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Archives de Catégorie: Romans français

La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert – Joël Dicker

11 dimanche Nov 2012

Posted by Aurélie in Romans français

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Critique de livre, Editions de Fallois, Joël Dicker, L'Age d'Homme, La Vérité sur l'Affaire Harry Quebert, roman, Thriller

Les premières phrases

«  – Centrale de la police, quelle est votre urgence?

– Allô ? Mon nom est Deborah Cooper, j’habite à Side Creek Lane. Je crois que je viens de voir une jeune fille poursuivie par un homme dans la forêt.

– Que s’est-il passé exactement ?

– Je ne sais pas ! J’étais à la fenêtre, je regardais en direction des bois et là, j’ai vu cette jeune fille qui courait entre les arbres… Il y avait un homme derrière elle… Je crois qu’elle essayait de lui échapper.

– Où sont-ils à présent ?

– Je… Je ne les vois plus. Ils sont dans la forêt.

– Je vous envoie immédiatement une patrouille, Madame.

C’est par cet appel que débuta le fait divers qui secoua la ville d’Aurora, dans le New Hampshire. Ce jour-là, Nola Kellergan, quinze ans, une jeune fille de la région, disparut. On ne retrouva plus jamais sa trace. « 

Circonstances de lecture

Acheté après avoir regardé La Grande Librairie, où Joël Dicker était invité.

Impressions

Un livre haletant tout au long de ses plus de 660 pages pleines de suspens. Difficile de le classer. C’est à la fois une enquête policière, une histoire d’amitié, une histoire d’amour, une critique de la société américaine et du milieu littéraire. Mais aussi un roman sur l’écriture et la façon dont on devient écrivain. Un livre qui en contient plusieurs aussi… Mon gros coup de cœur de la rentrée ! Et le meilleur de cette année 2012.

Un passage parmi d’autres

 – Vous souvenez-vous de notre conversation, le jour où vous avez obtenu votre diplôme à Burrows ?

– Oui, nous avons fait une longue marche ensemble à travers le campus. Nous sommes allés jusqu’à la salle de boxe. Vous m’avez demandé ce que je comptais faire à présent, j’ai répondu que j’allais écrire un livre. Et là, vous m’avez demandé pourquoi j’écrivais. Je vous ai répondu que j’écrivais parce que j’aimais ça et vous m’avez répondu…

– Oui, que vous ai-je répondu ?

– Que la vie n’avait que peu de sens. Et qu’écrire donnait du sens à la vie.

– C’est cela, Marcus. Et c’est l’erreur que vous avez commise il y a quelques mois, lorsque Barnaski vous a réclamé un nouveau manuscrit. Vous vous êtes mis à écrire parce que vous deviez écrire un livre et non pas pour donner du sens à votre vie. Faire pour faire n’a jamais eu de sens : il n’y avait donc rien d’étonnant à ce que vous ayez été incapable d’écrire la moindre ligne. Le don de l’écriture est un don non pas parce que vous écrivez correctement, mais parce que vous pouvez donner du sens à votre vie. Tous les jours, des gens naissent, d’autres meurent. Tous les jours, des cohortes de travailleurs anonymes vont et viennent dans de grands buildings gris. Et puis il y a les écrivains. Les écrivains vivent la vie plus intensément que les autres, je crois. N’écrivez pas au nom de notre amitié, Marcus. Ecrivez parce que c’est le seul moyen pour vous de faire de cette minuscule chose insignifiante qu’on appelle « vie » une expérience valable et gratifiante.

Je le fixai longuement. J’avais l’impression d’assister à la dernière leçon du Maître. C’était une sensation insupportable.

La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert – Joël Dicker – septembre 2012 (Editions de Fallois / L’Age d’Homme)

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Joyeux Noël – Alexandre Jardin

31 mercredi Oct 2012

Posted by Aurélie in Romans français

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Alexandre Jardin, Critique de livre, Grasset, Joyeux Noël, roman

Les premières phrases

«  Avant de m’élancer dans le toboggan de ce roman qui va couvrir sept années de rebonds, laissez-moi vous présenter ses protagonistes. Sans rien dissimuler de l’étrange liberté de leurs mœurs. Par souci d’honnêteté, j’écaillerai peu à peu leur vernis de cohérence au fil des chapitres. Les personnages ne sont plausibles qu’au cinéma, pour être acceptables aux yeux du public – rarement dans leur vie de famille, cette forme théâtrale du délire.

Libre à vous de sauter cet apéritif et de commencer au chapitre suivant (ou page 45 si vous êtes de ces amants gloutons qui ont horreur des préliminaires) ; mais il me semble préférable de savoir avec qui l’on dîne avant de passer à table. Surtout lorsqu’on s’apprête à trinquer avec les équipes de l’improbable, du culot et du dérèglement. »

Circonstances de lecture

Acheté dès sa parution, parce que c’est un livre d’Alexandre Jardin ! Tout simplement !

Impressions

J’adore le style d’Alexandre Jardin. Son écriture et son humour donnent immédiatement la pêche. Ici, la fiction et la réalité se mélange pour le plus grand bonheur du lecteur. Alexandre Jardin rencontre un jour de dédicaces une jeune femme pour le moins surprenante : elle dit la vérité sans se préoccuper des convenances. Commence alors la découverte de sa famille, un clan improbable de bretons aux mœurs douteuses et aux secrets de famille plus ou moins bien cachés… jusqu’au jour où Norma les a poussés à adhérer à sa philosophie : vivre « sans angle mort ». Dire toute la vérité sur les « angles morts » de chacun, est-ce le chemin vers le bonheur ? Une idée qui se médite. Et qu’Alexandre Jardin semble avoir, pour sa part, adopté.

Un passage parmi d’autres

 Sur les tombes de granit noir et de marbre, nombre d’épitaphes avaient été rectifiées ou plutôt complétées au feutre, à la craie ou avec de la peinture. Une affolante pulsion de vérité semblait avoir saisi les familles de l’île. L’indicible partout écrit, affiché. Le marbre hurlait. Dalle après dalle, on pouvait lire à ciel ouvert l’envers des vérités officielles : catalogue des secrets de famille. C’était à qui avait violé, menti à ses enfants, escroqué un frère, dissimulé une adoption, trahi les intérêts de l’île ou sa moitié. Que portait dans ses flancs une telle profanation de la mémoire ? De quelles dislocations était-elle grosse ? J’étais assailli de questionnements. Le chevillage des clans n’a-t-il pas besoin d’un minimum de mensonges fédérateurs ? Peut-on vivre durablement sans légendes agglutinantes ? Sur ce confetti de France, il semblait que oui. J’étais d’autant plus troublé que, gamin, cerné de légendes jardinesques, j’avais renoncé à croire que la vérité officielle des êtres et la réalité puissent coïncider. Soudain, la vérité et la réalité semblaient se superposer. Ce spectacle d’une communauté s’efforçant de vivre les yeux ouverts était à la fois angoissant et jubilatoire ! Ma tête bouillait. Norma me sourit dans la pluie. Je commençai à saisir pourquoi elle m’avait entraîné dans ces parages. Mon rêve d’une existence sans déni avait peut-être trouvé son lopin.

Joyeux Noël – Alexandre Jardin – octobre 2012 (Grasset)

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Gallica – Henri Loevenbruck

15 samedi Sep 2012

Posted by Aurélie in Fantasy, Romans français

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Critique de livre, Fantasy, Gallica, Henri Loevenbruck, La Moïra, Livres

Les premières phrases

«  La mémoire de la terre est étrangère à celle des hommes. On croit tout connaître de l’histoire et du monde, mais il est des âges anciens où vivaient encore mille merveilles aujourd’hui disparues. Seuls les arbres se souviennent, et le ciel et le vent… Ainsi peut-on lire encore aujourd’hui, gravée dans la pierre, l’histoire de Bohem et des Brumes, sur une terre de légende qu’on appelait Gallica.

C’est pendant la nuit de la Saint-Jean de l’an 1150 que, selon la légende, commença cette histoire, dans le castrum de Villiers-Passant.

C’était un petit bourg fortifié au sud du comté de Tolsanne, à quelques lieues de la mer et de Nabomar, la cité des hérétiques. On y menait une vie paisible dans la beauté imperturbable des collines méridionales. La plupart des habitants étaient, depuis la nuit des temps, agriculteurs, petits négociants ou, bien sûr, vignerons. Le seigneur qui occupait le château, Maugard de Villiers, était un homme discret, que l’on voyait rarement. Il se contentait de percevoir un péage de la part des étrangers qui devaient traverser le castrum, lieu de passage incontournable quand on remontait de Nabomar. Mais la véritable autorité, dans les remparts du village, était entre les mains du prêtre, protégé de l’archevêque de Tolsanne.

Juin allait bientôt s’éteindre, et, comme chaque année, le père Grimaud avait demandé au louvetier de chasser une Brume afin qu’elle fût sacrifiée le soir sur le bûcher de Villiers-Passant.

En effet, l’Eglise s’accommodait mal de ces animaux de légende. Ces créatures merveilleuses venues d’un âge plus ancien. Chimères, vouivres, bayards, tarannes, loups, piternes, licorne… De moins en moins nombreuses, elles dérangeaient toutefois encore par l’affront qu’elles faisaient à la foi chrétienne, par leur simple présence. Par la vérité de leur existence. Car elles n’étaient pas des créatures de Dieu ; elles étaient les survivantes d’un mythe que l’Eglise préférait oublier. Alors, on les appelait « créatures du démon » et on les chassait à travers le pays. Le roi, soucieux de satisfaire les papes successifs, payait même des hommes pour se charger de cette triste besogne. C’étaient les louvetiers. »

Circonstances de lecture

Lu quelques années après la trilogie de La Moïra du même auteur. Même si les deux trilogies peuvent être lues indépendamment, il est préférable d’avoir lu La Moïra avant Gallica.

Impressions

Les deux premiers tomes se lisent avec plaisir, le dernier s’essouffle cependant un peu. Malgré tout, je recommande Gallica. Notamment pour les thèmes abordés : l’intolérance religieuse, la lutte pour le pouvoir, la peur de l’inconnu, la préservation des loups et de la nature.

Bohem, fils de louvetier, sauve un loup du bûcher. Sa vie s’en voit radicalement bouleversé. Traqué, il s’enfuit de son village et se découvre un destin peu commun, en lien avec les Brumes. Une belle histoire.

Un passage parmi d’autres

 Je suis seul. Le temps s’est arrêté. Autour de moi, une vaste plaine et un beau ciel azuré. Les nuages sont figés. Le vent ne souffle plus. Je ne vois pas mes mains. Je ne vois pas mon corps.

Derrière moi. Une présence. Je me retourne. Lentement. Et je le vois. Le loup. Le loup gris. Je reconnais son pelage. Je crois même que je reconnais ses yeux.

Il est magnifique. Debout sur un rocher. Penché vers moi comme s’il voulait lire dans mon âme. Quelque chose est gravé sur le rocher. Sous ses pattes. Deux phrases. Je ne peux pas les lire. Je ne sais pas.

Le loup se retourne. Je comprends tout de suite. Il veut que je le suive. Il avance. Je flotte. Je traverse l’espace, peut-être le temps. Je ne sais à quelle vitesse nous avançons. Et je parviens à suivre le loup. Mon loup. Sans réfléchir. Comme si je connaissais déjà son chemin. Il est mon guide. Je n’ai qu’à suivre la voie que m’ouvre la Brume.

Soudain elle disparaît. Le monde autour de moi s’éteint et se rallume, plusieurs fois, comme si je clignais lentement des yeux. Il n’y a toujours pas un bruit. A peine le battement de mon cœur. Bat-il vraiment ?

Je suis devant une forêt. Le long tapis d’herbe s’arrête à quelques pas, au pied d’un mur d’arbres touffus. J’attends. Je sais que je ne suis pas là par hasard. C’est mon loup qui m’a guidé. Et il sait où je dois me rendre.

Une silhouette se dessine à la lisière de la forêt. Une figure qui apparaît à l’orée du bois. Un homme. De petite taille. Haut comme un enfant. Fort. Il sort de l’ombre des arbres. Je le distingue mieux à présent. Il a une longue barbe blanche qui descend sur son ventre rond. Sur son dos, il porte un instrument que je ne connais pas. Il est vêtu d’une cotte de maille et d’une armure de cuir. A sa taille, il porte une courte et splendide épée. Et sur sa tête, un chapeau marron orné d’une longue plume d’oie blanche.

Il s’avance. Il sourit. On dirait qu’il me reconnaît. Mais je ne l’ai jamais vu, moi. Pourtant, j’ai l’impression de le connaître aussi. De l’avoir toujours connu. Comme un frère.

Il parle mais je ne l’entends pas. Je vois ses lèvres qui bougent, mais aucun son n’en sort. Il est tout près maintenant. Il tend son bras vers moi, le poing fermé. Il serre quelque chose dans le creux de sa main. Quelque chose qu’il veut me donner.

Lentement, il tourne sa main vers moi.

Et il ouvre les doigts.

Gallica – Henri Loevenbruck – 2008 (Editions Bragelonne)

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Les Lisières – Olivier Adam

11 mardi Sep 2012

Posted by Aurélie in Romans français

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Critique de livre, Flammarion, Les Lisières, Olivier Adam, rentrée littéraire

Les premières phrases

«  Je me suis garé sur le trottoir d’en face. J’ai jeté un œil dans le rétroviseur. Sur la banquette arrière, Manon rassemblait ses affaires, le visage caché derrière un long rideau de cheveux noirs. A ses côtés, Clément s’extirpait lentement du sommeil. Six mois n’avaient pas suffi à m’habituer à ça. Cette vie en pointillés. Ces week-ends volés une semaine sur deux. Ces dimanches soir. Ces douze jours à attendre avant de les revoir. Douze jours d’un vide que le téléphone et les messages électroniques ne parvenaient pas à combler. Comment était-ce seulement possible ? Comment avions-nous pu en arriver là ? J’ai tendu ma main vers ma fille et elle l’a serrée avant d’y poser un baiser.

– Ca va aller, papa ?

J’ai haussé les épaules, esquissé un de ces sourires qui ne trompaient personne. Elle est sortie de la voiture, suivie de son frère. J’ai attrapé leurs sacs à dos dans le coffre et je les ai suivis. De l’autre côté de la rue, la maison de Sarah n’était plus la mienne. Pourtant rien ou presque n’y avait changé. Je n’avais emporté que mes vêtements, mon ordinateur et quelques livres. Chaque dimanche, quand je ramenais les enfants, il me semblait absurde de repartir, je ne comprenais pas que ma vie puisse ne plus s’y dérouler. J’avais le sentiment d’avoir été expulsé de moi-même. Depuis six mois je n’étais plus qu’un fantôme, une écorce molle, une enveloppe vide. Et quelque chose s’acharnait à me dire qu’une part de moi continuait à vivre normalement dans cette maison, sans que j’en sache rien. »

Circonstances de lecture

Premier livre de la rentrée littéraire que je lis. Émotions garanties.

Impressions

C’est un livre encore une fois plein d’émotions que nous livre Olivier Adam. Son narrateur, Paul Steiner (son double romancé ?), lutte pour reprendre sa vie en main. Après son divorce, la dépression revient le hanter, tout comme la douleur d’être séparé de ses enfants. Quand sa mère est hospitalisée, il revient en banlieue parisienne (région qu’il a fuie pour la Bretagne) afin de s’occuper de son père. Il y découvre un secret de famille soigneusement caché…

Ce livre met le doigt là où ça fait mal : le divorce et ses conséquences sur les enfants, les relations familiales souvent difficiles, la vie en banlieue, les classes moyennes, le sentiment de n’être à sa place nulle part… Tout en revenant sur des faits d’actualité de l’année passée : la montée du FN, la campagne électorale, la crise, le tsunami au Japon, Fukushima… Un très beau livre sur notre époque et ses contradictions, sans concession, superbement écrit.

Un passage parmi d’autres

 J’ai claqué la porte et dévalé les escaliers, au sens premier du terme, le bois glissait et je me suis retrouvé sur le cul, endolori, mais à bon port. J’ai marché jusqu’à République. Les rues grouillaient de monde. Que pouvaient bien foutre tous ces gens un jeudi soir à quatre heures du matin dans les rues du dixième arrondissement de Paris, je n’en savais plus rien, j’avais quitté cette ville depuis trop longtemps maintenant, et quitter cette ville c’était quitter la nuit. Paris était à mes yeux une ville fondamentalement nocturne et il me revenait combien l’hiver, quand nous y vivions, Sarah et moi attendions la nuit avec impatience, qui heureusement tombait à dix-sept heures, gommant la lumière grise et laide, repeinte tout à coup d’éclairage municipal et de vitrines allumées, soudain tout brillait, tout luisait, tout sortait neuf et clinquant d’une gangue terne et poussiéreuse. En nous établissant en Bretagne, il nous avait fallu vivre en sens inverse, le matin il nous arrivait de nous lever avant le jour, et nous guettions les lumières roses qui nimbaient la pointe fermant la baie. Parfois à l’aube nous prenions la voiture et roulions vers le soleil levant, le jour pointait sur la presqu’île, les bruyères, les genêts, les arméries, les dunes piquées d’oyats, les falaises couvertes de fougères, et nous ne voulions pas en perdre une miette. La nuit engloutissait tout ça sous un voile de satin noir, d’anthracite et d’acier mat et la ville s’endormait silencieuse et saoulée de vent.

Les Lisières – Olivier Adam – 2012 (Editions Flammarion)

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L’Evangile de Jimmy – Didier van Cauwelaert

21 jeudi Juin 2012

Posted by Aurélie in Romans français

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Albin Michel, Critique de livre, Didier van Cauwelaert, L'Evangile de Jimmy, Livre, roman

Les premières phrases

«  Quand on se prend pour Dieu, on ne peut pas douter de soi. L’œil grave et le sourire avalé, ils se dévisagent comme devant un miroir. S’ils n’étaient pas, actuellement, les deux hommes les plus célèbres sur Terre, il serait difficile de dire dans quel camp est la victoire. D’ailleurs, sur le plan des chiffres, on ne le sait toujours pas, même si  politiquement il a bien fallu, à un moment donné, arrêter les opérations de recomptage. A quelques milliers de voix près, on n’allait pas laisser plus longtemps le pays sans Président.

L’élu tend le bras machinalement, comme pour ouvrir une porte. Après les cinq secondes protocolaires, il interrompt la poignée de main. Son prédécesseur lui a remis les codes nucléaires, l’état des lieux, quelques secrets défense gérés directement par la Présidence, qui désormais s’empilent sur la table d’acajou : il peut aller se faire oublier.

L’ancien locataire de la Maison-Blanche referme sa serviette en cuir, avec une expression narquoise que George W.Bush trouve aussitôt parfaitement déplacée. Bill Clinton promène un dernier regard autour de lui, pivote en direction de la porte. Il fait trois pas, se retourne et, tout en rouvrant sa serviette, lance d’un ton soigneusement neutre :

– Ah oui, au fait, nous avons cloné le Christ.

Il sort un dossier vert, le dépose au sommet de la pile, et s’en va.  « 

Circonstances de lecture

Après la lecture de son dernier roman, Le Journal intime d’un arbre, j’ai eu très envie de replonger dans les anciens livres de Didier van Cauwelaert. Une très bonne plume.

Impressions

Jimmy est un Américain tout ce qu’il y a de plus moyen. Réparateur de piscines dans le Connecticut, il tente d’oublier un chagrin d’amour dans la bière et les chips. Jusqu’au jour où une prise de sang le fait repérer par la Maison-Blanche… Trois agents lui apprennent alors de but en blanc qu’il est le clone du Christ ! Une histoire pleine de rebondissements, qui décrit parfaitement les manipulations des dirigeants politiques comme des religieux.

Un passage parmi d’autres

 Planté devant mon lit au milieu des miroirs, je me regarde multiplié par trois. Comment croire l’impossible ? Mais comment rejeter l’évidence, lutter contre cinquante pages de preuves scientifiques ? Je suis allé refaire une prise de sang, et c’est le même résultat. Même groupe AB, même empreinte génétique. C’est bien moi, le fils du linge, le clone du crucifié : on ne se trompe pas deux fois dans l’attribution d’une analyse. Et la probabilité pour que des étrangers aient le même ADN, ils disent qu’elle est de 0,09 sur cent. La marge d’erreur légale pour les assurances.

Je prends ma respiration, j’ouvre les bras, je lance à mes reflets : « Je suis celui qui est », pour voir si quelque chose se passe. Et je suis toujours le même, avec l’air con en prime.

L’Evangile de Jimmy – Didier van Cauwelaert – 2004 (Editions Albin Michel)

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La liste de mes envies – Grégoire Delacourt

17 mardi Avr 2012

Posted by Aurélie in Romans français

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Critique de livre, euro millions, Grégoire Delacourt, JC Lattès, La liste de mes envies, loveinbooks

Les premières phrases

«  On se ment toujours. 

Je sais bien, par exemple, que je ne suis pas jolie. Je n’ai pas des yeux bleus dans lesquels les hommes se contemplent ; dans lesquels ils ont envie de se noyer pour qu’on plonge les sauver. Je n’ai pas la taille mannequin ; je suis du genre pulpeuse, enrobée même. Du genre qui occupe une place et demie. J’ai un corps dont les bras d’un homme de taille moyenne ne peuvent pas tout à fait faire le tour. Je n’ai pas la grâce de celles à qui l’on murmure de longues phrases, avec des soupirs en guise de ponctuation ; non. J’appelle plutôt la phrase courte. La formule brutale. L’os du désir, sans la couenne ; sans le gras confortable.

Je sais tout ça. « 

Circonstances de lecture

Lu en deux jours à peine. Un livre qui se lit trop vite.

Impressions

L’histoire est toute simple : Jocelyne remporte la cagnotte de l’Euro Millions… Mais voilà, l’argent fait-il le bonheur ? Doit-elle encaisser ce chèque inespéré, elle qui est, malgré tout, satisfaite de sa petite vie de mercière ? Un roman émouvant, qui parle aussi bien du couple, que de la perte d’êtres chers, ou encore du bonheur. Attention cependant aux critiques et publicités vendant ce livre comme un livre qui rend heureux ! Je ne suis vraiment pas d’accord ! Ce livre émeut avant tout, loin de tout optimisme.

Un passage parmi d’autres

 La dernière fois où nous la vîmes, c’était à Noël dernier.

Quand son père lui a demandé ce qu’elle faisait, elle a sorti une petite caméra de son sac et l’a branchée sur le Radiola. Nadine n’aime pas les mots. Elle parle très peu depuis qu’elle parle. Elle ne m’a jamais dit maman j’ai faim, par exemple. Elle se levait et prenait alors quelque chose à manger. Jamais dit : fais-moi réciter mon poème, ma leçon, mes tables de multiplication. Elle gardait les mots en elle, comme s’ils étaient rares. Nous conjuguions le silence elle et moi : regards, gestes, soupirs en lieu et place de sujets, verbes, compléments.

Sur l’écran sont apparues des images en noir et blanc de trains, de rails, d’aiguillages ; au début, c’était très lent, puis tout s’est accéléré lentement, les images se sont superposées, le rythme devenait envoûtant, fascinant ; Jo s’est levé, a été prendre une bière sans alcool dans le frigo ; je ne pouvais pas détacher mes yeux de l’écran, ma main a pris celle de ma fille, sujet, des ondes ont parcouru mon corps, verbe, Nadine a souri, complément. Jo bâillait. Je pleurais.

Quand le film a été fini, Jo a dit qu’en couleurs, avec du son et sur un écran plat, ça serait pas mal ton film fillette, et moi je lui ai dit merci, merci Nadine, je ne sais pas ce que tu as voulu dire avec ton film, mais j’ai réellement ressenti quelque chose. Elle a débranché la petite caméra du Radiola et elle a chuchoté en me regardant : j’ai écrit le Boléro de Ravel en images maman, pour que les sourds puissent l’entendre.

La liste de mes envies – Grégoire Delacourt – 2012 (Editions Jean-Claude Lattès)

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Le Journal intime d’un arbre – Didier van Cauwelaert

27 lundi Fév 2012

Posted by Aurélie in Romans français

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Critique de livre, Didier van Cauwelaert, Le Journal intime d'un arbre, Michel Lafon, poirier

Les premières phrases

«  Je suis tombé au lever du jour. Transmise par la lumière sur mes racines et le contact de mes branches avec la terre, l’information m’a été confirmée par le facteur. Je me suis vu gisant dans ses yeux, en travers de l’allée. Sa première pensée a été pour le docteur Lannes. « Le pauvre, quand il rentrera… »

La tristesse que j’allais causer à mon propriétaire s’est mêlée à tous les signaux de détresse que je percevais autour de moi. Insectes, oiseaux, champignons, tous avaient perdu mon repère. Je m’accrochais à l’espoir qu’on allait peut-être me sauver, comme le catalpa derrière le garage qui s’était couché lors de la tempête de 1999. On l’avait redressé avec un treuil, et depuis il survivait de son mieux, maintenu par trois câbles ornés de chiffons.

Mais, à travers les yeux du facteur, j’ai bien vu que mes branches charpentières s’étaient brisées dans la chute. Déraciné, décapité, j’avais en tout cas épargné mes congénères, les voisins, les toitures et la tonnelle où courait la glycine. Je ne laisserais pas de mauvais souvenirs.

On m’appelait Tristan, j’avais un peu moins de trois cents ans, j’étais l’un des deux poiriers du docteur Lannes. Il m’avait fait inscrire sur la liste d’attente des Arbres remarquables de France, et avait obtenu ma grâce au tribunal quand les voisins m’avaient poursuivi pour vieillesse dangereuse. J’étais son bien le plus cher, son devoir de mémoire, sa victoire sur le temps. A son âge, ma mort allait probablement le tuer…

J’ignore si nos liens se renoueront. Y a-t-il un au-delà commun pour les hommes et les arbres? « 

Circonstances de lecture

Lu en quelques jours. Un très bon livre.

Impressions

Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu un livre de Didier van Cauwelaert. Le Journal intime d’un arbre m’a redonné envie de redécouvrir cet auteur. Mêlant humour et émotions, ce livre parvient à nous faire croire que les arbres pensent. Et qui sait ? Peut-être est-ce vrai ? Tristan, ce poirier qui a traversé plus de 300 ans d’histoire, nous montre l’espèce humaine à travers son regard ancestral. Sa chute n’est que le commencement d’une très belle aventure. Surtout, il nous fait réfléchir à la responsabilité des hommes envers la nature. A lire de toute urgence !

Un passage parmi d’autres

 Le docteur Lannes s’affaiblissait depuis quelques années, lui aussi, je le sentais bien. Mais lequel de nous deux déteignait sur l’autre ? Quand il s’accrochait à moi pour se recharger, je lui prenais autant d’énergie qu’il m’en demandait : c’est le principe des échanges entre nos espèces, mais vient toujours un moment où l’être humain ne tient plus la charge. J’en ai fait si souvent l’expérience. Cette fois, c’est moi qui me suis épuisé à vouloir le sauver, peut-être. Quand il s’appuyait contre moi, je sentais la flambée de ses cellules. La même exubérance désordonnée qui nous amène à fleurir dix fois plus à l’approche de notre mort, pour augmenter les chances de nous reproduire. Le cancer des fleurs. Mais son organisme à lui se battait sans le savoir ; on ne lui avait décelé qu’une faiblesse cardiaque, et j’étais le seul à percevoir le dérèglement que j’essayais de ralentir, à son contact, en stimulant ce qu’il appelle ses anticorps. Depuis qu’un botaniste anglais m’a révélé mon pouvoir, je m’en sers en connaissance de cause. Tout en sachant bien qu’il ne s’agit, comme dirait le docteur Lannes, que de soins palliatifs.

J’ai aimé sa manière de vieillir. Quand il s’approchait de moi, toujours vêtu dans les tons gris, vert sombre ou feuille morte, sa haute stature inclinée de côté, ridé en craquelures comme mon écorce, j’avais l’impression de me regarder marcher. Jamais quelqu’un ne s’était senti aussi lié à moi. Sans doute parce que je conservais dans mon tronc la balle allemande qui avait tué son fils. Le plus jeune résistant de France, pendant la dernière guerre locale. J’étais à la fois son poteau d’exécution et son souvenir vivant. Pour Georges Lannes, persuadé que la mort est une seconde naissance, je portais son enfant comme l’avait fait sa femme. J’étais le gardien d’une âme. Une de plus.

Que vont devenir toutes ces mémoires humaines, quand j’aurai cessé de vivre ?

Le Journal intime d’un arbre – Didier van Cauwelaert – 2011 (Editions Michel Lafon)

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Ensemble, c’est tout – Anna Gavalda

11 samedi Fév 2012

Posted by Aurélie in Romans français

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Anna Gavalda, Ensemble c'est tout, le dilettante, roman français

Les premières phrases

«  Paulette Lestafier n’était pas si folle qu’on le disait. Bien sûr qu’elle reconnaissait les jours puisqu’elle n’avait plus que ça à faire désormais. Les compter, les attendre et les oublier. Elle savait très bien que c’était mercredi aujourd’hui. D’ailleurs elle était prête ! Elle avait mis son manteau, pris son panier et réuni ses coupons de réductions. Elle avait même entendu la voiture de la Yvonne au loin… Mais voilà, son chat était devant la porte, il avait faim et c’est en se penchant pour reposer son bol qu’elle était tombée en se cognant la tête contre la première marche de l’escalier. 

Paulette Lestafier tombait souvent, mais c’était son secret. Il ne fallait pas en parler, à personne.

« A personne, tu m’entends? » se menaçait-elle en silence. « Ni à Yvonne, ni au médecin et encore moins à ton garçon… »

Il fallait se relever lentement, attendre que les objets redeviennent normaux, se frictionner avec du Synthol et cacher ces maudits bleus.

Les bleus de Paulette n’étaient jamais bleus. Ils étaient jaunes, verts ou violacés et restaient longtemps sur son corps. Bien trop longtemps. Plusieurs mois quelquefois… C’était difficile de les cacher. Les bonnes gens lui demandaient pourquoi elle s’habillait toujours comme en plein hiver, pourquoi elle portait des bas et ne quittait jamais son gilet.

Le petit, surtout, la tourmentait avec ça :

– Alors, Mémé ? C’est quoi ce travail ? Enlève-moi tout ce bazar, tu vas crever de chaud ! »

Non, Paulette Lestafier n’était pas folle du tout. Elle savait que ses bleus énormes qui ne partaient jamais allaient lui causer bien des ennuis un jour… »

Circonstances de lecture

Dévoré dès sa sortie en 2004. Un bonheur de lecture.

Impressions

Anna Gavalda sait transporter ses lecteurs avec des histoires toutes simples qui rendent heureux, et qui émeuvent en même temps. Je ne m’en lasse pas. Ici, des êtres égarés se rencontrent, et, ensemble, arrivent à braver la vie. Les Anna Gavalda sont des romans bien épais, dont on aimerait qu’ils ne se terminent jamais.

Un passage parmi d’autres

 Le pilon de la vie lui avait appris à se méfier des certitudes et des projets d’avenir, mais il y avait une chose dont Camille était sûre : un jour, dans très très longtemps, quand elle serait bien vieille, encore plus vieille que maintenant, avec des cheveux blancs, des milliers de rides et des taches brunes sur les mains, elle aurait sa maison à elle. Une vraie maison avec une bassine en cuivre pour faire des confitures et des sablés dans une boîte en fer blanc cachée au fond d’un buffet. Une longue table de ferme, bien épaisse, et des rideaux de cretonne. Elle souriait. Elle n’avait aucune idée de ce qu’était la cretonne, ni même si cela lui plairait, mais elle aimait ces mots : rideaux de cretonne… Elle aurait des chambres d’amis et, qui sait ? peut-être des amis ? Un jardin coquet, des poules qui lui donneraient de bons œufs à la coque, des chats pour courir après les mulots et des chiens pour courir après les chats. Un petit carré de plantes aromatiques, une cheminée, des fauteuils défoncés et des livres tout autour. Des nappes blanches, des ronds et des serviettes chinés dans des brocantes, un appareil à musique pour écouter les mêmes opéras que son papa et une cuisinière à charbon où elle laisserait mijoter de bons œufs carottes toute la matinée…

De bons œufs carottes… n’importe quoi…

Une petite maison comme celles que dessinent les enfants, avec une porte et deux fenêtres de chaque côté. Vieillotte, discrète, silencieuse, envahie par la vigne vierge et les rosiers grimpants. Une maison avec des gendarmes sur le perron, ces petites bêtes noires et rouges qui vont toujours collées deux par deux. Un perron bien chaud qui aurait emmagasiné toute la chaleur du jour et sur lequel elle s’assiérait le soir, pour guetter le retour du héron…

Et puis une vieille serre qui lui tiendrait lieu d’atelier… Enfin ça, ce n’était pas sûr… Jusqu’à présent, ses mains l’avaient toujours trahie et peut-être valait-il mieux ne plus compter sur elles…

Peut-être que l’apaisement ne pouvait pas passer par là finalement ?

Par où alors ? Par où, s’angoissait-elle soudain.

Par où ?

Ensemble, c’est tout – Anna Gavalda – 2004 (Editions le dilettante)

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Toute la beauté du monde – Marc Esposito

22 dimanche Jan 2012

Posted by Aurélie in Romans français

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bali, histoire d'amour, Marc Esposito, roman, Toute la beauté du monde

Les premières phrases

«  Soudain, je n’ai vu qu’elle. Des yeux clairs, une bouche immense, les cheveux très courts, bruns. J’ai su que ma vie, maintenant, c’était elle.

Elle se frayait un chemin parmi la foule, à l’autre bout du magasin, l’air soucieux. Elle était grande, sûrement pas loin du mètre quatre-vingts. J’ai avancé vers elle.

Je flottais dans un état étrange, sous le choc, comme ceux qui revoient leur vie en un éclair avant de basculer dans le trou noir. Sauf que je n’étais pas en train de mourir, au contraire je naissais. Ce n’était pas ma vie passée qui défilait en accéléré, mais ma vie future. Ma future vie avec elle.  »

Circonstances de lecture

Lu dans le RER B, en 2001, en plein été. La dernière page terminée, j’ai repris le livre à la première page, pour le relire une seconde fois d’affilée. Rare.

Impressions

Ancien rédacteur en chef de Première puis cofondateur de Studio Magazine, Marc Esposito n’a rien publié avant Toute la beauté du monde. Et pourtant… Il réussit à trouver les mots justes pour raconter une histoire d’amour superbe, sans tomber dans la niaiserie ou le ridicule. Parce que Tina a perdu son mari, elle ne peut plus aimer. Franck le sait. Pour autant, il ne perd pas espoir. Il la pousse à quitter son quotidien pour s’aérer la tête et le cœur à Bali. Et devient son compagnon de voyage. A défaut d’autre chose. Une histoire d’amour toute simple, mais très belle.

Un passage parmi d’autres

 Ils avaient taillé la route au soleil couchant – Bali est juste sous l’équateur, il fait nuit à six heures, toute l’année. Wayan n’avait pas cherché à bavarder, Tina était trop absorbée par le spectacle qui se déroulait derrière les vitres : la circulation délirante dans Denpasar, la jungle, les villages, l’océan. Il lui avait seulement proposé d’écouter de la musique, elle avait été épatée par les rangements de CD, bien planqués, dans les portes et les accoudoirs. Elle avait choisi un disque de Scorpions – j’avais bien fait d’insister pour que Michel en achète quelques-uns. J’imaginais son étonnement de retrouver sa musique fétiche à quinze mille kilomètres de chez elle. Elle se rendrait compte bientôt que ce n’était pas si surprenant : Scorpions était un groupe adulé dans toute l’Asie, elle allait les entendre partout.

Wayan était certain qu’elle avait apprécié cette balade, à quarante à l’heure dans l’auto-palace, comme un tapis roulant au milieu de la jungle. A un moment, elle avait ouvert la vitre, malgré la clime, et elle avait laissé son bras tendu hors de la fenêtre pour offrir sa peau nue à la tiédeur du vent. Au sommet d’une colline, elle avait souri en découvrant la mer qui s’étalait devant eux, tout ce bleu à perte de vue, qui commençait à rosir sous le soleil couchant. J’avais calculé qu’elle avait dû arriver à temps sur sa terrasse pour le voir disparaître au bout de l’océan. Là, elle s’était sûrement sentie plus seule que jamais. Sans son amour, toute cette beauté, cette harmonie seraient d’abord une douleur.

Toute la beauté du monde – Marc Esposito – 1999 (Editions Anne Carrière)

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No et moi – Delphine de Vigan

20 vendredi Jan 2012

Posted by Aurélie in Romans français

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Delphine de Vigan, Livre, No et moi

Les premières phrases

«  – Mademoiselle Bertignac, je ne vois pas votre nom sur la liste des exposés.

De loin Monsieur Marin m’observe, le sourcil levé, les mains posées sur son bureau. C’était compter sans son radar longue portée. J’espérais le sursis, c’est le flagrant délit. Vingt-cinq paires d’yeux tournées vers moi attendent ma réponse. « Le cerveau » pris en faute. Axelle Vernoux et Léa Germain pouffent en silence derrière leurs mains, une dizaine de bracelets tintent de plaisir à leurs poignets. Si je pouvais m’enfoncer cent kilomètres sous terre, du côté de la lithosphère, ça m’arrangerait un peu. J’ai horreur des exposés, j’ai horreur de prendre la parole devant la classe, une faille sismique s’est ouverte sous mes pieds, mais rien ne bouge, rien ne s’effondre, je préférerais m’évanouir là, tout de suite, foudroyée, je tomberais raide de ma petite hauteur, les Converse en éventail, les bras en croix, Monsieur Martin écrirait à la craie sur le tableau noir : ci-gît Lou Bertignac, meilleure élève de sa classe, asociale et muette.  »

Circonstances de lecture

Dévoré dès sa parution en 2007, ce livre, le 4ème de Delphine de Vigan, est l’un de mes plus gros coups de cœur.

Impressions

No et moi  raconte – mais qui n’a pas encore lu ce roman aujourd’hui ? – la rencontre entre une adolescente surdouée asociale et une jeune femme sans-abri, prénommée No. Une histoire d’amitié qui laisse forcément des traces. Et cette question qui court tout au long du livre : la petite Lou parviendra-t-elle à aider No ? Un roman comme il en sort peu.

Un passage parmi d’autres

 Je vois souvent ce qui se passe dans la tête des gens, c’est comme un jeu de pistes, un fil noir qu’il suffit de faire glisser entre ses doigts, fragile, un fil qui conduit à la vérité du Monde, celle qui ne sera jamais révélée. Mon père un jour il m’a dit que ça lui faisait peur, qu’il ne fallait pas jouer avec ça, qu’il fallait savoir baisser les yeux pour préserver son regard d’enfant. Mais moi les yeux je n’arrive pas à les fermer, ils sont grands ouverts et parfois je mets mes mains devant pour ne pas voir.

Le serveur revient, il pose les verres devant nous, No attrape le sien d’un geste impatient. Alors je découvre ses mains noires, ses ongles rongés jusqu’au sang, et les traces de griffures sur ses poignets. Ca me fait mail au ventre.

On boit comme ça, en silence, je cherche quelque chose à dire mais rien ne vient, je la regarde, elle a l’air si fatiguée, pas seulement à cause des cernes sous ses yeux, ni de ses cheveux emmêlés, retenus par un vieux chouchou, ni de ses vêtements défraîchis, il y a ce mot qui me vient à l’esprit, « abîmée », ce mot qui fait mal, je ne sais plus si elle était déjà comme ça, la première fois, peut-être n’avais-je pas remarqué, il me semble plutôt qu’en l’espace de quelques jours elle a changé, elle est plus pâle ou plus sale, et son regard plus difficile à attraper.

C’est elle qui parle en premier.

– T’habites dans le quartier?

– Non. A Filles du Calvaire. Près du Cirque d’Hiver. Et toi ?

Elle sourit. Elle ouvre ses mains devant elle, ses mains noires et vides, dans un geste d’impuissance qui veut dire : rien, nulle part, ici… ou je ne sais pas.

No et moi – Delphine de Vigan – 2007 (Editions Jean-Claude Lattès)

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