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~ Parce qu'il n'y a rien de mieux qu'un livre pour s'évader…

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Archives de Catégorie: Romans étrangers

A Game of Thrones – George R.R. Martin

13 jeudi Août 2015

Posted by Aurélie in En VO, Fantasy, Romans étrangers

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A Game of Thrones, A song of ice and fire, Critique de livre, George R.R. Martin, Harper Voyager, idées de lecture, lecture, Livre, quoi lire, roman

George R.R. Martin - A Game of ThronesLes premières phrases

«  We should start back, » Gared urged as the woods began to grow dark around them. « The wildlings are dead. »

« Do the dead frighten you? » Ser Waymar Royce asked with just the hint of a smile.

Gared did not rise to the bait. He was an old man, past fifty, and he had seen the lordlings come and go. « Dead is dead, » he said. « We have no business with the dead. »

« Are they dead? » Royce asked softly. « What proof have we? »

« Will saw them, » Gared said. « If he says they are dead, that’s proof enough for me. »

Will had known they would drag him into the quarrel sooner or later. He wished it had been later rather than sooner. « My mother told me that dead men sing no songs, » he put in.

« My wet nurse said the same thing, Will, » Royce replied. « Never believe anything that you hear at a woman’s tit. There are things to be learned even from the dead. » His voice echoed, too loud in the twilit forest.

« We have a long ride before us, » Gared pointed out. « Eight days, maybe nine. And night is falling. »

Ser Waymar Royce glanced a the sky with disinterest. « It does that every day about this time. Are you unmanned by the dark, Gared? »

Will could see the tightness around Gared’s mouth, the barely suppressed anger in his eyes under the thick black hood of his cloak. Gared had spent forty years in the Night’s Watch, man and boy, and he was not accustomed to being made light of. Yet it was more than that. Under the wounded pride, Will could sense something else in the older man. You could taste it; a nervous tension that came perilously close to fear. »

Circonstances de lecture

Après avoir vu les 5 saisons de la série TV, je ne pouvais que me plonger dans les romans de George R.R. Martin !

Impressions

J’avais eu du mal à rentrer dans la série TV. J’ai adoré d’emblée le premier tome de la saga de George R.R. Martin. Parce que chaque chapitre donne le point de vue d’un des (très) nombreux personnages de l’histoire, on comprend mieux les actions et choix de chacun. Et on se prend davantage d’affection pour certains d’entre eux. Certes, rien que le 1er tome est énorme (près de 800 pages en version originale), mais croyez-moi, cela vaut le coup !

Si vous êtes fan de la série, jetez-vous sur les livres ! Le lien entre les différents protagonistes de Game of Thrones s’éclaire, l’histoire des différentes familles également. Si vous n’avez pas vu la série TV mais que vous êtes fan de fantasy et de jeux de pouvoir, cette saga saura également vous combler.

Un passage parmi d’autres

 Fourteen, and you’re taller than I will ever be. My legs are short and twisted, and I walk with difficulty. I require a special saddle to keep me from falling off my horse. A saddle of my own design, you may be interested to know. It was either that or ride a pony. My arms are strong enough, but again, too short. I will never make a swordsman. Had I been born a peasant, they might have left me out to die, or sold me to some slaver’s grotesquerie. Alas, I was born a Lannister of Castlery Rock, and the grotesqueries are all the poorer. Things are expected of me. My father was the Hand of the King for twenty years. My brother later killed that very same king, as it turns out, but life is full of these little ironies. My sister married the new king and my repulsive nephew will be king after him. I must do my part for the honor of my House, wouldn’t you agree? Yet how? Well, my legs may be too small for my body, but my head is too large, although I prefer to think it is just large enough for my mind. I have a realistic grasp of my own strengths and weaknesses. My mind is my weapon. My brother has his sword, King Robert has his warhammer, and I have my mind… and a mind needs books as a sword needs a whetstone, if it is to keep its edge. » Tyrion tapped the leather cover of the book. « That’s why I read so much, Jon Snow. »

George R.R. Martin – A Game of Thrones – 1996 (Harper Voyager)

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Le cœur entre les pages – Shelly King

09 jeudi Juil 2015

Posted by Aurélie in Romans étrangers

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conseils de lecture, Critique de livre, idées de lecture, Le coeur entre les pages, Préludes, quoi lire, roman, Shelly King

Shelly King - Le coeur entre les pagesLes premières phrases

«  Les livres ne changent pas la vie, du moins pas comme on le pense. Lire Le Fil du rasoir en première classe dans un avion qui vous emmène vers un centre de méditation, ou Un thé au Sahara en allant, après un divorce, voir ce qui reste des neiges du Kilimandjaro, ne vous rend pas plus éclairé que tournoyer dans les tasses géantes à Disneyland. Je le regrette, mais c’est la vérité. Et les livres d’occasion qu’on trouve ici au Dragonfly ne sont pas imprégnés de davantage de sagesse que ceux flambant neufs vendus chez Apollo Books & Music. Les nôtres sont juste moins chers et plus abîmés. Pourtant les clients continuent à venir. A me réclamer des élixirs de papier et de mots pour se consoler de leurs déceptions et ranimer leurs passions étouffées. Ils viennent parce qu’ils sont persuadés qu’un livre a transformé ma vie. Pas un seul d’entre eux ne comprend. Ce n’est pas le livre qui l’a transformée. »

Circonstances de lecture

Attirée par la couverture (pleine de livres !).

Impressions

Voilà un livre sur l’amour des livres, des vieilles librairies et des libraires. Un livre qui fait du bien, dans la même veine que La bibliothèque des cœurs cabossés de Karatina Bivald, mais en mieux.

Quand Maggie se retrouve au chômage, elle se met à passer son temps dans une librairie de livres d’occasion, puis intègre un club de lecture. Plongée dans un vieil exemplaire de L’Amant de Lady Chatterley, elle y découvre dans ses pages une correspondance amoureuse entre deux inconnus… Le cœur entre les pages de Shelly King est un livre à la fois joyeux et émouvant. Pour tous les amoureux des livres.

Un passage parmi d’autres

 Alors que le jour avance et que la lumière persiste, le Dragonfly est envahi par ceux qui flânent délibérément à la recherche de ce dont, sans le savoir encore, ils ont besoin. Ceux et celles qui viennent au Dragonfly ne possèdent pas seulement les livres ; ils en ont besoin et en meurent d’envie, il leur est impossible de respirer sans eux. Ils viennent parce qu’ils sont amoureux de la librairie elle-même, avec toutes ses marchandises passées par d’autres mains et leurs histoires indicibles. Ils viennent parce qu’ils aiment s’interroger sur les personnes qui ont possédé tous ces livres avant eux. Ils viennent parce que ceux dont ils croisent le chemin sont comme les livres qu’ils trouvent, un peu abîmés sur les bords, attendant que la bonne personne les ouvre et les emporte.

Shelly King –  Le cœur entre les pages – 2014 (Préludes)

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The Leftovers – Tom Perrotta

05 dimanche Juil 2015

Posted by Aurélie in En VO, Romans étrangers

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Critique de livre, idées de lecture, lecture, Livre, quoi lire, roman, The Leftovers, Tom Perrotta

Tom Perrotta - The LeftoversLes premières phrases

«  Laurie Garvey hadn’t been raised to believe in the Rapture. She hadn’t been raised to believe in much of anything, except the foolishness of belief itself.

We’re agnostics, she used to tell her kids, back when they were little and needed a way to define themselves to their Catholic and Jewish and Unitarian friends. We don’t know if there’s a God, and nobody else does, either. They might say they do, but they really don’t.

The first time she’d heard about the Rapture, she was a freshman in college, taking a class called Intro to World Religions. The phenomenon the professor described seemed like a joke to her, hordes of Christians floating out of their clothes, rising up through the roofs of their houses and cars to meet Jesus in the sky, everyone else standing around with their mouths hanging open, wondering where all the good people had gone. »

Circonstances de lecture

Après avoir vu la saison 1 de la série TV inspirée du livre de Tom Perrotta, j’avais très envie d’en apprendre un peu plus sur cette histoire énigmatique.

Impressions

Tout commence lorsque 2 % de la population mondiale disparaît du jour au lendemain. Le temps de tourner la tête et ils se sont évanouis, purement et simplement, sans laisser la moindre trace. Comment réagir à un événement aussi inconcevable ? Comment redonner un sens à sa vie ? Les habitants de Mapleton essaient de reprendre le cours de leur vie, malgré tout. Mais tous ne veulent pas oublier… A l’instar d’une secte inquiétante, dont les membres doivent s’habiller uniquement de blanc, ne plus parler, fumer sans arrêt, tout en suivant certains habitants de Mapleton.

J’ai aimé ce livre, dont la série est plutôt fidèle. L’ambiance est certes assez glauque, mais le thème vraiment intéressant. En revanche, j’espère vivement que Tom Perrotta a prévu une suite. Car, malheureusement, les questions que je me posais après avoir regardé la série TV sont majoritairement restées sans réponse. Dommage… Alors, à quand un tome deux ?

Un passage parmi d’autres

 You started seing them around town the following autumn, people in white clothing, traveling in same-sex pairs, always smoking. Laurie recognized a few of them – Barbara Santangelo, whose son was in her daughter’s class; Marty Powers, who used to play softball with her husband, and whose wife had been taken in the Rapture, or whatever it was. Mostly they ignored you, but sometimes they followed you around as it they were private detectives hired to keep track of your movements. If you said hello, they just gave you a blank look, but if you asked a more substantive question, they handed over a business card printed on one side with the following message:

WE ARE MEMBERS OF THE GUILTY REMNANT. WE HAVE TAKEN A VOW OF SILENCE. WE STAND BEFORE YOU AS LIVING REMINDERS OF GOD’S AWESOME POWER. HIS JUDGEMENT IS UPON US.

Tom Perrotta – The Leftovers – 2011 (Fourth Estate)

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Heap House – Edward Carey

27 samedi Juin 2015

Posted by Aurélie in En VO, Romans étrangers

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Critique de livre, Edward Carey, Heap House, Iremonger, Le Château les Ferrailleurs, roman

Edward Carey - Heap HouseLes premières phrases

«  It all really began, all the terrible business that followed, on the day my Aunt Rosamud’s door handle went missing. It was my aunt’s particular door handle, a brass one. It did not help that she had been all over the mansion the day before with it, looking for things to complain about as was her habit. She had stalked through every floor, she had been up and down staircases, opening doors at every opportunity, finding fault. And during all her thorough investigations she insisted that her door handle was about her, only now it was not. Someone, she screamed, had taken it.

There hadn’t been such a fuss since my Great Uncle Pitter lost his safety pin. On that occasion there was searching all the way up and down the building only for it to be discovered that poor old Uncle had had it all along, it had fallen through the ripped lining of his jacket pocket.

I was the one that found it. »

Circonstances de lecture

Attirée par la couverture.

Impressions

Imaginez un univers entre Tim Burton et Charles Dickens, et vous aurez une bonne idée de l’atmosphère imprégnant ce premier tome de la trilogie d’Edward Carey, « Heap House » (disponible en version française sous le titre : « Le château : les Ferrailleurs »). Chaque chapitre est d’ailleurs illustré par un dessin de l’auteur lui-même.

Son héros, Clod Iremonger, vit dans la maison familiale, abritant plusieurs générations d’Iremonger, en plein milieu d’une immense déchetterie. Y sont entassées des tonnes d’objets abandonnés, de morceaux d’immeubles éparpillés, au-dessus desquels planent de nombreux oiseaux. Dans cette famille très particulière, chaque nouveau-né se voit remettre à la naissance un objet dont il doit prendre soin tout au long de sa vie. Épingle à nourrice, bonde de douche, napperon… Des objets souvent insignifiants mais dont ils ne doivent se séparer sous aucun prétexte. Tout se détraque le jour où Tante Rosamud perd sa poignée de porte… Clod, qui entend depuis la naissance les objets parler, ressent un regain de vie croissant chez les objets de la maison, alors qu’une nouvelle servante fait son entrée dans la maison et qu’une tempête approche…

On pourrait penser à un livre pour enfants, mais je peux vous assurer que c’est aussi un livre pour adultes ! Il y est question, entre autres choses, de matérialisme, de la société de consommation, d’esclavage, de pouvoir, de possession matérielle. Un conte philosophique en somme, plein de suspens. J’espère que Tim Burton aura la bonne idée d’adapter ce roman au cinéma !

Un passage parmi d’autres

 Of all the names I heard, the one I heard most of all was James Henry Hayward. That was because I always kept the object that said « James Henry Hayward » with me wherever I went. It was a pleasant, young voice.

James Henry was a plug, a universal plug, it could fit most sink holes. I kept it in my pocket. James Henry was my birth object.

When each new Iremonger was born it was a family custom for them to be given something, a special object picked out by Grandmother. The Iremongers always judged an Iremonger by how he looked after his certain object, his birth object as they were called. We were to keep them with us at all times. Each was different. When I was born I was given James Henry Hayward. It was the first thing that ever I knew, my first toy and companion. It had a chain with it, two feet long, at the end of the chain there was a small hook. When I could walk and dress myself, I wore my bath plug and chain as many another person might wear his fob watch. I kept my bath plug, my James Henry Hayward, out of sight so that it was safe, in my waistcoat pocket while the chain looped out U-shaped from the pocket and the hook was attached to my middle waistcoat button. I was very fortunate in the object I had, not all birth objects were so easy as mine.

Edward Carey –  Heap House – 2014 (Hot Key Books)

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Player One – Ernest Cline

20 samedi Juin 2015

Posted by Aurélie in Romans étrangers, SF

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Critique de livre, Ernest Cline, Player One, roman, SF

Ernest Cline - Player OneLes premières phrases

«  Les gens de mon âge se souviennent tous de l’endroit où ils se trouvaient et de ce qu’ils étaient en train de faire lorsqu’ils ont entendu parler du concours pour la première fois. Moi, j’étais dans ma planque et je regardais des dessins animés lorsque le bulletin d’informations était tombé, interrompant mon flux : James Halliday était mort pendant la nuit.

Je savais qui était Halliday. Comme tout le monde. C’était lui qui avait conçu l’OASIS, l’énorme plateforme multijoueur en réseau à l’origine du système de réalité virtuelle mondial dont la plus grande partie de l’humanité se servait désormais au quotidien.

Je n’ai pas tout de suite compris pourquoi les médias accordaient tant d’importance à la mort du milliardaire. Après tout, les Terriens avaient bien d’autres soucis : la crise énergétique qui n’en finissait pas, le désastre du changement climatique, la famine, partout la pauvreté et la maladie, et puis une bonne demi-douzaine de guerres en cours. Comme on dit, « chiens et chats ne font pas bon ménage… », et c’était l’hystérie générale. D’habitude, les infos n’interrompaient pas les sitcoms et autres séries interactives à moins que quelque chose de vraiment grave soit arrivé, comme une nouvelle épidémie virale mortelle, ou la disparition d’une grande ville sous un champignon atomique. Des trucs énormes dans ce goût-là. Halliday était certes célèbre, mais sa mort ne méritait pas plus qu’un court reportage au journal du soir pour que la plèbe puisse secouer la tête avec envie au moment où les journalistes annonceraient le montant obscène qu’allaient toucher les héritiers du riche défunt. 

Mais c’était justement là que ça coinçait. James Halliday n’avait aucun héritier. »

Circonstances de lecture

Un livre de SF conseillé par mes libraires.

Impressions

« Player One » est un livre de SF rapidement addictif. Lorsque que James Halliday, l’inventeur d’un univers virtuel géant, l’OASIS, meurt, il lègue sa fortune à qui réussira à trouver l’œuf qu’il y a caché ! Débute alors une gigantesque chasse au trésor dans l’univers des jeux vidéos, des séries TV, dessins animés et autres tubes des années 70-90. Alors que les hommes préfèrent s’évader dans cet univers virtuel pour échapper à une réalité des plus dures, cette quête devient vite mondiale.

Pas besoin d’être un geek pour devenir « addict » à ce livre ! Même si, bien entendu, de nombreuses références vous échapperont ! Je ne suis pas une geek et pourtant j’ai beaucoup aimé « Player One ». Ça donne envie, notamment, de rejouer à Pac Man ! Une adaptation au cinéma est prévue… avec Steven Spielberg aux commandes !

Un passage parmi d’autres

 Alors que je me tenais là, sous les néons sinistres de mon minuscule studio, je ne pouvais ignorer la vérité. Dans la vraie vie, je n’étais qu’un ermite asocial, un reclus, un geek au teint pâle obsédé par la culture pop, un agoraphobe qui vivait confiné, sans véritables amis, famille ni autre relation humaine authentique. Je n’étais qu’une de ces âmes tristes, perdues et solitaires qui gâchaient leur vie en la consacrant à un vulgaire jeu vidéo.

Mais pas dans l’OASIS. Là-bas, j’étais le grand Parzival, chassœuf célèbre dans le monde entier. Les gens me demandaient des autographes. J’avais un fanclub. Plusieurs, en fait. On me reconnaissait partout où j’allais (mais seulement quand j’avais envie d’être reconnu). On me payait pour recommander des produits. Les gens m’admiraient. On m’invitait aux soirées les plus fermées. Je fréquentais les clubs les plus branchés sans jamais faire la queue. J’étais une icône de la culture pop, une rock star de la réalité virtuelle. Et dans les cercles de chassœufs, j’étais devenu une légende. Non, un dieu.

Je me suis assis et j’ai enfilé mes gants, puis ma visière. Après vérification de mon identité, le logo de Gregarious Simulation Systems s’est affiché devant moi, suivi d’un message m’invitant à me connecter.

Salutations, Parzival.

Veuillez fournir votre sésame.

Je me suis éclairci la voix et j’ai récité la phrase secrète. Chaque mot s’affichait au fur et à mesure.

– Personne dans le monde n’accède jamais ni à ses désirs ni à ce qui est beau.

Quelques instants plus tard, j’ai laissé échapper un soupir de soulagement tandis que l’OASIS se matérialisait tout autour de moi.

Ernest Cline – Player One – 2015 (Pocket)

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Toute la lumière que nous ne pouvons voir – Anthony Doerr

31 dimanche Mai 2015

Posted by Aurélie in Romans étrangers

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Albin Michel, Anthony Doerr, Critique de livre, Prix Pulitzer 2015, roman, Toute la lumière que nous ne pouvons voir

Anthony Doerr - Toute la lumière que nous ne pouvons voirLes premières phrases

«  A l’aube, ils tombent en masse du ciel, passent par-dessus les remparts, caracolent au-dessus des toits, descendent lentement entre les hautes maisons. Des rues entières en bouillonnent, taches blanches sur les pavés. Message urgent aux habitants de cette ville. Dispersez-vous dans la campagne.

La marée monte. La lune, petite, jaune, est presque toute ronde. Sur les toits des hôtels du front de mer, à l’est, et dans les jardins par-derrière, une demi-douzaine d’unités d’artillerie américaines flanquent des obus incendiaires dans la bouche de mortiers. »

Circonstances de lecture

Attirée par le titre de ce roman.

Impressions

Anthony Doerr raconte la Seconde Guerre mondiale à travers le regard de deux enfants : Marie-Laure, une jeune aveugle française qui se réfugie avec son père à Saint-Malo, et Werner, un orphelin allemand, véritable petit génie, que l’on voit enrôler dans les jeunesses hitlériennes. On se retrouve alors avec deux points de vue sur cette guerre qui a déchiré le monde entier.

Intéressant, poignant, ce roman se lit avec avidité. On attend avec impatience ce moment où ces deux êtres se trouveront réunis. L’histoire est belle. Grâce à Marie-Laure, on ressent la force de la mer, les plis des coquillages, l’odeur des pêches en sirop et des petits pois sucrés. Anthony Doerr a su tisser une bien jolie histoire sur fond d’un passé des plus sombres. Ou comment réunir une trame historique, les transmissions électromagnétiques, « Vingt mille lieues sous les mers », et la recherche d’un diamant précieux.

Un passage parmi d’autres

 Que de labyrinthes dans ce monde… Les branches des arbres, les filigranes des racines, les matrices des cristaux, les rues recréées par son père dans ses maquettes. Labyrinthes dans les nodules des murex, dans les textures des écorces de sycomore et à l’intérieur des os creux des aigles. Ce n’est pas plus compliqué que le cerveau humain, dirait Étienne, cerveau qui est sans doute ce qu’il y a de plus complexe au monde : un kilo humide où tournoient des univers.

Elle place le micro dans le pavillon du phonographe, allume, et le disque se met à tourner. Le grenier en grésille. Par la pensée, elle se promène dans une allée du Jardin des plantes. L’air est doré, le vent est vert, les longs doigts des saules glissent sur ses épaules. Son père la précède ; il lui tend la main, l’attend.

Le pianiste se met à jouer.

Marie-Laure récupère son couteau sous le tabouret. Puis elle rampe jusqu’à la petite échelle et s’assoit, les pieds dans le vide, le diamant dans sa poche, caché dans la petite maison. Le couteau dans son poing.

– Viens me chercher…, dit-elle.

Anthony Doerr –  Toute la lumière que nous ne pouvons voir – 2015 (Albin Michel)

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Foundation – Isaac Asimov

23 samedi Mai 2015

Posted by Aurélie in Romans étrangers, SF

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Critique de livre, Fondation, Foundation, Foundation and Earth, Foundation and Empire, Foundation's Edge, Isaac Asimov, roman, Secound Foundation, SF

Isaac Asimov - FoundationLes premières phrases

«  His name was Gaal Dornick and he was just a country boy who had never seen Trantor before. That is, not in real life. He had seen it many times on the hypervideo, and occasionally in tremendous three-dimensional newscasts covering an Imperial Coronation or the opening of a Galactic Council. Even though he had lived all his life on the world of Synnax, which circled a star at the edges of the Blue Drift, he was not cut off from civilization, you see. At that time, no place in the Galaxy was.

There were nearly twenty-five million inhabited planets in the Galaxy then, and not one but owed allegiance to the Empire whose seat was on Trantor. It was the last half-century in which that could be said. »

Circonstances de lecture

Un cycle de SF que l’on m’a vivement conseillé.

Impressions

Voici un cycle de SF qui ne ressemble à aucun autre que j’ai pu lire jusque-là. Si le premier tome « Foundation » a été publié en 1951, et le dernier « Foundation and Earth » en 1986 (je n’ai pas lu les préquelles), l’aventure intergalactique écrite par Isaac Asimov dégage un souffle résolument actuel.

Après douze mille ans de règne, l’Empire est en plein déclin. Un psycho-historien, Hari Seldon, prédit qu’il sera anéanti d’ici cinq siècles. Suivra une longue période de barbarie, d’anarchie et de violence qui durera trente mille ans… sauf si les hommes suivent son plan consistant, entre autres, à bâtir une première Fondation rassemblant toutes les connaissances humaines… et une autre cachée à l’autre extrémité de la Galaxie. Grâce à ce projet, la période de ténèbres devrait alors être réduite à mille ans. Les hommes réussiront-ils à traverser les siècles et à accomplir la prédiction de Seldon ?

Ce sont tous les avenirs possibles de l’humanité qu’Isaac Asimov explore dans ce cycle de SF. Entre tractations diplomatiques sur le fil, ruses, découvertes de planètes toujours plus lointaines, jeux d’influences et de pouvoir… On ne s’ennuie pas ! Et pourtant, l’action est finalement assez ténue. Tout se joue davantage sur les dialogues que sur les scènes d’action. Et c’est peut-être ça qui fait toute la différence. Ma préférence va pour le 3ème tome de cette saga, « Second Foundation », avec le personnage d’Arcadia Darell, résolument attachant.

A lire si vous aimez la SF, les jeux de pouvoir, les dialogues intelligents, Battlestar Galactica, les robots, la biodiversité, ou si vous vous posez des questions sur l’avenir de l’humanité, tout simplement !

Un passage parmi d’autres

 And then something else occurred to Arcadia, something that had been stirring and moving at the base of her brain ever since the flight began – something that forever killed the fourteen in her.

And she knew that she must escape.

That above all. Though they located every conspirator on the Foundation; though they caught her own father; she could not, dared not, risk a warning. She could not risk her own life – not in the slightest – for the entire realm of Terminus. She was the most important person in the Galaxy. She was the only important person in the Galaxy.

She knew that even as she stood before the ticket-machine and wondered where to go.

Because in all the Galaxy, she and she alone, except for they, themselves, knew the location of the Secound Foundation.

Isaac Asimov – Foundation – 1951 (Spectra)

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La bibliothèque des cœurs cabossés – Katarina Bivald

04 samedi Avr 2015

Posted by Aurélie in Romans étrangers

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Critique de livre, Denoël, Katarina Bivald, La bibliothèque des coeurs cabossés, roman

Katarina Bivald - La bibliothèque des coeurs cabossésLes premières phrases

«  Chère Sara,

J’espère qu’Une jeune fille démodée de Louisa May Alcott te plaira. C’est une histoire charmante, même si elle est peut-être un soupçon plus moralisatrice que Les Quatre Filles du docteur March.

Inutile d’envisager de me le rembourser. J’avais ce livre en double depuis des années. Je suis ravie qu’il ait trouvé un nouveau foyer et qu’en plus, il fasse tout le chemin jusqu’en Europe. Moi, je ne suis jamais allée en Suède, mais je suis sûre que ce doit être un très beau pays.

N’est-ce pas amusant qu’un livre voyage davantage que sa propriétaire ? Je ne sais pas si cela est réconfortant ou inquiétant.

Salutations amicales,

Amy Harris »

Circonstances de lecture

Acheté après avoir entendu beaucoup d’avis positifs sur ce livre.

Impressions

L’histoire : une jeune Suédoise, Sara Lindqvist, débarque dans un petit village de l’Iowa pour y passer des vacances chez une vieille dame, Amy Harris, avec qui elle correspond depuis quelques temps sur leur passion commune pour la littérature. Mais voilà, lorsqu’elle arrive sur place, rien ne se passe comme prévu. La vieille dame est décédée, et Sara se retrouve seule dans la maison de la défunte. Évidemment, sous la pression des proches d’Amy, elle décide tout de même de rester à Broken Wheel pour ses vacances… et d’y ouvrir une librairie afin de s’occuper et de transmettre son goût pour la lecture aux habitants du village.

Je vais être franche : oui, j’ai bien aimé ce livre, mais non ce n’est pas un grand livre. Pour être plus claire, si vous souhaitez, comme moi, oublier votre mal de gorge et cocooner tout un week-end sous un plaid, alors ce livre est parfait. Je l’ai commencé le vendredi soir et l’ai terminé le dimanche soir. Il donne le sourire, sème quelques jolies phrases sur l’amour des livres et le pouvoir de la lecture, et vous promet d’emblée un pur happy end à l’américaine. On en ressort avec le sourire.

Reste que si vous souhaitez lire un roman sur la puissance des livres avec un peu plus de profondeur, achetez plutôt « Morwenna » de Jo Walton (du même éditeur d’ailleurs). Ou bien lisez les deux ! Vous vous ferez ainsi votre opinion tout seul. Les deux sont destinés aux amoureux des livres et sont une ode aux librairies et aux bibliothèques.

Un passage parmi d’autres

 Les livres ou les gens, me demandes-tu. Choix difficile, je dois dire. J’ignore si les gens signifient plus que les livres – en tout cas, ils ne sont ni plus sympathiques, ni plus drôles, ni source de davantage de consolation… Pourtant, j’ai beau tourner et retourner la question, au bout du compte, je me vois quand même contrainte de choisir les gens. J’espère que cet aveu ne te fera pas perdre toute confiance en moi.

Même si ma vie était en jeu, je ne saurais expliquer pourquoi j’ai le mauvais goût de préférer les gens. Quand on considère les chiffres bruts, les livres gagnent sans contestation possible – de toute ma vie, j’ai peut-être aimé une poignée de gens en comparaison aux dizaines ou centaines de livres (et là, je ne compte que les livres que j’ai vraiment adorés, ceux dont la simple vue vous réjouit, qui vous font toujours sourire malgré les aléas, ceux qui reviennent sans cesse comme un vieil ami et dont on se souvient où on les a « rencontrés » pour la première fois, je suis certaine que tu sais de quoi je parle). Mais cette poignée de gens qu’on aime… en fait, ils valent tous ces livres.

Katarina Bivald – La bibliothèque des cœurs cabossés – 2015 (Denoël)

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Morwenna – Jo Walton

21 samedi Mar 2015

Posted by Aurélie in Fantasy, Romans étrangers, SF

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Jo Walton - MorwennaLes premières phrases

«  L’usine Phurnacite d’Abercwmboi avait tué tous les arbres à des kilomètres à la ronde. Nous avions mesuré avec le compteur de la voiture. On l’aurait dit sortie des profondeurs de l’enfer, sombre et menaçante, avec ses cheminées cracheuses de flammes se reflétant dans une mare noire qui tuait tout animal qui se risquait à y boire. La puanteur était indescriptible. Nous remontions les vitres de la voiture au maximum quand nous devions passer par là et essayions de ne pas respirer, mais Grampar disait que personne ne pouvait retenir sa respiration si longtemps, et il avait raison. Dans cette odeur se mêlaient le souffre, produit de l’enfer, comme chacun sait, et bien pire, des métaux innommables surchauffés et de l’œuf pourri.

Ma sœur et moi appelions cet endroit Mordor, et nous n’y étions encore jamais allées seules. Nous avions dix ans et étions donc de grandes filles, mais, dès que nous avons commencé à la regarder, à notre descente du bus, nous nous sommes donné la main.

C’était le soir et, plus nous approchions, plus elle se dressait noire et terrifiante. Six de ses cheminées étaient éclairées ; quatre crachaient une fumée délétère.

« Certainement une ruse de l’Ennemi », ai-je murmuré.

Mor n’avait pas envie de jouer. « Tu crois vraiment que ça va marcher?

– Les fées en sont sûres, ai-je répondu de mon ton le plus rassurant.

– Je sais, mais par moments je me demande ce qu’elles comprennent au monde réel.

– Leur monde est réel, ai-je objecté. Il est juste différent, c’est une question de point de vue.

– Oui. » Elle ne pouvait détacher les yeux de l’usine, de plus en plus grosse et effrayante à mesure que nous approchions. « Mais je me demande d’où elles voient notre monde. Et c’est incontestablement le nôtre. Les arbres sont morts. Il n’y a pas de fée à des kilomètres à la ronde.

– C’est pour ça que nous sommes là », ai-je dit. »

Circonstances de lecture

Intriguée par la couverture, pleine de fraîcheur et de féérie.

Impressions

Vous aimez les livres et les contes de fées, vous avez passé votre enfance et votre adolescence à dévorer les romans de SF et de Fantasy ? Alors, ce livre est fait pour vous. On se prend d’emblée d’affection pour la petite Morwenna, 15 ans. Sa sœur jumelle est morte dans un mystérieux accident. Morwenna en est ressortie avec une jambe qui la fait souffrir en permanence. Heureusement, les livres de SF et de Fantasy sont là pour la sauver. Elle les dévore comme d’autres engloutissent des anti-dépresseurs. Avec Tolkien sur le haut du podium. « J’avais des livres, de nouveaux livres, et je peux tout supporter tant que j’en ai », nous glisse Morwenna.

Jo Walton nous transporte dans le quotidien de cette jeune ado résolument pas comme les autres. Parce qu’elle préfère la compagnie des livres à celle des filles de son âge, parce que sa mère est, selon elle, une sorcière, parce qu’elle se dit capable de voir les fées et la magie du monde qui l’entoure, parce qu’elle passe tout son temps libre dans les librairies et les bibliothèques, Morwenna détonne et émeut le lecteur. J’ai adoré. Un livre inclassable sur la puissance de la littérature et de l’imaginaire.

Un passage parmi d’autres

 Il y a un banc près de l’étang, avec de l’herbe qui pousse autour, et des saules qui se penchent sur l’eau. Les feuilles de leurs branches tombantes jaunissent. Je me dis toujours que saules pleureurs est un nom qui leur va bien, mais « saules rieurs » l’est aussi. Les saules aiment l’eau et les aulnes la détestent. Il y a une route au-dessus du marais de Croggin appelée Heol y Gwern, la voie des Aulnes, parce que les gens en ont planté le long de la route pour marquer le chemin le plus sûr. On pense que c’était au néolithique. En tout cas, c’était avant les Romains. Ç’a été un choc de lire l’histoire de la vallée. Quand je rentrerai, je ne sais pas si je pourrai la regarder de la même façon.

Assise sur le banc près des saules, j’ai mangé mon gâteau au miel en lisant Triton. Il y a des choses affreuses dans le monde, c’est vrai, mais il y a aussi des livres magnifiques. Quand je serai grande, je voudrais écrire quelque chose que quelqu’un pourra lire assis sur un banc par une journée pas trop chaude et qui lui fera complètement oublier le lieu et l’heure. J’aimerais écrire comme Delany, Heinlein ou Le Guin.

Jo Walton – Morwenna – 2014 (Denoël)

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L’épouse modèle – Emma Chapman

13 vendredi Mar 2015

Posted by Aurélie in Romans étrangers

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Critique de livre, Emma Chapman, feux croisés, L'épouse modèle, roman

Emma Chapman - L'épouse modèleLes premières phrases

«  Aujourd’hui, curieusement, je suis fumeuse.

Je ne savais pas que je l’étais. Du plus loin qu’il m’en souvienne, je n’ai jamais fumé auparavant.

Cela me semble peu naturel, assez étrange pour une femme de mon âge – épouse et mère d’un enfant déjà adulte – de se retrouver assise quelque part au beau milieu de la journée, une cigarette coincée entre les doigts. Hector déteste qu’on fume. Il lâche toujours un toussotement sec quand nous marchons derrière quelqu’un qui tient une cigarette, dans la rue, et j’imagine alors le raclement de ses cordes vocales humides et roses comme de la chair de poulet.

Je frotte la petite face blanche et ronde de ma montre. Midi quinze. D’ordinaire, à cette heure-ci, je m’affaire dans la cuisine. Il faut que je prépare le dîner pour le soir, le livre de recettes est là, ouvert, sur le pupitre qu’Hector m’a offert à l’occasion de l’un de nos premiers anniversaires de mariage. Il faut que je fasse du pain : mélanger les ingrédients dans un grand bol, pétrir la pâte sur le bois froid du plan de travail, la regarder lever dans le four. Hector aime avoir son pain frais, le matin. Fais de ton foyer un lieu de paix et d’ordre. »

Circonstances de lecture

J’avais juste envie de découvrir ce qui se cachait derrière ce titre. Et parce qu’il s’agit de la même maison d’édition que les romans de Donna Tartt.

Impressions

Encore un livre qui tient en haleine ! Une fois commencé, vous aurez bien du mal à lâcher ce roman d’Emma Chapman. L’histoire : Marta est une femme au foyer modèle. Elle fait tout pour son mari et son fils, prépare les repas, récure la maison du sol au plafond, car tout doit être parfait pour son époux, Hector, et sa belle-mère lorsqu’elle leur rend visite. Mais voilà, Marta a décidé d’arrêter de prendre son traitement… Ces petites pilules qu’elle avale tous les jours depuis des années. Elle commence alors à avoir des hallucinations… Sa maladie reprend-elle le dessus ? Devient-elle paranoïaque ? Ce qu’elle voit est-il purement le fruit de son imagination, de sa folie, ou est-ce des bribes de souvenirs bien réels ?

L’écriture d’Emma Chapman est envoûtante, percutante. J’ai beaucoup aimé ce livre. Seules les toutes dernières pages m’ont déçue…

Un passage parmi d’autres

 Quand je me retourne je vois une fille assise par terre, adossée au lit. Je laisse échapper un petit cri, mais elle ne semble pas me remarquer. Elle me fixe sans ciller de ses yeux gris, écarquillés et brillants. Elle est toute décoiffée : ses cheveux sont sales, presque gris bien que leurs pointes fourchues soient blondes. Elle porte un pyjama crasseux, ses bras fins entourent lâchement ses genoux osseux. Le lit est différent : plus bas, avec un cadre métallique et un mince matelas de mousse recouvert d’un drap blanc.

Une mèche de cheveux retombe sur son visage. Elle ne s’en aperçoit pas; je tends la main et l’écarte de son front. Elle lève la tête et me regarde droit dans les yeux.

« Aide-moi », supplie-t-elle.

Quand je fais un pas en avant, elle disparaît. Le lit est le même qu’avant. J’avance jusqu’à l’endroit où elle était assise, je me penche et je jette un coup d’œil sous le lit, mais je ne vois rien. Je me dis que j’ai imaginé tout cela. Ce n’est pas réel, me dis-je. Pourtant, j’entends encore le désespoir dans sa voix, je vois encore ses grands yeux gris. J’essaie de me souvenir si c’est ce qui est arrivé quand j’ai arrêté de prendre mes pilules, la dernière fois, mais je n’y parviens pas. La part de moi qui me surveille depuis l’extérieur est intriguée. Enfin, quelque chose se passe.

Emma Chapman – L’épouse modèle – 2014 (Feux croisés)

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