Il y a un banc près de l’étang, avec de l’herbe qui pousse autour, et des saules qui se penchent sur l’eau. Les feuilles de leurs branches tombantes jaunissent. Je me dis toujours que saules pleureurs est un nom qui leur va bien, mais « saules rieurs » l’est aussi. Les saules aiment l’eau et les aulnes la détestent. Il y a une route au-dessus du marais de Croggin appelée Heol y Gwern, la voie des Aulnes, parce que les gens en ont planté le long de la route pour marquer le chemin le plus sûr. On pense que c’était au néolithique. En tout cas, c’était avant les Romains. Ç’a été un choc de lire l’histoire de la vallée. Quand je rentrerai, je ne sais pas si je pourrai la regarder de la même façon.

Assise sur le banc près des saules, j’ai mangé mon gâteau au miel en lisant Triton. Il y a des choses affreuses dans le monde, c’est vrai, mais il y a aussi des livres magnifiques. Quand je serai grande, je voudrais écrire quelque chose que quelqu’un pourra lire assis sur un banc par une journée pas trop chaude et qui lui fera complètement oublier le lieu et l’heure. J’aimerais écrire comme Delany, Heinlein ou Le Guin.

Jo Walton – Morwenna – 2014 (Denoël)

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L’épouse modèle – Emma Chapman

13 vendredi Mar 2015

Posted by Aurélie in Romans étrangers

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Critique de livre, Emma Chapman, feux croisés, L'épouse modèle, roman

Emma Chapman - L'épouse modèleLes premières phrases

«  Aujourd’hui, curieusement, je suis fumeuse.

Je ne savais pas que je l’étais. Du plus loin qu’il m’en souvienne, je n’ai jamais fumé auparavant.

Cela me semble peu naturel, assez étrange pour une femme de mon âge – épouse et mère d’un enfant déjà adulte – de se retrouver assise quelque part au beau milieu de la journée, une cigarette coincée entre les doigts. Hector déteste qu’on fume. Il lâche toujours un toussotement sec quand nous marchons derrière quelqu’un qui tient une cigarette, dans la rue, et j’imagine alors le raclement de ses cordes vocales humides et roses comme de la chair de poulet.

Je frotte la petite face blanche et ronde de ma montre. Midi quinze. D’ordinaire, à cette heure-ci, je m’affaire dans la cuisine. Il faut que je prépare le dîner pour le soir, le livre de recettes est là, ouvert, sur le pupitre qu’Hector m’a offert à l’occasion de l’un de nos premiers anniversaires de mariage. Il faut que je fasse du pain : mélanger les ingrédients dans un grand bol, pétrir la pâte sur le bois froid du plan de travail, la regarder lever dans le four. Hector aime avoir son pain frais, le matin. Fais de ton foyer un lieu de paix et d’ordre. »

Circonstances de lecture

J’avais juste envie de découvrir ce qui se cachait derrière ce titre. Et parce qu’il s’agit de la même maison d’édition que les romans de Donna Tartt.

Impressions

Encore un livre qui tient en haleine ! Une fois commencé, vous aurez bien du mal à lâcher ce roman d’Emma Chapman. L’histoire : Marta est une femme au foyer modèle. Elle fait tout pour son mari et son fils, prépare les repas, récure la maison du sol au plafond, car tout doit être parfait pour son époux, Hector, et sa belle-mère lorsqu’elle leur rend visite. Mais voilà, Marta a décidé d’arrêter de prendre son traitement… Ces petites pilules qu’elle avale tous les jours depuis des années. Elle commence alors à avoir des hallucinations… Sa maladie reprend-elle le dessus ? Devient-elle paranoïaque ? Ce qu’elle voit est-il purement le fruit de son imagination, de sa folie, ou est-ce des bribes de souvenirs bien réels ?

L’écriture d’Emma Chapman est envoûtante, percutante. J’ai beaucoup aimé ce livre. Seules les toutes dernières pages m’ont déçue…

Un passage parmi d’autres

 Quand je me retourne je vois une fille assise par terre, adossée au lit. Je laisse échapper un petit cri, mais elle ne semble pas me remarquer. Elle me fixe sans ciller de ses yeux gris, écarquillés et brillants. Elle est toute décoiffée : ses cheveux sont sales, presque gris bien que leurs pointes fourchues soient blondes. Elle porte un pyjama crasseux, ses bras fins entourent lâchement ses genoux osseux. Le lit est différent : plus bas, avec un cadre métallique et un mince matelas de mousse recouvert d’un drap blanc.

Une mèche de cheveux retombe sur son visage. Elle ne s’en aperçoit pas; je tends la main et l’écarte de son front. Elle lève la tête et me regarde droit dans les yeux.

« Aide-moi », supplie-t-elle.

Quand je fais un pas en avant, elle disparaît. Le lit est le même qu’avant. J’avance jusqu’à l’endroit où elle était assise, je me penche et je jette un coup d’œil sous le lit, mais je ne vois rien. Je me dis que j’ai imaginé tout cela. Ce n’est pas réel, me dis-je. Pourtant, j’entends encore le désespoir dans sa voix, je vois encore ses grands yeux gris. J’essaie de me souvenir si c’est ce qui est arrivé quand j’ai arrêté de prendre mes pilules, la dernière fois, mais je n’y parviens pas. La part de moi qui me surveille depuis l’extérieur est intriguée. Enfin, quelque chose se passe.

Emma Chapman – L’épouse modèle – 2014 (Feux croisés)

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Un livre, une phrase…

22 dimanche Fév 2015

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Cécile Coulon, citations, Le coeur du pélican, Livres, Viviane Hamy

Citation Cécile Coulon - Le coeur du pélican

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Publié par Aurélie | Filed under Citations

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Le cœur du pélican – Cécile Coulon

21 samedi Fév 2015

Posted by Aurélie in Romans français

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Cécile Coulon, Critique de livre, Le coeur du pélican, roman, Viviane Hamy

Cécile Coulon - Le coeur du pélicanLes premières phrases

« Une chose est sûre, il ne suffit pas de savoir que quelqu’un ne reviendra pas pour cesser de l’attendre. Le reste n’a pas d’importance. Tout ce qui avait de l’importance n’a plus d’importance. C’est l’histoire d’un père, d’un mari, d’un frère. Ce père abandonne ses enfants, ce mari perd sa femme, sa soeur, son foyer, cet ami éloigne un par un ses amis. Il fait tout pour qu’on ne puisse pas le retenir. On ne peut pas convaincre quelqu’un qu’on ne voit plus. On ne peut pas convaincre quelqu’un qui ne vous écoute plus, qui ne vous a sans doute jamais écoutée.

Les tragédies familiales semblent toujours insignifiantes quand elles se jouent sur une autre scène que la vôtre. D’ailleurs, qu’est-ce que ça peut vous faire, ce chagrin ? Avec vos enfants, vos parents, vos cousins, vos oncles et vos tantes, persuadés que ça n’arrivera pas, puisque votre petit clan, votre minuscule tribu, avec ses membres du même sang, du même nom, se porte à merveille. Pourquoi ça vous arriverait ? Pourquoi ça m’est arrivé ? Ma bande était aussi parfaite, aussi tenace que la vôtre, sauf que personne n’a eu la gentillesse de me prévenir. Personne n’est venu me dire : fais attention, vingt ans à construire une famille, dix secondes pour qu’elle explose. »

Impressions

J’avais dévoré « Le Rire du grand blessé ». J’ai tout autant dévoré « Le cœur du Pélican », dernier roman de Cécile Coulon. L’auteur sait attraper son lecteur et le laisser, haletant, au bout de quelque 200 pages, comme s’il avait lui aussi couru derrière Anthime.

Anthime, ce héros qu’on déteste durant les premières pages. Il a abandonné sa femme, ses enfants. On l’apprend au tout début du roman. Joanna, sa femme, nous le fait détester d’emblée. Et puis arrive le témoignage d’Hélèna, la sœur d’Anthime qui nous glisse, comme en pleine confidence, « J’imagine qu’avant de venir me voir Joanna vous a parlé ; d’avance, sans un œil sur ses propos, je peux vous assurer qu’ils sont faux ». Anthime, on apprend petit à petit à le comprendre, à aimer l’enfant qu’il était, à sentir sa colère rentrée, à souffrir avec lui quand son rêve de devenir un athlète de haut niveau se brise soudain. 20 ans plus tard, après s’être contenté d’une vie de Français moyen, saura-t-il rattraper ses rêves ?

Si vous aimez courir, repousser vos limites, si vous aimez ces histoires d’hommes brisés comme sait si bien les décrire Olivier Adam, plongez-vous dans « Le cœur du pélican ».

Un passage parmi d’autres

 Lorsque j’ai lu les premiers articles sur son périple, j’ai pensé je ne suis pas la seule à m’être trompée. Même la présence d’Héléna, des fans, des journalistes ne pouvait l’empêcher d’aller au-delà des limites qu’un demi-dieu n’aurait su franchir. En partant labourer de ses pieds fragiles des kilomètres de terre battue, Anthime replongeait dans le passé, tel un enfant qui se tient, le corps humide, au bord d’une piscine et qu’une main vengeresse  vient pousser brusquement dans l’eau glacée. Anthime s’est arraché le cœur, le Pélican s’est arraché le cœur. Et pas seulement pour moi. Je vous l’ai dit, mais vous n’écoutez pas : le monde ne sera jamais assez vaste pour accueillir des hommes comme lui. Le monde ne comprendra jamais que les grands hommes ne sont pas ceux qui gagnent, mais ceux qui n’abandonnent pas quand ils ont perdu.

Cécile Coulon – Le cœur du pélican – 2015 (Éditions Viviane Hamy)

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Seul le silence – R.J. Ellory

14 samedi Fév 2015

Posted by Aurélie in Policiers / Thrillers, Romans étrangers

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Critique de livre, Le Livre de Poche, Polar, R.J. Ellory, roman, Seul le silence, Thriller

R.J. Ellory - Seul le silenceLes premières phrases

«  Coups de feu, comme des os se cassant.

New York : sa clameur infinie, ses rythmes métalliques âpres et le martèlement des pas, staccato incessant ; ses métros et cireurs de chaussures, carrefours embouteillés et taxis jaunes ; ses querelles d’amoureux ; son histoire, sa passion, sa promesse et ses prières.

New York avala le bruit des coups de feu sans effort, comme s’il n’avait pas plus d’importance qu’un simple battement de cœur solitaire.

Personne ne l’entendit parmi une telle abondance de vie.

Peut-être à cause de tous les autres bruits.

Peut-être parce que personne n’écoutait.

Même la poussière, prise dans le clair de lune filtrant par la fenêtre du deuxième étage de l’hôtel, soudain déplacée sous l’effet des coups de feu, reprit son chemin errant mais régulier.

Rien ne s’était produit, car c’était New York, et de telles morts solitaires et insoupçonnées étaient légion, presque indigènes, brièvement remémorées, oubliées sans effort.

La ville continuait de vaquer à ses occupations. Un nouveau jour commencerait bientôt, et rien d’aussi insignifiant que la mort ne possédait le pouvoir de les différer.

C’était juste une vie, après tout ; ni plus, ni moins. »

Circonstances de lecture

Lu sur les conseils d’un ami.

Impressions

Il est rare qu’un thriller arrive à garder son suspens jusqu’à la toute fin du livre. Et pourtant, ici, R.J. Ellory parvient à tenir son lecteur en haleine jusqu’aux dernières pages. Ce n’est que là que le criminel est démasqué.

J’ai beaucoup aimé ce polar, noir. Déjà, il est très bien écrit. Et puis l’histoire est belle, émouvante, touchante, noire et dure. On y suit Joseph, un enfant grandissant dans un petit village de Géorgie où des meurtres atroces de petites filles surviennent. La vie de Joseph en sera irrémédiablement bouleversée et intimement liée. L’écriture et l’histoire de R.J. Ellory m’ont scotchée du début à la fin. A lire pour tous les fans de polars et d’histoires glaçantes.

Un passage parmi d’autres

 Et il y a des moments dont je me souviens – principalement des jours d’été ; flous, chargés d’air et de lumière ; monsieur Tomczak traînant son gramophone Victrola dans la cour, les disques de Bakélite aussi lourds que des assiettes ; les adultes à moitié débraillés, et le fait que personne n’avait d’argent, et n’en aurait probablement jamais, n’avaient pas d’importance car l’amitié et le sens de la communauté étaient une richesse.

Les gosses dans les champs jouaient à s’attraper et à s’embrasser, quelqu’un avait une caisse de bière pour les pères, et quelqu’un d’autre préparait du jus de melon pour les femmes.

Ma mère portait une robe d’été, et un jour elle a dansé une valse avec mon père, qui arborait un sourire comme on arbore une médaille ; pour sa bravoure, sa fidélité, son amour.

Et les jours dont je me souviens sont partis. Ils se sont fondus en silence dans un passé indistinct. Pas seulement partis, mais oubliés. C’étaient des jours dont je pense qu’on ne les reverra jamais. Pas ici, pas à Augusta Falls. Ni nulle part ailleurs. Tout inondés d’un délire grisant de célébration spontanée, la célébration du simple fait d’être vivant. Et un bruit familier mais lointain – un match de base-ball à la radio, le claquement de capsules de Coca-Cola vert émeraude – et tout d’un coup le passé est là. En Technicolor et Sensurround : Cecil B.DeMille, King Vidor. Puis un silence bienvenu après un bruit infini.

Et transperçant ces souvenirs, telles des pointes de métal rouillées, il y avait d’autres souvenirs…

Les petites filles.

Toujours les petites filles.

Des petites filles comme Alice Ruth Van Horne, que j’avais aimée comme seul un enfant peut aimer – simplement, silencieusement, parfaitement.

Leurs vies comme des tortillons de papier humide, fermement tirebouchonnés puis jetés au loin.

R.J. Ellory – Seul le silence – 2005 (Le Livre de Poche)

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Kafka sur le rivage – Haruki Murakami

08 dimanche Fév 2015

Posted by Aurélie in Romans étrangers

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Critique de livre, Editions 10/18, Haruki Murakami, Kafka sur le rivage, roman

Haruki Murakami - Kafka sur le rivageLes premières phrases

«  – Et pour l’argent, ça s’est arrangé ? demande le garçon nommé Corbeau.

Il parle de sa façon habituelle, un peu lente. Comme quelqu’un qui sort à peine d’un profond sommeil et ne peut remuer ses lèvres tant elles sont engourdies. Mais ce n’est qu’une apparence: en réalité, il est parfaitement lucide. Comme toujours.

Je hoche la tête.

– Tu as combien à peu près ?

Je lui réponds après avoir à nouveau passé les chiffres en revue dans ma tête :

– Environ quatre cent mille en liquide. Sans compter une petite somme que je pourrai retirer avec ma carte bancaire. Ça ne suffira peut-être pas mais c’est un bon début.

– Ce n’est pas mal, dit le garçon nommé Corbeau. C’est un  bon début.

Je hoche la tête.

– J’imagine que ce ne sont pas les étrennes du père Noël, poursuit-il.

– Non.

Le garçon nommé Corbeau regarde autour de lui, les lèvres tordues par un sourire narquois.

– Cet argent sort du tiroir d’une personne qui vit dans les parages, c’est exact ?

Je ne réponds pas. Il sait parfaitement d’où vient cet argent. Il n’y a pas lieu de poser des questions détournées. Il le fait juste pour m’asticoter.  »

Circonstances de lecture

Parce que j’avais depuis longtemps envie de plonger dans ce Murakami.

Impressions

Haruki Murakami est de ces auteurs dont j’achète les romans les yeux fermés, sans même regarder de quoi ils parlent. J’aime son écriture, son style, sa manière subtile de jongler dans ses histoires entre la réalité et l’imaginaire. « Kafka sur le rivage » ne déroge pas à la règle. Son héros, Kafka Tamura, est un adolescent qui décide de fuguer. Il fuit la maison familiale pour essayer de briser une mystérieuse malédiction. En parallèle, nous suivons un vieux monsieur, Nakata, faible d’esprit depuis un événement survenu dans son enfance, obligé également de fuir… Ici, Haruki Murakami nous plonge dans l’Histoire (la seconde guerre mondiale), dans le mythe d’Oedipe, dans un monde fantastique où un homme parle aux chats et où des poissons tombent du ciel, dans une forêt et une bibliothèque à l’attrait irrésistible. On prend plaisir à se perdre dans ce monde à la frontière du réel et du fantastique. Un grand Murakami. Envoûtant.

Un passage parmi d’autres

 Nous perdons tous sans cesse des choses qui nous sont précieuses, déclare-t-il quand la sonnerie a enfin cessé de retentir. Des occasions précieuses, des possibilités, des sentiments qu’on ne pourra pas retrouver. C’est cela aussi, vivre. Mais à l’intérieur de notre esprit – je crois que c’est à l’intérieur de notre esprit -, il y a une petite pièce dans laquelle nous stockons le souvenir de toutes ces occasions perdues. Une pièce avec des rayonnages, comme dans cette bibliothèque, j’imagine. Et il faut que nous fabriquions un index, avec des cartes de références, pour connaître précisément ce qu’il y a dans nos cœurs. Il faut aussi balayer cette pièce, l’aérer, changer l’eau des fleurs. En d’autres termes, tu devras vivre dans ta propre bibliothèque.

Haruki Murakami – Kafka sur le rivage – 2003 (Éditions 10/18)

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The Maze Runner – James Dashner

29 lundi Déc 2014

Posted by Aurélie in En VO, Romans étrangers, SF

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Étiquettes

Chicken House, Critique de livre, James Dashner, roman, The Maze Runner

James Dashner - The Maze RunnerLes premières phrases

«  He began his new life standing up, surrounded by cold darkness and stale, dusty air.

Metal ground against metal; a lurching shudder shook the floor beneath him. He fell down at the sudden movement and shuffled backwards on his hands and feet, drops of sweat beading on his forehead despite the cool air. His back struck a hard metal wall; he slid along it until he hit the corner of the room. Sinking to the floor, he pulled his legs up tight against his body, hoping his eyes would soon adjust to the darkness.

With another jolt, the room jerked upwards like an old lift in a mine shaft.

Harsh sounds of chains and pulleys, like the workings of an ancient steel factory, echoed through the room, bouncing off the walls with a hollow, tinny whine. The lightless lift swayed back and forth as it ascended, turning the boy’s stomach sour with nausea; a smell like burnt oil invaded his senses, making him feel worse. He wanted to cry, but no tears came; he could only sit there, alone, waiting.

My name is Thomas, he thought.

That… that was the only thing he could remember about his life. »

Circonstances de lecture

Une trilogie lue après avoir vu le premier volet au cinéma.

Impressions

Une trilogie dévorée en trois semaines. Si vous avez aimé « Divergent » de Veronica Roth, vous devriez également accrocher avec cette trilogie de James Dashner. Imaginez-vous vous réveiller dans un ascenseur puis émerger au beau milieu d’un labyrinthe. Vous ne vous souvenez de rien, à part votre prénom… Entouré d’un groupe d’adolescents, vous n’avez qu’une obsession : trouver la sortie du labyrinthe et comprendre pourquoi vous y avez été enfermé. Intrigant, non ?

J’ai lu avec plaisir cette trilogie… Mais malheureusement, si James Dashner arrive à tenir son lecteur en haleine, passé le premier tome, l’univers se fait moins mystérieux et tombe dans une histoire bien classique… Dommage, car l’idée de départ était vraiment intéressante.

Un passage parmi d’autres

 « I want to be one of those guys that goes out there, » he said aloud, not knowing if Chuck was still awake. « Inside the Maze. »

« Huh? » was the response from Chuck. Thomas could hear a tinge of annoyance in his voice.

« Runners, » Thomas said, whishing he knew where this was coming from. « Whatever they’re doing out there, I want in. »

« You don’t even know what you’re talking about, » Chuck grumbled, and rolled over. « Go to sleep. »

Thomas felt a new surge of confidence, even though he truly didn’t know what he was talking about. « I want to be a Runner. »

Chuck turned back and got up on his elbow. « You can forget that little thought right now. »

Thomas wondererd at Chuck’s reaction, but pressed on. « Don’t try to… »

« Thomas. Newbie. My new friend. Forget it. »

« I’ll tell Alby tomorrow. » A Runner, Thomas thought. I don’t even know what that means. Have I gone completely insane?

Chuck lay down with a laugh. « You’re a piece of klunk. Go to sleep. »

But Thomas couldn’t quit. « Something out there – it feels familiar. »

« Go…to…sleep. »

Then it hit Thomas – he felt like several pieces of a puzzle had been put together. He didn’t know what the ultimate picture would be, but his next words almost felt like they were coming from someone else. « Chuck, I… I think I’ve been here before. »

He heard his friend sit up, heard the intake of breath. But Thomas rolled over and refused to say another word, worried he’d mess up this new sense of being encouraged, eradicate the reassuring calm that filled his heart.

Sleep came much more easily than he’d expected.

James Dashner – The Maze Runner – 2010 (Chicken House)

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