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Archives de Catégorie: Romans étrangers

Divergent – Veronica Roth

19 samedi Juil 2014

Posted by Aurélie in En VO, Romans étrangers, SF

≈ 1 Commentaire

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Critique de livre, Divergent, lecture, loveinbooks, roman, Veronica Roth

Les premières phrases

Veronica Roth - Divergent«  There is one mirror in my house. It is behind a sliding panel in the hallway upstairs. Our faction allows me to stand in front of it on the second day of every third month, the day my mother cuts my hair.

I sit on the stool and my mother stands behind me with the scissors, trimming. The strands fall on the floor in a dull, blond ring.

When she finishes, she pulls my hair away from my face and twists it into a knot. I note how calm she looks and how focused she is. She is well-practiced in the art of losing herself. I can’t say the same of myself.

I sneak a look at my reflection when she isn’t paying attention – not for the sake of vanity, but out of curiosity. A lot can happen to a person’s appearance in three months. In my reflection, I see a narrow face, wide, round eyes, and a long, thin nose – I still look like a little girl, though sometime in the last few months I turned sixteen. The other factions celebrate birthdays, but we don’t. It would be self-indulgent.

« There, » she says when she pins the knot in place. Her eyes catch mine in the mirror. It is too late to look away, but instead of scolding me, she smiles at our reflection. I frown a little. Why doesn’t she reprimand me for staring at myself?

« So today is the day, » she says.

« Yes », I reply.

« Are you nervous? »

I stare into my own eyes for a moment. Today is the day of the aptitude test that will show me which of the five factions I belong in. And tomorrow, at the Choosing Ceremony, I will decide on a faction; I will decide the rest of my life; I will decide to stay with my family or abandon them. « 

Circonstances de lecture

Par curiosité devant ce phénomène… et conseillée par ma libraire.

Impressions

Pourquoi classer les livres par genre ? Pourquoi « Divergent » ne devrait être qu’un roman pour adolescents ? Après avoir refermé le premier tome de la série de Veronica Roth, je ne peux qu’affirmer ceci : l’adolescence est loin derrière moi et pourtant j’ai adoré « Divergent ». Lu en moins d’une semaine, c’est un véritable « page turner ». Difficile de s’arrêter une fois lancée ! Oui, c’est vrai, cela fait penser au début à « Harry Potter », notamment la cérémonie où les initiés doivent choisir la faction dans laquelle ils passeront le reste de leur vie. Mais qu’importe ! J’ai adoré Harry Potter ! Alors, s’il y est aussi question d’initiations et d’amitié, c’est bien les seuls points ressemblants.

Dans un monde futuriste, les hommes sont classés par faction : les Altruistes, les Audacieux, les Érudits, les Fraternels, et les Sincères. Élevée dans une famille d’Altruistes, Béatrice a 16 ans, l’âge de décider dans quelle faction elle mènera sa vie. Que dévoilera son test d’aptitudes ? Un roman haletant, proposant une vision intéressante des qualités humaines, de la vie en société, de la façon de maintenir la paix entre les hommes. Allez, hop, j’ouvre le deuxième tome…

Un passage parmi d’autres

 My family might be able to help me choose, if I could talk about my results. But I can’t. Tori’s warning whispers in my memory every time my resolve to keep my mouth shut falters.

Caleb and I climb the stairs and, at the top, when we divide to go to our seperate bedrooms, he stops me with a hand on my shoulder.

« Beatrice, » he says, looking sternly into my eyes. « We should think of our family. » There is an edge to his voice. « But. But we must also think of ourselves. »

For a moment I stare at him. I have never seen him think of himself, never heard him insist on anything but selflessness.

I am so startled by his comment that I just say what I am supposed to say: « The tests don’t have to change our choices. »

He smiles a little. « Don’t they, though? »

Veronica Roth – Divergent – 2011 (Katherine Tegen Books)

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Silo Origines – Hugh Howey

16 mercredi Juil 2014

Posted by Aurélie in Romans étrangers, SF

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Actes Sud, Critique de livre, Hugh Howey, roman, Silo, Silo Origines

Hugh Howey - Silo OriginesLes premières phrases

«  2110

Sous les collines du comté de Fulton, dans l’État de Géorgie

A son retour parmi les vivants, Troy était dans une tombe. Il se réveilla dans un espace confiné, le visage tout près d’une vitre givrée.

De l’autre côté de cette couche de glace, des silhouettes s’affairaient. Il essaya de lever les bras, de frapper à la vitre, mais il n’avait pas assez de force. Il tenta un cri, mais ne réussit qu’à tousser. Il avait un goût atroce dans la bouche. A ses oreilles retentirent le bruit métallique de gros verrous qu’on ouvrait, un chuintement d’air, le grincement de gonds restés longtemps en sommeil.

La lumière était vive ; les mains sur sa peau, chaudes. Ils l’aidèrent à s’asseoir tandis qu’il toussait encore et que son souffle se condensait en petits nuages. On lui tendit de l’eau. Des pilules. L’eau était fraîche et les pilules, amères. Il parvint à avaler quelques gorgées. Il était incapable de tenir son verre seul. Ses mains tremblaient tandis qu’une déferlante de scènes cauchemardesques lui revenait en mémoire. Le passé lointain se mêlait aux souvenirs récents. Il frissonna.

Une blouse en papier. Le picotement du sparadrap qu’on arrache, à son bras. Un tuyau qu’on retire de son entrejambe. Deux hommes en blanc l’aidèrent à sortir du cercueil. De la vapeur s’éleva tout autour de son corps avant de se dissiper.

Assis, ébloui, Troy regardait, à travers le clignement de ses paupières restées longtemps fermées, les rangées de cercueils pleins de vie qui s’étendaient à perte de vue le long des murs incurvés. Le plafond lui semblait bas, impression renforcée par toute la terre qui s’amoncelait au-dessus d’eux. Et par les années. Tant d’années avaient passé. Tous ceux qu’ils chérissaient auraient disparu à présent.

Tout avait disparu. « 

Circonstances de lecture

Suite du premier tome de cette trilogie de Hugh Howey.

Impressions

Comme son nom l’indique, « Silo Origines » revient aux origines de l’histoire du silo. Ce second volet de la trilogie de Hugh Howey parle donc de ce qui a poussé les hommes à s’enterrer dans les profondeurs de la terre. Un roman de SF intelligent, très bien écrit, qui se lit en quelques jours. Je ne dirai rien de plus de peur de spoiler ceux qui n’ont pas encore lu le premier volet, « Silo ». Pour ménager le suspens, lisez bien « Silo » avant « Silo Origines »! Vivement le troisième tome !

Un passage parmi d’autres

 Troy marchait le long de la rangée de cryopodes comme s’il savait où il allait. C’était ce même instinct qui lui avait fait choisir cet étage précédemment dans l’ascenseur. Chaque écran affichait un nom inventé. Il le savait. Il se rappelait avoir inventé le sien. Ça avait un rapport avec sa femme, c’était une façon de lui rendre hommage, mais aussi un moyen secret qu’il avait trouvé pour se souvenir un jour.

Tout cela était un rêve oublié, enfoui dans les brumes du passé. Avant qu’il prenne son poste, il y avait eu une formation. Des livres à lire et à relire. C’est à cette époque qu’il avait choisi son nom.

Une explosion d’amertume sur ses papilles l’obligea à s’arrêter. C’était le goût d’une pilule en train de se dissoudre. Il tira la langue, la frotta du bout des doigts, mais il n’y avait rien. Il sentait les ulcères qu’il avait sur les gencives mais ne se rappelait pas comment ils avaient pu se former.

Il continua à avancer. Quelque chose clochait. Ces souvenirs n’étaient pas censés lui revenir. Il se vit sur un chariot en train de crier, de se faire attacher, piquer le bras. Mais non, ce n’était pas lui. Lui, il tenait les bottes de l’autre homme.

Il s’arrêta devant l’un des podes et lut le nom d’Helen. Il eut un haut-le-cœur. Il ne voulait pas se rappeler. Tel était l’ingrédient secret : ne pas vouloir se rappeler. Ces souvenirs étaient censés lui échapper, devaient se prendre dans les tentacules des médicaments pour disparaître sous la surface. Mais à présent, une infime partie de lui mourait d’envie de tout savoir à nouveau. Un doute le rongeait, l’impression d’avoir laissé derrière lui une part cruciale de lui-même. Et cette infime partie de lui était prête à le noyer tout entier pour avoir des réponses.

Hugh Howey – Silo Origines – 2014 (Actes Sud)

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The Silkworm – Robert Galbraith

11 vendredi Juil 2014

Posted by Aurélie in En VO, Policiers / Thrillers, Romans étrangers

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Critique de livre, J.K.Rowling, lecture, loveinbooks, Robert Galbraith, roman, sphere, The Silkworm

Robert Galbraith - The SilkwormLes premières phrases

«  « Someone bloody famous, » said the hoarse voice on the end of the line, « better’ve died, Strike. »

The large unshaven man tramping through the darkness of predawn, with his telephone clamped to his ear, grinned.

« It’s in that ballpark. »

« It’s six o’clock in the fucking morning! »

« It’s half past, but if you want what I’ve got, you’ll need to come and get it, » said Cormoran Strike. « I’m not far away from your place. There’s a… »

« How d’you know where I live? » demanded the voice.

« You told me, » said Strike, stifling a yawn. « You’re selling your flat. »

« Oh, » said the other, mollified. « Good memory. »

« There’s a twenty-four caff… »

« Fuck that. Come into the office later… »

« Culpepper, I’ve got another client this morning, he pays better than you do and I’ve been up all night. You need this now if you’re going to use it. »

A groan. Strike could hear the rustling of sheets.

« It had better be shit-hot. »

« Smithfield Café on Long Lane, » said Strike and rang off. « 

Circonstances de lecture

Parce que c’est J.K.Rowling qui se cache derrière ce pseudo.

Impressions

Après « The Cuckoo’s Calling », voici la deuxième aventure du détective privé Cormoran Strike et de son assistante Robin. Cette fois-ci, J.K.Rowling nous plonge dans le milieu littéraire de Londres. Une femme vient solliciter Strike pour qu’il l’aide à retrouver son mari, un écrivain disparu depuis quelques jours. Une enquête parfaitement menée et parfaitement écrite. Du suspens jusqu’au bout. Bref, on redemande très vite un troisième tome !

Un passage parmi d’autres

 Paper rustled under his feet. Looking down, he saw a smattering of takeaway menus and an enveloppe addressed TO THE OCCUPIER/CARETAKER. He stooped and picked it up. It was a brief, angry handwritten note from the next-door neighbour, complaining about the smell.

Strike left the note fall back onto the doormat and moved forwards into the hall, observing the scars left on every surface where the chemical substance had been thrown. To his left was a door; he opened it. The room beyond was dark and empty; it had not been tarnished with the bleach-like substance. A dilapidated kitchen, also devoid of furnishings, was the  only other room on the lower floor. The deluge of chemicals had not spared it; even a stale half loaf of bread on the sideboard had been doused.

Strike headed up the stairs. Somebody had climbed or descended them, pouring the vicious, corrosive substance from a capacious container; it had spattered everywhere, even onto the landing windowsill, where the paint had bubbled and split apart.

On the first floor, Strike came to a halt. Even through the thick wool of his overcoat he could smell something else, something that the pungent industrial chemical could not mask. Sweet, putrid, rancid: the stench of decaying flesh.

He did not try either of the closed doors on the first door. Instead, with his birthday whisky swaying stupidly in its plastic bag, he followed slowly in the footsteps of the pourer of acid, up a second flight of stained stairs from which the varnish had been burned away, the carved banisters scorched bare of their waxy shine.

The stench of decay grew stronger with every step Strike took. It reminded him of the time they stuck long sticks into the ground in Bosnia and pulled them out to sniff the ends, the one fail-safe way of finding the mass graves. He pressed his collar more tightly to his mouth as he reached the top floor, to the studio where a Victorian artist had once worked in the unchanging northern light.

Strike did not hesitate on the threshold except fot the seconds it took to tug his shirt sleeve down to cover his bare hand, so that he would make no mark on the wooden door as he pushed it open. Silence but for a faint squeak of hinges, and then the desultory buzzing of flies.

He had expected death, but not this.

Robert Galbraith – The Silkworm – 2014 (Sphere)

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Mr Gwyn – Alessandro Baricco

14 samedi Juin 2014

Posted by Aurélie in Romans étrangers

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Alessandro Baricco, Critique de livre, Gallimard, Mr Gwyn, roman

Alessandro Baricco - Mr GwynLes premières phrases

«  Tandis qu’il marchait dans Regent’s Park – le long d’une allée qu’il choisissait toujours, entre toutes -, Jasper Gwyn eut soudain la sensation limpide que ce qu’il faisait chaque jour pour gagner sa vie ne lui convenait plus. Plusieurs fois cette pensée l’avait effleuré, mais jamais avec la même netteté ni la même agilité.

Aussi, de retour chez lui, il se mit à écrire un article qu’il imprima, glissa dans une enveloppe, pour ensuite aller le déposer personnellement, traversant toute la ville, à la rédaction du Guardian. Ils le connaissaient. Occasionnellement il collaborait avec eux. Il demanda s’il était possible d’attendre une semaine avant de publier son papier.

Ce dernier consistait en une liste de cinquante-deux choses que Jasper Gwyn se promettait de ne plus jamais faire. La première était d’écrire des articles pour The Guardian. La treizième, d’aller parler devant des classes en prenant un air sûr de lui. La trente et unième, de se faire photographier le menton dans la main, songeur. La quarante-septième, de se forcer à être poli avec des collègues qui en vérité le méprisaient. La dernière était : d’écrire des livres. D’une certaine manière, elle éteignait la vague lueur d’espoir que l’avant-dernière pouvait avoir laissée : de publier des livres. « 

Circonstances de lecture

Découvert à La Grande Librairie.

Impressions

Jasper Gwyn, écrivain britannique, décide d’arrêter d’écrire. Au grand désespoir de son agent qui, au début, n’y croit pas une seconde. Mais Jasper Gwyn entend se tenir à cette décision. Et bientôt, il entreprend de se lancer dans une nouvelle aventure : « écrire » le portrait de parfaits inconnus, à la manière d’un peintre, dans un vieil atelier éclairé, selon son souhait, de 18 ampoules Catherine de Médicis.

En lisant Alessandro Baricco (que je découvre avec ce livre), je ne peux m’empêcher de penser à Paul Auster, qui, lui-aussi, se penche sur le processus de création. Mr Gwyn est un livre intelligent, merveilleusement bien écrit, qui délivre ses clés petit à petit, jusqu’à un final inattendu. Alessandro Baricco, merci ! Je vais m’empresser d’aller acheter d’autres de vos romans !

Un passage parmi d’autres

 – J’ai loué un atelier, derrière Marylebone High Street, un grand local, tranquille. J’y ai mis un lit, deux fauteuils, guère plus. Parquet au sol, murs défraîchis, un bel endroit. Ce que j’aimerais, c’est que vous veniez quatre heures par jour pendant une trentaine de jours, de 16 heures à 20 heures. Sans jamais sauter de jour, même le dimanche. J’aimerais que vous soyez ponctuelle et que, quoi qu’il arrive, vous posiez là pendant quatre heures, ce qui pour moi signifie simplement vous laisser regarder. Vous ne devrez pas rester dans une position que j’aurai choisie, mais juste évoluer dans cet espace, à votre convenance, marcher ou vous allonger, vous asseoir, où bon vous semble. Vous n’aurez ni à parler ni à répondre à aucune question, et je ne vous demanderai jamais de faire quoi que ce soit de particulier. Je continue ?

– Oui.

– Je voudrais que vous posiez nue, je pense que c’est une condition indispensable à la réussite du portrait.

Cette phrase-là, il l’avait préparée devant son miroir. La dame au foulard imperméable en avait peaufiné la tournure.

La jeune femme avait encore sa tasse à la main. De temps en temps elle la portait à ses lèvres, sans pour autant se décider à boire.

Jasper Gwyn sortit une clé de sa poche et la posa sur la table.

– Ce que je voudrais, c’est que vous preniez cette clé et que vous vous en serviez pour entrer dans l’atelier, chaque jour à 16 heures. Peu importe ce que je fais, moi, vous devez m’oublier. Comme si vous étiez seule, dans cette pièce, en permanence. Je vous demande seulement de vous en aller à 20 heures précises tous les soirs, et de fermer la porte derrière vous. Quand on aura terminé, vous me rendrez la clé. Buvez votre café, il va refroidir.

Alessandro Baricco – Mr Gwyn – 2014 (Gallimard)

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La Guilde des Magiciens – Trudi Canavan

09 lundi Juin 2014

Posted by Aurélie in Fantasy, Romans étrangers

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Bragelonne, Critique de livre, La Guilde des Magiciens, roman, Trilogie du Magicien Noir, Trudi Canavan

Trudi Canavan - La Guilde des MagiciensLes premières phrases

«  A Imardin, on dit que le vent a une âme et qu’il gémit le long des rues étroites, désolé par ce qu’il y voit. Le jour de la Purge, il grondait au creux des voiles affalées du port, s’engouffrait sous les portes Ouest et hurlait contre les flancs des maisons. Là, comme attristé par les âmes en peine qu’il y rencontrait, il se faisait aussi doux qu’un murmure.

C’était en tout cas ce que s’imaginait Sonea. Alors qu’une autre rafale de vent froid la fouettait, elle serra encore plus son manteau râpé contre ses flancs. Baissant les yeux, elle grimaça en voyant la boue qui éclaboussait ses chaussures à chaque pas. Les chiffons dont elle avait rempli ses bottes trop grandes étaient déjà saturés d’eau, et ses orteils la brûlaient.

Un mouvement vif, sur sa droite, attira son attention, et elle fit un pas de côté pour éviter un homme qui titubait. Sortant d’une allée, il tomba à genoux dans la boue juste devant elle. Sonea s’arrêta et lui tendit la main, mais le vieil homme ne parut pas la voir. Il se releva et rejoignit le flot de silhouettes voûtées qui descendaient la rue.

En secouant la tête à l’abri de sa capuche, Sonea regarda autour d’elle. Un soldat montait nonchalamment la garde à l’entrée de la ruelle. Sa bouche s’ourlait d’un sourire dédaigneux, et son regard sautait de passant en passant. Elle posa les yeux sur lui, mais lorsqu’il tourna la tête dans sa direction, elle regarda vivement ailleurs.

Maudits soient les gardes, pensa-t-elle. Puissent-ils trouver des farens venimeux cachés dans leurs bottes.

Quelques noms de gardes gentils et serviables lui vinrent à l’esprit, mais elle n’était pas d’humeur à faire des exceptions.

Emboîtant le pas aux silhouettes qui avançaient en traînant les pieds, Sonea se fendit dans la foule et déboucha bientôt sur une artère plus large. Des maisons à deux ou trois étages se dressaient de chaque côté ; des visages étaient collés à leurs fenêtres les plus hautes. Sonea vit un homme aux riches vêtements qui tenait un enfant à bout de bras pour qu’il puisse mieux regarder la foule. L’homme pinçait les narines de dégoût, et, quand il tendit le doigt vers le bas, le petit garçon grimaça comme s’il avait goûté quelque chose de répugnant.

Sonea les défia du regard. »

Circonstances de lecture

Trois tomes lus sur les conseils de ma libraire, en trois semaines.

Impressions

L’histoire peut paraître assez classique : une jeune fille, Sonea, se découvre soudain des pouvoirs magiques inattendus et doit apprendre à les maîtriser. Originaire des Taudis, elle obtient ainsi son ticket d’entrée à la Guilde, d’ordinaire réservée aux enfants des nobles de la ville. Rien de très original, donc. Mais, petit à petit, on se laisse happer par l’histoire, très rythmée, et ses personnages, très attachants. Et, sans même s’en rendre compte, on ferme les pages du premier, puis du deuxième et enfin du troisième et dernier tome (le meilleur)… en l’espace de trois semaines ! Preuve que, malgré une trame plutôt classique et une écriture qui ne m’a pas emballée d’emblée, la Trilogie du Magicien Noir m’a bel et bien transportée dans l’univers de Trudi Canavan.

Un passage parmi d’autres

 Le soleil s’était levé sur les tours du palais et inondait les jardins de la Guilde d’une lumière dorée.

Sonea déambulait le long du chemin et ne disait pas un mot. Elle boudait. Rothen savait que la jeune fille n’était pas dupe : s’ils se promenaient aussi souvent, c’était parce que la Guilde était magnifique. Le mage avait compris que Sonea se surveillait et s’empêchait de trouver l’ombre d’une raison de rester.

Rothen sourit. Sonea critiquait tout ce qu’on lui montrait, mais le mage avait décidé de lui faire visiter tout le domaine. Si elle voulait rejeter la Guilde, au moins, qu’elle sache ce qu’elle allait rater !

A force de l’entendre jurer ses grands dieux qu’elle voulait partir, Rothen avait remis en question sa propre vie. Comme il était d’usage chez les enfants des Maisons, on avait testé ses capacités magiques dès qu’il avait eu dix ans. Il se rappelait encore l’excitation de ses parents, lorsqu’on leur avait annoncé le résultat. Son père et sa mère lui avait dit et répété à quel point il était chanceux et hors du commun. Depuis ce jour-là, Rothen travaillait pour se faire une place à la Guilde.

Sonea n’avait pas été élevée dans l’optique de devenir mage. Son éducation lui avait appris à craindre les magiciens, à les haïr, à les critiquer et les accuser de tous les maux du monde. Dans un tel climat, Rothen devinait sans mal pourquoi s’installer à la Guilde ressemblait à une trahison pour elle.

Mais s’il parvenait à lui faire comprendre qu’elle pourrait utiliser ses pouvoirs pour le bien des habitants des Taudis, elle accepterait peut-être de rester.

Trudi Canavan – La Guilde des Magiciens (La Trilogie du Magicien Noir) – 2007 (Bragelonne)

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Le maître des illusions – Donna Tartt

17 samedi Mai 2014

Posted by Aurélie in Romans étrangers

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Critique de livre, Donna Tartt, Le maître des illusions, Pocket, roman

Donna Tartt - Le maître des illusionsLes premières phrases

«  La neige fondait dans la montagne et Bunny était mort depuis plusieurs semaines quand nous avons fini par comprendre la gravité de notre situation. Il était mort depuis dix jours quand on l’a trouvé, vous savez. Ce fut l’une des plus grandes chasses à l’homme dans l’histoire du Vermont – la police fédérale, le FBI, même un hélicoptère de l’armée ; l’université a fermé, l’usine de teinture de Hampden s’est arrêtée, des gens sont venus du New Hampshire, du nord de l’État de New York et même de Boston.

Il est difficile de croire que le modeste plan de Henry ait pu si bien marcher malgré ces événements imprévus. Nous n’avions pas eu l’intention de cacher le corps là où on ne l’aurait pas retrouvé. En fait, nous ne l’avions pas du tout caché, mais simplement laissé là où il était tombé dans l’espoir qu’un passant infortuné tomberait dessus avant qu’on ait même remarqué son absence. L’histoire se racontait d’elle-même, simple et évidente: les cailloux instables, le corps au fond du ravin avec le cou cassé, les traces boueuses des talons glissant vers le bas ; un accident de randonnée, ni plus ni moins, et ç’aurait pu en rester là, quelques larmes et une petite cérémonie, sans la neige qui est tombée cette nuit-là ; elle l’a recouvert sans laisser de traces, et dix jours plus tard, quand le dégel a fini par venir, la police fédérale, le FBI et les sauveteurs de la ville ont tous vu qu’ils avaient marché à l’endroit de son corps jusqu’à ce que la neige soit tassée comme de la glace. « 

Circonstances de lecture

J’avais très envie de lire le premier roman de Donna Tartt après l’avoir découverte avec Le Chardonneret.

Impressions

Arrivé à l’université, Richard cache ses origines modestes à ses camarades. Très vite, il se retrouve dans la classe du professeur Julian, un enseignant ayant choisi d’enseigner les langues mortes à un petit groupe d’élèves sélectionnés par ses soins. Une communauté rassemblant des personnalités étranges, mystérieuses et en marge. Malgré lui, Richard devient peu à peu leur confident… et finit par découvrir leur sombre secret.

Un roman haletant et prenant. Si, dès le début, on sait que l’un des membres de ce petit groupe finira tué, le suspens n’en est pas moins présent. Au contraire ! Une superbe écriture.

Un passage parmi d’autres

 « Henry, mon Dieu », ai-je fini par dire, d’une voix plate et bizarre, même à mes propres oreilles.

Il a haussé un sourcil sans rien dire, son verre vide à la main, le visage à moitié dans l’ombre.

Je l’ai regardé. « Mon Dieu. Qu’est-ce que vous avez fait? »

Il a eu un sourire sans joie, et s’est penché hors du cône de lumière pour se servir un scotch. « Je crois que tu en as déjà une assez bonne idée. Maintenant, laisse-moi te poser une question. Pourquoi nous as-tu couverts ? »

« Quoi ? »

« Tu savais que nous allions quitter le pays. Tu l’as toujours su et tu n’as rien dit à personne. Pourquoi ça ? »

Les murs s’étaient évanouis et la pièce était obscure. Le visage d’Henry, sous la lumière crue de la lampe, se détachait sur un fond noir. De rares éclats lumineux scintillaient sur le bord de ses lunettes, brillaient dans les profondeurs ambrées de son whisky, se reflétaient en bleu dans ses yeux.

« Je ne sais pas.

Il a souri. « Non ? »

Je l’ai contemplé sans rien dire.

« Après tout, nous ne t’avions pas mis dans le secret. »

Son regard intense ne me quittait pas. « Tu aurais pu nous arrêter à n’importe quel moment et tu ne l’as pas fait. Pourquoi? »

« Henry, au nom de Dieu, qu’avez-vous fait ? »

Il a souri. « Toi, dis-le-moi. »

Et le plus horrible était que d’une certaine façon je le savais. « Vous avez tué quelqu’un, n’est-ce pas ? »

Il m’a regardé un bref instant et alors, à ma surprise totale, absolue, il s’est adossé à sa chaise et s’est mis à rire.

« Un bon point pour toi. Tu es aussi malin que je le pensais. Je savais que tu le devinerais, tôt ou tard, et c’est toujours ce que j’ai dit aux autres. »

Donna Tartt – Le maître des illusions – 1992 (Pocket)

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Au lieu-dit Noir-Etang… – Thomas H. Cook

27 dimanche Avr 2014

Posted by Aurélie in Policiers / Thrillers, Romans étrangers

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Au lieu-dit Noir-Etang, Critique de livre, Points, roman, Thomas H. Cook

Thomas H. Cook - Au lieu-dit Noir-Etang...Les premières phrases

«  Mon père avait une phrase préférée. Il l’avait empruntée à Milton, et aimait la citer aux garçons de Chatham School. Planté devant eux le jour de la rentrée des classes, les mains bien enfoncées dans les poches de son pantalon, il ménageait un silence, leur faisant face, l’air grave. « Prenez garde à vos actes, déclamait-il alors, car le mal contre lui-même se retourne. » Il ne pouvait imaginer à quel point la suite des événements le contredirait, ni à quel point j’en aurais éminemment conscience.

Parfois, en ces tristes journées d’hiver si fréquentes en Nouvelle-Angleterre où le vent malmène autant les arbres que les arbustes, où la pluie tambourine contre les toits et les vitres, je me sens de nouveau happé par l’univers de mon père, par ma jeunesse, par la petite ville qu’il aimait tant et où je vis toujours. Je regarde par la fenêtre de mon bureau et je revois la grand-rue de Chatham telle qu’elle était alors : une poignée de petits commerces, un cortège fantomatique d’automobiles aux phares montés sur des pare-chocs inclinés. Dans mon esprit, les morts retrouvent la vie, reprennent leur enveloppe charnelle. Je vois Mme Albertson livrer son panier de palourdes au marché Kessler, M. Lawrence faire des embardées avec le scooter des neiges qu’il a construit de ses propres mains, des skis à l’avant, deux parties des chenilles d’un tank de la Première Guerre mondiale à l’arrière, le tout accroché au châssis cabossé d’un vieux roadster. En passant, il me fait signe, agitant sa main gantée dans l’air intemporel.

Me présentant une nouvelle fois sur le seuil de mon passé, je retrouve mes quinze ans, tous mes cheveux et une peau dépourvue de taches de vieillesse, le ciel loin de moi et l’enfer de mes préoccupations. Je pressens même que, par essence, la vie a du bon.

Puis, de but en blanc, je repense à elle. Pas à la jeune femme que j’ai connue il y a si longtemps, mais à la petite fille qui contemple au loin la mer d’un bleu étincelant, son père, à côté d’elle, lui disant ce que tous les pères disent depuis toujours à leurs enfants : que l’avenir leur tend les bras, que c’est un pré d’herbe tendre qui n’abrite aucune sombre forêt. Je la revois dans son cottage, ce jour-là, je réentends sa voix, ses paroles tintent encore à mon oreille, distantes clochettes, porteuses de la foi qu’elle eut brièvement en la vie. »

Circonstances de lecture

Une brusque envie de découvrir ce qui se cache derrière la couverture de ce roman noir…

Impressions

« Au lieu-dit Noir-Etang… » est à la fois un roman d’amour et un roman policier, noir et prenant. Vieux à présent, Henry se rappelle l’année de ses 15 ans, en 1926. Et la fascination qu’il porte à Mlle Channing, le nouveau professeur de dessin de Chatham School, l’école que dirige son père. Du haut de ses 15 ans, il observe les liens qui se nouent entre cette jeune femme à l’esprit libre et un autre professeur, marié et père de famille. L’histoire dont il est témoin le fascine. L’atmosphère du roman est oppressant, à l’image de ce lieu, Noir-Etang, séparant la maison des deux professeurs.

Un passage parmi d’autres

 – Et vous ? Qu’avez-vous fait pendant mon absence ?

– Je suis restée ici. J’ai lu, la plupart du temps.

M. Reed prit une courte inspiration.

– Dites-moi, Elizabeth… vous arrive-t-il parfois de penser que vous vivez uniquement dans votre tête ?

Elle haussa les épaules.

– Serait-ce un si mauvais endroit ? répliqua-t-elle.

M. Reed sourit, l’air grave.

– Tout dépend de la tête de qui, je suppose.

– Oui, c’est sûr, dit Mlle Channing.

Il y eut un bref temps mort avant que M. Reed n’ajoute :

– Le bateau sera achevé pour l’été.

Mlle Channing, sans rien dire, porta sa tasse à ses lèvres en regardant M. Reed dans les yeux.

– Ensuite, reprit-il, il sera possible…

Il se tut, comme pour se rappeler à la prudence et ne pas parler sans réfléchir, mais poursuivit :

– … possible d’aller n’importe où, je suppose.

Mlle Channing plaça sa tasse sur ses genoux.

– Où aimeriez-vous aller, Leland ?

M. Reed la regardait attentivement.

– Dans les endroits où vous êtes déjà allée, je suppose.

Ils se regardèrent un bref instant en silence, mais avec une telle intensité et une telle attirance que la petite distance qui les séparait semblait plus qu’ils ne pouvaient supporter. Ce fut en cet instant que je mesurai pour la première fois la profondeur de ce qu’ils en étaient venus à éprouver l’un pour l’autre.

Au lieu-dit Noir-Etang… – Thomas H. Cook (Points Roman noir)

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Le chardonneret – Donna Tartt

16 dimanche Mar 2014

Posted by Aurélie in Romans étrangers

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Critique de livre, Donna Tartt, feux croisés, Le chardonneret, Plon, roman

Donna Tartt - Le chardonneretLes premières phrases

«  J’étais encore à Amsterdam lorsque j’ai rêvé de ma mère pour la première fois depuis des années. J’étais enfermé dans ma chambre d’hôtel depuis plus d’une semaine, craignant de téléphoner à quiconque ou même de sortir ; mon cœur s’emballait et s’agitait aux bruits les plus innocents : la sonnette de l’ascenseur, le cliquetis du chariot de minibar, jusqu’aux cloches des églises, la Westertoren, le Krijtberg, sonnant les heures, le liséré sombre de leurs résonances métalliques, incrusté d’une sinistre prophétie digne d’un conte de fées. Pendant la journée, je restais assis au pied du lit et me forçais à décrypter les informations en néerlandais à la télévision (effort voué à l’échec puisque je ne connaissais pas un traître mot de cette langue), et, quand j’abandonnais, je m’asseyais près de la fenêtre et fixais le canal, mon pardessus en poil de chameau jeté sur les épaules – j’avais quitté New York à la hâte et les vêtements que j’avais emportés n’étaient pas assez chauds, même à l’intérieur.

Au-dehors tout n’était qu’effervescentes réjouissances. C’était la période de Noël et des lumières clignotaient sur les ponts du canal le soir ; des damen et des herren aux joues rouges roulaient en ferraillant sur les pavés, leurs écharpes volant dans le vent glacial, des sapins arrimés sur le porte-bagages de leurs vélos. L’après-midi, un orchestre amateur jouait des chants de Noël qui flottaient, minuscules et fragiles, dans l’air hivernal.

Les plateaux chaotiques du service en chambre ; trop de cigarettes ; la vodka tiède du duty free. Durant ces journées agitées et confinées, j’en suis venu à connaître le moindre centimètre de la chambre, tout comme un prisonnier en vient à connaître sa cellule. »

Circonstances de lecture

J’ai eu très envie de me plonger dans ce pavé.

Impressions

Première lecture de cet auteur… et ce ne sera pas la dernière ! Dès les premières pages, j’ai été happée par l’écriture de Donna Tartt et par l’histoire de ce petit garçon sur lequel le sort s’acharne.

Théo voit sa vie basculer le jour où sa mère disparaît dans un événement tragique. Il se retrouve alors presque malgré lui en possession d’un tableau d’une valeur inestimable, « Le Chardonneret » du peintre Carel Fabritius. Incapable de s’en séparer malgré la peur de se faire arrêter, Théo voit sa vie irrémédiablement liée à celle du tableau. Certes, ce livre est long (près de 800 pages, oui !), mais croyez moi, on ne se lasse pas de ce pavé ! Une très belle histoire. Une très belle plume.

Un passage parmi d’autres

 Les événements auraient mieux tourné si elle était restée en vie. En fait, elle est morte quand j’étais enfant ; et bien que tout ce qui m’est arrivé depuis lors soit ma faute, à moi seul, toujours est-il que, lorsque je l’ai perdue, j’ai perdu tout repère qui aurait pu me conduire vers un endroit plus heureux, vers une vie moins solitaire ou plus agréable.

Sa mort est la ligne de démarcation entre avant et après. Et même si c’est triste à admettre après tant d’années, je n’ai jamais rencontré personne qui m’ait autant donné le sentiment d’être aimé. En sa présence, tout prenait vie ; elle projetait autour d’elle une lumière théâtrale enchantée, si bien qu’à travers ses yeux le monde se parait de couleurs éclatantes – je me souviens, quelques semaines avant sa mort, d’un dîner tardif avec elle dans un restaurant italien de Greenwich Village, et comment elle avait agrippé ma manche alors qu’elle contemplait le spectacle presque douloureusement beau d’un gâteau d’anniversaire hérissé de bougies traversant la salle et dont les flammes tremblotantes formaient un cercle lumineux, flottant sur le plafond sombre, puis le gâteau resplendissant avait été déposé au milieu du cercle de famille et le visage d’une vieille dame était devenu béat tandis que des sourires jaillissaient tout autour d’elle et que les serveurs reculaient, les mains dans le dos – un repas d’anniversaire ordinaire comme on peut en voir dans n’importe quel restaurant familial de Manhattan, et je suis sûr que je ne m’en souviendrais même pas si elle n’était pas décédée si peu de temps après, ce qui fait que j’y ai repensé encore et encore après sa mort, et que j’y repenserai sans doute toute ma vie : ce cercle éclairé par les bougies, tableau vivant du bonheur quotidien et ordinaire qui s’est envolé quand je l’ai perdue.

Le chardonneret – Donna Tartt – 2013 (Plon – feux croisés)

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Le monde de Charlie – Stephen Chbosky

08 samedi Fév 2014

Posted by Aurélie in Romans étrangers

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Critique de livre, Editions Sarbacane, Le monde de Charlie, Pas raccord, roman, Stephen Chbosky

Stephen Chbosky - Le monde de CharlieLes premières phrases

«  Si c’est à toi que j’écris, c’est à cause de cette fille, qui a dit que tu savais écouter et comprendre, et aussi que t’avais pas essayé de coucher avec quelqu’un pendant la fête (alors que t’aurais très bien pu). Cherche pas à savoir qui c’est, la fille, sinon tu pourrais deviner qui je suis et j’en ai franchement pas envie. Je ne veux pas que tu me retrouves, c’est pour ça que j’ai décidé de pas donner leur vrai nom aux gens. C’est aussi pour ça que j’écrirai pas mon adresse au dos de l’enveloppe. Surtout, n’y vois rien de mal.

J’ai juste besoin de savoir que quelqu’un m’écoute et me comprend, une personne qu’essaye pas de coucher (alors que t’aurais très bien pu). J’ai besoin de savoir que ça existe, les gens comme toi.

Je me dis que toi, au moins, tu comprendras ; que toi, tu sais ce que vivre veut dire. En tout cas, j’espère que c’est vrai, vu que les autres comptent sur toi, question courage et amitié (c’est ce que j’ai entendu dire). C’est pas plus compliqué que ça.

Bref, voilà ma vie. Il faut d’abord que tu saches que je suis à la fois triste et heureux, et que j’ai toujours pas compris comment ça se fait. « 

Circonstances de lecture

J’ai acheté ce livre après avoir vu son adaptation au cinéma. Un très beau film réalisé par l’auteur lui-même.

Impressions

L’adolescence, c’est un passage obligé qui n’a rien de facile. Encore moins pour Charlie, ado à part qui vient de perdre son meilleur ami et qui se retrouve seul à affronter sa rentrée au lycée. Pas vraiment sociable, Charlie vit dans son monde. Son professeur de littérature le remarque et le prend sous son aile. Tout comme Sam et Patrick, deux étudiants de dernière année qui lui font découvrir la joie de faire enfin partie d’un groupe et d’être accepté pour ce qu’il est.

Un très joli roman plein de sensibilité. Stephen Chbosky y parle à merveille de l’adolescence, mais aussi de la différence. A lire et à voir !

Un passage parmi d’autres

 Ce soir-là, Sam et Patrick m’ont emmené à la fête en voiture, et j’étais assis entre eux dans le pick-up de Sam. (Elle adore son pick-up, je crois que ça lui rappelle son père.) Quand Sam a dit à Patrick de chercher une station de radio, c’est là que je l’ai eue, cette sensation. Patrick arrêtait pas de tomber sur des pubs. Et encore des pubs. Et une chanson super nulle qui disait sans arrêt « baby ». Et encore des pubs. Et puis, il a fini par tomber sur une chanson fantastique qui parlait d’un garçon, et on n’a plus rien dit.

Sam battait la mesure sur le volant. Patrick avait sorti sa main par la fenêtre et la faisait onduler. Et moi, j’étais juste assis entre eux. A la fin de la chanson, j’ai dit quelque chose :

– Je me sens éternel.

Et Sam et Patrick m’ont regardé comme si j’avais dit le truc le plus génial qu’ils avaient jamais entendu. Parce que la chanson était trop super et qu’on l’avait vraiment bien écoutée. On venait de vivre à fond ces cinq minutes, et on se sentait jeunes, dans le bon sens du terme. J’ai acheté le disque depuis, et je pourrais te donner son titre, mais très franchement, c’est pas pareil de l’écouter comme ça, sauf si on est en route pour sa première vraie fête, assis dans un pick-up entre deux personnes sympas et qu’il se met à pleuvoir.

On est arrivés chez le copain, et Patrick a frappé son fameux « coup secret » sur la porte. (Sans le son, c’est difficile à décrire.) La porte s’est entrouverte, un type aux cheveux crépus a passé la tête.

– Patrick alias Patty alias rien du tout ?

– Bob.

La porte s’est ouverte en grand et Bob a serré son vieux copain Patrick dans ses bras. Ensuite, Bob et Sam ont fait pareil. Et puis, Sam a parlé :

– Voici notre ami Charlie.

Le monde de Charlie – Stephen Chbosky – 2008 (Éditions Sarbacane)

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Mon épouse américaine – Ruth Ozeki

08 mercredi Jan 2014

Posted by Aurélie in Romans étrangers

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Critique de livre, Mon épouse américaine, Pocket, roman, Ruth Ozeki

Les premières phrasesRuth Ozeki - Mon épouse américaine

«  L’Épouse américaine est assise sur le sol devant la cheminée. La lumière vacillante des bûches électriques se reflète sur la peau luisante de sueur de son large visage pâle. Les jambes repliées sous elle, les lèvres serrées, les doigts de pied jouant nerveusement avec les longues mèches du tapis tout neuf, appuyée sur un bras, elle reste parfaitement immobile. Son mari lui fait face, la bouche crispée, à quelques centimètres de son visage. Ils attendent.

– Takagi !

– Hai !

– Chotto… Peux-tu demander à l’épouse de ne pas fixer son mari comme ça ! Son regard me donne la chair de poule… Ce n’est pas romantique du tout.

– Hai… Excusez-moi, madame Flowers…?

Sans tourner la tête, L’Épouse américaine me jette un regard en biais.

– Le metteur en scène, M. Oda, se demandait si vous pouviez fermer les yeux quand votre mari se penche pour vous embrasser ?

– D’accord, marmonne Suzie Flowers.

Ses mâchoires restent fixes, mais elle ne peut s’empêcher d’acquiescer légèrement de la tête.

Le cameraman, l’œil vissé à la caméra, gronde d’exaspération.

– Tagaki, dis-lui de ne pas BOUGER ! lance-t-il.

– Je suis désolée, madame Flowers, mais je dois vous prier une fois de plus de ne pas bouger la tête…

– Muri desu yo, dit le cameraman à Oda. C’est impossible. On ne peut pas s’approcher plus que ça. Sa peau est marbrée et elle brille. Elle est immonde.

– Tagaki !

– Hai !

– Demande-lui si elle a un fond de teint qui pourrait couvrir son horrible peau !

– Euh… Madame Flowers ? M. Oda voudrait savoir si vous avez du fond de teint quelque part ? Nous avons un petit problème avec la caméra… C’est juste pour le gros plan. »

Circonstances de lecture

J’avais adoré le dernier livre de Ruth Ozeki, « En même temps, toute la terre et tout le ciel« . J’ai réussi à dénicher ce précédent roman en occasion (il n’est malheureusement plus disponible en librairie).

Impressions

« Mon épouse américaine », c’est à la fois le titre du livre de Ruth Ozeki, mais aussi le titre des documentaires que tourne l’une des héroïnes de ce roman, Jane Takagi-Little. Une femme entre deux cultures (sa mère est japonaise, son père américain), et entre deux professions (le journalisme et la communication). Chargée de réaliser des documentaires aux USA pour donner aux femmes japonaises l’envie de cuisiner de la viande à leur famille, Jane est rapidement confrontée aux exigences de son sponsor (une marque américaine de viande), et aux process industriels aberrants de l’industrie bovine. En parallèle, on assiste à l’impact de ces documentaires sur la vie d’une jeune femme japonaise, Akiko.

Ce livre à la fois drôle et troublant nous fait sillonner les routes américaines. Avec à la clé une réflexion sur l’industrie bovine, les hormones, le choc des cultures, l’écologie… mais aussi l’amour et le désir de devenir mère. Attention : vous ne regarderez plus la viande de la même façon après cette lecture !

Un passage parmi d’autres

 « Le message, c’est la viande. Chaque épisode hebdomadaire d’une demi-heure de « Mon Épouse américaine ! » doit culminer dans la célébration d’une pièce de viande précise, magnifiée, mise en scène pour apparaître dans toute sa splendeur. C’est la viande (et non la femme) qui est la vedette de ce programme ! Bien sûr, « la Femme de la Semaine » est importante, elle aussi. Elle doit être séduisante, appétissante et très américaine. Elle est la viande faite femme : ample, robuste, mais tendre et facile à digérer. A travers elle, les femmes japonaises doivent percevoir les notions de chaleur, de convivialité et de confort qui sous-tendent les valeurs traditionnelles de l’Amérique rurale, symbolisées par la viande rouge. »

Je m’arrêtai et me relus avec une certaine satisfaction. C’était la note d’intention du nouveau programme de Kato, une traduction plus ou moins fidèle du texte japonais qu’il m’avait dicté au téléphone. C’était peut-être un peu excessif, mais cela me plaisait. Cela ferait l’affaire. Je le faxai à Tokyo et allai m’écrouler dans mon lit. Alors que je réfléchissais à ce nouveau projet en frissonnant, pelotonnée sous mes couvertures, je n’aurais jamais imaginé que ce petit texte allait se révéler très lucratif et qu’il allait inaugurer une nouvelle ère, qui durerait plus d’une année et pendant laquelle je travaillerais et mangerais de la viande.

L’année des viandes. Elle a changé ma vie. Vous savez quand quelque chose fait basculer votre vie et qu’ensuite, plus rien n’est pareil ?

Mon épouse américaine – Ruth Ozeki – 1999 (Pocket)

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