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~ Parce qu'il n'y a rien de mieux qu'un livre pour s'évader…

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Archives de Tag: Fantasy

Vita Nostra – Marina et Sergueï Diatchenko

07 mardi Jan 2020

Posted by Aurélie in Fantastique, Fantasy, Romans étrangers

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Critique de livre, Fantastique, Fantasy, idées de lecture, lecture, Livre, Magie, Marina et Sergueï Diatchenko, quoi lire, roman, Vita Nostra

Les premières phrases

«  Les prix étaient exorbitants ! En désespoir de cause, maman avait loué une chambrette orientée vers l’ouest dans un immeuble de quatre étages à une vingtaine de minutes de la mer. L’autre chambre (l’appartement était un deux-pièces) était occupée par un jeune couple. Aussi, la salle de bains et les toilettes étaient-elles communes.

– Ils passent leurs journées à la plage, avait argué la propriétaire. Qu’est-ce qu’il faut de plus à des jeunes ? Et la mer est à deux pas, on la voit presque de la fenêtre. C’est le paradis.

Elle était partie en laissant deux clés : une pour la porte d’entrée, l’autre pour celle de la chambre. Sacha trouva au fond de la valise son maillot de l’année précédente aux couleurs légèrement passées et se changea rapidement dans la salle de bains où une culotte séchait sur le radiateur. Elle sentit une excitation festive monter en elle : encore un peu de patience et elle plongerait dans la mer. »

Circonstances de lecture

Attirée par la couverture et par le thème de la métamorphose.

Impressions

« Vita Nostra » est un ovni russe, mystérieux du début à la fin. Contrainte d’intégrer une école connue de personne, Sacha y étudie des enseignements spéciaux, à première vue dénués de sens. Les élèves doivent ingurgiter des leçons incompréhensibles et les réciter par cœur… Jusqu’à ce qu’un déclic se produise et que soudain tout fasse sens. Reste que le sens a un prix…

Qu’apprend-on réellement à Torpa ? A quel métier destine-t-on ses étudiants ? Les non-dits irritent les élèves, obligés malgré tout de suivre des enseignements absurdes, et des enseignants particuliers…

Oubliez tous vos repères et plongez dans « Vita Nostra »! En revisitant les thèmes de l’adolescence, de la métamorphose, du verbe, et de la magie, Marina et Sergueï Diatchenko insufflent un nouveau souffle à la fantasy et au fantastique. Gros coup de cœur !

Marina et Sergueï Diatchenko – Vita Nostra – octobre 2019 (L’Atalante)

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Ce qui vient la nuit – Julien Bétan, Mathieu Rivero, Melchior Ascaride

12 mercredi Juin 2019

Posted by Aurélie in Fantastique, Fantasy, Romans français

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Ce qui vient la nuit, Critique de livre, Fantasy, idées de lecture, Julien Bétan, lecture, Les moutons électriques, Livre, Mathieu Rivero, Melchior Ascaride, quoi lire, roman

Les premières phrases

«  Le cri des mouettes sortit Jildas de sa torpeur. La terre. La terre était si proche. Il quitta sa couchette pour se rendre sur le pont, redoutant le moment où le sol roulerait sous ses pieds – puisque la mer ne le ferait plus.

A la lueur des lampes vacillantes, il recueillit un seau d’eau salée, s’agenouilla, tira son couteau de sa ceinture. Se rasa avec précaution, retirant tout le poil de ses joues, de son menton, appréciant la sensation fraîche de l’air nocturne sur sa peau nue.  »

Circonstances de lecture

Parce que c’est le deuxième roman graphique des auteurs de Tout au milieu du monde.

Impressions

Les moutons électriques publient un roman graphique de toute beauté. Aux manettes, les mêmes comparses que pour Tout au milieu du monde : Julien Bétan et Mathieu Rivero pour le texte, Melchior Ascaride pour les illustrations et la maquette. Ici, on se retrouve plongé au cœur de la Bretagne, dans un Moyen-Age hanté par les croisades et les légendes anciennes. De retour de croisade, le chevalier Jildas n’est plus tout à fait le même. Sa Bretagne non plus… Une sombre créature commet des crimes atroces dans son village. Aidé de Marie de France, il part sur ses traces. Texte et illustrations se répondent pour livrer une histoire sombre et violente, imprégnée du folklore breton, de légendes fantastiques et horrifiques. Un vrai bonheur de lecture.

Un passage parmi d’autres

Julien Bétan, Mathieu Rivero, Melchior Ascaride – mai 2019 (Les moutons électriques)

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Les Cent Mille Royaumes – N.K. Jemisin

10 vendredi Août 2018

Posted by Aurélie in Fantasy, Romans étrangers

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Critique de livre, Fantasy, idées de lecture, Le Livre de Poche, lecture, Les Cent Mille Royaumes, Livre, N.K. Jemisin, quoi lire, roman

Les premières phrases

«  Je ne suis plus celle que j’étais autrefois. Ce sont eux qui m’ont fait ça, ils m’ont ouvert la poitrine et arraché le cœur. Depuis je ne sais plus qui je suis.

Je dois faire l’effort de me souvenir.

Certaines histoires circulent à propos de la nuit de ma naissance. Elles racontent que ma mère aurait croisé les jambes en plein travail et lutté de toutes ses forces pour m’empêcher de venir au monde. Bien sûr je suis née quand même ; on ne s’oppose pas à la nature. Mais je ne suis pas surprise que ma mère ait essayé.

Ma mère était l’héritière des Arameris. Un jour, au cours d’un bal organisé pour la petite noblesse – le genre d’événement censé flatter l’amour-propre des invités -,mon père osa l’inviter à danser ; elle daigna accepter. Je me suis souvent demandé ce qu’il avait pu dire ou faire ce soir-là pour qu’elle tombe amoureuse de lui à ce point, au point de renoncer à sa condition pour vivre avec lui. Mais c’est le thème de toutes les histoires célèbres, n’est-ce pas ?  »

Circonstances de lecture

Parce qu’après avoir lu « La Cinquième Saison » et « La Porte de Cristal », j’avais très envie de continuer à découvrir les précédents romans de N.K. Jemisin.

Impressions

Auteur multi-récompensée depuis, N.K. Jemisin signe ici son premier roman de Fantasy. Une histoire d’héritage, de magie, de trahisons familiales, mais aussi une réflexion sur la religion, les Dieux, et ce qu’en font les hommes… Ce premier tome est passionnant. J’ai hâte de lire la suite. A découvrir pour tous ceux qui aiment la Fantasy !

Un passage parmi d’autres

 Est-ce que je ne devrais pas faire une pause pour expliquer ? Je raconte mal cette histoire. Mais je dois me rappeler tout, me souvenir, encore et encore, pour garder le contrôle de ma mémoire. Tant de morceaux de moi m’ont déjà échappé.

Donc…

Il y avait trois dieux autrefois. Celui qui compte a tué l’un de ceux qui  n’avaient pas d’importance et a jeté l’autre dans une prison infernale. Les murs de sa geôle étaient de sang et d’os ; les fenêtres à barreaux ses yeux ; ses châtiments le sommeil, la douleur, la faim et tous les besoins que la chair mortelle éprouve constamment. Ensuite, la créature, piégée dans ce vaisseau corporel, fut confiée aux Arameris, avec trois de ses divins enfants. Après l’horreur de l’incarnation, qu’est-ce que l’esclavage pourrait bien leur faire ?

Lorsque j’étais petite, les prêtres d’Itempas le lumineux m’avaient expliqué que ce dieu déchu était le mal absolu. Du temps des Trois, ses adeptes s’adonnaient à un culte brutal et mystérieux qui donnait lieu à des célébrations extrêmement violentes au milieu de la nuit, au cours desquelles ils louaient la folie comme un sacrement. Si celui-là avait gagné la guerre, disaient les affreuses psalmodies des prêtres, le genre humain aurait probablement été décimé.

« Alors sois bonne, ajoutaient-ils chaque fois, ou le Seigneur de la nuit viendra te prendre. » .

 

N.K. Jemisin – Les Cent Mille Royaumes – septembre 2012 (Le Livre de Poche)

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L’enfant de poussière – Patrick K. Dewdney

03 vendredi Août 2018

Posted by Aurélie in Fantasy, Romans français

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Au diable vauvert, Critique de livre, Fantasy, idées de lecture, L'enfant de poussière, lecture, Livre, Patrick K. Dewdney, quoi lire, roman

Les premières phrases

«  Nous étions couchés dans les herbes folles qui poussent sur la colline du verger et, de là, nous voyions tout. L’air était pesant, presque immobile, rempli du bourdon estival des insectes. Autour, il y avait le parfum mêlé des graminées et l’odeur douceâtre des pommes qui mûrissent. Suspendus aux branches chargées de fruits, des charmes d’osselets gravés tintaient mélodieusement pour éloigner les oiseaux et la grêle. Face à nous se dressaient Corne-Colline et les murailles sombres de la cité de Corne-Brune, grassement engoncées dans la poussière que soulevaient les charrettes de la route des quais. Enfin, au bout du chemin sale que nous surplombions, derrière le petit port fluvial, la Brune coulait paresseusement. A mes côtés, Cardou croquait à pleines dents dans une pomme encore trop verte, tandis que Merle jouait un air badin sur son pipeau. Et Brindille, dont nous étions tous les trois amoureux, Brindille souriait. Nous avions le ventre plein.

Je devais avoir un peu moins de huit ans. C’est mon premier véritable souvenir.  »

Circonstances de lecture

Attirée par cette superbe couverture.

Impressions

Voici un nouveau cycle de fantasy à suivre ! Avec « L’enfant de poussière », Patrick K. Dewdney signe son premier roman de fantasy. Et ce premier tome (il y en aurait 7 au total) est une véritable réussite. On y suit Syffe, petit garçon de huit ans, orphelin aux origines mystérieuses, obligé de quitter un peu trop vite l’innocence de son enfance passée à la ferme. Amateurs de récits moyenâgeux, vous serez comblés. Ici, l’auteur nous plonge dans un monde médiéval riche, empli de clans, coutumes, luttes de classes et guerres cruelles. Racisme, intolérance, injustices sociales, croyances sont au cœur du récit. De Corne-Brune, ville plutôt paisible où Syffe a vécu ses premières années, au champs de bataille d’Aigue-Passe, en passant par la forêt où il vit son apprentissage martial avec le guerrier Uldrick, tous les lieux par lesquels passe notre petit héros sont magnifiquement décrits par Patrick K. Dewdney, tant et si bien que ce monde imaginé semble tout à fait plausible et réel. Ici, l’univers de la magie n’est que peu évoqué (peut-être le sera-il davantage dans le prochain tome ?). L’auteur préfère aux magiciens et aux dragons, les chevaux de guerre, le mystère de la nature, et le monde des songes, où Syffe côtoie malgré lui des forces surnaturelles. Les pages défilent à toute allure, et on a de la peine à quitter « L’enfant de poussière ». Preuve que l’on tient là une nouvelle pépite.

Un passage parmi d’autres

 Durant cette période de fin d’année, les rêves allaient et venaient, leur intensité croissant à tel point qu’il me fallait parfois un temps d’ajustement au réveil pour faire sens de la réalité. J’avais l’impression de plus en plus tenace de mener deux vies distinctes. Je passais le jour dans un corps, à déneiger les allées du domaine Misolle où à assister Nahir à l’infirmerie, et mes mains se couvraient de gerçures, des tâches du fumier et des teintures médicinales. Lorsque arrivait la nuit, je quittais mon enveloppe, cals et usure se dissolvaient dans un tourbillon d’étrangeté au sein duquel le monde concret n’avait pas de prise, et guère davantage de sens. Une présence extérieure à tout ce que je pouvais envisager m’enserrait de sa démesure et érigeait dans mon esprit son univers fragmenté. Cela m’emportait, cela me possédait parfois pour me laisser ensuite, pantelant, secoué par les chuintements étrangers et l’ondulation d’une chose mouvante qui ressemblait autant à l’ombre qu’à la lumière.

J’avais fini par me faire à l’idée que j’étais seul face à ce phénomène, seul et incompris, et pour cette raison j’avais cessé d’essayer d’en faire sens.

Patrick K. Dewdney – L’enfant de poussière – mai 2018 (Au Diable Vauvert)

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Shâhra – Les Masques d’Azr’Khila – Charlotte Bousquet

20 mercredi Juin 2018

Posted by Aurélie in Fantasy, Romans français

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Charlotte Bousquet, Critique de livre, Fantasy, idées de lecture, lecture, Les Masques d'Azr'Khila, Livre, Mnémos, quoi lire, roman, Shâhra

Les premières phrases

«  Père,

A chaque inspiration, je transpire. Mon haleine est de feu ; ma bouche sèche, plissée et ridée crisse comme le sable. Des rigoles salées suintent le long de mon corps décharné. J’ai beau m’étourdir de parfum, des relents de sel et de vinaigre s’élèvent en volutes invisibles autour de moi ; lorsque je touche par mégarde ma peau, je sens cette colle tiède, imperceptible, et je frémis à l’idée d’en être couvert. Odeurs, chairs visqueuses, souffle court : tout cela (cette vieillesse, cette faiblesse) m’écœure.

Mon humanité me dégoûte.

Je la traîne depuis trop longtemps sur cette terre craquelée, cette carcasse stérile comme une aïeule.

Elle ne m’est d’aucune utilité.  »

Circonstances de lecture

Parce que qui peut résister à cette couverture ?

Impressions

Une histoire de fantasy parfaite pour coller à la chaleur de l’été. Shâhra est un monde fait de déserts, de dunes, d’oasis, de terres craquelées et de sable. L’air est chaud et charrie des odeurs de thé parfumé, de dattes, de miel, de sueur et de sang. Charlotte Bousquet sait nous entraîner dans ce monde où la magie des esprits chamaniques rôde. Elle nous fait suivre le destin de quatre femmes, toutes dotées d’un pouvoir particulier. Djiane, la danseuse, Arkhane, l’apprentie chamane, Tiyyi, une esclave aux pouvoirs mystérieux, et Aya Sin, une kenzi assujettie à un homme recherchant la jeunesse éternelle. Au-dessus d’elles, plane l’ombre d’Azr’Khila, la déesse de la vie et de la mort.

Un cycle de fantasy en deux tomes, dont le premier m’a enchanté.

Un passage parmi d’autres

 Arkhane roule sur elle-même, s’appuie sur ses coudes, et ses yeux plongent dans ceux de son double, réfléchi par une flaque d’eau étrangement huileuse. Elle découvre avec surprise qu’une poussière d’ocre rouge recouvre sa peau. Instinctivement, elle frotte ses paumes contre ses joues, ses paupières, ne laissant qu’une mince ligne pourpre au milieu de sa figure, une ligne qui la coupe en deux, deux parties distinctes, l’une blanche comme la mort, l’autre noire comme la vie. Elle reconnaît la marque d’Azr’Khila, la Déesse aux deux visages.

Le reflet s’estompe, lentement, remplacé par un horizon nébuleux, voilé de blanc. Arkhane se redresse, tant bien que mal. A genoux, d’abord. Puis elle tente de se lever. Vertige. Chute, brutale. Au-dessus d’elle, l’azur. Contre son corps meurtri, un sol rugueux, crevassé. Et, très haut, l’ombre d’un vautour…

Charlotte Bousquet – Shâhra – Les Masques d’Azr’Khila – mai 2018 (Mnémos)

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La Porte de Cristal – N.K. Jemisin

17 jeudi Mai 2018

Posted by Aurélie in Fantasy, Romans étrangers, SF

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Critique de livre, Fantasy, idées de lecture, La porte de cristal, lecture, Les livres de la terre fracturée, Livre, N.K. Jemisin, Nouveaux Millénaires, quoi lire, roman, SF

Les premières phrases

«  Hum. Non. Je ne raconte pas comme il faut.

Après tout, chacun est à la fois lui-même et d’autres. Ce sont les relations d’une créature qui cisèlent sa forme ultime. Je suis moi et vous. Damaya était elle-même, plus la famille qui l’avait rejetée, plus les gens du Fulcrum qui l’avaient ciselée jusqu’à en faire une lame aiguisée. Syénite était Albâtre et Innon et les malheureux habitants d’Allia et de Meov, les comms disparues. Vous êtes maintenant Tirimo et les gens qui parcourent les routes couvertes de cendre et vos enfants morts… et l’enfant vivante qu’il vous reste. Que vous récupérerez.

Je ne vous apprends rien. Après tout, vous êtes Essun. Vous savez déjà de quoi il retourne. Pas vrai ?  »

Circonstances de lecture

Parce que c’est le Tome 2 des livres de la Terre Fracturée.

Impressions

Après un premier tome plein de mystères, N.K. Jemisin poursuit ici avec brio son cycle de la Terre Fracturée. Les mystères sont petit à petit dévoilés et on en apprend plus sur l’origine du chaos, sur les mangeurs de pierres, et sur les obélisques planant au-dessus du monde. Difficile de parler de ce second tome sans trop en dévoiler ! Sachez juste que l’on va suivre Essun, là où on l’avait laissée dans « La cinquième Saison », mais aussi sa fille Nassun, aux prises avec ses pouvoirs naissants.

Ce livre marie SF et Fantasy, pour un résultat passionnant. C’est tout simplement ma trilogie préférée du moment ! Vivement la sortie du dernier tome en septembre !

Un passage parmi d’autres

 « C’est étonnant, quand on y pense. Tout le monde est comme ça, dans le Fixe. On ne s’occupe pas de ce que contient l’océan, on ne s’occupe pas de ce que contient le ciel, on ne regarde pas l’horizon, on ne se demande pas ce qu’il y a au-delà. On a passé des siècles à se moquer des astromestres et de leurs théories farfelues, mais en fait, ce qu’on trouvait incroyable, c’était qu’ils prennent la peine de lever les yeux pour les formuler. »

Vous aviez presque oublié cette facette-là de sa personnalité : le rêveur, le rebelle, toujours porté à reconsidérer l’ordre immuable des choses parce qu’elles n’auraient peut-être jamais dû s’y trouver soumises. Il n’en a pas moins raison. La vie dans le Fixe tend à décourager la remise en question, la réorientation. Après tout, la sagesse est gravée dans la pierre. Voilà pourquoi nul ne se fie à la mutabilité du métal. Si Albâtre a été autrefois le pôle magnétique de votre petite famille, ce n’est pas par hasard.

N.K. Jemisin – La Porte de Cristal – avril 2018 (Nouveaux Millénaires)

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Les Griffes et les Crocs – Jo Walton

11 samedi Nov 2017

Posted by Aurélie in Fantasy, Romans étrangers

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Critique de livre, Denoël, Fantasy, idées de lecture, Jo Walton, lecture, Les Griffes et les Crocs, Livre, quoi lire, roman

Les premières phrases

«  Bon Agornin se tortilla sur son lit de mort en battant des ailes comme pour s’envoler vers sa nouvelle vie. Les médecins étaient partis, résignés, et même ses filles avaient cessé de lui répéter qu’il irait bientôt mieux. Dans sa grande caverne pleine de courants d’air, il posa la tête sur son maigre tas d’or, tenta de rester immobile, inspira avec difficulté. Il lui restait peu de temps à vivre; peu de temps pour laisser sa marque sur ce qui allait se passer ensuite. Une heure, peut-être moins. Bientôt, la souffrance physique prendrait fin ; mais tant de regrets le taraudaient encore…

Il gémit et remua un peu. Pour connaître une renaissance heureuse, il devait quitter le monde l’esprit tranquille et le cœur pur, lui avait enseigné l’Église. Considérer avec bienveillance tous les événements de sa vie lui permettrait d’atteindre une certaine forme de sérénité. Une tâche ardue, pour laquelle les ailes et le feu ne lui seraient plus d’aucun secours.  »

Circonstances de lecture

Parce que j’aime beaucoup Jo Walton !

Impressions

Jo Walton fait désormais partie de mes auteurs préférés. Après « Morwenna » et « Mes Vrais Enfants« , j’ai dévoré « Les Griffes et les Crocs » (publié en anglais en 2003, et lauréat du World Fantasy Award en 2004). Ici, elle nous plonge au sein d’une histoire de dragons de la bonne société. C’est un peu comme si on retrouvait l’univers d’Orgueil et Préjugés au pays des dragons ! Étonnant, mais ça marche !

Le doyen de la famille Agornin se meurt, et suite à sa mort c’est tout l’avenir de ses enfants qui est remis en cause. A commencer par l’avenir de ses deux filles cadettes, pas encore mariées. Or, comme l’indique Jo Walton, « la dignité n’a aucune valeur sur le marché du mariage ». On se prend d’affection pour cette famille de dragons aux drôles de mœurs : ils dévorent tout de même le cadavre de leurs morts… tout en se coiffant de beaux chapeaux pour se montrer en société. Le nombre de demandes en mariage et de coups bas est incalculable. D’ailleurs un des chapitres se nomme « La narratrice reconnaît qu’elle a perdu le compte des confessions et des demandes en mariage ». Jo Walton a de l’humour, vous l’aurez compris. « Les Griffes et les Crocs » se lit le sourire aux lèvres comme un bon livre de fantasy à l’époque victorienne, mais aussi comme une très bonne satire de cette époque. Car Jo Walton n’en oublie pas pour autant de transmettre des messages sur la condition des femmes, la religion, la position sociale, la servitude et l’ambition. Car comme chez les humains, la société des dragons a bien des travers…

Un passage parmi d’autres

 – Je n’ai pas honte de mon père !

Tout le monde se tourna vers Selendra, qui s’était exprimée avec force. Penn, qui discutait avec la Bienheure à l’autre bout de la pièce, fit un pas dans leur direction.

« Je n’ai pas dit que deviez en avoir honte, reprit l’Exalte d’un ton apaisant.

– Non, vous m’avez dit que je ne devais jamais parler de lui en société ! » Les yeux violets de Selendra tourbillonnaient, à présent. Elle était furieuse. « J’aime mon père, et je suis fière de lui! »

Penn s’approcha. « Selendra », dit-il d’un ton sévère. La Bienheure semblait hébétée. Felin était si embarrassée qu’elle montrait les dents. Dans l’autre pièce, les serviteurs s’étaient figés et observaient sans s’en cacher cette tragédie inattendue.

Gelener tenta d’échanger un regard consterné avec Sher, mais lui aussi semblait furieux. « Elle a raison, mère », affirma-t-il.

Selendra se tourna vers lui, heureuse de trouver auprès de son nouvel ami un soutien qu’elle n’espérait pas.

« Bon était un dragon formidable, insista-t-il.

– Personne ne dit le contraire, répliqua l’Exalte, glaciale. Selendra n’a pas compris le sens de ma remarque. »

La dragonnelle savait que tout le monde la regardait. Elle savait qu’elle allait devoir présenter des excuses à l’Exalte si elle voulait sauver la soirée, mais elle refusait de le faire d’une voix tremblante. On l’avait mise dans une situation détestable. Elle avait parfaitement compris les sous-entendus de l’Exalte. Elle n’avait qu’une envie : qu’on la laisse aller pleurer dans son coin. « Si j’ai mal compris vos propos, j’en suis désolée, chuchota-t-elle, très raide, après un silence bien trop long.

– Ce n’est pas grave, ma chère », murmura l’Exalte. Elle lui pressa le bras, puis traversa la pièce pour échanger quelques mots avec la Bienheure.

 

Jo Walton – Les Griffes et les Crocs – août 2017 (Denoël)

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Le Livre de Perle – Timothée de Fombelle

04 lundi Avr 2016

Posted by Aurélie in Fantasy, Jeunesse, Romans français

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Critique de livre, Fantasy, idées de lecture, Le Livre de Perle, lecture, littérature jeunesse, Livre, livre jeunesse, quoi lire, roman, Timothée de Fombelle

Les premières phrases

Tiomthée de Fombelle - Le livre de Perle«  Qui pouvait deviner qu’elle avait été une fée ? 

Elle s’était échappée par la fenêtre de la tour en déchirant ses vêtements pour en faire une corde. Est-ce que les fées descendent ainsi les remparts ? Elle ne portait maintenant qu’une longue chemise blanche qu’elle avait volée plus tard, sur un fil à linge tendu sous la lune. Elle courait sur le sable dans la nuit. La veille, elle avait renoncé à tous ses pouvoirs. Elle ressemblait maintenant à toutes les filles. Un peu plus perdue, un peu plus fiévreuse, un peu plus belle que toutes les filles de son âge.

La plage était large et blanche. Au-dessus d’elle le noir des forêts, en-dessous les rouleaux de mer, la mousse éclatante, et partout le bruit de cette mer, la tiédeur de la nuit plus lumineuse que le jour.

Elle courait sur le sable mouillé. Ses pieds ne s’enfonçaient pas mais élargissaient atour d’elle, à chaque bond, un cercle d’eau et de petits crabes. Elle était au bord de l’épuisement. Elle ne savait pas l’heure qu’il était, elle savait juste qu’à minuit tout serait fini.

Il serait mort.  »

Circonstances de lecture

Attirée par le titre.

Impressions

« Le Livre de Perle » est un envoûtement. Classé dans la catégorie Jeunesse, il plaira aussi aux adultes comme moi, qui ont su converser leur âme d’enfant. Timothée de Fombelle a une belle plume qui nous transporte du pays des contes de fées à notre monde réel, celui de la seconde guerre mondiale. Une lecture féérique, belle et cruelle à la fois. Une superbe histoire d’amour. Un conte à lire et relire pour sa poésie et les messages qu’il renferme.

Un passage parmi d’autres

 – Alors il faut que tu partes pour la laisser derrière toi.

– Laisser qui ?

Je venais enfin de remarquer son accent et la forme si particulière de ses phrases. Il a voulu dire un mot qui est resté dans sa gorge.

Il l’articula une seconde fois :

– La tristesse.

J’avais compris le mot avant qu’il le répète.

– C’est quelque chose qui peut remplir la vie. Et tourner dans toi jusqu’à ta mort.

J’écoutais.

– Mais si on peut laisser la tristesse dans l’herbe derrière soi, il faut le faire. On la tient couchée dans l’herbe. On lui explique doucement qu’on veut autre chose, que ce n’est pas contre elle, mais qu’on s’en va.

J’imaginais un petit animal tapi dans la prairie. Et des pas qui s’éloignaient en écrasant les herbes.

– Et vous ? Vous en faites quoi ?

Il s’est approché en souriant. Il baissait les yeux.

– De qui ?

– De la tristesse.

– Moi, je ne suis pas un exemple.

– Moi non plus, répliquai-je.

– Mais toi…

Il interrompit sa phrase et dit :

– Moi, il n’y a que ma tristesse qui pourra me faire rentrer chez moi.

– Chez vous ?

Il a alors prononcé ces paroles que je crois encore entendre vingt-six ans plus tard :

– Il faut que je garde ma tristesse vivante.

Les chiens se sont approchés pour lui faire leur fête des moments sombres.

– Où est-ce, chez vous ?

Timothée de Fombelle – Le Livre de Perle – 2014 (Gallimard Jeunesse)

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La vie des elfes – Muriel Barbery

01 mercredi Avr 2015

Posted by Aurélie in Fantasy, Romans français

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Critique de livre, Fantasy, Gallimard, La vie des elfes, Muriel Barbery, roman

Muriel Barbery - La vie des elfesLes premières phrases

«  La petite passait l’essentiel de ses heures de loisir dans les branches. Quand on ne savait pas où la trouver, on allait aux arbres, d’abord au grand hêtre qui dominait l’appentis nord et où elle aimait à rêver en observant le mouvement dans la ferme, ensuite au vieux tilleul du jardin de curé après le petit muret de pierres fraîches, et enfin, et c’était le plus souvent en hiver, aux chênes de la combe ouest du champ attenant, un ressac du terrain planté de trois spécimens comme on n’en avait pas de plus beaux au pays. La petite nichait dans les arbres tout le temps qu’elle pouvait dérober à une vie de village faite d’étude, de repas et de messes, et il arrivait qu’elle y invitât certains camarades qui s’émerveillaient des esplanades légères qu’elle y avait aménagées et passaient là de fiers jours à causer et à rire. »

Circonstances de lecture

Parce que j’avais beaucoup aimé « L’élégance du hérisson », son précédent roman. Et parce que j’aime les histoires d’elfes et de fées.

Impressions

Que les lecteurs qui s’attendent à retrouver la même ambiance et la même plume que « L’élégance du hérisson » se détrompent tout de suite : avec « La vie des elfes« , Muriel Barbery s’essaie à un tout autre style. Ici, son écriture est à la fois poétique et lyrique. C’est beau mais exigeant. Cela se prête en tout cas parfaitement à son histoire, à la frontière du monde réel et fantastique. Que ceux qui n’adhèrent pas à la Fantasy passent également leur chemin. Car, comme le nom du roman l’indique d’emblée, « La vie des elfes » raconte l’histoire de deux petites filles – Clara et Maria – dotées de dons exceptionnelles, et capables de relier le monde des humains au monde mystérieux des elfes. Muriel Barbery parle ici de l’éternel combat du bien contre le mal, mais aussi de magie et de créatures fantastiques. Elle rend également un bel hommage à ces paysans, amoureux de la terre et durs au labeur, pour qui les mots sont souvent moins importants que les regards et les gestes d’affection.

Au final, si « La vie des elfes » surprend par son style, il donne une jolie dimension à la Fantasy. Une lecture déroutante, peut-être, exigeante, sans doute… Mais si vous vous laissez porter par l’écriture poétique et lyrique, si vous aimez les histoires fantastiques, vous aimerez ce roman. Certes, il faut s’accrocher par moment (l’écriture est vraiment particulière, propre peut-être aux elfes) mais l’histoire est belle. Je lirai donc la suite.

Un passage parmi d’autres

 Mais que voit-on au-dedans de la vie ? On voit des arbres, du bois, de la neige, un pont peut-être, et des paysages qui passent sans que l’œil ne puisse les retenir. On voit le labeur et la brise, les saisons et les peines, et chacun voit un tableau qui n’appartient qu’à son cœur, une courroie de cuir dans une boîte en fer-blanc, un coin de champ où il y a des aubépines par légions, le visage ridé d’une femme aimée et le sourire de la petite qui conte une histoire de rainettes. Puis on ne voit plus rien. Les hommes se souviendront que le monde a brusquement retombé sur ses pieds dans une déflagration qui les a laissés tout ballants – après quoi ils ont vu que la clairière était lavée de brumes, qu’il y neigeait à se noyer et que la petite se tenait seule au centre du cercle où il n’y avait d’autres traces que les siennes. Alors tout le monde est redescendu jusqu’à la ferme où on a installé l’enfant devant un bol de lait brûlant et où les hommes ont débarrassé leurs fusils à la hâte parce qu’il y avait là une fricassée de bolets avec un pâté de museau et dix bouteilles de vin de garde.

Voilà l’histoire de la petite fille qui tenait bien serrée une patte de sanglier géante. Au vrai, personne ne saurait tout à fait en expliquer le sens.

Muriel Barbery –  La vie des elfes – 2015 (Gallimard)

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Arcadia – Fabrice Colin

16 mercredi Avr 2014

Posted by Aurélie in Fantasy, Romans français

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Arcadia, Bragelonne, Critique de livre, Fabrice Colin, Fantasy, roman

Fabrice Colin - ArcadiaLes premières phrases

«  Il ne lit plus à présent, il n’en a plus la force. Lever un bras, se dresser sur un coude : il en serait incapable. Les yeux fixés au plafond, il est condamné à l’attente.

De temps à autre, la fatigue semble venir à bout de ses souffrances et il s’enfonce dans un sommeil aveugle, mais lorsqu’il se réveille, c’est pour constater avec désespoir qu’il est encore en vie et que la douleur ne l’a pas quitté.

– Avez-vous déjà vu quelqu’un mourir ? demande-t-il à Severn. 

Joseph approuve.

– Dans ce cas, je vous plains.

Sa tête retombe sur l’oreiller. Il y a quelques jours, de nouveau, il a évoqué l’éventualité du suicide. Il a répété à son ami qu’il aurait pu en finir trois mois plus tôt sur le Maria Crowther mais qu’il a tenu bon parce que lui, Severn, a brandi l’étendard de son inébranlable foi chrétienne. Et de quel secours lui est cette foi désormais ? « Il n’est pas de mots assez durs », a-t-il martelé, « pas de châtiments assez forts pour fustiger un homme obligeant son ami à endurer pareils tourments. »

Bouleversé, Severn s’est enfui et a traversé la Piazza di Spagna en larmes pour retrouver le docteur James Clark, le seul homme auquel il pouvait se confier. Clark l’a écouté en hochant la tête, puis a remonté avec lui les marches de la Casina Rossa. Sitôt franchi le seuil de la chambre, il a raflé le flacon de laudanum et l’a fait disparaître dans sa poche. Le poète est resté coi. Lorsque Clark s’est penché sur lui, il l’a fixé de ses yeux grands yeux humides et lui a demandé le plus calmement du monde combien de temps encore il lui faudrait supporter cette « existence posthume ».

Les moments de lucidité alternent avec les phases de léthargie brumeuse. « Et la lucidité », a expliqué le docteur, « n’est pas recommandée. » Au loin, les émotions. Aucune allusion à Fanny, encore moins à l’écriture ou aux livres : dans l’état où il se trouve, cela le tuerait. Severn ne peut qu’acquiescer. C’est l’amour qui aura raison de son ami, cette passion impossible, ce feu mauvais qui dévore – rien moins que l’amour. »

Circonstances de lecture

Comment résister à la lecture d’une si belle réédition par les éditions Bragelonne?

Impressions

Attention : pour plonger dans « Arcadia », il faut laisser de côté le monde rationnel et accepter de ne pas tout comprendre à la cohérence de l’histoire. Il faut se laisser porter par la plume (très onirique) de Fabrice Colin, oublier la réalité et flotter entre deux mondes pleins de poésie. Celui d’Arcadia et de Ternemonde, celui de la « réalité » et celui des rêves.

Lire « Arcadia », c’est voyager dans des mondes parallèles, voyager dans le temps et l’espace, côtoyer de grands peintres, poètes, dramaturges, compositeurs et écrivains. A l’instar de John Keats, Rudyard Kipling, Alfred Tennyson, Lewis Carroll et Rossetti. C’est aussi croiser Merlin, la fée Morgane, le roi Arthur, Guenièvre, Lancelot et Perceval. Jouer avec les songes, jouer avec les identités (multiples), et les réincarnations. Vibrer au son de la musique du sommeil, frissonner dans un Londres victorien où la neige est bleutée, mettre un pied au Pays des Merveilles, rencontrer l’auteur de Peter Pan, frémir devant la montée des eaux à Paris…

Dans « Arcadia », Fabrice Colin magnifie les Arts, de la peinture à la musique en passant par l’écriture. Tout en traitant de l’amour, des rêves, de la vie et de la mort avec poésie et magie. Une petite pépite hallucinée de la Fantasy qui demande une seconde lecture, peut-être, pour comprendre tous les rouages de ce  roman-poème sous ecstasy.

Un passage parmi d’autres

 La nuit s’est assez fait attendre. Les avenues s’éclairent dans le brouillard, et Londres devient magique avec ses enseignes colorées, ses trottoirs bordés de neige, ses filaments de brume et ses fontaines gelées. Sagement installée sur sa banquette de cuir, Maggie se laisse prendre au spectacle de la rue : gentlemen pressés, crieurs de journaux, vendeurs ambulants, pubs et restaurants déjà bondés, elle ne se souvient pas d’avoir jamais vu autant de monde à Londres un soir d’hiver.

La neige bleutée qui vient se coller à la vitre en une fine pellicule filtre sa rêverie tel un prisme fragile. Lorsque Maggie ferme les yeux, elle fond un peu plus vite et, bientôt, le paysage se délaie lui aussi, les demeures arrogantes des quartiers riches font place à un paysage plus tranquille – enfilades monotones de maisons brunâtres, chapelles solitaires et parcs silencieux. Le tram contourne le Lancelot de Leighton que la petite aime tant et se dirige vers les quartiers sud.

Vingt minutes plus tard, la voici chez elle. Elle pousse les grilles de fer forgé et s’engage dans l’allée principale que les domestiques se sont efforcés de dégager. Il fait bien noir à présent, la lune est creuse dans le ciel, mais les fenêtres de la Grange sont illuminées, et la petite Sidhe poursuit son chemin. Elle gravit les marches de pierre en repensant au calao ; la gouvernante ouvre la porte pour la laisser rentrer et, d’un revers de main, balaie la neige qui s’est accumulée sur le col de son manteau.

Arcadia – Fabrice Colin (Bragelonne)

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